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Cahiers congolais de communication vol. XI

268 pages
Ce volume s'inscrit dans son "logiciel" originel. Les quatre parties déclinent études et recherches qui tentent, dans des perspectives diverses, d'objectiver non seulement certains aspects du champ communicationnel mais aussi certaines "parcelles théoriques et conceptuelles" voisines aux SIC (Sciences de l'Information et de la communication).
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Cahiers congolais
de communication
Ce onzième volume des Cahiers congolais de communication comprend quatre
grandes parties. La première partie rend compte d’une série de recherches relevant
de la sociologie des NTIC et de la bibliologie (la science de la communication
écrite). Deux axes de recherche sur :
• les défs de l’appropriation du web journalisme en RD Congo (3 articles) et C E CO M
de l'informatisation des bibliothèques (cas de la bibliothèque de l’IFASIC) Centre d'études
(1 article) ; en communication de masse
• la pratique d’animation en bibliothèque/médiathèque (cas de la médiathèque
de la Halle de la Gombe).
La deuxième partie de l’ouvrage objective le champ journalistique congolais,
avec des articles sur :
• l’appropriation des lieux publics à des fns de prestige ;
• la responsabilité éthique du journaliste ;
• la problématique de la vulgarisation ; Cahiers congolais • le phénomène « Parlements debout ».
La troisième partie, tout en maintenant la perspective communicationnelle, rend
compte des travaux en sciences de l’éducation, avec des études sur : de communication• la baisse du niveau de l’enseignement ;
• l’opérationnalisation des concepts dans le cadre du « travail de fn de cycle » ;
• l’initiation à la démocratie à l’école ;
• les comportements à risques associés au trouble dépressif chez les jeunes ; Vol. XI
• les perceptions et les comportements de la population à l’égard des effets du
réchauffement climatique.
Respectant la tradition pluridisciplinaire de la revue, la dernière partie de ce
volume comprend des articles qui rendent compte de :
• la problématique d’intégration économique en Afrique ; Revue interdisciplinaire
• la problématique de l’aide humanitaire consentie aux États africains ;
de l'Institut facultaire des sciences • la décentralisation et du développement local en RD Congo ;
• la question des armées nationales et des logiques sécuritaires en Afrique noire. de l'information et de la communication
Vol.
XI IFASIC
27 €
ISBN : 978-2-343-03439-3Publication du Centre d’études en communication de masse
(CECOM) de l’Institut facultaire des sciences de l’information
et de la communication (IFASIC)(RD Congo).

Maquette de couverture : Serge Lauret / Illustration : © 2567394 - Fotolia.com
Cahiers congolais de communication
C E CO M Cahiers congolais de communication
Revue interdisciplinaire


Volume XI
Kinshasa, Paris, Avril 2014



Publication du Centre d’Etudes en Communication de Masse
(CECOM)

De l’Institut Facultaire des Sciences de l’Information et de la Communication
(IFASIC)
101, Avenue Colonel Ebeya, Commune de la Gombe,
Kinshasa, République Démocratique du Congo.


Comité d’édition de la revue


∎ Eddie Tambwe Kitenge, directeur ∎ Edouard NOSA
MATUMONA, chargé de publication ∎ Jiji MUJINGA MWAMBA,
secrétaire administrative ∎ Eustache NAMUNANAIKA KAMIRA,
secrétaire de rédaction∎


Conseil scientifique de la revue

∎ Jean Lucien KITIMA KASSENDWE ∎ Emmanuel MWANGILWA LUSSU
∎ Espérance BAYEDILA BAKANDA ∎ Georges Jérémie WAWA
MOZANIMU ∎ Eddie TAMBWE KITENGE ∎ Paul OKOMBA
WETSHISAMBI ∎ Albert POMBO NGUNZA ∎ Alexis MBIKAYI MUNDEKE
∎ Jean-Claude MATUMWENI MAKWALA ∎ Aimé KAYEMBE
TSHIBAMBA MALU ∎ Jean-Pierre MANUANA NSEKA ∎ Godefroid ELITE
IPONDO ∎ Alois THAMBA NKENGE ∎ Jean Chrétien EKAMBO D. ∎ Emile
BONGELI YEIKELO ∎ ITANGAZA MUBANGU∎




































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-03439-3
EAN : 9782343034393
Sommaire

Introduction
Eddie TAMBWE 7

Partie I :
Sociologie des NTIC et recherches bibliologiques

L’Agence Congolaise de Presse (ACP) face aux défis du Web-journalisme.
Un essai de conceptualisation.
Jean-Marie Vianney LONGONYA OKUNGU DEMBE D’OTE 11

Le web journalisme à Kinshasa : le défi de l’appropriation
Philippe NTONDA KILEUKA 25

Cyber journalisme et société congolaise
Guillaume KINGH FAREL 35

Etude prospective d’informatisation de la bibliothèque
de l’IFASIC
Bercky KITUMU MAYIMONA et Héritier BOKALA BOFENGI 47

Pratique d’animation en Bibliothèque/Médiathèque.
Cas de la médiathèque de la Halle de la Gombe en 2012
Werner KABEYA MAWANA et Papy IBULA 63


Partie II :
Recherches sur le champ journalistique congolais

Espace et pouvoir. Conquête, appropriation et monopolisation des lieux
publics à des fins de prestige
ELITE IPONDO ELIKA 79

Les rixes en « prime time » à Kinshasa : la responsabilité éthique du
journaliste
Pudens MALIBABO LAVU 95

Vulgariser sans être vulgaire
Marcel KANKU NTALAJA 111

Une approche compréhensive du phénomène « Parlements debout » :
Jiji MUJINGA MWAMBA KANGABE 125

