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Ces étrangers parmi nous

De
242 pages
Ce livre résulte de rencontres avec des ressortissants de pays que nous connaissons moins ou pas du tout, ces nouveaux étrangers qui un jour très prochain deviendront nos amis, nos voisins. Cette monographie a pour but une meilleure compréhension de l'autre, une approche de cette diversité foisonnante qui parsème la vie. C'est un outil de travail pour les enseignants, les travailleurs sociaux, les soignants, les éducateurs qui accueillent des personnes issues des nouvelles immigrations du XXIe siècle.
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Ces étrangers parmi nous
Au Carrefour du Social

Collection dirigée par Marc Garcet et Serge Dalla Piazza

L’Association Interrégionale de Guidance et de Santé (AIGS) est
née en 1964 de la volonté de quelques hommes de promouvoir la
santé et la qualité de vie pour tous. Des dizaines de services de
proximité et extrahospitaliers ont vu le jour pour accompagner,
insérer, aider, soigner, intégrer, revalider, former des milliers
d’usagers en mal d’adaptation personnelle ou sociale. En
collaboration avec les éditions L’Harmattan de Paris, la
collection Au Carrefour du Social veut promouvoir ce modèle
et offrir une réflexion ou des rapports de ces pratiques et de ces
innovations.


Déjà parus

Marc GARCET et Serge DALLA PIAZZA, L’économie ne peut être
que sociale, 2011.

Serge DALLA PIAZZA et Marc GARCET (dir.), Rendre la
commune aux citoyens, Citoyenneté et démocratie locale à l’ère de la
mondialisation, 2010.
Jeunes, inactifs,
immigrés : une question d’identité. Vivre dans un désert industriel,
2010.

Marc GARCET, Construction de l’Europe sociale, 2009.

Serge DALLA PIAZZA et Marc GARCET, L’avenir de l’homme en
question, 2009.

Marc GARCET et Serge DALLA PIAZZA, En marche vers un idéal
social, 2005. Serge Dalla Piazza





Ces étrangers parmi nous






























L’HARMATTAN AIGS































Illustration de couverture : Jamal Lgana, avec son autorisation.





© L'HARMATTAN, 2011
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-54991-3
EAN : 9782296549913Que sont mes amis devenus ?



Merci à mes collègues Arlette, Christelle,
Lucienne, Nicole, Stéphanie
SOMMAIRE


PROPOS LIMINAIRES 9
INTRODUCTION 15
AVERTISSEMENTS 21

1. LA CULTURE 23
2. L’ACCULTURATION 25
3. FICHES COMPRÉHENSIVES 29
L’EUROPE 31
La République d’Albanie 33
La République de Croatie 41
La République de Pologne 47
La République de Roumanie 53
La République fédérale de Russie 63
La région de Sicile 75
Les gens du voyage 83
L’AFRIQUE 91
La République du Cameroun 93
La République Démocratique du Congo 101
Le Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie) 109
Le République du Mali 121
La République du Sénégal 129
L’ASIE 137
L’Émirat islamique d’Afghanistan 139
Le Royaume du Cambodge 147
La République Populaire de Chine 155
La République fédérale d’Inde 169
La région du Kurdistan 177
La République de Tchétchénie 183
La République de Turquie 189
LES AMÉRIQUES 199
La Martinique et la Guadeloupe 201

CONCLUSION 211
ADDENDUM 1 : Les religions 217
ADDENDUM 2 : Grilles de lecture transculturelle 229
INDICATEURS DE DÉVELOPPEMENT 237
ADRESSES UTILES 239


PROPOS LIMINAIRES



Je me souviens de cette institutrice de Cheratte, un bourg de la province de
Liège, à l’est de la Belgique. Terre de charbon, durant plusieurs décennies,
elle avait accueilli des immigrés. S’étaient ainsi succédé des Polonais, des
Italiens, des Espagnols, des Marocains et, plus récemment, des Turcs. La
plupart d’entre eux, au fil des générations, étaient restés. Les charbonnages
avaient fermé et ils avaient ouvert un petit commerce, étaient allés travailler
dans des usines plus loin ou avaient bénéficié d’allocations de chômage.

