Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Cahier d'Anthropologie sociale N°10 : L'image rituelle

De
192 pages
Ce volume des Cahiers d’anthropologie sociale, L’image rituelle, dirigé par Carlos Fausto et Carlo Severi, porte sur les traditions iconographique des arts non occidentaux. Ces arts impliquent des images intenses et fragmentaires dont la forme mobilise depuis quelques décennies le regard des anthropologues en ouvrant une nouvelle perspective d’analyse aussi pour autres domaines, y compris littéraires.
Un certain nombre de recherches, dont ce volume rend compte, permettent aujourd’hui d’approfondir et de généraliser cette approche, qui conduit à considérer les images, ou les artefacts, non pas uniquement comme des systèmes de signes, mais aussi et surtout comme des systèmes d’actions et de relations. Certes, on n’a pas l’habitude de considérer les artefacts comme ayant une âme, comme des objets capables d’établir des relations avec les humains. Cependant, si on regarde les objets dans leur système relationnel, on s’aperçoit que lorsqu’ils apparaissent au sein de l’action rituelle, ils ne fonctionnent plus comme de simples supports d’un symbolisme, mais constituent de véritables moyens d’agir sur autrui, des dispositifs complexes de médiations investis de sens, de valeurs, d’intentionnalités spécifques. Dans la perspective adoptée ici par un groupe de chercheurs français et brésiliens, ce n’est pas seulement l’interprétation de l’objet en tant que personne, qu’il s’agit d’explorer. L’artefact n’apparaît plus comme la simple « incarnation » d’un être individuel, mais devient l’image complexe d’un ensemble de relations.
Voir plus Voir moins

Cahiers d’anthropologie sociale cahiers 10
Sous le haut patronage de Claude Lévi-Strauss, Françoise Héritier et Nathan Wachtel
d’anthropologie « La collection des Cahiers d’anthropologie sociale publie les travaux menés au Laboratoire
d’anthropologie sociale du Collège de France, en particulier les journées d’études régulièrement socialeorganisées en son sein qui réunissent des membres du laboratoire et des chercheurs d’autres
institutions autour de grands thèmes d’actualités abordés dans la perspective réfexive de
l’anthropologie. »
Philippe Descola
L'image rituelle L'image
Cahier dirigé par Carlos Fausto et Carlo Severi
Les arts non-occidentaux sont des traditions iconographiques peuplées d’images intenses et
fragmentaires dont la forme mobilise un travail du regard qui en suscite les aspects latents.
Un certain nombre de recherches, dont ce volume rend compte, permettent aujourd’hui rituelle
d’approfondir et de généraliser cette approche, qui conduit à considérer les images, ou les
artefacts, non pas uniquement comme des systèmes de signes, mais aussi et surtout comme
des systèmes d’actions et de relations. Lorsqu’ils apparaissent au sein de l’action rituelle, les
objets ne fonctionnent plus comme de simples supports d’un symbolisme, mais constituent de
véritables moyens d’agir sur autrui, des dispositifs complexes de médiations investis de sens,
de valeurs, d’intentionnalités spécifques. Dans la perspective adoptée ici par un groupe de
chercheurs français et brésiliens, ce n’est pas seulement l’interprétation de l’objet en tant que
personne, qu’il s’agit d’explorer. L’artefact n’apparaît plus comme la simple « incarnation » d’un
être individuel, mais devient l’image complexe d’un ensemble de relations.
Contributeurs :
Julien Bonhomme
Bruna Franchetto
Carlos Fausto15 €
Tommaso Montagnani
Isabel Penoni
Acácio T. C. Piedade
Carlo Severi
Charles Stépanoff
Aparecida Vilaça L’Herne
10
Couv-LAS10-OK.indd 1 16/06/14 10:45
cahiers d’anthropologie sociale L’Herne
L'image rituelleCAHIERS D’ANTHROPOLOGIE SOCIALE
L’Herne
•LAS_Image_rituelle.indd 3 16/06/14 10:23L’IMAGE RITUELLEOuvrage publié avec
le soutien du
Collège de France
Ce Cahier a été dirigé par
Carlos Fausto et Carlo Severi
© Éditions de l’Herne, 2014
22, rue Mazarine 75006 Paris
lherne@lherne.com L’Herne
•LAS_Image_rituelle.indd 4 16/06/14 10:23L’IMAGE RITUELLEOuvrage publié avec
le soutien du
Collège de France
Ce Cahier a été dirigé par
Carlos Fausto et Carlo Severi
© Éditions de l’Herne, 2014
22, rue Mazarine 75006 Paris
lherne@lherne.com L’Herne
•LAS_Image_rituelle.indd 5 16/06/14 10:23Cahiers d’anthropologie sociale
Comité d’honneur
Claude Lévi-Strauss (1908-2009), Françoise Héritier,
Nathan Wachtel
Directeur
Philippe Descola
Coordinateurs de la collection
Salvatore D’Onofrio, Noëlie Vialles
Comité de rédaction
Julien Bonhomme, Andréa-Luz Gutierrez-Choquevilca,
Monique Jeudy-Ballini, Dimitri Karadimas, Frédéric Keck
Les Cahiers d’Anthropologie Sociale publient les journées d’étude et les séminaires
du Laboratoire d’anthropologie sociale (LAS), unité mixte de recherche du Collège
de France, de l’École des hautes études en sciences sociales et du Centre national de
la recherche scientifque.