Partie III :
SIC, Sciences de l’éducation et Développement social

Baisse du niveau de l’enseignement : la responsabilité de l’étudiant.
ITANGAZA MUBANGU 137

Interrogations sur l’opérationnalisation des concepts dans le cadre du
« travail de fin de cycle » (graduat) en Rd-Congo
Heustache NAMUNANIKA KAMIRA 153

Pour une initiation progressive à la démocratie à l’école
Abel NGONDO NDJONDO et Christine MVONDO FALANGANI 165

Comportements à risque associés au trouble dépressif chez les jeunes
du Lycée Kele-Kele
L. Mandjuandja Mayembe, E.MUKALA MAYOYO et J. KWETE YEBERE 179

Perceptions et comportements de la population à l’égard des effets du
réchauffement climatique
L. Mandjuandja Mayembe, A. Mikende Makadi et E. Mukala Mayoyo 199


Partie IV :
Enjeux culturels, sociaux, politiques et internationaux

Problématique d’intégration économique en Afrique
Julien BALA GIODI 213

Comment l’aide humanitaire consentie aux Etats africains catastrophés
se transforme-t-elle souvent en droit d’ingérence ?
Jean-Lucien KITIMA KASENDWE 225

Décentralisation et développement local en Rd-Congo. Comment mettre
à profit les opportunités existantes ?
Abel NGONDO NDJONDO 235

Armées nationales et logiques de sécurité en Afrique noire
Henri KokoloThamba di Malanda et Ndomba wa Ndomba 249




Introduction

1Eddie TAMBWE KITENGE

e onzième volume de Cahiers congolais de communication -
revue scientifique publiée par le Centre d’Etudes en C Communication de Masse (Cecom en sigle et dans la suite du
texte) - de l’Institut Facultaire des Sciences de l’Information et de la
Communication (IFASIC) (Kinshasa, République Démocratique du
Congo) – s’inscrit dans son « logiciel » originel. En quatre principales
parties, les pages qui suivent déclinent en effet études et recherches qui
tentent - dans des perspectives diverses et variées - d’objectiver non
seulement certains aspects du champ communicationnel mais aussi
certaines « parcelles théoriques et conceptuelles » voisines aux SIC
(sciences de l’information et de la communication).

Quatre parties, donc. Dans le présent numéro. La première partie
rend compte d’une série de recherches relevant à la fois de la sociologie
des Nouvelles Technologies de l’Information et de la
Communication et de la Bibliologie (la science de la communication
écrite). Deux axes de recherche se démarquent ici, notamment sur :

- les défis de l’appropriation du web journalisme en RD Congo et
d’informatisation des bibliothèques (cas de la bibliothèque de l’IFASIC) ;
- la pratique d’animation en Bibliothèque/Médiathèque (cas de la
médiathèque de la Halle de la Gombe).

La deuxième partie de l’ouvrage objective le champ journalistique
congolais, avec des articles sur :

- l’appropriation des lieux publics à des fins de prestige ;
- la responsabilité éthique du journaliste ;
- la problématique de la vulgarisation ;
- le phénomène dit « Parlements debout ».

La troisième partie, tout en maintenant la perspective
communicationnelle, rend compte des travaux en sciences de
l’éducation, avec des études sur :

1 Professeur à l’IFASIC, directeur du Cecom.

7- la baisse du niveau de l’enseignement ;
- l’opérationnalisation des concepts dans le cadre du « travail de fin
de cycle » ;
- l’initiation à la démocratie à l’école ;
- les comportements à risque associés au trouble dépressif chez les
jeunes ;
- les perceptions et les comportements de la population à l’égard des
effets du réchauffement climatique.

Respectant la tradition pluridisciplinaire de la revue, la dernière
partie de ce volume comprend des articles qui rendent compte de :

- la problématique d’intégration économique en Afrique ;
- la problématique de l’aide humanitaire consentie aux Etats
africains ;
- la décentralisation et du développement local en Rd-Congo ;
- la question des armées nationales et des logiques sécuritaires en
Afrique noire.
8












Partie I :

Sociologie des NTIC et recherches bibliologiques




L’Agence Congolaise de Presse (ACP) face aux défis du Web-
journalisme. Un essai de conceptualisation.

1Jean-Marie Vianne2y LONGONYA OKUNGU DEMBE D’OTE

Résumé : Si - sous d’autres cieux - les professionnels des médias pointent
quelques doigts accusateurs sur les réseaux Internet comme étant les plus
influents responsables du déclin de l’industrie de la presse écrite ou imprimée, en
République démocratique du Congo nous en sommes encore au souhait de la
revalorisation sociale des conditions de travail dans la pratique du journalisme
manuel. Notamment, par le désenclavement et la performante instantanéité du fil.
Une fois ces conditions remplies, le web journalisme dans le secteur d’agence
contribuera à éradiquer bien de fléaux destructeurs des éléments moteurs de la
démocratisation de l’information en Rd-Congo.

