//img.uscri.be/pth/2729415c68aaa0719042cb832664e9771ea15f25
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Cameroun, les orphelins de la République

De
320 pages
Ce livre est une diatribe contre les élites dirigeantes du Cameroun, dont l'action égoïste a conduit, non pas à l'émergence d'un pays auquel la nature a tout donné, mais à celle d'une classe sans cesse croissante de laissés-pour-compte, les orphelins de la République, qu'il faut considérer comme une véritable bombe à retardement.
Voir plus Voir moins

Cameroun, Antoine Marie NGONO
les orphelins de la République
ou la trahison des héritiers
Pour mieux préparer les esprits, Cameroun, les orphelins de la
République annonce la couleur, dès la première ligne : il s’agit d’une diatribe Cameroun,
contre les élites dirigeantes du Cameroun, dont l’action égoïste a conduit,
non pas à l’émergence (elle est projetée à l’horizon 2035) d’un pays auquel les orphelins de la République
la nature a tout donné, mais à celle d’une classe sans cesse croissante de
laissés-pour-compte, les orphelins de la République, qu’il faut considérer ou la trahison des héritierscomme une véritable bombe à retardement. L’auteur dénonce le meurtre
du père auquel s’adonnent quotidiennement des élites (qui n’hésitent
pas à le qualifi er de chien édenté) usées par d’interminables années de
jouissance des bienfaits du pouvoir, et de luttes féroces et fratricides pour
se maintenir aux affaires. Il invite les uns et les autres à faire leur examen
de conscience, à se régénérer, ou à prendre un repos mérité. Enfi n, il en
appelle à l’instauration d’un état d’urgence moral ainsi qu’à l’arrivée aux
affaires d’une nouvelle génération d’hommes et de femmes, habités par le
sens élevé de l’Etat, du devoir et de l’intérêt général.
Ancien éditorialiste, ancien Conseiller N°1 au cabinet
du directeur général de la Crtv, ancien directeur de
l’information et ancien rédacteur en chef du journal télévisé
à la Cameroon Radio Television où il a effectué l’essentiel
de sa carrière de journaliste, Antoine Marie Ngono est,
depuis avril 2008, conseiller technique au ministère des
Relations Extérieures. Il totalise trente cinq années de présence à des
postes d’observation de premier choix de la scène politique et de la
société camerounaise. Au plan politique, il a été successivement chargé de
mission principal dans la Lekié, puis chargé de mission régional du Rdpc
dans la Région du Centre. Offi cier de l’ordre de la Valeur, il se passionne
pour la démarche qualité ainsi que les questions religieuses et éthiques.
ISBN : 978-2-343-04468-2
33 euros
Cameroun, les orphelins de la République
Antoine Marie NGONO
ou la trahison des héritiers








Cameroun, les orphelins de la République
ou la trahison des héritiers Antoine Marie NGONO








Cameroun, les orphelins de la République
ou la trahison des héritiers

























Du même auteur

Souvenirs d’un chevalier du micro, Presses Universitaires d’Afrique,
2008





























© L’HARMATTAN, 2015
5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris
www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-04468-2
EAN : 9782343044682



« En politique on n’est le père de personne…On a quelques amis,
parfois deux ou trois disciples, mais des enfants jamais »

François Mitterrand, cité par Jeune Afrique N°2758 du 17 au 23
novembre 2013





















Avant-propos

« BIDUDU »

Ce livre est une diatribe contre les élites dirigeantes du Cameroun (à la
périphérie desquelles j’ai évolué) pour l’égoïsme dont beaucoup d’entre elles
font montre, d’une part à l’endroit d’un pays qui leur a tout donné, et d’autre
part à l’endroit de leurs compatriotes. Après un quart de siècle d’observation
et d’analyse des actes posés par la classe dirigeante camerounaise, j’en suis
arrivé au constat désolant qu’au lieu d’œuvrer à l’élévation du niveau de vie
1des populations, les élites passent le temps à « manger avec le pouvoir »
qu’elles détiennent et à se livrer à de féroces combats fratricides à l’effet,
soit d’accéder au pouvoir et de s’y maintenir en éliminant les concurrents
potentiels, soit tout simplement de sauvegarder les privilèges exorbitants que
leur procure l’appartenance aux cercles du pouvoir. Plus grave elles donnent
l’impression d’être encore au stade de la satisfaction des besoins primaires.
Témoin privilégié, observateur averti et acteur occasionnel, et m’inspirant
du prophète Isaïe, je ne pouvais continuer de me taire face à ce qui
s’apparente à un crime contre le peuple. C’eût été de ma part un silence
complice et coupable. Cameroun, les orphelins de la République,
s’apparente à une oxygénothérapie dont la finalité est de m’éviter de mourir
2de chagrin (edudu). En langue Béti , « mourir d’edudu », est une expression
pour traduire un état d’impuissance, face à une situation mal gérée alors qu’il
existe des solutions au problème qui se pose.
J’ai adressé plusieurs notes à diverses hiérarchies pour attirer leur
attention sur ces situations corrosives. Elles sont restées sans suite. Je n’ai
même pas reçu les « accusé de réception » qui procèdent de la simple
courtoisie administrative. Cette absence de retour m’a parfois donné le
sentiment que je criais dans le désert ou que j’agaçais. J’imaginais les
destinataires de mes courriers en train de se demander de quoi je me mêlais.
Las d’exprimer mon courroux en petit comité, j’ai décidé, après moult
hésitations, de franchir le rubicond à mes risques et périls et de livrer au
public le fruit de mes constats ainsi que mes clés de lecture et de décryptage

1 Expression camerounaise signifiant qu’on jouit des bienfaits du pouvoir
2 La langue Béti est l’une des langues dominantes du Cameroun

7
des situations qui m’étonnaient et me rendaient triste. A la manière de
l’évangéliste Luc s’adressant à Théophile en ces termes, « puisque beaucoup
ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis
parmi nous…j’ai décidé, moi aussi, après m’être informé exactement de tout
depuis les origines, d’en écrire pour toi l’exposé suivi, excellent Théophile,
pour que tu te rendes bien compte de la sûreté des enseignements que tu as
3reçus », j’ai moi aussi effectué le saut. Ne dit-on pas de Luc qu’il a écrit son
évangile à la manière d’un historien ou d’une chronique journalistique ? Ne
dit-on pas que les Actes des Apôtres écrits par le même disciple préfigurent
le genre « grand reportage » ?
Ma démarche qui se veut journalistique pour une large part, se déploie à
chaque fois en trois mouvements : description de la situation (choses vues et
entendues), commentaire et analyse, et en troisième lieu, prise de position
éditoriale. Ce troisième mouvement vise à m’éviter le reproche de m’être
lancé dans une critique stérile du système que j’ai servi trente cinq ans
durant. Afin que nul n’en ignore et pour lever toute équivoque, je tiens à
préciser que fidèle aux usages de la profession journalistique, je ne
m’intéresserai pas aux « trains qui arrivent à l’heure », mais plutôt aux
« hommes qui mordent des chiens ». Il s’agit bel bien d’un livre critique,
mais une critique constructive.
Un hasard heureux a voulu que le présent ouvrage soit rédigé quelques
mois après le Message du président Paul Biya à la nation camerounaise, le
31 décembre 2013. Dans cette adresse particulièrement musclée et tonique,
Paul Biya avait peint un tableau sans complaisance de la situation
camerounaise : « Serions nous incapables de faire ce que d’autres pays
comparables au nôtre ont fait ou sont en train de faire ? (…) Nous avons des
hommes, des femmes et des jeunes talentueux, ingénieux, bien formés et
entreprenants (…) Nous avons des ressources naturelles abondantes et
variées. Notre pays connaît la paix et la stabilité. Alors que nous manque
til », s’interrogeait le président camerounais sur un ton où se mêlaient la
colère et le pathétique. Quelques lignes plus loin, Paul Biya apportait la
réponse à son questionnement : « Nous sommes un peuple d’individualistes
plus préoccupés de réussite individuelle que d’intérêt général ! » Le
président Camerounais dénonçait cette dérive qu’on ne pouvait tolérer dans
un Etat moderne.

