Cahiers Albert Cohen n°19, Cohen « humorialiste » : Hommages à Judith Kauffmann

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« Humorialiste » : c’est par ce mot-valise (où se retrouvent l’humoriste, le moraliste et le mémorialiste) que Judith Kauffmann, enseignante à l’Université de Bar-Ilan, caractérisa naguère l’œuvre d’Albert Cohen dont elle fut l’une des meilleures spécialistes. Les Cahiers Albert Cohen rendent ici hommage à l’auteur de Grotesque et marginalité. Variations sur l’effet-Mangeclous (Peter Lang, 2000), qui nous a quittés en 2007. Certains articles sont directement en dialogue avec ses travaux et portent sur quelques-uns de ses thèmes familiers : le comique, le grotesque, la judéité , d’autres portent sur des sujets différents et fraient des voies nouvelles. Mathieu Belisle propose une analyse or
Publié le : mercredi 11 février 2009
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EAN13 : 9782304030761
Nombre de pages : 163
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CAHIERSALBERTCOHEN
N° 19, 2009
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Cahiers Albert Cohen Cohen « humorialiste » : Hommages à Judith Kauffmann N°19, 2009
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TITRES DEJA PARUSAUX EDITIONSLEMANUSCRIT
Cahier Albert Cohen n°8,Lectures de Belle du SeigneurCahier Albert Cohen n°15,Ô vous frères humainsCahier Albert Cohen n°16,Hommage à Norman TauCahier Albert Cohen n°17,Albert Cohen et la modernité littéraireCahier Albert Cohen n°18,Animal et animalité dans l'œuvre d'Albert Cohen
© Éditions Le Manuscrit, 2009 www.manuscrit.com communication@manuscrit.com ISBN : 978-2-304-03076-1 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782304030761 (livre imprimé) ISBN : 978-2-304-03077-8 (livre numérique) ISBN 13 : 9782304030778 (livre numérique) 6
AVANT-PROPOS
Avant-propos Philippe ZARD Judith Kauffmann, ce fut d’abord pour moi un nom et un livre :Grotesque et marginalité. Variations sur Albert Cohen et l’effet Mangeclous (Peter Lang, 2000). Longtemps, nous ne nous sommes connus que de loin. J’avais lu son essai avec un plaisir mêlé de curiosité. Comment parvenait-elle à parler de manière à la fois si rigoureuse et vivante du comique dans l’œuvre de Cohen ? Comment arrivait-elle à tenir des propos si intelligents sur les incongruités du Bey des Menteurs ? Souvent les universitaires évitent de parler 1 de l’humour et du grotesque , préférant se consacrer à des sujets réputés plus profonds. Et lorsqu’ils se hasardent à le
1  À propos du grotesque dans l’œuvre de Cohen, on ne peut éviter de citer les récents mémoires de Claude Lanzmann. Celui-ci évoque l’hommage que les Genevois ont réservé à l’écrivain à l’occasion de ses quatre-vingts ans. À l’exception du témoignage « drôle et vivant »Marcel Pagnol, Lanzmann juge que tous les de intervenants« plus au fait que [lui] des mœurs feutrées de la haute société genevoise et pratiquant à la perfection la langue castrée des colloques, rabotaient tout ce qui dépassait dans l’œuvre d’Albert Cohen »(Le Lièvre de Patagonie.Mémoires,Paris, Gallimard, 2009, p. 381). Lanzmann met alors les pieds dans le plat :« J’étais le dernier orateur, j’avais préparé un texte écrit, que je rejetai, et annonçai en guise d’exorde le contenu de mon propos : “Je vais vous parler du rôle et de la fonction des toilettes, qu’on appelle encore WC, dansBelle du Seigneur.” Frémissement d’effroi dans la salle, pétillement de joie maligne dans les yeux d’Albert assis juste en face de moi. [...] Quelques journaux, le lendemain, me nommèrent en criant au scandale, un ou deux m’approuvèrent, Cohen me dit : “Vous êtes le seul à avoir parlé de moi comme je le souhaitais” »(Ibid., p. 382).
