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Cahiers Internationaux de Sociolinguistique

184 pages
Ce volume met en évidence les principaux axes de recherche en sociolinguistique en France et en francophonie. On y découvre des modalités de perception de la pluralité qui apparaissent comme autant d'axes de compréhension des langues ; des discussions sur l'importance accordée à différents phénomènes empiriques ou bien ontologiques et diverses formes d'implications de chercheurs dans leurs recherches.
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N°5 2014
Cahiers Internationaux de Sociolinguistique
Pluralité linguistique et culturelle Actualité de la recherche en sociolinguistique
Sous la direction de Valentin Feussi (avec la collaboration de Clément Ferre)
CAHIERSINTERNATIONAUX DESOCIOLINGUISTIQUEDirigés par Philippe BLANCHET et Thierry BULOT Comité de rédaction (par ordre alphabétique) Armstrong Nigel (Université de Leeds, Royaume-Uni), Bertucci Marie-Madeleine (Université Cergy-Pontoise, France), Blondeau Hélène (Université de Floride, Gainsville, USA), Boudreau Annette (Université de Moncton, Canada), Calvet Louis-Jean (Université de Provence, Aix, France), Erfurt Jurgen (Université de Frankfort sur le Main / Allemagne), Feussi Valentin (Université François Rabelais, Tours, France), Francard Michel (Université Catholique de Louvain, Belgique), Gadet Françoise (Université Paris X, France), Hambye Philippe (Université Catholique de Louvain, Belgique), Heller Monica (Université de Toronto, Canada), Huck Dominique (Université de Strasbourg, France), Jones Mari C. (Université de Cambridge, Royaume-Uni), Diao-Klaeger Sabine (Université de Bayreuth, Allemagne), Ledegen Gudrun (Université Rennes2-UEB, France), Lounici Assia (Université d’Alger, Algérie), Marcellesi Jean-Baptiste (Université de Rouen, France), Messaoudi Leila (Université de Kénitra, Maroc), Moussirou-Mouyama Auguste (Université de Libreville, Gabon), Pöll Bernhart (Université de Salzburg, Autriche), Rispail Marielle (Université Jean Monnet, St Etienne, France), Robillard Didier de (Université François Rabelais, Tours, France), Singy Pascal (Université de Lausanne, Suisse), Telmon Tullio (Université de Turin, Italie), Tirvassen Rada (Université de Maurice), Tsofack Jean-Benoît (Université de Dschang, Cameroun), Vicente Angeles (Université de Saragosse, Espagne). LigneéditorialeLes CAHIERSINTERNATIONAUX DESOCIOLINGUISTIQUEont pour vocation première de rendre compte des recherches et réflexions en cours sur la pluralité linguistique, notamment – mais pas exclusivement – dans l’espace francophone (en y incluant le territoire français) et d’assurer, par la confrontation des modèles théoriques et des méthodes diverses dans le champ, la rencontre des différents courants constitutifs de la sociolinguistique contemporaine. Sans que cela soit exclusif, les travaux publiés doivent permettre de faire valoir la pertinence des approches qualitatives en sociolinguistique et de structurer la discipline en proposant systématiquement de questionner les théorisation(s), méthodologie(s) et cadre épistémologique de la recherche présentée et leur pertinence pour la connaissance des situations et phénomènes observé(e)s. La langue de diffusion privilégiée des CAHIERSINTERNATIONAUX DE SOCIOLINGUISTIQUEest le français (orthographe recommandée ou non),
mais des textes dans les autres langues de diffusion scientifique sont effectivement attendus (sous réserve des compétences linguistiques des membres du comité de rédaction). Les CAHIERSINTERNATIONAUX DESOCIOLINGUISTIQUEdes publient numéros thématiques une à deux fois par an sous la responsabilité scientifique d’un-e ou plusieurs chercheur-es qui en assurent également le travail de coordination. Les CAHIERSINTERNATIONAUX DESOCIOLINGUISTIQUEdes acceptent articles isolés relevant de la discipline qui paraissent dans la rubrique « Varia » ainsi que des comptes-rendus d’ouvrages et/ou de livraison de revue. Ces textes sont soumis au Comité de rédaction pour proposition de publication. Les CAHIERSINTERNATIONAUX DESOCIOLINGUISTIQUE ne renvoient pas les documents envoyés de manière isolée en cas de non-publication. Précédents volumes BULOT Thierry (Dir.), 2011,Normes et identité(s) en rupture. Migrance, plurilinguisme et dégrégation dans l’espace urbain,Cahiers Internationaux de Sociolinguistique 1,L’Harmattan, Paris, 190 pages.