3 Luc, 1, 1-4

8
En réalité, le chef de l’Etat camerounais avait dans son viseur les élites,
dont Charles Consigny, éditorialiste au journal français Le Point écrit
qu’elles souffrent de « l’ivresse des sommets ». « A un certain niveau de
pouvoir, de petits marquis se laissent gagner par l’ivresse des sommets. Ils se
servent de l’Etat et ne pensent qu’à leurs intérêts », écrit le jeune essayiste
âgé seulement de…25 ans dans une chronique qui dénonce les élites au
pouvoir en France. Comme quoi les élites camerounaises, qui ont été
4formées dans une large proportion en France, ont de qui tenir...
Par leur boulimie de pouvoir, de biens matériels, d’honneurs et de
reconnaissance sociale, les élites camerounaises donnent l’impression d’être
encore, en grande partie, en plein processus de « quête phallique », d’où leur
propension à vouloir « toujours plus ». Selon le psychanalyste François
Lacan en effet, « notre Graal ultime c’est le phallus, dont la possession nous
mettrait à l’abri du manque et de l’insatisfaction ». Des plumes mieux
indiquées pourront si elles le jugent nécessaire approfondir ce constat en
procédant à la psychanalyse de nos élites politiques.
Pour revenir au Message à la nation du 31décembre 2014, j’ai cru écouter
avec beaucoup de nostalgie le Paul Biya des premières années du
Renouveau, celui-là même qui avait fait rêver des centaines de milliers de
ses compatriotes. Et du coup je me suis convaincu à nouveau que nous ne
sommes pas condamnés par la fatalité. La preuve en est qu’après les
réprimandes du président de la République, on a le sentiment que les choses
se sont remises en marche, preuve qu’il faut de temps en temps élever le ton.
5Dans mon premier ouvrage , j’avais fait mention d’une conversation
entre feu l’archevêque de Yaoundé, Mgr Jean Zoa (de vénérée mémoire) et
le président Paul Biya, enregistrée par les reporters de la Crtv à la cathédrale
de Yaoundé, lors de la cérémonie de proclamation de l’Exhortation
Apostolique Ecclésia in Africa par le Pape Jean Paul II. Au chef de l’Etat,
l’ordinaire des lieux, dont on se souvient qu’il n’avait pas sa langue dans sa
poche durant ses dernières années pastorales, et tirant avantage de son âge
canonique et de sa posture, disait ceci en substance : « Vous voyez, monsieur
le président de la République, cela a été un succès, parce que vous vous êtes
personnellement impliqué ! » Et alors que Paul Biya levait les mains au ciel,
l’archevêque de Yaoundé enfonçait le clou : « Si vous vous impliquiez
comme cela tout le temps, les choses marcheraient très bien ! »

4 Charles Consigny, in Le Point.fr du 22 avril 2014
5 In Souvenirs d’un chevalier du micro

9
Après plusieurs minutes de débat sur l’opportunité de diffuser cet extrait,
nous décidâmes de le mettre de côté…
La saillie présidentielle du 31 décembre 2013 est venue en quelque sorte
donner du grain à moudre aux nombreux chercheurs, aux amis du Cameroun
ainsi qu’aux partenaires au développement pour qui le Cameroun est devenu
une énigme et un sujet de recherche. Les uns et les autres s’interrogent en
effet depuis de nombreuses années sur ce qui ne va pas au Cameroun. Ils
veulent savoir pourquoi ce pays béni des dieux donne l’impression d’avoir
du plomb dans l’aile et n’arrive ni à se libérer de l’attraction terrestre ni à
prendre son envol. Serait-il semblable à l’albatros de Charles Baudelaire ?
Ses ailes de géant l’empêchent-ils de voler ?
Qu’est-ce qui tirera le lion indomptable assoupi de sa léthargie ? La
solution passe à notre humble avis par la mise en œuvre d’une véritable
politique altruiste, l’appel à un supplément d’âme, la rigueur, la moralisation
et la rationalisation des méthodes et des comportements. Seule une
inscription résolue dans la modernité, l’arrimage aux normes internationales,
la mise en place d’un code d’éthique de la fonction publique et d’un code
d’honneur des personnes en charge des affaires publiques permettront au
lion camerounais de sortir de sa torpeur et de faire entendre à nouveau ses
rugissements, ne serait-ce que dans la sous-région Afrique centrale. Cette
posture peut paraître ringarde. On me reprochera certainement d’être vieux
jeu, un nostalgique d‘un renouveau resté théorique, au moment où d’aucuns,
déjà en pleine danse du scalp, attendent avec impatience que celui-ci pousse
son dernier râle. Ce serait oublier que le « Renouveau originel » que je
n’hésiterais pas à qualifier de « Renouveau halal » et dont je fais revisiter
quelques séquences fortes aux plus jeunes et aux amnésiques, n’a rien à voir
avec l’ersatz qui a été mis en œuvre au Cameroun au cours du dernier quart
de siècle. Ce ne serait pas excessif d’affirmer qu’il n’a pas été appliqué dans
son essence.
L’ersatz de Renouveau est à l’originel ce que les fausses pointes à bille
« Bic » sont aux vraies : elles en ont l’apparence, mais sans en avoir
l’efficacité. Voilà qui explique les retards à l’allumage. Les dérives et les
couacs décrits dans le présent ouvrage illustrent à suffisance le
travestissement de la pensée du promoteur du Renouveau par ses disciples,
ceux-là mêmes qui avaient recueilli cette pensée à la source. A leur passage
les disciples et les héritiers ont laissé un champ de ruines jonché des
dépouilles des orphelins de la république, ces oubliés de la croissance, ces

