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Champs sociologiques et éducatifs

De
306 pages
Les textes en français ainsi qu'en langue portugaise réunis dans ce livre nous apportent une nouvelle dimension de la transdisciplinarité et multiculturalité dans la construction de la socialisation/éducation. La formation plurilingue, multiculturelle et le life long learning sont devenus une espèce de "dogmes européens". La vie exige, de plus en plus, de nouvelles compétences, ce qui se caractérise par une hausse de la formation générale.
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Champs Sociologiques et Éducatifs – Enjeux au-delà des frontières Teresa Carreira / Alice Tomé

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Teresa Carreira Alice Tomé

Avant-Propos
De la diversité des “champs” et des réseaux du savoir Cet ouvrage, « Champs Sociologiques et Éducatifs. Enjeux au-delà des frontières », est le résultat de recherches menées au sein de plusieurs équipes d’investigation en sociologie et en sciences de l’éducation, en France et au Portugal. Ce livre collectif est issu de dialogues et de l’entente entre chercheurs français et portugais, appartenant à différentes institutions et centres de recherche de chacun des pays. Son caractère interdisciplinaire et international, s’inscrit à la suite de l’ouvrage publié, en 1998, par les Éditions l’Harmattan, sous le titre « Éducation au Portugal et en France. Situations et perspectives ». Selon les principes et les engagements du processus de Bologne, l’Université et les chercheurs doivent être prédisposés à innover et à échanger leurs savoirs au-delà des frontières. Les scientistes doivent, de plus en plus, se constituer en réseaux pour concrétiser les aspirations politiques, scientifiques et éducatives de l’Europe. Dans cette perspective, plusieurs enseignants-chercheurs et quelques doctorants, apportent ici leur contribution, essayant de s’inscrire dans les défis lancés aux universités.

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Avant-Propos

Le thème « champs sociologiques et éducatifs... » est très vaste, et, de ce fait, nous avons des travaux assez diversifiés, ce qui est le premier mérite de cet ouvrage. Les champs ne sont pas des structures figées, comme l’a bien montré Pierre Bourdieu, les affinités existent, même symboliques, et conduisent à des liens et à des intérêts spécifiques. L’hétérogénéité s’exprime tant par les « champs » des travaux réalisés que par la langue des auteurs, le pays, les laboratoires et les disciplines auxquelles les chercheurs sont attachés, etc. Le plus important est que l’on puisse lire le dialogue, le croisement des problématiques et des réflexions à travers cet ouvrage. L’auteur est un artisan, un créateur d’idées : nous trouvons ici des réflexions sur l’enseignement supérieur, les liens sociaux, l’émigration, l’imaginaire, le système éducatif, la socialisation, le sport, le sacré et la religion, le pouvoir dans les organisations, la formation, les valeurs et l’éthique. Les thèmes développés dans cet ouvrage croisent divers champs de la sociologie et des sciences de l’éducation. Par différents réseaux de communication, les auteurs ont été invités à s’exprimer sur un thème qui leur semblait pertinent, au regard des objectifs généraux de l’ouvrage. Tout d’abord nous présentons, par ordre alphabétique du prénom, les travaux en français, ensuite, nous présentons, aussi, par ordre alphabétique du prénom, les travaux en portugais. Alain Vilbrod – La dissémination du sacré : les ressources d’une culture pour s’adapter au monde moderne. L’auteur s’attache à « investiguer le champ religieux de la région Alréenne », un lieu du nom de « Sainte-Anne-d’Auray » en

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Bretagne, dans l’Ouest de la France. Ce lieu, entendu comme un espace « religieux-sacré » ou Haut-lieu. Alain Vilbrod développe ainsi épistémologiquement la notion de sacré associée à Haut-lieu en reliant les symboles et les fondements d’hier aux pratiques d’aujourd’hui. « Evoquer “la dissémination” du sacré, c’est montrer en quoi des prolongements existent, en quoi une culture qui se transforme allie régulièrement nécessités du présent et adaptation du passé ». Ali Aït Abdelmalek – La réforme du « L.M.D. » (licence, master, doctorat) en France : enjeux et difficultés. Il s’agit d’une réflexion autour du cadre de Bologne et du système d’enseignement supérieur. En prenant comme référence le cas de la France, l’auteur nous dit: « il faudra quelques années encore pour juger cette nouvelle organisation sur pièces. Mais, il est utile, d’ores et déjà, de s’interroger sur le défi de cette Réforme, et sur le degré d’enthousiasme qu’elle suscite. La capacité de la France à rester « dans le peloton de tête » des pays développés, à demeurer créative, et par conséquent à maintenir son modèle social, est liée à ses capacités de recherche, tant fondamentale qu’appliquée, et d’innovation ». La France a déjà adopté l’architecture du L.M.D., mais l’état de l’application de la réforme suscite encore des doutes et des questions. Alice Tomé – Émigration, Éducation, Lusophonie. Art et mémoire, monument luso-brésilien. Ce travail analyse le “champ migratoire” à partir de l’imaginaire et de l’art à l’émigrant et nous apporte une réflexion sur le lien social, culturel et éducatif, que les émigrants portugais entretiennent avec le Portugal. À travers l’étude sur la construction des monuments en honneur de l’émigration, on peut tenter de comprendre les migrations, les formes de citoyenneté, d’édu-

