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CENTRE INTERNATIONAL DE L'ENFANCE

De
280 pages
Pendant presque un demi-siècle, le Centre International de l'Enfance a œuvré dans le domaine de la formation, l'information et la recherche en pédiatrie sociale. En plus de l'histoire de sa création, ce livre présente quelques aspects des travaux accomplis par le Centre. Ce recueil rassemble quelques études et publications, telles que les ont vécues un certain nombre de ses acteurs. Les thèmes de l'enseignement, les vaccinations, l'alimentation et la documentation sont particulièrement privilégiés.
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Le Chateau de longchamp

, Colette FILLASTRE, Nicole GUERIN
( (~(){lrd.inatrices)

L'Harmattan

@ L'Harmattan,

2000

5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France L'Harmattan, Inc. 55, rue Saint-Jacques, Montréal (Qe) Canada H2Y lK9

L'Harmattan, ltalia s.r.l. Via Bava 37 10124 Torino L'Harmattan, Hongrie
Hargita u~" 3 1026 Budapest

ISBN: 2-7475~0245-7

LE CHATEA'U

DE LONGCHAMP

CE,NTRE INTERNATIONAL DE t:ENFANCE Mémoires

1- Robert Debré: mon père

2- Préface
3- Avant propos 4- Historique - 1. du site de Longchamp - 2. du Centre international de l'Enfance 5- Activités de formation au CIE 6- Recherches sociales et médico-sociales - l,Enquête sur la croissance de l'enfant - 2 Alimentation, Nutrition, l'approche du problème au CIE - 3 Les activités du CIE dans les pays sous-équipés 7 Tuberculose et BCG - 1. Station Pilote BCG - 2. Laboratoires - 3. Enseignements 8 Vaccinations multiples du nourrisson

Mme le Docteur Claude Monod-Broca Professeur Pène Dr Colette Fillastre

Brigitte Diaz, Dr Nicole Guérîn Dr Colette Fillastre Oackie Noël, Claude Hallouin) Dr Michel Péchevis
Dr Marie Paule Roy, Pr Michel Sempé

Dr Nicole Guérin
Pr Jean Sénécal Dr Colette Fillastre

Dr N Guérin, Dr Colette Fillastre
Dr Stéphane Tessier Denise Parise

- Station Pilote Epidémiologique 9 Enfants des rues et jeunes en difficultés 10 Documentation et Publications
- 1. Centre de Documentation
- 2. Informatisation du Centre de documentation - 3. Lexique du Centre de Documentation Il Les Publications

Nadine Hirtzmann Nadine Hirtzmann

- 1.Les analyses

bibliographiques du " Courrier"

Pr Paupe et Pr Couvreur

en Milieu Tropical, Bulletins bibliographiques 12- Portraits - 1 Eugène Aujaleu - 2 Etienne Berthet - 3 Raymond Mande

- 2. Enfant

Nicole Guérin
Dr Colette Fillastre Dr Colette Fillastre Dr Colette Fillastre

3

-4

Nathalie

Masse

- 5 Ika Paul-Pont - 6 Pierre Royer - 7 Paul Vésin 13- Les amis du CIE 14- Souvenirs

Dr René Triau, Lucette Majer, Hélène Gratiot-Alphandéry Dr Colette Fillastre Dr Colette Fillastre Dr Colette Fillastre Dr Simone Dormont

- Lavie au châteaude Longchamp - Lepatron - Lesdeuxamis

Dr ColetteFillastre Dr ColetteFillastre H Gratiot-Alphandéry

15 Quelques témoignages d'amis et collaborateurs du CIE 1 Claude Chevalier-Prandi 2 Lettre de Roberto Cooper 3 Lettre de Régine Lambert 4 Paulo Carneiro 16 La fin du CIE 1 Pourquoi a...t-onassaassinéle CIE Pr Jean-Pierre Deschamps 2 Lettre à la rédaction du Pédiatre Pr Michel Sempé 3 Brève chronique d'une mort annoncée PrOlivier Jeanneret, 17 Conclusions Pr Henri Dupin, Dr Nicole Guérin Annexe - Liste des publications

4

~merciementJ

Nous savons bien que, dans ces quelques pages, nous ne pouvons rapporter tout ce qui a été réalisé pendant presque 50 ans au C.LE. Les fondateurs, beaucoup de responsables ont disparu. Certains "anciens" ont accepté de participer, d'écrire, d'autres n'ont pas pu (ou voulu) participer à ce travail de mémoire... Nos remerciements vont tout particulièrement Mesdames: à:

Claude MONOD-BROCA, Brigitte DIAZ, Simone DORMONT, H. GRATIOT-ALPHANDERY, Nadine HIRTZMANN, Régine LAMBERT, Lucette MALET, Denise PARISE, Claude PRANDI-CHEVALIER, Marie-Paule ROY.

Messieurs: Jacques COUVREUR, Henri DUPIN, Michel PECHEVIS, Michel SEMPE, Jena SENECAL, Stéphane TESSIER, René TRIAU qui ont bien voulu écrire. Un merci tout particulier pour leurs documents, photographies, encouragements et aide matérielle à Claude HALLOUIN, Charles MERIEUX, Jackie NOËL, René TRIAU. Merci à mon amie Christine CALAMY qui a assuré le secrétariat.

5

~hert

DEBRÉ .. fondateur
~

Dr Claude MONOD

BROCA

Au moment où paraît ce livre, le Centre International pl us.

de l'Enfance (CIE) n'existe

La lutte aéré rude pour essayer de le maintenir mais on voulait sa disparition. C'est chose faite. Le château de Longchamp, dans le bois de Boulogne, qui fut pendant cinquante ans son siège, est vide. près de

Et pourtant, le Centre International de l'Enfance était une des réalisations dont mon père, Robert DEBRÉ, était le plus fier. C'est au château de Longchamp que lui fut remise son épée lorsqu'il fut élu à

l'Académie des Sciences. Comme s'il avait voulu montrer par là quec' était la création du CIE qui lui permettait de prérendre à devenir "immortel". C'est au château de Longchamp qu'il continua jusqu'au terme de sa vie à venir travailler lorsque son grand âge l'obligea à abandonner ses autres activités. C'est au château de Longchamp enfin que, conscien ts de cet attachement de mon père au CIE, nous flmes une halte sur le chemin qui lcconduisir à sa dernière demeure en Touraine. Les négociationsavaienr été longues et laborieuses. Mon père nous racontait les luttes qu'il menait d'une part pour créer ce Centre International et d'autre part pour riUlplanrer en France. Mais il était convaincu que la France avait le devoir de s'occuper de la santé des enfants des pays déshérités et de former dans ce bur des pédiatres et tout un personnel médical dans ces pays mêmes. Le gouvernement français lui fut rapidenlcnt favorable rnais il fallut toute la proverbiale énergie et la persévérance de mon père pour emporrer l'adhésion des Instances Internationales.

