Chemins d'amertume

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Il ne faisait guère de doute que je vivais en exil. J’avais les manières, les expressions, les attitudes qui laissaient supposer cela. Cependant, très tôt, dans cet exil j’ai involontairement pris un air de vacancier, comme si la réponse la plus saine que j’avais pu trouver à ma situation fut légère et non amère.
Ce fut donc un drôle d’exil. Si ce n’était cette géographie rectiligne du bord de mer dans laquelle le plus clair du temps je vivais isolé, rêveur (maintenant plus encore qu’autrefois), il en aurait fallu peu pour me croire heureux. Le temps passant, de ce statut délicieux, qui aurait pu faire croire à une injustice ou à un malentendu, je ne glissais pourtant jamais vers, celui incongru, d’étranger ou de banni. Ces termes auraient été indécents : comme un manque d’égard à cet abri.


Publié le : jeudi 30 janvier 2014
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EAN13 : 9782332681812
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ISBN numérique : 978-2-332-68179-9

 

© Edilivre, 2014

Présentation

Il ne fait guère de doute, je vis en exil. J’avais les manières, les expressions, les attitudes qui auraient laissé supposer ce fait. Cependant, très tôt dans cet exil j’ai involontairement pris un air de vacancier, comme si la réponse la plus saine que je pus trouver à ma situation fut légère et non amère. Ce fut donc un drôle d’exil. Si ce n’était cette géographie rectiligne du bord de mer dans laquelle le plus clair du temps je vivais isolé, rêveur (maintenant plus encore qu’autrefois), peu aurait suffi à me croire heureux. Le temps passant, de ce statut délicieux qui aurait fait imaginer une injustice ou à un malentendu, en quelque sorte un destin, je ne glissais pourtant jamais vers celui incongru d’étranger ou de banni. Cela aurait été indécent comme un manque d’égard à cet abri. Bien au contraire, cette lumière ou cette étrange douceur malgré ce qu’on en entendait parfois de cette terre, avait su, si ce n’était me plaire, du moins m’amadouer, m’apprivoiser, réduire au silence toutes mes réticences. Curieusement encore, je restais ficelé à ma langue maternelle comme si, en dépit du plaisir d’être ici, j’étais continuellement ailleurs. Je comprenais lentement que cet ailleurs n’était pas autre chose que moi-même. A quoi pouvait donc me servir cette langue dont je préservais l’héritage ? Elle était tout au long de ce voyage semblable à cette boussole, à ce compas, à cette carte maritime ; elle m’aidait à ne pas perdre le Nord.

Guillaume, Juillet 2010

Prologue
Lola

Pour faire partie du cercle étroit des amies de Rachel, il était nécessaire de se comporter comme elle, ce qui aurait signifié peu de chose si ce n’était que tout cela avait été ressenti à la longue, aussi bien par son entourage immédiat que par ses lointaines relations, comme agaçant et puéril ou de partager avec elle, ce que la plupart parmi elles convenaient malgré tout bien aisément, l’aversion qu’elle avait pour toute espèce d’autorité. En fait, ce qu’elle semblait reprocher à ce monde qu’elle aimait peu et auquel elle était si effrayée de ressembler un jour, était cet échec singulier, irrévocable dans la recherche du bonheur. On ne pouvait guère la plaindre ou s’étonner de son attitude dès que l’on avait pris connaissance de sa vie familiale désordonnée et la tristesse qui souvent y régnait, si bien que, voilà peu de temps encore, lorsqu’elle avait décidé une bonne fois pour toute de quitter le domicile parental, cela avait apparu naturel à tout un chacun et peu lui en avaient fait le grief malgré ses dix-sept ans à peine. Le cocon familial lui pesait certainement depuis fort longtemps et elle s’en était allée sans le moindre regret ; d’aucuns avaient prétendu y voir un simple coup de tête. Elle avait néanmoins préservé une relation, certes discontinue, avec son père qui, suivant les moments, admirait sa détermination ou s’inquiétait de son comportement qu’il jugeait pour le moins péremptoire et essayait alors de formuler ses craintes par des remarques ponctuées d’une bizarre litanie : « Tu es bien sûre, ma chérie ». Jamais elle n’avait compris ces réticences, accepté cette inquiétude qu’elle croyait être responsable de tous ses déboires. Elle lui avait reproché un manque certain de confiance, lacune que jamais, à ses yeux, il n’avait su combler