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CHARLES GIDE

380 pages
De 1886 à 1931 Charles Gide a publié 840 articles dans la petite revue de l'École de Nîmes, L'Émancipation. Ce volume présente 132 de ces textes. Le lecteur y trouvera des chroniques d'actualité, mais aussi des questions actuelles (ambiguïtés du progrès technique, difficultés de l'instauration de l'État d'Israël,…). Et il découvrira l'effort opiniâtre de Charles Gide pour dégager une voie qui permette à la société de se développer dans un sens à la fois efficace économiquement, moral et respectueux de la dignité et de la liberté individuelle.
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CHARLES GIDE

de harmattan

CHARLES GIDE

L'EMANCIPATION

LES ŒUVRES DE CHARLES GIDE

- VOLUME III

Collection dirigée par Marc Pénin

Charles Gide Volume I VoIurne II Volunle III

1847-1932 L'esprit critique Ecrits 1869-1886 Principes d'économie politique (26Cédition, 1931) L'Efflancipation

Cet ouvrage a été publié avec le soutien de la Ville de Nunes

LES ŒlNRES DE CHARLES GIDE - VOLUME III

CHARLES GIDE

L 'ÉMANC/P AT/ON

(:omité pour l'édition des œuvres de Charles Gide

L' Har111attan

@ L'Harmattan,

2001

5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005Paris France

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L'Harm attan, Inc. 55, rue Saint-Jacques, Montréal (Qc) Canada H2Y 1K9

L'Harmattan, ltalia s.r.1. Via Bava 37 10124 Torino L'Harmattan, Hongrie Hargita u.. 3 1026 Budapest ISBN: 2-7475-0503-0

Avant-propos

par Jeanne Halbwachs-Alexandre

(1933)1

Émancipation, le titre de ce livre, est celui de la petite «Revue d'économie politique et sociale» que Charles Gide fonda et entretint à Nîmes, d'abord avec M. de Boyve, gentilhomme protestant, puis avec Claude Gignoux, ouvrier typographe et directeur d'imprimerie coopérative. Ce livre lui-même n'est pas autre chose qu'un choix d'articles parus dans L'Émancipation, choix commencé par Charles Gide lui-même l'année qui précéda sa mort, et, selon sa volonté, achevé par nous. À ce recueil, Charles Gide, si communément désabusé, attachait, comme malgré lui, quelque importance. Ceux qui l'ont connu comprendront aisément pourquoi. Peu d'hommes ont autant que lui, par tempérament et par décision volontaire, confondu leur vie avec leur œuvre. Exister, c'était pour lui

1. [Jeanne Halbwachs (1890-1980). Professeur de philososphie, militante socialiste, féministe et pacifiste, eUe épouse en 1916 le philosophe Mich~ Alexandre, directeur de la revue Europe, professeur au lycée de NÎmes et qui éditait dans cette.ville les Libres propos d'Alain. Peu avant la mort de Charles Gide, elle avait comm,encé à effectuer avec ce dernier une sélection de ses articles qui devait être publiée sous le titre Emancipation. Cette publication ne verra jamais le jour bien

qu'elleeutrédigéepourelle,vraisemblablement 1933,l'introduction en quenousreproduisons icL]

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CHARLES GIDE

travailler1. Mais cet esprit puissant, fait pour la méditation et d'une lucidité souvent géniale, redoutait les pièges de la science abstraite; contre toute inhumaine spécialisation, il s'est imposé la loi d'humanité, la loi de coopération. La plus pure, la plus sévère réflexion ne valait pour lui que si elle s'achevait par quelque revendication de justice très précise et toute proche. C'est pourquoi il a pu dire que sa collaboration de quarante ans à L'Émancipation (de 1886 à sa mort en 1932) restait, tout bien considéré son œuvre préférée. L'Émancipation est née provinciale et l'est restée. Charles Gide, qui aimait Paris à sa manière, gardait une prédilection de cœur et de raison pour la province. L'Émancipation a toujours été pauvre d'aspect, imprimée sur du papier
à chandelle

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du papier d'épicier

-

et (Charles Gide se plaisait

à le rappeler)

jamais elle n'a attiré les collaborations brillantes. L'économie politique devait s'y faire populaire, s'y consacrer à ces humbles consommateurs dont Charles Gide n'a cessé de défendre la cause. Les élèves de ce maître admirable savent qu'il éprouvait comme un scrupule à enseigner doctoralement2. À L'Émancipation, il parlait familièrement, en ami, entre gens de bonne volonté. Dix-sept ans après sa fondation, il rendait à la petite revue ce témoignage: «Elle continuera à apporter dans les questions sociales qu'elle s'est donné pour mission de traiter, le même esprit de bienveillance pour les hommes et pour les choses... mais aussi la même fidélité dans l'attente d'une société plus juste. » (Octobre 1903). C'est peut-être dans ces pages jaunies de L'Émancipation que Charles Gide s'est exprimé le plus librement, mêlant une infmie tendresse pour les faibles et les opprimés (depuis les bêtes maltraitées jusqu'aux souverains prisonniers comme Ranavalo ou Abd el-Krim) à une sévérité sans aucun égard, l'inverse exactement de la flatterie. C'est là, en conséquence, qu'il s'est senti le plus heureux d'écrire. Mais il n'y eut jamais, pour lui, de joie séparée du devoir. Tout en s'interdisant la moindre prétention et en rappelant souvent que l'impuissance temporelle est le prix de l'indépendance et du désintéressement, il se faisait une inflexible idée de sa fonction de juge. Son scepticisme, qui était de méthode, l'obligeait à mettre au grand jour les objections et les réserves, afin de se préserver contre l'ivresse de se donner raison, mais il avait une grande foi en la valeur de la parole, de toute parole d'homme libre: «Il y a des articles désagréables à écrire... Ce n'est pas une raison pour se taire, au contraire. » (L'Émancipation, juillet 1927). Ou encore, en envoyant à Claude Gignoux un de ses premiers articles contre l'occupation de la Ruhr, il écrivait: «Cet article m'effraye un peu; à un moment aussi critique, il risque de provoquer de nouvelles protestations... J'ai même hésité à le supprimer. Cependant, on ne peut pas laisser s'accompagner cet acte de folie sans dégager sa responsabilité. » (21 janvier 1923).
1. « Je passe mes vacances (si je peux dire, car il n'y a aucune différence, sinon que je travaille davantage et ne sors plus) à liquider des articles arriérés et à réviser mes leçons pour l'impression... » Lettre à Claude Gignoux, 1929. 2. «Supprimez donc l'épithète "maître", écrivait-il à Claude Gignoux. Elle ne s'emploie pas chez les protestants. Jésus avait défendu à ses disciples de Je]ui donner. »

L'ÉMANCIPATION

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Au sujet de l'influence que pouvait avoir L'Émancipation, il hésitait de même entre la confiance et le doute}. Et certes qui pourrait mesurer une influence purement spirituelle? Ce qui est sûr, c'est que beaucoup d'hommes, en tous pays, attendaient chaque mois le jugement incorruptible de Charles Gide sur le principal événement. Combien ont été réconfortés, redressés, réveillés par ces accents rudes, par la poursuite sans pitié de tous les préjugés et de toutes les vanités, par la bonhomie malicieuse par la hauteur de l'exigence morale ? Nous voudrions que ce choix d'articles, bien qu'il ne contienne guère qu'un dixième de l'ensemble) permît au lecteur de s'en faire quelque idée. C'est l'histoire de l'action d'un homme, jour après jour; c'est l'exemple de ce que peut, de sa place et sans jamais forcer le ton, une conscience. L'ordre chronologique était donc essentiel à un tel recueil; n'y font exception que les quelques articles de l'introduction, qui forment l'esquisse fragmentaire d'un portrait de l'auteur par lui-même et d'une autobiographie: souvenirs d'enfance écrits au soir de la vie2, împressions de voyage, allocutions familières, souvenirs d'amis? ** * Les articles de L'Émancipation se partagent entre trois rubriques: Coopération et économie politique, qui relèvent de la science, de la sociologie; Commentaire sur les événements politiques et sociaux, qui relèvent de 1'histoire; Analyse des coutumes et des mœurs, de ce noyau résistant sur quoi l'événement n'a guère de prise, et qui enseigne à connaître l'homme plus encore que la société. Cette dernière rubrique relève principalement de la morale, de la philosophie. Mais il apparaît dès les premiers articles que Charles Gide n'a jamais séparé la première, la science sociale, des deux suivantes: il allait toujours de la théorie aux exemples, avide de pâture réelle, de même qu'il approfondissait toujours l'événement ou le fait jusqu'à l'idée. Nul économiste ne s'est moqué plus allègrement de mythique «homo œconomicus». Contre les abstractions paresseuses, ce grand nlarcheur et ce grand voyageur a toujours pensé les hommes dans la nature vivante et dans le temps présent Conformément aux indications de l'auteur, nous avons surtout puisé, pour ce recueil, dans les commentaires politiques et les réflexions de philosophie
1. Par exemple, au sujet du relèvement des traitements des fonctionnaires, il écrit en juillet 1927 : « J'ai attendu (pour critiquer le relèvement) que ce fut chose faite, afin qu'on ne pût me reprocher d'avoir cherché àrernpêcher, et quoique assurément je n'eusse pas le ridicule de croire qu'un article, dans notre modeste journal, pût avoir une influence quelconque pour ou contre ce relèvement. » 2. ,Ceux-ci ont paru dans la Cigale uzétienne, petite revue plus provinciale encore que L'Emancipation. Ce sont les seules pages de ce 1ivre, avec quelques impressions de voyage en Russie et en Palestine, qui ne viennent pas de la rev~e nîmoise ; leur caractère personnel avait détourné Charles Gide de les reproduire dans L'Emancipation.

