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CHAGRINS D'AMOUR ET PSYCHOSES

De
176 pages
Si l'amour est une folie, il peut rendre fou sous le coup des émotions chagrines : déceptions, pertes, abandons, " sinistroses conjugales ", etc. mais c'est que l'amour n'est pas qu'une affaire d'âme. Le corps en est le lieu ; on n'a pas seulement l'amour au " cœur " ou dans la peau, mais aussi dans l'appareil nerveux régulateur, dans le système endocrinien, dans le sang jusqu'à l'immunité… Un texte écrit par la première femme "aliéniste" en France
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CHAGRINS D'AMOUR ET PSYCHOSES

Collection Psychanalyse et Civilisations Série Trouvailles et Retrouvailles dirigée par Jacques Chazaud

Renouer avec les grandes œuvres, les grands thèmes, les grands moments, les grands débats de la Psychopathologie, de la Psychologie, de la Psychanalyse, telle est la finalité de cette série qui entend maintenir l'exigence de préserver, dans ces provinces de la Culture et des Sciences Humaines, la trace des origines. Mais place sera également donnée à des Essais montrant, dans leur perspective historique, l'impact d'ouverture et le potentiel de développement des grandes doctrines qui, pour faire date, continuent de nous faire signe et nous donnent la ressource nécessaire pour affronter les problèmes présents et à venir.

Dernières parutions
L'instinct et l'inconscient, W. H. R. RIvERS, 1999. Hallucinations et délire, Henri EY, 1999. La confusion mentale primitive, Philippe CHASLIN, 1999. La réception de Freud en France avant 1900, André BOLZINGER, 1999. Récits de vie et crises d'existence, Adolfo FERNANDEZ-ZOÏLA, 1999. Psychanalyste, où es-tu ?, Georges FAVEZ, 1999. Psychopathologie psychanalytique de l'enfant, Jean-Louis LANG, 1999. La figure de l'autre, étranger, en psychopathologie clinique, Zhor BENCHEMSI,Jacques FORTINEAU,Roland BEAUROY(eds), 1999. De la folie, Etienne GEORGET, 1999. Les mariées sont toujours belles, Robert Michel PALEM, 1999. Lafolie hystérique, A. MAIRET, E SALAGER, 1999. Suicides et crimes étranges, MOREAUDE TOURS, 2000. Les altérations de la personnalité, A. BINET, 2000.

Constance PASCAL

CHAGRINS D'AMOUR ET PSYCHOSES
Avant-propos à la nouvelle édition de Jacques Chazaud

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Première édition:

G. Doin & Cie, 1935

cgL'Harmattan, 2000 ISBN: 2-7384-9227-4

(A VANT-) PROPOS EDITORIAL

D'origine roumaine (née à Pitesti en 1877) CONSTANZA PASCALESCUient faire ses études de médecine à Paris et se v fit rapidement naturaliser CONSTANCE PASCAL.Elle occupe une place éminente dans 1'histoire de la psychiatrie, pour avoir été la première femme à accéder au poste de Médecinen-Chef des Asiles. Elle emprunta le chemin ouvert, pour l'accès des femmes

à l'internat, par la militante «féministe»

MADELEINE

PELLETIER connut un destin tragique (elle qui, après avoir qui forcé le barrage de la candidature à l' Adjuvat, où elle échoua, s'installa quelque temps en ville avant d'être... internée). Il ne semble pas que CONSTANCEPASCALnoua jamais de relation, ni ne témoigna de solidarité avouée, ou de reconnaissance pour la pionnière qui avait frayé la voie de sa réussite. A ma connaissance, elle n'en parla jamais... MADELEINE PELLETIER s'habillait en homme. CONSTANCE PASCAL finira sa carrière dans les postes les plus prestigieux (Médecin-en-Chef du cadre Spécial des Asiles de la Seine), sans qu'on se lasse de louer sa resplendissante féminité, sa I