et qu’elle imaginait toujours être le fruit amer de son mariage raté. Elle le pensait soumis à sa mère qui depuis toujours s’adresser à lui d’une voix désagréable à laquelle la sienne pourtant, même si elle avait répugné à l’admettre, aurait pu tant ressembler. Elle aimait probablement son père mais cela ne l’empêchait pas de lui manifester son profond mécontentement lorsqu’il se montrait trop faible. Ne l’avait-elle pas imaginé différent ? Longtemps elle avait tergiversé, avait voyagé de rencontre en rencontre, avant de trouver ce qu’elle avait espéré être un havre de paix. Le jeune homme était banal à souhait en dépit d’une allure à la mode qui se résumait à un jeans, un perfecto clouté et à un crâne partiellement rasé, mais il lui apportait cependant, ce qui lui avait paru décisif à l’époque, une révolte, plutôt une sorte d’attitude qu’elle estimait, naïvement sans doute, pertinente et sincère. En guise d’acquiescement, elle avait cru bon de se faire tatouer, au haut de son dos et de son épaule, un rat plutôt lubrique dont le museau ouvert laissait échapper un rire mauvais ou, pour conclure son œuvre, elle avait exécuté des piercings qui lui traversaient la joue ou l’aile du nez encore que ceux-ci aient été plus discrets que l’on ne pouvait se l’imaginer. C’était toujours pour lui plaire qu’elle avait accepté la présence abusive de ses amis bruyants dans son petit appartement. Malgré tout cela, dès qu’elle portait ses lunettes fines, on se rendait aussitôt compte que son visage presque arrondi faisait songer à une petite fille à la sortie d’une école de Varsovie et que ses cheveux, roux et bouclés, avaient assurément accru cette impression particulière, semblable à celle qui émanait des veilles photos jaunies qui embellissaient jadis les albums de famille. Elle se méfiait de tout ce qui, en elle, aurait pu encore rappeler l’enfance sous prétexte qu’elle avait grandi et qu’elle pouvait se permettre alors d’ignorer ses années passées. En fait, tout ceci aurait paru inexact, imprécis à qui se serait intéressé à la comprendre tant elle cachait difficilement une profonde tristesse dès qu’elle évoquait cette époque peu lointaine. Elle avait alors choisi de vivre sans que quiconque ait bien compris le sens de ce mot ou du comportement qu’il impliquait. Elle vivait, c’était tout disait-elle. Son ami avait certainement une qualité qui lui était devenu, au fil du temps, très appréciable : il parlait rarement à voix haute. Il n’avait pas la puissante vocale pour s’opposer à ses sauts d’humeur et, sans se l’avouer, elle en avait retenu une forme de docilité qui curieusement l’avait convenu. Certes, il faisait d’immenses efforts pour se contenir si ce n’était qu’il était parfois exaspéré, au bord d’un visible emportement, soumis à une intime émotion. Elle avait certainement des regards tendres envers lui mais, en fait, elle se méfiait des êtres tourmentés et sa relation ondulait avec sa capacité de résistance aux inquiétudes ou interrogations de son ami, comme à cet âge-là il était naturel que l’on en souffre et d’autant qu’elles étaient nécessaires à l’expression de ses talents de musicien interprète, du moins le pensait-il ainsi. Il n’était pas de nature violente, mais il se rongeait le sang dans un silence quelquefois pesant comme l’aurait fait une âme maussade ; aussi, quitte à le regretter, l’abandonnait-elle pour un autre, le trompait-elle, ne fut-ce que pendant quelques nuits, dès que son besoin d’insouciance ou d’indépendance avait repris le dessus et, bien que ses angoisses se soient accrues davantage, il n’était pas rare, aussitôt dégrisée, de la voir revenir vers lui en pleurant de chaudes larmes de pénitente et en promettant, comme une enfant, de ne plus recommencer. Elle tenait rarement sa parole. Ce jeune homme était amoureux, cela se voyait et elle le savait. Elle ne serait pas doutée, quand bien même on l’aurait mise en garde, de la réapparition de ces mêmes scènes de désordres familiaux qu’elle avait néanmoins fuies et qu’elle espérait ne plus jamais rencontrer. Elle ne s’était jamais résolue à interrompre ce rituel à moins qu’une lucidité soudaine ne l’ait aidée à faire le partage des choses. Un conformisme dans l’anticonformisme. Pour retrouver le charme disparue d’une ambiance intime, ainsi qu’elle le lui disait presque naïvement, ils s’étaient échappés à Londres dans une sorte d’escapade