Progressivement, les gens s’étaient mêlés et parfois seuls les accents
trahissaient encore l’origine. Les derniers arrivés éprouvaient plus de mal à
s’habituer. Ils restaient groupés dans des quartiers ouvriers aux maisons
toutes identiques. Ils gardaient leur langue, leurs habitudes, leurs mœurs. Le
regroupement familial les y avait aidés. Ils avaient un code de vie à eux qui
rendait les contacts difficiles. Leurs enfants, souvent nombreux, allaient à
l’école publique de Cheratte. Certains avaient droit à un Imam pour
èrel’enseignement de la religion musulmane. L’institutrice de 1 année avait
dans sa classe 18 nationalités pour 24 élèves. Les petits belges étaient donc
largement minoritaires. Cette Tour de Babel moderne n’empêchait pas les
enfants de jouer ensemble durant le temps de récréation. Ne nous y trompons
pas, me disait l’institutrice, un racisme latent reste présent, le plus souvent à
l’égard de la minorité belge ou à l’égard plus généralement des Européens.

Il est bien difficile dans ces conditions d’enseigner. Cela devient individuel,
car pour certains, la compréhension du langage oral n’y est pas. Il faut
d’abord traduire les consignes avec des gestes ou des dessins, leur apprendre
les rudiments de la langue française. Ne parlons pas du retard scolaire qui
grandit chaque année. Les contacts avec les familles sont quasi inexistants.
Impossible de se comprendre. Les exigences sont minimalistes : que les
enfants apprennent le français et qu’ils respectent le code de conduite en
classe. Le reste, le programme scolaire...

Souvent, cette institutrice se sentait dépassée, isolée, incomprise par sa
direction. Souvent, elle avait peur des parents à la mine parfois patibulaire.
Elle était malgré tout contente quand les enfants lui disaient bonjour en rue
ou lorsqu’elle voyait que l’un ou l’autre poursuivait sa scolarité.
Je me souviens encore de cette consultation d’un enfant tchétchène dans un
service de santé mentale. La demande avait été introduite par un service
social local, car son intégration scolaire était mauvaise et on se demandait
s’il n’avait pas une déficience intellectuelle. Cela avait pris un certain temps
pour organiser un rendez-vous avec la famille, le service social et
l’interprète.

Après l’accueil social pour établir un début d’anamnèse, j’avais rejoint le
groupe de dames dans le bureau. Il y avait là 2 assistantes sociales,
l’interprète, la maman et le gamin d’une dizaine d’années. À mon arrivée, la
maman et le gamin s’étaient levés et j’avais tendu la main vers la maman.
Avec un air gêné, elle l’avait refusée et je venais de comprendre que j’avais
commis une erreur culturelle. Je m’étais approché de l’enfant qui était assis
devant le bureau et qui dessinait. Il m’avait regardé et s’était levé pour me
céder sa place. Je l’avais refusée d’un geste, commettant ma deuxième erreur
culturelle. J’avais refusé cette marque de respect, mettant l’enfant en échec
et moi-même en situation inférieure.

Je m’étais ensuite isolé dans un autre bureau avec l’enfant et l’interprète.
L’enfant avait réalisé sans crainte et sans difficulté particulière les tests
proposés. Il n’est pas facile de travailler à trois alors qu’on est habitué à le
faire en vis-à-vis. Tout prend du temps, on n’est pas vraiment certain des
traductions. Parfois, il y a des conflits ethniques sous-jacents dont on n’est
pas vraiment conscient. Parfois, il s’agit d’une seconde langue pour
l’interprète qui vient en fait d’un autre pays. La confiance est nécessaire.
L’enfant avait donc collaboré et j’avais appris qu’il avait des problèmes
scolaires et de comportement dans son pays d’origine. Ici, il ne comprenait
pas, était loin de sa famille, de son père resté au pays. Il vivait avec sa mère
et une sœur aînée et il ne le supportait pas, ne comprenant pas une situation
qui n’était effectivement pas très claire.

Quoi qu’il en soit, il était difficile à l’école, n’évoluait guère et il était
surtout devenu le despote de sa famille, frappant sa mère, ne lui obéissant en
rien, capricieux, autoritaire, violent, insupportable. Son institutrice était une
femme.

