Caucasiens, cosaques et empires

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Le Caucase du Nord-ouest est une zone de contacts entre de nombreux peuples, des civilisations et des religions diverses, et a été un terrain d'affrontements privilégié entre de grands empires. L'ouvrage éclaire ainsi les rapports entre sédentaires et nomades, entre indigènes et empires, ainsi que le rôle très particulier des Cosaques. Il révèle aussi l'origine lointaine de conflits actuels dans cette région stratégique.
Publié le : lundi 1 juin 2009
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EAN13 : 9782296681132
Nombre de pages : 187
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INTRODUCTION L'étude des relations interculturelles dans le Caucase du Nord-Ouest est aujourd'hui d'une actualité brûlante, comme en témoignent les événements qui se déroulent actuellement dans tout le Caucase. Tous les conflits qui ont éclaté dans la région sont de même nature. Ce sont des conflits interculturels, sur lesquels se sont superposés des problèmes à caractère politique, social et économique. Au stade actuel de l'évolution des conflits dans tout le Caucase, faire appel à l'histoire des relations interculturelles est primordial : c'est elle, en effet, qui aide le mieux à comprendre les causes cachées des événements d'aujourd'hui. Après la désagrégation de l'URSS, l'importance géostratégique du Caucase du Nord-Ouest pour la Russie a augmenté brusquement : en effet, le Caucase du Nord-Ouest reste le seul débouché de la Russie vers les mers du Sud : la mer d’Azov et la mer Noire. L'objet de la recherche est l'évolution des relations interculturelles dans le Caucase du Nord-Ouest du XVe au e XVIII siècle. Du XVe au XVIIIe siècle, il y avait au Caucase du N.O. des cultures montagnardes permanentes : les Adyghés, les Abazas, les Karatchaïs dont la plus importante, la plus puissante était la culture adyghée. À l’inverse, les peuples des steppes (Tatars, Nogays, etc.), les peuples maritimes (Génois, Ottomans) se succédaient, se remplaçaient sans cesse. Le système culturel adyghé qui coexistait souvent avec eux se développait conformément aux lois internes de tout système culturel. Du XVIe au XIXe siècle, le Caucase du N.-O. a été un objet de rivalité entre deux grands empires : la Russie et la Sublime Porte. La Sublime Porte la première a envahi le Caucase du N.-O. à la fin du XVe siècle et l’a fait entrer dans

sa sphère d’influence. Moscou est arrivée plus tard, à la fin du XVIIIe siècle. L’Empire russe se trouvait au stade de son expansion active, il était plus jeune, plus énergique, l’Empire ottoman vieillissant lui a finalement cédé le Caucase du N.-O. Du XVe au XIXe siècle, le Caucase du Nord-Ouest a été le théâtre permanent d’hostilités entre divers peuples. La raison principale en est qu’il était une zone frontalière se trouvant à un stade d’expansion et de mise en valeur de leur milieu. Les Ottomans, les Tatars de Crimée, les Nogays, les Cosaques, les Adyghés, les Karatchaïs et les Abazas étaient de jeunes systèmes culturels. Le Caucase du N.-O., leur zone de contact, s’est transformé en une arène de conflits permanents, qui sont devenus une composante de leurs relations. Les événements qui se déroulent aujourd’hui encore au Caucase du Nord au début du nouveau millénaire témoignent d’une crise dans les relations russo-caucasiennes. La Russie et le Caucase reconsidèrent leurs relations, cherchent de nouvelles formes de coexistence qui définiront sous beaucoup de rapports le destin de ces deux civilisations, ainsi que la situation géopolitique en Eurasie.