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Le projet adopté, il lui fallut trouver un lieu où installer ce centre. Sa satisfaction fut grande lorsque la Ville de Paris mit à sa disposition ce château de Longchamp dont la construction était.à peine terminée et qui nécessitait de nombreux travaux d'aménagement. Alors, avec toute une équipe qui se passionne pour ce travail, il put venir en aide avant tout aux pays d'Afrique Noire et d'Amérique Latine mais aussi du Moyen-Orient et du Sud-Est Asiatique.. Il fut bientôt connu des pédiatres de toutes ces contrées, reçu par les chefs d'état heureux de le voir arriver.. car mon père fut un grand voyageur. Par sa présence et son action, il contribuait, bien plus qu'on ne l'imagine, à la renommée de la France. Plusieurs fois, raccompagnais mon père lors de ses voyages.

Une année, nous Rmes une tournée en Mrique. Il avait 90 ans mais rien ne l'arrêtait. Le Président de la Côte d'Ivoire, Monsieur HOUPHOUET-BOIGNY avait mis son avion personnel à sa disposition. Nous allâmes successivement au Niger, en Haute Volta (aujourd'hui Burkina Faso), en Côte d'Ivoire, au Dahomey (Bénin), au Togo... J'ai pu voir comme il était attendu des médecins soit africains, soit français résidant là-bas. Ils lui montraient avec tristesse l'état de leurs hôpitaux (je n'oublie pas la vue des étagères d'un dispensaire entièrement vides de médicaments) mais aussi fiers d'avoir bien appliqué ce qu'ils avaient appris à Paris, au CIE. D'autres organismes français et internationaux contribuent certes à améliorer la situation de la santé publique dans ces pays mais le Centre International de l'Enfance y jouait un rôle important et a droit à leur reconnaissance. Sur la tombe de mon père une plaque de marbre en fait foi. Il est écrit:

ENFANTS ET MERES D'AFRIQUE NOIRE

AU
PROFESSEUR R. DEBRÉ

Pour que l'oeuvre du CIE ne soit pas oubliée Madame FILLASTRE, qui l'a connu dès sa fondation, a eu l'idée de ce livre de mémoire. Qu'elle en soit remerciée ainsi que tous ceux qui ont contribué à le réaliser.

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Préface
Pr Pie"t PENE Membre de l'Académie Nationale de Médecine

Ce livre est un livre de mémoire. Il a été coordonné par Mme le Docteur Colette Fillastre. Les différents auteurs ont rappelé ce que fut le Centre International de l'Enfance pendant ces 50 dernières années. Le CIE a été créé, par le Professeur Robert Debré, quelques années après la deuxième guerre mondiale (1949). Cette Fondation d'utilité publique a eu le mérite de développer à travers le monde et particulièrement dans les pays en développement des zones tropicales et intertropicales, les concepts et pratiques de la pédiatrie sociale et de la santé communautaire chers à Monsieur Robert Debré. Des hommes et des femmes de très grande qualité ont ainsi apporté leur compétence, leur travail, leur enthousiasme à cette œuvre remarquable. Les actions conduites sur le terrain par le CIE ont été essentiellement consacrées au développement de la vaccination par le BCG, aux vaccinations multiples du nouveau-né, et à la mise en place de politiques nutritionnelles les plus appropriées pour lutter contre le kwashiorkor. On doit au CIE d'avoir également conduit d'importantes croissance de l'enfant. études sur les courbes de

Le CIE a, par ailleurs, mis en place une politique éducative performante à l'intention des médecins et des professionnels de la santé des pays en développement, et ce grâce à l'organisation d'enseignement de pédiatrie sociale tant dans ses locaux à Paris au Château de Longchamp que dans de très nombreux pays. Le Château de Longchamp, siège du CIE, a été sous l'autorité de ses directeurs successifs, un haut lieu de communication et d'échanges entre les responsables des

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services du Centre et les très nombreux stagiaires venus apprendre à mieux préserver la santé des enfants.

nonlhrct..fJ{

pour

l:Enfant en milieû tropical, dont les 6 numéros annuels étaient diffusés à 10 000 exemplaires,fut pendant toutes ces années)le trait d'union de la pédiatrie à travers le monde. Enfin le Centre de documentation du Château de Longchamp, d'une exceptionnelle richesse, fut la bibliothèque de référence la pédiatrie sociale.

10

Avant

PropOJ

Pourquoi ce livre?
Le Centre International de l'Enfance a été créé en 1949,à l'initiative des professeurs Robert DEBRÉ et Ludwig RA]CHMAN. Emanation conjointe du gouvernement français et des Nations Unies, il avait pour objectifs principaux de favoriser dans les divers pays du monde, l'étude des problèmes de santé de l'enfant, et de contribuer à la formation ou au perfectionnement de personnels s'intéressant à la santé des enfants. Recherches appliquées, formation des personnels, diffusion de la documentation, dans tous les pays, à tous les niveaux, relevaient de ses missions. Alors que le CIE allait fêter ses SO anS1sa disparition, progralnmée et annoncée, ne peut être passée sous silence. Ses travaux ne doivent pas disparaître et ce livre voudrait être la "mémoire" du CIE, afin que tous, et en particulier les organisations "humanitaires", sachent bien le travail qui a été fait, et comprennent tout ce qui reste à faire pour que tous les enfants du monde puissent bénéficier au mieux des découvertes à venir sans dommages et sans dépenses inutiles.

Deuxième Pourquoi. Pourquoi, Colette FILLASTRE ?
Pour deux raisons:
_

Seul chef de service survivant ayant travaillé pendant 25 ans aux côtés de Robert

DEBRÉ (33 ans au CIE, et 36 ans aux côtés de Raymond ?vIANDE). _ Pour se faire pardonner une promesse faite à Robert DEBRÉ ayant dû prendre une retraite anticipée en 1986 ; mais elle partait tranquille, laissant le service à Nicole GUÉRIN, qui, bien sûr, collabore activement à ces "mémoires". Nous savons que ce livre ne sera qut un pâle reflet de la vie au château de Longchamp pendant toutes ces années. A peine plus de 300 salariés en 50 ans (nous avons été au maximum 94 en service une année) ont accueilli des dizaines des milliers de boursiers,

Il

lecteurs, élèves, visiteurs, chercheurs, médecins ou sageswfemmes, innrnliers, enseignants, etc... tous préoccupés de r enfant dans le monde.

ou

Ce livre raconte une partie de la vie du Centre (en particulier celle des vaccinations) et coordonne les mémoires de tous ceux qui ont bien voulu écrire ttleurs condoléances après le faire-part de l'assassinat du CIE".

]2

HiJloire

Ju Jile Je Iongchamp

Documents recueillis et commentés par Brigitte DIAZ

Le site de Longchamp est en quelque sorte un microcosme de la vie religieuse, artistique et mondaine de la France depuis le XIIIe siècle. Au cours de ces sept derniers siècles, cet endroit a été successivement:

. .
.