Je n’en ai plus entendu parler, mais je me demande souvent ce qu’il devient.
Son intégration est loin d’être assurée, tant que les secrets de son
déplacement ne sont pas levés et tant que son père n’est pas là pour assurer
l’autorité dont il a besoin pour grandir. En attendant, j’ai conseillé qu’on le
mette plutôt, quel que soit son niveau scolaire, chez un instituteur.


Jacqueline travaillait dans l’administration de sa commune (municipalité)
depuis de nombreuses années. Il ne s’agissait pas d’une ville. C’était tout
petit et tout le monde se connaissait. Depuis quelques années, une partie de
son travail avait changé. Elle était chargée des affaires sociales, d’aider les
gens, d’évaluer leur détresse et leurs besoins matériels et d’introduire des
demandes d’aide.

Dorénavant, elle était aussi chargée d’accueillir et d’aider à l’installation de
familles issues de l’immigration. Certaines familles arrivaient directement de
pays dont elle ne soupçonnait même pas l’existence. Ces nouvelles
immigrations liées aux guerres le plus souvent étaient réparties sur le
territoire. Cette politique existait depuis plusieurs années et devait favoriser
l’intégration de ces nouveaux arrivés. Cela avait surtout pour but d’éviter la
formation de ghettos culturels et l’explosion de violences.

Le problème était double pour elle. D’abord, elle recevait plus de familles
que de logements disponibles et il lui arrivait de devoir utiliser
provisoirement des logements insalubres. De plus, elle ne connaissait rien à
la culture de la plupart de ces personnes, encore moins à leur langue. La
communication était donc difficile, voire impossible. Il lui fallait beaucoup
d’imagination pour faire face à des situations inattendues. Ses collègues se
moquaient d’elle et lui conseillaient d’en faire moins. Son responsable direct
tenait parfois des propos d’allure raciste, ce qui l’indisposait fort, mais elle
n’avait jamais rien osé dire.

Jacqueline se souvient du cas particulier de ce couple libanais, arrivé avec 4
enfants, dont un petit Ali atteint d’autisme. Ses sœurs avaient été scolarisées
rapidement et avaient vite appris des rudiments de français. Pour Ali, elle ne
savait que faire. Comment le scolariser ? Comment l’aider ? Les parents ne
parlaient que l’arabe et l’anglais. Elle avait fini par faire appel à un service
d’intervention précoce qui était venu à domicile et dont les intervenants
maîtrisaient suffisamment l’anglais pour permettre la communication
nécessaire avec les parents.

Les familles défilaient. Certaines déménageaient et rejoignaient de la
famille. D’autres trouvaient du travail ailleurs. Quelques-unes étaient restées
au village et la famille s’était bien adaptée. Ce n’était pas le cas de la famille
d’Ali. Ils restaient enfermés. On ne les voyait jamais se promener, sinon
pour quelques courses rapides chez l’épicier proche.



Dans une institution pour personnes handicapées adultes, nous accueillons
des adultes déficients intellectuels. Ce jour-là, nous avions reçu la
candidature de cette famille marocaine. Ils avaient une fille de 24 ans,
polyhandicapée. Elle était assez gravement atteinte, tant sur le plan physique
que sur le plan mental. On la déplaçait en voiturette et elle ne parlait pas. Ses
parents s’exprimaient dans un français approximatif. Nous avons vite
compris leur détresse et en même temps l’ambivalence de cette famille : se
séparer ou non de leur fille.

Lors des discussions d’admission, nous avons évoqué ses déficiences, sa
situation, ses problèmes, son comportement général, mais aussi son statut
d’immigrée marocaine. Ses parents étaient-ils fiables ? Pourraient-ils payer
régulièrement les frais inhérents à sa prise en charge ?