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cation et de socialisation des jeunes, dans la mesure où l’action exercée par la génération de migrants adultes peut avoir des effets sur les générations suivantes. Ces monuments montrent un intense lien social entre les générations et l’engagement de forces et de défis partagés. Les monuments à l’émigrant peuvent aussi aider à expliquer la métamorphose de l’émigrant en héros. Dans un contexte émigrant et immigrant, l’auteur analyse le monument luso-brésilien, en hommage à l’émigrant, construit à Laúndos, au Portugal. Michel Maffesoli – Vie enracinée, pensée organique, nous offre une contribution très riche et vraiment pertinente sur les multiples formes de liens et corrélations entre vie et pensée, évolution et ré-appropriation par les penseurs, « rapport qui va déterminer le « style » d’expression d’une époque donnée... Le lieu fait lien, notre manière de dire le lieu (environnement naturel) et le lien (social) sont en train de changer considérablement. A la mécanicité succède une sorte d’organicité : enjeu épistémologique qu’il convient d’assumer !... On peut dire que l’artiste, c’est quelqu’un qui a le courage de dire oui. Il semblerait, de nos jours, qu’un tel courage, tout à la fois renouvelé et enrichi par l’expérience, soit une vertu, très souvent immorale, de plus en plus répandue : dire oui, tout de même, à la vie ! ». Teresa Carreira – L’Université dans tous ses états. (I) – L’Espace de l’enseignement supérieur européen. Le cas du Portugal. Ce travail présente une analyse concernant le processus de Bologne et, aussi, sur l’évolution de l’Université au Portugal et les perspectives d’accueil du nouveau modèle dans l’espace européen de l’enseignement supérieur. Bien qu’au Portugal, l’application de la réforme de Bologne n’en soit qu’aux premières applications, un nombre impor-

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tant de changements ont déjà eu lieu. Le thème est donc d’actualité. Les débats sont plutôt focalisés sur les questions des cycles d’études et leur durée, alors que le sujet le plus épineux est la compétitivité entre les diplômes et les universités. (II) – L’Évolution de l’enseignement supérieur au Portugal. Repères chronologiques. La culture est une histoire de mentalités, le patrimoine culturel d’un peuple est constitué de milliers de traces, de marques d’identité qui s’inscrivent dans l’Histoire et dans les mœurs des peuples. Les grandes dates et lois, (repères chronologiques), sont aussi des marqueurs d’identité spécifiques à chaque peuple, et le Portugal en est très riche. À ce jour, subsistent nombre de doutes sur l’adoption du modèle de Bologne. Toutefois, les débats ouverts, au Portugal, sur le système d’enseignement supérieur en Europe, ont le mérite de faire naître de possibles réadaptations et d’aboutir à une nouvelle pédagogie universitaire.

Textes en portugais
Fernando Ribeiro Gonçalves – A relação entre investigação, inovação e formação : seus contributos para o desenvolvimento profissional do professor no quadro de Bolonha. “La relation entre l’investigation, l’innovation et la formation : contribution pour le développement professionnel des enseignants dans le cadre de Bologne”. Cette analyse nous apporte une réflexion focalisée sur la relation entre l’investigation, l’innovation et la formation, et leur contribution pour le développement professionnel des enseignants, suivant la philosophie et les principes du cadre de Bologne. Il s’agit de questionner le côté heuristique de l’investigation

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et, aussi, de s’interroger sur les conditions didactiques et pédagogiques, sous-jacentes au processus de Bologne, qui sont déterminantes. Filipe Carreira – Função social e educativa do jogo/ /desporto nas pequenas comunidades. “Fonction sociale et éducative du jeu / sport dans les petites communautés”. Ce travail est consacré à la réflexion sur le jeu-sport comme valeur sociale et éducative dans les petites communautés locales. Le jeu et le sport constituent des liens importants qui vont bien au-delà de l’aspect physique et ludique. Les valeurs essentielles sont d’ordre culturel, pédagogique, psychologique et de sociabilité. L’auteur s’attache, tout au long de ce travail, à analyser quelques exemples de jeu-sport, traditionnels, pratiqués dans la communauté de Valongo do Côa. Dans une ère où tout tend à se globaliser, il est important d’aller observer de près les petites communautés et de se questionner sur le changement et la représentation des mœurs. Jorge Carvalho Arroteia – Portugal : contextos sociais e acção educativa. “Portugal : contextes sociaux et action éducative”. Ce chapitre nous présente le « portrait » démographique de la population scolaire au Portugal. De forme holistique, l’auteur évoque de nombreux indicateurs, très pertinents pour la compréhension du contexte social et des changements accourus, tant dans la société que dans l’organisation et l’évolution du système éducatif. Ce texte nous permet de connaître, dans une forme simple et globale, les défis posés actuellement au système éducatif et à l’organisation scolaire, et de questionner le futur proche sur les problèmes essentiels de l’éducation, tant au Portugal que dans d’autres sociétés.