Posture thématique

En ces temps du Web, où la physionomie de la presse s’est modifiée
2tout au long du XXème siècle , la représentation sociale de la pratique
du journalisme d’agence en République démocratique du Congo (RDC)
ne peut plus se concevoir sans les autoroutes de l’information et autres
sentiers du nouveau concept politique rdcongolais, dit de la
« Révolution de la modernité ». Penser autrement - le web-journalisme
hors du contexte de la pratique du « New-agency » - n’est plus une
simple faute professionnelle. Elle devient une entorse à la règle de
conduite. Un crime déontologique sans circonstances atténuantes
couvant une omission grave des règles de l’art d’écrire pour les autres.
Soit un acte d’insouciance professionnelle psychorigide face à la fatalité
de l’émergence professionnelle. Les communicateurs du secteur de
l’imprimé, de toute l’étendue de notre petit village planétaire, sont
aujourd’hui condamnés à la pratique d’un journalisme virtuel. Dans
lequel une agence de presse devient un service de fil, soit un service de
« nouvelles online ». Où, plus que jamais, le caractère agréable de la
lecture d’une page a désormais bien plus d’importance pour la majorité
de lecteurs. Ces derniers ont été transhumés en bénéficiaires plus que
volages.
A cause de l’actuelle surcharge concurrentielle à laquelle se livre
toute cette galaxie des talents dans les services en ligne, la place de
l’illustration - en particulier de la photo de presse jadis apanage du

1 Professeur à l’IFASIC, il dirige l’ACP depuis 2008.
2 Henry H. Schulte/Marcel P. Dufresne, Getting the story: An advanced Reporting Guide
to Beats, Records and Sources, Macmillan College Publishing Company, 1994.
11 multimédia - n’est plus désormais neutre. Parce que contribuant
1beaucoup plus que jadis au dynamisme de la mise en page . Dans ce
contexte, le praticien du journalisme d’agence doit continuer de se
comporter comme un grossiste d’un matériau brut au service d’autres
médias. Dont des quotidiens physiques et en ligne. Avec cette différence
fondamentale que, désormais, les caractéristiques du produit « dépêche
d’agence » devront être habillées à la mode Web et à son écriture
ajustée. En revanche, ils persévèrent à rapporter des faits de manière
exacte, rapide, complète, intéressante et concise. Son défi du siècle n’est-
il pas de continuer d’être enserré dans des règles professionnelles selon
2le credo de l’agencier moderne .
C’est à ce stade que se situe l’os thétique, pourrions nous dire, de
notre texte et de notre questionnement. Soit, la question substantielle de
notre problématique. A savoir : comment espérer pratiquer un
journalisme d’agence dans le style du nouveau concept dit de « New-
agency », en République Démocratique du Congo(RDC) où tout compte
fait, les pouvoirs publics ne semblent pas pressés de donner des signes
crédibles d’une volonté de déploiement massif d’infrastructures ou
d’investissement. Dans un secteur pourtant essentiel et qui influe sur
l’univers professionnel et la qualité de la presse dans un Etat. Pour que
la réputation d’un établissement public comme l’Agence Congolaise de
Presse (ACP) puisse enfin reposer sur l’impartialité et la sûreté des
nouvelles qu’elle distribue. S’agirait-il là d’une démonstration
supplémentaire de déficit de volonté politique ou d’une carence
pédagogique de la part de l’Etat-propriétaire ? Sinon, quelles solutions
envisager- en amont et en aval s’entend - pour ouvrir en République
démocratique du Congo des perspectives d’une heureuse évolution de la
pratique de ce journalisme basique à toute communication
démocratique ?
Il s’agit dans le présent article d’une « projection empirique » qui
prendra en compte d’autres paramètres en dehors de la réalité sur le
terrain. Dit autrement, il s’agira pour nous de projeter des retombées
positives moyennant l’apport de l’intégration des nouvelles technologies
de l’information et de la communication (NTIC) à l’ACP comme gages de
désenclavement d’un pays (la RDC) incontournable dans toute politique
de désenclavement médiatique de l’Afrique subsaharienne. En effet,
bien que classé par certains analystes comme « pays du tiers monde »
réfractaire à l’émergence, la République Démocratique du Congo (RDC)

1 Yves Agnès, Manuel de journalisme (Ecrire pour le journal), Editions La Découverte,
Paris 2002, p 344.
2 Henri Pigeat, Les agences de presse : Institutions du passé ou médias d’avenir, Paris, X,
1997.
12 demeure malgré tout le plus grand pays francophone du monde de par
sa démographie et le nombre de ses locuteurs. N’est-il pas
physiquement quatre fois plus grand que la France et l’Allemagne et
quatre-vingt fois la Belgique ? En revanche, malgré toutes ses
potentialités légendaires tant vantées, elle se trouve encore confinée sur
la liste des pays les plus enclavés de l’humanité. A cause, entre autres,
de son bas niveau d’interconnexion sur la toile. Il est aussi constaté son
retard évolutif très peu compréhensible par rapport à des agences des
pays beaucoup moins nantis par la nature. Il en est ainsi de l’Agence de
Presse Sénégalaise (APS), créée en 1959- soit à peine une année avant
1l’Agence Congolaise de presse (ACP) - qui a simultanément gagné en
avance de plusieurs écarts vis-à-vis de l’Acp. En témoigne une récente
étude de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) de
2005, qui l’a désignée comme étant l’agence de presse la plus utilisée
par les medias en Afrique de l’Ouest francophone. Qui plus est, son
portail est aujourd’hui le meilleur et le plus visité du Sénégal selon la
2même source .

1. Critiques récurrentes et critères d’évaluation

Pour mieux situer nos indicateurs sur la viabilité et la crédibilité
d’une agence de presse qui se veut moderne comme l’ACP, nous avons
retenu dix niveaux d’évaluation en termes de pénétration régionale et
internationale. C’est-à-dire, une agence de presse considérée dans sa
mise à jour quotidienne des informations, dans le secteur public, dans le
secteur privé, au sein de la société civile, chez les jeunes, au sein de la
diaspora, chez des femmes, dans des groupes vulnérables, des corps
diplomatiques, auprès des étrangers vivants au pays de la production
principale de l’agence. Ces indicateurs nous ont été inspirés, sur base
exclusivement empirique, eu égard à notre expérience à la tête de
l’Agence Congolaise de presse, il s’agira à travers notre regard d’une
approche émanant d’un acteur impliqué, certes, mais essayant de
réfléchir à partir d’un travail de terrain. Bien entendu, il pourra émarger
de notre modeste expérience quelques postures d’une observation