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CHAPITRE 1 Le Caucase du Nord-Ouest = Contacts interculturels du XVe au XVIIe siècle Dans la deuxième moitié du XVe siècle apparaît une nouvelle situation interculturelle dans la région au nord de la mer Noire et dans le Caucase du Nord-Ouest. En l’espace de cinq ans deux évènements très importants influencèrent le développement des relations interculturelles dans la région : la prise de Caffa par les Ottomans en 1475 et la libération définitive de la principauté de Moscou de la Horde d’Or en 1480. La chute de Caffa détruisit le système des colonies de Gênes dans la région du nord-est de la mer Noire. Les points stratégiques principaux de la côte de la mer Noire au Caucase du Nord-Ouest se trouvèrent aux mains de la sublime Porte (Matrega /Taman, Mapa/Anapa,Kopa/ Slaviansk-sur-le-Kouban), etc. Le pouvoir ottoman remplaça le pouvoir génois et devint un élément central dans le nouveau système de relations culturelles. En 1480, la Horde d’Or se désagrège définitivement. Le vide culturel dans le Caucase du N.-O., i.e. sur son territoire au nord de la mer Noire et du bassin de la mer d'Azov provoque l’arrivée de nouveaux peuples : Ottomans, Tatars de Crimée, Nogays, Adyghés. Sur une carte du Caucase du Nord-Ouest, rapportée dans le recueil des documents de Topkapi [17], on peut lire les noms des ethnies suivantes : dans le bassin du Kouban - "les Tatars du Kouban", au nord - "les Grands et Petits Nogays", dans les hautes vallées du Kouban - les "Tcherkesses", sur la côte de la mer Noire - les "Abkhazes". Dans la péninsule de Taman, dans les contreforts du Caucase occidental et sur la côte de la mer Noire résidait de façon permanente une population sédentaire. Il s’agit de l’ethnie adyghée.

Les Adyghés, sous le nom de "Tcherkesses de Temruk", peuplaient la péninsule de Taman, et sous le nom de "Tcherkesses blancs" le littoral de la mer Noire jusqu'à Touapsé. Dans les hautes vallées du Kouban vivaient les "Tcherkesses montagnards" [72, p.157, 180, p.55-56]. Le contrefort caucasien sur la rive gauche du Kouban était très peuplé, essentiellement par les tribus adyghées. À l'est des Adyghés occidentaux, sur les contreforts du Caucase central, résidaient les Adyghés orientaux (les Kabardes). Sur la carte de Sigismond Herberstein du milieu du XVIe siècle, devant la représentation de l’Elbrouz figure une inscription : "les Tcherkesses de Piatigorsk" [53, p.399]. Le processus de différenciation des Kabardes par rapport aux Adyghés occidentaux s’est déroulé du XVe au XVIIe siècle. Ces différences sont identifiées sur les monuments archéologiques "de deux groupes de tumulus adyghés des XVe-XVIIesiècles-deKabarde-Piatigorsk et Beloretchenskaïa" [58, p.28]. Au XVIIe siècle, les Kabardes avaient pour coutume de construire des mausolées, ce qui ne se faisait jamais chez les Adyghés occidentaux. Cette pratique était interprétée par les Kabardes comme une particularité de leurs voisins, les Balkars [25, p. 48, 122]. La frontière entre les Kabardes et les Adyghés occidentaux "passait approximativement de l’Elbrouz au nord, vers les hautes vallées de la Kouma et du Podkoumok" [58, p.28]. Les Kabardes à cette époque-là formaient un ensemble ethnique assez homogène. La particularité des Adyghés occidentaux était la différenciation d’un grand nombre de groupes culturels dont certains se divisaient à leur tour en tribus, ce qui assurait aux Adyghés occidentaux une grande force de résistance contre toute influence extérieure. Cette parcellisation subethnique se conservait grâce à l'endogamie. La mosaïque des dialectes correspondait à la mosaïque des groupes culturels. La langue adyghée se divisait en deux groupes de dialectes : occidental et oriental. Le groupe 10

