//img.uscri.be/pth/5f2a9294a174efc934f1e16443f3271714392aa4
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 14,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Carlos Fuentes

De
160 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 0001
Lecture(s) : 205
EAN13 : 9782296180987
Signaler un abus

Nous signalons, chez le même éditeur, les ouvrages parus dans la collection Voix hispanophones des Caraïbes et d'Amérique, dirigée par Olver Gilberto DE LEON:
Dans une ville appelée San Juan de René Marques (Porto Rico). Traduit par Juan Marey Quand le sang brûle de Manuel Cofifio (Cuba). Traduit par Juan Marey Les éperons d'argent de Manuel Mejia Vallejo (Colombie). Traduit par Rauda Jamis Jour des cendres de Salvador Garmendia (Venezuela). Traduit par Claude Fell Cantac1aro de Romulo Gallegos (Venezuela). Traduit par François Delprat

Collection:

Tropismes DE LEON

Dirigée par Olver Gilberto

Cette collection ibéro-américaine, organisée en trois parties - Une œuvre, un auteur - Panorama Actes de colloque, essais, thèses, mélanges se veut un instrument utile aux professeurs et étudiants en particulier, ainsi qu'au grand public curieux d'en savoir plus. La première série, propo-

-

-

sera en 180 pages, les éléments

«

clés », éclairera

tous les aspects de l'œuvre d'un auteur. « Panorama» présentera les aspects généraux de la littérature ibéro-américaine : la poésie espagnole, portugaise, brésilienne et hispano-américaine d'aujourd'hui par exemple; la littérature fantastique, le roman ibéro-américain, le théâtre, la nouvelle, etc. La troisième série révèlera des thèses sur des auteurs ibéro-américains, des essais, des mélanges, etc. Pour mener à bien cette entreprise, les Editions Caribéennes ont fait appel aux plus grands spécialistes universitaires français et étrangers.

Collection A paraître

Tropismes * dans la série 1 :

Vicente HUlOOBRO AItazor et temblor de vielo. La poétique d'Orlando JIMENO-GRENDI Miguel Angel ASTURIAS La brûlure des cinq soleils de Dorita NOUHAUD César VALLEJO Vers une poétiquè de Nadine LY

du Phénix

du réel

Augusto ROA BASTOS Caidas y resurrecciones de un pueblo de Rubén BAREIRO-SAGUlER

* Tropismes série 1 Une œuvre, un auteur. série 2 Panorama. série 3 Actes de colloque, essais, thèses, mélanges.

Fernando MORENO

Carlos

FUENTES
La mort d' Artemio Cruz: entre le mythe et l'histoire

Collection:

Tropismes

Série 1

L'aribeennes

".ç- ditipns

5, rue Lallier 75009 Paris

Maquette de couverture:

Guy Darbon

@ Editions CARIBEENNES, 1989 Tous droits de traduction, d'adaptation et de reproduction réservés pour tous pays.
ISBN 2-87679-040-8

Il faut que tu te voies mourir Pour savoir que tu vis encore.
Paul ELUARD

Todos los hombres son este hombre que es otro y yo mismo. Yo es tû. y también él y nosotros y vosotros y esto y aqueZZo.
Octavio PAZ

INTRODUCTION

Cet essai est et il pourrait difficilement en aller autrement - le prolongement et la réponse à des pratiques et besoins pédagogiques directement liés à notre activité professionnelle, et il est, tout naturellement, le résultat de la rationalisation et de la conceptualisation de notre expérience de lecture du roman de Carlos Fuentes, La mort d'Artemio Cruz (dans le cas présent). Du mouvement d'approche de ce discours précis naît un autre discours, produit de la rencontre entre un texte qui est production d'un monde au moyen d'images qui construisent une image du monde et d'une interprétation de ces images et du monde imaginé. Le travail de perception et de décodage que le lecteur effectue à partir de ses coordonnées et orientations personnelles, l'amène à se questionner lui-même en interrogeant le texte, à questionner le texte en s'interrogeant sur soi,il traduit, propose, évoque, évite, récupère des sens et des significations, il émet un nouveau discours en somme. Un discours qui découvre et recouvre le texte littéraire, qui est à la fois ouverture et clôture, amplification (déploiement de la plurivalence du message) et réduction (saturation du texte par d'autres discours). Il s'agit d'un texte qui révèle et occulte, tente enfin de montrer ce que le texte ne dit pas, c'est-à-dire, ce qu'il
nous dit. '