. .

Une abbaye royale du XIIIe siècle jusqu'à la révolution; Un haut lieu de la vie musicale et mondaine au XVIIIe siècle;

Une résidence d'été pour les préfets de la Seine, sous le second Empire; Une demeure pour de grands hommes d'affaires au début du XXe siècle; Un centre de coopération internationale après la seconde guerre mondiale.

Les origines A l' origine, Longchamp fait partie de la forêt de Rouvray, laquelle forme un vaste massif marécageux dominant la Seine. Rouvray vient de robur, chêne-rouvre en latin. Le chêne en est l'essence dominante. Le mérovingien Chilpéric offre cette forêt à l'abbaye de Saint Denis qui la rend à la Couronne sous Philippe-Auguste (XIIe siècle). Elle sera ensuite défrichée, cultivée et exploitée pour le bois de chauffage et de construction. Elle devient une chasse royale. Louis XIII y chasse le loup et jusqu'à Charles X, tous les souverains forcent le cerf près de Longchamp.

La fondation de l'abbaye
[abbaye de Longchamp est d'origine royale. Saint Louis, en 1255, détache de la forêt de Rouvray une longue plaine pour sa fondarion. Cette. plaine est située en face de
Suresnes, petit village de vignerons situé sur r autre rive de la Seine. Le nom de Longchamp vient de "longus campus" longue plaine en latin. Un chroniqueur de l'époque décrit le site ainsi:

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'11prend son nom de sa longue planure, Mollement Longchamp assis dans le fond de la vallée était dans la plus belle position désert et écarté, et pour cette cause, sujet à d'infinis . . savoir de coupe-gueule. " Herbeuse, auprès de coteaux boisés (..) Désirable pour une maison de solitude ( . .) Vrai est que cet endroit profondément meurtres et brigandages aVt'lit alors un fort triste surnom.

C'est la sœur de Saint Louis, Isabelle de France qui fonde l'abbaye.

EUe avait écrit à

Hemeric, le chancelier de Notre-Dame:

'Je veux assurermon salut ,par quelque pieusefondation. Le roi Louis L'X m'octroie 30 000 livresparisis; dois-je établir un couvent ou un hôpital?"
Le choix porte sur le couvent...

monfrère

En 1255, le Roi fait donc acheter au lieu dit "l'Oranger" quatre arpents de terre. Ce domaine s'agrandira au long des années. Lannée suivante, saint Louis pose la première pierre de l'.abbaye.

La légende
donnant

veut que trois colombesblanchesaient survolé ce lieu lors de la cérémonie
la bénédiction de la sainte Trinité.

ainsi à la fondation

Les bâtiments

de l'abbaye

Labbaye est construite à partir de pierre extraite à Chaillot; elle est achevée en 1260. Son nom est "LHumilité de Longchamp If. Sa devise, inscrite au-dessus du portail était: "Mon titre est l'humilité Titre à qui l'orgueilfait honte o l'heur de cette vileté Qui n'estpas bas,jamais ne monte''. On construit d' abord l'église et un bâtiment claustral, puis, au XIVe et XVe siècle, trois ailes pour accueillir un plus grand nombre de religieuses. Un chroniqueur du XVIIIe siècle décrit l'abbaye ainsi: "Le monastère était un bâtiment long, percé de petites fenêtres d'égales dimensions sur un étage élevé. Le toit était hallt et percé de lucarnes qui appartenaient aux greniers. L'église estd'un beau stylegothique, avec de longu.es fenêtresogit1ales, dites lancettes. Ses contreforts, sesarc-boutants sont élégants, laflèche est hardie, l'ensemble est en forme de croix. Un des bras communiquait avec le bâtiment claustral et l'autre avec l'entrée de l'abbaye par une cour. Cette entrée se composait d'une grossetour et d'une salle spacieuse qui servit d'abord de parloir. Ces bâtiments furent entourés d'une double muraille. Entre ces deux murs s'étendait un jardin bien cultivé, plein de beaux ombrages et de grands treillis. Le mur extérieur était soutenu par les contreforts. La porte d'aspect monumental était flanquée d'une tourelle, qui donnait à l'abbaye l'aspect d'une résidencepodale

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Autour

de l'abbaye,

quelques

maisons

commencent

à former un petit

Le village prend le nom de Longchamp d'Auteuil puis/en

dit Rouvray lès Paris. Il dépend. de la paroisse

1343) de celle des Menus (devenu Boulogtlc sous Philippe le Bel il cause

du pèlerinage de celui...ci à la Vierge de Boulognewsur-mer J.

Un bac relie le village à Suresnes. Le pont ne sera construit qu'en 1837.

La vie de l'abbaye A sa fondation, l'abbaye de Longchamp a un statut très prîvilégié par rapport à
d' autres couvents : eUe est directement SOliS)'autorité du Pape

-

et non celle du roi ou de

l'archevêque. Plus tard, après la contre~réforme) une concession du Concile de Trente permet à l'évêque de Parisd'y nommer un confesseur.Labbaye est alors sous la juridiction des FrèresMineurs de saint François. Les religieusessont gouvernées par une abbesse élue par l'ensemble des sœurs.
Les religieuses et la règle Les premières religieuses viennent de Saint Damien d'Assise à Reims. Elles ont pour titre: Sœurs incluses de l'humilité de Notre-Dame. Puis, selon le désir de saint Louis, elles deviennent Clarisses {religieuses de sainte Claire faisant partie de l'ordre des cordeliers de saint François.. Elles dépendent des Pères provinciaux de cet ordre}. Aux termes d'une bulle du pape Urbain IV, elles prennent le nom de Sœurs mineures de l'Humilité Notre Dame et ajoutent à ce nom celui de Clarisses Urbanistes de l'archi monastère de Longchamp. L'abbaye n'accueillera en moyenne qu'une quarantaine de religieuses et sera dirigée par plus de soixante abbesses depuis sa fondation jusqu'à la révolution. Elle est recherchée par les filles nobles et les femmes de haute lignée. La règle y est très rigoureuse: silence, jeûnes fréquents, confort rudimentaire, surveillance. Au commencement du XVe siècle, cette règle sera assouplie: on substitue par exemple les matelas aux paillasses et chaque religieuse a sa propre chambre. Isabelle de France, la fondatrice, habite l'une des maisons du village et se retire à l'abbaye en 1263, sans routefois prendre le voile. Pour Isabelle, fhumilité n'est pas un vain mot: elle vit très saintement, travaille beaucoup, répare les vêtements des pauvres. Elle vivra à Longchamp jusqu'à l'âge de 45 ans et sera enterrée dans l'église. Déjà célèbre par le patronage du souverain, Longchamp brille aussi grâce à la grande piété de sa fondatrice. Plus tard, en 1517, on parlera de miracles opérés sur son tombeau. Les faits étant confirmés par des docteurs en théologie, le pape Léon X place Isabelle au rang des
bienheureuses. '