occidental des dialectes adyghés comprenait les dialectes chapsough, kémirgoy, abzakh et bjedough. Dans le groupe oriental entraient "le kabarde et le besleney" [63, p.17]. Ils se divisaient à leur tour en patois. Par exemple, "le dialecte chapsough se décompose, à son tour, en deux grands groupes de parlers : ceux du Kouban, et les parlers hakoutch " [63, p.18]. La particularité de l’entité culturelle adyghée était sa mobilité constante dans une limite donnée du milieu géographique. L’entité culturelle elle-même se déplaçait dans son ensemble comme les tribus dont il était composé. C'est pourquoi il était souvent presque impossible de savoir où ils résidaient. Au total, au XVe et au XVIIe siècle, le système ethnique adyghé s’est déplacé du nord-ouest vers le sud-est. Ainsi les Adyghés vivant sur la côte orientale de la mer d’Azov, "dans la première moitié du XVIe siècle (…), probablement sous la pression des khans de Crimée, sont partis du bassin de la mer d'Azov vers le sud" [58, p.27]. Au cours du XVIIe siècle, la frontière sud du cadre de vie adyghé s'est avancée vers le sud-est "dans un processus d'assimilation ethnique des voisins adyghés - Abazas" et des Abkhazes [40, p.276]. À la suite de ce processus entre deux fleuves : la Bzyb et Touapsé, des groupes bilingues d’Adyghés-Abazas et Adyghés-Abkhazes se sont formés : "Khamych (Koumych), Sadja-Sadzy-Djikets-Abkhazes, (…) Soudja-Vapikhs-Oubykhs (…), Achegali, Sououk-sou, etc." [40, 278-279]. Les ethnonymes adyghés suivants sont parvenus jusqu’à nous : les Abzakhs, les Bjedougs, les Makhochs, les Besleneys, les Goayes, les Jans, les Kemgouys ; les Témirgoys subdivisés à leur tour en groupes culturels : les Ademis, les Yegheroukhays, les Mamkhegs, les Khatoukays, les Natoukhays, Sobeys, les Khegaks. Les Chapsougs étaient subdivisés en Khakoutchs, Kipteks et Tatakoses [4, p.236]. 11

Les plus grands groupes culturels adyghés étaient les Jans (Grands et Petits Jans) et les Khatoukays. Plusieurs auteurs indiquent leurs différents lieux de vie. On peut noter une grande mobilité des Jans qui se déplaçaient constamment. On peut dire avec une forte probabilité que les Jans se trouvaient au nord-ouest du cadre de vie adyghé dans la zone de contact avec les Tatars de Crimée, tandis que les Khatoukays se sont installés à l'est des Jans sur la rive gauche du Kouban et le long de ses affluents. Certaines groupes culturels ont disparu ou ont été assimilés ou encore sont partis ailleurs, mais ils ont laissé des traces dans la toponymie du Caucase du Nord-Ouest. Ainsi, le nom de la rivière Pchich, affluent du Kouban, a gardé, apparemment, le souvenir d’une communauté adyghée "Pses" [54, p.114-115]. Des toponymes comme "Abdzekhekhabl" (la stanitza Abzakhskaïa), "Abdzakhe Kouchkh" (la montagne des Abzakhs), non loin de Goriatchï Klutch, "Abdzakheme yaouachkh" (le tumulus des Abzakhs), au sud-ouest de l'aoul Vatchepchï [54, p.6] donnent des indications du lieu où, à un certain moment, a vécu une des nombreuses tribus. "Natoukhasko kouliadj" (la vallée des Natoukhays) indique l'endroit où vécut autrefois une des nombreuses sociétés des Natoukhays [54, p.88]. Le nom de la stanitza Besleneïevskaïa, sur un affluent de la Laba, le Khodz, rappelle un lieu où s’étaient établis les Besleneys dans le passé. Dans la péninsule de Taman vivaient autrefois les Khytyks, mot dérivé de Khytykou, où "khy" signifie la "mer", et "tykou" le "bosquet". Les Ottomans les appelaient "Adalés" - les insulaires [54, p.134]. L'exemple de la transmigration d'un des groupes adyghés importants, les Bjedougs, est typique. Ils se divisaient en deux communautés: le groupe occidental - les Khamychs, et le groupe oriental - les Tchertcheneys. Selon toute probabilité, les Bjedougs ont d'abord vécu sur les bords de la rivière Matsesta, d'où ils ont déménagé au XVIIe siècle vers 12

