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AXEL HONNETH
CE QUE SOCIAL VEUT DIRE I.Le déchirement du social
G A L L I M A R D
D U M Ê M E A U T E U R
LA LUTTE POUR LA RECONNAISSANCE, Le Cerf, 2000 ; rééd. Galli-mard, Folio Essais, n° 576. LA SOCIÉTÉ DU MÉPRIS. Vers une nouvelle théorie critique, La Décou-verte, 2006 ; nouv. éd. La Découverte poche, 2008. LA RÉIFICATION. Petit traité de Théorie critique, Gallimard, coll. NRF Essais, 2007. LES PATHOLOGIES DE LA LIBERTÉ. Une réactualisation de laPhiloso-phie du droitde Hegel, La Découverte, 2008. UN MONDE DE DÉCHIREMENTS, La Découverte, 2013.
Axel Honneth
Ce que social veut dire
I. Le déchirement du social
Traduit de l’allemand par Pierre Rusch
Ouvrage traduit avec le concours du Centre national du livre
Gallimard
Ce que social veut direest un ouvrage en deux volumes (tome I :Le déchirement du social2 :; tome Les pathologies de la raison) com-posé pour le lectorat français. Les textes qui en constituent les chapitres ordonnés, en accord avec l’auteur, sont extraits de trois ouvrages d’Axel Honneth :Die zerris-sene Welt des Sozialen. Sozialphilosophische Aufsätze, 1990, deuxième édition, 1999 ;Pathologien der Vernunft. Geschichte und Gegenwart der Kritischen Theorie, 2007 etDas Ich im Wir. Studien zur Anerken-nungstheorie, 2010. Ces trois ouvrages ont paru aux Éditions Suhrkamp, Francfort-sur-le-Main/Berlin. Le chapitre II est extrait de l’ouvrage du même auteur,Stationen einer Theorie der Intersubjektivität, Suhrkamp, 2003.
Honneth, Axel (1949-) Philosophie : philosophie politique ; Théorie critique ; contrat social ; individu ; reconnaissance intersubjective.
© Suhrkamp Verlag, 1990 & 1999 ; 2007 ; 2010. © Éditions Gallimard, 2013, pour l’édition française.
Introduction à l’édition française
C E Q U E S O C I A L V E U T D I R E
Parvenu à un stade avancé de son évolution intellec-tuelle, tout auteur connaît inévitablement un moment où il commence à s’interroger sur les voies par lesquelles il a dégagé le noyau théorique de ses conceptions. Il est vrai que, dans un tel retour individuel sur son propre parcours, il se trouve constamment exposé au risque d’autostylisation et d’auto-aveuglement, car il lui manque la perspective complémentaire d’un interlocuteur sus-ceptible de lui signaler telle ou telle influence oubliée ou indésirée, et de combattre généralement sa tendance à introduire dans son développement une continuité fic-tive. Il n’est pas non plus exclu qu’en l’absence d’une telle instance correctrice, notreamour propren’ait trop beau jeu à nous faire prendre une idée empruntée pour une découverte personnelle. Si, malgré ces réserves, j’essaie dans les pages suivantes de faire le point sur mon évo-lution théorique durant ces deux dernières décennies, c’est d’abord parce que mon éditeur et ami français, Éric Vigne, m’a prié de donner aux lecteurs de ces deux volu-mes une vision d’ensemble des problématiques qui y sont traitées. À une telle forme de justification publique de mon évolution intellectuelle, j’associe cependant aussi
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Ce que social veut dire
l’espoir que la rencontre anticipée avec un public critique m’obligera secrètement à tout faire pour éviter les illu-sions dont il était question plus haut. Quelle qu’en soit l’issue, je suis d’ores et déjà doublement redevable à Éric Vigne : d’une part, pour avoir pris le risque de publier dans sa prestigieuse collection deux volumes composés d’articles dispersés, d’autre part pour m’avoir par ses amicales instances convaincu de rédiger cette introduc-tion dans laquelle j’entreprends, sous l’œil vigilant d’un public de lecteurs, de me rendre compte à moi-même de mon évolution intellectuelle. Les articles rassemblés dans ces deux volumes pro-viennent pour la plupart de l’époque qui suivit la publica-1 tion de mon livreLa Lutte pour la reconnaissance, ils illustrent donc le chemin théorique que j’ai parcouru au cours des vingt dernières années pour corriger, appro-fondir, élargir mon approche initiale. Alors que le pre-mier volume (Le Déchirement du social) ne rassemble que des contributions dans lesquelles j’essaie, à travers la confrontation avec des auteurs classiques ou contem-porains, de clarifier mes idées sur les caractères constitu-tifs de la « lutte » sociale pour la « reconnaissance », le second (Les Pathologies de la raison) contient pour l’essentiel des articles qui visent à appliquer la théorie de la reconnaissance au vaste domaine du diagnostic des injustices et des pathologies sociales. Bien que ces deux aspects de mon évolution théorique ne se soient certai-nement pas développés indépendamment l’un de l’autre, qu’ils se soient au contraire toujours chevauchés et
1. Axel Honneth,La Lutte pour la reconnaissance, trad. Pierre Rusch, Paris, Éditions du Cerf, 2000 (rééd. Gallimard, Folio essais, 2013). [L’édition allemande originale est de 1992. (N. d. T.)]