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Cameroun : cette presse qui nous manipule si souvent

De
199 pages
Tout journaliste, avant d'exposer ses écrits au public, a le devoir sacré de vérifier la véracité des informations reçues qui peuvent ne pas toujours être désintéressées. Ces dernières années des procureurs, des faiseurs de rois et des destructeur de carrière se sont installés dans certaines rédactions de la presse écrite au Cameroun. Déguisés en journalistes, ils terrorisent qui ils veulent dans un jeu de massacre à intérêts multiples et croisés.
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CAMEROUN:
CETTE PRESSE QUI NOUS MANIPULE SI SOUVENT

Georges Armand GWETH BI BAYOI

CAMEROUN:
CETTE PRESSE QUI NOUS MANIPULE SI SOUVENT

Préface de Paul Seh Seh Postface d'Emmanuel G. Samnick

L'Hltmattan

@ L'Harmattan, 2010 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.ft harmattan l@wanadoo.ft ISBN: 978-2-296-11123-3 EAN: 9782296111233

A Eugène et Fidèle BA YOI MASSE, Mes parents bien-aimés

Table des matières

Préface
Avant-propos 1. Un liquidateur à la présidence de la République 2. Esotérisme journalistique 3. Ngono, les frères et la Voie 4. Le diable se cache dans les détails 5. Ce mort dont personne ne voulaÏt 6. « Compatriotisme » de mauvais aloi 7. Une si curieuse alliance

9
Il 17 27 35 53 59 67 85

8. Ecoles en transes..
9. Non à la modification de la constitution 10. Accusé, levez-vous ! Il. PV d'enquêteur 12. Le« pédé» de Biloa Ayissi parle 13. Ils ont voulu tuer Paul Biya

...

91
97 103 111 117 133

14. Le« balafré» et le Gl1.. 15. Le « balafré», bis repetita 16. Et vint La Nouvelle 17. Post-scriptum: en toute confratemité En guise de conclusion

141 .151 167 175 .191

POSTFACE.

...

...

195

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Préface

Lorsque mon camarade de lycée et vieil ami Georges m'a demandé d'écrire la préface de son ouvrage, je n'ai pas manqué de frémir pour cette profonde marque d'amitié et de confiance. Pensez donc! De mon lit de grand malade,. boudé par mes relations d'hier comme cela semble désormais être la règle dans cette vallée de larmes, j'étais subitement invité à écrire un ou deux mots sur cet ouvrage, alors même que je n'étais pas un dévoreur de journaux comme mon ami. Voici un livre que je souhaite de tous mes vœux voir publier, qui reprend, dans un style qui lie l'humour, parfois caustique, à la dénonciation d'un phénomène qui devient de plus en plus inquiétant et sur lequel, comme par magie, on ne revient que lorsque, enfin on est soi-même touché. On y voit à l'œuvre de personnalités du monde du savoir, de l'économie. et de la politique, parfois situées dans les rouages essentiels de l'Etat, qui arment les francs-tireurs autrement appelés journalistes, lorsqu'ils ne sont pas la cible d'autres francs-tireurs, chaque maillon de cette curieuse chaîne ayant bien conscience de tirer son épingle de ce jeu à la fois sordide et dangereux. L'auteur s'intéresse également à ceux qui auraient pu ne pas avoir un nom, comme «ce mort dont personne ne voulait» et dont le sort devient curieusement, sous la plume d'un journaliste, défenseur naturel des droits humains, une histoire de chien écrasé.

Il faudra que cette somme permette d'avancer, lorsqu'elle sera lue. Par les professionnels de la plume d'abord, interpellés au premier chef, à se remettre en question. Par les citoyens-lecteurs ensuite, par la prudence qui doit les caractériser à la lecture des journaux et l'exigence de qualité qu'ils doivent formuler dès lors qu'ils payent pour avoir droit à des articles de qualité. Sinon, nous retomberons lourdement dans ce «jeu de massacre» qui n'arrange que les plus « forts », en attendant que plus tard ils passent, sans sommation, dans le « camp des faibles ». Avis donc! Paul SEH SEH (Décédé entre-temps)