la côte caucasienne de la mer Noire, dans la région de la rivière Dagomys. De là, en deux vagues, ils se sont rendus vers les pentes du nord du Caucase et vers les bords du Psekoups, dans la région de l’actuelle Goriatchï Klutch, les Khamychs, à la charnière du XVe et du XVIe siècle, et les Tchertcheneys après 1666. Un peu plus tard, au XVIIIe siècle, ils ont été repoussés de là par les Abzakhs vers le bord du Kouban [25, p.121-122]. Le processus constant du déplacement de la population adyghée conduisait à des conflits perpétuels, à plus ou moins grande échelle, comme on l'a vu dans l'exemple des Bjedougs (Abzakhs). Le conflit entre les Bjedougs d'une part, les Chapsougs et les Jans d’autre part, était parmi les conflits importants et constants. On en trouve un écho dans quelques variantes des légendes et dans la toponymie. Voici une de ces variantes : "Souvent, un des princes bjedough accomplissait des razzias sur les terres chapsoughes, mais il revenait après une défaite. Dans l'une des dernières batailles, il s'est même retrouvé en captivité chez les Chapsougs. Et le prince bjedough a juré de ne pas attaquer les Chapsougs, en franchissant la rivière Touapsé (la Touapsé était alors la rivière frontalière entre deux tribus). Après un tel serment, les Chapsougs ont cru être libérés de lui. Cependant le prince ne s'est pas calmé. Ayant réuni de nombreuses personnes, il s'est lancé de nouveau contre les Chapsougs. Mais puisqu’il avait juré de ne pas franchir la rivière, il a été obligé de contourner les sources pour entrer dans la terre des Chapsougs. Pendant l’expédition, à un grand tournant, l'araba dans laquelle il voyageait s'est soudain renversée. Le prince a eu de sérieuses contusions. Il en a pleuré de dépit. Le prince malchanceux était obligé de revenir à la maison. L’endroit où il s'est renversé et a pleuré, a été nommé par le peuple !" le "prince", #$%#$"' "forcer à !"#$%#$"&-I. pleurer", &I% la "place". "La place où on a forcé le prince à 13

pleurer", c’est-à-dire la vallée supérieure de la rivière Touapsé" [54, p.112]. Les légendes ont conservé des échos de la lutte entre les Chapsougs et les Gouïtkh [4, p.240]. Ordinairement, il y avait un processus d’assimilation de certaines tribus par les autres dans les zones de contact. Ainsi, les Abzakhs, qui ont repoussé les Bjedougs vers le Kouban, ont subi une assimilation partielle [4, p.239], et les Makhochs "ont fusionné complètement avec les Kabardes du Kouban, les Témirgoys et les Tcherkesses de la Karatchaïevo-Tcherkessie " [4, p.244]. L'assimilation avait lieu non seulement entre les clans adyghés, mais encore entre les Adyghés et d'autres cultures, et, en général, les Adyghés assimilaient les autres. L'assimilation des Tcherkesso-Hays (Hay-l’Armènien-V.G.) par les Adyghés se prolongeait activement : "Les Arméniens avaient adopté le costume et l'équipement tcherkesses complets et l'ont conservé depuis lors". Ils "avaient fait leurs la langue, les coutumes et les danses de leurs voisins" [4, p.40]. Le processus complexe de la résistance à l'assimilation grâce à l'endogamie dans le milieu des Tcherkesso-Hays, à nos yeux, s’est reflété dans la légende "Histoire de la belle (Ah) Tamara et du jeune homme circassien", rapportée par Charachidzé dans son article "Une légende arménienne en oubykh" [14, p.37-39]. Mais malgré l’interdiction de l’exogamie, les mariages mixtes étaient fréquents entre les Arméniens et les Tcherkesses ; on en trouve un témoignage dans les noms des Tcherkesso-Hays. Selon les données du milieu du XIXe siècle, la plupart des Tcherkesso-Hays avaient gardé les noms arméniens, les autres avaient gardé les noms adyghés ou avaient pris des noms mixtes adygho-arméniens [14, p.43]. Ce sont les traces évidentes des mariages mixtes.

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Mais l'endogamie diminuait et avec le remplacement graduel des coutumes arméniennes par celles des Adyghés, les Arméniens se transformaient de plus en plus en groupe adyghé qui a gardé seulement la mémoire historique de son origine et sa religion. Parmi les Arméniens qui avaient déménagé dans le Caucase du Nord-Ouest au Xe et au XIe siècle s'installaient de nouvelles vagues d’émigrants, qui faisaient partie du processus de transformation en Tcherkesso-Hays. Une grande transmigration a eu lieu au XVe siècle, après la conquête de la Crimée par les Ottomans en 1475. Le fait que des Arméniens se soient installés parmi les Adyghés a joué un rôle de premier plan car les rites chrétiens étaient forts parmi les Adyghés. Les établissements des Tcherkesso-Hays étaient dispersés dans tout le Caucase du Nord-Ouest parmi les diverses groupes culturels adyghés : les Chapsougs, entre les rivières Afips et Abine, les Natoukhays, dans la région d’Anapa, dans les villages de Khadjikhabl, Enem, Chokon, Psekoups. Un des grands centres, Ghiaourkhable, se trouvait sur la rivière Belaïa. À côté, il y avait des établissements arméniens, Yegheroukhay et Khatoukay [64, p.20]. Un village disparu des Tcherkesso-Hays est connu par le témoignage d’un toponyme " !"#$ %&' ()'%I#!", qui est traduit comme "la place où les Arméniens se procurent l'eau ". Cette place se trouve sur le fleuve Kouban, non loin de l'aoul Edepsoukay [54, p.134]. Une partie des Arméniens se trouvait en milieu oubykh [14, p.45], ce qui a conduit au remplacement des coutumes arméniennes par des coutumes oubykhs. Il était impossible que l'assimilation des Arméniens par les Adyghés et les Oubykhs et leur transformation en Tcherkesso-Hays et Oubykho-Hays ne laissent pas une trace dans les langues. Mais ce processus était inégal entre les langues adyghées et arménienne. Avec les conditions de la vie des Tcherkesso-Hays, plongés dans un environnement 15

totalement adyghé, la langue adyghée a évincé entièrement l’arménien, tout en ayant fait des emprunts particuliers à l’arménien : "(…) en adyghé, Aps, "la soupière en bois", en chapsough Ap’se - de l’arménien ap’s( "l'assiette"; en adyghé, )$*+,, en oubykh, )-$*. "la croix" de l’arménien -*/ "khatch" [12, p.8]. Dans différentes régions du Caucase du Nord-Ouest vivaient des Grecs, exposés à une forte influence adyghée, de même que les Tcherkesso-Hays. Ainsi, parmi les Besleneys, vivaient les descendants des Chogens, i.e. les prêtres grecs, qui s'étaient parfaitement adaptés à l'environnement montagnard et jouissaient d’un grand respect chez les Adyghés [82, p.50]. Leur assimilation dans le milieu adyghé rappelait le processus de transformation des Arméniens en Tcherkesso-Hays. Graduellement, les Grecs ont integré les coutumes des Adyghés, gardant la religion chrétienne jusqu’au XVIIIe siècle. C'est pourquoi nous avons tout à fait le droit de les appeler Tcherkesso-Grecs. On peut supposer qu’un processus identique s’est produit avec les habitants de langue slave du Caucase du Nord-Ouest qui se trouvaient en contact étroit avec les Adyghés. Ils sont devenus Caucasiens et Tcherkesses de la même façon que les Arméniens et les Grecs se sont transformés en TcherkessoHays et en Tcherkesso-Grecs. Les Slavo-Russes, adoptant graduellement la manière de vivre caucasienne, plus précisement les coutumes adyghées, se transformaient petit à petit en Tcherkesso-Russes, connus dans les sources comme les Tcherkass. Il nous semble, par analogie, connaissant le processus de transformation de plusieurs ethnies en Caucasiens, en particulier celui des Tcherkesso-Hays et celui des Tcherkesso-Grecs, ainsi que celui des Juifs montagnards (les Tates), qu’un processus analogue d'assimilation s’est déroulé avec les Slavo-Russes. De leur passé, ils avaient gardé seulement la religion et la langue. Cette hypothèse est confortée par la confusion constante dans les sources entre les 16