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Rafael Carreira – A Escola, Campo educativo e socializador. “L’École, champ éducatif et de socialisation”. Il s’agit ici de mener une réflexion autour du thème de la socialisation à l’école et de se questionner sur la manière dont l’école, aujourd’hui, exerce le devoir qui l’incombe d’éduquer, d’instruire et de socialiser les enfants et les jeunes. L’école semble devoir négocier quotidiennement sa légitimité comme « champ » éducatif et espace de socialisation. Mal comprise, notamment par les familles et par les médias, l’école est, malgré tout, responsable de la production sociale de valeurs, nécessaires au maintien de l’identité 1 culturelle et de la cohésion. Saul Neves de Jesus – Desmotivação e crise de identidade na profissão docente. “Démotivation et crise d’identité dans la profession enseignante”. Ce travail analyse le manque de motivation dans la profession enseignante et aussi, la crise d’identité dans ce groupe professionnel. Bien que ce phénomène puisse être observé dans plusieurs professions, il s’agit ici, particulièrement, d’une réflexion sur ce danger et sur les traits plus spécifiques dans la profession de professeur. Cette réalité inquiète l’auteur : il nous propose une analyse minutieuse pour nous aider à comprendre ce phénomène de la « crise de motivation », et nous alerte, en outre, sur les conséquences que cette crise d’identité peut provoquer sur le bien-être de l’activité enseignante. Teresa Carreira et Bernardete Sequeira – Conhecimento, uma alavanca para a competitividade e a interacção social.
Cf. l’ouvrage récent d’Ali Aït Abdelmalek, Territoire et profession. Essai sociologique sur les formes de constructions identitaires modernes, Ed. E.M.E. et InterCommunications, S.P.V.L., Bruxelles, 2005.
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“Connaissance, un levier pour la compétitivité et l’interaction sociale”. L’Europe, ayant conscience des grands défis de la globalisation et de la mondialisation des marchés, a lancé le défi de devenir, d’ici à 2010, « l’économie de la connaissance, la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable de croissance économique durable, accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi, et d’une plus grande cohésion sociale ». Le présent travail est une réflexion autour de l’importance de l’accroissement de la connaissance d’aujourd’hui, et son objectif principal est de questionner la construction de la connaissance et son rôle dans l’interaction sociale des organisations. Teresa Carreira et Cidália Cavaco – Portugal. O Estado regulador do ensino público e particular. “Portugal. L’État régulateur de l’enseignement public et privé”. “L’État reconnaît et garantit à tous les citoyens le droit à l’enseignement et à l’égalité des chances dans la formation scolaire... L’État reconnaît la valeur de l’enseignement privé et coopératif comme l’expression de la liberté d’apprendre et d’enseigner et le droit de la famille à choisir l’éducation de ses enfants”. Ce propos présente une réflexion sur l’encadrement et les orientations légales de l’enseignement privé au Portugal, et la manière dont l’État portugais assume la tâche d’État régulateur du système éducatif global, des secteurs public et privé, concrétisant une éducation dans la diversité de choix. Teresa Carreira et João Martins – Relações dos Actores e jogos de poder nas Organizações. “Relations des acteurs et jeux de pouvoir dans les organisations”. Cette réflexion concerne la compréhension des relations des acteurs au sein des organisations. En prenant appui sur des analyses de

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sociologues des organisations et des sciences de gestion, les auteurs ont cherché à mieux comprendre les jeux de l’action des acteurs et leurs démarches, pour l’acquisition de pouvoir. Il est supposé que les relations des acteurs renvoient à la communication, au partage, mais aussi aux relations de pouvoir, réel ou symbolique. Les interactions « naturelles » peuvent devenir des relations de pouvoir, et des formes de pouvoir symbolique peuvent s’entrelacer avec le pouvoir réel. Plus que jamais, dans les organisations, la connaissance et la compétence des acteurs sont une source légitime de pouvoir. Teresa Carreira et Júlia Ferreira – Educação e formação de adultos. Ética e Moral. “Éducation et formation d’adultes. Éthique et morale”. Ce travail évoque quelques aspects d’une recherche en sciences de l’éducation menée dans le cadre de « l’Éducation et formation d’adultes », à partir de l’étude de l’œuvre de Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, étudiée par des adultes, au niveau de l’enseignement secondaire, dans la discipline de philosophie. Le thème de l’éthique traverse l’ensemble du champ éducatif. Cette étude s’interroge sur l’optique de l’éducation à partir de Kant, pour qui : « L’homme ne peut devenir homme que par l’éducation », ce qui fait de l’éducation une question essentielle, de principe moral et éthique. La formation des adultes est, de plus en plus, une question d’actualité et devient une dimension importante des sociétés démocratiques fondées sur la croissance de la connaissance. Nous remercions tous les auteurs qui ont accepté le défi de contribuer à cet ouvrage et, de ce fait, repenser ensemble les liens universitaires, en Europe, entre enseignants et

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chercheurs. Nous voulons, aussi, signaler le mérite d’Alain Vilbrod, responsable de la collection « Le travail du social » pour la forme stimulante dont il a accueilli ce projet de publication, peu classique, notamment en acceptant aussi des contributions en langue portugaise. Ceci fera connaître un peu plus le paysage multiple des savoirs en France et au Portugal, et, ainsi, permettra de continuer à entretenir les liens privilégiés entre les communautés lusophones et francophones ici et ailleurs. Teresa Carreira et Alice Tomé 2

2 Les auteurs, coordinatrices de ce livre, remercient la Fondation Calouste Gulbenkian (F.C.G.) Lisboa, Portugal, et la Fondation pour la Science et la Technologie/Fundação para a Ciência e a Tecnologia (F.C.T.), Ministère de la Science et de l’Enseignement Supérieur, Lisboa, Portugal, pour les “Bourses-recherche” attribuées. Ceci a rendu possible une plus intense collaboration scientifique entre plusieurs équipes de chercheurs, au Portugal et en France.

Champs Sociologiques et Éducatifs – Enjeux au-delà des frontières Tomé Belaluz

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Tomé Belaluz

Introdução
Esta obra traz ao terreiro social, pela mão das autoras coordenadoras, assentamentos estruturados na longa e vasta experiência profissional, assentes em aturados estudos de investigação, colhidos e amadurecidos em diversificados contextos, e variados ambientes géo/sócio/económicos, educativos e transculturais, aquém e além fronteiras, o que, por si só, nos dão a garantia de um pensamento de larga abrangência, pragmático e, com clara síntese de unidade no tempo, no espaço e na sociedade. Para quem está familiarizado com a extensa obra das autoras coordenadoras Teresa Carreira e Alice Tomé, nota continuidade na linha condutora do pensamento, com firmeza no rigor das análises, em linguagem de compreensão fácil dos assuntos, dos princípios orientadores e, da síntese conclusiva global. A sociedade actual carrega a pesada “mochila da civilização tecnológica” (indústria moderna), que, apesar de ter apenas cerca de trezentos anos (tempo irrisório, se comparado com os cerca de dois milhões de anos da existência humana), mas, suficiente para colocar toda a humanidade no limiar dum “holocausto”. Esta constatação é suficientemente dramática, para, só por si, nos alertar para a relevâncias que reveste o estudo e análise das questões sociais em geral e, mutatis mutandis, dos diversificados campos sociológicos aqui esmiuçados, considerados cada um de per si.

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Introdução

A obra tem um corpo sociológico genérico, ampliado por uma mais-valia acrescida, derivada, nomeadamente, do facto de trazer à plateia aspectos e mensagens actualistas, espreitando o futuro nos campos sociais, com perspicaz atenção, e, aqui em particular, sondados, sem perder de vista a visão global do objecto sociológico, em termos práticos e teóricos. É assim, com a incursão no campo místico/religioso, onde se constata a sua interacção sócio/cultural, e a utilização das ciências e tecnologias modernas para difusão dos valores e verdades que, não sendo nem mais nem menos científicas que no passado, têm novos meios e formas para a sua transmissão. E, também, com as reflexões sobre as profundas mudanças sócio/educativas e culturais, visionadas pelas reformas do ensino superior europeu Licenciatura, Master e Doutoramento (L.M.D.), que, trazem às instituições, às sociedades e aos indivíduos, novos e grandes desafios de ciência, de educação (lato senso), e de cultura, pretendendo que, a sociedade europeia subscritora dos acordos de Bolonha, se movimente apetrechada com um pano de fundo científico/educativo comum, capacitando os cidadãos, com os saberes e as competências aferidas e reconhecidas em todo esse espaço geográfico. É uma revolução sócio/educativa/cultural, que traz sérios desafios às instituições do ensino superior, com profundo significado e influência sociológica, nomeadamente no campo da mobilidade humana. Isto coloca-nos de imediato no centro das reflexões e análises relacionadas, além do mais, com os movimentos migratórios, com os contextos das acções educativas, stricto e lato sensu, com a competitividade e interacções sociais, com a gestão e os poderes dos órgãos decisores, com a regulamentação educativa formal e não formal, com o métier

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dos educólogos, com a função social dos desportos, com a escola enquanto instituição educativa por excelência, e com os valores sociais, éticos e morais. As autoras coordenadoras e os autores dos artigos sabem que, os problemas vivos sócio/educativo/culturais são inadiáveis. Requerem análises e discussões filosóficas sérias e empenhadas, e, a isso não se escaparam. Numa época cujo câmbio cultural surge fulgurante no horizonte, respondem à chamada, olhando para a sociedade, para o indivíduo, e para o mundo, com olhares abertos à discussão, perscrutando a organização conjuntural, e o fundo estrutural onde os paradigmas também estão em mudança acelerada. Depois de terem balizado os conteúdos, analisam-nos sem se afastarem da temática central que são os respectivos campos sociológicos, e, deste cluster de temáticas, retiram os contributos que ajudam a desenvolver a consciência estratégica da fundamental importância que, as questões sócio/educativas/culturais têm para a sociedade que se pretende construir. Bolonha, gerará uma dinâmica incremental que, in extremis, se traduzirá num salto quantitativo e qualitativo vencedor dos atavios caseiros. Mas, uma interrogação ainda se coloca: Estará a Europa preparada para as alterações qualitativas que este modelo traz no ventre? Estarão os países subscritores em condições de se posicionar no patamar do arranque? Cabe ao homo artifex (maxime educólogo e sociólogo) destas sociedades, o papel relevante central de, com a inteligência individual e das instituições, a criatividade, a inovação, a finura e o empreendedorismo do pensamento, passar à prática, com relevantes resultados positivos, as propostas contidas no novum alfobre que, embora não seja uma creatio ex