•LAS_Image_rituelle.indd 6 16/06/14 10:23Sommaire
Carlos Fausto et Carlo Severi
Introduction ..................................................................................... 9
Carlos Fausto et Isabel Penoni
L’effgie, le cousin et le mort. Un essai sur le rituel du Javari
(Haut-Xingu, Brésil) ........................................................................... 14
Aparecida Vilaça
Le contexte relationnel du cannibalisme funéraire wari’ ............................... 38
Bruna Franchetto et Tommaso Montagnani
Langue et musique chez les Kuikuro du Haut-Xingu .......................... .......... 54
Acácio T. C. Piedade
Le chant des fûtes : musique des esprits chez les Wauja du Haut-Xingu ........... 77
Julien Bonhomme
La voix du mong ɔng ɔ ou comment faire parler un arc musical ........................ 93
Charles Stépanoff
Technologies cognitives du voyage chamanique. Cas iakoutes 112
Carlo Severi
Être Patrocle. Rituels et jeux funéraires dans l’Iliade ................................. 147
•LAS_Image_rituelle.indd 7 16/06/14 10:23•LAS_Image_rituelle.indd 8 16/06/14 10:23Introduction
Carlos Fausto et Carlo Severi
Depuis la publication de Art and Agency (Gell, 1998, éd. fr. 2009) l’étude des
formes d’action, et donc de subjectivité, attribuées aux artefacts est devenue un
des thèmes majeurs de la recherche anthropologique. Lorsque Gell parlait, il y
a bientôt vingt ans, d’agentivité de l’objet, il se référait toutefois à une notion de
« vie » encore assez sommairement défnie. Partout présente dans nos sociétés, l’idée
d’une agentivité attribuée aux artefacts engendrait à ses yeux une croyance certes
profondément enracinée dans la cognition humaine, mais aussi diffuse et volatile.
Chacun de nous a, par exemple, l’expérience d’une parole virtuellement adressée
à des animaux ou à des objets inanimés, auxquels nous attribuons, presque sans
le vouloir, une personnalité ou une forme humaine. Poupées, voitures, ou
ordinateurs nous apparaissent alors, le temps d’une phrase et du jeu d’interlocution
qu’elle suppose, comme des interlocuteurs provisoirement légitimes. Lorsqu’on
s’adresse ainsi aux objets de la vie quotidienne, ou qu’on leur attribue des pensées,
des affects, des perceptions semblables aux nôtres, on suspend provisoirement
cet état d’incroyance, pour utiliser la fameuse expression de Coleridge, qui nous
dicte normalement une tout autre attitude envers les êtres inanimés. Cette
suspension peut nous paraître bien naturelle et spontanée. Elle est aussi, toutefois, bien
instable, et révocable à tout instant.
On ajoutera que l’agentivité de Gell était étroitement liée à l’idée, bien propre
à l’anthropomorphisme occidental, d’une relation, presque spéculaire, entre un
objet et une personne. Les artefacts, individuels ou distribués, qu’il étudie dans
son livre, pensent, ressentent et parlent, souvent, comme des humains.
Que se passe-t-il lorsque des objets inanimés assument d’autres identités que
celle d’un être humain ? Comment changent-ils lorsqu’ils se trouvent inscrits
dans un contexte bien plus contraignant que la simple « suspension
d’incrédulité », comme celui de l’action rituelle ? Quelles formes prend alors la croyance ?
9
•LAS_Image_rituelle.indd 9 16/06/14 10:23L’image rituelle
Comment préciser les relations qui se nouent entre l’objet et l’être vivant qu’il est
censé incarner ? Telles sont les questions, que les textes ici rassemblés (qui résultent
1d’une recherche collectivement menée ) tentent de poser.
En ce qui concerne la référence à l’humain, constante chez Gell, une des
contributions de ces recherches ici réunies est sans doute que dans les traditions
iconographiques non occidentales (notamment amérindiennes, sibériennes et africaines)
qu’on a étudiées, l’anthropomorphisme ne semble pas jouer le même rôle qu’en
Occident. L’iconisme semble s’établir dans ces traditions selon de tout autres
principes. Dans le cas amérindien, par exemple, le problème de la fguration d’un être
doué de pouvoir, que d’autres ont pu concevoir comme un « invariant
anthropologique » au sein d’ontologies différentes (Karadimas, 2012), ne conduit nullement à
la projection d’une identité humaine sur l’artefact, mais plutôt à l’engendrement
d’images hybrides et paradoxales, où les identités semblent s’enchâsser les unes
dans les autres, selon un dispositif de références multiples (Fausto, 2011), composés
de traits contradictoires (Severi, 2007).