Malgré des avis contradictoires, Yasmine a été acceptée. Elle n’est restée
que quelques mois dans l’institution. Pourquoi seulement quelques mois ?
Parce que l’offre de services de l’institution ne correspondait pas aux
besoins de sa famille ou parce que l’accueil les avait fait fuir ? Nous ne le
saurons jamais. Yasmine s’était pourtant vite adaptée. Elle était vive,
souriante, espiègle même dans sa manière de communiquer. Elle avait vite
conquis le cœur des éducatrices et des éducateurs. Cela n’avait cependant
pas suffi.
La première fois que nous avons vu dans la rue de grands hommes avec des
turbans autour de la tête, nous avons ressenti de l’excitation devant tant
d’exotisme et de la crainte d’un nouvel envahissement. Teint basané, allure
fière, barbe, marchant souvent par deux, un turban clair sur la tête laissant
passer des cheveux de jais, ils avaient fière allure. Nous n’en avions jamais
entendu parler auparavant. Qui étaient-ils ? Des Indiens ? Cette question est
restée sans réponse bien longtemps, car ils n’étaient guère nombreux voici
20 ans.

Nous les avons retrouvés à l’épicerie du coin, celle qui ouvre jour et nuit, en
tout cas la nuit, celle qu’on retrouve dorénavant dans toutes les villes,
grandes ou petites, celle qui sert au dépannage alimentaire. Le regroupement
familial, l’aide entre cousins leur permet d’ouvrir jour et nuit ces petits
commerces qu’on appelle dorénavant par un néologisme qu’on ne retrouve
pas encore au dictionnaire : le paki.

Oui, le paki est entré dans les mœurs. Il fait partie du paysage commercial,
discret, disponible, accueillant. On y trouve le sel manquant quand on n’a
pas envie de prendre sa voiture, les cacahuètes apéritives et, bien sûr, la
bouteille d’alcool qui permet de terminer une soirée.

Les pakis du coin de la rue sont serviables et discrets. À Londres ou à New
York, quand la mort s’est abattue aveuglément sur des civils, le nom du
Pakistan a été associé aux événements. Pointées du doigt, les diasporas
pakistanaises ont beau condamner la barbarie de ces actes, le tort est fait. Et
l’image du Pakistanais islamiste, voire terroriste, supplante désormais
souvent toutes les autres. En Belgique, ils ne sont officiellement que
quelques milliers. Officieusement, ils sont beaucoup plus : il y aurait entre
13 et 15 000 Pakistanais, installés à Bruxelles (5 à 7000), à Anvers (quelques
3000), Gand ou Liège. Ils travaillent dans l’ombre, discrètement, et ils ne
ferment jamais la porte à un compatriote qui arrive. Ils s’arrangent toujours
pour le faire travailler quelque part. Ils sont solidaires et connus pour cela.

INTRODUCTION




Tout change, évolue, le monde aussi. Nous sommes au siècle de
l’information. Tout va vite, trop vite parfois et certains s’adaptent bien,
d’autres pas assez. Assaillis d’informations, souvent contradictoires et
inquiétantes, nous ne savons où donner de la tête.

Parmi les inquiétudes qui accablent bon nombre de nos contemporains, on
retrouve bien sûr le réchauffement climatique, les menaces terroristes, les
guerres, l’absence de travail, la misère, les corruptions, les violences. Les
migrations constituent certainement aussi une des inquiétudes fondamentales
des Occidentaux. Ne nous y trompons pas, personne n’est plus dupe quant à
la pérennité de la civilisation occidentale, basée sur la libre concurrence et
l’économie de marché. Cela a permis de très grandes richesses à quelques
privilégiés, une vie confortable à une classe moyenne adaptée et
surconsommatrice de biens plus ou moins utiles, et une vie pauvre à la
grande majorité. La pauvreté concerne plus de 10 % des populations des
pays riches. Depuis toujours, mais plus ces dernières décennies, voilà que
des gens pauvres, des réfugiés politiques, des fuyards de la guerre se mettent
à envahir les pays riches. Aux mains de passeurs le plus souvent, ils forcent
la porte, s’installent dans des campements de la honte et demandent
l’aumône. Ils sont accompagnés de charognards qui gravitent autour d’eux et
forment des mafias exportées ou locales. Ces migrations seront bientôt
également climatiques. La raréfaction de l’eau, le recul des terres, leur
envahissement par des déserts, et tout simplement les lois du marché
pousseront, poussent déjà ces cohortes, vers des cieux plus cléments. Il nous
faudra un jour ou l’autre accepter de partager le gâteau de la croissance avec
eux. Il nous faudra admettre que même les pays pauvres peuvent avoir envie
de changer de vie, de profiter des richesses et de plus de confort.