10
véritables damnés de la terre. Il appartient aux uns et aux autres d’édifier les
Camerounais sur les raisons de l’abandon de la substance du Renouveau qui
a conduit en n’en retenir que l’enveloppe superficielle. D’aucuns ont
convoqué la « realpolitik », au motif qu’il ne fallait pas danser plus vite que
la musique. Ils en veulent pour preuve la réaction violente qui fut celle des
tenants de l’ordre ancien et qui conduisit au putsch manqué du 06 avril 1984.
Ils se réfèrent aussi aux marches et aux messes qui furent organisées au
début des années quatre-vingt-dix par des barons du régime pour dire « non à
la démocratie précipitée ».
Vrai ou faux ? Toujours est-il que l’impression qui se dégage est celle
d’un détournement et d’un « hold up » des bonnes intentions initiales par des
émules des pirates de l’air, voire des putschistes. Les principes du
Renouveau originel ont aujourd’hui disparu des écrans radar, quand ils ne
sont pas ravalés au rang de simples incantations. Il n’en reste que quelques
extraits enregistrés dans les boîtes noires de l’appareil.
C’est pour moi le lieu de remercier tous ceux qui m’ont fourni le
matériau nécessaire à la rédaction du présent opus. Je pense en particulier
aux acteurs anciens et nouveaux de l’histoire et de la scène politique
camerounaise. Comment ne pas mentionner mes supérieurs hiérarchiques
successifs. J’ai abondamment puisé à la source de leur expérience et de leur
connaissance des réalités camerounaises. J’ai beaucoup appris à leurs côtés,
en observant leurs modes de fonctionnement. Ils m’ont donné l’opportunité
de sortir de la caverne et d’être en mesure de pouvoir distinguer l’essentiel
de l’accessoire, repérer la réalité crue et cruelle, de faire la différence entre
les épiphénomènes et les noumènes de la scène politique camerounaise. J’ai
presque été ébloui par l’éclat de la lumière. J’ai alors fait l’amer constat
d’une réalité qui dépasse la fiction.
La fréquentation des uns et des autres a été pour moi instructive.
Beaucoup de disciples convaincus de l’homme du Renouveau « à qui ils
doivent tout » m’ont plongé dans un profond scepticisme quant à la sincérité
de leur engagement aux côtés du président de la République. A leur manière
d’agir, j’ai compris que la politique n’est pas une activité pour enfant de
chœur et boy- scout, mais plutôt un jeu extrêmement dangereux. « La
politique, on en meurt », aimait à dire Joseph Charles Doumba, ancien
secrétaire général du comité central du Rdpc. Parole de vieux briscard de la
politique, parole de sage. En effet, les combats féroces que les camarades
d’un même parti, les élites d’un même village se livrent, le sort réservé à

11
ceux qui ne sont pas du même bord spirituel ou de la même famille, la
voracité de certains et l’égoïsme des autres sont peu conformes aux idéaux
du Renouveau, aux préceptes chrétiens de charité et de fraternité et à l’esprit
de camaraderie qui devrait régner entre membres d’un même parti. Ils sont
contraires au sens africain du partage et de la solidarité, en un mot aux
valeurs républicaines et, plus encore, à celles de la république exemplaire
professée par tous, du bout des lèvres.
Aux héritiers « double face » et à la langue fourchue, j’adresse un carton
d’un rouge écarlate et je dis : « Réveillez-vous, ressaisissez-vous », avant
qu’il ne soit trop tard. Les images en provenance de pays voisins devraient
rapidement ramener les uns et les autres à la raison. Aux rarissimes fils
spirituels du président Paul Biya, c'est-à-dire ceux qui s’en réclament
ouvertement et posent des actes conformes à leur crédo, à la majorité
silencieuse des disciples anonymes muselés et frustrés de n’avoir pas eu
l’opportunité d’apporter leur pierre à la construction d’un Cameroun
nouveau, du « grand Cameroun » dont rêvent tous ses fils, je dédie ce livre.
La rédaction de ce livre nécessitait de disposer de nombreuses sources
documentaires et de convoquer des documents de référence auxquels les
moyens matériels réduits à une peau de chagrin et mon nouvel
environnement de travail ne me permettaient plus d’accéder. Quasiment
réduit à l’indigence, j’ai dû régulièrement faire appel à cette bibliothèque
virtuelle qu’est le réseau internet. Grâce au réseau des réseaux et profitant
des centaines d’heures d’oisiveté dans lesquelles j’ai été plongé malgré moi
au cours des trois dernières années de ma carrière de fonctionnaire, j’ai pu
accéder aux banques de données disponibles et entrer en possession du
matériau dont j’avais besoin.
Enfin, le présent ouvrage a été saisi sur l’ordinateur portable que me
remit la Cameroun Radio Television (Crtv) en guise d’au revoir, après trente
années de fidèles et loyaux services, au cours de la cérémonie organisée à
mon honneur en mai 2008. La même machine qui a parcouru quatre des cinq
continents, a servi à la rédaction de plus d’un millier de comptes rendus
d’audiences diplomatiques au ministère des Relations extérieures, de
rapports, de discours et de notes confidentielles diverses, dont certaines
étaient destinées à la « Très Haute Hiérarchie ». De ce fait elle a contribué à
écrire d’importantes pages de l’histoire du Cameroun et de sa diplomatie, au
cours de la période 2008-2011. A telle enseigne qu’un jour je suggérai (pour
rigoler) à mon supérieur hiérarchique de lui décerner une décoration…

12
Que le directeur général Amadou Madéouna Vamoulké, son adjoint
Francis Wété Nguepmegne et leur équipe, trouvent ici l’expression de ma
profonde gratitude.





























13





PREMIERE PARTIE : HONNEURS ET CHARGES































CHAPITRE I : LE DROIT A L’INDIGNATION


De quoi je me mêle ?

Durant ma carrière à la radiotélévision camerounaise, et plus tard dans le
cadre de mes fonctions au ministère des Relations extérieures, j’ai eu le
privilège de parcourir, à plusieurs reprises, la quasi-totalité des pays de la
sous- région Afrique centrale ainsi qu’une grande partie de ceux de l’Afrique
de l’ouest et du nord. J’ai pu vivre en quelque sorte en direct leur envol. En
dehors de la Centrafrique qui est quasiment un non-Etat (du moins au
moment où j’écris ces lignes), tous les autres pays jusque-là traités avec
dédain, sont en train de prendre le large, sous nos yeux « grandement »
étonnés. Pendant ce temps les Camerounais continuent de se gargariser
d’être les plus forts et les plus grands dans la sous-région, voire au-delà.
Pour cela, ils se fondent, à juste titre, sur les indicateurs.
Doté d’un potentiel enviable en ressources naturelles, le Cameroun
dispose de l’économie la plus diversifiée de la sous région. Les chiffres de
cette prédominance sont éloquents : 50 % du Pib, 48% de la population
totale, 45% de l’ensemble du réseau routier etc. Mais paradoxalement le
pays semble traîner ces atouts comme l’antilope tragélaphe porte ses cornes,
c'est-à-dire sans en connaître l’utilité. Les Camerounais de passage dans les
capitales et les aéroports de ces pays que nous regardions hier avec
condescendance, restent bouche bée à la vue des dizaines d’avions alignés
sur le tarmac, et devant la qualité des infrastructures aéroportuaires qui ont
presque toutes reçu des certifications de qualité ISO.
Lors de la vingt et unième Coupe d’Afrique des Nations de football de
février 1998, un grand reporter de la Crtv s’émouvait à la vue de feux de
signalisation à tous les carrefours de la capitale du Burkina Faso, pays qui
abritait la compétition. « Il y a des feux tricolores à tous les carrefours » ne
cessait-il de s’exclamer dans le minibus loué par l’équipe de reportage. « Et
où veux-tu qu’il y ait les feux », lui rétorqua un de ses confrères amusé par
son émerveillement ! L’admiration du journaliste se justifiait par le fait qu’à
Yaoundé on ne dénombrait (et on continue aujourd’hui encore à ne
dénombrer) qu’une dizaine de carrefours disposant de feux de signalisation.
Celui qui n’a pas visité la cité Ouaga 2000 n’a pas une idée de ce qu’un pays