romantique, ceci durant quelques mois, à la recherche d’une incertaine inspiration musicale qui aboutit toutefois à la création discrète d’un disque à la gloire des musiciens américains des années cinquante, époque rêvée d’un bonheur qu’on avait cru éternel. Elle regretta peu de temps cet échec qu’elle avait, tout d’abord, attribué à un effet de mode ou à un malentendu. Elle n’avait pas eu de difficulté pour se consoler ailleurs. Elle avait vite tourné la page de ce monde qu’elle estimait secrètement injuste sans manquer de se réfugier dans une forme de dédain sarcastique qui lui avait permis de briller par des jeux de mots acerbes plutôt que d’esprit et qui ne pouvaient en aucun cas masquer un désarroi ou une indéniable insatisfaction comme une incompréhension de la vie. A l’entendre, il suffisait, pour peu que l’on ait pris acte de sa détermination, ce qu’elle croyait être une finesse de raisonnement, d’accepter la fin d’un ancien monde et se préparer à la naissance d’un nouveau qui évidement aurait su résoudre, juste par volonté et courage ou par nécessité, parce que les choses ne pouvaient plus perdurées ainsi le prétendait-elle sur un ton désespéré, ce que des siècles d’histoire de l’humanité n’avaient pu réaliser. Elle avait encore surpris son monde lorsqu’elle avait décidé un jour de s’inscrire à une université du mont Scopus, subitement prise de passion pour les sujets des sciences de la terre comme si elle avait espéré enfin comprendre quelque chose à ce monde complexe et déroutant. Elle habitait à cette époque dans un petit logement éloigné de l’université où sa vie triste et monotone lui suscitait un ennui profond et qu’elle trompait, aussi facilement qu’elle le pouvait, en jouant avec les souris qui avaient trouvé un refuge incertain chez elle, dans les recoins du couloir ou sous l’armoire bancale. Loin de tout, on avait cru qu’elle s’était assagie ou qu’elle avait su alors adoucir quelques plaies ; en fait, on fut assez rassuré quand elle réapparut au bord de la mer pour qu’on ne s’inquiète pas outre mesure de son air insoucieux. Elle n’hésitait pas tant par plaisir que par nécessité à se déplacer à vélo et bien qu’il lui ait été agréable à cette occasion de porter durant cet été déjà brûlant un short, beaucoup regrettaient qu’elle exhibe ses larges cuisses dont elle était, en fait, complexée. Il aurait été aisé de la dénigrer si tant était que l’on ait pris en horreur ce genre de comportement qui sûrement était plus provoquant que sensé et même si elle avait eu trop souvent le sentiment d’avoir raison, elle n’aurait jamais pu être foncièrement désagréable. Râleuse et sotte malgré tout, elle avait l’habitude de défendre ses amies dans leurs querelles auprès d’employeur qu’elle imaginait peu scrupuleux par nature, mais tout ceci avait ressemblé à un aboiement irrationnel, à des chicaneries interminables qui n’avaient pas lieu d’être et qui décidément l’avaient discréditée. Ces derniers temps, elle s’était attachée cependant à paraître plus sociable, « moins peste » aimait à souligner Guillaume à son propos, non pas que cela ait été prémédité ou se soit perpétué mais parfois elle comprenait ses erreurs ou convenait de ses excès comme si ses désillusions l’avaient soudainement abonnie. Aussi, lorsqu’elle vint travailler sur les coups de dix sept heures, descendit-elle de son vélo qu’elle rangea au préalable dans le jardin attenant au Stop Bar (il s’agissait de la terrasse d’un restaurant de poisson qui avait un temps appartenu au même propriétaire, lequel l’avait transformé en une grande table ouverte à ses nombreux amis) et traversa-t-elle la grande salle du bar pour rejoindre le comptoir où elle avait l’habitude de s’asseoir sur un haut tabouret, là où toutes les filles s’agglutinaient et aimaient au cours de leur cailletage établir des connivences. Elle n’y manquait pas de battre des jambes ou de consommer un jus de fruit frais, tout en affaissant un peu son tronc et en mâchouillant son interminable chewing-gum dont elle espérait vainement produire de grosses bulles. Elle patientait ainsi jusqu’à la venue des clients du soir. Elle saluait vaguement Guillaume qu’elle appréciait peu et qui, déjà attablé près du coin où flottait un drapeau des US Marines Corp., errait son regard de papillon joyeux sur les visages des femmes qui se promenaient. Elle remplaçait Maya qui finissait son service du matin.