Qu’on le veuille ou non, ces émigrés de toutes les origines sont là et frappent
à notre porte. Dans la plupart des pays occidentaux, ils représentent 10 % de
la population, et parfois plus. S’ils utilisent les services sociaux, ils apportent
aussi de la jeunesse, de la main-d’œuvre parfois au noir, et une plus-value
économique et culturelle. Les pouvoirs publics sont confrontés à la question
essentielle de l’assimilation d’une immigration contrôlée ou de leur
expulsion qui coûte chacune jusqu’à 40 000 € à la collectivité.


Les services sociaux, d’éducation et de soins sont depuis longtemps
confrontés à ces nouveaux venus à la présentation exotique, ne parlant
aucune langue connue et adoptant des comportements étranges. Nous savons
qu’une acculturation est difficile, longue et laborieuse, qu’elle produit des
fractures mentales qui ne guérissent pas toujours. Il y a la santé physique, il
y a la santé mentale. La frontière entre les deux n’est pas toujours aisée à
déterminer.

Les services de santé mentale, les centres de réadaptation, les hôpitaux, les
écoles, les services sociaux accueillent une proportion non négligeable de
demandes d’aide issues de l’immigration, certains plus que d’autres.
Certains quartiers des grandes villes sont à forte densité de populations
d’origine étrangère et posent cette question de l’adéquation de l’offre des
soins et des services. Certains gouvernements tentent d’éviter les
concentrations trop importantes dans la ville et les risques de cohabitation
difficile et orientent ainsi des primo-arrivants vers des zones rurales. Ces
nouveaux voisins interpellent autant les autochtones.

Nous assistons dans les services à une consultation et à des demandes en
augmentation en provenance de ces nouvelles populations africaines ou
asiatiques notamment, que nous connaissons si mal. Si nous les connaissons
mal, nous les traitons mal, car nos références occidentales ne sont pas
toujours adéquates pour comprendre un problème de santé ou une demande
d’aide.

La présente monographie constitue une réflexion sur le sujet et surtout une
approche pragmatique. Nous avons parfois fait connaissance avec ces
peuples. Nous les avons trouvés beaux, riches de culture, passionnants
d’expériences vécues, pauvres par les traumatismes subis, affamés souvent
de sécurité et de reconnaissance personnelle.

1Ce livre voudrait servir de « passeur de cultures ».

Il voudrait donner une chance à tous ces peuples différents et méconnus de
s’exprimer. Le but est évidemment de mieux les connaître pour mieux les
aider à s’adapter, car ce qui est connu fait moins peur. Il n’empêche que
certains peuples ont une culture bien différente de la nôtre, bien loin des
droits universels, bien loin de l’égalité entre l’homme et la femme, bien loin
encore de l’importance que nous donnons à l’éducation de la jeunesse. Est-
1
BENAT-TACHOT L. & GRUZINSKI S. Passeurs culturels. Marne-la-Vallée : Presses
universitaires de Marne-la-Vallée.

ce pour cela que cette culture est inférieure ? Est-ce pour cela qu’elle est
méprisable ?

Ce livre voudrait servir d’outil à une paix sociale.

Le pluralisme et le multiculturalisme sont des modalités possibles du
traitement de la diversité. Le multiculturalisme décrit des situations et met
l’accent sur la reconnaissance d’entités culturelles distinctes en donnant la
priorité au groupe d’appartenance. L’individu est d’abord un élément d’un
groupe. Son comportement est défini et déterminé par cette appartenance.
Son identité au sein du groupe prévaut sur une identité personnelle. L’accent
est mis sur la reconnaissance des différences ethniques, religieuses,
migratoires, sexuelles. Le multiculturalisme additionne des différences,
juxtapose des groupes et débouche ainsi sur une conception mosaïque de la
société. Ce modèle additif de la différence privilégie les structures, les
2
caractérise et les catégorise. Cette approche pose cependant la question des
conditions nécessaires pour que des individus différents et d’appartenances
différentes puissent vivre en paix les uns avec les autres.