-

La lecture, conçue comme dialogue entre le lecteur et le texte, se fonde sur une série d'hypothèses, de stratégies, d'intuitions, d'essais, de résidus de lectures anté9

rieures qui, de façon plus ou moins cohérente, s'inscriront dans ce nouveau discours qui tentera de rendre compte du texte en tant qu'objet culturel. Notre lecture de La mort d'Artemio Cruz est le produit d'un tel dialogue et, bien que nous nous soyons efforcé de nous situer dans une perspective globale, notre but n'est pas de proposer une analyse totalisatrice du texte. Il s'agit, au contraire, de suggérer des éléments en vue de sa compréhension textuelle, d'ouvrir des voies de réflexion, de proposer des codes explicatifs qui tiennent compte de notre hypothèse de lecture selon laquelle ce roman n'est pas seulement le récit de l'agonie d'un homme d'affaires tout-puissant et encore le bilan sélectif d'une vie, mais une œuvre multiple, plurielle, dont l'univers repose sur des valeurs propres à une vision particulière du monde qui cependant anime et fait vivre un message de dimension universelle en harmonie avec l'idéal esthétique de l'auteur. Ces postulats de lecture nous ont conduit à diviser notre travail en quatre parties. La première (Textes et Contextes) rappelle dans quel contexte historico-culturel s'inscrit La mort d'Artemio Cruz. Après avoir évoqué rapidement ce qu'on appelle le «nouveau roman» latinoaméricain, nous exposons les traits caractéristiques de l'œuvre de Carlos Fuentes et du roman de la Révolution mexicaine. Nous tentons également de cerner les grandes lignes de la problématique de l'intertextualité narrative et nous soulignons l'omniprésence de la mort dans la vision mexicaine du monde ainsi que son impact sur la production romanesque nationale. La seconde partie (Histoire et récit) est consacrée à la description des caractéristiques textuelles telles qu'elles se manifestent dans l'évocation de la vie d'Artemio Cruz. On étudiera ainsi le motif de la mort et de ses différentes cristallisations discursives, les éléments qui impliquent la présence d'une «esthétique de la mort », la structure narrative complexe et quelques-uns des procédés textuels qui contribuent à délimiter et à organiser l'univers narratif, ainsi que l'architecture temporelle spécifique qu'ils instaurent. 10

Dans la troisième partie (Revivre l'histoire. Vivre dans l'Histoire), nous nous situons dans la perspective du personnage et nous parlerons d'abord de son attitude contradictoire face à la mort, et nous ferons allusion à la fonction de la mémoire, aux différentes motivations, passions qui ont caractérisé la vie d'Artemio Cruz, à la présence du double et à la structuration du texte comme dialogue en miroir. Nous replaçons ensuite la vie du personnage dans son contexte historique, en évoquant les différentes étapes de l'Histoire mexicaine auxquelles il est fait allusion dans le texte, la vision cyclique qui la sous-tend, vision que cependant le discours textuel tend à démythifier, les valeurs auxquelles aspirent les personnages et certains traits caractéristiques de l'être mexicain: le masque et la chingada. Les étapes précédentes nous ont nécessairement conduit à explorer un autre niveau interprétatif, dans la mesure où le traitement spécifique de la temporalité instaure une dimension qui dépasse les limites de l'Histoire. Nous en venons donc, dans la quatrième et dernière partie (Les Signes, les Symboles, les Mythes) à la présentation des motifs, thèmes et figures mythiques de tradition européenne ou mexicaine qui fonctionment en corrélation avec les situations et personnages de La mort d'Artemio Cruz ou en constituent le fondement souterrain. Nous parlerons également de l'onomastique symbolique et de la présence de certains éléments qui accompagnent et caractérisent le protagoniste. Nous suggérons ensuite quelques remarques à propos de la réflexion sur le langage que le texte impose, nous définirons le texte comme symbole, lieu de la reconnaissance et de la tragédie. Nous esquisserons enfin un rapprochement entre les conceptions relatives à l'activité de production poétique et leur cristallisation dans le discours de La mort d'Artemio Cruz. Nous nous rendons compte que notre parti-pris de présentation des différents facteurs et éléments qui composent l'univers narratif fait d'une certaine façon violence à la réalité textuelle. La lecture analytique instaure une chaîne de corrélations qui n'existent pas dans la 11