En ce qui concerne l’inscription de l’objet dans un contexte rituel, on admettra
que c’est sans doute au sein de l’action rituelle, où se construit progressivement un
univers de vérité distinct de celui de la vie quotidienne, que l’exercice de la pensée
anthropomorphique ou, plus généralement, « subjectivante » peut cristalliser et
engendrer des croyances durables. Les objets y assument, de manière infniment
plus stable, un certain nombre de fonctions propres aux êtres vivants. Ces mêmes
objets, toutefois, peuvent aussi y prendre la place d’un défunt (Fausto et Penoni,
Severi), ou établir une relation avec un environnement spatial et social à travers
une forme spécifque de mouvement collectivement orienté (Stépanoff). Ailleurs, les
artefacts peuvent chanter, faire de la musique (Bonhomme) ou prendre la parole à
la place d’un être audible, mais qui échappe à la vue, tout en « habitant » un
instrument (Piedade, Franchetto et Montagnani).
Dans l’espace du rituel, sous forme de statuettes, d’images peintes ou sonores, les
objets sont naturellement censés représenter des êtres (esprits, divinités, ancêtres)
et c’est bien en tant que représentations iconiques que les anthropologues ou les
historiens de l’art les considèrent habituellement. Il est pourtant clair que lorsqu’il
agit sur la scène rituelle, lorsqu’il partage une expérience avec d’autres acteurs du
rite, ou qu’il prend la parole pour eux, l’objet remplace l’être représenté. En fait,
plusieurs études ici réunies montrent que cette focalisation sur la mise en acte de
l’objet dans le rituel peut nous amener à considérer les artefacts non plus comme
des systèmes de signes, mais aussi et surtout comme des systèmes d’actions et de
relations.
La prise en compte des dimensions pragmatiques et performatives des artefacts
nous a paru, de ce point de vue, tout à fait essentielle. Lorsqu’on les analyse du
point de vue de leur agentivité rituelle, les objets n’apparaissent plus comme de
10
•LAS_Image_rituelle.indd 10 16/06/14 10:23Introduction
simples supports inertes d’un symbolisme, mais constituent de véritables moyens
d’agir sur autrui, des dispositifs complexes de médiations investis de sens, de
valeurs, d’intentionnalités spécifques. Il s’agit donc d’aller au-delà de la pure mise
en place de schémas d’action impliqués par les images, pour saisir, à travers l’étude
des relations impliquées par l’iconographie, une dynamique propre à l’objet rituel.
En fait, si les objets jouent bien le rôle de médiateurs de relations sociales, c’est
dans le contexte de l’action rituelle que l’interprétation de leur agentivité se réalise
pleinement. Dans l’étude de la performativité attribuée aux objets, on devra donc
s’attendre à la mise en place d’identités complexes, résultant de l’établissement
de relations rituelles, et non seulement au simple transfert d’un «
anthropomorphisme universel » dans le monde des artefacts, comme l’ont proposé, entre
autres, Karadimas (2012) et Boyer (2001). On émettra donc l’hypothèse que plus
le réseau de relations nouées entre objets et personnes est pluriel et complexe, plus
la croyance dans la vie de l’artefact se révélera saisissante et persistante dans le
temps.
Dans cette perspective, l’artefact n’apparaît donc pas comme la simple «
incarnation » d’un être individuel, mais comme l’image complexe d’un ensemble de
relations. Pour retrouver les traces de cette mémoire de l’action rituelle dont les
artefacts sont porteurs, il faut en somme explorer le champ des subjectivités et
des agentivités possibles des objets. Tel est le domaine nouveau que ces travaux,
chacun selon ses propres modalités, ont eu l’ambition d’explorer.
À travers une analyse d’une effgie funéraire, le Javari des Kuikuro du
HautXingu (Brésil), Fausto et Penoni montrent comment un pantin rustique et
vaguement anthropomorphe fait fgure de personnage central d’un drame rituel. Grâce
à la parole et à l’action rituelles, le pantin devient progressivement le support des
relations incompatibles : symétriques et horizontales entre affns-ennemis, complé -
mentaires et verticales entre vivant et mort. De son côté, Aparecida Vilaça présente
une étude du cannibalisme funéraire wari’ (Txapakura, Rondônia, Brésil), fondée
sur les narrations détaillées d’informateurs ayant participé eux-mêmes à ces rites,
à partir d’une critique de la conception de « condensation rituelle » développée
par Houseman et Severi (1998) dans leur analyse du Naven Iatmul. Vilaça veut
montrer que ce rituel, ainsi que d’autres brièvement analysés à la fn de l’article,
n’ont pas comme but central de l’action rituelle la production de personnes qui
condensent différents rôles sociaux, mais au contraire, qu’ils visent la
décompactation de rôles multiples superposés.
Bruna Franchetto et Tommaso Montagnani introduisent la notion d’image rituelle
sonore. Chez les Kuikuro du Haut-Xingu il existe en effet un genre de musique
rituelle de fûte (appelé Kagutu), qui évoque à la fois le référent linguistique (le
nom propre) et la présence matérielle (sonore) de certains êtres surnaturels. Dans
ce contexte d’évocation rituelle des esprits, il est donc possible de parler d’une
11
•LAS_Image_rituelle.indd 11 16/06/14 10:23

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin