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Champ Multiculturel, Transactions Interculturelles

De
288 pages
La différence comme lieu heuristique pour comprendre la modernité, pour comprendre les mutations sociales et culturelles de nos sociétés est l'axe de thématisation par lequel les contributions de cet ouvrage trouvent convergence. Des éclairages épistémologiques, conceptuels, méthodologiques sont proposés, des situations et des pratiques sont analysées pour poser la reconnaissance de la différence, la connaissance et la gestion de ses modalités d'expression dans différentes sphères de l'activité des humains comme enjeux essentiels de notre projet moderne de civilisation.
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CHAMP MUL TICUL TUREL, TRANSACTIONS INTERCULTURELLES

Des théories, des pratiques, des analyses

Sous la direction de Khadiyatoulah FALL Laurier TURGEON

CHAMP MULTICUL TUREL, TRANSACTIONSINTERCULTURELLES
Des théories, des pratiques, des analyses

L'Harmattan
5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Mise en page:

Bibiane Boivin

Sauf à des fms de citation, toute reproduction, par quelque procédé que ce soit, est interdite sans l'autorisation écrite de l'éditeur

@ L'Hannattan,

1998

ISBN: 2-7384-7071-8

Table des matières
Avant-propos. Remerciements. Liste des . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 9 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. Il . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 13

collaborateurs.

Introduction: Khadiyatoulah

Autour de la différence. Fall et Laurier Turgeon

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 19

Mondialisation de l'information: de l'espace public à l'espace
socioculturel. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 27 Andrea Semprini et Coline Klapisch

Les recherches interculturelles: héritages conceptuels et nouveaux
enjeux. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 61 Georges Vignaux, Khadiyatoulah Fall et Laurier Turgeon

L'identité culturelle et l'état anthropologue. Jacques Zylberberg et Yuki Shiose

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 99

L'interculturel à l'aune des traumatismes communautaires: les réfugiés
survivants de la torture. . .. . . .. . . . . .. . .. . .. . . . .. . . . . . . . .. . . . . .. . . .. . .. . . . . .. 133 Adrienne Chambon, Mulugeta Abai, Ben-Zion Shapiro, Susan McGrath, Teresa Dremetsikas et Suzanne Dudziak

Communication

en contextes cliniques interculturels: interprétariat et
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 157 Bilkis Vissandjée, Françoise Courville et Madeleine

filtrage de l'information. Antoine Lutumba Ntetu, Bourckau Marchand

Citoyenneté ou « citadinité »? Montréal ou les dilemmes d'une ville
pluriethnique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .,.. 165

Annick Germain

Les signes de l'identité: Je langage du voile et les exigences c;lu
pluralisme. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 181 Georges Leroux

Le juge et le hijab: les tribunaux face aux codes vestimentaires.
Nadia Khouri

. . . . . .203

Des représentations sociales aux transactions interculturelles: l'image des femmes arabes et son impact dans les situations de
conflit personnel. . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 215 Rachad Antonius et Naïma Bendris

Montréal et les autres régions du Québec au risque de la dénomination de l'Autre et de la régionalisation de l'Immigration. .. . .. . .. .. . . . . .. . .. .241
Khadiyatoulah Fall, Serigne Bamba Gaye et Laurier Turgeon

Identité revendiquée, identité attribuée, identité attribuée assumée: étude exploratoire auprès de jeunes néo-Québécois du Saguenay. . . . . . . . . . . .255
Khadiyatoulah Fall,Aoua Bocar Ly et Josée Savard

AVANT-PROPOS
Les différentes contributions de cet ouvrage s'inscrivent dans les préoccupations scientifiques de la Chaire d'enseignement et de recherche interethniques et interculturelles (CERII) de l'Université du Québec à Chicoutimi dont Khadiyatoulah Fall est le directeur ainsi que du Centre d'études interdisciplinaires sur les lettres, les arts et les traditions (CÉLAT) à l'Université Laval dont Laurier Turgeon assume la direction. Les activités scientifiques de la CERII visent à contribuer à la production des connaissances savantes et à développer une expertise canadienne dans les domaines des relations interculturelles et interethniques. La CERII s'intéresse à favoriser une meilleure compréhension de ces relations dans le contexte de la diversité issue de l'immigration, en accordant une attention particulière aux phénomènes qui se passent en dehors des lieux habituels de grande concentration des immigrés. Le CÉLAT est un centre de recherche interdisciplinaire qui réunit un ensemble de compétences disciplinaires variées: ethnololgie, sociologie, analyse des discours et des représentations sociales, littérature, histoire, géographie, archéologie, histoire de l'architecture et sémiotique. Les chercheurs du Centre se consacrent à l'étude de la construction des espaces identitaires dans trois lieux sensibles aux tensions identitaires dans nos sociétés postmodemes: les espaces étatiques ou nationaux, les espaces urbains et les espaces interculturels. Les chercheurs mènent des études comparatives pour voir comment les regards portés sur d'autres sociétés peuvent éclairer la compréhension du fonctionnement des dynamiques identitaires au Québec.

REMERCIEMENTS
Les éditeurs remercient les différents auteurs qui ont répondu avec empressement, malgré le court délai, à leur sollicitation de collaboration scientifique. Un remerciement spécial va à Madame Bibiane Boivin, secrétaire à la CERII, une collaboratrice infatigable, responsable et professionnelle dont l'excellent travail matériel a permis la parution rapide de cet ouvrage, ainsi qu'à Nathalie Gaudreault, assistante méticuleuse, qui a contribué à la révision linguistique du manuscrit. Ils remercient également les autorités et organismes qui appuient les activités de la CERn et encouragent le responsable dans son animation scientifique. Ainsi, M. Jean-François Moreau, doyen des études avancées et de la recherche à l'Université du Québec à Chicoutimi, dont la sensibilité et l'intérêt particuliers pour les problématiques interethniques et interculturelles sontun appui précieux. Le responsable de la CERII le remercie aussi pour avoir su un jour reconnaître la discrimination et appliquer les principes d'équité. Le responsable de la CERII remercie la Fondation de l'Université du Québec à Chicoutimi pour la constance de son soutien; le ministère du Patrimoine canadien et le Secrétariat d'État au multiculturalisme pour la confiance accordée et surtout pour leur grande sensibilité à la nécessité d'appuyer la réflexion sur la diversité ethnique et culturelle même dans des espaces peu encore confrontés au pluralisme; le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH) ainsi que le Fonds pour la formation de chercheurs et l'aide à la recherche (FCAR) pour les subventions de recherche octroyées aux projets des coéditeurs; le ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration du Québec pour son appui autour de projets de recherche et d'intervention en rapport avec la régionalisation de l'immigration; le CÉLAT, en particulier l'ex-directeur, Jocelyn Létoumeau , pour ses encouragements et ses critiques constructives. La CERII remercie les chercheurs de l'UQAC dont les contributions aux activités de la Chaire sont régulières: Antoine Lutumba Ntetu et Gilbert Larochelle dont les complicités intellectuelles sont stimulantes, François Vaillancourt, compagnon de toutes les épreuves.

Un merci tout spécial à Daniel Siméoni, chercheur associé à la CERII, dont l'amitié et l'éclairante collaboration scientifique motivent à continuer; à Serigne Bamba Gaye, également pour son amitié et pour le sérieux de sa collaboration scientifique; à Pierre Ouellet de l'UQAM, pour la continuité d'échanges scientifiques qui font progresser. Des remerciements à Danielle Juteau, titulaire de la Chaire d'études ethniques de l'Université de Montréal, à Marie McAndrew, directrice du Centre de recherche interuniversitaire de Montréal sur l'immigration, l'intégration et la dynamique urbaine, à Micheline Labelle de la chaire d'études ethniques Université du Québec à MontréaVConcordia pour avoir favorisé l'implication de la CERII dans différents projets de recherche et activités scientifiques de la métropole. Un remerciement pour terminer à N'Deye Marie Fall, représentante de l'Unesco au Canada dont les suggestions et réflexions permettent de saisir des perspectives d'approche intéressantes dans le dialogue des cultures et la promotion de la paix internationale. Dans l'ouvrage «Immigration et dynamiques locales» (1997), les éditeurs soulignent comme suit la solitude du chercheur sur

l'immigration et la diversité ethnique et culturelle en région: « Pour
faire image, il travaille de manière marginalisante et minoritaire sur une population minoritaire et souvent marginalisée. Il a donc fort peu de chances de constituer une équipe sur ce thème dans son université absorbée par des domaines quantitativement plus présents ainsi que d'entrer dans des équipes instituées de la métropole ». Grâce à la persévérance et avec l'appui des collaborateurs ci-haut mentionnés, la CERII a su briser cet isolement. Nous dédions cet ouvrage au Regroupementethnoculturel du Saguenay-Lac-St-Jean pour son travail pionnier dans la sensibilisation interculturelle au Saguenay-Lac-St-Jean et pour encourager les membres de cette association à continuer leurs actions malgré les difficultés rencontrées.

LISTE DES COLLABORATEURS
Mulugeta ABAI (B.A., B.ED) a été Coordinateur du programme des bénévoles du Canadian Center for Victims of Torture pendant quatre ans avant d'être nommé directeur du Centre en septembre 1994. TI

travaillaitauparavànt avec des réfugiés dans des programmes parrainés
par le gouvernement fédéral. Autrefois enseignant et directeur d'école, Mulugeta Abai est entré au Canada comme réfugié en 1983, après avoir séjourné un an dans un camp de réfugiés au Soudan. Il est chercheur associé au Centre d'excellence pour la recherche dans les domaines de l'immigration et de l'insertion à Toronto (CERIS), membre du programme Métropolis. Rachad ANTONIUS a obtenu son doctorat en sociologie de l'UQAM en 1992. Chercheur invité au Groupe de recherche ethnicité et société à l'Université de Montréal, il enseigne aussi au Collège Champlain Saint-Lambert. Il a publié des études en méthodologie de recherche, ainsi que sur les reerésentations des Arabes, sur les rapports de pouvoir en milieu rural en Egypte, sur les droits de la personne et la spécificité culturelle, sur les conflits israélo-palestiniens, ainsi que sur les organisations non gouvernementales et la société civile dans le monde arabe. Naïma BENDRIS a fait une maîtrise en sociologie à l'Université Laval, portant sur les femmes cadres dans la fonction publique au Maroc. Elle a entrepris un doctorat en sociologie à l'Université de Montréal portant sur la dimension interethnique dans les mariages mixtes entre femmes arabes et conjoints québécois. Jouissant d'une longue expérience en intervention sur les questions interculturelles, ses champs d'intérêts principaux incluent aussi les représentations sociales des femmes arabes et musulmanes, et les trajectoires de vie des mères immigrantes dans le système judiciaire dans le cadre du divorce et de la garde des enfants. Adrienne S. CHAMBON est professeure agrégée à la Faculté de travail social de l'Université de Toronto où elle coordonne les activités de la Chaire interdisciplinaire d'études ethniques pour sa faculté. Elle est chercheure assoc.iée au Centre d'excellence pour la recherche dans les domaines de l'immigration et de l'insertion en immigration à Toronto (CERIS), membre du programme Métropolis. Ses activités de recherche portent sur les populations réfugiées et les pratiques théoriques et méthodologiques dans les études interculturelles. Elle a par ailleurs codirigé (avec A. Irving et L. Epstein) un ouvrage réflexif