17
disposant de moins de ressources que le Cameroun, a été capable de réaliser
grâce à l’ingéniosité et au patriotisme de ses élites dirigeantes.
Alors qu’elle était en pleine décrépitude, la Centrafrique a éliminé le
Cameroun en quart de finale de l’édition 2013 du tournoi de football de la
zone Cemac. Inutile de revenir sur les nombreuses déculottées administrées
aux Lions indomptables, symboles de la grandeur camerounaise, par la
Guinée Equatoriale, le Gabon, le Congo Brazzaville, voire le Tchad. Ces
pays sont aujourd’hui la bête noire de ceux qu’on n’hésite plus à appeler
« les chatons » du Cameroun ! Et que dire de l’humiliation infligée aux
« Lions » lors de la coupe du monde disputée en 2014 au Brésil : l’équipe
nationale du Cameroun a été classée dernière sur les trente-deux sélections
nationales en compétition, avec zéro point enregistré, neuf buts encaissés et
aucun de marqué. Quant aux images d’Alexandre Song assénant un coup de
coude au dos d’un adversaire croate, ou celles du coup de bélier d’Assou
Ekotto à son co-équipier Moukandjo, elles ont été diffusées en boucle dans
les médias et les réseaux sociaux du monde entier !
A certains analystes, le naufrage des Lions a rappelé à la fois Waterloo et
la retraite de Russie telle qu’illustrée dans le poème « Les châtiments » de
Victor Hugo. Deux mois après la foireuse expédition brésilienne, plus
précisément les 06 et 10 septembres 2014, une équipe des « Lions » rajeunie
et débarrassée de quelques cadres et autres joueurs qui se croyaient
indispensables a rallumé la flamme de l’espoir, en enregistrant deux victoires
éclatantes, dont une contre la première équipe africaine…
Le présent ouvrage se situe dans le sillage de Les souvenirs d’un
6chevalier du micro dont il est la suite. Paru au début de l’année 2008,
celuici se voulait une critique en douceur de certaines pratiques condamnables
ayant cours dans le microcosme du macrocosme politico-médiatique
camerounais. Compte-tenu du contexte professionnel qui était le mien à
l’époque, il avait été écrit sous un ton « soft » et politiquement correct, ce
qui en avait dilué les messages forts.
Le livre invitait à prendre le temps de lire entre les lignes. Il décrivait des
situations authentiques et esquissait des portraits de personnages tellement
transparents qu’ils étaient quasiment reconnaissables à l’œil nu.
Malheureusement, grande fut ma surprise de découvrir que beaucoup de
lecteurs n’avaient retenu que le caractère croustillant et anecdotique des

6 Antoine Marie Ngono, Souvenirs d’un chevalier du micro, PUA

18
histoires racontées. Or il ne s’agissait pour moi que d’une technique
narrative pour faire passer des messages profonds, sans heurter personne.
C’est ainsi qu’à plusieurs reprises j’ai été interpellé par des lecteurs
m’invitant à leur expliquer, jusqu’aux moindres détails, les messages que
j’avais voulu passer dans telle ou telle anecdote. D’aucuns me priaient
amicalement de leur dévoiler l’identité de quelques acteurs-clé de la scène
politique ou médiatique épinglés dans l’ouvrage. Ce que je ne fis point. C’est
à peine si les uns et les autres ne me demandaient pas de tout mâcher pour
eux, comme le font certaines collections à la mode et aux titres évocateurs :
La philosophie expliquée à mon enfant, ou bien Internet pour les nuls. Et
l’effort intellectuel attendu de chacun alors ?
Le récit présentait la particularité d’avoir été écrit à la manière
d’un verbatim, genre qui mêle récit-témoignage et réflexions et qui a été
porté aux cimes par Jacques Attali, ancien conseiller spécial du président
français François Mitterrand, à travers trois livres éponymes où il rendait
compte fidèlement (d’où le titre « Verbatim ») de ses entretiens avec le
président François Mitterrand. Aujourd’hui certains sherpas ou proches
conseillers de personnalités s’en inspirent pour narrer des scènes vécues dans
l’exercice de leurs fonctions, et dévoiler la face cachée de la scène politique
ou médiatique, dans la limite de ce qui est autorisé.
Certains lecteurs avaient été frappés par la technique de construction du
récit : à la manière d’un feuilleton à rebondissements, on tient le lecteur en
laisse. Pas question qu’il ait envie de déposer le livre pour s’adonner à une
autre occupation. J’avais emprunté cette technique d’écriture auprès de mes
collègues réalisateurs de fictions télévisuelles. Un lecteur illustre me confia
qu’il avait éprouvé un plaisir quasi-jouissif à la lecture de l’ouvrage. Il
m’avoua avoir commencé à dévorer l’opus dans un embouteillage, et n’avoir
été tiré de sa lecture que par le klaxon du chauffeur invitant le gardien à
ouvrir le portail de la résidence ministérielle. Il avait continué la lecture au
salon, puis à table durant le repas, et dans la chambre à coucher, jusqu’à
pratiquement au chant du coq…L’épouse d’un ami me demanda ce qu’il y
avait de particulier dans mon ouvrage, car son époux ne s’en séparait pas,
allant parfois jusqu’à l’emporter dans la salle de bain ou au… petit coin ! Je
ne sus quoi lui répondre. Etait-ce le caractère soutenu de la narration évoqué
plus haut ? A moins que ce ne fût la crainte, par l’illustre conjoint, de se
reconnaître dans une des histoires rapportées et le souci de tenir les siens à
l’écart de la face cachée de l’homme public qu’il était…