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CHARLES GIDE

morale et sociale. Pourtant nous avons aussi introduit quelques articles plus exclusivement coopératifs ou économiques, afm de ne pas trop modifier l'aspect d'ensemble de la revue, mais il reste encore beaucoup à prendre en ces matières. La collection complète de L'Émancipation, si elle nous montre avant tout un homme, offre donc une histoire à bâtons rompus du dernier demi-siècle, et un fantaisiste petit traité de philosophie sociale. ** * De ces jugements historiques et philosophiques, on ne trouvera ici que des fragments très dispersés. L'unité de la pensée n'en apparaît que plus saisissante. Ce qui ressort entre autres, c'est que Charles Gide n'a jamais voulu séparer la coopération économique, système de juste production, de justes échanges, de la coopération internationale; un seul et même principe fonde pour lui l'exigence du juste prix et l'exigence de la paix. Mais surtout, quelque sujet qu'il traite, il n'a aucune peine, dirait-on, à se tenir au plan de la pure équité. Indépendant de tout parti pris politique, de toute complicité de classe, et, chose plus rare encore, de tout parti-pris national, il reprend et juge avec la même sérénité conservateurs et révolutionnaires, puissants et petites gens, le facteur et le syndiqué, comme le député ou le grand fonctionnaire. Sa façon d'aimer c'est d'être, pour ceux qu'il aime, plus sévère: ainsi à l'égard de son propre pays. Mais s'il ne ménage personne, il est amical à tous. Sa tolérance est royale. Il en formulait plaisamment la maxime à propos des coopérateurs communistes de la Bellevilloise: «Je n'ai jamais voulu exclure ceux qui nous excluent.» (décembre 1927). On se demande à qui ce livre, pourtant posthume, pourra plaire. Chacun en tant qu'homme de parti, s'y sentira choqué, mais s'il passe outre, en tant qu'homme, il éprouvera le miracle d'une confiance entière. L'évocation par éclairs d'un passé proche, mais que l'on dit volontiers révolu et aboli, fera percevoir combien notre situation actuelle s'apparente encore à celle d'avant guerre: mêmes menaces militaires;, Inêmes difficultés financières, mêmes refrains, même recours à des remèdes qui aggravent le mal. Seules les proportions ont changé, et surtout l'expérience de la guerre a été faite; ce n'est pas peu. Mais les jugements d'une clarté à la Voltaire, d'une audace paisible, que Charles Gide a formulés dès les premières années de L'Émancipation (cf. juillet 1887) sur la marche à la guerre et à la catastrophe économique ont gardé toute leur valeur instructive. Seulement, pendant la guerre, il s'est retenu de livrer toute sa pensée dans son journal, de dénoncer l'absurde contradiction de la guerre pour le droit, de la guerre pour la paix I. Non par crainte certes; on sait qu'il a montré ce courage d'esprit et ce courage civil si rare alors, prenant la présidence, en janvier 1916, de la Société d'études documentaires et critiques sur la guerre, qui, COlnmeil le rappelle à propos de sa
1. Il pensait déjà, comme il l'écrira en août 1919 : « Si la paix définitive doit jamais venir en ce bas monde, ce ne sera pas à la suite d'une guerre victorieuse, mais à la suite d'une, de deux, de dix guerres qui auront été patiemment conjurées. »

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L'ÉMANCIPATION

19

Tout a commencé à Uzès, cette « petite ville» qu'il a « passionnément aimée» 1. Bien sûr, cela ne plaît pas à ses parents, mais il est très lié à Auguste Fabre, un fils de pasteur, disciple d'un rêveur, Fourier. Tous les deux discutent en faisant de longues prolnenades et partagent leurs expériences si différentes, une fa.mille de juristes, avec un frère aîné déjà engagé vers une carrière professorale, une famille protestante orthodoxe et sévère dans un cas et dans l'autre une famille où la politique conduit à d'extravagantes divagations. Auguste Fabre est «un esprit curieux, grand a.dmirateur de l'Amérique, disciple enthousiaste de Fourier >/. C'est lui qui présente ce dernier à Gide comme un génie inconnu, lui ouvrant les portes d'un monde fantastique et lumineux d'où la haine serait bannie, où le travail, justement réparti, s'accomplirait joyeusement. Auguste Fabre passe à son ami des livres qui ne devaient pas plaire à son sage magistrat de père. Mais cette semence poussera.
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Gide reprendra souventla lecture de Fourier, et publiera en 1890 à une date où Fourier n'.estplus guère mentionné que pour être raillé un recueil d' extraits qui

va contribuer à sa redécouverte3. En 1867, il découvre également au travers d'un article de journal d'Elisée Reclus, la Société des Équitables Pionniers de Rochdale, origine du mouvement coopératif anglais inspiré du théoricien du socialisme anglais Owen. En 1874 son frère Paul, déjà professeur de droit romain à Paris, l'oriente vers l'économie politique en lui offrant les œuvres complètes de Bastiat, le champion de l'économie libérale qui est de Bordeaux, la ville où justement Charles Gide va occuper son premier poste de professeur. Le 8 avril 1886, Charles Gide, qui a été nommé professeur de droit à Montpellier en 1880, donne à Nîmes à la demande d'Edouard de Boyve, devant la Société d'économie populaire, une remarquable conférence sur Charles Fourier. Pour comprendre la place que Fourier occupe déjà dans la pensée de Gide, il faut relire cette conférence, l'écouter: «Je dois vous avouer, et en fait d'exorde, c'est un aveu intimidant, que c'est d'un fou dont j'ai à vous entretenir, vraiment un fou et même le plus complet qui se puisse imaginer... ». Et il va proposer à son auditoire une poignée de ses «prédictions prophétiques»: l'avenir est dans la suppression de tous les intermédiaires qui tirent profit des clients; il faut élargir la famille pour vivre en communauté harmonieuse, dans un phalanstère, une cité de bonheur; il faut que le travail devienne une occasion d'épanouissement et de joie, un travail attrayant; il faut abolir le salariat, dans une société nouvelle et d'harmonie. »... Et Gide célèbre Fourier: « Ô toi qui rêvais un monde où tout le monde fût heureux, même les bêtes, tu étais fou si l'on veut, mais du moins un

1. «Uzès », L'Émancipation, novembre 1922 (Cf. infra p. 281). 2. A. Lavondès, Charles Gide, La Capitelle, Uzès, 1953, p. 42. 3 Charles Fourier - Pages choisies, Guillaumin, Paris, 1890. L'ouvrage sera réédité en 1932 par la librairie du recueil Sirey. Il sera également traduit en anglais et c'est principalen1ent à travers lui que l'œuvre de Fourier est connue dans le monde anglosaxon.

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CHARLES GIDE

fou débonnaire, ce qui repose de ces fous furieux dont l'espèce devient si commune aujourd'hui! »1 Charles Gide s'amuse-t-il à scandaliser les bourgeois? sans nul doute il a dû éprouver un grand plaisir à montrer la «sagesse» du « fou ».Dans une des lettres adressées àL 'Émancipation après la mort de Gide et que publie le dernier numéro du journal, J. Ventosa Roij, responsable de Cooperatismo de Bilbao, raconte comment s'exprima Charles Gide lors d'un Congrès des coopérateurs espagnols à Barcelone2: « Peu d'Espagnols connaissent le Don Quichotte aussi bien que moi; c'est dans ce livre que j'ai appris votre langue, et, depuis ma jeunesse, j'ai l'habitude de le relire chaque année. Gide n'était pas qu'un savant éminent: c'était aussi un homme parfaitement bon, qui ressentait comme personne les misères des humbles; son noble esprit s'élevait contre toutes les injustices et toute les tyrannies, » Que venait-il chercher, année après année dans les deux tomes de Miguel de Cervantès: Don Quichotte de la Manche et Sancho Pança ? Il se replonge là au centre de notre humanité, dans cet incessant combat qui se mène dans le cœur de ceux qui ne renoncent pas à penser, de ceux qui sont tiraillés entre la recherche de la vérité et la misère quotidienne qu'il trouve en lui-même et chez les autres. L 'homme qui, à la fois, doute et espère. Après les temps du rêve et de l'adolescence voici que s'ouvre pour Gide le temps de la préparation. Que serait-il devenu si son père et son frère aîné n'avaient pas veillé sur cette nécessaire formation? Peintre, dessinateur, poète, chimiste, naturaliste, artiste... tout était possible; mais, confiant en son père et en son frère aîné, Charles suit leurs injonctions - quoique sans enthousiasme -, s'engage dans la voie du droit et, accompagné par sa mère, arrive à Paris pour commencer ses études. Il lui faudra de longues années pour trouver vraiment sa voie. Un Gide se doit d'honorer le nom qu'il porte par la qualité de son travail. Travailleur effectivement, admirablement équipé en intelligence et mémoire, il s'attache à l'étude des doctrines formulées par les maîtres qui l'ont précédé tant en France que partout dans le monde. Très vite il va aborder des sujets inexploités. Pierre à pierre, comme ces architectes et maço<nsqui ont construit dans notre Midi routes, cités et immenses monuments: viaducs, aqueducs, temples et forum, tous attachés à la recherche de la beauté, de la grandeur, de la durée, ils ont dressé sur leur route une grande et belle civilisation. Charles Gide veut construire du solide, mais plus que les écrits, le préoccupe l'œuvre qui prend chair dans I'histoire des hommes. Le droit - et surtout la façon dont on l'enseigne -lui apparaît comme une matière morte, où ne passe pas le souffle de la vie. En 1907, Charles Gide confessera: «Si je suis devenu économiste, ce n'est point que la science économique ait exercé sur moi une attraction particulière mais par l'effet répulsif des études du droit, au temps où j'étais étudiant j'ai cherché alors quelque ouverture par laquelle je puisse m'échapper. Il
1. Cette. çonférence a été reproduite dans le volume I de la présente collection: Charles Gide Ecrits 1869-1886 (L'Harmattan, 1999, pp. 331-356). 2. L'Émancipation, mars-juin 1932, page 77.