BLANCHET Philippe, KEBBAS Malika, KARA Attika Yasmine (Dirs.), 2012,Pluralité linguistique et démarche de recherche. Vers une sociolinguistique complexifiée,Cahiers Internationaux de Sociolinguistique 2,L’Harmattan, Paris, 122 pages. LEDEGEN Gudrun (Dir.), 2013,Nommer la ségrégation en sociolinguistique urbaine. Les dimensions socio-spatiales du processus, Cahiers Internationaux de Sociolinguistique 3,L’Harmattan, Paris, 124 pages. BULOT Thierry (Dir.), 2013, normes et discrimination(s) frontières, espaces et langues,Cahiers Internationaux de Sociolinguistique 4, L’Harmattan, Paris, 192 pages.
N° 5 2014
Sous la direction de Valentin Feussi (avec la collaboration de Clément Ferre) Pluralité linguistique et culturelle Actualité de la recherche en sociolinguistique Cahiers Internationaux de Sociolinguistique 2014
Mis en page sous la responsabilité des
Cahiers Internationaux de Sociolinguistique
© L'HARMATTAN, 2014 5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03638-0 EAN : 9782343036380
INTRODUCTIONPLURALITÉS LINGUISTIQUES ET CULTURELLES:LES TENDANCES ACTUELLES1 DE LA RECHERCHE EN SOCIOLINGUISTIQUE
L’idée de ce volume est partie de la proposition de colloque du GIS – PLC (Groupement d’intérêt scientifiquePluralité linguistique et culturelle)de novembre 2012, qui avait pour ambition de fournir aux participants un cadre d’échanges et de problématisation de modes de construction de « connaissances actualisées, contextualisées, historicisées et pertinentes » sur des déclinaisons de la notion de diversité linguistique et culturelle, avec des entrées comme le plurilinguisme, les contacts de langues ou les relations dites « interculturelles ». Ce volume en est un prolongement, car il invite les contributeurs à réfléchir aux approches de la « pluralité » / « diversité », à leurs conséquences mais également à leurs fondements épistémologiques. Une floraison de travaux affiche la pluralité comme colonne vertébrale de réflexions, mais elle n’est que très rarement conceptualisée et articulée à la notion de diversité. Parmi les rares travaux qui mettent en lien les deux notions, on peut citer Dahlet qui propose :
« la pluralité désigne l’incorporation de la diversité linguistico-culturelle dans une politique de projection et de supervision d’interactions équilibrées et réciproques entre les identités linguistico-culturelles qui donnent au monde son sens de monde humain » (Dahlet, 2004 : 139). J’y reviendraiinfra,on peut déjà considérer que la notion de mais pluraliténe peut être envisagée qu’à partir du lien théorique avec le concept de diversité. C’est pourquoi pour ce propos introductif, je me propose d’effectuer une lecture de la notion de diversité (linguistique et culturelle). Il ne s’agira pas de proposer une histoire systématique et détaillée de ce concept actuellement utilisé comme un impensé dans la communauté scientifique, mais d’en présenter des axes susceptibles de permettre des discussions, au moins pour en visibiliser certains enjeux. L’idée sera de mettre en évidence différents pôles (sans hiérarchisation aucune) de traitement qu’on rencontre actuellement dans la recherche en sociolinguistique. Il s’agit d’une part de la diversité-comparaison qui affiche 1 Valentin Feussi, Université François Rabelais de Tours, PREFics EA 4246, GIS Pluralités Linguistiques et Culturelles - valentin.feussi@univ-tours.fr.