19
Tant mieux si le livre a rempli une mission cathartique. Telle était
également sa seconde vocation (et non la première), à savoir permettre au
lecteur de déstresser, en lui procurant quelques moments de plaisir et de
détente. En dehors d’un ou deux lecteurs avisés, rares sont ceux qui m’ont
entraîné dans un débat de fond sur les problématiques abordées. En un mot,
le débat que j’avais voulu susciter n’a pas eu lieu. Je me suis alors rendu
compte que j’avais trop présumé de la réactivité et de la culture générale de
la majorité des lecteurs, en croyant qu’ils étaient intellectuellement éclairés
et outillés pour distinguer l’essentiel de l’accessoire, pour comprendre et
analyser les faits politiques et sociaux.
Dans le présent ouvrage, et tirant les leçons de ma précédente
publication, j’ai décidé de ne plus louvoyer, de ne plus jouer au chat et à la
souris, et de mettre les pieds dans le plat en appelant chaque chose par son
nom (par exemple en appelant chat, un chat), parfois avec violence, tout en
tenant compte des risques (calculés) d’une telle entreprise dans le pays
d’hypocrites, de carriéristes peureux et poltrons, de caméléons embusqués au
sein des structures étatiques et du parti, de fourbes, de félons, de flagorneurs
à la langue fourchue, de parricides et de thuriféraires qu’est devenu le
Cameroun. Cette option a le mérite d’éviter au lecteur de se triturer les
méninges, les bruits sémantiques, la polysémie et les ambiguïtés, en un mot
les embarras.
Cameroun, les orphelins de la république, appelle à l’audace et à la
créativité. Il invite les élites dirigeantes et repues « couchées sur des lits
d’ivoire, vautrées sur leurs divans, mangeant les agneaux du troupeau,
buvant du vin dans de larges coupes et se frottant des meilleures huiles, mais
7qui ne s’affligent pas de la ruine de Joseph ! », à sortir de leur torpeur et de
leur béatitude, à restituer à leurs compatriotes ce que ces derniers leur ont
gracieusement offert, et à se débarrasser du « vieil homme », pour revêtir
« l’homme nouveau ». Il en appelle à un renvoi d’ascenseur à ceux qui suent
sang et sueur pour leur procurer le bien être qu’ils savourent à pleines
bouches, avant qu’il ne soit trop tard. A cet effet je fais miens ces propos du
Pape François : « J’invite chacun à être audacieux et créatif dans ce devoir
de repenser les objectifs, les structures, le style et les méthodes
8évangélisatrices de leurs propres communautés » . N’oublions pas que le
Pape, encore appelé souverain Pontife, est le chef de l’Eglise Catholique,

7 Amos, 6, 4-6
8 Pape François, Exhortation Apostolique Evangelii Guaudium, 2013

20
institution parmi les plus conservatrices qui soient, qui fait face présentement
à une concurrence rude de la part des églises dites « nouvelles » ou « de
réveil ».
Oui, transposé au contexte camerounais, l’appel du Saint Père pourrait
s’adresser aux membres des cercles du pouvoir dont beaucoup, parce qu’ils
sont passés par les séminaires ou les collèges catholiques, se réclament de
cette religion. Mesdames et messieurs les élites dirigeantes, soyez audacieux
et créatifs pour faire le bien, pas seulement pour imaginer des scénarios de
détournement des deniers publics ou de trucage des élections. Sauf à nous
faire croire que votre piété est feinte et que vous appartenez au groupe dit
des « chrétiens du dimanche » ou des « chrétiens de l’évêque », c'est-à-dire
ceux qui ne se mobilisent qu’à l’occasion de la célébration des messes
pontificales dans leurs paroisses et domiciles, ou dans leurs villages. Si tel
n’est pas votre cas, c’est à vous qu’il appartient en priorité d’inventer
l’avenir.
Cameroun, les orphelins de la république, se subdivise en deux parties.
La première décrit et décrypte des situations en rapport avec l’animation de
la scène politico-administrative nationale et la réalisation du programme
politique du président Paul Biya. Elle met en relief les écarts pris avec les
normes à l’effet d’en mesurer les conséquences dont la plus grave est
l’avènement d’une classe d’orphelins de la république.
La seconde partie analyse les causes profondes de cette situation et
indexe les héritiers englués dans la jouissance des bienfaits du pouvoir et
dont le seul objectif est d’évincer le père pour s’emparer du graal.
Enfin l’ouvrage en appelle à l’émergence d’une nouvelle race d’élites
dirigeantes entièrement consacrées à la recherche du bien être collectif, en
lieu et place de la classe politique actuelle dont une large frange n’a pensé
qu’à son ventre. Ces élites nouvelles seront guidées et portées en
permanence par les valeurs éthiques qui seront de leur action le levain, alors
que la pensée profonde du père sera leur chemin.
Face aux menaces polymorphes qui se multiplient, à la disparition des
repères et à l’apparition de nouvelles divinités, face au désarroi provoqué par
la disparition de l’Etat-providence et de la famille traditionnelle, il apparaît
que notre société a, plus que jamais, besoin d’un supplément d’âme.
A l’intention des puristes, il convient de souligner que le présent ouvrage
s’inscrit en droite ligne de la tradition inaugurée par mon illustre aîné Henri
Bandolo, à travers son livre-culte La flamme et la fumée, et qui a été

21
poursuivie par d’autres chevaliers de la plume, notamment Linus Onana
9 10 11Mvondo , Gilbert Tsala Ekani , Jean Lambert Nang, et tous les autres, à
qui je rends ici un hommage appuyé.
Comme Henri Bandolo, que je paraphrase, je ne suis ni un historien (je
peux néanmoins me prévaloir d’être un témoin de l’histoire), ni un
universitaire, ni un littéraire. Je ne fais ici que mon métier de journaliste
senior. Ces précisions méritent d’être données car, d’ici, je perçois déjà
l’indignation, les cris d’orfraie des cardinaux et des membres de l’académie,
adeptes du « nul n’entre ici s’il n’est géomètre », promoteurs du
« totalitarisme microcosmien », dénonçant le sacrilège et fustigeant la
profanation du temple par un imposteur ne pouvant se prévaloir d’être un
docteur (encore que beaucoup de mes interlocuteurs n’hésitent pas, je ne sais
pour quelle raison, à m’affubler de ce titre), un enseignant d’université
(même s’il m’est parfois arrivé de dispenser des enseignements
professionnels dans quelques grandes écoles), ou un membre d’une société
savante. Je les entends me demander de quoi je me mêle. A ceux-là je
répondrai que je m’en mêle parce que je pense avoir des choses à dire.













9 Onana MvondoLinus, Chronique des années rebelles, Ed. Sde, 2005
10 Gilbert Tsala Ekani, Des roses et des épines, l’Harmattan, 2012
11 Jean Lambert Nang, Desperate football house, Edition Inter press, 2009

22
Les héros sont fatigués

Au fil des jours, les acteurs et les membres de la classe dirigeante au
Cameroun montrent des signes de fatigue. Ils donnent de plus en plus
l’impression d’être usés tant physiquement qu’intellectuellement. C’est plus
qu’une simple impression, c’est une réalité qui saute aux yeux. Pour la
plupart ils totalisent au minimum quatre décennies sans interruption aux
affaires, parfois aux mêmes postes. J’ai eu le privilège de les côtoyer. Les
mauvaises langues (certainement mal intentionnées) estiment que la place de
beaucoup d’entre eux serait plutôt au musée Grévin, en raison des
inestimables services rendus à la patrie reconnaissante. J’ai pu mesurer à
quel point ces élites étaient au bout du rouleau, sans qu’elles aient pour
autant l’honnêteté de le reconnaître. Parfois j’ai été tenté de donner raison à
Napoléon Bonaparte qui affirmait que « l’art de gouverner consiste à ne pas
laisser vieillir les hommes dans leurs postes ». J’ai failli ajouter « dans leur
propre intérêt ». Cette usure s’explique aisément. Aux plans intellectuel et
pratique, les élites ont mené de nombreux combats. Elles ont multiplié
stratégies et stratagèmes pour faire gagner le parti et, de ce fait, se maintenir
aux affaires. Pour cela elles ont fait montre d’une ingéniosité à faire pâlir
d’envie les meilleurs spécialistes de la science politique et du monde des
affaires. Or il est avéré que les cellules nerveuses, celles qui servent à
l’activité intellectuelle, meurent les unes après les autres, et contrairement
aux autres cellules du corps humain, elles ne se renouvellent pas.
L’une des conséquences des combats politiques livrés par les élites pour
éliminer les adversaires et les concurrents potentiels réside, d’une part dans
leur incapacité de créer et d’innover, et d’autre part, dans leur propension à
étouffer tous les porteurs d’idées nouvelles, les acteurs du changement. Elles
transforment ainsi le Cameroun en un vaste panier à crabes. Avez-vous
jamais observé des crabes au fond d’un panier ? Je vous suggère de vous
rendre dans un marché de capitale camerounaise, à celui de Mvog Atangana
Mballa par exemple, pour assister au spectacle auquel se livrent les crabes au
fond d’un panier. On dirait qu’il est interdit à tout crabe de sortir du panier.
A la moindre tentative de s’échapper, le crustacé est ramené de force au fond
de la corbeille par une multitude de pinces agissant comme si elles étaient
mues par un mouvement réflexe. La philosophie semble être : «Nous restons
tous au fond du panier, nous nous marchons dessus, personne ne bouge, rien
ne doit bouger » ! A la différence de l’allégorie de la caverne de Platon, il est