L'ÉMANCIPATION

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n'yen avait qu'une qui à cette époque, au lieu d'être largement percée, comme aujourd'hui, n'était qu'entrebâillée, je l'ai prise et je me suis sauvé hors de la prison» 1. Ses études de droit avaient pourtant été brillantes. Après une brève interruption liée à la guerre de 1870, il est docteur en droit en 1872, agrégé de droit en 1874 et la même année nommé professeur adjoint à Bordeaux où il obtiendra une chaire en 1879. Mais il se tourne vers l'économie politique que l'on introduit alors dans les facultés de droit. Il commence sa carrière d'économiste à laquelle il va tellement se consacrer . Yves Breton, dans sa remarquable préface à la réédition de la 26e édition des Principes d'économie politiqueZ, nous fait découvrir ce qu'ont été les 19 éditions de cet ouvrage qu'il publie pour la première fois en 1885 : un chantier toujours ouvert, toujours repris en main, pendant quarante ans; une incessante approche du monde des relations humaines pour en discerner les grands axes et tenter d'en découvrir les lois. En ce premier telnps, Charles Gide travaille avec devant lui l'immense entreprise de tous ses prédécesseurs. Il enseigne et s'offre aux incessantes questions de ses étudiants. Il est placé devant les mises en questions, les critiques de ses pairs. Il se heurte au poids des traditions, des systèmes clos, des vérités doctrinales des «écoles officielles ». Il va, quant à lui, chemin faisant, à la recherche de la vérité, modifiant non seulement la forme de son exposé, son plan, mais abandonnant telles perspectives pour intégrer les justes critiques et observations que ses pairs, amis ou adversaires lui ont adressées ou ont formulées dans leurs écrits. Il se heurte aux autorités universitaires ou politiques qui ont « leur doctrine» comme schéma obligatoire des diverses disciplines juridiques. Il tente de saisir le monde avec le même souci rationnel qui anime les autres savants. Il s'interdit de prendre pour vérité ce qui n'est qu 'hypothèse ou vénérable tradition sans fondement. Il s'est marié en 1878. l,a famille d'Anne lm Thurn, son épouse, est installée dans le domaine des Sources, sur la commune de Bellegarde, à 15 km de Nîmes, et il va revenir dans son Midi natal. Nommé professeur à Montpellier en 1880, il Y enseignera jusqu'en 1898. Il revient souvent â Nîmes où il retrouv Auguste Fabre, le passionné de Fourier. Fabre ne s'était pas contenté de «bavardages ». Il avait quitté Uzès pour aller découvrir à Guise, sur le terrain, au sein de l'entreprise Godin, des femmes et des hommes qui tentent de vivre une expérience communautaire: le Familistère de Guise. À son retour, quittant Uzès, il s'est installé à Nîmes pour y créer un atelier de mécanique. Il poursuit là, avec un groupe de gens les plus divers, une expérience singulière. Ces hommes de toutes professions, ouvriers pour la plupart mais auxquels se mêlent quelques bourgeois, se réunissent régulièrement pour réfléchir aux problèmes sociaux de l'heure et en particulier à la condition des pauvres+ Ils tentent de promouvoir une action pour améliorer la vie difficile des prolétaires. Gide fait aussi connaissance 1 Cf.M. Pénin, Charles Gide 1847-1932 L'esprit critique, L'Harmattan, 1997, pp. 36-37. 2. Volume II des Œuvres de Charles Gide, 'L'Harmattan, Paris, 2000.

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d'Edouard de Boyve, considéré comme l'animateur du groupe qu'ils appellent «la chambrée ». On y discute, on y réfléchit, en partageant un café. Leur action et leur pensée rejoignent ce qu'expérimentent en Allemagne et en Angleterre des groupes dont les thèmes majeurs sont la coopération, la solidarité. Ils évoquent souvent les « Équitables Pionniers de Rochdale» dont l'histoire vient d'être rendue accessible aux Français par la traduction qu'Alfred Talandier, condamné à l'exil le 2 décembre 1862, a fait de l'ouvrage de Holyoake (1857)1 -, et les systèmes coopératifs de l'économiste anglais Robert Owen (1771-1858). Edouard de Boyve, dont la mère était anglaise et qui a de nombreuses relations avec l'Angleterre est un informateur précieux sur ce mouvement et celui des « Christian socialists» anglais qui lui est d'ailleurs lié. Frappé par tout ce qu'il apprend et découvre à Nîmes, rejoint par ce mouvement au cœur même de sa démarche, Charles Gide va accomplir un acte étonnant. Il sollicite d'être accueilli comme l'un des bénévoles de l'équipe nîmoise. Il offre sa collaboration aux responsables de l'équipe nîmoise. Ces hommes de modeste condition et de faible culture auraient pu avoir peur; étant donné la personnalité et la stature du professeur, ne vont-ils pas être écrasés par un tel personnage? Ils l'ont reçu à bras ouverts, se réjouissant de l'importance de cette nouvelle recrue pour l'avenir de la coopération. Il nous faut maintenant évoquer la situation du mouvement coopératif au moment où Charles Gide le rejoint. Nous le ferons en nous laissant guider par les deux grands volumes que Jean Gaumont a consacrés à l'histoire générale de la coopération en France (1923-1924), ouvrages que citent souvent Gide et Desroches. Le premier volume intitulé «les Précurseurs et les Prémices », bien qu'il ne comporte aucune page consacrée à Charles Gide, lui est dédié: « Au Maître Charles Gide, comme citoyen de la République coopérative et à ses estimés collègues des InstÎtutions centrales de la coopération ». Ces deux livres d'une richesse d'information considérable montrent les difficultés internes et externes qu'a connu le lent développement de la coopération. De l'extérieur vient l'opposition de l'élite savante aux efforts constructeurs de trois générations des coopérateurs et aussi les incessantes attaques et contestations des milieux politiques et syndicaux; à l'intérieur, l'ignorance des animateurs et la constante tentation des plus habiles à utiliser la coopération comme un moyen d'accès à des postes de pouvoir. L'œuvre de Gaumont, qui remonte l'histoire de 1789 à 1913, décrit, au sein de l'industrialisation grandissante de notre pays, la croissance du prolétariat ouvrier et la misère d'une urbanisation rapide. Pauvreté, chômage, insécurité, famine suscitent partout révoltes et conflits sociaux. Une bourgeoisie riche, soutenue par le pouvoir politique, domine des masses ouvrières souffrantes et inquiètes: celles-ci cherchent leur chemin et sont poussées par des meneurs, politiques et syndicaux, vers des affrontements violents. Pourtant partout, en France comme dans les pays voisins, des
1. Selon André Gueslin, L'invention de l'économie sociale, Economica, Paris, 1998, p. 33. L 'histoire des « Équitables Pionniers de Rochdale ),.parait en français en 1882.

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démarches sont entreprises pour trouver des voies nouvelles susceptibles d'améliorer le sort des miséreux. Les uns espèrent trouver des chemins d'accord, les autres ne voient d'avenir que dans la révolution et la violence. Tout au long du premier volume de Gaumont l'analyste tente des diagnostics: 1876 «la coopération baisse, le collectivisme révolutionnaire grandit»; 1879: «le collectivisme révolutionnaire triomphe, la coopération continue sans éclat ». À partir de 1860, le système gouvernemental, né du coup d'État, est celui de la force et de la répression. En 1863 un journal, le Progrès de L.,yon, publie l'histoire des Équitables Pionniers de Rochdale, expérience réussie de coopérative ouvrière. En 1866, Karl Max, dans son adresse inaugurale à l'Association internationale des travailleurs, publiée à Bruxelles, écrit: « En même temps, l'expérience de la période 1848-1864 a prouvé à l'évidence que, si excellent qu'il fût en son principe, si utile qu'il se montrât dans l'application, le travail coopératif, limité étroitement aux efforts accidentels et particuliers des ouvriers, ne pourra jamais arrêter le développement en proportion géométrique du monopole, ni affranchir les masses, ni même alléger véritablement un tant soit peu le fardeau de leurs misères. C'est précisément le motif qui a décidé de grands seigneurs spécieux, des philanthropes bourgeois et nlême des économistes pointus, à accabler tout à coup d'éloges affadissants ce système coopératif qu'ils avaient en vain essayé d'écraser dans l'œuf, ce système coopératif qu'ils représentaient d'ailleurs d'un ton railleur comme une utopie de rêveurs ou qu'ils anathématisaient comme un sacrilège de socialiste. » La voix de la coopération est alors bien affaiblie et bien affadie. Quelques associations de consommation, de production et de crédit sont fondées dans la région parisienne, mais le pouvoir politique demeure méfiant. Le second volume de Jean Gaumont traite de «Formation et développement de l' mstitution coopérative moderne depuis 1872». C'est là où Charles Gide apparaît et va bientôt jouer un rôle central. Dans les milieux socialistes on considère que les sociétés coopératives de consommation et de production ne peuvent conduire à l'émancipation du prolétariat, même si l'on estime parfois que ce genre d'association peut rendre des services comme moyen de propagande pour la dif~siondes idées collectivistes et révolutionnaires. L'objectif est d'arriver le pluà vite possible à la solution du problème social par l'action révolutionnaire la plus nette. C'est une illusion d'attendre de l'épargne ouvrière le rachat du capital. Le salut de la classe ouvrière ne viendra pas des voies trompeuses du coopératis{ne mais par l' expropriatîon légale et révolutionna~re sans indemnité des cJasses possédantes. Gaumont ne se contente 'pas de présenter les critiques radicales des milieux socialistes et marxistes, ii examine comment se conduisent, au lendemain de l'Empire, ceux qui se présentent comme les promoteurs de la coopération. Il en dresse un bilan très négatif: « mais hélas, beaucoup, le plus grand nombre, pour ne pas dire tous, oublieront le programme coopératif qu'ils signaient au cours des années précédent~s dans les livres et les brochures, les discours ou les manifestes de l'Association... plusieurs gravirent jusqu'au faîte l'échelle des honneurs et du pouvoir, seront 'chefs de gouvernement, ministres,