sur le travail social intitulé Reading Foucault for Social Work (à paraître à Columbia University Press). Françoise COURVILLE prépare un doctorat en mesure et évaluation (sciences de l'éducation). Elle est déjà détentrice d'une maîtrise en sciences infirmières. Elle est actuellement professeure au Département des sciences humaines de l'Université du Québec à Chicoutimi et membre du Comité d'allaitement maternel de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Les aspects culturels des soins infirmiers constituent une de ses préoccupations de recherche. Teresa DREMETSIKAS a d'abord exercé la médecine au Mexique, avant de travailler au CCVT où elle est arrivée il y a douze ans. Ses responsabilités au Centre ont été extrêmement variées: conseillère, praticienne de l'intervention en situation de crise, responsable du programme d'intervention de groupe dont elle a été l'une des facilitatrices. Elle est aujourd'hui Coordinatrice du programme d'insertion. Elle est chercheure associée au Centre d'excellence pour la recherche dans les domaines de l'immigration et de l'insertion à Toronto (CERIS), membre du programme Métropolis. Suzanne DUDZIAK est candidate au doctorat à la Faculté de travail social de l'Université de Toronto. Ses intérêts et son expérience l'ont attirée vers le travail de développement communautaire et la recherche participative avec les communautés autochtones et d'autres groupes défavorisés au Canada. Elle a également travaillé avec les mouvements sociaux et les communautés paysannes d'Amérique centrale. Elle est chercheure associée au Centre d'excellence pour la recherche dans les domaines de l'immigration et de l'insertion à Toronto (CERIS); membre du programme Métropolis. Khadiyatoulah FALL est professeur titulaire de linguistique et responsable scientifique de la Chaire d'enseignement et de recherche interethniques et interculturels (CERII) de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC). Il est l'auteur de nombreux articles et livres dans différents domaines (linguistique de l'énonciation, pragmatique, analyses de discours, études interculturelles). Ces trois dernières années, il a publié deux ouvrages: L'intégration des immigrants au Québec. Des variations de définition dans un échange oral (en collaboration avec M. Buyck; Sillery, Septentrion, 1995) et Stratégies énonciatives, argumentatives et notionnelles dans des discours rapportés de la presse écrite. Il a de plus codirigé 5 ouvrages: Les espaces de l'identité (Québec, Presses de l'Université Laval, 1997); Convergences culturelles dans les sociétés pluriethniques (Québec, 12

Presses de l'Université du Québec, 1996), Polysémie et construction du sens (Montpellier, Presses de l'Université de Montpellier, 1996) et Mots et représentations: enjeux dans les contacts interculturels (Ottawa, Presses de l'Université d'Ottawa, 1994). Ses recherches actuelles portent sur l'analyse en discours du lexique identitaire pour vérifier, à partir des discours doxiques écrits ou oraux, comment s'effectuent les processus de catégorisation du sens et des valeurs liées aux représentations de Soi et de l'Autre, en dégageant les prototypes autour desquels s'organise le domaine notionnel de « l'intersubjectivité» dans les configurations esthésiques des dernières années au Québec. Ses recherches souhaitent également apporter une contribution fondamentale à la relecture de la sémantique du prototype en inscrivant la réflexion dans une perspective discursive, énonciative et interculturelle. Serigne Bamba GA YE est étudiant au doctorat et chercheur associé à la Chaire d'enseignement et de recherche interethniques et interculturels (CERII) de l'Université du Québec à Chicoutimi. Ses recherches portent sur les constructions identitaires, l'analyse et l'évaluation du processus de décentralisation au Sénégal. Annick GERMAIN est professeure chercheure à l'INRSUrbanisation dont elle assume aussi la direction depuis l'automne 1997. Sociologue de formation, diplômée de l'Université catholique de Louvain (Belgique) et de l'Université de Montréal. Elle est professeure à l'Institut d'urbanisme de l'Université de Montréal depuis 12 ans. Elle a, récemment, participé à la mise sur pied du Centre d'excellence Immigration et Métropoles financé par Citoyenneté Immigration Canada et par le CRSH. Nadia KHOURI travaille depuis de nombreuses années sur les identités dans les sociétés .d'immigration, les politiques comparées du multiculturalisme et les chartes des droits et libertés. Elle a publié Le biologique et le social (1990), Qui a peur de Mordecai RichIer? (1995), a dirigé Discours et mythes de l'ethnicité (1992) et codirigé American Dream 1930-1995 (1996). Plusieurs de ses articles portent sur l'analyse des convergences civiques dans les sociétés multiculturelles, notamment: «Des classifications labiles: ordres politiques et métissages» (1992), «L'Autre est aussi "je", ou; le théâtre de l'altérité volontaire» (1992), «Nous sommes tous "distincts": heurts et malheurs d'une formule définitionnelle» (1994), «Des passions et des droits» (1994), «Pacte d'origine I Multiculture / Citoyenneté» (1996), «La panique devant le multiculturaIisme» (1996), «Comment le Nunavut a vu le 13