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Valentin Feussi Cahiers Internationaux de Sociolinguistiquetrès peu l’hétérogénéité sinon pour essentialiser les différences ; de la diversité-hybridité qui revendique la multiplicité mais en l’appréhendant selon des critères sémiotiques et enfin de la diversité-relation qui supposera, à des degrés divers comme nous allons le voir, l’acceptation et la connaissance de l’autre dans sa différence. Voilà donc les trois catégorisations que nous allons mettre en scène dans cette introduction pour comprendre les différentes contributions de ce volume. Mais avant d’y arriver, il ne serait pas vain de s’attarder un peu sur les problématisations de la diversité dans la société française. DIVERSITÉ,INSTITUTIONS,MÉDIAS:MALGRÉ LES BONNES INTENTIONS« Il n’y a jamais eu autant de candidats à une élection municipale en France issus de la diversité ». Voilà l’entame par laquelle le journaliste de Canal Plusintroduit, le 01 avril 2014, la rubrique de « La nouvelle édition » concernant les élections municipales organisées en France les 23 et 30 mars 2014. Cet usage du termediversitéest particulièrement répandu en France, et constitue le versant politiquement « correct » des critères institutionnels et médiatiques de catégorisation des populations d’origine étrangère. Mais pourquoi ce besoin de « correction discursive » ? La réponse à cette question ne peut être pertinente que si nous revisitons ledit concept du point de vue institutionnel afin de dégager certains enjeux de ses différentes catégorisations.
Les représentations du concept de « diversité » partent toutes du terme « divers », dont les usages synonymiques sont pluriels. Mais si on privilégie une perception politique et institutionnelle, on constatera que la diversité est prioritairement considérée comme un « problème ». Dès les années 1970, l’option priorisée en France est de penser ce concept sur fond du projet politique d’unvivre ensembleà bâtir, ce qui rend cohérentes les orientations objectivantes qu’on remarque depuis lors dans les définitions de la diversité (Cornu, 2013). L’idée est, en fait, de gommer les différences, ce qui permet 2 de répondreefficacementaux questionnements touchant aux discriminations / revendications visant à une reconnaissance des droits des minorités (Doytcheva, 2010).
A la fin des années 1990, la notion de diversité devient un point focal important d’ancrage des réflexions et projets divers dans les discours institutionnels. L’UNESCO fait ainsi de la diversité culturelle le cœur de son projet « La Décennie mondiale du développement culturel » qui débouche sur le Rapport Pérez de Cuéllar et sur la Conférence mondiale de Stockholm
2 C’est du moins ce qu’on peut percevoir comme objectif en amont. C’est dire que mêmel’enferpeut êtrepavé de bonnes intentions.
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Pluralités linguistiques et culturelles…
3 en 1998 . La Francophonie s’inscrit dans la même logique en développant un axe de recherche consacré à la diversité linguistique et culturelle. Il en est de même pour l’Union Européenne qui fait du plurilinguisme le cœur de son dispositif symbolique et politique. L’idée que partagent ces institutions est celle de construire des sociétés selon un leitmotiv : « l’unité dans la 4 diversité » . Ce projet est toujours accompagné de propos incantatoires, par exemple « encourager la diversité créatrice qui est la plus grande richesse de 5 l'espèce humaine », « aider les peuples du monde à mieux vivre ensemble » .