Il était vrai que Maya avait, ces derniers temps, beaucoup changé non pas que cela soit paru extravaguant ou ait importuné quiconque, mais sa séparation avec Djian l’avait, dans un premier temps, soulagée, réussie avait-on pu entendre, avant qu’elle n’ait ressenti une solitude l’envahir et qu’elle ne soit devenue pour le moins mélancolique. Elle n’avait pas hésité à s’entourer de jeunes hommes plutôt de style scandinave (elle aimait tant les peaux glabres) assez éloigné du comportement de son ancien mari et auquel elle reprochait en fait peu si ce n’était qu’il lui paraissait impossible de continuer de vivre à ses côtés. Elle avait essayé de le comprendre, lui ressembler confiait-elle avant qu’elle n’y reconnaisse là une mission incertaine comme si cette tentative ne pouvait signifier autre chose que l’échec d’un couple. Elle ne l’aimait plus, n’en voulait plus. Elle préférait, à présent, être courtisée, être désirée sans pour autant laisser penser qu’elle aurait pu facilement céder. Il est vrai que plus d’un avait regardé sa nouvelle démarche maintenant que ces fesses paraissaient plus galbées comme si quelqu’un s’en était préoccupé assidûment et, de même, ses petits bourrelets, lesquels commençaient à déborder par-dessus de son jean à taille basse, avaient récemment séduit alors qu’elle était jusqu’à peu de temps encore presque famélique. Pour sûr, cela avait évidemment intrigué toujours plus d’un et la plupart s’empressaient de connaître le nom de l’heureux élu mais peu le surent, peut-être n’avait-il pas vraiment existé. De tous ses soupirants, Brando n’en était pas le moins mordu et songeait à emporter la manche à moins que cette peau blanche, dont il était éperdument épris, ne réussisse à ébranler son sang hispano-américain et à réduire toutes ses tentatives à néant. Il avait beau insister, tout essayer, rien n’y faisait. Quel qu’ait été le stratagème utilisé, malgré les pourboires gracieux, sa présence assidue au bar où, durant de longues heures, il parlait avec elle et cherchait à se valoriser par l’usage d’un humour que lui seul était apte à comprendre, il n’avait réussi en fin de compte qu’à transformer une indifférence en une antipathie, un mépris qu’elle lui manifesta sans que pourtant elle ait éprouvé le besoin de refuser ses largesses. Il lui avait donné l’occasion de se prouver un trait de caractère à peu de frais, ce qui l’avait convaincue de l’assurance prise. Elle lui reprochait, en dehors de son âge qui constituait en soi un handicap absolu, son caractère instable qu’elle imaginait peut-être brutal et son air désabusé, désenchanté qui ne pouvait en aucun cas lui convenir, elle qui avait surtout besoin de tranquillité, de solidité ou que désormais l’on prenne soin d’elle. Brando, les oreillettes de son baladeur enfoncées dans ses conduits auditifs se réfugiait dans sa musique underground new-yorkaise qu’il écoutait inlassablement en bavant des ronds de chapeau. Elle avait enfin admis que la raison principale qui avait permis ce mariage, il y a sept ans de cela, avait été la situation critique de la Serbie et maintenant qu’elle s’était acquittée, en quelque sorte, du contrat moral qui la liait à lui, après lui avoir sacrifié ses années de jeunesse et d’adolescence en échange de son aide pour quitter Belgrade, elle souhaitait passer à un nouveau chapitre de sa vie, d’autant qu’elle avait mûri et que ses besoins de jeune femme étaient profondément différents de ceux qu’ils furent autrefois, en dépit de ce qu’on pouvait penser de son air d’animal apeuré qui, jusqu’à peu de temps encore, ne l’avait pas quittée. Lorsqu’elle avait fait, amaigrie, sa première apparition, elle avait donné l’impression d’un chien perdu, parlant peu aux autres, encore toute étonnée de cette nouvelle installation. Cela lui avait pris un certain temps pour s’ouvrir, s’acclimater, se sentir rassurée et, curieusement, elle n’éprouvait aucune crainte malgré le bruit et la fureur qui régnait parfois dans la ville. On ne sut jamais s’il y avait eu d’autres raisons à son départ. Elle aurait caché un amour ancien féminin, peut-être idéalisé, quelque chose cependant d’important mais, par ailleurs, impossible. Elle avait laissé échapper une confidence à ce sujet qui leva le doute un instant, aussitôt suivie d’un long silence comme si elle avait eu subitement conscience de se dévoiler inopportunément ou exagérément. Elle n’en éprouvait pas à vrai dire de honte mais elle tenait à son intimité ; cela ne devait regarder personne pensait-elle quelquefois agacée par l’air suspicieux ou ironique de certains. Cela tout au moins y ressemblait d’autant que plusieurs femmes tournaient autour d’elle et si elle avait feint de ne pas comprendre ce genre de regard, ses yeux et son sourire à ces instants l’auraient certainement trahie. Elle concédait que, tout comme un chacun, elle avait des secrets. Elle se tenait sur son quant-à-soi. On le lui reprocha injustement. Elle prétendait à juste titre qu’elle avait uniquement besoin de se chercher et expliquait que, jusque-là, elle n’avait pas vraiment vécu. Il s’agissait pour elle de reconnaître que sa vie avec Djian s’était écoulée sans charme non pas que celle-ci ait été terriblement ennuyeuse mais plutôt qu’elle ne fut jamais à sa place à ses côtés. Elle racontait, tout uniment, à Guillaume qu’elle doutait de sa féminité, que son corps androgyne la désolait, que les compétitions sportives de coureuse de fond qui avaient occupé toute sa jeunesse sur les bords du Danube, l’avaient façonnée fine, rapide, sans rondeur et même si celles-ci lui avaient permis d’oublier les évènements de cette guerre civile, elle aurait certainement porté grief à ses activités physiques intenses qui avaient fait peu de cas de sa psychologie féminine naissante. C’était le temps où, ressemblant à un insecte, elle colorait ses cheveux courts d’un rouge vif et errait à la recherche d’un avenir meilleur dans les rues glaciales de Belgrade. Elle avait, autant par sagesse que par nécessité, admis qu’il lui fallait partir ; cette résignation l’avait quelquefois fait sourire. Elle se souvenait jusqu’à peu de temps encore, de ses incertaines réflexions qui lui traversaient l’esprit lorsqu’elle marchait sur la route enneigée, laquelle de la gare la conduisait en dehors de la ville où elle habitait. De tels doutes n’étaient plus souhaitables. Elle avait croisé sur son chemin Djian qui, lui-même quelques temps irrésolu, fréquentait alors les milieux marginaux, fleurissant près du centre ville. Leur rencontre avait été brève, brûlante et hormis un désir ardent, peu au-delà de celui-ci en aurait laissé supposer la pérennité tant déjà ils étaient différents, peut-être même opposés. Elle l’avait surpris lorsqu’elle s’était offerte avec une grande facilité ou intensité, tellement le besoin de se sentir enfin désirée par un homme avait tout occulté. Il était certain que la peau de Djian, recouverte de multiples tatouages, avait séduit tout autant ses yeux que son toucher ; longtemps elle n’avait existé que pour cette sensation physique grâce à laquelle elle avait pu enfin sortir de ce corps androgyne qui l’avait fait si souvent souffrir. Logiquement, ils s’étaient mariés ; elle avait cru, ce fut vrai quelques temps, sincèrement l’aimer mais elle éprouvait une jalousie excessive ou maladive dès lors qu’il cherchait à retrouver des anciens amis auxquels elle reprochait leur désinvolture et au-delà de ces disputes, elle formulait déjà certaines interrogations auxquelles son mariage, par nature, n’avait pas pu répondre. Elle avait constamment le besoin de se trouver et avait fait le tour de cette union qui maintenant lui apportait peu si ce n’était que cette possibilité inavouable de quitter la Serbie l’avait maintenue encore un peu auprès de lui. Il y avait en elle un grondement sourd, insensible et ses gestes mécaniques, sans amour avaient montré que s’installait une répugnance. Déjà, elle savait qu’elle l’abandonnerait un jour et dans l’avion qui les avait emmenés jusqu’ici, elle avait rêvé d’une liberté qui lui était devenu nécessaire, indispensable maintenant qu’elle se sentait différente. Elle songea un temps retourner en Serbie, non que cela ait été une claire pensée mais elle avait eu parfois le sentiment d’y trouver un homme compatible à ses souhaits, à ses besoins comme si la certitude des convictions effaçait une réalité constamment floue. Elle était serveuse au Stop Bar époque où de nombreuses jeunes filles serbes y travaillaient. Alors que certaines y persistèrent longuement et même se marièrent, d’autres y firent des passages discontinus ou plutôt brefs. Iva, probablement sa meilleure amie, était persuadée de connaître un avenir meilleur. Malgré ses vingt ans, elle n’avait pas hésité, elle aussi, à se marier et émigrer ici. Elle avait un corps souple, ferme, agile qui ne faisait qu’embellir avec le temps si ce n’était que son nez un peu disgracieux avait pu repousser certains et auquel pourtant Guillaume n’avait guère prêté attention et qui ne l’empêcha pas, tout admiratif qu’il était de l’ensemble, de l’imaginer dans son lit. Mais dès qu’il la remarqua, près du bar, regroupant suivant leur grandeur les billets de banque et les pliant avec minutie afin qu’aucun n’ait pu déborder de sa sacoche, tandis que toutes les autres filles les rangeaient sans vergogne en vrac, il ressentit un sentiment d’effroi et sa main qu’il imagina un instant se perdre sur ce corps qu’il présuma brûlant, avait été retenu dans son élan. Il le regretta par la suite car il savait que fréquemment ce genre de fille aurait pu convenir à ses besoins physiques et, pour peu qu’il ait eu l’envie de s’intéresser à cette ambition pécuniaire et quand bien même le souvenir de Victoria aurait du le prémunir de toute velléité, il aurait revécu les mêmes délices d’autrefois. Or, loin de se décourager, il n’avait de cesse de regarder la courbure de ce dos qu’il rêvait de caresser. A vrai dire, elle fut indifférente à ses attentions, mais elle avait remarqué son désir malintentionné de la posséder et cela l’avait incommodée. Elle souhaitait très indéniablement quelqu’un qui ait eu à faire valoir une réussite sociale brillante, à laquelle elle tenait plus que tout et pour laquelle elle était disposée à succomber. Elle aimait trop manifestement l’argent pour que l’on se soit résolu à n’y voir là qu’un simple caprice de jeunesse. C’était somme toute une sorte de méprise de sa