1 L’APS a été créée le 2 avril 1959 par Mamadou Dia, alors Président du Conseil. Comme
Patrice Emery Lumumba, le tout premier Premier ministre congolais qui créa à son tour
l’Agence Congolaise de Presse, par son tout premier décret, il est un des artisans de
l’indépendance du Sénégal. En revanche, si l’ACP est un établissement à caractère
technique et administratif doté de la personnalité juridique, l’APS en est autant un
établissement public, mais à caractère industriel et commercial.
22 Selon le cabinet international de communication (INTERCOM) qui a réalisé son étude
sur base d’un baromètre dénommé « +SENMEDIA+ ». Source : APS (31 décembre 2010),
10:50 :00 GMT.
13 « participante » qui n’a pas la prétention d’être « pure ». Même notre
« terrain » d’expérimentation - ici l’ACP- aurait pu nous paraître
ennuyeux voire sans intérêt et ses situations à critiquer routinières et
banales. Cela, à cause de notre implication personnelle et
professionnelle. Mais, le regard autorisé d’un Howard S. Becker vient à
la rescousse de nos hésitations et nous encourage à nous assumer. Cet
auteur tranche que même pour un apprenti témoin, « un terrain réputé
ennuyeux ou sans intérêt peut offrir des perspectives intéressantes, à
1condition de savoir les observer ».
Dès lors, notre méthodologie critique ne pourra qu’être empruntée
au parcours d’une enquête par observation participante. Qui sollicitera
non pas nos humbles qualités personnelles d’empathie, d’écoute ou de
mémoire, mais envisagera de puiser dans des critères spécifiques
d’appréhension du terrain analysé dans la durée. Dans une réflexion à
partir de la position que nous avons occupée à la tête de l’ACP jusqu’à la
production de cet article et tout aussi naturellement, dans la nature des
2preuves et démonstrations apportées tout au long de notre expertise .
Au fond, notre point de vue critique sur les conditions d’une pratique
performante du web-journalisme à l’ACP part de la conviction qu’un des
indices qui permettent de mieux identifier ou de départager les pays
dits développés économiquement des autres surnommés « en voie de
développement » est leur accès à l’information de pointe en temps réel,
3pour paraphraser Jean-Paul Lafrance . Mais aussi, leur possibilité de
partager des informations mises à leur disposition par les médias grâce
à des liaisons aux réseaux internationaux et leur capacité de travail de
coopération sur des systèmes interentreprises ou intersectoriels. C’est
dans ce même ordre d’idées que ce chercheur québécois a raison
4d’arguer qu’en général, les « pays pauvres sont des pays isolés ». Où les
personnes, les groupes et les institutions communiquent différemment.
Bien entendu, il sied de préciser que nous nous efforcerons dans la
production de ce texte d’éviter toute comparaison simpliste.
Notamment, entre un mode de fonctionnement des systèmes de
communication de promiscuité (plutôt très présents dans nos sociétés

1 Becker Howard S., Les ficelles du métier. Comment conduire sa recherche en sciences
sociales, Paris, Editions La découverte, pp.160-162.
2 Philippe Le Guern, « L’observation : méthodes et enjeux », article in Stéphane Olivesi
(Sous la direction de), Introduction à la recherche en SIC, Monts, Presses universitaires
de Grenoble, 2007, pp31-32.
3 Jean-Paul LAFRANCE, PH.D, est professeur des universités et fondateur du
département des communications de l’Université du Québec à Montréal. Directeur de la
chaire Unesco-Bell en Communication, il est l’auteur, notamment, de Le commerce
électronique (Y a-t-il un modèle québécois?) aux éditions des Presses Universitaires du
Québec en 2002.
4 Idem.
14 africaines) et les structures des médias de sociétés occidentales. Qui
souffrent, elles, des avatars de l’hypermédiatisation et ont tendance à
brouiller les frontières entre la sphère privée et la sphère publique.
Néanmoins, la République démocratique du Congo où fonctionne
l’ACP, souffre encore du déséquilibre technologique dans le concert de la
mondialisation de l’information. Or, la question de l’accessibilité à
l’international est importante pour la viabilité financière des projets
d’une nation. Dans la mesure où elle affecte directement le trafic et les
revenus générés par les réseaux backbones. Ce qui fait écrire à Oswald
1Guy-Cyr Louéké que l’interconnexion internationale est généralement
un gros problème pour les pays enclavés. Dans la mesure où, l’accès aux
câbles internationaux, en particulier les câbles sous-marins (fibres
optiques), est contrôlé par des opérateurs étrangers. Si le lancement,
depuis 29 mars 2013, de la deuxième phase de travaux de construction
du port de la ligne à fibre optique de Kinshasa à Kasumbalesa dans le
Katanga à la frontière avec la Zambie, est une bonne chose, sa
concrétisation le 08 juillet de la même année à la 15éme station du
Consortium Cable System-WACS- à partir de Moanda a été certainement
un grand tournant historique voire un virage économique potentiel.
Mais, les autorités initiatrices de ce projet devront achever le
programme d’investissement complet de leur ambition et engagement
public pour être effectivement dans le bon. C’est-à-dire, éponger
formellement le coût lié à l’achèvement de la couverture du réseau
mobile à travers toute la RDC pour accomplir leurs projections.