23
hors de question de sortir de la caverne pour accéder à la connaissance et à la
lumière comme Ariel. Non, tous doivent rester plaqués au fond de la
caverne, territoire des ombres, de l’obscurité et de l’obscurantisme.
Les acteurs du changement et les travailleurs, les bosseurs comme on les
appelle vulgairement, sont les « empêcheurs de manger en rond » car,
comme nous le verrons, la manducation (manger le pouvoir, festoyer grâce
au pouvoir) semble être l’activité principale des uns et des autres, la finalité
de toutes les actions. Que veulent donc démontrer les bosseurs ? Qu’ils
travaillent plus que qui ? Et d’ailleurs qui leur demande de travailler ?
Travailler, innover ou créer devient subversif ou presque. Pour illustrer ces
propos, voici l’exemple que me donna un observateur averti : « Imaginez un
groupe de gens en train de faire bombance dans un restaurant, aux frais du
contribuable. Imaginez également un ouvrier avec son marteau piqueur, de
l’autre côté de la baie vitrée, en train de creuser la chaussée pour y faire
passer des câbles. Les convives ne vont-ils pas envoyer quelqu’un pour
sommer l’ouvrier d’arrêter ses travaux au motif qu’il perturbe leur repas ?
Pourtant, le pauvre travaille pour améliorer l’environnement de tous ! Non, il
ne sera autorisé à reprendre son travail qu’à la fin du déjeuner.»
On peut également noter la propension de nos élites à danser. La
cérémonie la plus anodine donne l’occasion de se trémousser et de
démontrer ses talents (cachés) de danseur. Ce fut par exemple le cas un jour,
lors d’une cérémonie de remerciements au chef de l’Etat : alors que le
protocole appelait l’attention de l’assistance pour suivre religieusement le
discours du chef de la délégation du comité central, ce dernier, membre du
gouvernement de son état, jeta sa veste et sans autre forme de procès, invita
tout simplement l’homme du jour sur la piste de danse où il l’avait déjà
précédé et où il s’illustrait par ses déhanchements lascifs, devant une
assistance médusée. Panne d’idée ou sclérose ? La vedette du jour était très
embarrassée, car ses fonctions lui interdisaient ce genre d’épanchements
publics.
Assurément la maxime selon laquelle « qui nourrit trop son corps, nourrit
peu son esprit » se vérifie ici à merveille.
J’ai également remarqué qu’extrême longévité aux affaires rimait avec
usure, routine, assurance et même, arrogance. Assurance non pas dans la
maîtrise des dossiers. On a effectivement besoin de temps pour maîtriser ses
dossiers, surtout quand on arrive en territoire inconnu comme cela est
généralement le cas. Dans ces conditions on a besoin d’inscrire son action

24
dans le temps et dans la durée. Non, assurance rime ici avec défiance. Un
jour, en voyant un membre du gouvernement prester au cours d’une
cérémonie, je prédis sa fin dans les six mois qui suivraient. Sa gestuelle,
l’usage immodéré du « je », le tutoiement des collègues en public étaient
autant de signes avant-coureurs de sa déchéance future. C’est ce qui arriva.
Mes compagnons de ce jour-là me traitèrent de prophète. Non, je n’étais
qu’un fin connaisseur de la scène politique locale et je m’étais inspiré d’un
proverbe béti qui dit que « si tu entends un tambour faire trop de bruit, c’est
qu’il est sur le point de se percer ».
J’ai connu un autre patron qui, au cours des cinq premières années
passées à la tête de la structure qu’il dirigeait, était entièrement dédié à la
tâche. Il écoutait, coordonnait, orientait, évaluait, créait et innovait. En outre,
il était pointilleux sur la gestion des ressources matérielles et financières de
sa structure. Enfin, il craignait ses hiérarchies. A partir de la dixième année,
les préoccupations du chef changèrent. L’homme avait gagné en assurance,
en visibilité et en notoriété. Il n’avait plus d’ambitions. Il était sur un nuage.
Il n’écoutait plus personne. Il s’écoutait. Il était devenu arrogant et n’avait
que mépris pour tous. Visiblement le pouvoir lui était monté à la tête,
d’autant plus qu’il avait, comme le veulent les usages, commencé à
12« manger avec le pouvoir » . Désormais affublé du titre de « Dieu le père »,
13il tenait « tout le monde dans sa main » . Il n’avait plus peur que de quatre
choses : du « dieu du ciel », de son représentant sur terre à savoir le président
de la République, de l’épouse de celui-ci, et que ses proches collaborateurs
ne posent des actes pouvant lui faire perdre son poste (Tiens ! Ainsi il peut
arriver aux dieux d’avoir des peurs, d’avoir peur de plus petits qu’eux ?).
Frasques et extravagances le caractérisaient désormais. Les hiérarchies
intermédiaires ne pesaient pas un gramme à ses yeux. Une fois de plus le
tambour se perça et le pire lui arriva.
Pour sauver ces soldats Rayan et leur éviter la déchéance qui frappe
aujourd’hui les élites/modèles d’hier par leur incarcération massive dans le
cadre de « l’Opération Epervier », pourquoi ne pas recommander
l’application du principe diplomatique de la rotation ? Il est en effet admis
que, plus un diplomate met long à son poste, moins il sert son pays. Au cours
des trois premières années, les diplomates sont réputés servir les intérêts de
leurs pays. Si on leur ajoute trois autres années, ils servent les intérêts des

12 Camerounisme pour dire qu’on jouit des bienfaits du pouvoir
13 Autre camerounisme pour dire que tout le monde était à ses pieds