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Avant-propos

L'idée d'écrire ce livre m'est arrivée à la suite de la lecture répétée de divers articles de presse - d' « une certaine presse », convient-il de le reconnaître en utilisant la terminologie de certains journalistes outrés par les incartades de leurs « confrères» - rédigés par des journalistes ou par des individus à la moralité douteuse, et dirigés tantôt contre d'autres journalistes, tantôt contre des hommes publics, avec au bout du compte la manipulation du lecteur citoyen. Je n'ai pas souhaité m'ériger en expert des sciences de l'information et de la communication, ni même en professeur de journalisme. Je n'en ai pas les outils intellectuels, pas plus que je n'ai le goût du risque, dans une profession où la simple entrée vous confère aussitôt la connaissance pleine et entière du métier. Et on devient journaliste au Cameroun comme d'autres entrent dans une église. Après une solide formation universitaire, par amour du métier, par nécessité, par l'attrait qu'exercent certains journalistes dont le train de vie est quelquefois princier, par volonté de puissance et de reconnaissance sociale, au point que la profession de journaliste est, en ces jours d'incertitudes multiformes, un capharnaüm où le tout-venant le dispute au professionnel. J'ai voulu rester ce que je suis, un simple lecteur de journaux, qui, du fait de débourser de l'argent pour avoir droit à une information de qualité, use de son simple droit de crier haro sur le baudet, en espérant que les uns et les autres, et c'est le plus important, se ressaisiront.

Au-delà de la commotion qu'infligent certains articles de journaux, quant à la qualité de l'écriture notamment, on peut s'indigner, à voir comment ailleurs la presse participe à la construction des opinions publiques, à la consolidation de la démocratie et à la sauvegarde des intérêts supérieurs des Etats, de ce qui se passe sous nos cieux. En effet, les pouvoirs publics donnent le sentiment d'avoir abandonné cet important et redoutable outil aux mains de véritables braqueurs de la fortune privée, francs-tireurs de tout acabit et maîtres chanteurs de la pire des espèces, embusqués dans les salles de certaines rédactions de journaux et toujours prêts à tirer profit du vis-à-vis, dès lors que celui-ci a une parcelle du pouvoir d'Etat qui peut lui échapper à tout instant à cause d'un décret, lui-même consécutif à une campagne médiatique de sabotage. On voit également, mais cette procédure de manipulation est aussi vieille que la démocratie, que les hommes politiques notamment, mais aussi les intellectuels, les «hommes d'affaires» pressés de faire leurs pas dans la société politique, s'allient les faveurs des hommes de presse pour assouvir leurs ambitions quelquefois gargantuesques. Jusqu'au jour où, par des listes de toutes sortes, des articles de presse « télécommandés », des «journalistes» se rappellent au bon souvenir des pouvoirs publics. Ce n'est donc plus pour aujourd'hui seulement qu'il faut agir, le ver étant dans le fruit. Pour arrêter ce lynchage systématique des hommes publics ou des adversaires de financiers tapis dans l'ombre par des hommes et femmes de presse avides de « liquidités» ou de « relations », il convient que les pouvoirs publics agissent hardiment, dans un pays où les relations sociales iront se complexifiant chaque jour. Car, chez nous, on observe une tendance à l'enrichissement par tous les moyens et sans grand effort, qui fait craindre pour bientôt l'irruption dans le monde sacré des journalistes de 12

véritables « snipers », professionnels de la plume acérée, qui ne rateront pour rien au monde leur proie d'autant qu'ils auront conscience que leurs « services» vaudront de l'or. A quoi ressemblera, au rythme où s'enchaînent les « dossiers », un haut commis de l'Etat ou un homme politique dans les années qui arrivent? S'il faut prévoir que les ambitions personnelles ne pourront pas sevrer notre pays de hauts fonctionnaires et de ministres, il faut déjà redouter que les plus compétents et les plus valeureux d'entre eux ne choisissent les administrations privées, l'expatriation forcée ou le calme douillet d'une retraite anticipée à une situation dans laquelle carrière, famille, relations pourront être d'autant plus facilement brisées pour quelques billets de banque refusés que les « nouveaux gouvernants », de plus en plus nombreux et de plus en plus exigeants, ne toléreront pas la moindre résistance de qui que ce soit. Nous espérons voir tout faux. Cette somme que nous vous proposons est incomplète. D'abord parce qu'elle ne scrute que le domaine réduit de la presse écrite. Ensuite parce que l'éventail desjoumaux passés au crible de l'analyse, même s'il reflète, de notre point de vue, les gros péchés de cette presse à gages, est également réduit. En effet, si nous eussions su que cette étude nous serait imposée par certains de nos journalistes eux-mêmes, peut-être aurions-nous tout simplement garni notre bibliothèque de cette littérature d'un genre particulier, avant de l'analyser. Vous n'y verrez donc aucun mot sur Cameroon Tribune, sur Mutations, Le Jour, Le Messager ou La Nouvelle Expression, ces quotidiens qui peuvent légitimement être considérés comme les majors de la presse écrite au Cameroun.