2. Cartographie socio-historique du corpus analysé

L’Agence Congolaise de Presse a été créée avec le statut
d’établissement public le 12 août 1960 par le tout premier décret du
tout premier Premier ministre congolais, Patrice Emery Lumumba. Sur
les cendres du bureau de représentation à Kinshasa de l’agence
coloniale belge, l’Agence BELGA. Elle a été dotée de la personnalité
juridique par ordonnance présidentielle le 03 février 1967, faisant d’elle
un établissement public à caractère technique, administratif et
commercial. Dans la décennie des années 1970, l’ACP était comptée
parmi les fleurons de la presse nationale et africaine. Elle dispose à
l’époque des moyens conséquents pour assumer ses responsabilités de
rechercher, au pays comme à l’étranger, les éléments d’information
exacte, complète et saine et est implantée à travers tout le territoire
national. Elle disposait des bureaux de liaison à Pékin, Paris et Bruxelles
et entretenait une coopération de plus agissante avec les agences

1 In : Réseau Telecom Network n°59 du mois de janvier 2013, pp3-4.
15 britannique (Reuters), française (Agence France Presse-AFP-) et belge
1(BELGA) et tant d’autres agences internationales et africaines . En
pleine période politique très emballée du Parti-Etat et à la faveur de la
philosophie de sa politique du « Recours à l’authenticité », feu le
Maréchal Mobutu Sese Seko signait l’ordonnance n°081-052 portant
statuts d’un établissement public dénommé « Agence Zaïre Presse »,
2AZAP en sigle . Le 02 avril 1997, l’Agence congolaise de presse retrouve
son appellation d’origine à la faveur de la prise de pouvoir par l’Alliance
des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL) conduite
par feu Laurent-Désiré Kabila. Aujourd’hui, l’ACP ploie sous le poids
d’un personnel dont la moyenne d’âge oscille entre 65 et 72 ans, qui
dispose donc jusqu’à preuve du contraire d’une expertise riche qu’il
faille toutefois renouveler sinon rafraîchir par une jeunesse rôdée en
amont par l’effet d’alternance. En étant formée aux nouvelles
technologies de l’information et de la communication qui peinent à être
assimilées à bon niveau par les anciens. Ce qui pose un problème de
performance dans la production à l’Agence télégraphique nationale.
Cet état des choses est dû, essentiellement, à quelque attitude
réfractaire à l’état d’esprit des NTICs, cultivé- complaisamment ou
viscéralement- par cette catégorie du personnel. Pourtant, l’objet social
de l’ACP est en soi un bien joli programme. Il a la charge, en effet, de
rechercher tant en République démocratique du Congo qu’à l’étranger,
les éléments d’une information exacte, complète et saine, de mettre ces
informations à la disposition des usagers, d’étudier et de mettre en
œuvre les programmes ou les moyens d’information par écrit, par
l’image et le son susceptibles de servir le crédit international de la RDC.
D’assurer l’existence d’un réseau d’établissements lui conférant le
caractère d’un organisme d’information à rayonnement mondial, de
s’attacher particulièrement à promouvoir le développement du pays au
moyen des informations qu’elle diffuse. De tenir compte, dans la
diffusion de ses informations, de la mission d’éducation des masses qui
lui incombe à l’égard des populations congolaises. En même temps,
l’Etat congolais reconnaît au même établissement public le pouvoir
d’entreprendre toute activité susceptible de lui permettre de réaliser
son objet social. Notamment, la vente de son produit et d’autres services
3d’information à ses clients .

1 Pierre Gema Mbala, in Bulletin quotidien de l’ACP du 02 avril 2007.
2 Idem.
3 Source : Décret n°09/50 du 13 décembre 2009 fixant les statuts de l’ACP.
16 2.1. Notes descriptives et faits observables