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nihilo, é visionário de mudanças radicais das praxis e dos objectivos a perseguir. Os artigos, embarcam em diversos campos sócio/ /educativos, e, sem perderem a sua individualidade sui generis, movem-se dentro da unidade do colectivo, permitindo um per saltum na síntese unitária da obra. Os campos sociológicos aqui espelhados, conduzem-nos pelos caminhos do profícuo trabalho investigativo das análises feitas, mas também da apresentação dos resultados, por forma a que, os leitores, sejam eles técnicos, a quem esta obra em particular se dirige, e ou o público em geral, tenham uma visão de conjunto unitária, e de larga abrangência sobre as questões de que se pretende dar nota, e do seu interrelacionamento sociológico. É dada relevância às observações empíricas, nas evidências dos fenómenos sociais, como premissa fundamental, que, aliada à pesquisa científica, alicerçada nas teorias, conduzem a compreender melhor a dinâmica organizativa e vivencial das sociedades específicas em particular, e da sociedade humana em geral. A pertinência e a actualidade das questões elencadas, incutem à obra um cunho realista, virado para o concreto, mas sem perder de vista as utopias que os campos sócio/ educativos e formativos sempre carregam. As coisas e os fenómenos sociais enfocam uns com os outros, estando em tão estreita relação que, uns desencadeiam os outros, e inter-agem entre si e com terceiros, e, disso dão os autores conta. Ao pescarmos nos artigos não necessitamos de “molhar a cabeça”, para sentirmos a textura e o “pasto” dos assuntos.

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As chamadas de atenção que são feitas, para a necessidade de apressar o passo, significam que, não há mais lugar para o faz de conta. Não há tempo para “cócegas” ao espírito, e, há que ter pensamento com alma. Ao parafusarem assim para cima, os autores trazem-nos uma silhueta sócio/educativa e cultural viçosa, transmitindo confiança no futuro, e, utilizando uma “linguagem barbeada” e cristalina, motivo, além do mais, já supra referido, para o nosso especial sentir de felicitações, que, através das autoras coordenadoras Teresa Carreira e Alice Tomé, dirigimos a todos. Valongo do Côa, 1 de Março de 2006

Champs Sociologiques et Éducatifs – Enjeux au-delà des frontières Alain Vilbrod

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Alain Vilbrod1

La dissémination du sacré : les ressources d’une culture pour s’adapter au monde moderne
Le présent texte s’attarde sur la façon dont l’exaltation de la foi en un lieu de pèlerinage célèbre de Bretagne, dans l’Ouest de la France, a largement contribué à ce que s’implante alentour des institutions prenant en charge de jeunes handicapés ou inadaptés sociaux. Evoquer « la dissémination » du sacré, c’est montrer en quoi des prolongements existent, en quoi une culture qui se transforme allie régulièrement nécessités du présent et adaptation du passé. Ce haut-lieu du sacré qui participe d’une culture qui se renouvelle a pour nom Sainte-Anne-d’Auray. Il s’agit d’une petite commune de 1 800 habitants, située dans le Département du Morbihan, pas très loin de la mer. L’origine du nom de Sainte-Anne-d’Auray remonte au début du XVIIème siècle. Sainte Anne, mère de la Vierge Marie, apparaît plusieurs fois à un laboureur du village, Yves Nicolazic. Bientôt, il découvre une statue et construit une chapelle en son honneur. Un nombre croissant de pèlerins en quête de miracle s’y presse. En 1865, le succès du pèlerinage ne se dément pas et l’église actuelle est construite. Quelques années plus tard, elle est déclarée basili1 Alain Vilbrod est Maître de conférences, HDR en Sociologie, à l’Université de Bretagne Occidentale, à Brest (France).

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que. En 1996, le Pape officia lors du pèlerinage annuel, en juillet. Le texte qui suit a été écrit à ce moment, alors que le village, fébrilement, se prépare à l’accueillir. A Sainte-Anne-d’Auray, ces dernières semaines, on ne ménage ni sa peine ni son temps. Ici on élague, là on ravale, là encore on remonte des murs, on refait, en dur cette fois, des rampes d’accès pour les handicapés, on se préoccupe des lieux d’hygiène... bref les échafaudages sont partout, les ouvriers sont à pied d’œuvre et une effervescence toute profane envahit le site. Le Haut-lieu, a priori délimité, entouré, sanctifié comme il convient aux choses du sacré, s’avère provisoirement livré au petit monde des décorateurs, des accessoiristes et des metteurs en scène. Certes – et c’est chose faite depuis le 7 mars – le rideau va se lever sur la saison des pèlerinages, mais – s’il fallait un rappel de l’échéance qui prime, il suffirait de jeter un œil dans n’importe quelle vitrine des commerces locaux pour tomber face à une affiche rappelant la grande date à venir : ce sera le 20 septembre et le Pape sera en la basilique. Cette visite papale, on s’en doute, n’a rien d’incidente et semble bien venir à point nommé, à l’heure où Rome rappellerait volontiers les gens de foi à retourner à la source – que l’on sait à Sainte-Anne de feu – voire à un certain intégralisme que menace l’érosion du transcendant. Puisque mon propos sera émaillé d’aller-retour entre passé et présent, ou plutôt renverra en permanence les pratiques d’aujourd’hui à leur fondement d’hier, je ne peux que rappeler