Pour ces institutions, la diversité apparaît comme une ressource de gestion de sociétés pluriethniques, avec des conséquences pas toujours flatteuses. Pour éclairer mon propos, je souhaiterais présenter une lecture que j’ai faite d’un article de Doytcheva (2010) intitulé « Usages français de la diversité ». À la suite d’une enquête menée par cette chercheure dans la métropole lilloise, elle affirme que dès les années 2000, le thème de la diversité émerge en France sous la pression d’acteurs nouveaux : les entreprises. Leur engagement en faveur de la diversité débouche ainsi sur une « charte de la diversité » qui consacre de fait l’institutionnalisation d’une politique antidiscriminatoire. Sont ainsi mis en relief des arguments qui révèlent les vertus économiques de la diversité (le « gâchis humain que suppose la non-utilisation de compétences des personnes issues de l’immigration, socialisées et éduquées en France » (Doytcheva, 2010 : 429)). Toutefois, le référence à la diversité est toujours liée à un projet d’entreprise à finalité « ethno-nationaliste et assimilationniste » (idem). Il se met donc en place un «travail normatifacculturer « aux mœurs de» visant à « l’entreprise française » et parfois à la « culture française » » (Doytcheva, 2010 : 431). En même temps, révéler l’existence de discriminations suppose alors qu’on puisse identifier et capturer les marques pertinentes de différenciation, ce qui contribue finalement et très paradoxalement à figer les différences. En fait, on peut être mené à penser que parfois, l’institutionnalisation critériée de la diversité peut malheureusement conduire à une négation de la diversité. C’est dire que cette perspective conduit finalement à une logique managériale néolibérale mue par le souci 6 de productivité .
3 « Promouvoir la diversité culturelle et linguistique dans le cadre et pour la société de l'information », voilà l’objectif 4 tel qu’il est réaffirmé dans la déclaration finale du sommet.4  Si la devise de l’Union européenne est « Unie dans la diversité », on peut également remarquer que cette expression constitue la thématique du sommet du Vème Sommet de la Francophonie à Grande-Baie (Maurice) en 1993. 5 http://portal.unesco.org/culture/fr/ev.php-URL_ID=18726&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html6 Malgré ses mérites, cette conception objectivée de la diversité est souvent évoquée de façon imprécise dans des discours qui cachent mal le lien qu’on pourrait établir
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Valentin Feussi Cahiers Internationaux de SociolinguistiqueOn ne peut négliger ces interprétations institutionnelles et médiatiques de la diversité qui circulent largement et sont parfois reprises à leurs comptes par des chercheurs. Dans les communautés scientifiques en effet, les enjeux de pouvoir que révèlent notamment les catégorisations des langues (régionales, minoritaires, de migrations, insécurité linguistique) sont rarement visibilisés, critiqués ou explicités. Si on prend l’exemple de l’école en France, on se rendra compte que dans les salles de classe le modèle républicain est très contesté et que la question de l’usage d’autres langues est clairement posée dans différentes parties du pays. Toutefois, on ne se demande que très rarement quels seraient les enjeux d’une telle diversité ni ce qu’on gagnerait / perdrait à se tourner vers une telle diversité, ni si dans ce climat, l’école nationale pourrait entendre ces raisons. De manière générale, on assiste plutôt à des déclarations d’intention qui rappellent plutôt une vision bien pensante de la diversité. Cela conduit alors à postuler une connexion entre politiques et scientifiques avec en arrière plan un refus partagé de discuter des enjeux de la diversité. DE LA DIVERSITÉCOMPARAISONLa prise en compte de la diversité (linguistique, culturelle, formative, humaine) dans les activités de recherche s’accompagne régulièrement d’un autre terme, l’hétérogénéité. Même si cela n’est pas toujours argumenté (ce qui révèlerait probablement des nuances entre eux), on peut observer que 7 ces termes sont considérés comme interchangeables . Pour ce qui est des nuances définitoires entre ces deux termes, je voudrais renvoyer vers 8 Castellotti (2014) pour m’intéresser plus particulièrement à leurs mises en œuvre. Comme le suggère ma lecture de Vauday (2013 : 36-37), le premier modèle de la diversité régulièrement évoqué par les sociolinguistes se veut comparatiste. D’inspiration anthropologique, il est centré autour du concept de cultures (« alternative libérale aux classifications racistes de la diversité
entre la diversité et des notions commeraceetethnie. Ce positionnement que reprend le journaliste deCanal Plussuprarecouvre en partie des usages qui, malgré les bonnes intentions, n’en sont pas toujours éloignées dès lors qu’on adopte le point de vue des produits. L’usage dediversitéréfère alors à des Français, mais considérés comme objectivement différents, probablementtolérésune majorité présentée par implicitement comme plus légitime. Or cette interprétation de la diversité contribue plutôt à radicaliser les différences.7  Navet / Villavicencio (2013) annoncent ainsi sur leur titre « figures de l’hétérogénéité » pour présenter, dans une partie de leur ouvrage, les « figures et paradigmes de la diversité », faisant ainsi un usage synonymique de « diversité » et « hétérogénéité ».8 Castellotti (2014 : 173 et 187) considère que sur le plan théorique, l’hétérogénéité équivaut à une « instauration de diversité et d’altérité » et implique « le risque, l’insécurité, l’instable, le relationnel, l’imparfait et le sensible » (j’y reviendrai).