25
pays accréditaires. A l’entame de la septième année, ils…se servent. Raison
pour laquelle le corps diplomatique est renouvelé tous les trois ans. Certains
chefs de mission sont rappelés à la chancellerie, d’autres sont mutés ailleurs.
Cette rotation coûte cher en termes de frais de relève. Et si on mettait la
barre chez nous à six années ? Un chef de mission diplomatique ayant
largement dépassé l’âge de départ à la retraite au moment de sa nomination
me confia qu’il espérait que le « grand chef » le laisserait à son poste
pendant au moins…six ans et qu’après cela, il le muterait dans une
ambassade juteuse pour préparer sa…retraite, en signe de récompense pour
les services rendus à la nation. J’en tombai à la renverse. Tous calculs faits et
si son vœu était exaucé, ce « jeune » chef de mission rentrerait au bercail à
plus de soixante quinze ans sonnés !
En revanche il est loisible d’apprécier la fertilité, l’abondance de la
production intellectuelle et l’endurance de quelques élites que j’ai côtoyées à
leur retour aux affaires, après qu’elles eussent connu plusieurs années de
traversée du désert et de séjour au schéol. C’est à croire que la traversée du
désert a du bon. Elle permet en effet de prendre du recul par rapport aux
choses et d’observer la réalité avec un œil critique. La position en retrait
contribue à régénérer le corps, à oxygéner les cellules nerveuses, bref à
prendre son élan pour mieux sauter. On sait de quoi Jésus fut capable après
un séjour de quarante jours au désert. Deux mille ans après ces faits, les trois
années de prédication qu’il a menées continuent de bouleverser le monde.
J’exhorte chacun à effectuer volontairement un tour au désert ou à
entreprendre une traversée du désert. Cela permet de prendre la mesure de la
précarité de la vie qui ne tient parfois qu’à un fil malgré les apparences. Cela
prépare à affronter les pires situations.
La traversée du désert rendra les élites dirigeantes humbles et leur
permettra de se livrer à leur autocritique et de se remettre en cause. Pour
poser cet acte de constriction, elles pourraient s’inspirer d’une pratique qui
avait cours au sein du Parti communiste chinois, à l’époque de la révolution
culturelle : les apparatchiks qui avaient failli, étaient invités à faire leur
autocritique. Une fois qu’ils avaient sacrifié à ce rituel, les camarades
défaillants étaient envoyés pour servir comme… chef de gare dans une
contrée éloignée. Ils y recevaient des enseignements de civisme et
s’adonnaient aux travaux d’intérêt communautaire. Une fois leur peine
purgée, ils réintégraient les rangs du parti.

26
Ceci peut s’apparenter à une chimère de l’imagination ou à une blague de
mauvais goût. Quoi ? Que ces doctes savants, « prélats » de la connaissance
fassent leur autocritique alors que tout le monde est couché à leurs pieds et
mange dans leurs mains ? Alors qu’on les assimile à Dieu le père, qu’ils
incarnent la divination du pouvoir, qu’ils n’ont pour seule limite que le ciel
et que, à l’instar des habitants de la Rome antique dont on sait quelle fut leur
fin, la seule chose qui leur fasse peur, c’est que le ciel leur tombe sur la tête ?
Non, vous n’y pensez pas ! Il faut pourtant passer par là.
Je recommande, à tous ceux qui s’accrochent à tout prix et par tous les
moyens, renversant et écrasant tout sur leur passage, de lire Le principe de
14Peter , ouvrage dans lequel il est démontré qu’avec le temps, dans une
hiérarchie, toute personne finit d’atteindre son seuil d’incompétence. De ce
principe découlent deux corollaires :
-plus le temps passe, plus grande est la proportion de postes occupés par
des incompétents ;
-la charge de travail des personnes compétentes ne cesse de croître
Brigitte Roujol a recensé quelques signes révélateurs de l’atteinte du seuil
d’incompétence.
J’insiste sur le fait annoncé ci-dessus que l’auteur de Cameroun, les
orphelins de la république, ne s’intéresse ni aux trains qui arrivent à l’heure,
ni aux chiens qui mordent les passants. Cela n’est pas une information au
sens journalistique du terme, car entrant dans l’ordre normal des choses.
L’ouvrage n’est pas non plus une tentative de dédouaner le promoteur du
Renouveau national pour les manquements de sa mandature qu’il assume, en
homme d’honneur qu’il est, en homme tout court, conscient qu’aucune
œuvre humaine n’est parfaite : « Tant que chaque Camerounais n’aura pas à
manger, notre œuvre sera inachevée » , déclarait-il avec humilité au
troisième congrès extraordinaire du Rdpc tenu en juillet 2006.
J’observe que dans la division managériale des tâches, le président de la
République fait sa part de travail. C’est à lui qu’il incombe de définir la
vision qu’il a du Cameroun. Il l’a fait dès les premiers vagissements du
Renouveau. Mieux, il n’a cessé de partager ladite vision à ses compatriotes,
ce qui a suscité l’adhésion de l’immense majorité d’entre eux, comme
l’atteste la ferveur populaire qui a accueilli le programme politique du
Renouveau national. Est-ce sa faute si le Cameroun ne forme pas un train,
c'est-à-dire un ensemble constitué d’une locomotive à laquelle sont attelés

14 Laurence Peter et Raymond Hull, Le principe de Peter, Stock

27
des wagons, mais offre au contraire le spectacle d’une locomotive (le
président de la République) caracolant seule en tête et suivie de loin de
wagons (les Camerounais et la classe dirigeante) ? Ne revient-il pas aux
wagons, c'est-à-dire à l’équipe gouvernementale emmenée par son chef ainsi
qu’à toute la technostructure de s’arrimer à la locomotive en déclinant la
vision du président en politiques publiques et programmes, d’élaborer des
stratégies pour les mettre en œuvre et de procéder à un suivi-évaluation
permanent, le but ultime étant l’élévation du niveau de vie de nos
compatriotes ?
C’est à ce niveau que tout coince. Mais qu’est-ce qui fait donc
problème ? Faute d’être dans le saint des saints et d’appartenir aux cercles du
pouvoir, l’observateur de la scène politique, l’analyste ne peut qu’esquisser
des ébauches d’explication. S’agit-il d’une panne d’idées provoquée par une
surcharge pondérale (obésité) ou l’usure du pouvoir ? S’agit-il d’une
mauvaise appréhension des enjeux, de la mauvaise foi, de calculs mesquins
et politiciens, d’un esprit revanchard, d’un comportement sadomasochiste,
d’auto-flagellation ou des manifestations du complexe d’Oedipe ? On se
perd en conjectures.
Une chose est sûre : on ne peut pas me faire croire que les élites aux
affaires sont dans l’ignorance de la démarche managériale ci-dessus
évoquée, bien au contraire. Mais si, comme je penche à le penser, elles en
connaissent les techniques et les mécanismes de mise en branle, pourquoi ne
le font-elles pas ? Et s’il s’agissait d’un refus délibéré ? Ce refus serait-il
collectif ? Les Camerounais dans leur totalité auraient-ils opté pour un
suicide collectif, à la manière des adeptes de l’Ordre du Temple solaire ou
du Temple du peuple du sinistre Jim Jones ? Et si nous étions tout
simplement en face d’actes de défiance ?
Le monde dans lequel j’ai évolué au cours des dix années passées comme
conseiller technique de directeurs généraux et de ministres (et quels
ministres, des dinosaures !) et de chargé de mission local du parti au pouvoir,
m’a appris à être constamment sur mes gardes, à ne pas beaucoup croire au
hasard et à ne pas me contenter des vérités premières (car il n’y a que des
erreurs premières, comme l’affirme Gaston Bachelard). D’autre part, je jouis
du redoutable privilège d’avoir de la profondeur historique. Il convient en
effet de rappeler qu’au moment où Paul Biya accédait au pouvoir le 06
novembre 1982, je totalisais déjà trois années de service au sein de la
rédaction de Radio Cameroun, dont une année comme chef de bureau des