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Une résidence royale La règle permet aux membres de la famille royale de résider à r abbaye. Philippe le Bel y fait de nombreux séjours. Philippe le Long, quand il y vient, habite la maison d'IsabeUe de France. Malade de la dysenterie compliquée de fièvre quarte, iJ reçoit à Longchamp la visite de l'abbé et des religieux de Saint Denis, qui viennent, pieds nus, en procession lui apporter de saintes reliques. Il y meurt le 4 janvier 1322. Blanche, sa fille, y prend le voile. La fille de saint Louis et de Marguerite de Provence, Blanche de France, veuve de l'Infant de Castille, vient vivre et mourir à Longchamp. En 1337, la fille du roi de Navarre, Jeanne, prend le voile à Longchamp: ans. :Labbaye a le droit d'enterrer les membres de la famille royale: une bulle de Clément IV en fait une sorte de "succursale" de l'abbaye de Saint-Denis. Les biens temporels Labbaye jouit de nombreux privilèges, comme par exemple le droit de tonlieu. Ce droit autorise les religieuses il percevoir un droit sur le prix de la vente de certaines denrées dans le domaine. Ainsi, les abbessesretiennent ce droit sur la vente dominicale du pain par les talmeliers. Les religieuses possèdent également un droit de coupe sur la forêt de Rouvray où elles prélèvent leur bois de chauffage; ce droit leur a été retiré par Louis XIV en échange d'une rente annuelle de 2400 livres. Outre les terres données par saint Louis, l'abbaye étendra, au long des années, ses possessions et sera, en particulier propriétaire d'une soixantaine de maisons à Paris. Les religieuses peuvent vivre à leur aise. Ce n'est qu'au début du XVIIe siècle qu'elles mettent leur fortune en commun. [abbaye ne reçoit que rarement des dons en argent: elle vit essentiellement des rentes de ses propriétés et de ses fermages. Pourtant, malgré sa richesse et les privilèges, comme l'exemption de dîmes sur les vergers, l'abbaye se bat constamment contre les difficultés financières et rares sont les années où les comptes ne sont pas déficitaires. Les abbesses doivent bien souvent aller implorer les rois de solder leurs dettes. Vers 1375, une abbesse, Jeanne de la Neuville, fait un effort particulier pour gérer le patrimoine de l'abbaye: eUe achète à bas pris des maisons pour les louer. Malgré de tels efforts, les religieuses doivent parfois gager leurs reliques ou vendre l'argenterie. Pendant l'hiver très rude 1564, si leurs familles ne leur avaient pas apporté des vivres, eUes auraient connu la famine. Les religieuses doivent soutenir beaucoup de procès pour récupérer des paiements de rentes et de baux. Leur vœu initial de charité et d'humilité n'y résiste guère... Elles s'acharnent, par exemple, pendant des années contre les pauvres habitants d'Antony qui n'ont pas les moyens de payer une redevance de 12 muids d'avoine. elle a douze

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Les premières causes du désordre financier de l'abbaye sont ,lues à l'état de guerre au milieu duquel elle se débat sans cesse. Alternativement pillée par les Anglais et les troupes de tous les partis constamment en lutte ouverte, attaquée par des aventuriers, rabbaye doit faire face à toutes sortes de dépenses pour remettre en état leur monastère; certaines abbesses utilisent même leurs propres ressources pour payer les réparations. Quand la situation devient périlleuse, les religieuses vont se réfugier à Paris, dans d'autres couvents. Les pauvres gens qui vivent autour du domaine ont moins de chance: ils sont le plus souvent volés ou massacrés. Ainsi le village qui avait commencé à se développer autour de l'abbaye disparaîtra peu à peu.

Le relâchement de la discipline
En 1590, pendant le siège de Paris, Henri IV, alors qu'il est encore protestant, prend pour maîtresse Catherine de Verdun, une jeune religieuse de Longchamp et lui donne le prieuré de Saint Louis en Vernon. Louis Dollot dans Les Abbesses de l'ancienne France écrit il propos de cette aventure, qu'après avoir séduit une religieuse de Montmartre, Henri IV distingue chez les moniales {de Longchamp] la jolie Catherine de Verdun, à qui il donnera, malgré "les ennuis" contractéspar cette brève liaison, l'abbaye de Saint Louis en \t£rnon. L'épisodesuscita une boutade savoureuse de Biron, gascon comme le roi: "Chacun dit à Paris, aurait insinué Biron, que vous auriez changé de religion': "Comment cela ?" demande le roi. Celle de Montmartre contre cellede Longchamp. ''Et Henri IV d'éclater de rire car, dans le langage du temps, le mot de religion avait aussi le sens de monastère, et l'on sait que le roi ne se reconvertira au catholicisme qu'en 1593': Comme dans la plupart des monastères à cette époque, le désordre vient souvent des vocations forcées... Le système d'élection des abbesses est une autre source de relâchement: les abbesses étaient en effet souvent obligées de faire ou d'accepter des entorses à la règle pour se faire réélire. Alors que la règle primitive voulait que la seule famille royale puisse séjourner à Longchamp, le séjour constant de confesseurs, cordeliers et séculiers, et celui de femmes de la noblesse qui viennent consulter ne peuvent que contribuer à rompre la pureté monastique. Les troubles incessants, les fréquents voyages à Paris, tant pour se mettre à l'abri que pour solliciter de l'argent, ainsi que la proximité de seigneurs qui louent les maisons du hameau ne favorisent pas le maintien de la discipline. Ainsi, pour de multiples causes, la vie à l'abbaye cesse peu à peu d)être exemplaire et les incidents se multiplient qui préparent sa déchéance. Longchamp passe ainsi progressivement de la régularité au désordre. Une requête du procureur du Roi en 1556 relate que ''tant esjours de festes que autres jours, se transportent plusieurs personnes en l'abbaye de Longchamp lesquels usant de
proposdeshonnestes, faisaient plusieurs
acclamations

scandaleuses jusqu'à vouloir entrer de

17

fivrceau

monastere "

\

.