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en quelques mots ce qui est quand même une belle histoire – édifiante et emblématique – je veux parler des mésaventures de Yves Nicolazic, ce voyant de Sainte-Anne promis à une belle carrière. Ce rappel n’est d’ailleurs pas vraiment un aparté puisque dire quelque chose des origines me permettra, dans un second temps, de relier ce qui sera ma préoccupation première : le sacré déposé présentement en des lieux disséminés mais absolument pas anodins pour autant, reliés avec une historicité qui assurément livre un certain nombre de clés. Quand, sous les coups de butoir des calvinistes et des luthériens, l’Eglise catholique entreprend sa réforme, pour ne pas dire sa refonte, les diocèses partent effectivement un peu à vau-l’eau et les prêtres en font à leur guise alors que leurs paroissiens eux-mêmes prennent quelques libertés dans une Bretagne où le fond de paganisme fait qu’on s’adresse d’ailleurs moins à Dieu qu’à ses saints auxquels on associe bien des croyances anciennes pas très catholiques. Après 1600 – et Alain Croix2 le souligne amplement – le diocèse de Vannes entreprend sa reconstruction et les publications émanant du Concile de Trente sont autant de rappels à l’ordre. La région alréenne – et cela mérite d’être souligné – est alors déjà terre des prêtres et terre d’œuvres puisque par exemple L’Ordre Hospitalier du Saint Esprit se consacre à la chapellenie tout en soignant les malades depuis 1290 environ, mais assurément l’édification de Sainte-Anne vient marquer le souci de réforme. On ne dira jamais assez combien la raison d’être d’un hautlieu est dans le lieu qu’il domine. Du haut-lieu, écrit Bernard
2 Alain Croix, La Bretagne aux XVIe et au XVIIe siècles. La vie, la mort, la foi. Paris, Maloine, 1981.

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Poche3, on définit, on sensibilise le pays d’en bas. Dans la région d’Auray, il s’agirait plutôt de redéfinition, mais, à n’en point douter, l’histoire de ce mystique parmi d’autres – et le début du XVIIe en est encombré – qui reconstruit l’église est pour ainsi dire fabuleuse. Rapidement la nouvelle du miracle va se répandre – premier du nom – et là encore cela doit être noté pour la suite : un enfant muet et boiteux, qui s’en retourne voix haute et à toutes jambes. La nouvelle va se répandre ou plutôt, pour reprendre l’étude de Stéphanie Janssen4, va être savamment répandue et orchestrée par des ecclésiastiques suffisamment avisés pour relier performance d’une sainte thaumaturge et rappel vers un lieu façonné à la mesure de l’enjeu : hanter de sacré un espace où l’on va venir bien encadré s’entendre dire vigoureusement le présent éternel. En ce sens l’histoire retenue, à l’heure où juste à côté d’autres voyants, bientôt recalés, s’exclament, d’autres pèlerinages déjà se déroulent – le XVIIe c’est l’âge d’or du miraculeux – l’histoire retenue dora, de Yves Nicolazic est édifiante. On devrait dire aussi édificatrice. Les quinze années qui vont suivre vont être florissantes et on va voir s’implanter à Auray tour à tour les capucins, les carmes, les jésuites, les cordelières, les augustines, j’en oublie sans doute. Les unes et les autres congrégations accompagnent le culte de Sainte-Anne certes, mais bien sûr se répandent au sein d’un mouvement d’ampleur qui touche aussi largement Vannes ou Ploermel. Ceci dit, l’extraordinaire du lieu SainteAnne va durablement exalter cette tension de transcendance qui va se diffuser dans le bas-pays.
3 Bernard Poche, « Du haut-lieu, on voit la plaine », Autrement, n° 115, mai 1990, p. 67-71. 4 Stéphanie Janssen, « Les miracles bretons de la « Bonne Sainte Anne » au XVIIe siècle », L’Histoire, n° 13, juin 1979, p. 70-72.

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L’invite qui est la mienne, c’est justement d’aller voir, dans ce bas-pays, d’autres lieux officiellement consacrés mais aussi ce que j’appellerai des institutions quasi cléricales où s’affairent des néo-clercs redéfinissant d’une certaine manière l’économie du salut, institutions dites spécialisées qui – on le constatera – ont à voir avec Sainte-Anne-d’Auray. Avant de quitter le haut-lieu où s’énoncent explicitement symboles et idéaux, je crois utile cependant une courte halte mise à profit pour m’attarder quelque peu sur les définitions que je vais faire miennes pour investiguer le champ religieux de la région alréenne : “champ” entendu comme un espace dans lequel des agents qu’il va justement s’agir de définir luttent pour la définition légitime et du religieux et des différentes manières de remplir le rôle religieux. J’ai bien parlé de luttes – et dans le cas d’Auray – il vaut mieux le savoir, les congréganistes en viendront quelquefois presqu’aux mains et les uns n’hésiterons pas à occuper des lieux désinvestis provisoirement par les autres – je pense à l’affaire des Carmes déchaussés – au grand dam d’un évêque bien dépassé par les événements. La notion de sacré est composite, mal circonscrite, épistémologiquement fragile même si ici – associée à Haut-Lieu – elle fait immédiatement image. Compte tenu de mon propos, il convient en premier lieu de la préciser quelque peu et aussi a minima d’adjoindre à cette homologation quelques éléments rappelant en quoi la glorification – on dira provisoirement du pauvre – participe bel et bien du contact – sur le registre de la spiritualité et de la morale – avec l’autre monde dont il est, ce pauvre, à la fois indicateur et dépositaire. A l’inverse du profane, où l’homme a loisir et liberté de penser et d’agir à sa guise, le sacré renvoie a priori à un domaine séparé, morceau d’espace certes mais avant tout registre décalé puisqu’affaire d’émerveillement et de réceptivité. Il convient immédiatement de souligner combien cela a à