Ce livre voudrait plutôt promouvoir une approche interculturelle.

Tout individu est un être pluriculturel, d’autant qu’il a lui-même des origines
multiples. Rares sont les autochtones qui n’ont quelque parent venu
d’ailleurs. La rencontre avec un étranger, c’est d’abord la rencontre avec un
sujet qui a des caractéristiques propres. La compétence interculturelle n’est
pas une compétence qui permet de dialoguer avec un étranger, mais avec
autrui. L’objectif est donc d’apprendre la rencontre et non pas d’apprendre la
culture de l’autre. Cependant, aucune rencontre n’est vraiment possible si
nous refusons de voir l’autre dans ses caractéristiques propres. La démarche
interculturelle repose sur une sorte de « décentration ». Nous devons cesser
d’être le centre du monde par excellence. Elle suppose aussi une volonté
d’empathie, voire de compassion envers ce qui est différent. Il s’agit
également de dépasser les préjugés, d’engager une démarche de
compréhension, de dégagement d’un ethnocentrisme primaire. Comprendre
l’autre, c’est un peu entrer dans un univers aux représentations inconnues.
« Il est certain qu’il faut voyager », disait le Candide de Voltaire. Avant lui,
Hérodote a rapporté le premier récit de voyage et on l’appelait l’ami des
3barbares , créant ainsi l’Homo viator.
2
ABDALLAH-PRETCEILLE M. (2004), L’éducation interculturelle, Paris : PUF, coll.
« Que sais-je ? ».
3
Mot pris dans son sens premier : les étrangers.


Ce livre voudrait servir de grille de lecture.

Entrer en contact avec des personnes appartenant à d’autres univers culturels
ne peut garantir le développement d’une attitude ouverte et tolérante. Dès
que des cultures entrent en contact, un réflexe de généralisation et de
jugement de valeur, mais aussi de retrait défensif, émerge chez la plupart des
individus. C’est par la découverte de la culture de l’autre que naissent les
représentations, le respect, mais aussi les préjugés, les stéréotypes et les
clichés. Nous ne savons probablement pas éviter cet écueil et en voulant
aller vers une entente entre les peuples, nous pourrions creuser un peu plus le
4fossé qui les sépare. Hofstede a été un des premiers à élaborer une grille
d’analyse des cultures qui comporte 3 faces : la relation avec l’autre, la
gestion du temps et la façon dont il traite avec le monde extérieur. Ce
modèle finalement complexe ne satisfait pas notre propos, qui est de fournir
un outil pratique à des voisins, des soignants, des éducateurs, des
enseignants ou des aidants désireux d’apporter une rencontre, des soins ou
des services de qualité à des individus difficilement abordables, voire
incompréhensibles.

Les éléments décrits sont issus de 3 sources :

- Les nôtres provenant de voyages nombreux et de rencontres ;
- Celles des lecteurs critiques issus des cultures décrites ou à leur propos ;
- Celles de références théoriques ou décrites sur des sites internet, dans
5
des livres et des journaux.

Un grand merci à toutes ces personnes que nous avons rencontrées et à qui
nous avons demandé un avis au sujet des fiches. Ces personnes qui ont
« validé » les fiches sont toutes issues des cultures présentées.

Le présent ouvrage se veut une introduction, un pont entre les cultures afin
de favoriser l’entente entre les peuples. Il n’a aucune prétention, ni à
l’exhaustivité encyclopédique, ni à une compréhension totale et globale.
Cette grille de lecture s’adresse à tous ceux qui sont au contact des
populations immigrées et qui souhaitent les comprendre mieux.


4
HOFSTEDE, G. (2001) Culture's Consequences: Comparing Values, Behaviors,
Institutions, and Organizations Across Nations. 2nd ed. Newbury Park, CA : Sage.
5 Notamment HUGHES J. & UNGER M. (1992) The encyclopedia of people and places.
London : Beazley.