valeur. Guillaume avait quelque chose de passé, trop mûr à ses yeux, presque désuet et quoi qu’ait été son style, jamais il n’aurait pu correspondre à ses attentes. Elle attendait trop de la vie et regrettait de connaître tout ce qui aurait pu la désenchanter même si en fin de compte tout cela lui avait été salutaire. Guillaume se doutait qu’elle se séparerait de son mari, l’avait deviné comme s’il s’agissait d’une évidence cruelle. Il fut bien le seul à le prédire et quand bien même il l’aurait crié haut et fort, peu de gens lui auraient apporté leur soutien. Elle avait abandonné le bar à la suite d’une querelle avec Guillaume qui avait insisté pour la rencontrer en dehors de son travail. Elle avait espéré trop de cette dispute, un discrédit surtout, mais cela se retourna contre elle et, si Guillaume n’était pas réjoui par la tournure prise des événements, elle était reparti cependant dépitée. Maya avait préservé quelques temps encore cette relation qui s’estompait insensiblement alors qu’elle avait étonnement compris que quelque chose avait mu et que son amie suivait une ambition qu’elle prétendait naturelle mais tellement différente de ce qu’elle-même souhaitait pour sa propre vie. Dès que l’on ne vit plus Djian venir rechercher Maya au Stop Bar, le soir où parfois il dînait avec elle, on comprit alors que quelque chose se produisit. Elle resta silencieuse pendant plusieurs jours avant de se confier à ses meilleures amies. En effet, personne n’avait osé lui faire la moindre remarque ou ne s’était soucié du sort de Djian. Les jours suivants, elle était apparue calme, non pas que l’on se soit attendu à quelque chose d’autre mais certains auraient aimé la voir faillir, particulièrement Brando qui espérait trouver enfin l’occasion de s’approcher d’elle. Elle y résista avec une facilité d’autant plus grande que maintenant elle le méprisait ouvertement. A présent que le sort fut jeté, il lui fallait apprendre un métier. Elle avait eu, sans nul doute, peu de disposition pour étudier non que le temps lui ait franchement manqué, mais, encore hésitante, elle semblait être à la recherche de ce qui pouvait la convenir. Naturellement, elle aurait voulu se décider pour un métier où le contact avec la peau était une nécessité. Elle avait besoin de la caresser ou de la sentir sous ses doigts, une obligation qu’elle avait découverte auprès de Djian. Lorsqu’elle évoqua ses intentions à Guillaume, celui-ci l’encouragea et, par ailleurs, il aurait été malavisé de la raisonner lorsqu’elle avait voulu s’initier à ces techniques de soins, venues de partout et de nulle part, des temps anciens disait-elle comme si leur simple évocation avait suffi à provoquer une guérison. Dès lors les choses se précipitèrent au point qu’elle en oublia toutes ses autres activités, ce que certaines avaient traduit comme une trahison, un abandon. Elle les avait mises de côté comme l’on aurait fait pour de vieux objets encombrants et délaissés dans un grenier jamais visité. Curieusement au lieu de s’en détourner, ce qui tout au moins aurait paru logique, certaines n’avaient pas perdu l’espoir de la conquérir. Certes, elle attirait indéfiniment l’attention de plus d’une et elle fit mine de ne jamais s’en apercevoir non tant par coquetterie que par indécision ou par crainte de franchir le pas, ne sachant guère à chaque fois ce qu’elle voulait. Cela n’empêcha pas Batchie, une éthiopienne en rupture avec sa famille, de tenter sa chance. Elle était, plus qu’aucune des autres filles qui s’approchèrent de Maya, faite de cette agressivité tendre, en colère contre ce monde qui ne tenait pas ses promesses. Prisonnière d’un passé révolu et d’un avenir plutôt incertain, elle n’avait jamais su exprimer autre chose qu’une sorte d’irrépressible amertume, laquelle se retournait constamment contre elle, et qui avait fini étrangement par séduire Maya ; elle n’hésitait jamais à caresser ses épaules à la peau noire et douce ou à l’embrasser sur ses lèvres sans que cela ait pourtant signifié autre chose qu’une amitié libre, plutôt incestueuse comme deux sœurs l’auraient fait. Batchie n’avait jamais pu rencontrer un jeune homme correspondant à ses souhaits ; elle avait été désespérée par ses tentatives et, quoi qu’aient été ses tristes histoires, elle ne se souvenait, à aucun moment, d’erreurs qu’elle aurait pu commettre et se réjouissait de reporter sur les hommes la responsabilité du destin inexorable que l’on lui prédisait ironiquement. On avait dit d’elle, qu’elle finirait vielle fille, délaissée par tous, languissant comme un rat mort dans un petit appartement sale et trop cher pour elle. Cela aurait pu ébranler plus d’une, mais elle fit croire, sans y parvenir complètement, à son impassibilité qui se manifestait principalement en buvant, sans cesse et pendant des longues heures, des bouteilles de bière au goulot en compagnie de Maya et de ses caresses intimes, laissant Brando qui subitement n’était plus le personnage fâcheux, persiflant même à son propos, régler une addition conséquente. Elles aimaient s’enfuir ensemble dans ces soirées où l’alcool et la drogue tenaient, plus qu’autre chose, une place primordiale et même si le sexe y avait pris aussi sa part, il aurait pu se