jour» (1996). Elle enseigne la philosophie du droit et l'épistémologie des sciences sociales à Dawson College. Coline KLAPISCH est sémiologue, Docteure en linguistique (ERESS) et chargée de cours au CELSA de Paris (Paris IV-Sorbonne). Georges LEROUX est professeur au Département de Philosophie de l'Université du Québec à Montréal. Spécialiste de philosophie grecque (en collab. Platon. Le Banquet, Paris, Hachette, 1998), il s'intéresse aux rapports de la religion et de l'identité dans la culture contemporaine. Sous le titre Le philosophe et la traversée du siècle, il vient de faire paraître des entretiens avec Raymond Klibansky (Paris, Les Belles Lettres, 1998). Aoua Bocar LY est titulaire d'un doctorat en sociologie de l'Université de Montréal. Ses recherches portent sur la problématique des femmes et du développement et elle a publié différents travaux dans ce domaine. Elle est également impliquée dans la recherche et l'intervention sur l'intégration des femmes africaines en contexte québécois et canadien. Elle a été chercheure à la Chaire d'enseignement et de recherche interethniques et interculturels (CERn) de l'UQAC ainsi qu'à la Chaire d'études ethniques de l'Université de Montréal. Madeleine BOURDEAU MARCHAND est détentrice d'une maîtrise en sciences infirmières, elle travaille actuellement comme chargée de cours et agente de recherche à la Faculté des sciences infirmières de l'Université de Montréal, particulièrement dans des projets traitant de la diversité culturelle. Susan McGRATH est professeure adjointe à l'École de travail social de l'Université de York à Toronto (Atkinson College), où elle enseigne principalement les modes d'intervention communautaires. Sa thèse doctorale porte sur la relation entre savoir et pouvoir appliquée au cas du Social Planning Council, une ONG engagée en faveur du progrès social. Auparavant, Susan McGrath avait travaillé dans plusieurs organisations avec des communautés diverses sur les questions de justice sociale, de lutte contre la pauvreté, de participation citoyenne, et le problème du logement; ses analyses des politiques sociales en cours contribuent à des modalités de recherche participative. Elle est chercheure associée au Centre d'excellence pour la recherche dans les domaines de l'immigration et de J'insertion à Toronto (CERIS), membre du programme Métropolis. Antoine LUTUMBA NTETU est professeur et directeur du module des sciences de la santé à l'Université du Québec à Chicoutimi. TI détient un doctorat en andragogie, une maîtrise en sciences infirmières, 14

et un diplôme de médecine sociale et préventive. Les interactions en contextes cliniques pluriculturels est l'un de ses champs d'intérêt en recherche. TI bénéficie d'une subvention du gouvernement fédéral canadien et de la Fondation de l'Université du Québec à Chicoutimi pour étudier la problématique de la communication entre les professionnels de la santé et les usagers issus d'ethnies minoritaires. Josée Mpiga SA VARD est étudiante à la maîtrise en éducation à l'Université du Québec à Chicoutimi. Ses travaux portent sur l'éducation interculturelle et elle est fortement impliquée dans l'action communautaire pour l'intégration des immigrants au Saguenay-Lac-StJean. Andrea SEMPRINI est sociologue et sémiologue. Maître de conférences à l'Université de Lille 1, où il enseigne la sociologie de la culture. Derniers ouvrages parus, «Le Multiculturalisme », Paris, PUP, colI. «Que sais-je », 1997 et «L'information en continu. France Info et CNN »,Paris, Nathan, colI. "Médias Recherches", 1997. Ben ZION SHAPIRO est professeur émérite à la Faculté de travail social de l'Université de Torontq. Il a pratiqué, étudié, et puis enseigné le travail social au Canada, aux Etats-Unis et en Israël, particulièrement dans les domaines de l'organisation communautaire et du travail de groupe, les modalités d'aide informelle et les réseaux de socialité. Son travail le plus récent porte sur l'expérience des immigrants et des réfugiés au Canada et en Israël. TI est chercheur associé au Centre d'excellence pour la recherche dans les domaines de l'immigration et de l'insertion à Toronto (CERIS), membre du programme Métropolis. Yuki SHIOSE .a obtenu son Ph.D. en anthropologie de l'Université Laval. Elle est professeure agrégée à l'Université de Sherbrooke et vicedoyenne à la recherche de la Faculté de théologie, d'éthique et de philosophie. Elle a publié de nombreux travaux sur l'anthropologie culturelle, l'anthropologie religieuse et l'anthropologie scolaire, en Angleterre, en Belgique, au Canada, en France et au Japon. Adresse: FaTEP, Université de Sherbrooke, Sherbrooke, Québec, Canada, JIK2R 1. Courrier électronique: yshiosO1@courrier.usherb.ca Laurier TURGEQN est professeur titulaire d'histoire et d'ethnologie et directeur du CELAT (Centre d'études interdisciplinaires sur les lettres, les arts et les traditions) à l'Université Laval, Québec, Canada. En 1998-1999, il a obtenu un Mellon Fellowship pour étudier au Newberry Library à Chicago. TIa publié plusieurs articles et dirigé des ouvrages traitant des relations interculturelles et des métissages, notamment «Les espaces de l'identité» a'ùx Presses de l'Université 15