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préfets et agiront dans ces hautes fonctions au profit de la conservation sociale, en faveur d'une République oligarcmste et capitaliste qui ne respectera guère les préceptes de justice économique et de vérité commerciale qu'ils avaient mises à la base de leur action ». « La coopération, si tant est qu'elleftît pour eux une étoile, ne leur apparaît plus au milieu des constellations nouvelles que comme un astre de minime grandeur et si peu brillant encore! Ils ne serviront plus désormais que les divinités du pouvoir et de l'argent Nous ne les trouverons plus sur le champ de cette histoire, si ce n'est pour constater que pour eux, la coopération, comme la République était belle... sous l'Empire.»1 Poursuivant son analyse Gaumont écrit: « Lors de la conférence de 1867 les coopérateurs ouvriers sont pOlIf la coopérative de production et n'envisagent plus la société de consommation comme le moyen de constituer les ateliers de production autonomes... leur éducation doctrinale est rudimentaire, floues et vagues sont leurs formules économiques. Et puis l'exercice de la coopérative de consommation a été plutôt fâcheuse.» Poursuivant son analyse, Gaumont rappelle que «l'Assemblée nationale élue le 8 février 1871, porte Thiers au pouvoir. Elle sera hostile à la classe ouvrière... Dans les Mémoires d'un ouvrier parisien, Audiganne déclare que les trois aspirations dominantes de la classe
ouvrière sont:

- combattre

l'ignorance

- combattre

la misère

- s'aider

les uns les

autres2 : et rappelle que « l'invincible espérance en l'émancipation du travail par la vertu de la solidarité, par l'association, demeure au plus profond des cœurs »3. Au cours des années 1873, 1874 et 1875 un certain renouveau coopératif se manifeste. Mais au Congrès international de Gand en septembre 1877, la coopération est rejetée pour son idéologie et la faiblesse de son argumentaire. En juin 1880 lors d'une grande conférence contradictoire qui oppose Jules Guesde à Alfred Talandier, le premier affmne que « la coopération de consommation laisserait le prolétariat dans sa situation présente sans alléger d'un centime sa misère actuelle» 4. Jusqu'en 1886, Charles Gide est en dehors du débat. Il n'a pas participé à toute cette histoire - ou préhistoire - du mouvement coopératif français. Il n'est pas non plus au premier Congrès national organisé par de Boyve et les Nîmois, à Paris en 1885. Mais il est marqué par ce qui se passe à Nîmes. Il expliquera ainsi plus tard ce qu'il y a découverts: «Voici une ville absolument indifférente à toute espèce de préoccupation sociale et dans laquelle, un beau jour entre 1883 et 1887, pendant une courte période de quatre ans, dans une histoire de deux ou trois millénaires, il y a eu comme une éclosion, ce n'est pas
1. Jean Gaumont Histoire générale de la coopération en France, FNCC, tome I, Paris 1924 Tome 1. 2. A. Audiganne Mémoires d'un ouvrier de Paris, Paris, 1873. 3. André Gueslin L'invention de l'économie sociale, op. cit., 1998, p. 314. 4. L'Égalité du 30 juin 1880. Cité par 1. Gaumont, Histoire générale de la coopération en France, FNCC, tome II, Paris, 1924 p. 72. 5. Charles Gide L'Ecole de Nîmes (1926) Réédition P1JF, .Paris, 1947, pp. 14-15.

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assez dire, comme une explosion d'institutions sociales, de mouvements sociaux ! quasi simultanément! Les voici: 10 D'abord, en 1884, la création de plusieurs coopératives et la préparation du premier Congrès coopératif national, amorce de l'organisation du mouvement coopératif en France. 2° L'année suivante, 1885, la création de l'Association protestante du christianisme social qui depuis lors n'a cessé d'élaborer un programme de rénovation économique et social d'inspiration chrétienne. 3° A la nlême date, une association a été fondée à Nîmes qui prit pour titre: Les Jeunes Amis de la Paix par le Droit. Les jeunes sont devenus vieux, mais l'association a grandi et sa revue mensuelle La Paix par le Droit est la plus importante des revues pacifistes publiées en France. 4° Enfin, à la même date, fut créée la Bourse du travail de Nîmes; à vrai dire il y en avait déjà une à Paris, mais celle de Nîmes vint du moins la seconde en France, ce qui est déjà honorable! » Gide raconte ensuite sa découverte de la Société coopérative populaire et de son local avec une simple inscription« Solidarité ». Fort de l'appui d'Auguste Fabre et des ouvriers déjà membres de deux petites sociétés coopératives de consommation: l'Abeille nîmoise et la Renaissance, Edouard de Boyve et ses compagnons ont en effet décidé de lancer un appel à toutes les sociétés françaises de consommation pour créer une fédération nationale. Voici le texte de cet appel historiquel: « L'idée d'un Congrès des sociétés coopératives de France n'a pas encore abouti. Cependant les nécessités de ce congrès s'imposent. Pour en fmir, les Sociétés coopératives de Nîmes sont décidées à en prendre l'initiative. Les principales questions qu'il y aura lieu de traiter dans cette assemblée sont les suivantes: 1) Formation d'une Commission chargée de s'entendre avec le producteur pour arriver, par des achats considérables, à faire profiter les magasins coopératifs des bénéfices des magasins de gros; 2) Nomination d'une chambre consultative chargée de représenter nos Sociétés de consommation dans l'intervalle des congrès; 3) Création d'un journal, non politique, qui renseignerait les sociétés sur tous les sujets d'intérêt commun et qui leur servirait d'instrument de propagande. » Le premier congrès eut lieu à Paris, à la mairie du quatrième arrondissement, à côté de I'Hôtel de ville, rue de Rivoli, le 27 juillet 1885. Il réunit les représentants de 85 sociétés et deux des plus illustres représentants de la Coopération anglaise: Vansittart Neale et Holyoake, l'historien des Pionniers de Rochdale. La presse fit un accueil assez bienveillant à ce congrès, quoique l'Économiste français, le journal du très lîbéral Leroy-Beaulieu, en rendit compte d'une façon cavalière en écrivant: «après de longs débats, on dut entendre une remarquable collection d'âneries, n1ais le bon sens restant prit peu à peu le dessus... »2 Le congrès décida que le siège du mouvement serait fixé à Paris, E. de Boyve accepta d'en être le trésorier, mais laissa à Paris l'honneur et la responsabilité de la Fédération nationale. C'est après ce congrès, que Charles Gide écrivit à de Boyve pour lui proposer sa collaboration. Cette décision L 2.
Cité par Charles Gide, L'Ecole de Nîmes, op. cit., 1947, p. 27. Idem p. 30.

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courageuse le marque définitivement; il sera désormais à contre courant et en rupture totale avec les économistes sérieux! En fait, dès 1884, en publiant ses Principes d'économie politique, Gide a commencé à s'écarter de l'orthodoxie économique. Mais il reste un savant, un universitaire un peu farfelu, et sans doute trop jeune encore! De Boyve l'invite à donner une conférence à Nîmes. Gide présente Charles Fourier aux Nîmois... une conférence qui fit du bn1Ît ! En 1886, lors du second congrès national de Lyon, il prononce signe de la confiance que l'on met en lui - le discours d'ouverture sur un thème actualité « la Coopération et le parti ouvrier en France »1. Gide sera désonnais la référence scientifique du mouvement coopératif français et aussi son prophète.
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Tentons de saisir ce qui est au cœur de la recherche de Charles Gide qui, désormais, a trouvé sa route. Il ne sera pas un simple coopérateur théorique. Sa démarche auprès du responsable de l'école de Nîmes est une folie, un geste décisif. Il s'engage en coopération à fond. À Montpellier cela signifie très vite une rupture avec sa famille spirituelle, le protestantisme. La bourgeoisie ne voit pas sans appréhension ce coreligionnaire influent et distingué s'intéresser à la cause des ouvriers et combattre la capitalisme et ses prérogatives. H. Desroches nous rappelle même que le succès de son message et de son engagement conduisit ses adversaires à faire venir un avocat parisien pour combattre la propagande gidienne en faveur de la coopération2. Mais qu'importe, il a trouvé l'axe qui va marquer désormais toute sa vie: tenter de trouver un langage, un argumentaire qui permettra d'aider les plus humbles, les ouvriers, les illettrés, à réfléchir, à penser pour devenir capables de prendre en charge leurs responsabilités d'hommes et de coopérateurs. Jusqu'ici il a travaillé parmi les privilégiés de la culture, le monde des étudiants, ceux qui se préparent aux postes de direction dans la société bourgeoise, maintenant il est appelé à rencontrer le peuple, les paysans, les artisans, les ouvriers, ceux qui affrontent la dureté des temps: insécurité devant tous les risques du travail et de la vie. Il faut apprendre à écouter, comprendre leur situation, les influences qui s'exercent sur eux, leurs peurs, leurs révoltes, leur lâcheté, leurs angoisses. Il faut que l'école de Nîmes trouve les paroles qui arriveront jusqu'à eux. Une parole qui les respecte, qui les aide à devenir adultes et autonomes. Lorsque la question s'est posée du nom à donner au journal que veulent lancer les coopérateurs nîmois, Gide a proposé un terme juridique qui apparaît souvent dans les discours ou les discussions concernant l'avenir des hommes. Un mot bien dans l'axe de la République, de la démocratie, un mot qui couvre l'attente, l'espérance de beaucoup. C'est « émancipation -, un terme juridique qui désigne l'acte par lequel un mineur est affranchi de la puissance paternelle ou d'une tutelle quelconque. Un acte par lequel la femme et l'homme acquièrent avec le gouverneUlent de leur personne, une capacité, une responsabilité limitée seulement par la loi. «Émancipation »,
1. Également reproduite dans le volume III de la présente collection: Charles Gide Coopération et économîe sociale 1886-1904, L'Harmattan, Paris 200'1. 2. Charles Gide - Trois étapes d'une créativité, op. cit. 1982, p. 33.