D'après Bassompierre (cité par Louis Dollot), l'abbaye est devenue le "magasin des engins de l'armée". [église de Longchamp était une des sepr stations du jubilé. En 1584, irrité par le déà Saint Roch. A la suite par la

sordre, l'évêque

de Paris, Pierre de Gondi,

lui rerire ce titre pour le donner

Au XVIIe siècle, le relâchement

devient si notoire

que le pape s'en inquiète. une enquête

d'une supplique
François, Congrégation

d'une abbesse incriminant

les Frères Mineurs de r ordre de Saint
est demandée

sous la juridiction

desquels se rrouve l'abbaye, de PauL

des réguliers à saint Vincent

V0ici un extrait du compte-rendu monastère au renversement point fermés,.

fait en 1652

(ou 1632 ?) par saint Vincent:

'11 est

constant que depuis deux cent ans, /abonne

odeur de Jésus-Christ

a cédé la place dans ce

de l'ordre et à la corruption

des mœurs. Les parloirs ne sont

ils sont accessibles aux premier.s venus, même à des jeunes gens non parents,

que la plupart des religieuses viennent entretenir, seules et sans témoins, à l'insu de l'abbesse et souvent malgré elle. On a même remarqué, dans cesparloirs, certaines gril/es ou fenêtres contraires aux statuts touchant vierges consacrées à Jésus-Christ. éloignés de diminuer la clôture, et qui offrent des dangers imminents Les Frères Mineurs, recteurs du monastère, pour des sont bien

le mal ils l'augrnentent plutôt,.

surtout les confesseurs en venant la a été contrainte de se réfugier dans seules avec des

nuit à des heures indues s'entretenir avec les religieuses. Il est aussi constant que lorsque, pour éviter- lesfléaux de la guerre, toute la communauté

la capitale, la plupart des religieusesy ont occasionné du scandale par leur perversité en
passant des jours entiers dans les maisons et dans les chambres des particuliers, des hommes vêtements discipline pouvoir, seuls, sous prétexte de faire des visites. Plusieurs au parloir inconvenants et immodestes, el/es paraissent religieuses portent

ornées de rubans de

couleur de feu, elles ont des montres en or. Il n'y a pas de moyen plus propre à y rétablir la que d'en éloigner les Frères mineurs, de les priver de toute autorité et de tout et de soumettre les religieuses Il la juridiction
que

de l'archevêque de Paris, tant pour

le spirituel

pour le tempore/':
mondain

Un pèlerinage

Contrairement au relâchement des mœurs qui se constate dans la plupart des couvents, l'attraction mondaine et musicale exercée par Longchamp pendant la Semaine Sainte est vraiment spécifique à l'abbaye. Plusieurs circonstances contribuent depuis longtemps à entraîner les Parisiens dans les alentours: les fêtes religieuses à Longchamp ont de l'éclat. Il est de bon ton d'aller prier sur le tombeau d'Isabelle la Bienheureuse. Dès le XVe siècle, on vient entendre prêcher le carême par les Cordeliers et les aumôniers de Longchamp. En outre, il faut passer par Longchamp pour monter au Mont Valérien, habité par les ermites qui attireront les foules jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. Au XVIIe siècle, on va 'tfaireT énèbres" , c'est-à-dire suivre les offices du soir de la Semaine Sainte, à l'église de Longchamp. Le pèlerinage des trois derniers jours de la se,malne Sainte amène donc à Longchamp route la baute société parisienne.

]8

En 1715, Couperin compose pour rabbaye ses à une et à deux voix".

motets;

Avec l'arrivée de Mademoiselle Le Maure à Longchamp, vers 1735 ( la mode des longchamps devient réellement tapageuse. Cantatrice d'Opéra adulée, eHe quitte subitement le monde pour se retirer à l'abbaye. Tout Paris vient à Longchamp pour l'écouter. On l'a décrite ainsi: "C'Itait une petite femme à figure noire, traits froids et durs, mais ayant voix si pleine, si mielleuse, si bien sonnante qu'elle l'emportait sur tous les tim.bres les mieux étoffés et lesplus vibrants des grandes cantatrices italiennes, mais son caractère n avait pas la douceur de sa voix; il était aigre, acariâtre, fantasque. " En 1745, on la retrouve aux spectaclesdonnés pour le Dauphin à Versailles,où elle exige d'être conduite dans un carrossedu roi. Les spectateurs s'amoncelèrent dans l'église, allant jusqu'à s'asseoir sur les tombeaux et les autels des chapelles. On ne va plus à r office, mais au concert; on ne vienr plus se recueillir, mais se montrer. Quand Mademoiselle Le Maure quittera r abbaye pour revenir à l'Opéra vers 1740, l'abbesse perpéruera la mode en faisant venir d'autres chanteuses du chœur de l'Opéra; le prétexte des concerts spirituels sert surtout à rapporter à l'abbaye de splendides aumônes. Le défilé Je Longchamp Chaque année, c'est un tel étalage de luxe et de toilettes, parfois inconvenantes, que l'archevêque de Paris, Christophe de Beaumont, fait fermer au public les portes de l'église. Les religieuses font Ténèbres seules. Mais la coutume est prise. Le "défilé de Longchamp fi continue tout de même chaque année pendant la Semaine sainre, mais, au lieu d'entrer dans l'église, on tourne autour avec un seul butt parader. Dès lors, la promenade de Longchamp devient purement profane. Les règnes de Louis X.Ylet Louis XVI sont vraiment l'âge d'or de Longchamp. Monde et demi-monde y rivalisent de luxe insolent. En 1742, une comédienne, Mlle Le Duc se montre au défilé, couverte de diamants, dans un carrossede velours bleu brodé d'argent attelé à six chevaux nains.

Lapromenadede 1768 a pour héroïnela danseuseGuimard (surnomméepar Marmontel
fIla belle damnée 'j. Elle parait à Longchamp dans un char orné de grâces et d'amours et marqué d'un blason éloquent :un marc d'or surmonté d'une plante parasite: le gui. Une célèbre "impure'~ la Duthé, s'ypromène dans une coquille d'or et de nacre, soutenue par des tritons et des génies et tirée par des chevaux ferrés d'argent.

Au Longchampde 1780, la D.uchessedeValentinois fait sensationen arrivant dans un
carrossede porcelaine, attelé de quatre chevaux gris avec des harnais de soie écarlate brodée d'argent.