résumer alors à un plaisir tout aussi furtif et intense que vite oublié comme si les paroles avaient été exclues, réduites à quelques onomatopées ou au mieux à un langage mécanique, à un code sans nuance, comme si là encore il avait été vain, dérisoire d’écouter. A la longue, le sexe était devenu superflu, accessoire car depuis longtemps il signifiait peu de chose, non pas qu’elles aient été dépourvues de désir mais plutôt celui-ci ne pouvait plus jamais être assouvi comme elles l’auraient souhaité. Si elles prenaient ce qui s’approchait de leurs mains, toutefois on n’avait jamais ressenti la moindre volonté de possession, principalement de la part de Maya qui n’en avait pas le moindre goût mais plutôt l’aversion. Dans ces instants elles ne rechignaient jamais, sans plus offrir cependant, à ce que quiconque leur caresse les fesses. Elles étaient excitées par l’existence de cette main inconnue qui s’égarait sur leur corps, agissait furtivement puis disparaissait dans la bousculade. On les prétendait débauchées mais, durant ces instants, elles riaient et se moquaient de tout. Malgré tout, Maya avait choisi d’une façon soudaine de s’éloigner de cette agitation et s’était intéressée à une spiritualité venue des Indes, faite principalement de mouvements respiratoires et de méditation et dont elle espérait en fin de compte obtenir la sérénité intérieure qui lui faisait cruellement défaut. Elle n’avait pas hésité à projeter un voyage au bout du monde afin de satisfaire ce besoin. Curieusement, elle apparut assez décidée pour que Guillaume, habituellement méfiant face à ce genre de comportement, y ait reconnu cette fois-ci un profond changement.

Un de ses plaisirs les plus intenses fut, à l’évidence, de s’attabler auprès de Gabriella. Sans aucun doute, elle était ventripotente et sa courte taille n’arrangeait rien à l’affaire. Elle cherchait néanmoins à cacher ses rondeurs dont elle feignait de ne pas se soucier sous de larges vêtements sombres. Elle arrivait donc vers la mi-journée sans manquer au préalable d’avoir promené son petit chien, rituel auquel elle tenait le plus au monde et qu’elle n’hésitait pas à répéter le soir venu. Elle portait ses larges lunettes de soleil sous prétexte que l’éblouissante lumière de l’été l’avait gênée mais en fait elle cachait difficilement, derrière elles, les excès de boisson de la veille que l’on pouvait toutefois remarquer sur son visage bouffi et qu’une démarche ordinairement ébrieuse trahissait également. Elle pénétrait dans le bar toujours essoufflée et en sueur comme si les grandes chaleurs de l’été naissant avaient à elles seules pu être responsables de son état. En fait, son tabagisme et sa consommation de cocaïne, qui perduraient malgré tant d’années et qu’elle refusait de restreindre, avaient réussi à mettre en piteuse situation ses poumons. Aussi était-elle obligée de s’asseoir au plus vite, dans le même coin de la salle où la fraîcheur était manifeste, tant elle donnait l’impression d’une respiration bruyante, quelquefois râlante ou encore était-elle prise d’une quinte de toux au cours de laquelle elle semblait suffoquer jusqu’à ce que l’expectoration d’un crachat jaunâtre ne la soulage finalement et que son visage bouffi s’empourpre. Elle essuyait son front et ses tempes à l’aide de serviette en papier jusqu’à la racine de ses cheveux qu’elle teignait à chaque fois d’une couleur différente, violette ou argentée. Elle dirigeait durant la journée les serveuses sur un ton protecteur et maternel sans que pourtant celles-ci aient eu à s’en plaindre. Bien au contraire, elle semblait toujours les soutenir à chaque fois qu’elles étaient critiquées pour leur qualité de travail qui somme toute laissait à désirer tant leur souci de légèreté ou d’insouciance qui caractérisait leur âge avantageux avait été si intense. En fait, elle les aimait encore que quelquefois cet amour ait paru charnel à plus d’un. Elle essayait de les éduquer au sens où elle l’entendait, leur apprenait le sourire et à parler aux hommes, ce qu’elles faisaient naturellement bien ou déjà avec quelques malices et, plus encore, elle les flattait sur leur courbures naissantes ou déjà plantureuses et ne leur cachait pas non plus que dans un temps assez lointain elle avait participé avec certaines à égayer les soirées de richissimes londoniens ou d’émirs du Golfe. Elle leur avait proposé presque naturellement d’ouvrir ensemble une sorte de maison close dans la région bordelaise, dans une grande demeure bourgeoise à la campagne et au milieu des prés où elles auraient pu exercer un talent qu’elle avait supposé sans nul doute prometteur. Ce furent certainement des paroles inconsidérées mais cela n’empêcha pas les plus rêveuses de l’écouter avec ravissement et ingénuité tellement elles étaient friandes de ces histoires, de cette vie légère où tout leur semblait facile alors que les difficultés ne leur furent jamais clairement dévoilées. Il aurait suffit de peu pour que certaines aient franchi ce qui les séparait de cette activité encore qu’un sentiment, fait surtout de crainte, les aient certainement rebutées. Parmi toutes, elle avait pour Maya une affection particulière et n’avait pas repoussé le désir de la posséder.