beauté, sa grâce, son élégance... Elle sut pourtant allier aux attraits de son sexe, à sa sensibilité artistique, à sa compassion protectrice, l'autorité et l'exigence nécessaires pour diriger un service et affronter les difficultés administratives. Il n'est pas question dans le présent « propos» de retracer la carrière brillante de cette Grande Dame de la médecine mentale. Mais il faut bien souligner que dès sa soutenance de Thèse, elle se montra une clinicienne remarquable, une sémiologue raffinée, une chercheuse obstinée ouverte aux derniers courants psychophysiologiques et psychodynamiques, tant sa première préoccupation était pratique et son principal souci thérapeutique. Les théories - qu'elle utilisait sans restriction autant que de besoin - étaient pour elle des outils opérationnels et non des positions dogmatiques. Elles ne représentaient pour elle que des représentations d'attente, des hypothèses de travail ou des essais pour synthétiser l'expérience. Admise dans toutes les Sociétés Savantes de son époque (Société MédicoPsychologique, Société de Médecine Mentale, etc.), C. PASCAL fit un nom avec son ouvrage très remarqué, et qui se fit longtemps référence (avant d'être supplanté par le mémoire de BLEULER,paru la même année, 1911), sur la démence précoce. Si son livre (avec J. DAVESNES)sur le Traitement des maladies mentales par les chocs (1913) retint l'attention de l'Académie de Médecine, ce ne sont pas ses cinquante écrits divers qui font ses principaux titres de gloire. C. PASCALfut une praticienne s'engageant (s'investissant dirions-nous de nos jours) massivement dans la réforme des «pratiques asilaires ». Ce fut aussi une initiatrice. Elle fut II

l'une des fondatrices de la psychiatrie des urgences et, surtout, l'initiatrice et la réalisatrice du renouveau de la prise en charge des enfants en difficulté. On doit la considérer comme l'inventeur des Instituts Médico-Psychopédagogiques hors les murs et gérés par le médecin, les éducateurs et édiles, et non plus par l'Administration centrale! On imagine les aventures que ça lui valut, dont celle d'être déplacée de son poste de Médecin-Directeur de Moisselles pour prétendre vouloir faire entrer des enseignants dans le service d'enfants anormaux dont elle avait la charge... Son activité de formation, valorisation et défense du personnel considéré comme co-opérateur soignant, fit aussi grand scandale. Il n'est pas jusqu'à sa conduite exemplaire pendant la guerre de 14 qui ne lui valut une « mutation-promotion» à Clermont de l'Oise, pour avoir transgressé l'obligation de « résidence sur place» des aliénistes afin de porter son secours à la population abandonnée! Après bien des tribulations, elle fut définitivement nommée à Maison-Blanche (1927) où elle mourut, en fonction, en 1937. La dernière période de sa carrière est marquée par un intérêt renforcé pour la psychanalyse (non sans amalgame d'époque entre FREUD,JUNG,STECKEL et... BERGSON). lle E étudiera, avec ANDREE DESCHAMPS niveau de dissolutionle régression des schizophrènes par voie psychopharmacologie. Surtout, elle étudiera les psychoses comme «pathologie des refuges », entre fuite de la réalité et tentatives de reconstruction. Elle cherchera une méthode active, dite de psychanalyse à ciel, ouvert, pour rendre les schizophrènes explorables par une méthode adaptés à leur condition psychotique - précédent ainsi les travaux de FEDERN,de
III

