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ça déchire à Rouen

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94 pages

Viens donc festivaler à ART ET DÉCHIRURE. Tu ne le regretteras pas. Peut-être en restera-t-il quelques traces lexicales.

Dangereuse proposition que voilà.

Ça n’a pas loupé : immergé dans ce festival rouennais j’ai crayonné à la folie. La déchirure des organisateurs. La déchirure du spectateur. La déchirure de la femme. La déchirure de l’hétéro. La déchirure du journaliste. La déchirure du voyageur. La déchirure du nain de jardin. La déchirure du temps. La déchirure du politique. Sans oublier la déchirure de l’auteur : on ne peut sortir indemne d’une plongée au coeur de cette peinture « en folie », de ce théâtre « de la folie », de ce cinéma « des folies », de cette danse « à la folie ». Un art qui transforme celui qui le produit, mais aussi celui qui le regarde.

Je n’ai pas regretté, mais j’ai mis du temps à m’en remettre. À Rouen, l’art, ça déchire vraiment.


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Joël Kérouanton

ça déchire à Rouen

 

La numérisation de cet ouvrage a reçu le soutien du CNL

 

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Et de la région Languedoc Roussillon

 

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Présentation de l'ouvrage : Viens donc festivaler à ART ET DÉCHIRURE. Tu ne le regretteras pas. Peut-être en restera-t-il quelques traces lexicales. Dangereuse proposition que voilà. Ça n’a pas loupé : immergé dans ce festival rouennais j’ai crayonné à la folie. La déchirure des organisateurs. La déchirure du spectateur. La déchirure de la femme. La déchirure de l’hétéro. La déchirure du journaliste. La déchirure du voyageur. La déchirure du nain de jardin. La déchirure du temps. La déchirure du politique. Sans oublier la déchirure de l’auteur : on ne peut sortir indemne d’une plongée au coeur de cette peinture « en folie », de ce théâtre « de la folie », de ce cinéma « des folies », de cette danse « à la folie ». Un art qui transforme celui qui le produit, mais aussi celui qui le regarde. Je n’ai pas regretté, mais j’ai mis du temps à m’en remettre. À Rouen, l’art, ça déchire vraiment.

Auteur : Joël Kérouanton. Mène un travail d’écriture autour de la danse et dans les lieux où l’art ne va pas de soi (établissement psychiatrique, centre social, lycée, foyer de vie). Auteur de Sidi Larbi Cherkaoui, rencontres, éd. l’oeil d’or, 2004 ; Hors-scène, éd. érès, 2005 ; Trouble 307.23, éd. Champ social, 2011 ; xp, éd. nuit myrtide, 2009, suivi de Balises Xp (avec le Lycée expérimental de Saint-Nazaire), éd. nuit myrtide 2012.

 

Table des matières

 

La déchirure de l’organisateur

La déchirure du spectateur

La déchirure de la femme

La déchirure du journaliste

La déchirure du voyageur

La déchirure de l’hétéro

La déchirure du nain de jardin

La déchirure du temps

La déchirure du politique

La déchirure de l’organisateur (bis)

 

[...] La qualité essentielle de l’homme c’est d’être fou.

Et que tout le problème c’est de savoir comment il soigne sa folie.

Si vous n’étiez pas fou, comment voulez-vous que quelqu’un soit amoureux de vous, pas même vous.

Et que les fous que l’on met dans les asiles psychiatriques, c’est des types qui ratent leur folie. L’essentiel de l’homme c’est de réussir sa folie. [...]

Monsieur T.

La déchirure de l’organisateur

 

Se réveiller. Sortir de soi. De l’engourdissement.

Chercher le face-à-face qui remet en cause le beau. Le laid. Le triste. Le gai. Comme cette danse au Puy-en-Velay, en 1988, une danse un peu nue, un peu crade, un peu primaire, interprétée par une personne autiste très cognée.

Je souffrais de voir cette femme. Il y avait un mal à l’aise.