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le mot évoque une libération et l'indépendance. Le terme est bien dans l'air du temps I. Dans notre communication au colloque Charles Gide de 1993, nous suggérions que Gide a peut-être pensé au mot de Michelet, le poète de la Révolution: « La liberté, en les frappant, les émancipa, elle en fit des hommes libres. » Ce que Gide a découvert dans l'étonnant mouvement nîmois de la «chambrée », c'est la naissance au sein du peuple d'équipes réunies librement par leur volonté d'inventer des chemins nouveaux pour faire face aux contraintes du temps et pour lutter efficacement contre la misère. Gide y voit la préfiguration de la société de demain où le profit sera éliminé et où l'entraide et la solidarité deviendront la dynamique nouvelle. Le journal qu'ils vont publier sera un journal indépendant de tout parti, de l'État, des Églises, des syndicats. Il sera pour tous, tous pourront y écrire: ouvriers, paysans, citadins, ruraux, riches ou pauvres, bourgeois et prolétaires, et même les économistes d'autres orientations. Conduit par de Boyve,Gide ira ensuite en Angleterre découvrir les «Pionniers de Rochdale ». Il verra comment, par la coopération, « ces hommes, ces familles sont sortis de la misère pour accéder à la dignité et au confort. Vingt-huit ouvriers vivant dans les quartiers pauvres d'une petite ville anglaise se sont dressés. Ils se déclarent les pionniers d'un monde nouveau où tout sera régi par la justice. Leur rêve a pris racine et a conduit à la création de magasins de gros. Ce n'est pas un chemin sans embûches. Mais c'est la route qu'il faut prendre. Elle arrache à l'individualisme et à la peur. » Chacun pour tous et tous pour chacun. Le mouvement des «Pionniers de Rochdale» est pour Charles Gide préfiguration de la société de demain. Chacun sera libre et responsable. Sans nul doute, il faudra une importante évolution dans la conduite personnelle, mais c'est chose possible et bénéfique. Ces Anglais en sont le signe d'avant-garde. Gide écrit: «Nous sommes comme errants en une impasse obscure, nous nous heurtons à une porte où il est écrit "coopération" et où nous voyons filtrer un rayon de lumière et d'espérance. » Il commente: « Il est vraiment impossible de supposer que des êtres raisonnables et civilisés n'arrivent pas à résoudre le problème social qui consiste à concilier la justice et la liberté.» « L'idée coopérative n'est pas une théorie de cabinet, elle est sortie de la pratique de la vie et des besoins de la classe ouvrière. Elle n'est pas éclose un jour dans le cerveau de quelques savants, elle est née des entrailles mêmes du peuple! »2 Attentif au développement des sciences biologiques et médicales, Charles Gide trouve dans la structure même de toute réalité vivante la grande loi de la solidarité. Toute
1. A. Rouquette, dans une de ses lettres concernant nos recherches, nous signale que Raymond Huard, dans sa thèse sur lt.~1110uvenzellt épublicain dans le Bas-Languedoc r 1848-1841 (presses de la FNSP, 1982) écrit à la page 353 :« le 21 janvier 1871, avant la capitulation de Paris, se tint à Toulouse un Congrès des journalistes républicains du Midi, dans un but de défense réppblicaine : 19 journaux, 14 départements sont représentés parmi lesquels, bien entendu: l'Enzancipation de Toulouse ».
2. [« La coopération et Je parti ouvrier en France », in La coopération de propagande, Sirey, Paris 1906, p. 57]

- Conférences

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cellule qui voudrait se séparer de la totalité de l'organisme dont elle fait partie, non seulement mourra mais entraînera dans sa mort tout le corps auquel elle appartient. Il faut répandre la nouvelle perspective dans le monde entier. Dès 1887, Gide participe à la création de l'Alliance coopérative internationale que lance son ami De Boyve - et il en proposera le drapeau, aux couleurs arc-en-ciel. En face de ceux qui appellent à la violence internationale et révolutionnaire, la nouvelle alliance cherche l'union sociale et la paix. Au congrès coopératif de 1889 à Paris, Charles Gide présente le programme de l'école de Nîmes. Il décrit les trois étapes de la marche à suivre: 1- Faire la conquête de l'industrie commerciale à partir des coopératives de consommation en fondant des magasins de gros qui permettent d'opérer des achats à grande échelle. 2- Dans la seconde étape faire la conquête de l'industrie manufacturière en créant les industries produisant tous les biens répondant aux besoins des sociétaires. 3- Dans la troisième et dernière étape, conquête de l'industrie agricole par l'acquisition des fermes et propriétés susceptibles de produire les denrées alimentaires: blé, légumes, fruits, vin, volailles, viandes... Croit-il à ce qu'il annonce? En particulier lui qui connaît bien le monde de la viticulture puisqu'il gère le domaine de son épouse, Les Sources, ignore-t-il que les paysans tiennent à leur terre et à la qualité de leurs production? Croit-il qu'il sera facile d'éliminer la concurrence, de supprimer le salariat et la propriété personnelle? Non, bien sûr et il insiste par exemple sur le fait qu'on ne pourra jamais remplacer un vrai paysan par un fonctionnaire-gérant. Charles Gide est tout sauf un rêveur et un utopiste irréaliste. Il est en fait un réaliste lucide. Il se connaît, il connaît bien les hommes et leurs faiblesses. Il sait que la raison ne les conduit pas souvent et que les passions les entraînent. Mais la raison peut examiner les résultats des pratiques et des voies coutumières. Quels sont les chemins qui conduisent à la paix, à l'épanouissement des hommes? Il n'est pas sûr que les coopérateurs choisissent toujours les bons chemins et s'écartent de leurs vieilles habitudes et des sordides calculs d'intérêts, de pouvoir, de vanité... Pourtant le réalisme consiste à comprendre ce qui peut mettre les hommes en mouvement, ce qui peut rendre à leur cœur espérance et foi en l'avenir, ce qui peut susciter en eux capacité d'intelligence, de modestie et d'entraide. Gide cherche ce qui ouvre le cœur à l'espérance et à la liberté. Ils se trompent, ceux qui rivent les hommes à l'étroit calcul de leur intérêt immédiat, ceux qui ne leur proposent que la recherche de l'argent, la consommation, le patrimoine au lieu de choisir la famille, les enfants et, comme le disent les poètes, la marche à l'Étoile. Un peuple est asphyxié par la luxure, la satiété, le confort, la peur de l'effort et du risque, l'oubli des vraies valeurs. On peut l'endormir, l'abrutir, l'endoctriner pour en faire une foule prête à suivre des leaders habiles à le séduire et à l'entraîner sur des voies sans issue. Gide cherche pour la société d'autres perspectives, et il va tenter de faire de l'école de Nîmes un mouvement où, à partir de la vie quotidienne, «une leçon de choses» est donnée, simple, lumineuse, comme ont su le faire les instituteurs et institutrices de France pour faire accéder les enfants à la sagesse et à l'amour du vrai, du droit, du beau.

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C'est le 15 novembre 1886 que paraît le premier numéro de L'Émancipation. Charles Gide en a suggéré le titre mais c'est Edouard de Boyve qui en est le directeur. Et à ce titre, dans le premier article, au nom du comité de rédaction, celui-ci présente la ligne directrice du journal: «Ce journal, largement ouvert aux économistes des autres écoles, se veut un lieu d'instruction mutuelle; ses principes sont la liberté et l'union fraternelle. Il s'interdit le domaine politique et religieux. Il vise à travailler à l'amélioration morale et matérielle de tous. Il fait appel à la sympathie de tous. Il fait appel à la sympathie de tous les citoyens pour l'aider dans son œuvre d'émancipation et de pacification sociale. » C'est à Ernest Brelay qu'est confié le second article. Protestant, riche industriel, économiste libéral, Brelay s'intéresse au mouvement coopératif essentiellement dans la mesure où il lui semble susceptible d'éloigner les masses du socialisme+ C'est lui qui, par dérision, qualifiera le groupe nîmois d'« école de Nîmes» - sous entendu: que peut-il bien sortir d'intéressant de cette
lointaine province et de cette petite ville?