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Pluralités linguistiques et culturelles… humaine » (Vauday, 2013 : 36)) et mis en œuvre selon Clifford (1996) par Margaret Mead, Ralph Linton ou encore Clifford Geertz entre autres. De ce point de vue, la diversité s’élaborerait à partir de puretés originelles, selon des perspectives contrastives sous-tendues par des hiérarchisations entre les phénomènes (langues, cultures, pratiques, humains) ainsi comparés. Ce serait donc oublier que toutes les cultures et les langues supposent des formes de tensions qui les animent et qui permettent aux individus de pouvoir négocier des places ; ce serait aussi nier les échanges et relations, oublier qu’au quotidien, l’individu doit participer à un « « jeu » instable [en jouant] à l’intersection de plusieurs flux » (Vauday, 2013 : 42). On a donc l’impression que la notion de diversité est articulée autour d’un différentialisme qui constitue « un farouche obstacle à la concrétisation [du] projet » (Taylor, 2010 : 20) de « solidarité » ou du « vivre ensemble » évoquésupra. Cela débouche sur une construction de la diversité à partir de juxtapositions de communautés culturelles ou sociolinguistiques par ailleurs séparées et bien distinctes. Cette forme de traitement de la diversité reproduit les frontières sociales telles que tracées par les institutions politiques, selon un modèle patrimonial (ensemble de valeurs à conserver). Sur le plan linguistique par exemple, il s’agira de concevoir la langue dans sa dimension exclusivement objectivante. Dans cette perspective, le chercheur en privilégiera nécessairement des approches systémiques d’interprétation : son but est de produire des résultats incontestables, à partir de règles considérées comme neutres. Pour rester sur les pratiques en France, la diversité linguistique est alors fondée sur une idéologie centralisatrice dominante qui conduit à une reproduction de frontières communautaires / nationales sur fond de fétichisme de la langue. Le multiculturalisme ou le multilinguisme est de ce fait soutenu et développé par ce qu’on pourrait appeler une expertocratie, c’est-à-dire un modèle centré sur l’expert dont le rôle est de pratiquer l’ingénierie d’une gestion de la diversité. Intronisé sur la base de compétences qui relèvent le plus souvent d’une croyance, il exerce ainsi un pouvoir sur le collectif. Voilà une des raisons pour lesquelles en sociolinguistique par exemple, la diversité continue d’être abordée sous l’angle des contacts linguistiques mis en œuvre par des approches globalement structurales, selon des perspectives coopérativistes qui supposent implicitement de considérer les langues les unes à côté des 9 autres . Cette conceptualisation de la diversité est caractéristique de la
9 Cette perspective d’interprétation de la diversité est dominante dans les recherches sociolinguistiques et didactiques en France, comme l’atteste cet appel auxPremières Rencontres du « Réseau International Education et Diversité (RIED) » des20-22 octobre 2014 avec pour thématique « Diversité / Education et formation : Enjeux, pratiques et perspectives dans différents pays » comme on peut le voir sur
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