Tcherkesses et les Tcherkass, ainsi que par la mention de la résidence parmi les Adyghés des chrétiens de langue slave: Voici comment Herberstein l'exprime : "Si on veut se diriger vers le sud, près des marais des Méotes (la mer d'Azov) et du Pont (la mer Noire), près du fleuve Kuba (le Kouban) qui tombe dans les marais (…) il y a des montagnes où habitent les Tcherkesses. Rassurés par l'inaccessibilité des montagnes, ils ne se soumettent ni aux Turcs, ni aux Tatars (aux Criméens). Cependant les Russes témoignent qu'ils sont chrétiens, qu’ils vivent selon leurs lois, qu’ils sont proches des Grecs par la foi et les rites et qu’ils célèbrent l'office dans la langue slave en usage chez eux". Vinogradov pense que "cette source reflétait juste un fait extraordinairement important et réel de la communauté russo-"tcherkesse", indécomposable à l'époque de la naissance des Cosaques libres sur les bords du Kouban et de ses affluents " [82, p.70]. Les Abazas installés parmi les Adyghés subirent aussi une certaine assimilation, moindre que celle des Tcherkesso-Hays et des Tcherkesso-Grecs. L'assimilation n’a probablement touché qu’une partie des tribus rencontrées au XVe et au XVIIe siècle, sur la route du lent déplacement des Adyghés vers le sud-est. Les Abazas se divisaient en deux grandes groupes culturels - Tapanta et Chkaraoua - et pour les clans plus restreints, connus en général selon les noms des dirigeants: Loo, Biberdi, Djantemir, etc. [40, p.277, 298]. Ils se sont établis définitivement dans les vallées supérieures des rivières : la Laba, l’Ouroup, le Grand et le Petit Zelentchouk et le bassin de la Kouma supérieure. Ainsi, par exemple, le nom de la stanitza Barakaïevskaïa rappelle l'établissement d’une des tribus des Abazas, 0%1%)$*2 sur la rivière Goubs (cours supérieur de la Laba). Probablement, une certaine partie de ces Abazas a subi l'assimilation adyghée.

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Dans la zone de contact des Adyghés et des Abazas, une certaine partie de la population était bilingue. Les Bjedougs, par exemple, parlaient en adyghé et en abaza. La partie des Abazas qui était en contact constamment avec les Kabardes parlait en kabarde [40, p.490]. Sur le territoire frontalier entre le Caucase du Nord-Ouest et le Caucase central se déplacaient les Karatchaïs (Balkars), les Kabardes et les Svanes. Dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, ou au début du XVIIIe siècle, eut lieu un important événement : des Karatchaïs se sont séparés de leur groupe culturel et, des hauts de la gorge de Baksan (Caucase central), ont déménagé dans le Caucase du Nord-Ouest vers la vallée supérieure du Kouban. Selon un certain point de vue, ils auraient vécu là plus tôt, dans la première moitié du XVIIe siècle. Il est possible qu’une partie des Karatchaïs ait déjà peuplé le Haut-Kouban et qu’une autre partie ait encore vécu dans la gorge de Baksan [81, p.94-96; 40, p.277; 25, p.50, 123-124]. Il serait vraiment important pour nous, qu'au moins vers le début du XVIIIe siècle, les Karatchaïs aient déjà été établis sur le territoire du Caucase du Nord-Ouest C’était une partition de l’entité culturelle karatchaï (balkar) comme celle qui a eu lieu chez les Adyghés, quand les Kabardes se sont séparés de leur groupe principal et sont partis pour l’est. Le même événement s’est produit pour les Karatchaïs (Balkars). Mais les Karatchaïs ne sont pas partis pour l’est mais pour l’ouest et sont devenus un composant de l'histoire du Caucase du N.-O. où ils sont entrés en contact avec les Adyghés occidentaux. Les Balkars restèrent dans le Caucase central et leur histoire resta liée aux Kabardes et aux Ossètes. Du côté de la steppe, la population caucasienne était en contact avec la population qui, jusqu'au XVIIIe siècle, était restée maître des steppes entre la mer Noire et la mer Caspienne, les Nogays. Ce sont justement eux qui, avec les Tatars de Crimée, ont apporté la plus grande contribution à la 18

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