De l’usage du livre

L’usage de ce livre est conçu pour servir à toute personne en contact
avec des personnes d’origine étrangère qu’elle estime mal connaître. Il
s’agirait de :

1. Survoler ou lire le contenu de ce livre.
2. Remplir avec le consultant, le parent de l’élève, l’allocataire, le
voisin les 2 ou 3 grilles en addendum 2 pour une approche
individuelle.
3. Retourner vers la partie du livre concernée afin de situer les
propos recueillis.
AVERTISSEMENTS




Le lecteur voudra bien se garder de toute généralisation abusive, et tenir
compte notamment de circonstances particulières comme l’époque, l’âge du
demandeur d’aide, son origine rurale ou urbaine ou encore son degré
d’éducation, sans oublier la durée de sa présence en Occident.

Le lecteur remarquera que la place de la femme n’est pas toujours enviable
dans les différentes parties du monde. Encore une fois, aucune généralisation
n’est possible, même à l’intérieur d’une culture. Cette situation dépend plus
de l’accès à l’éducation que de la culture proprement dite et même de la
religion. Dans les pays industrialisés aussi, les disparités, les injustices
envers les femmes, et même les violences font régulièrement frémir les
journaux.

Les religions et les croyances peuvent, dans certains cas, devenir
superstitions ou être jugées comme telles. N’oublions pas non plus qu’en
Occident, les médecines dites parallèles sont aussi actives que la médecine
scientifique, que de nombreux tradipraticiens naturalistes y vivent également
et s’y déguisent de modernité. Mais la maladie et le désespoir provoquent
chez tous les êtres humains la même foi dans les rituels magiques porteurs
d’espoir. L’empathie de ces tradipraticiens ou dispensateurs de soins
parallèles constitue la force même de leur action. La relation paraît parfois
guérir autant que le soin lui-même.

Inutile dès lors d’imaginer un seul instant que les autres sont si différents de
nous. La culture est d’abord humaine avant d’être particulière à une région et
à une époque.

1 - LA CULTURE




Au départ, le mot culture était associé à un domaine d’activité humaine : les
arts, les sciences et les techniques. Par exemple, il s’agissait de la culture des
arts, mot pris dans un sens premier, celui de cultiver, de planter, d’entretenir,
d’améliorer, de récolter, à l’instar du même mot utilisé dans l’agriculture.
D’ailleurs, son origine latine (colère) a un rapport avec le fait d’habiter, de
cultiver, d’honorer. Le mot s’est très rapidement différencié en s’isolant. Le
mot culture tend à désigner la totalité des pratiques succédant à la nature des
êtres vivants. Chez l’être humain, la culture évolue dans le temps et dans les
formules d’échanges. Elle se constitue en manières distinctes d’être, de
penser, d’agir et de communiquer. Ainsi, pour une institution internationale
comme l’UNESCO : « Dans son sens le plus large, la culture peut
aujourd’hui être considérée comme l’ensemble des traits distinctifs,
spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société
ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de
vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les
traditions et les croyances. » Dans les sociétés orales, on évoque plutôt le
concept de coutumes. Quel que soit le terme utilisé, cette notion de culture
imprime chez l’humain des conduites apprises et relatives à un moment et à
un espace donnés.

La culture se définit comme un ensemble de connaissances transmises par
des systèmes de croyances, par le raisonnement ou l’expérimentation, qui la
développent au sein du comportement humain en relation avec la nature et le
monde environnant. Elle comprend ainsi tout ce qui est considéré comme
acquisition de l’espèce, indépendamment de son héritage instinctif considéré
lui comme naturel et inné. Ce mot reçoit alors des définitions différentes
selon le contexte auquel on se réfère. Le paradoxe des études sur la culture
est qu’elles peuvent promouvoir une forme de racisme. À trop mettre
l’accent sur la différence culturelle, il est possible de nier l’existence de
l’autre, de lui reconnaître une valeur inférieure. Il faut accepter que l’autre
soit irréductiblement différent de soi. L’adjectif irréductible est important et
il est à prendre dans son sens littéral. Si l’on essaie de réduire l’autre par la
fusion, c’est-à-dire en voulant fondre sa culture dans une autre culture, son
existence s’en trouve niée. Par exemple, comment envisager les débats
actuels sur l’amalgame entre culture arabe et islam ? Pourquoi, d’une façon