28
reportages d’actualité. Cette fonction faisait de moi le journaliste chargé de
la couverture de l’actualité nationale, y compris parfois les activités du chef
de l’Etat. Elle créait par ailleurs un contexte de grande proximité avec la
classe politique, source de précieuses confidences. C’est fou ce que les
hommes politiques adorent faire des confidences aux journalistes !
Il me souvient (la lecture des journaux de l’époque peut l’attester) que
contrairement à la majorité des Camerounais qui la saluèrent, l’arrivée aux
affaires de Paul Biya et les idées nouvelles que celle-ci véhiculait n’avaient
pas été bien accueillies par une bonne frange de la classe politique de
l’époque. Beaucoup de ses membres (quelques uns sont encore aux affaires)
se seraient bien vus à ce prestigieux poste. Les autres craignaient pour leurs
privilèges. Le complot déjoué d’août 1983, les bruits de botte et la tentative
de putsch d’avril 1984 mentionnés plus haut, auront été les révélateurs de
cette animosité à peine voilée.
eLors du 5 Conseil national de l’Unc tenu le 21 novembre 1982 à
Yaoundé, quelques jours seulement après l’accession du président Paul Biya
au pouvoir, Moussa Yaya Sarkifada, vice-président de l’Assemblée nationale
et tout puissant baron de l’ère Ahidjo, insista à faire une déclaration (non
inscrite à l’ordre du jour des travaux) sur « la nécessité de rassurer les
15camarades militants que tout allait continuer comme avant » . Beaucoup de
prétendants (d’hier) au trône apportèrent néanmoins leur soutien (avaient-ils
le choix) au nouveau patron, forts de l’adage bantou qui veut que « si ton
frère te dépasse, n’hésite pas à porter son sac », acte d’allégeance oblige.
Mais ne doit-on pas dire qu’ils soutenaient le nouvel homme fort du bout des
lèvres, à la manière dont la corde soutient le pendu ?
De nombreux barons d’hier commirent cependant l’erreur fatale de
sousestimer la capacité de nuisance du nouveau venu. Ils oubliaient que si Paul
Biya avait pardonné, le temps pour lui de devenir entièrement maître du jeu,
il n’avait pas oublié. Aujourd’hui encore beaucoup d’entre eux semblent
méconnaître la puissance de feu qui est celle du président Paul Biya. Il est
possible que les uns et les autres ignorent la technique dite « du
serpentboa » qu’affectionne le nouvel homme fort de Yaoundé, et que Henri
Bandolo avait coutume de décrire comme consistant à « enduire sa proie de
salive, puis à l’avaler progressivement, jusqu’à l’ingérer complètement ».

15 Henri Bandolo, La flamme et la fumée, Editions Sopecam, 1986, p26

29
Beaucoup de ténors l‘ont appris à leurs dépens. Ils ont été réduits au statut de
simples ectoplasmes politiques.
Il appartient aux personnes mieux outillées de nous édifier sur le décalage
observé entre les discours présidentiels et l’absence de mise en œuvre des
directives y contenues, par les différentes alvéoles qu’il a mises en place.
Sauf à me faire croire que lesdits discours sont apprêtés par des individus
vivant avec le président dans une bulle loin de la réalité quotidienne du
Cameroun. Sauf à souscrire aux propos de l’ancien président français
Jacques Chirac qui affirmait que « les promesses des hommes politiques
n’engagent que ceux qui y croient !»
On pourrait multiplier les interrogations de cette nature, avec le risque
d’ouvrir la boîte de Pandore.
Les histoires et anecdotes qui composent le présent ouvrage mettent
également à nu ce qui s’apparente parfois à un amateurisme surprenant de la
part de certaines élites dirigeantes pourtant présumées aguerries et outillées
pour relever les défis qui interpellent le Cameroun. Elles étalent au grand
jour les écarts pris vis-à-vis des bonnes pratiques universellement admises et
des normes (amateur d’aphorismes, le philosophe camerounais bien connu
Hubert Mono Ndjana parle de normalisation de l’écart), sans oublier le recul
des valeurs républicaines. Ironie du sort, les élites sont par le fait
condamnées à supporter le fardeau de la demande sociale énorme créée par
leurs pratiques létales.
















30
L’homme quadridimensionnel

Depuis la parution de mon premier ouvrage, j’ai ajouté d’autres cordes à
mon arc de journaliste/écrivain. Je me suis essayé dans la démarche-qualité,
dans un souci d’amélioration permanente de la qualité de mes prestations.
J’ai également tâté de la politique. A ce titre, j’ai officié comme conseiller en
Affaires publiques (communication et politique) d’un membre du
gouvernement « chef de la délégation du comité central » dans son
département d’origine. Durant six années, de 2008 à 2012, j’ai acté comme
chargé de mission principal du Rassemblement Démocratique du Peuple
Camerounais (Rdpc), parti au pouvoir, dans le très sensible département de
la Lekié. Lors du double scrutin des législatives et municipales du 30
septembre 2013, j’ai été « promu » chargé de mission n°2 pour la région du
Centre.
Jusqu’à l’année 2008, je me suis tenu assez loin de la politique
politicienne, à cause de l’incompatibilité entre ma qualité de journaliste
professionnel et les activités partisanes. J’estimais en outre que mes
fonctions de rédacteur en chef, puis directeur chargé de l’information dans
un média de service public, m’obligeaient à me vêtir des oripeaux de la
neutralité. Certes j’avais pris une carte du Rdpc en 1986 au comité de base
de la Cité universitaire à Paris. Mon confrère Albert Mbida qui préparait un
doctorat en sciences de la communication à l’Université de Paris II Assas et
qui briguait la présidence du comité de base, s’était chargé de tout : achat de
la carte d’adhésion, et de la carte de membre, remboursement du ticket de
métro. Malheureusement ma voix ne lui fut d’aucune utilité, car il fut battu,
comme il semble en avoir l’habitude.
A cette occasion, le ministre Abdoulaye Babalé qui dirigeait la délégation
du comité central aux opérations de renouvellement de 1986 en France,
m’encouragea à faire de la politique, car « cela pourra toujours servir,
peutêtre pas aujourd’hui, mais plus tard, qui sait ! ». Je ne suivis pas son conseil
sur le champ Je sortais fraîchement d’un stage de perfectionnement et
j’entendais me consacrer entièrement à mon métier de journaliste à
RadioCameroun en y apportant de substantielles améliorations. Peu après mon
retour au pays, je fus nommé chef de service des reportages. Regroupés au
sein de la « Force d’intervention rapide » (FIR), mes collaborateurs et moi
entreprîmes de porter la durée de la page nationale du journal parlé, de trois

31