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AVANT-PROPOS
faire, ils sont parfois ennuyeux comme la pluie. Judith parvenait, avec un bonheur rare, à être sérieuse sans être sinistre, pénétrante en restant légère, drôle sans superficialité. Elle se faisait un point d’honneur à définir ses termes, à s’appuyer sur la meilleure critique, à argumenter sans relâche ; mais le tout avec une élégance et une subtilité qui nous emplissaient de reconnaissance. Elle avait un sens rare de la citation qui fait mouche, un goût du langage qu’elle avait en partage avec son héros favori, celui qui, pour elle, était assurément le vrai héros de la fresque d’Albert Cohen : Mangeclous. Elle était, comme lui, comme Albert Cohen lui-même – et pour reprendre une de ses plus délicieuses créations verbales –, une « humorialiste », qui savait marier la morale, la mémoire et l’humour, cette « politesse du désespoir ». Relire aujourd'huiGrotesque et 1 marginalité, c’est retrouver les jeux infinis de miroirs et de dédoublements dans l’œuvre de Cohen, c’est goûter les rapports entre les « mets » et les « mots » dans les festins valeureux, c’est trouver le premier argumentaire charpenté sur la présence du mythe de Joseph et d’Esther dans les romans de Cohen (analyses reprises depuis par Jack Abecassis), c’est approfondir la méditation sur les relations entre le grotesque et le tragique de l’Histoire. La réflexion de Judith Kauffmann s’est poursuivie d’article en article, enrichie de sa connaissance intime de nombreux autres écrivains (Gary/Ajar, Modiano, Rawicz, Duras…) et nourrie par son enseignement à l’Université de Bar-Ilan, dont elle était une des personnalités les plus marquantes et les plus attachantes.
1 On pourra consulter les excellents comptes rendus de Carole AUROY (Cahiers Albert Cohen, n°10, 2000, p. 185-187) et de Vincent JOUVE : http://www.fabula.org/revue/cr/108.php
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AVANT-PROPOS
Je fus presque surpris, quand je la vis pour la première fois, de ce que l’auteur deGrotesque et marginalitéfût une petite femme si parfaitement normale, d’allure si respectable – exception faite de cette vivacité de traits qui donnait à cette quinquagénaire l’allure d’une étudiante attardée. C’était en 2004, lors de cinq jours inoubliables à Cerisy-la-Salle, qui se passèrent en conférences sur Albert Cohen et en promenades dans un paysage enchanteur, où nous avons appris à nous connaître et à nous apprécier. C’était pour Judith un sacrifice très réel que ces quelques jours passés loin des siens. Qui ne se souvient qu’elle avait apporté, dans ses bagages, des dizaines de conserves « casher » qui lui permettaient de nous accompagner au réfectoire de Cerisy ? Toute Judith était là : elle ne cédait rien sur ses principes, mais rien non plus sur son envie d’être parmi nous, d’écouter, de convaincre, de batailler parfois, de partager sinon les « mets », du moins les « mots »... Elle pouvait se froisser sur des sujets sensibles, mais elle ne renonçait jamais à cette volonté de dialogue. C’est à Cerisy que j’ai compris que cette petite femme était décidément une grande dame. Elle était pleinement israélienne, intensément juive, mais aussi, je le crois, très française par son amour immodéré de la belle langue et de la grande littérature. Sans doute se plaisait-elle à jouer ainsi les passeurs entre les mondes : la France et Israël, les religieux et les incroyants, les tenants de la culture classique et les nouvelles générations, tous embarqués dans une sacrée galère… Elle nous a quittés prématurément en 2007. Elle qui aimait tant la vie, la vie avec les autres, la vie avec les livres, nous laisse avec de bien beaux souvenirs et son intelligence en héritage. Les études de ce recueil seront donc dédiées à Judith Kauffmann et à son œuvre critique, du moins la part de celle-ci qui concerne directement Cohen (car les compétences et les publications de notre amie étaient bien plus vastes). Certains articles sont directement en dialogue avec ses travaux et portent sur quelques-uns de ses thèmes
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AVANT-PROPOS
familiers : le comique, le grotesque, la judéité ; d’autres portent sur des sujets différents et fraient des voies nouvelles. Mathieu Belisle propose une analyse profonde et originale des paradoxes – esthétiques, moraux et métaphysiques – du personnage de Mangeclous « le mal né », en les éclairant de perspectives sur l’histoire du roman. Maxime Decout revient (après Judith Kauffmann, mais aussi Charlotte Wardi et Evelyne Lewy-Bertaut) sur « la fabrique du personnage juif » chez Cohen et sur le rôle séminal duSilbermannde Lacretelle. Plusieurs contributrices de ce numéro d’hommage sont en cours (parfois en début) de thèse : Claudine Ruimi se livre à quelques variations gastronomico-littéraires ; Thiphaine Rivière s’interroge sur les formes de la bêtise chez Cohen ; Julie Lescroart s’essaie à un examen comparé de l’absurde chez Camus et Cohen. Baptiste Bohet nous communique quelques-uns des résultats de sa thèse récemment achevée : l’intérêt de son travail est propre à convaincre ceux qui restaient sceptiques devant l’application de l’informatique aux études littéraires. Maurice Lugassy poursuit son précieux travail de dépouillement d’archives concernant les activités sionistes de Cohen. * Comme si cela ne suffisait pas, Isaac Politis nous a quittés cette année. Il avait, depuis plus de vingt ans, avec une discrétion, une gentillesse et une générosité sans pareilles, accompagné et soutenu l’aventure de l’Atelier Albert Cohen. Nos pensées vont à sa famille et tout particulièrement à sa femme, Daisy Politis, qui est l’âme de notre association.
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