-

terme que Charles Gide reprendra

pour s'en faire un drapeau. Il a pourtant accepté de collaborer à L'Émancipation, et sa première intervention, pleine d'humour et d'ironie, laisse percer le peu d'espérance qu'il met dans les travaux du journal et dans sa critique des institutions sociales existantes. Le troisième article est de Gide - et on le trouvera en tête du présent volume I. Il porte comme titre « Ni révoltés, ni satisfaits» et il est déjà une réponse à Brelay. Les satisfaits, libéraux optimistes pensent à tort que les choses s'arrangent naturellement d'elles-mêmes... Les révoltés L.. mais qu'a à faire la révolte dans un pays démocratique? dans des sociétés modernes? L'étude, une réflexion et une action communes nous conduiront à trouver les moyens de donner à chacun indépendance et sécurité. Gide conclut: «Heureux si la lecture de ce journal peut apaiser la haine de quelques révoltés, en leur apportant l'espérance, et secouer l'indifférence de quelques satisfaits en leur apprenant leur devoir. » Ainsi est lancé L'Émancipation qui cherchera toute son existence une voie entre le libéralisme débridé et la révolution: en mars 1929, Charles Gide écrira encore un article' « Nous n'acceptons pas le dilemme» - d'avoir à choisir entre Moscou et Chicago2. L'équipe des collaborateurs est d'une composition étonnante. Rien que pour la première année, à côté des trois que nous venons de citer, il yale gérant du journal, maître maçon: Jules Besson; Th. Tholozan, secrétaire de la Société d'économie populaire, chargé des abonnements et des annonces; E. Benoît-Germain président du conseil de prud'homme, traducteur des articles italiens; Charles Robert, président de la Société du secours mutuel et de la Société pour l'étude pratique de la participation aux bénéfices d'entreprise pour
..~-~-_.

1. 2.

Infra p. 41. Infra p. 330.

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le personnel. Citons encore A. Fabre, L. Poizat, G. Maurin, F. Passy, A. Villard, Briellet, Ychalette, Maréchal, Claude Bersot et des intervenants de coopératives anglaises, allemandes, belges, suisses, russes et de nombreuses régions françaises. La modestie - revendiquée - du journal n'interdit d'ailleurs pas une ambition militante. C' est pour faire pièce à la tentative du secrétaire général de la toute nouvelle Union coopérative, Fougerousse, de tirer la coopération dans une direction purement libérale et ménagère que les Nîmois se décident de publier leur petit journal sous-titré: «Journal d'économie politique et sociale - organe 1 des Associations ouvrières et Centre régional coopératif du Midi» . Et dès le début, les attaques ne vont pas manquer, venant de la droite comme de la gauche. Dans le n° 10 de Boyve s'inquiète: «Au bout de 10 mois, on me traite de socialiste, de révolutionnaire, de réactionnaire, de clérical, de communiste, d'athée... que faire?» Bien évidemment, continuer. Et dans le n° 12, il réaffmne le programme de ['école de Nîmes en insistant sur le fait que le premier objectif est la réforme des personnes elles-mêmes: «que chacun, avant de vouloir réformer la société commence par se réformer soi-même. » L'Émancipation paraîtra ainsi de juillet 1886 à mars-juin 1932, avec un rythme mensuel, et totalisera 544 numéros. Son format comme sa présentation varieront2, son contenu aussi, mais jamais son objectif: fournir pour un prix des plusmodique3 un journal d'éducation populaire s'intéressant à des aspects de la vie sociale et économique généralement négligés par la
1. Fougerousse, un rescapé du lIOEmpire, avait été élu l'année précédente secrétaire général lors du premier congrès coopératif convoqué par les Nîmois: ceux-ci avaient considéré qu'il fallait un Parisien et un notable à la tête de la nouvelle organisation. Le 12 février 1886, Fougerousse lance alors son journal Les coopérateurs français, revue des sociétés coopératives, dans lequel il réduit la coopération au statut d'un auxiliaire très modeste de l'économie libérale. C'est pour réagir contre cette tendance, insister sur la dimension sociale et transformatrice de la coopéra~ion et soutenir une conception idéaliste de celle-ci, que les Nîmois décident de lancer L'Emancipation (Voir, pour les détails de cette histoire, l'ouvrage de J. Gaumont 1.2, op. cit. 1924, pp. 119-152.). 2. L'Émancipation paraît d'abord sur 4 pages, d'abord au format 24,5/35, puis à partir du n° 5 au format 24,5/38, imprimé sur 3 colonnes. En 1888, il adopte le format journal et a, certains mois, 6 pages. En 1891, i1 passe au format demi-journal (sur 3 colonnes, paginé annuellement) et en 1893 « afin de rendre le journal plus commode pour la lecture et le relecture », il adopte le format 18/25,5 (avec 2 co1onneset une pagination annuelle) qu'il conservera jusqu'à la fin. Les numéros ont alors généralement 16 pagesce qui fait 192 pages pour l'année. ImPt:imée pour des raisons d'économie sur du mauvais papier (du «papier à chandelle »), L'E,nancipation, est imprimée de 1886 à 1903 par l'imprimerie Chastagnier à Nîmes puis, à partir de cette date et jusqu'à la fin, par J'imprimerie coopérative nîmoise «La Laborieuse », dirigée par Claude Gignoux. De 1903 à 1925, sa couverture s'orne de la bene vignette qui est reproduite sur ce volume et que Charles Gide présente ainsi: «La figure de femme qui est sur la couverture est la Justice sociale. On la voit occupée à partager égalernent une gerbe entre deu'} hommes qui sont évidemment des coopérateurs... », l'un ouvrier, l'autre paysan. (L'Emancipation, octobre 1903, p. 145). 3. L'abonnement annuel est au départ de 2 F (3 F pour l'étranger) ; il passera à 4 F en 1920 et à 10 Fen 1927.

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« grande» presse et privilégiant les solutions coopératives et associatives. La politique politicienne - une composante essentielle des journaux «sérieux» de l'époque - est rigoureusement bannie. La lisibilité des articles est considéré comme primordiale: ils doivent être courts et dépourvus de termes techniques pour en pas rebuter un lectorat populairel. Des opinions diverses peuvent s'exprimer mais l'extrême droite et l'extrême gauche sont exclues. De 1886 à 1913, L'Émancipation est dirigé par Edouard de Boyve et Charles Gide n'est qu'un des contributeurs ; sans doute le plus prestigieux et l'un des plus réguliers mais qui prend grand soin de ne pas empiéter sur les prérogatives du directeur et qui laisse Edouard de Boyve donner au journal une tonalité sans doute moins progressiste que celle que suggère ses propres articles. En 1925, Charles Gide écrira: De Boyve « n'était ni un théoricien, ni un écrivain, ni un orateur. C'était un homme d'action, un organisateur et, plus qu'un philanthrope, un chrétien. Dans la première conférence qu'il a faite le 15 octobre 1883, c'est-à-dire tout au début de l'école de Nîmes, [il] présente ainsi le programme de la coopération: "La coopération veut, autant que possible faire disparaître les maux, les injustices de ce monde, aider ceux qui ont un fardeau trop lourd à porter, rendre libres ceux qui sont opprimés, briser toutes les chaînes. Elle veut la liberté. Elle veut combattre le vice sous toutes ses formes, augmenter l'intelligence, donner des habitudes d'économie, arriver à la diminution du paupérisme. La coopération est du socialisme intelligent et pratique, et en donnant à l'ouvrier le moyen de sortir de sa situation précaire, elle résout en partie la grande question sociale, les rapports du capital avec le travail. Le système coopératif n'a rien de commun avec le communisme qui est répudié par tout coopérateur. Le coopérateur sait que tout système qui aurait pour but l'abolition de la propriété privée ferait fuir le capital et supprimerait la source de l'activité, de la richesse, sous toutes ses formes. Les coopérateurs n'en veulent pas au capital, car ils comprennent que tant qu'il y aura de si grandes différences (entre les hommes) dans l'intelligence, dans leur activité, dans leurs habitudes d'ordre et d'économie, il y aura par cela même des inégalités dans la distribution des richesses. Ils trouvent seulement que l'accès de ces richesses doit être rendu plus facile et la coopération sous toutes ses formes, leur paraît être le moyen le plus pratique d'y arriver..." On pourrait résumer le programme de de Boyve par cette formule que je l'ai entendu répéter bien souvent: non la révolution mais l'évolution. Eh bien, ce programme ne rompait pas du tout avec celui des économistes [libéraux]. » Mais Charles Gide ajoutait: «Ce à quoi il attachait la plus grande importance, et qu'il a développé maintes fois dans ses articles et

1. En 1924, L'Émancipation fusionnera quelque temps avec les Libres propos d'Alain et Charles Gîde s'inquiétera un peu du caractère « supra-intellectuel» des articles de ce dernier (Cf M. Pénin Charles Gide - L'esprit critique, op. cit., 1997, p. 206).