et de FRIEDA FROMN-REICHMANN - tout en s'intéressant de très près aux pathologies émotionnelles et à leur « somatisation », dans un cadre que l'on dirait désormais « psychosomatique». Le livre réédité ici sur « Chagrins d'amour et psychose» en est exemplaire. Si les théories « psycho-hémoclasiques » et autres « allergies mnésiques» dont il se soutient peuvent paraître «baroques», ou obsolètes, elles n'en ont pas moins trouvé leur « confirmation» (à quelques déplacements près) dans les travaux les plus actuels sur les «chocs», les « traumatismes» et le « syndrome post-stress». L'amour n'est pas qu'une affaire d'âme. Le corps en est le lieu. L'amour on l'a non seulement dans la « peau », mais dans ses répercussions endocriniennes, hémato-dynamiques, et immunitaires, etc. conduisant aux « troubles fonctionnels », aux lésions irréversibles, avec des conséquences sur une gamme étendue entre perturbations psychiques, comportementales et physiopathologiques. Ce qui est ici remarquable, c'est que ce soit un médecin d'Asile (à qui son statut de femme interdisait le mariage mais non les amours - sous peine d'être disqualifiée par la « minorisation » de l'épouse pour exercer, en ce temps-là, les fonctions expertales et, plus généralement, de responsabilités
SULLIV AN

civiles et légales) , qui ait écrit sur ce qui fait

- en

dehors des

curiosités « botaniques» de la « psychiatrie lourde» et de ses vertigineux abîmes - la «psychopathologie de la vie quotidienne». Non pas sous ses formes sophistiquées, et selon les ruses raffinées du signifiant, mais dans la trivialité liée aux facticités de l'existence humaine: vivre, travailler, aimer, être sensible (et « sensibilisé») aux peines de cœur et IV

autres déceptions, aux situations anxiogènes réelles, à la maladie, à la mort. .. Il n'est que grand temps, alors, de remettre « à sa place », ne serait-ce qu'en rééditant son livre le plus « banal» ; aussi banal, mais subjectivement affectivement chargé dans ses « passagèretés chronicisées », que l'est le « vécu» de chacun dans cette Valée de joies et de larmes. J.C.

BIBLIOGRAPHIE

BARBIER(J.M.) : La vie et l'œuvre de CONSTANCE PASCAL, pionnière de la psychiatrie. Thèse de Médecine. CHAZAUD(J.): «CONSTANCE PASCAL,première femme aliéniste en France». Conférence prononcée le 27 mai 2000 devant la Société Française d'Histoire de la Médecine. Histoire des Sciences médicales.

v

A la mémoire de MOREL
qui écrivit pour la première fois
«

La Folie 'par amour ».

«

On nous pern1ettra

de comparer

nos

asiles à un vaste théàtre où se jouent toutes les passions et les erreurs du dehors, mais les véritables acteurs se trouvent dans le monde; c'est là, que dans l'intérêt de nos études, nous les prendrons avec leurs vices, leurs passions, leurs idées erronées, leurs n1aladies, les préjugés de toutes sortes qui faussent leur intelligence, avec toutes les causes n10rales et physiques, en un mot, qui prédisposent à l'aliénation nlentale, et qui en dernière analyse égarent la raison et pervertissent les sentin1ents.» MOREL. Traité théorique et pratique Taen tules (1853), page 77. des maladies

INTRODUCTION

--Lorsque VIRGILEaccompagna DANTEdans sa descente aux enfers, il attira son attention sur les désespérés qui crient et appellent l'amour perdu. On ne peut s'empêcher de penser à ces damnés d'Éros lorsqu'on écoute les plaintes des aliénés accablés par la douleur d'un amour meurtri. Les uns cachent la blessure d'un désir brisé, les autres expriment la révolte et la haine, et maudissent l'amour agonisant; enfin, d'autres paraissent épuisés, plient sous le fardeau d'une pléthore de malaises et cherchent la délivrance du mal qui les a vaincus. Déçus, insatisfaits, inassouvis, las ou révoltés, ils ignorent l'héroïsme du renoncement et celui de la résignation. Aucun n'a pu

s'élever jusqu'au désespoir lucide. Comme les « impurs
de MAURIAC, ls gardent encore « la volonté de pécher» i et souffrent de désir et de haine. Mais comment la Science nomme-t-elle ces suppliciés de l'amour? II

)}