Laval en 1997 (en collaboration avec J. Létoumeau et K. Fall), « Ethnologies francophones de l'Amérique et d'ailleurs» aux Presses de l'Université Laval en 1997 (en collaboration avec A.-M. Desdouits)

et « Transferts culturels et métissages Amérique-Europe, XVIe - XXe
siècle» aux Presses de l'Université Laval et chez l'Harmattan en 1996 ( en collaboration avec R. Ouellet et D. Delâge ). TI va éditer très

prochainementl'ouvrage « Les entre-lieuxde la culture» aux Presses
de l'Université Laval. Georges VIGNAUX est Directeur de recherche au Centre National de la Recherche sc}entifique. Il est rattaché à l'Institut National de la Langue française (Ecole Normale Supérieure de Saint-Cloud). Dans ce cadre, il est responsable d'une équipe de recherche intitulée «Lexicographie et Hypertextes », consacrée à la modélisation du lexique et des stratégies cognitives de lecture en vue de la construction d'interfaces de 'navigation' dans des dictionnaires électroniques, et d'un programme européen nomn1é « Parole» ayant pour objectif la collecte d'un des plus grands corpus du français sous forme d'une base de données de vingt millions de mots extraits de domaines spécialisés et mis aux normes numériques. TI est l'auteur de nombreuses publications traitant des questions d'argumentation, de discours, de sémantique et de représentations réciproques (interculturelles). Citons parmi ses ou~rages: «Le Discours, acteur du monde », «Argumentation et Enonciation» (Paris, Ophrys, 1988) et « Les Sciences cognitives: une introduction », Paris, La Découverte, 1992,360 p. Le Livre de Poche, 1994. TI a participé aussi à plusieurs ouvrages collectifs dont: (1) «Mots, Représentations: enjeux dans les contacts interculturels », coédité en collaboration avec K.Fall et D. Siméoni, Presses de l'Université d'Ottawa, Canada, 1994,418 p. (2) « Langues et langage. rhétorique (1) et (2) ». Coédition avec A. Boyer, Hermès n° 15 et 16,

Mélanges offerts à Antoine Culioli » (éds: J. Bouscaren, J.-J. Franckel et S. Robert), Paris, PUF, 1995, pp. 565-582. (3) « Argumentation et Paris, CNRS, 1996, 323 p. et 326 p.(4) « De la langue au qiscours:
système et opérations », in: De l'actualisation, Paris, CN.RS Editions, 1998, pp. 219-236. Bilkis VISSANDJÉE est détentrice d'un doctorat en santé publique et d'une maîtrise en sciences infirmières. Elle est actuellement professeure et codirectice du Centre d'excellence pour la santé des femmes à l'Université de Montréal. Ses préoccupations de recherche touchent les comportements d'utilisation des services de santé par des femmes immigrées originaires des pays en développement. Elle travaille 16

aussi sur des projets ayant pour cible les femmes immigrantes installées dans la région métropolitaine de Montréal. Elle bénéficie actuellement d'une subvention du gouvernement fédéral canadien pour travailler avec les femmes africaines sur les pratiques traditionnelles. Jacques ZYLBERBERG est Docteur en sciences politiques et sociales de l'Université de Louvain, est professeur titulaire au Département de science politique de l'Université Laval. TI a enseigné aussi à Paris I, à Louvain, à Bordeaux, à Stony Brooke, à Concepcion du Chili, etc. Il a .publié de nombreux travaux scientifiques sur la sociologie politique, les politiques comparées, la sociologie des religions, les théories sociopolitiques et la socialisation politique, en Allemagne, en Argentine, en 1)ngleterre, en Belgique, au Chili, au Costa-Rica, au Canada, aux Etats-Unis, en France, en Italie, en Tunisie, etc. Adresse: Département de science politique, Université Laval, Cité-universitaire, Ste-Foy ,Québec, Canada, G 1K-7P4. Courrier électronique: zyl @total.net

17

INTRODUCTION AUTOUR DE LA DIFFÉRENCE Khadiyatoulah FALL CERII, Université du Québec à Chicoutimi Laurier TURGEON CÉLAT, Université Laval

Dans son récent «Que sais-je?» sur le multiculturalisme, Andrea Semprini (1997) reprend David Goteberg lorsque ce dernier affirme que « l'hétérogénéité précède toujours, logiquement et socioculturellement, l'homogénéité ». S'agissant de l'analyse des sociétés humaines, l'opinion en effet semble dominer que l'homogène serait premier. Nous préférons poser la différence comme première et dire que l'occultation de ce fait découle historiquement de difficultés théoriques ou pratiques à analyser et à gérer le complexe. La différence comme lieu heuristique pour comprendre la modernité, pour comprendre les mutations sociales et culturelles de nos sociétés est l'axe de thématisation par lequel les contributions de cet ouvrage trouvent convergence. Des éclairages épistémologiques, conceptuels, méthodologiques sont proposés, des situations et des pratiques sont analysées pour tous poser la reconnaissance de la différence, la connaissance et la gestion de ses modalités d'expression dans différentes sphères de l'activité des humains comme enjeux essentiels de notre projet moderne de civilisation.

Dans l'article « Mondialisation de l'information: de l'espace public à
l'espace socioculturel », Andrea Semprini et Caroline Klapisch abordent le problème de la mondialisation de l'information et ses conséquences en termes de réception. Pour ce faire, ils utilisent comme tremplin CNN, la chaîne d'information continue présente à l'échelle planétaire. L'analyse de ce média leur permet d'expliciter et de critiquer les présupposés théoriques, culturels et idéologiques qui voudraient qu'il existe un espace homogène de réception correspondant à un espace