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petits discours, c'était l'éducation: changer les cœurs, comme dit l'Évangile, faire des hommes nouveaux. »1 De Boyve représente ainsi en quelque sorte la droite de l'école de Nîmes, Auguste Fabre en représentant la gauche et Charles Gide le centre. Mais Auguste Fabre n'équilibrait pas vraiment de Boyve. «Quoiqu'il fût protestant aussi, il était libre penseur, si toutefois un libre-penseur peut devenir spirite. En tout cas, il était déterministe dans le sens des socialistes, de ses maîtres Fourier et Owen, c'est-à-dire qu'il pensait, à la différence d'E. de Boyve, que ce ne sont pas les cœurs qu'il faut changer mais les milieux sociaux. »2 Il aurait donc, nous dit Gide, «orienté l'école de Nîmes plutôt dans le sens socialiste, non du nouveau socialisme marxiste mais du vieux socialisme français. [...] À lui, comme à presque tous les socialistes, la coopération ne paraissait pas pouvoir se suffire à elle-même »3. Mais Auguste Fabre s'était mis très vite en retrait et s'il restait une grande figure de l'école de Nîmes, «ni par la plume, ni par la parole, il n'y prit plus une part active »4. Ainsi va vivre L'Él1zancipation, modestement. En 1895, elle indique un tirage de 4000 exemplaires et il semble que ce chiffre de 3 à 4 000 abonnés ait constitué son régime de croisière. À partir de 1914, Edouard de Boyve, fatigué, laisse la direction de L'Émancipation à Charles Gide qui n'acceptera toutefois d'être nommé officiellement rédacteur en chef qu'à la mort de de Boyve, en 1923. Le journal
devient alors réellement le journal de Charles Gide

-

et un peu aussi celui de

Claude Gignoux5 et change quelque peu de caractère. Il est moins consensuel, et les prises de position de Charles Gide, plutôt pacifiste pendant la guerre et de plus en plus critique envers la politique française au lendemain de celle-ci, provoquent quelques vagues6. Le thème social est toujours aussi présent et, peutêtre encore plus qu'auparavant, l'ouverture sur le monde extérieur (le « cosmopolitisme» dira Gide) qui fait tellement défaut à la France de l'époque. Les articles de Charles Gide, plus longs, structurent véritabletnent le journal. Les thèmes coopératifs sont (un peu) moins exploités et de nouveaux thèmes apparaissent qui prennent une importance grandissante: ceux de politique
1. L'Ecole de Nîmes (Cours au Collège de France~ 1925-1926). Réédition des PUF, 1947, p. 74-76). On trouvera également dans ce vo)unle un article nécrologique de Charles Gide sur de Boyve (infra p. 306). 2. Idem p. 76-77. 3. Idem p. 77. 4. Idem p. 78. Voir également infra l'article que Gide écrit à la mort d'Auguste Fabre p. 287 5., Nîmois, directeur de l'imprimerie coopérative «La Laborieuse» qui édite L 'Emancipation~ il en a la responsabilité matérielle et entretient avec Charles Gide une énorme correspondance dont ce dernier dira toute l'importance qu '.eHeeut pour Inlet pour le journal à la mort de Gignoux (Cf. infra p. 357.) 6. Quî se traduiront par des désabonnement~, parfois collectifs (Cf. «L'Affaire Lorraine» évoquée par M. Pénin, op. cit., 1997, p. 206-208).

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internationale, par exemple, avec une attention grandissante portée aux problèmes coloniaux, aux conflits et aux risques de guerre. Il arrivera alors que l'on reproche à Gide et à L'Émancipation d'aborder trop de domaines qui n'ont rien à voir avec la coopération. Gide rappellera que la solidarité nous rend responsables de tout ce qui concerne l'actualité du monde et du deveI)jr humain. Mais en 1924, il modifiera la couverture du journal abandonnant son élégante vignette et l'appellation d'« Organe des associations ouvrières et coopératives» pour un plus neutre «Journal d'éducation coopérative »1. Entre ceux qui abandonnent L'Émancipation pour désaccord politique et ceux qui la rejoignent pour la raison inverse, le tirage reste toujours du même ordre, 3 à 4 000 exemplaires. Mais le lectorat n'est plus exactement le même, les milieux coopératifs ne constituent plus la quasi-totalité des effectifs et les prises de position du rédacteur en chef du journal, désormais célèbre, sont souvent répercutés par d'autres organes de presse, ce qui assure à L'Émancipation une audience qu'elle n'avait pas auparavant. De 1886 à 1931, Charles Gide publiera 840 articles dans L'Émancipation2. Le présent volume en comporte 132 et nous comptons bien sur Marc Pénin pour en mettre pratiquement autant à la disposition du public sur l'Internet. Comme toute sélection, la nôtre sera certainement critiquable3. Mais nous pensons qu'elle devrait donner au lecteur d'abondantes matières à réflexion et l'envie d'aller plus loin: et, dans ce cas, outre l'Internet, il aura à sa disposition les 12 volumes que le Comité pour l'édition des œuvres de Charles Gide à commencé de publier! Il n'est pas besoin d'aller plus loin dans la description de ce voyage que Charles Gide vous invite à faire à travers un demi-siècle de l'histoire de notre pays et de nos sociétés.

1. Michel Alexandre apparaît alors dans le comité de rédaction mais c'est son épouse, Jeanne, qui sert en fait de secrétaire de rédaction. 2. n nous en manque 5, qui figurent dans les 4 numéros du journal que nous n'avons pas réussi à retrouver (février, août et octobre 1891 et février 1901). 3. Parmi les biais systématiques - et volontaires - que nous avons introduit, il faut sans doute mentionner une certaine sous-représentation ,des articles que Char1es Gide consacre à la coopération et au fonctionnement coopératif. En effet, ces textes fbnt le plus souvent double emploi avec d'autres - plus longs et plus détaillée - qui portent sur les mêmes matières et qui sont publiés, avec tout l'appareil scientifique qu'ils exigent, dans le volume III des Œuvres (Coopération et économie sociale, textes présentés et annotés par Patrice Devillers, L'Harmattan 2001). Nous avons fait également le choix de ne reproduire pratiquement aucun des nombreux textes que (:harles Gide consacre, après la guerre, au problème de la hausse des prix et de la stabilisation du franc. Bien que ces textes soient remarquables et constituent une preuve de plus de ses capacités d'économiste, ils font référence à un contexte économique très particulier, bien connu des contemporains car directement vécu par ceux-ci mais qu'il faudrait rappeler en détail au lecteur actuel. Et il nous a semblé que l'historien, ou la personne particulièrement intéressée par ce thètue ou ce moment précis de notre histoire, pourront aller chercher ces textes sur J'Internet et qu'il valait mieux publier dans ce volume des textes plus généraux.

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Lui-même ne l'eût pas voulu. Dans un article de 1892, intitulé «Par où faut-il passer... ? »., il met en garde contre ceux qui réclament - et surtout ceux qui donnent - des itinéraires trop précis pour s'orienter dans la vie: « Quand les rois Mages voulurent aller à Bethléem, ils ne se tracèrent point d'itinéraire, ils n' assuj ettirent point sur leurs nez de bésicles d'or pour déchiffrer des cartes géographiques; ils n'emportèrent dans leurs ceintures ni compas ni boussole; ils ne demandèrent pas leur chemin aux carrefours. Mais levant les yeux en haut, ils virent une étoile qui leur montrait ce chemin, et marchant dans la direction du point lumineux, ils se rencontrèrent tous les trois autour de la crèche de l'Enfant Jésus. Voilà des gens qui savaient comment on trouve son chemin! Que chacun donc marche à sa guise. Si nous portons au cœur un même idéal, nous nous rencontrerons tous, au terme du voyage, au même point d'arrivée. » Que chacun marche donc à sa guise parmi les textes reproduits cidessous. Et nous ne doutons pas que, rapidement, il ne fasse sienne l'opinion de J. Viénot sur Charles Gide2 : «Il suffit de l'avoir entendu une fois pour ne pas l'oublier. Incisif, mordant, il ne s'arrête pas devant les idées toutes faites. Illes pèse, les retourne, démolissant les à-peu-près et les clichés... On peut ne pas le suivre, en tout cas on ne peut pas ne pas réfléchir. Charles Gide est un éveilleur d'idées. » Qu'on nous permette seulement de dire en quelques lignes notre propre cheminement à partir de ses textes, qui s'est orienté sur la «penséeaction» de l'auteur. Tout au long de notre lecture de L'Émancipation, comme un surgissement d'un rocher fondamental, nous avons noté des textes bibliques qui incidemment émergent dans le texte. Ils viennent non pas comme des arguments, mais comme une indication intéressante. Ces textes proviennent indistinctement de l'Ancien ou du Nouveau Testament, en particulier de l'Evangile. Nous n'avons pas entrepris une analyse systématique ici, elle pourrait être tàite pour l'œuvre globale, correspondance incluse, de Charles Gide. Son extrême discrétion sur le problème religieux nous impose le respect. Mais on retrouve ici l'idée même de «pensée-action ». Ides familiers de la lecture biblîque savent combien, là, les prophètes et écrivains bibliques opposent «la Parole» qui crée l'histoire et la parole qui n'est que vent sans lendemain, bavardage d'homme qui ne sait ni qui il est, ni d'où il vient, ni où il va. Il n'est que trop facile de comprendre pourquoi beaucoup ne pouvaient apprécier Gide. Sa parole est trop tranchante. Et il ne faut pas attendre de lui la moindre complaisance pour tout ce qui est affirmé comme vrai et qui n'est que le paravent des intérêts et des traditions.
1. Ct: infra p. 66 2. 1. Viénot« Les protestants au Collège de France», Bulletin de la Société de l 'histoire du protestantisme français, LXXX, 1931, p; 291.