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En 1776, scandalisé, l'archevêque de Paris demande la fermeture du Bois de Boulogne pendant la Semaine Sainte, mais en vain. Les "longchampst'f ne sont pas que des défilés mondains: leur importance économique n'est pas négligeable par le nombre d'artisans, decoururières, de modistes qu'ils font travailler. Longchamp est un des endroits où l'on lance les modes vestimentaires. On crée les robes "à la Longchamp" ... On peut lire cet avis dam le journal de Paris du mardi J4 avril 1778 : "Lademoiselle Saint Quentin, marchande de modes a imaginé pour la pro.menade de Longchamp des chapeaux et bonnets" à la Ténèbre': ils sont noirs et leur guirlande est blanche. Parade mondaine, la promenade de Longchamp est aussi une fête populaire: la foule des piétons vient admirer les somptueux équipages et ceci jusqu'à la Révolution. En 1789, juste avant l'explosion révolutionnaire, satire prophétique: Du vice audacieux impudentes prêtresses Et rivalesparfois, nosplus hautes duchesses Gouvernent de Longchamp et la marche et le lieu On voit courir en foule aux sables de Longchamp Des cavaliers de tous rangs Ecrasant sanspitié Le pauvre curieux à pié Avalant la poussière et craignant la famine Le Tiers Etat modestement trottine En remarquant, non sans beaucoup de peine Notre décadence prochaine Je frémis desprogrès sans cesserenaissants De ce luxe effréné qu'entretient la noblesse... Quant à r abbaye dans cette deuxième moitié du XVIIIe: siècle, il semble que la dépravation des mœurs n'y a fait qu'empirer. Un opuscule paru en 1768 : Notes secrètes sur l'abbaïe de Longchamp, énumère des anecdotes scandaleuses: on joue des comédies dans le parloir, une des pensionnaires introduit son amant, un peintre, pour réaliser des portraits... Deux jeunes gens entrent dans le couvent, déguisés en ours et en bateleur... Quand, à partir de 1760, Diderot commence à composer sa Religieuse, on parle alors de Longchamp comme d'un couvent aux mœurs entièrement dissolues. Diderot s'en inspire pour son célèbre roman: l' origine en est en effet le drame réel de Marguerite Delamare, contrainte par sa famille à être religieuse à Longchamp, et qui avait lutté pour être relevée de ses vœux. Ce roman qui apparaît notamment comme une dénonciation des couvents sera publié en 1796, curieusement juste après la démolition de l'abbaye. une brochure satirique en fait une

Les dernières années de l'abbaye ,En 1790, en vertu de la loi révolutionnaire sur les établissements monasriques, la 20

,

communauté est dissoute. Les religieuses résistent d'abord àl)arrêtéd'expulsion et annoncent qu'elles souhaitent se consacrer. .. à r éducation des jeunes filles!Les autorités
ne tiennent pas conipte de leur avis et leurs biens sont inventoriés et vendus. Tous les objets en métal, les cloches, les grilles, le plomb des gouttières et des toits sont enlevés pour servir à la fabrication d'armements. Le 13 avril 1792, une affiche annonce la mise en vente des bâtiments de laferme, estimée à 103 000 livres. Cette ferme comprend 174 arpents de terres labourables ou prés en 12 pièces, affirmés pour neuf ans en 1786 à Pierre Mussardmoyennant 40 000 livres par an, à charge par lui notamment de rendre le colombier garni de cent pigeons. Elle tst acquise aussitôt par Guillaume Jacques d'Orey, bourgeois de Paris, au prix de 184 600 livres. Le Directoire de Saint Denis, harcelé par la Commune de Paris, se décide à expulser les religieuses de force. Le 17 septembre 1792, il se fait apporter les objets d'or et d'argent du couvent et les fait vendre. Et le 12 octobre, l' abbesse Mary-Jeanne des Anges quitte le couvent avec les dernières sœurs, après avoir remis au maire Vauthier divers objets précieux. Elles échappent à la tourmente révolutionnaire et se retrouvent plus tard aux Carmélites de la rue Cassini. Le domaine est vendu, mais l'abbaye, mise en vente en 1793 au prix de 75000 livres, ne trouve pas d'acquéreur et est démolie. Beaucoup d'objets sont dispersés ou brûlés. Les cendres des tombeaux royaux sont dispersées lors des violences anti-chrétiennes de novembre 1793... Un propriétaire des environs fait paver sa cour avec des fragments de pierres tombales provenant de l'abbaye...
Renaissance tUs "Ionpcb"",ps"

La révolution avait interrompu la Promenade de Longchamp. Mais la tourmente passée, on voit renaître sous le Directoire, le célèbre défilé alors que l'abbaye qui l'avait suscité n'existe plus. Le citoyen Chaut Icrit dans les Dlbats : Le couvent nest plus et pourtant Fidèle à l'ancienne méthode La foule aime toujours Longchamp Les citoyennes Tallien et Récamier, entre autres, se montrent à Longchamp habillées

à la grecque.. .
Inspiré par Juliette Récamier, La Houssaye déclare: une calèche découverte, Mme Récamier avec des sandales qui montraient 'Je sais bien qu'à Longchamp, dans vêtue dans le goût d'Aspasie, presque en peplum, en le pâle 'soleil de mars, le bras demi-nu

son pied sur une peau dt tigre, /es cheveux retombant

boucles sur un cou neigeux que mordait doucement une idole des temps anciens.

mais encharmé par /es camées, se laissait aimer au passage par tous les muscadins comme

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La Semaine Sainte de l'an VI (1798) est particulièrement Carême et le Carnaval et le soir du Jeudi Saint, il y a bal masqué~. ~

; on confond le

Les Incroyables ei les Merveilleuses viennent yéraJer Jeursaccoutrements. GeorgeSand peut ainsi écriredans Histoire de ma vie: "Le bois de Boulogne est charmant, il est nouvellement percé et i/ y a tous lesjours /a po/ice comme à Longchamp. C'est inconcevable de voir cela, quand nOli; sommes Il peine sortis d'une révolution où toute richessesemblait anéantie. Eh bien, il y a cent fois plus de luxe que sous l'ancien régime. Quand je me rappelle la solitude du Bois .de Boulogne en 1794 lors de 1non exil à Passy, je crois rêver de m'y trouver aujourd'hui emporté par la foule. C'est une foule d'Anglais, d'ambassadeurs étrangers, de Russes, étalant une magnificence q.ue le monde de Paris veut éclipser à son tour. Longchamp sera splendide. " La tradition des longschamps se perpétuera jusque sous le Second Empire, lorsque le nouvel hippodrome attirera l'élégante foule des grands prix ou des revues militaires.

La villa de Longchamp
Malgré l'ordre de démolition de l'abbaye, tout ne disparaît pas d'un coup: en avril 1843, il reste encore une portion du mur d'enceinte oriental, une vaste grange appuyée de contreforts paraissant remonter au XIIIe siècle. Il ne reste rien de r église ni des sculptures. Plusieurs maisons de campagnes s'élèvent dans l'enceinte. Dans un acte de vente de cette époque, l'enclosde Longchamp est décrit ainsi: une maison d'habitation~ écuries, remises,faisanderies, serre,jardin d'agrément et potagers, pièce d'eau clos et dépendances. En 1843, un érudit, M Bonnardot, visite le site et, semble-t-il, y découvre des sarcophages égyptiens ayant appartenu à Nicolas Fouquet et mystérieusement entreposésà Longchamp. En 1847, l'abbé Bossuet, alors curé de Saint Louis en /'lle et prédicateur à Suresnes, découvre, dans la maison d'un cultivateur, des morceaux de tapisseries datant du XIIIe siècle, représentant la vie de sainte Geneviève et ayant appartenu à l'abbaye. Illes fait restaurerpar les Gobelins et les conserve à Saint Louis en l'lIe. Au début du second Empire, en 1852, le Bois de Boulogne qui appartient à l'Etat, est cédé à la Ville de Paris. Le Bois est alors enrouré demurs et, comme dans toutes les grandes forêts de l'Etat, les avenues sont rectilignes pour favoriser la chasse et la surveillance. Quand il arrive à la tête de la préfecture de la Seine, Haussmann trouve que l'on y manque tld'air et vuen. (On lui reproche même de vouloir aérer le Bois !) Il comprend qu'il est nécessaîre d'annexer au Boîs toute la plaine de Longchamp. Soutenu par Napoléon III, en 1854 il décide d'établir un hippodrome (qui nécessitera de combler un bras de la Seine) et d'exproprier toute la plaine, en particulier l'enclos de l'ancienne abbaye. Le mur qui horde l'.ancien boisclu coté de la plaine de Longchamp est démoli. "n me suffoquait" écrit Haussmann. La belle grange du XIIIe siècle, qui se trouvait en bordure de la route des Moulins,