CHAMP

MULTICULTUREL,

TRANSACTIONS

INTERCULTURELLES

homogène de production. Les auteurs partent de l'analyse du dispositif discursif de CNN et introduisent la notion d'espace socioculturel afin de décrire le rôle de l'information dans un contexte international. La première partie de l'article propose une lecture critique de la notion d'espace public chez Hab~rmas et en montre les limites en ce qui concerne la compréhension du rôle des médias internationaux; la seconde partie explicite le contenu idéologique de la rhétorique mondialiste; la troisième partie met à jour le projet hégémonique de CNN dans sa tentative de construire un espace socioculturel homogène. La contribution de Georges Vignaux, Khadiyatoulah Fall, Laurier Turgeon dans l'article «Les recherches interculturelles: héritages conceptuels et nouveaux enjeux» est une réflexion sur les notions de culture, d'interculturel ainsi que sur les conditions épistémologiques d'émergence de la recherche interculturelle. Différents courants scientifiques de pensée sont analysés pour indiquer comment ils ont permis de développer des champs spécifiques de recherche qui ont tous à voir avec les mutations de la culture et le pluralisme culturel. Les auteurs tentent également d'identifier les grandes questions qui ont fait intrusion dans les débats sociaux et scientifiques suite au développement des situations multiethniques et multiculturelles. Pour les auteurs, l'enjeu interculturel en est un de société qui est de plus en plus conduite à se penser et à se vivre à la fois comme une et comme plurielle. L'objectif principal de la recherche interculturelle est alors celui d'aider à repenser et à retravailler sur les relations entre culture et société dans une double perspective: celle d'un travail d'ouverture et celle d'un travail d'analyse et de redéfinition des concepts agissant comme repères dans la société.

L'articlede Yuki Shiose et Jacques Zylberberg « L'identité culturelle et
l'État anthropologique» continue la réflexion épistémologique autour de la notion d'identité culturelle et situe le questionnement dans le contexte québécois. Pour les auteurs, depuis le 1ge siècle, les sciences humaines et sociales ont développé deux approches de l'identification culturelle des acteurs sociaux. La première approche a construit un champ sémantique où les co-occurrences -race, culture, identité- sont devenues synonymes et tautologiques. Cette approche naturaliste et 20

AUTOUR

DE LA DIFFÉRENCE

culturaliste devient l'objet d'études d'une seconde approche qui considèrent le culturalisme comme un processus de catégorisation idéologique dans un champ culturel, délimité par l'État central qui organise la compétition inégale entre les acteurs sociaux. Cet État anthropologue, définisseur de la culture, en symbiose avec l'intelligentsia culturaliste, est illustré par les énoncés politiques de la gouverne québécoise.

AdrienneChambonet SusanMc Grath dans l'article « L'interculturel à
l'aune des traumatismes communautaires: les réfugiés survivants de la torture» proposent une étude sur la construction du lien social avec des populations de réfugiés victimes de la torture dans le cadre d'un projet mené en collaboration entre le Centre canadien des victimes de la torture (CCVT), la Faculté de travail social de l'Université de Toronto et l'École de travail social de l'Université de York. Au-delà des questions de psychologie individuelle, elles abordent la question des réfugiés d'un point de vue communautaire. Elles traitent en particulier de l'orientation communautaire des pays d'origine, et de l'impact des traumatismes collectifs sur ces orientations. Suite à des événements graves, l'orientation collectiviste se trouve bouleversée par une profonde fracture collective. Les auteures examinent cette problématique socioculturelle telle qu'elle se développe parmi les réfugiés clients du Centre; les stratégies de construction culturelle imaginées par le Centre pour résoudre cette fracture, en particulier un programme d'insertion qui tisse des liens interpersonnels entre nouveaux venus et bénévoles; enfin, comment cette problématique se voit répercutée dans les pratiques de recherche de l'équipe jusqu'à les modifier. Ce sont également des questions de pratiques de recherche qui sont au

coeur du texte « Communication en contextes cliniques interculturels:
interprétariat et filtrage de l'information» de Antoine Lutumba Ntetu, Bilkis Vissandje, Françoise Courville et Madelaine Bourdeau Marchand. Les auteurs s'interrogent sur l'interprétariat en contextes cliniques interculturels qui est une démarche couramment utilisée pour faciliter la communication entre les professionnels de la santé et les usagers. Cependant, malgré la présence d'un interprète, la communication interculturelle atteint difficilement un niveau relationnel 21

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et informatif significatif. Il semble que la présence d'une tierce partie crée dans l'acte même de la communication une dimension culturelle additionnelle qui accentue le filtrage de l'information et rend aléatoires les succès des échanges. Dès lors, il devient impératif de réévaluer la nature de la contribution de l'interprète dans la perspective du filtrage de l' information. Des analyses de situations et de pratiques interculturelles, de gestion de la diversité dans l'espace québécois, retiennent les articles de Annick Germain, de Georges Leroux, de Nadia Khoury, de Rachad Antonius et Nahima Bendris, de Khadiyatoulah Fall/Laurier Turgeon et leurs collaborateurs. Annick Germain, dans l'article «Citoyenneté ou citadinité? Montréal ou les dilemmes d'une ville pluriethnique» indique combien la diversité ethnoculturelle est devenue une des composantes incontournables de la réalité montréalaise. Cette nouvelle réalité semble nourrir des représentations divergentes qui écartèlent les Montréalais entre le registre des débats et des normes politiques et celui des espaces vécus de la vie quotidienne. C'est du moins 1'hypothèse proposée par l'auteure, qui retrace l'évolution des rapports entre la question de l'immigration et la question nationale au Québec ainsi que les modes de cohabitation interethnique dans la vie de quartier.

Georges Leroux, dans l'article « Les signes de l'identité: le langage du
voile et les exigences du pluralisme », propose une réflexion autour du débat sur le port du voile coranique et soulève les problèmes complexes d'interprétation pour une société qui ne donne aucun signe de croissance de l'intégrisme musulman. Il propose trois registres de signification différents: l'appartenance culturelle en contexte d'acculturation, l'appartenance religieuse et l'interpellation morale et spirituelle. L'analyse montre que le pluralisme exige de tenir compte de ces trois registres de la signification et de critiquer une interprétation purement politique du port du voile.