-

-

simultanéité sémantique du discours littéraire. Notre approche implique aussi, inévitablement, quelques répétitions. Nous ne voudrions pas terminer cette introduction sans adresser nos remerciements à nos collègues et amies Isabelle Bée, Pascale Thibaudeau, et tout particulièrement à Anne-Marie Capdeboscq, qui nous ont aidé à établir la version française de notre texte, ainsi qu'à toutes les personnes qui nous ont, d'une façon ou d'une autre, encouragé et stimulé.

CHAPITRE I TEXTES ET CONTEXTES Publiée en 1962, La mort d'Artemio Cruz fera aussitôt partie d'un ensemble de romans considérés comme les plus représentatifs d'un mouvement que la critique, bien qu'il ne constituât pas un genre uniforme et homogène, baptisa globalement «nouveau roman latinoaméricain ». En effet, pendant cette période on publiera en Amérique latine une série d'œuvres qui seront accueillies très favorablement par la critique nationale et internationale. A travers ces œuvres se confirment et s'affirment une approche et une expression littéraire nouvelles de . la réalité latino-américaine. Entre les années cinquante-cinq et la fin des années soixante apparaîtront par exemple, des romans tels que Pedro Paramo (1955) du Mexicain Juan Rulfo, Fils d'homme (1960) du Paraguayen Augusto Roa Bastos, Les fleuves profonds (1958) et Tous sangs mêlés (1964), du Péruvien José Maria Arguedas, Alejandra (1961), de l'Argentin Ernesto Sabato, Le chantier (1%1) de l'Uruguyen Juan Carlos Onetti, Le siècle des lumières (1962) du Cubain Alejo Carpentier, Marelle (1963) et 62Maquette à monter (1968) de l'Argentin Julio Cortazar, La ville et les chiens (1963), La maison verte (1966) et Conversation à la Cathédrale (1969) du Péruvien Mario Vargas Llosa, Pattes de chien (1965) du Chilien Carlos Droguett, Paradiso (1966) du Cubain José Lezama Lima, 13

Ce lieu sans limites (1966) et L'obscène oiseau de la nuit (1970) du Chilien José Donoso, Cent ans de solitude (1967) du Colombien Gabriel Garda Mârquez, Julius (1970) du Péruvien Alfredo Bryce Echefiique, pour n'en citer que quelques-uns. Quant à l'œuvre de Carlos Fuentes, elle se situe au beau milieu de ce contexte.
LE
{(

NOUVEAU»

ROMAN LATINO-AMERICAIN

Il se distingue qualitativement du roman traditionnel hispano-américain (les romans dits de la terre, dont l'apogée se situe dans les années trente), qui, encouragé par le positivisme du dix-neuvième siècle, dans son désir d'exprimer l'original et l'autochtone, offrait, plein de bonnes intentions, une représentation dichotomique du monde narré. Le « nouveau» roman quant à lui, cesse d'être le portrait d'une société pour se convertir en son auto-portrait \ En d'autres termes, il fait place à une plus grande dimension connotative et à une plus grande profondeur dans sa façon de se référer au réel externe, à une réalité dont les limites se situent au-delà de ce qui est purement contingent, conjoncturel, circonstanciel. Le m01;lde romanesque contemporain apparaît caractérisé par la précarité, comme un incessant mouvement aux contours indéfinis où l'on peut tout trouver: le merveilleux, le mythique, le grotesque, les motivations intérieures, les échos de la conscience. Les conflits de l'homme avec son environnement s'intériorisent et c'est à partir d'eux que le monde prend forme. Lesdits personnages sont des figures équivoques et contradictoires, qui assument parfois le rôle d'archétype et qui, rebelles à toute vraisemblance psychologique, s'efforcent de nous informer sur les racines, les origines, le présent et le destin de l'homme latinoaméricain. Dans certains cas particuliers, l'indétermination temporelle est évidente, on abandonne la causalité, et simultanéité et réversibilité acquièrent ainsi des rôles essen14