A ce jour, l’ACP peut se targuer d’être la seule agence de presse rd
congolaise dotée de bureaux régionaux (34 au total), partout dans le
pays et devrait être capable de procéder, selon les normes de la culture
Web, à un maillage important du territoire national. Mais ce chiffre
significatif, voire impressionnant en Afrique subsaharienne, est encore
insuffisant au regard de l’ambition politique des statuts de l’ACP plus
haut décrits. Mais encore à cause de l’Etat congolais -son propriétaire-
qui a décidé de la fédéralisation de son territoire national, en passant de
11 à 26 provinces. Cette ambition génère naturellement d’autres
exigences en termes du nombre d’extensions souhaitées de ses bureaux.
Doté d’un Conseil d’administration, d’une direction générale et d’un
Collège de commissaires aux comptes, l’ACP est composée d’un
personnel global de 614 agents et cadres (dont 486 à Kinshasa et 128 en
provinces). L’Agence produit (encore) un bulletin physique et
électronique et fonctionne avec 11 directions dont : la Rédaction
centrale, la Documentation et archives (DOCAR), les Editions
spécialisées, les Ressources humaines, la direction Financière,
Technique, Commercial, Marketing, Services généraux, Etudes et projets
et de l’Audit interne.
L’ACP ne bénéficie plus des moyens de sa politique depuis des
lustres. Jadis fleuron du journalisme d’agence en Afrique centrale à
l’époque télégraphique, elle tarde encore à retrouver sa « pole position »
après le saute-mouton technologique qui lui impose pour sa
transformation virtuelle en tant qu’agence à vocation multimédia. Il en
résulte que son fonctionnement se heurte à plus d’un obstacle,
dont celui de la mystification à outrance du concept « NTIC » dans le
milieu professionnel des agenciers congolais. Ce qui, de notre point de
vue, urge d’être assimilé et soutenu en amont comme en aval par une
intervention pédagogique. Auprès et dans la culture des agenciers de
l’ACP, mais également des décideurs et des lectorats ciblés de leurs
produits. En considérant tout de même que les contenus véhiculés par
les NTICs ne sont pas apolitiques. Ce qui ouvrira sur une interaction
pédagogique holiste entre producteurs et bénéficiaires des produits des
agenciers congolais de l’ACP au grand bonheur de notre démocratie. Car,
tous les medias (même officiels) ont un rôle vital dans une république.
D’évidence, ils contraignent la petite minorité détenant les rênes du
pouvoir à ne pas perdre de vue les préoccupations de l’immense
majorité de la population. Et dès lors qu’une information atteint un
17 public élargi - ce qui est l’ambition de tout journalisme d’agence
1pratiquée online - le comportement politique se modifie .
Vis-à-vis de la majorité de son public cible, l’autre écueil au
développement de l’ACP se trouve être, son hermétisme aux services
rendus par les nouvelles technologies de l’information et de la
communication. Mais quoi qu’on en dise et quelques soient les frasques
événementielles organisées et voulues par les représentants de
pouvoirs centraux autour de l’accessibilité de tous les Congolais aux
services de la fibre optique, il est un secret de polichinelle que les Lap
top ne sont pas encore à considérer comme des gadgets d’utilité
publique ou des outils de travail bon marché en République
démocratique du Congo. Il faut ajouter à ce qui précède, le grand
handicap d’accessibilité entretenu par le déficit pédagogique dans le
chef même de la majorité de professionnels - utilisateurs. Pour qui ces
outils informatiques, même acquis en privé, demeurent encore
ésotériques. Tous ces écueils ne pourront être évités que par la
promotion, en amont, de l’alphabétisation informatique mais aussi de
l’éducation scientifique et technique adapté aux besoins locaux à
identifier de façon anticipative et constante.
Pour une agence nationale à peine subventionnée par l’Etat, l’ACP ne
dispose pas des moyens didactiques nécessaires à son envol. Par
exemple, hormis la prise en charge des salaires de ses agents et cadres,
l’Agence congolaise de presse ne dispose d’aucune bicyclette ni
d’aucune moto encore moins d’un véhicule pour aller chercher
l’information là où elle l’appelle. Si cela n’est pas assez un scandale en
RDC, cet état des choses fait sourire en dehors de nos frontières sauf
peut être à Brazzaville où, l’Agence Congolaise d’Information (ACI) fait
face à la même noyade face aux Dépêches de Brazzaville mieux loties.
Dès lors, le bon niveau professionnel de ses agenciers ne peut que
contraster avec l’insuffisance sinon l’absence des outils de travail.
Depuis 2006, l’ACP n’a pas encore réussi à surmonter les difficultés de
maintenance de ses quelques équipements informatiques acquis grâce
aux rares interventions économiques de l’Etat et ce n’est pas faute de
plaidoyer auprès de qui de droit. Aussi, la démotivation latente de son
personnel actif et le non versement par l’Etat-propriétaire des frais de
fonctionnement demeurent-ils des escarres de son développement qu’il
faut absolument aseptiser pour émanciper son envol.

1Michael Schudson, Le pouvoir des medias (The power of news), Paris, Nouveaux
Horizons, 1995.
18 2.2. Notes subjectives

Hormis les problèmes de la qualité de ses ressources humaines et de
la quantité de ses dotations par l’Etat-propriétaire, nous croyons que
l’ACP a tout à gagner avec l’aboutissement du projet de l’installation des
fibres optiques en tant que support physique de transmission des
données numériques et autres sous forme de la lumière. Grâce à la
coopération chinoise, on peut l’espérer, la RDC pourrait faire aboutir
son projet de connexion par le port maritime de Mwanda dans le Bas-
Congo au câble sous-marin à fibre optique(Backbone) qui passe par
l’Atlantique, de l’Europe vers l’Asie et l’Australie contournant l’Afrique
dans presque son entièreté.
Ce raccordement qui est en progression fera bénéficier aux
populations congolaises de l’accès à la connexion Internet à haut débit,
par l’utilisation d’un Gateway unique. Cela aura pour avantage de forcer
les fournisseurs d’accès internes (FAI) de se créer des points de
présence, soit des « comptes point à point » (Point to Point ou POP), de
manière à soulager les bénéficiaires des services d’une ACP requinquée,
des désagréments permanents leur causés par l’utilisation d’Internet
assis sur le réseau RTC (Réseau Téléphonique Commuté) qui encellulent
leur satisfaction.

Conclusion transitoire

Sur le plan strictement technologique, le salut de l’ACP dépend en
grande partie des opportunités que pourrait lui offrir la fibre optique
que l’Etat propriétaire déclare continuer d’installer pour parachever son
projet d’interconnexion de 11 sur 7 de nos provinces. Dotée des
antennes VSAT lui fournies par le gouvernement, l’ACP peut se
moderniser véritablement. Malheureusement, l’acquisition des ces
équipements performants et coûteux n’a pas encore aidé l’Agence
nationale de presse à se muer effectivement de son statut d’agence de
presse télégraphique en une agence de presse classique moderne. Soit,
fonctionnant sous le régime multi médiatique, ni à désenclaver ses 34
bureaux provinciaux de la rédaction centrale de Kinshasa. Cet obstacle
découle, en amont, du coût trop élevé de la maintenance du matériel et
en grande partie du coût très élevé de la location de la bande passante
auprès de la firme PANAMSAT via les FAI.
19
1
Schéma virtuel du désenclavement de bureaux provinciaux de l’ACP .
(Source : service de la coordination technique de l’ACP.)

