Nadia Khoury, dans l'article « Le juge et le hijab: les tribunaux face
aux codes vestimentaires» continue avec la polémique suscitée au Québec par le port du hijab. C'est le cas d'une musulmane coiffée d'un 22

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hijab, citée à comparaître devant une cour municipale et qui s'est vue, dit la rumeur, interdire l'accès au tribunal, n'ayant pu se résigner à se découvrir et à ôter son foulard comme l'exige le code vestimentaire des tribunaux canadiens qui oriente la réflexion de Khoury. Le but de cette étude est de réfléchir sur les façons dont une société comme la nôtre apprend à négocier le pluralisme, entendu comme sa diversité morale et culturelle, dans le cadre défini par une charte des droits et libertés. L'étude montre comment des situations d'affrontement culturel entre citoyens et magistrats déclenchent toujours une spirale de malentendus qui peuvent déboucher soit sur un tohu-bohu d'aigres débats pour lesquels les médias servent de caisse de résonance, soit sur une résolution qui dépend de l'harmonisation de deux instances: 1) d'un système judiciaire tenu à la fois de faire respecter le droit commun sans acception d'ethnie, de sexe ou de religion, et appelé à être sensibilisé à la réalité de la diversité culturelle sans pour autant avoir à particulariser le droit dans chaque cas qui se présente, et 2) de centres de recherche et d'information multiculturelle capables de procurer des spécialistes qui serviront de personnes ressources et de médiateurs entre les communautés. Ce cas montre que dans toute situation multiculturelle concrète, plusieurs aspects identitaires - identité culturaliste, identité sexuelle, identité civique éventuellement contradictoires entre eux, s'enchevêtrent. Dans le système judiciaire d'une société multiculturelle, le défi qui se présente aux magistrats est de trouver les convergences civiques sans prétendre faire triompher les particularismes des uns et des autres sur les règles fondamentales du droit. Le texte de Rachad Antonius et Nahima Bendris «Des représentations sociales aux transactions interculturelles: l'image des femmes arabes et son impact dans les situations de conflit personnel» fait écho, d'une certaine manière, aux deux articles précédents. Ce texte constitue un déblayage préliminaire et une mise en relation des facteurs qui caractérisent les représentations dominantes des femmes arabes dans la société québécoise, ainsi qu'une réflexion sur la façon dont ces représentations interviennent dans... les transactions sociales, en particulier en situation de conflit judiciarisé. Les auteurs ont tenté 23

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d'identifier les processus qui sont en jeu dans de telles situations, sur la base d'un nombre restreint de cas et d'une très grande expérience dans le travail d'intervention sur les représentations des Arabes. L'étude empirique de ces processus reste à faire. Au niveau des représentations des femmes arabes, les auteurs constatent que les représentations dominantes sont extrêmement réductrices et qu'elles ne tiennent pas compte de la grande diversité de situations concrètes dans lesquelles se trouvent les femmes dans le monde arabe. De plus, ces représentations sont fortement affectées par le rapport de domination qui caractérise la relation entre les sociétés occidentales et les sociétés arabes. Quant à l'impact .de ces représentations dans des situations de conflits matrimoniaux judiciarisés, les auteurs proposent certaines hypothèses pour l'analyser. Ils soulignent entre autres que ces représentations sont très présentes, qu'elles sont dévalorisantes, et que la non-formulation explicite, mais très réelle de certaines de ces représentations rend l'action de s'en dissocier plus difficile pour les femmes arabes.

Dans l'article « Montréalet les autresrégionsdu Québec au risque de la
dénomination de l'Autre et de la régionalisation de l'immigration», Khadiyatoulah Fall, Serigne Bamba Gaye et Laurier Turgeon déplacent la problématique de la diversité ethnique et culturelle dans des espaces du Québec peu sollicités par l'immigration. Depuis 1991, le gouvernement du Québec s'est lancé dans une politique de régionalisation de l'immigration, politique qui s'inscrit dans une démarche globale de gestion de la diversité et du pluralisme ethnique et culturel. Suite aux nombreux discours d'exclusion qui ont suivi le référendum québécois de 1995 et la création d'un ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration du Québec (anciennement ministère des Communautés culturelles et de l'Immigration), le mandat a été confié en 1926 au Conseil des relations interculturelles du Québec de mener une consultation provinciale sur la diversité et les relations civiques. La problématique de la régionalisation de l'immigration a été un point important des Audiences tenues par le Conseil. L'article de Fall, Gaye et Turgeon présente les enjeux de ce débat, tels qu'ils se sont exprimés à travers les mémoires en provenance 24

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de la métropole Montréal et ceux des autres régions du Québec. Les auteurs ont analysé les mémoires sous deux aspects: 1) leur exploitation des termes de désignation de l'Autre et de Soi, 2) les représentations véhiculées autour du concept de régionalisation ainsi que les enjeux qu'il mobilise pour les différents protagonistes. L'article indique une grande diversité terminologique dans la dénomination de ceux qui ne sont pas des Québécois francophones de vieille ascendance, ceci autant dans le discours montréalais que dans celui des régions: néo-Québécois, Québécois d'adoption, Québécois issus de l'immigration, citoyens d'origines autres que la majorité, communautés culturelles, communautés ethnoculturelles, communautés ethniques, minorités culturelles, minorités visibles, etc. Les auteurs montrent que dans le discours montréalais, la diversité dans la dénomination n'est pas aléatoire. Elle est thématisée selon des lieux d'ancrage précis et elle permet de refléter les différentes préoccupations et situations reliées à la présence en contexte métropolitain d'une forte population issue de l'immigration. Dans les mémoires de l'extérieur de Montréal par contre, il est difficile d'identifier un paramétrage discursif dans les termes de désignation. TItransparaît dans ces derniers textes une interchangeabilité des expressions, expressions qui toutes convergent à distinguer un Québécois d'origine endogène et un Québécois d'origine exogène qui est l'immigrant, construit comme un individu continuellement dans une situation d'arrivant, jamais au centre, jamais à l'aboutissement d'un processus. L'article indique également que la politique de régionalisation de l'immigration ne fait pas consensus et qu'elle est source de polémique et d'incompréhension. Cette polémique fait écho aux tensions actuelles entre Montréal et les régions autour de la problématique de la décentralisation et de la définition des priorités des uns et des autres. C'est le même contexte géographique qui est à l'origine de l'article «Identité revendiquée, identité attribuée, identité attribuée assumée: étude exploratoire auprès de jeunes néo-Québécois du Saguenay» de Khadiyatoulah Fall, Aoua Bocar Ly et Josée Mpiga Savard. Dans cet article, les auteurs se sont interrogés sur les stratégies identitaires de jeunes adolescents québécois dont les parents sont issus de 25