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voir avec la production d’un système de normes sociales. Je m’explique. Edictions par et pour les hommes, le sacré – que l’on peut approcher mais pas atteindre – est perçu comme une force surnaturelle qui donne la mesure des choses. Mis hors de portée – et ici – « haut lieu » fait quasi-pléonasme, un modèle est érigé. Amer et repère, il fonde l’ordre moral pour ne pas dire l’ordre social en combinant prescription de règles et de normes de conduite référées à un idéal voire à une épopée cohérente peuplée d’êtres hors du commun. Au-delà de l’hypostase de la cohésion et des équilibres sociaux qu’il signifie et parce que, justement, dans les conditions sociales réelles des hommes il y a des écarts, des ratés, des contre-exemples, et bien le sacré est ressource puisqu’il va rappeler à l’ordre. En ce sens il est en quelque sorte une police et, comme le rappelle Dominique Casajus5, sa transcendance n’est autre que la société elle-même en ce qu’elle transcende ceux qui la composent. Faut-il s’étonner alors que régulièrement la notion de sacré soit associée aux valeurs exaltées par une société. Valeurs et normes dont aucune société ne peut faire l’économie et qui assurent de fait l’unité. Qu’en reste-t-il à l’heure où on annonce peut-être un peu hâtivement l’érosion du sacré et par la même ce que notre société met en œuvre pour conjurer le doute sur elle-même. Faut-il rappeler les avancées de Danièle Hervieu-Léger6 où d’Yves Lambert7 signalant combien le quadrillage de l’espace et du temps que marquaient la civilisation paroissiale et l’observation stricte des rites n’est plus de mise. Cela désormais
5 Dominique Casajus, « Sacré ». Notice du Dictionnaire de l’Ethnologie et de l’Anthropologie, Paris, PUF, 1991, p. 641-642. 6 Danièle Hervieu-Léger, La Religion pour mémoire, Paris, Le Cerf, 1993. 7 Yves Lambert, Dieu change en Bretagne, Paris, Le Cerf, 1985.

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fait figure de lieu commun, mais si l’Eglise est effectivement de ce point de vue en crise, prolongeons cependant le propos : le religieux n’a pas pour autant été évincé. Il s’est disséminé, il s’est recomposé, il s’est en quelque sorte sécularisé dans ses formes, relayé par un humanisme redéfinissant l’économie du salut tout en continuant à offrir de la croyance, du lien social, des biens symboliques. C’est ce que je m’efforcerai d’illustrer tout à l’heure. Les hauts-lieux en tous les cas demeurent et l’on vient toujours en nombre se recomposer un dehors infini. Mais on vient moins encadré, quitte à côté à se bricoler des croyances, quitte à se passer des anciens détenteurs du monopole de la manipulation symbolique de biens du salut que sont les prêtres. Je reviendrai sur ce point quand j’évoquerai les limites désormais bien floues du champ religieux et la concurrence que subissent ces clercs à l’ancienne, mais avant cela – et j’avance dans mon projet – je voudrais rappeler là encore très rapidement la place dévolue au pauvre voire au malade dans l’exaltation d’une éthique chrétienne offrant du sens et de l’adhésion. Je resterai ici à des généralités, préférant, au fil des trois illustrations que j’ai retenues, rappeler sommairement la genèse de ce qui demeurera toujours une ambivalence du religieux chrétien face à la dissemblance. Généralités donc. “Heureux les simples d’esprit, le royaume des cieux leur appartient”. De fait, Dieu les affectionne parce qu’ils sont proches, dépositaires en somme d’une innocence qui rappelle l’état d’avant le pêché originel. Une telle proclamation n’empêchera pas une grande ambivalence puisqu’entre l’Ange et la Bête, ils ont bien sûr à voir avec l’impureté et la souillure. L’altérité ne laissera jamais indifférent et, fût-ce dans une atmosphère de joie, de fête ou de kermesse, le dément sera