11
L’avantage de ce schéma est de mettre en exergue le fait qu’une fois le Réseau VPN satellitaire complètement et bien installé - soit la Virtual
Private Network - qui est un Réseau privé virtuel l’Antenne parabolique(VSAT) et moyennant le Modem (HUB) qui modulera les modulations des
émissions et des réceptions des informations entre les directions provinciales de l’ACP (exemple ici des directions du Katanga et de la Province
Orientale (ici Kisangani), l’ACP sera automatiquement sécurisée sur le plan commercial. Car, sans code d’accès de partage d’information
(diffusion), plus aucun lecteur ne pourra bénéficier des produits de l’Agence Congolaise de Presse qui travaille complètement à perte et parce que
piratée en toute impunité à longueur des journées par quiconque le veut même animée des mauvaises intentions.
20 Alors que, sous d’autres cieux, les backbones fibre sont développés
par la mise en place de partenariats public-privé, notre cadre législatif et
réglementaire n’est toujours pas expansif. En effet, la RDC n’en est pas
encore à la déréglementation de la propriété des infrastructures où,
comme dans des pays industrialisés ou émergents, des autorisations
préalables auront été supprimées sauf concernant les droits de passage
imposés aux investisseurs installant les infrastructures de transmission,
telles que la fibre optique.
Dans ce contexte, les seuls opérateurs à soumettre à de très longues
procédures d’attribution d’autorisation qui caractérisent notre
administration publique seraient les seuls qui exploitent ces liaisons.
Alors que, plus ouverte, la législation rd congolaise en la matière
pourrait attirer et faciliter les investissements par les propriétaires
d’autres types de réseaux (par exemple les chemins de fer, lignes
électriques, gazoducs, pétroliers, etc.). Bien souvent, en effet, certaines
compagnies pétrolières disposent dans leurs pays d’exploitation d’un
grand réseau de fibre optique sous-exploité parce que surdimensionné
par rapport à leurs seuls besoins alors qu’ils pourraient bien faciliter
l’accès à une meilleure connectivité Internet au plus grand nombre. C’est
1le cas de la compagnie pétrolière TOTAL au Gabon .
Dans le cas précis de l’ACP, nous pensons qu’un développement des
réseaux intranet et extranet est désormais possible à court terme, avec
l’installation progressive d’une toile nationale d’Internet à haut débit
par backbone. Ce, uniquement dans l’intérêt des populations
alphabétisées actuellement encore soumises aux divers tracas liés aux
2limites technologiques des connexions ADSL . Soit des lignes
numériques asymétriques des abonnés (LNA) ou réseau téléphonique
commuté (RTC), avec leur faible débit, malgré leurs coûts très élevés
inadaptés à la bourse de l’utilisateur moyen et finalement des
fournisseurs d’accès Internet (FAI) congolais. D’une part, l’aisance de la
lecture de bénéficiaires des services proposés dans le portail de l’Agence
congolaise de presse est rendue difficile à cause des désagréments dus
aux fréquentes interruptions dans la fourniture de la connexion Internet
et à la petite qualité du matériel mis en service mais aussi à cause de
l’inexpérience de nombreux entrepreneurs FAI qui sont en partenariat
avec elle.
Dit autrement, le compte rendu de notre observation ne se veut pas
un simple réquisitoire dans un pays où, le journalisme d’agence
archaïque est condamné à disparaître par l’effet boomerang de
l’informatique. Qui a introduit une concurrence plus qu’impitoyable

1 Oswald Guy-Cyr Louéké, op. cit.
2Asymmetric Digital Subscriber line
21 avec d’autres médias et d’autres genres. Il s’est agi pour nous de
démontrer l’apport holiste de la pratique du Web- journalisme d’agence
dans un pays encore enclavé à l’ère électronique. Notre questionnement
a traité des intérêts de la pratique en RDC d’un journalisme d’agence
reconsidéré dans un environnement électronique. Qui est, de nos jours,
celui du quotidien des trois quarts de l’humanité. Nous avons soutenu
que son développement émargerait d’une généralisation des moyens
électroniques qui donnerait aux agenciers congolais les moyens d’être
plus performants dans un monde où leur pays demeure au centre de
l’actualité. Tant géologique, politique qu’environnementale grâce à son
sous-sol, sa position géostratégique, sa faune, ses cours d’eau pour ne
citer que ces potentialités notoires.
Par ailleurs, nous avons proposé à l’Etat propriétaire congolais
d’achever, en termes de défis politiques, l’agenda de ses reformes
annoncées avec éclat et d’évoluer de son rôle traditionnel de secteur
public (en tant que fournisseur d’infrastructures de communication)
vers un nouveau rôle de créateur et de régulateur efficace de la
structure de ce marché. Non seulement parce que le modèle traditionnel
1d’octroi de licences est en train de devenir obsolète , Internet étant
devenu le réseau des réseaux, le web journalisme devient la solution
incontournable pour lutter contre l’enclavement constaté dans notre
pays-continent. En effet, à l’instar des phénomènes technologiques et
politico-sociologiques qui ont fait évoluer le paysage politique de la RDC
vers la démocratisation, les marchés de lectorats tout comme ceux des
audiences radiophoniques et cathodiques sont, de nos jours, largement
dépendants de l’intégration informatique de leurs systèmes de réseaux.
Dans cette concurrence farouche à visage humain, le web-
journalisme d’agence au Congo-Kinshasa est particulièrement concerné
par les transformations en cours et à venir dans le monde des médias.
En définitive, trois défis majeurs doivent être impérativement relevés
pour espérer atteindre la performance. Il faut aux médias en RDC en
général et à l’Agence congolaise de presse en particulier, lutter contre le
conformisme anarchique d’un journalisme manuel, le manque d’intérêt
politique pour les conditions sociales des journalistes et de l’aisance de
nos lectorats, minés par des problèmes de survie au quotidien et la
carence ou l’absence de volonté professionnelle d’innovation.
Et pour cause, l’engagement corporatiste constaté dans la pratique
obsolète du journalisme d’agence - voire d’autres genres - en RDC est dû,
entre autres, au non renouvellement permanent de la population
journalistique. Cette dernière est classée parmi les plus mal loties de la