tiels. L'événement temporel se rompt, se disloque, se cache derrière le perspectivisme et la complexité du réel que l'on prétend exprimer. La parole simultanée implique la libre superposition de figures, de voix, à travers un narrateur dédoublé, multiple, fragmenté, qui à des moments donnés, peut coexister avec une voix tutoriale, bien que celle-ci ne puisse pas non plus rendre compte ni donner sens au monde dans sa totalité. A une vision complexe de la réalité, à la dégradation des valeurs conventionnelles, au bouleversement des structures, correspond également une remise en question du langage, qui se manifeste par une forme de défiance vis-à-vis de la conformité du signe avec ce qu'il évoque: cela ne signifie pas pour autant que l'on cesse d'utiliser et de mettre l'accent sur les nombreuses possibilités que le langage peut offrir. On ne peut cependant considérer que les grandes tendances que nous venons de dégager suffisent à définir toutes les caractéristiques de ce renouveau, de ce changement qui assume et produit des nuances parfois radicalement différentes selon les zones, l'histoire socioéconomique et les conditions ethnoculturelles des diverses régions latino-américaines. Quoi qu'il en soit, et bien que toute généralisation soit trompeuse, il nous faut indiquer que ce renouveau prend sa source dans une série de thèmes culturels, politiques et sociaux, et que le changement ne se produit ni spontanément ni simultanément mais de manière progressive et diversifiée. Parmi les principaux motifs on cite généralement, dans le domaine culturel par exemple, l'influence du surréalisme, des œuvres d'écrivains européens (Joyce, Proust) et nord-américains (Faulkner, Dos Passos), du cinéma, ainsi que des apports de la psychanalyse et les nouvelles conceptions spatio-temporelles résultant de la théorie de la relativité. De même il faudrait citer les conséquences de la crise économique (1929-1930) et l'impact de la guerre civile espagnole ainsi que celui de la seconde guerre mondiale, en fait, la prise de conscience 15

que l'on vit dans un monde en crise, où les valeurs (instaurées par une. confiance aveugle en la raison) s'effondrent et sont remises en cause. Parallèlement à la perméabilité intellectuelle de l'Amérique latine, on peut signaler, comme autres causes importantes de ce renouveau, l'acceptation assumée des légendes, mythes et croyances culturelles du continent, de sa condition particulière et spécifique de territoire métis et syncrétique, ainsi que son inscription dans une dimension plus universelle. Mais pour atteindre le degré de maturité des années soixante, une longue gestation fut nécessaire, une période constitutive étendue, qui naît vers la fin des années vingt avec les œuvres d'auteurs comme Roberto Arlt, Martin Adan, Manuel Arévalo Martinez, Macedonio Fernandez ou Juan Emar et qui se prolongera avec, par exemple, les romans de Miguel Angel Asturias, Agustin Yanez ou les premières productions de Onetti ou de Carpentier. Cette vague rénovatrice n'est pas retombée. Des années soixante à nos jours, une pléthore de nouveaux écrivains a développé et nuancé les apports de ses prédécesseurs. De plus, la majorité des écrivains cités au début n'a cessé de fournir les fruits significatifs de sa réflexion sur l'identité, les racines, l'avenir de l'homme et du monde latino-américain. Carlos Fuentes est l'un d'entre eux. L'ŒUVRE DE CARLOS FUENTES Intellectuel aux multiples facettes, Carlos Fuentes (né en 1928), a su concilier les activités enseignante, diplomatique et littéraire. Ecrivain fécond, il s'est engagé sur des terrains aussi divers que l'essai, le drame, la nouvelle et le roman. Son travail dans tous ces domaines s'est caractérisé par une conscience critique aiguë et une incessante recherche de nouveaux modes d'expression de sa réalité, ce qui lui valut d'une part, l'image d'un écrivain engagé et, d'autre part, les critiques les 16