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D'abord parce que, en plus de s'être définitivement éloigné de toute attitude sensationnaliste, Cameroon Tribune a, pour sa part, une ligne éditoriale froide qu'anime une rédaction froide constituée de journalistes plutôt froids. Considérant qu'il est de son devoir de défendre de tout son possible les positions et vues du gouvernement, Cameroon Tribune semble pêcher par un silence parfois coupable sur certaines attitudes des gouvernants, donnant l'image d'un canard qui laisse croire que « tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ». Une manipulation plutôt subtile. Pour les autres, l'équilibre dans le traitement de l'information semble être de mise. Sans laisser proliférer les points de vue du gouvernement sur les problèmes de la société, ces quotidiens font ce que leur devancière, Cameroon Tribune ne fait pas, en privilégiant toutefois la sobriété et les faits. Ainsi, sans verser dans le sensationnalisme, de temps à autre émergent ici et là des protestations sur la manière dont a été traitée telle ou telle information, surtout si celle-ci vient à toucher aux intérêts essentiels des gouvernants. On ne peut être catégorique sur les intentions de quelques professionnels de ces canards quant à une posture de subtil manipulateur d'autant que sur la forme, il y a rarement à redire. Il est à remarquer que dans notre pays, trois métiers se ressemblent étrangement par certains aspects: le journalisme, l'enseignement, le «bend skinage ». On y entre librement. Qu'on ait « le niveau» ou pas, qu'on ait la vocation ou pas, qu'on ait la formation ou pas. Si nous étions en religion, nous dirions que le mauvais «bend skineur» tue le corps de 1'homme, le mauvais enseignant salie son âme, le mauvais journaliste détruit son esprit. Et il n'y a là aucune exagération.

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Pour revenir à l'ouvrage que vous avez entre les mains, nous avons dû reprendre, en italique et parfois in extenso les textes sources qui constituent la matière sur laquelle nous avons travaillé, afin que le lecteur s'imprègne du mieux des raisons qu'il y a à s'indigner de la manière dont la presse écrite manipule si souvent le lectorat. Nous avons pris soin de mettre en gras les expressions qui nous ont semblé dignes de provoquer en chacun des lecteurs un doute légitime aussi bien sur les rédacteurs que sur les contenus. Tout n'est cependant pas si sombre dans ce métier, le plus beau semble t-il, même si c'est un véritable coup de pied dans cette fourmilière qu'il faudra donner.

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1. Un liquidateur à la présidence de la République

PROFOND MALAISE AU PALAIS: FOE NDI LIQUIDE BELEOKEN Coincé par la découverte de ses multiples frasques, l'intendant principal du Palais de l'Unité organise une guérilla médiatique contre le Directeur du cabinet civil. Les détails du complot. Page 5. Le numéro 064 du 02 Février 2006 du journal Le Front ne déroge donc pas à la règle d'une ouverture en fanfare de son édition de ce jour. Et chacun a bien lu qu'il s'agira, en page 5, de montrer les détails du « complot» par lequel Foé Ndi a liquidé le directeur du cabinet civil de la présidence de la République, M. Jean Baptiste Béléoken. Vous allez lire ce qu'écrit, concernant cette affaire, Peter William Mandio, le directeur de publication du journal. Page 5. Le titre a changé et c'est le contraire qui aurait surpris: «Malaise au Palais de L'Unité,. L'intendant principal Foé Ndi veut la tête de Jean Baptiste Beleoken ». Comme on le voit donc, en page 5, Monsieur Foé Ndi « veut» seulement la tête de celui qui est vraisemblablement son patron, alors même qu'à la Une de ce journal, nous croyions avoir lu qu'il l'avait liquidé. Mais quelle différence, demanderions-nous, entre « liquider» quelqu'un et « vouloir sa tête» ? Apparemment aucune, pour Monsieur Mandio tout au moins. Une photo du chef de l'Etat meuble cet article -c'est une habitude de la maison- avec en dessous, cette