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INTERCULTUREUES

l'immigration. Cette étude exploratoire montre que l'identité d'emblée revendiquée par ces jeunes dans l'espace public n'est pas celle que leur attribuent leurs homologues québécois francophones de vieille ascendance de même âge, ni le milieu régional. Leur aspiration à être identifiés avant tout comme de jeunes Québécois d'un certain âge, porteurs d'aspirations scolaires, d'opinions personnelles et de valeurs qui sont celles de leur groupe d'âge se heurte à une identité qui leur est projetée. Une identité différentielle leur est collée, dont la localisation référentielle réside dans les origines ethniques et culturelles des parents. Cette identité attribuée, les jeunes néo-Québécois ne la repoussent pas, bien qu'elle ne soit pas celle à travers laquelle ils souhaitent proclamer leur visibilité sociale: ils disent d'ailleurs assumer sans problème l'héritage culturel de leurs parents. Les résultats de cette étude indiquent que les jeunes néo-Québécois interviewés vivent sans tension, sans conflit leur double appartenance, c'est-à-dire celle qu'ils portent par leur appartenance au Québec et celle qu'ils héritent de l'histoire de leurs parents. Les jeunes parlent même d'une identité hybride, plurielle. Les résultats de la présente étude vont dans un sens opposé à ceux des études européennes qui concluent souvent par un conflit de valeurs incontournable vécu par les jeunes issus de l'immigration.

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MONDIALISATION DE L'INFORMATION: L'ESPACE PUBLIC À L'ESPACE SOCIOCUL TUREL Andrea SEMPRINI
Université de Lille 1

DE

Coline KLAPISCH CELSA de Paris, (Paris IV-Sorbonne)

IN1RODUCI10N La problématique de la mondialisation est au centre des préoccupations actuelles. TI semble en effet qu'on ne puisse plus envisager les problèmes aujourd'hui sans prendre comme contexte le monde entier, qu'il soit devenu insuffisant de se limiter au cadre national. Ce discours, largement diffusé, est supporté à la fois par des évidences économiques et par des faits de société, comme par exemple la croissante mobilité des individus et l'augmentation des échanges commerciaux internationaux. Un des phénomènes les plus marquatlts de cette perspective globalisante est celui de la mondialisation de l'information. L'évolution technologique permet désormais aux médias audiovisuels de diffuser leurs émissions partout dans le monde. Certains en ont un peu hâtivement conclu qu'à une diffusion mondiale allait tout naturellement correspondre une réception mondiale. CNN représente parfaitement cette approche. Il s'agit en effet d'une chaîne diffusée dans le monde entier et qui, de plus, se nourrit de ce discours globalisant. Les intitulés mêmes des programmes nous le confilment. On y sert des global news, du global à toutes les sauces1. CNN développe une rhétorique selon laquelle il existe bel et bien un espace homogène de réception qui correspond à un espace homogène de production. Notre propos dans cet article sera d'expliciter et de critiquer les présupposés théoriques, culturels et idéologiques d'une telle position. À

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INTERCULTURELLES

partir d'une analyse2 du dispositif discursif deCNN, nous introduirons la notion d'espace socioculturel, pour décrire le rôle de l'information dans un contexte international. L'article est divisé en trois parties. La première propose une lecture critique de la notion d'espace public chez Habermas. Elle en montre les limites en ce qui concerne la compréhension du rôle social des médias internationaux. La seconde partie s'attache à expliciter le contenu idéologique de la rhétorique mondialiste. La troisième partie met à jour le projet hégémonique de CNN dans sa tentative de construire un espace socioculturel homogène.

1. ESPACE PUBLIC ET ESPACE SOCIOCULlUREL Espace public et .information

Ces dernières années, la notion habermassienne d'espace public a souvent été utilisée dans l'analyse du rôle social des médias, pour souligner leur capacité à construire un lieu symbolique de rencontre et d'échange, qui finit par représenter un double simulacre de l'espace social et politique "réel". Les médias, et la télévision en premier lieu, seraient susceptibles de construire un espace public dans la mesure où ils offrent une médiation unifiée et concentrée à la fracture du tissu social. Pour reprendre sur ce point la plaidoirie de Dominique Wolton en faveur d'une télévision généraliste (1990), cette dernière permet à un large public, hétérogène dans ses aspects sociaux, économiques, sociodémographiques etc., de constituer un public homogène et unifié, grâce à la grille télévisuelle généraliste prise dans son ensemble. L'espace public construit par les médias électroniques de masse est donc le corrélat symbolique de ce plateau virtuel et homogénéisant, dont il représenterait la condition de possibilité. Dans la version originale, la notion d'espace public est strictement liée à l'émergence d'une classe bourgeoise et d'une société civile, où les problèmes des citoyens et de la société sont discutés, par l'ensemble de 28