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est démolie et. on ne conserve que latfMaison Dantandndu Jlomde son dernier propriétaire, ainsi que le moulin, le colombier et une vieille tour en ruines. La vieille tour se::'trouve au fond du parc, près de la routedesl\4oulinsv être une tour de r angle nord-est du mur d'enceinte de l'abbaye. EUe pourrait

Le colombier est coiffé d'un toit conique couvert de ruiles, surmonté d'une lanterne et d'un épi de plomb. Malheureusement, au lieu de le restaurer, on le surélève (en 1858) et on le transforme en donjon, terminé par une plate.-formeavec un couronnement à créneaux et à mâchicoulis. On parvienr à son sommet par un escalier à hélice. Le moulin, dont la fondation remonte à 1312, est débarrassé des constructions qui l'environnent, et restauré. Haussmann écrit: "il était facile de faire du moulin, posé sur un terre-plein élevé, le sujet décoratif que tout le monde connaît". La maison Dantand est transformée en villa.

Haussmann écrit dans sesMémoires: "jepris les ordres de l'Empereur sur ce que je devais faire de l'habitation toute moderne et très bourgeoise qui remplaçait la demeure de tant d'augustes personnages [l'abbaye]. Sa Majesté m'ordonna de la transformer en élégante villa, dégagéede tous cotés ,. de reporter lescommuns à quelque distance, derrière un rideau de plantations ,. de clore le vastejardin anglais, pour nepas dire le parc, largement coupé de pelouses, dont il voulait voir entourer cette villa, par des cours d'eau ne permettant pas plus den discerner les limites du dedans et du dehors; et de tenir le tout à sa disposition le plus tôt possible. Quand tout fut prêt et que j'en informais le souverain, il dit, à ma grande surprise: ''Eh bien, disposez tout maintenant pour vous installer, avec votrefamille, dans cette résidence d'été que je vous destinais". En outre, la Ville prend à sa charge toutes les dépenses de mobilier et d'entretien de la villa et du parc. Et Haussmann ajoute: ... "on se tromperait beaucoup si on croyait que le séjour de ma famille à Longchamps, durant la beUe saison, n'était pas une lourde charge (.. J. Nous devions tout faire venir de Paris, où nosgens allaient sans cesseen commissions, au moyen d'un omnibus toujours en service. Il fallait d'ailleurs un accroissement de mon écurie, à cause du mouvement de va-et-vient constant que la force des chosesnous imposait, à moi surtout, et de la nécessité de faire conduire, le soir à la gare de Suresnes ou à celle de l'avenue de /Impératrice, sinon même à domicile, lesparents et amis dépourvus de voiture que nous invitions, ou qui venaient spontanément nous demander à dîner. Malgré tout, je ne méconnaissais pas le charme de cette résidence et le bien-être que j'y trouvais lorsqueje pouvais m'y reposerréellement. Haussmann reçoit dans sa villa le vice-roi d'Egypte le 16 juin 1869. Il l'habitera tous les étés jusqu'au 2 janvier 1870, date de son départ de la Préfecture de la Seine. La villa reste la résidence des préfets de la Seine jusqu'en 1898. La ville de Paris demande désormais aux préfets de participer aux dépenses d'entretien; ceux-ci préfèrent renoncer à la résidence et la Ville est obligée de trouver des locataires privés.

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La villa de Longchamp est alors louée à Alfred Chauchard, It fondateur des Grands Magasins du Louvre. Jusqu'à sa mort en 1909, celui-ci se partagera entre son hôtel de l'avenue Velazquez et la villa où il rassemble une vaste collection de tableaux de maîtres entre autres des Corot et l'Angelus de Millet. IIlèguera cette collection au Louvre.

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Alfred Chauchard organise chaque année à Longchamp une grande réception où se retrouve toute la haute société parisienne. Le président de la république, Emile Loubet, y déjeune en juin 1902. Chauchard ne modifie pas la villa, mais installe un ascenseur dans l'ancien colombier. De 1909 à 1912, la villa de Longchamp est louée à M. Charvet, puis c'est François Coty (de son vrai nom Sportuno) qui l'occupera. Le célèbre parfumeur - locataire de 1912 à 1934 - obtient en 1923 l'autorisation de démolir la villa pour reconstruire au même endroit une demeure plus importante. En contrepartie, il s'engage à limiter la hauteur des bâtiments de l'île de Puteaux dont il est propriétaire. Diverses difficultés l'empêchent d'achever la construction du château. Il meurt en 1934. de l'Enfance, qui s'y installe

Les travaux seront terminés par le Centre international en 1950. Sources bibliogritphifJtU!Set iconographiqws Bibliothèque historique de la Ville de Paris: Alphand. Les promenades de Paris Barras. Note sur le Bois de Boulogne. Bulletin de la Société historique d'Auteuil.

Duchesne Gaston. Histoire de l'abbaye royale de Longchamp. Labouisse Rochefort. Promenade à Longchamp. Laffitte. Un coin de Paris, le 16e arrondissement Les embellissements du Bois de Boulogne. Marville. Album de photographies, 1858. dans le passé.

Procès verbaux de la Commission du vieux Paris. Dollot Louis. Folles ou sages, les abbesses de l'ancienne France. Perrin. Haussmann. Mémoires. Réédition du tome 3. Seasam. Siguret Philippe. Vie de histoire du XVe arrondissement.