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Dans sa recherche scientifique, lorsqu'il cherche à comprendre les phénomènes sociaux, politiques et économiques, Gide, dans ses analyses, s'en réfère à la droite raison et ses adversaires savent quelle est sa rigueur et combien redoutable la lucidité de sa pensée. C'est le premier aspect de son service de savant: une recherche respectueuse du réel, pour tenter de saisir la vérité que cachent ces faits. Mais, et c'est sa seconde recherche inlassable, son étude et ses travaux ne sauraient se contenter d'être simplement un discours, un bavardage à

propos du monde social, çlela justice et de la paix. Il faut que la parole {( prenne
chair» dans l'histoire des hommes. Que l'étude aide les personnes et la société à progresser vers plus d'humanité. Notre mission d'homnle est de contribuer à arracher de nos vies et de nos sociétés ce qu'il reste de barbarie, d'inhumanité, pour conduire sinon à la sainteté, du moins au raisollllable. L'idéologie, qui à l'avance sait où est la vérité et croit la posséder, est une abomination pour Gide. Il faut, comme Descartes et la stricte raison l'enseignent, dépasser nos ignorances, nos préjugés, jeter à terre les prétendus savoirs qui cachent nos privilèges, nos intérêts, nos situations confortables, pour redécouvrir nos ignorances et nous mettre en recherche avec les autres. Rien n'est plus dangereux que ces techniciens, ces docteurs, ces professeurs qui savent et cherchent des clients, des élèves à endoctriner, ces savants qui détiennent avec leurs diplômes la vérité qu'il suffit de répéter. Gide a, de son métier et de sa mission, une toute autre conception. Chercheur, son objectif principal est d'entraîner les autres dans le chemin de la solidarité, du respect réciproque, vers une authentique émancipation personnelle d'abord, sociale ensuite. Au cours des cinquante années qu'il parcourt, les sciences et les techniques ont connu un développement considérable. Mais en même temps son époque est placée devant des dangers terribles - qui ne nous sont pas non plus inconnus. Les pouvoirs politiques, les puissances industrielles et financières, les foules libérées de beaucoup de contraintes et entraînées par d'habiles meneurs sont menacées de multiples dérives, de multiples idoles. Comme par le passé les hommes ne cessent d'imaginer qu'ils ont trouvé les outils du bonheur, de la justice et de la paix. Gide nous paraît se contenter de la sagesse que Rabelais nous a enseignée dans son Pantagruel: «science sans conscience n'est que ruine de l'âme ». Toutefois, en regardant comment progresse dans le monde l'univers associatif, coopératif et mutualiste, Gide trouve des raisons d'espérer. Même la dictature qui se lève après la guerre en Russie ne lui paraît pas faire l'impasse sur la solidarité et, si elle a oublié le rôle fondamental de la liberté, elle a mis par terre la puissance dominatrice de l'argent. Le monde coopératif, quant à lui, est passé de modestes réalisations locales à de grandes Fédérations nationales et internationales. Partout, la démocratie, la liberté gagne du terrain: liberté de la presse, liberté associative, liberté syndicale, liberté de l' enseignement. Peu à peu, une lente évolution du clergé et de 1'.Église dominante se manifeste. Deux grandes puissances demeurent: l'argent et la foi en la violence comme solution des difficultés internationales. Pourtant, même là, le panache

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glorieux qui environnait les faits de guerre s'estompe et I'horreur de la guerre apparaît encore plus nettement avec le développement considérable des moyens de mort. D'ailleurs même les mathématiques montrent que tuer un honnne coûte beaucoup plus cher que de l'aider à vivre. L'absurdité de la guerre et sa barbarie ne sont-elles pas évidentes? Et pourtant! Les hommes font-ils ce qu'il faut pour qu'elles soient exclues à jamais? Pas vraiment. Le désarmement est constamment reporté, les foyers d'incendie entretenus au lieu d'être circonscrits, les mensonges toujours plus appréciés que les vérités, la gloriole toujours préférée à l'effort, etc. La Société des Nations a bien été créée, mais faible est l'autorité qui lui est accordée par les États. Gide contrairement à d'autres penseurs français ne croit pas à la bonté naturelle des hommes. Il n'est disciple ni de Rousseau, ni de Condorcet, ni d'Auguste Con1te. Il ne croit pas au progrès inéluctable de la société, à la venue naturelle d'une société réconciliée. Tout dépend des hommes) de ce qu'ils sont, de ce qu'ils font et la façon dont ils se transforment. Gide sait que l'homme peut être sensible à la voix de la raison. Il constate que la raison peut nous aider à découvrir l'irrationnel et la folie de telle ou telle conduite. Mais il constate aussi que ce sont les passions et non les intérêts qui mènent les hommes. Et les passions sont comme le vent du sud et comme nos petites rivières du Midi, capables en quelques heures de démolir routes, ponts, villages et même de grandes villes. L'expérience personnelle de Charles Gide dans sa vie familiale, dans son expérience conjugale, dans ses relations avec son neveu André, dans son milieu religieux protestant, lui rappelle constamment que l'échec est possible. Échec de l'amour, échec au lieu le plus intime de l'existence. Lorsqu'en avril 1919, il répond à Nathan Soderblom, archevêque d'Uppsala, qui lui a demandé de participer à une grande rencontre en Suède pour parler du «Christianisme social », il répond qu' « au milieu du cataclysme que nous venons de traverser (et dans lequel les Églises chrétiennes n'ont guère rempli leur mission évangélique et sociale, à mon avis du moins, et aussi pour celles, françaises, anglaises ou américaines que celles allemandes) mes préoccupations se sont un peu détournées du christianisme social, et je ne trouverais pas la sérénité nécessaire
pour reprendre ces études » 1.

Nos faiblesses sont là au cœur même de ce qui compte le plus pour nous. Nous faisons constamment l'expérience des fruits pitoyables qu'apportent nos faiblesses. Gide est un pessimiste actif et se garde bien de juger. Dans le dernier article qu'il a écrit en 1931, il raconte la visite qu'il a fait à Gandhi et à Mira Bei, en répondant à leur invitation. Ces deux êtres d'exception, vêtus de blanc et unis par un amour volontairement construit dans le respect réciproque de la vocation de l'autre, le rend muet d'admiration devant le
« saint» 2

.
op. cit., 1982, pp. 154-163.

1. 2.

Cité par Desroches, Cf. infra p. 361.

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Il est impossible de ne pas penser ici à ce que fut la vie de Gide. Une petite enfance loin de la douceur matemelleet conjugale, puis une vie au milieu d'adultes très occupés et très sérieux. À Paris, des études subies, auprès d'une mère, plus gardienne que tendre accompagnatrice. Une épouse absorbée par les soucis patrimoniaux et sans aucun intérêt pour la passion qui anime son mari, un époux en mission sociale et aimant la pauvreté. Mais aussi, étonnant événement~ Anna, son épouse, venant auprès de lui à Paris, pour partager avec lui ses derniers jours avant de mourir. Gide n'avait pas rencontré la joie de-Ia grâce, ni dans sa famille, ni dans le mystère de son foyer. Il est in~.ontestablement très marqué par le protestantisme et par la lecture de la Bible. Mais apparemment, il n'a pas découvert dans le concret de la vie des Églises le visage d'une piété dynamique, humble et joyeuse. Là aussi le visage de la grâce n'est pas venu le visiter. Mais il a trouvé l'amitié solide dans le visage de quelques frères, laïques et pasteurs, il a retrouvé quelque chose de l'amour dans le retour de l'épouse à l'heure des séparations et dans la semence découverte à Nîmes qui l'a décidé à bouleverser sa vie. Depuis il a essayé de suivre l'étoile, de lui porter témoignage partout, en vivant au service de l'homme, du pauvre, pour le libérer du profit qui l'écrase, pour le libérer du pouvoir politique ou religieux qui l'aliène, pour le conduire à la connaissance de la seule force constructive qu'il a découverte, concrète, parmi les simples: la solidarité. Il a travaillé toute sa vie pour dénoncer sans cesse et partout les idoles destructrices des personnes et des sociétés: l'argent, la volonté de puissance, la vanité, la décadence, l'abandon de l'essentiel: l'Esprit. Lorsque, sachant la mort prochaine, il a dicté son adieu aux amis coopérateurs, avec son humble prière: «Adieu, ne m'oubliez pas trop vite. » Il ne s'agit pas de lui, bien sûr, mais de ce pour quoi il a vécu, de cette étoile qu'il a

entraperçueet qui ouvre le chemin de la vie.

'.

Il a voulu aussi que figure sur son faire-part de décès deux paroles du Christ: «Il faut, pendant qu'il fait jour, accomplir les œuvres de mon Père, la nuit vient où personne ne veut plus travailler» et «Vous cOlmaîtrez la vérité et la

vérité vous fera libres».
Il ne saurait être question pour nous ae conclUre cette introduction, vous seuls, lecteurs, saurez y apporter une suite, dès lendemains. Mais là où Gide allait chercher « la Parole» nous avons simplernent choisi un mot qu.inous paraît dire sa recherche: «Or la foi est une ferme assurance des choses qu'on espère, une démonstration de celles qu'on ne voit pas. »1
"

1.

Lettre aux Hébreux XI-I.

Ont participé à la préparation du volume:

Laurent Bastide, Chargé de mission à la Chambre régionale de l'Economie sociale du Languedoc-Roussillon. Guy Combes, Membre correspondant de l'Académie de Nîmes, Professeur honoraire. Valérie Duchemin-Lamote, Professeur d'histoire Yolande Gounelle professeur d'Histoire, Membre de la Société d'Histoire du Protestantisme de Nîmes et du Gard Roger Grossi, Pasteur, Membre de l'Académie de Nîmes Raymond Huard, Professeur honoraire à Université Paul Valéry (Montpellier), Membre de l'Académie de Nîmes Marc Pénin, Maître de conférences de Sciences économiques, Université de Montpellier I Alain Rouquette, Professeur d'Histoire honoraire. Jean Villeneuve, Secrétaire de la Société d 'Histoire du Protestantisme de Nîmes et du Gard, Professeur honoraire