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soigné. Il faudra attendre le XVIIe et « le phénomène de la peur » pour assister au grand enfermement bien évoqué par Michel Foucault8. Je ne parlerai pas vraiment de ce fou, qui restera durablement emprisonné, mais plutôt du pauvre et de l’infirme puisque c’est à l’encadrement de l’un et de l’autre que des congrégations implantées dans la région alréenne vont se consacrer ; pour ainsi dire se spécialiser. On sait que des figures emblématiques, je pense par exemple à François d’Assise ou à Saint-Augustin, se chargeront de rappeler la nécessaire estime du pauvre et la non moins nécessaire attention à l’infirme qui permet de rappeler le dérisoire, le précaire et le relatif. Le discours constant du Moyen-Age, rappelle Henri-Jacques Sticker9, affirmera que le riche fait son salut par l’aumône au pauvre et posera la nécessité du pauvre pour son salut. La construction même de la catégorie « pauvre », pour ainsi dire sa glorification, ne doit pas aboutir à un contresens. Faire l’aumône ce n’est pas tant secourir le pauvre, c’est bien plutôt reconnaître en lui la marque de Dieu. Ainsi le pauvre devient en quelque sorte un objet idyllique, un archétype christique, pour ainsi dire un sacrement vivant. Il en sera de même de l’infirme – de certains infirmes plutôt – vis-à-vis desquels la charité est la presse de touche d’une soumission à l’ordre religieux. Les uns et les autres accompagnent, illustrent les bienfaits. Se préoccuper de leur sort est une manière de se dévouer, de mériter son paradis en somme. On les recueille, on les soigne éventuellement mais le plus souvent – à Auray comme ailleurs – il s’agit simplement d’un dépôt. Ce qui compte avant tout c’est ce qu’ils représentent, pour ainsi dire ce qu’ils symboliMichel Foucault, Histoire de la folie à l’Age classique, Paris, Gallimard, 1961. 9 Henri-Jacques Sticker, Corps infirmes et sociétés, Paris, Aubier, 1982.
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sent, ce qu’ils valorisent même si, plus prosaïquement, ils permettent aussi à des communautés de vivre par les dons conséquents que versent les riches sous forme de rentes, de fondations ou de legs. Quittons maintenant ces généralités et regardons la façon dont peu à peu des institutions dévolues à une œuvre charitable vont quitter le giron de l’Eglise sans pour autant – loin s’en faut – se départir d’un rôle de théodicée et d’exaltation des valeurs. J’ai retenu trois établissements religieux au départ pour illustrer mon propos, pour rappeler aussi – voire surtout – le rôle majeur que des institutions vont prendre peu à peu en s’autonomisant de la catholicité et en offrant directement du sens là où auparavant elles accompagnaient et illustraient les bienfaits de la religion. J’évoquerai d’abord l’Institut Gabriel Deshayes. Un nom qui résonne encore sur la place alréenne. Ici il sera affaire d’encadrement de sourds-muets et précisons tout de suite – cela va dire immédiatement quelque chose à certains – que pour les habitants d’Auray c’est toujours La Chartreuse. Je parlerai ensuite de la maison d’enfants Saint-Yves – autrefois orphelinat. Les alréens la connaissent bien mais évoquent désormais « l’ancien orphelinat » sans trop savoir comment le qualifier plus précisément. Enfin je rappellerai la courte histoire du Foyer du Pratel : Sainte-Anne-du-Pratel jusqu’à il y a quelques années encore. Là il s’agira de l’encadrement de filles perdues et il faudra sans doute encore bien des années pour que les habitants de Mériadec, où est située cette institution, ne parlent plus « des filles du château ». Trois institutions mais sans doute, au-delà des différences, une même mission ayant trait au sacré en terme de mise en scène de valeurs, en terme de théodicée ; sacré qui se détache du haut-lieu tout en conservant nombre d’attributs.

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L’Institut Gabriel Deshayes d’abord. Ce personnage est l’initiateur pour ainsi dire d’Auray en tant que véritable « complexe religieux ». Curé du lieu au début du XIXe siècle il est, c’est selon, dépeint comme incommode, sans scrupule et activiste, quelque peu totalitaire ou comme joyeux conteur mû par une charité sans borne. Une chose est sûre : il tient rapidement bien en main sa ville, s’oppose aux initiatives concurrentes qui parlent de bienfaisance, coordonne les activités d’assistance, systématise une quête annuelle à domicile en promotionnant une imposition quasi proportionnelle de tous les habitants. Bref c’est aussi un grand manieur d’argent. Il est aux avant-postes dans toutes les opérations de rachats de biens nationaux des années 18101825, des Carmes de St Anne en passant par les bâtiments des Cordeliers et aussi – c’est ce qui nous intéresse ici – l’ancienne Abbaye de la Chartreuse, érigée vers 1485. D’abord s’y installe une œuvre de filles repenties – l’expression est heureuse – mais parce que leur communauté ne dispose pas de suffisamment de rentes, elles doivent se retirer au profit des Sœurs de la Sagesse, mieux dotées et surtout, semble-t-il, mieux avisées pour engranger des revenus. Ainsi vont-elles ouvrir un pensionnat pour jeunes filles argentées et, à côté, une œuvre pour sourds-muets alors que Gabriel Deshayes, bien en phase avec les idées conservatrices qui l’avaient mené à un exil à Jersey durant la Révolution, pousse à la construction des monuments aux Martyrs de Quiberon qui contribueront durablement à faire de Sainte-Anne-d’Auray, comme le note Claude Langlois10, un centre de la ContreRévolution, bientôt un pèlerinage légitimiste qui par ailleurs rapporte.
10 Claude Langlois, Le diocèse de Vannes au XIXe. 1800-1830, Paris, C. Klincksieck, 1974.