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HÎJtoriqUl

~u Centre InterlUllwlUll ~e l'Enfante
Dr Colette FILLASTRE

Le Fonds International de Secours à l'Enfance (FISE) a été créé en 1946 par l'ONU pour "faire face aux besoins urgents des enfants victimes de la guerre". Il faut rappeler que le FISE était une organisation temporaire destinée à fournir une aide urgente à r enfance et qu'en juin 1949, il accepta et favorisa la proposition du gouvernement français de créer une organisation définitive qui devient le CIE. C'est seulement en 1953 que rassemblée générale des Nations Unies a décidé de faire un organisme permanent du FISE, l'UNICEF. A la suite de ses voyages aux USA, en 1945-1946, Raymond MANDE avait déjà évoqué auprès des Nations Unies, la création d'un fond spécial pour enfance. C'est à la l' suite de ces suggestions que les professeurs Ludwig RAjCHMAN, médecin polonais président du Conseil d'Administration du FISE, Robert DEBRÉ, représentant la France, et Maurice PATE, directeur général du FISE ont, dès 1947, ressenti la nécessité de créer ce centre pour former le personnel qui travaillait sur le terrain et aussi conduire des recherches sur les besoins réels de l'enfant. "[enfant est (et sera toujours) un problème moderne. Les hommes ont mis longtemps à s'apercevoir que l'enfant avait une sensibilité, une intelligence, une mémoire qui, pour être souvent réfugiée dans le subconscient, est plus implacable que celle de l'adulte. Le sort de r enfant n'a soucié les civilisations que lorsqu'elles ont compris qu'elles pouvaient disparaître faute de voir remplacer les morts par des nouveau-nés". Ces trois phrases de Robert DEBRÉ montrent clairement que l'enfant est un tout et que seule une approche globale de ces problèmes peut amener à leur trouver des solutions. C'est ainsi que commence l'aventure de la Pédiatrie Sociale, la "philosophie" de Robert DEBRÉ. Outre le soin des enfants malades, l'hygiène de l'enfance, la prévention, cette partie de la pédiatrie envisage r enfant sain et malade en fonction du groupe humain

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dont il fait partie et des milieux dans lesquels il se développe. Cette conception a été la base de tous les enseignements et recherches du Centre International de l'Enfance.

1 - Enseignement
C'est ainsi qu'a été organisé par leFISE$à Paris, le premier cours de Pédiatrie Sociale, du 5 avril au 28 juillet 1948. Il a réuni III auditeurs, de 14 pays différents, et de professions diverses: médecins, architectes, infirmières,a5sÎstantes sociales, enseignants... Il y eut autant d'enseignants ou d'intervenants, 159 conférences, 132 visites d'établissements.

2 - Recherches
Pour lutter contre la tuberculose, les Croix Rouges scandinaves avaient entrepris, dès 1945, une véritable croisade, vaccinant les enfants avec le BCG. Le FISE a voulu s'associer à cet effort et de là est née Ifl' entreprise jointe". 0' avril 1949 à mai 1952, cette campagne BCG s'est étendue à l'Afrique du Nord sous la responsabilité et les conseils des Docteurs Maurice GAUD et Raymond MANDE. Le vaccin BCG et les techniques de vaccination posaient encore beaucoup de problèmes. Aussi, avant d'engager sa responsabilité, leFISE désirait que fut étudié avec soin, non seulement sur l'animal, mais aussi sur des enfants observés avec attention et suivant une méthode rigoureuse, chaque lot de vaccins fourni par les différents instituts. Ainsi fut créée en juin 1948, avec la collaboration de l'Institut ff Pasteur, une station pilote BCG If, à Paris. Celle-ci a été confiée à l'entière responsabilité du CIE en 1950. C'est alors que le bureau d'études de l'OMS à Copenhague s'est intéressé à ce même problème, et la collaboration entre les 2 stations pilote* s'est organisée durablement. *Le nom de "Pilot Station" donnait une signification particulière à ce service: à la fois "station", gare, centre de renseignements et aussi "abri" pour toute information concernant le BCG, établissements de recherches, et "Pilote" bateau qui part au large pour trouver et indiquer la bonne voie de la vaccination, et aussi un professionnel chargé de la conduite des opérations. 3 - Textes officiels Pendant que ces deux activités se structuraient, les pourparlers entre les Nations Unies et le gouvernement français se poursuivaient. Vous trouverez ci-dessous les références des textes officiels fixant la fondation du CIE.

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TEXTES OFFICIELS FIXANT LA FONDATION CENTRE INTERNATIONAL DE LENFANCE

DU

Proposition du représentant de la France au Conseil d'Adrninistration duFISE en vue de créer à Paris un Centre International de J'Enfance, le 17 juin 1947, confirmée par le Gouvernement français, le 5 mars 1949. Documenr E/ICEF/l 08. Délibération du Conseil d'Administration du Fond International de Secours à J'Enfance du 30 juin 1949. DocumentE/ICEF 123/ Rev~L Résolutions du Conseil exécutif de l'OMS de juillet 1949. Documents (EB4/R21) février 1950 (EB5/R71) janvier 1954 (EBI3/R71). Délibération du Conseil Economique et Social de l'Organisation des Nations Unies du 18 juillet 1949. Document E/ICEF/128. Décret du Président du Conseil des Ministres français du 10 novembre 1949. 0.0., Il novo1949).
Séance inaugurale du Centre International de l'Enfance, 18 janvier 1950.

4

- Lors

de la $éance Inaugurale

qui se tint le 18 janvier

1950, dans le salon de J'Horloge

du Ministère des Affaires Etrangères, Madame GEORGE-PICOT, vice-présidente du Conseil Municipal de Paris, a confirmé la contribution de la Ville de Paris qui décida de mettre le château de Longchamp à la disposition du CIE pour une durée de 30 ans. La ViUe de Paris est autorisée par le Président du Conseil des Ministres, M. Georges BIDAULT, à faire un emprunt de 65 millions de francs, remboursable en JO ans par un versement annuel de 5 millions par l'état (Ministère de la santé) (voir copie des 21ettres). Mais en attendant les travaux d'aménagement et d'installation dans ce château, les bureaux du CIE étaient installés provisoirement, au bord de la Seine, dans les locaux de la cité administrative du Ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme (MRU), situés 2 bis avenue du Parc de Passy 16ème. En 1950-1951, une grande parrie du personnel du CIE occupait les cinquième et sixième érages de l'immeuble du CNPF (Centre Narional du Patronat Français) situé 31 avenue Pierre 1er de Serbie. En 1951 , s'est tenue une exposition dans les haraquements annexes du château, dont le rhème était uIa première année de l'enfant". Personnel et visiteurs étaient amenés par car, de la place de l'Etoile au château de Longchamp. Léquipe de la station pilote BCG sous la direction du Dr BROCA, puis de Mme le Dr HUET, était hébergée par le PFTP (Placement Familial des Tout-Petits), de l'autre côté de la Seine, rue Blomet (15ème). Malgré cette dispersion, l'unité sous la présidence de Robert DEBRÉ, et le caractère international du Centre s'affirmaient par la participation à cette séance inaugurale, des représentants du FISE, de l'OMS, de l'UNESCO... Le conseil d'administration comprenait des personnalités pour moitié françaises: Robert DEBRÉ, Eugène AUJALEU, et Louis B'UGNARD, et étrangères: Lord BOYD ORR (Angleterre), Ludwig RA]CHMANN (Pologne) et Arvid WALLGREEN (Suède).

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