mention: «Excellence, Monsieur Foé Ndi complote ». A croire que notre journaliste ne sait pas ce qu'on désigne par complot. Mais, voici le chef d'œuvre par lequel Monsieur Mandio entend montrer que Monsieur Foé Ndi « complote », « veut la tête de Jean Baptiste Béléoken» ou« liquide Béléoken ». « MALAISE AU PALAIS DE L'UNITE L'intendant principal Foé Ndi veut la tête de Jean Baptiste Beleoken. Au Cameroun, depuis deux semaines, les scandales sont dehors. Les fonds de cul aussi. Avait-on besoin d'en parler, alors que tout le monde est censé savoir. On fait le procès au Cameroun d'être un pays qui marche sur la tête. On s'est trompé, le Cameroun ne marche ni sur les pieds, ni sur la tête. Il marche sur le cul. La preuve, chaque fois qu'un journal parle d 'histoires de cul, il bat les records de vente. Qui avait intérêt aujourd'hui à financer la grande campagne sur les homosexuels? On se pose la question. Et àforce de s'interroger, on finit par se donner des pistes. Dans les années 90, un dossier plus sérieux n'a pas fait la une des journaux: la /iste complète des détenteurs de comptes par milliards dans les banques suisses. La fuite était partie, disait-on, de la BEAC lorsqu'un certain Bassi/ekin était directeur national de la banque des Etats de la sous-région. La bourde lui en coûtera son poste. Il sera nommé ministre des finances, une bonne voie de garage: six mois après, il s'est retrouvé au quartier. Tabous Un confrère de Yaoundé parle de «ragots ». Il tient à défendre ses commanditaires. Le nom du directeur du

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cabinet civil de la Présidence de la République compléter la liste du « top 50 ».

vient

S'il n'est question que d'homosexuels au Cameroun, un top 50 ne suffit (sic). Il nous faut un top JOOO moins. Dans au les coulisses, on apprend qu'un certain Foé Ndi, intendant principal de la Présidence de la République, a été aperçu à Yaoundé en compagnie très assidue avec un directeur de publication d'un journal paraissant à Biyemassi, depuis que l'affaire des homos a éclaté. Un plus un ne font jamais que deux, lorsqu'on travaille en base dix. Le Foé en question est bien intendant de la Présidence de la République. Il n'a jamais été un garçon brillant, ni au Lycée, ni à l'Enam. Il ne doit d'être ce qu'il est que pour avoir été le petit ami d'un René Owona. Au Cameroun, chaque fois qu'on dit «petit ami », il y a ce réflexe de la référence à un certain Ebale Angounou. Dans les chancelleries à Yaoundé, tout le monde rigolait, lorsque le «petit ami» de Paul Biya menaçait de « tout balancer ». Personne n'était dupe, on savait bien, à bien lire entre les lignes de son brûlot, de quoi il voulait parler. Si Ebale Angounou était le petit ami de Paul Biya, Ndi était certainement, en mieux, le petit ami de René Owona. D'en être lui a valu de grands privilèges. On a passé volontiers l'éponge sur ses frasques dans la gestion des budgets «domestiques» de la Présidence. Il s'est organisé un mariage à trente millions à Nsam Efoulan, toute la population du village était invitée à la fête, et tout le monde est rentré sur les rotules. René Owona était de la fête. A distance. Le « meilleur confident» du Président faisait la fête de son filleul, alors qu'il traînait un gros chagrin: son épouse européenne venait de le quitter, simplement pour ses incompétences et ses absences prolongées et répétées sur le lit conjugal. 19