1 Vivien Foster et Cecilia Briceno-Garmenia, Infrastructures africaines. Une
transformation impérative, Paris, Nouveaux horizons, 2010, pp170-171.
22 planète (salaires médiocres, outils informatiques insuffisants,
conditions de travail infrahumaines) à cause d’une précarisation
croissante constatée dans la prise en charge par l’Etat propriétaire. Et ce
n’est pas toujours faute d’une pédagogie lobbyiste auprès des décideurs.
Sur le rôle capital que doit jouer une agence nationale de presse qui
devrait non seulement servir de source crédible d’informations
nationales aux autres médias nationaux et d’ailleurs comme c’est le cas
avec l’APS au Sénégal comme décrit plus haut. Sur le plan des ressources
humaines qui doit embrayer sur la qualité des produits de toute agence,
l’ACP paie de n’avoir pas et ne pas pouvoir faire succéder ses doyens par
des journalistes plus jeunes et mieux formés aux NTICs.
Sur les critères modernes de rigueur, sur le sens de l’information face
à la surenchère des sources en ligne. Ce qui implique des changements
radicaux, tant dans les hommes, les directions que dans le style
rédactionnel et le mode de distribution de l’information produite.
L’autre écueil de la performance du web-journalisme, qui est à nos yeux
la seule presse d’avenir dans l’optique de la mondialisation, est pour
l’ACP le manque de motivation de ses professionnels qui assistent
presque impuissants au rétrécissement de l’offre par rapport à une
demande de plus en plus exigeante. Ce fléau est ampliatif des conditions
économiques médiocres dans lesquelles évoluent, presque dans
l’indifférence, les agenciers qui pratiquent un journalisme de l’ombre. Ce
qui les éloigne de toute chance de recherche apaisée de l’originalité et
de la performance.
A toutes ces pénuries s’ajoutent l’absence d’un véritable marketing
perfectionné de leurs produits. Il en résulte un retard de qualité et de
quantité des produits de l’ACP, choses inacceptables dans le contexte de
la mondialisation de l’information. Qui suppose une mise au pas
technique et professionnel obligatoires. La gestion d’une agence étant
pyramidale, seules des qualités avérées de tous les professionnels y
employés pourraient sauver l’ACP de sa noyade face à la vertigineuse
ascension des NTICs.
Si les professionnels de médias pointent quelques doigts accusateurs
vers les réseaux internet comme étant les plus influents responsables
du déclin de l’industrie de la presse écrite ou imprimé sous d’autres
cieux, en République démocratique du Congo nous en sommes encore
au souhait de la revalorisation sociale des conditions de travail dans la
pratique du journalisme manuel. Notamment, par le désenclavement et
la performante instantanéité du fil. Une fois ces conditions remplies, le
web journalisme dans le secteur d’agence contribuera à éradiquer bien
de fléaux destructeurs des éléments moteurs de la démocratisation de
l’information en Rd-Congo. Dont, la possibilité de lutter contre les
galaxies de rumeurs qui rongent la bonne assimilation d’une
23 information citoyenne et démobilisent les consciences en même temps
qu’elles contrent l’assainissement des mœurs et les campagnes de
changement des mentalités. Tout aussi nécessaires au développement
intégral de la pratique du Web journalisme. Ce ralenti technologique de
l’ACP l’enclave par conséquent dans un monde moderne en même temps
qu’il lui diminue ses chances de démocratiser l’accès à l’information de
qualité du plus grand nombre de ses bénéficiaires, en tant qu’agence
nationale de presse à vocation internationale.
24

Le web journalisme à Kinshasa : le défi de l’appropriation

1Philippe NTONDA KILEUKA

Résumé : La presse kinoise est confrontée à de nombreux défis dans la mesure
où les TIC ne sont pas utilisées massivement par les professionnels des médias.
Ainsi, elles demeurent encore l’apanage d’une minorité de personnes à cause, à la
fois, de la facture économique et de la fracture numérique. Le premier aspect
renvoie au coût d’utilisation et le deuxième aux inégalités liées aux classes sociales.
C’est ce que l’auteur de cette réflexion tente de démontrer.

Introduction

Le web journalisme ou le journalisme en ligne n’est rien d’autre que le
journalisme sur Internet. Dans le fond, il est le même que le journalisme
sur papier dans la mesure où il applique les même principes. Dans la
forme, il diffère de l’autre journalisme puisque le Net permet des
fonctionnalités et des traitements spécifiques qui n’existent pas sur le
support papier. En effet, le web repose sur le lien hypertexte : ce petit
couloir que l’on propose au gré de la lecture, invitation à approfondir ses
connaissances en partant ailleurs.
Dans cet article, il est question du journalisme tel qu’il est défini,
2notamment, par la charte professionnelle de 1918 et par la loi n°96-022
3relative à la liberté de la presse en République Démocratique du Congo . Il
s’agit, comme le souligne Alain Joannès, de tous les journalismes (écrits,
parlés et télévisuels) reconsidérés dans l’environnement électronique qui
4est désormais le nôtre au quotidien . Avant d’entrer dans le vif du sujet, il
nous paraît utile de préciser les contours du concept d’Internet, support
de publication sur lequel s’exerce le journalisme qui est centre de notre
préoccupation dans cet article.

I. Considérations générales sur l’Internet

L’Internet est un réseau informatique mondial qui rend accessibles au
public des services variés comme le courrier électronique, la messagerie

1 Professeur à l’Institut Facultaire des Sciences de l’Information et de la Communication
(IFASIC).
2Publié sur le site du Syndicat national des journalistes :
http://www.snj.fr/article.php3?id_article=10
3 La loi n°96-022 du 22 juin 1996 fixant les modalités de l’exercice de la liberté de presse
4 Alain Joannès : Le journalisme à l’ère électronique, Paris, Lire Agir, 2007, p.9
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