Un malaise qu’elle soit là ?

Je ne savais pas. Je ne savais plus. Ce que je savais, c’est que je n’étais pas un public complaisant, facile.

Je suis même assez redoutable.

Je décrochais de la performance, ma tête gambadait.

Du dégoût. Je ressentais littéralement du dégoût. Pendant la pièce je commençais à réfléchir sur ce que j’allais dire. Pour raconter aux absents.

J’étais paumé. Je reprenais la grille habituelle d’évaluation des spectacles :

Est-ce que c’est beau, est-ce que c’est laid ?

C’est laid.

Est-ce que tu es ému ?

Complètement.

 

Ce spectacle déplaçait ma grille d’évaluation du monde. A contrario, quand je me retrouve dans des choses un peu esthétisantes, bien chiadées, ça ne me fait plus grand-chose.

Trop convenu. Plat.

Tout ça est bien évidemment très personnel.

Cette danse contribua à l’idée du festival ART ET DÉCHIRURE. Un choc esthétique majeur relayé par la rencontre avec le Taiseux. Un Disert et un Taiseux, une onde de choc, un dépoussiérage des regards et des écoutes, un coup de balai sur les préventions et les conditionnements. Fi des ornières culturelles !

Une onde de choc qui se propage encore.

Alors infirmier en hôpital psychiatrique, je fus l’initiateur d’une grève dure, si dure que je fus « puni » et « déplacé » dans un service d’animation. Un service dirigé par un chef en fin de carrière. Un chef alcoolique. Un chef nostalgique. Un malade supérieur « hors catégorie ».

Inutile de préciser que je tournais en rond. Les experts pronostiquaient la maladie de l’ennui. Mon cas était particulièrement inquiétant. Le corps médical ne disposait pas, à l’époque, de traitement pour la chose. À tourner en rond, je devins plus fou que les fous. Peut-être est-ce pour me soigner que je passais mon temps à visiter des expositions d’Art brut, à assister à des performances telle cette fameuse danse au Puy-en-Velay.

C’est à ce moment-là que le Taiseux intégra le service d’animation et son chef « hors catégorie ». Nous prîmes notre folie à quatre mains, lui avec sa fièvre théâtrale, moi avec mon emballement pour l’Art brut. L’un chercheur d’or sur les plateaux, l’autre pêcheur de perles dans les ateliers d’artistes.

Je demandai au Taiseux de rêver au festival ART ET DÉCHIRURE avec moi. Je me méfiais des engagements à la légère, surtout entre amis, alors je l’avertis : — Pendant un mois tu ne m’en parles pas !

Le jour en question, le Taiseux m’a dit oui, il avait envie de rêver à deux, il avait envie de secouer l’hôpital psychiatrique et le Tout-Rouen d’« art brut », de « théâtre brut », de « danse brut », de « cinéma brut », d’« ambiance brut ».

Pure folie que ce rêve à deux ?

Nous, nous sommes bien avec les fous, ce sont nos potes, ils nous permettent de vivre normalement, parce qu’ils sacrifient leur vie à la folie. Ils nous apportent autant qu’on leur apporte.

Ça a été un peu ça, le festival ART ET DÉCHIRURE. Nous nous étions dit, les malades, dans leur vie, ils sont tellement accablés, ils ont la tête si basse, qu’un festival soutiendrait leur travail artistique.

Relever la tête. Un peu. S’assurer que les voix amorties, exclues ou bâillonnées, turbulentes ou détimbrées pouvaient se faire entendre. Passer, ne serait-ce qu’un instant, des tragédies personnelles à ce geste artistique qui transforme celui qui le crée, mais aussi celui qui le regarde.

*

[...] Madame, Monsieur, je vous dis bien, si vous n’êtes pas fou ou folle, vous êtes foutus, parce que vous n’aurez aucun accès à vous-mêmes, ni vous pourrez rien de vous à l’autre, que vous aimez, que tout le monde sait que l’amour...