Cela avait du probablement commencer par des douleurs aiguës au ventre qui avaient fini par s’estomper jusqu’à disparaître. Elles duraient juste quelques minutes, assez pénibles pour qu’il en souffre et suffisamment brèves pour qu’il n’en s’inquiète pas. Guillaume n’avait pas porté une attention méritée à tout cela mais les événements s’étaient précipités et auraient dû le rendre méfiant maintenant qu’il devait s’allonger à tout instant à la recherche d’une accalmie qui tardait à venir. Il se doutait vaguement de quelque chose mais, tant par défi que par manque de peur de mourir, il avait continué ses occupations encore quelques jours. La dernière nuit fut terrible et son ventre, toujours accompagné par cette douleur, semblait gonflé au rythme des accès. Habituellement tout cela était passager mais, là, ce ne fut plus le cas. Il lui fallait agir et, au milieu de la nuit, il se leva péniblement de son lit et sans que le moindre sentiment de danger imminent ait pourtant traversé son esprit, il héla un taxi qui maraudait au bas de sa rue et qui le conduisit à l’hôpital. D’abord on l’accueillit négligemment quand bien même on l’avait allongé et avait pratiqué quelques tests sanguins ; il n’en était ni surpris ou fâché. Une question de comportement local admettait-il. On n’était pas habitué à recevoir des gens si peu plaintif, aussi l’avait-on laissé à l’écart espérant sans doute que les choses se soient apaisées et ne lui avait-on pas répété qu’il était nerveux, lui qui jamais ne le fut vraiment. Il se doutait déjà qu’ils se trompaient mais sa douleur s’estompa quelques temps, ce qui à ce moment précis lui suffisait, le réconfortait. Jamais il ne fut revendicatif ou n’eut d’exigence, non qu’il ait été confiant mais étrangement cela ne l’importuna pas outre mesure tant il était devenu indifférent à tout. Ce n’était qu’au petit jour alors que les douleurs se reproduisaient qu’il s’étonna du manque de sérieux ou tout du moins de vigilance de la part des médecins des urgences et qu’il obtint presque par dérogation le droit de pratiquer quelques radiographies. On lui avait dit qu’il soufrait d’une occlusion aigue du colon. Il avait compris, au regard étonné du médecin, le sérieux de la situation et son affolement où il se trouva, du fait d’avoir presque manqué ce diagnostic pourtant si aisé à faire, fut presque risible. Comme pour s’en excuser, il proposa à Guillaume d’organiser un peu précipitamment une série d’examens complémentaires. Tout avait confirmé l’impression première d’un cancer du colon qui avait obstrué la lumière du conduit. On chercha à le rassurer en affirmant que le foie n’était pas touché. Un problème technique, songea-t-il souriant presque. Il prenait les choses simplement comme elles venaient, se doutant exactement de leur signification ou incidence. Il devait se faire opérer rapidement lui avait-on dit. Il n’avait rien esquivé, accepta lucidement sa situation et que l’on prenne son corps qui lui échappait non pas que la mort l’ait effrayé mais il avait une conception de la rigueur qui l’avait convaincu qu’il s’agissait là de la meilleure manière d’aborder le problème. Etait-ce alors une certaine forme de survie si ce n’était qu’il estimait déjà que tout ceci n’en valait vraiment plus la peine. Il se souvint du seul moment de solitude qu’il éprouva fut dans cette salle juste avant l’intervention où il fut allongé sur un brancard à coté d’autres malades accompagnés par leurs familles ou proches. Ce fut cependant bref, insaisissable. Il se ressaisit lorsqu’il vit l’inquiétude d’une vielle dame, au visage triste qui pleurait en dépit des gestes attentionnés que l’on lui procurait. Un moment où elle fut seule, aucune infirmière ne s’étant approchée d’elle, elle sembla immobile les yeux grand ouverts vers le plafond et donna l’impression d’avoir arrêté de respirer. Il s’écria subitement...

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