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Chili - Les Gitans de la mer

De
214 pages
A la fin de années 1970, le Chili connaît un essor sans précédent de la pêche dans les canaux de la Patagonie insulaire. Des milliers de pêcheurs artisanaux se ruent sur le merlu austral, ressource rare et presqu'exclusivement destinée à l'exportation vers l'Espagne. Pendant deux décennies, ils exploitent les bancs migrants de merluza, et découvrent un milieu physique extrêmement riche, mais hostile, où ils caressent le rêve de s'installer dans une existence nouvelle. Cet ouvrage est une remarquable étude des gens de la mer.
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CHILI: LES GITANS DE LA MER
Pêche nomade et colonisation en Patagonie insulaire

Collection Recherches et Documents -Amériques latines dirigée par Denis Rolland, Pierre Ragon Joëlle Chassin et Ide/ette Muzart Fonseca dos Santos
Dernières parutions
INVERNIZZI Antonella, La vie quotidienne des enfants travailleurs, 200 1. HEMOND Aline et RAGON Pierre (coord.), L'image au mexicaine: usages, appropriations et transgressions, 2001.

D. ROLLAND, L. DELGADO, E. GONZÂLEZ, A. NINO, M. RODRIGUEZ, L'Espagne, la France et l'Amérique Latine, 2001. SERRE Agnès, Belém, une ville amazonienne, 2001. TULET, ALBALADEJO, BUSTO CARA, Une Pampa en mosaïque, 200 1. DEVETO, GONZALEZ BERNALDO, Emigration politique: une perspective comparative, 2001. LUCCHINI Riccardo, Femme, violence et identité, 2002. PERRONE-MOISÉS Leyla et RODRIGUEZ MONEGAL Emir, Lautréamont. Une écriture transculturelle, 2001. D'ADESKY Jacques, Racismes et antiracismes au Brésil, 200 1. LIENHARD Martin, Le discours de esclaves de l'Afrique à l'Amérique latine, 200 1. HERZOG Tamar, Rendre la justice à Quito, 1650-1750,2001. HOSSARD Nicolas, Aimé Bonpland, 1773-1858, médecin, naturaliste, explorataur en Amérique du Sud, 2001. FERNANDES Carla, Augusto Roa Bastos Écriture et oralité, 2001. DUROUSSET Éric, À qui profitent les actions de développement? La parole confisquée des petits paysans (Nordeste, Brésil), 2001. GRUNBERG Bernard,Dictionnairedes Conquistadoresde Mexico, 2001. ODGERS Olga, Identités frontalières, immigrés mexicains aux EtatsUnis,2oo1. SALAZAR-SOLERCannen, Anthropologiedes mineursdes Andes, 2002. PERIS SAT Karine, Lima fête ses rois, 2002. ROUJOL-PEREZ Guylaine, Journal d'une adoption en Colombie, 2002. DEBS Sylvie, Cinéma et littérature au Brésil, 2002. LAMMEL Annamaria et Jesus RUVALCA MERCADO, Adaptation, violence et révolte au Mexique, 2002. MINGUET Charles, Alexandre de Humboldt, 2003. PEREZ-SILLER Javier, L'hégémonie des financiers au Mexique sous le Porfiriat, 2003. Ethel DEL POZO-VERGNES, Société, bergers et changements au Pérou. De l'hacienda à la mondialisation, 2003

Ingrid PEUZIA T François-Victor Rudent (colI.)

CHILI: LES GITANS DE LA MER
Pêche nomade et colonisation en Patagonie insulaire

L'Harmattan S-7, rue de l'&;ole-Polytechoique 7S00S Paris

FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan ltalla Via Bava. 37 10214 Torino ITALIE

couverture: Bernadette Coléno

@ L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-4490-7

Préface

Ingrid Peuziat nous invite à partager son extraordinaire expérience de la Patagonie chilienne. D'emblée, elle sait capter l'intérêt du lecteur, et son travail dépasse très largement le strict cadre d'une recherche académique; il n'a rien à envier aux descriptions du grand sud chilien de Francisco Coloane. L'auteur évoque cette terre difficile mais fascinante, périphérie éloignée du Chili « utile », qui offre à ceux qui savent composer avec elle les moyens de subsister. Au milieu des années 1970, la découverte en abondance du merlu austral dans les canaux de Patagonie génère un boom pesquero sans précédent; des milliers de Chiliens venus d'horizons géographiques divers, et de toutes les couches de la population, migrent rapidement vers ce bout du monde. Mais face à la diminution de la ressource, les aventuriers opportunistes attirés ici par l'or patagon s'éloignent vers d'autres cieux. Ne restent dans l'Aysén insulaire que ceux qui communient avec cette nature, abandonnés de tous et du pouvoir qui refuse leur implantation, mais unis par des relations fraternelles, face aux contraintes exceptionnelles d'un milieu à coloniser. L'ouvrage nous invite à partager la vie des communautés de pêcheurs de Grupo Gala et de Puerto Gaviota, de ces «pionniers en passe d'écrire une nouvelle page de l'histoire de Patagonie ». Car la persévérance des parias de la mer a fini par l'emporter: l'existence légale des «campements de plastique », devenus pueblos, fut reconnue en 1999. L'étude de ces communautés est empreinte d'un grand humanisme, les auteurs ne se contentant pas de décrire un simple processus de colonisation. Ingrid Peuziat a vécu avec les colons, compris et porté leurs revendications et intimement épousé leur combat pour la survie et leurs aspirations.
Joël LE BAIL Université de Bretagne Occidentale 5

Avertissement
L'étude que nous publions, à la croisée des disciplines géographique et sociologique, mais qui tient à la fois du récit d'aventure et de la fable politique, a été réalisée dans un moment d'actualité brûlant pour les nouveaux villages de la Patagonie chilienne: celui, après dix ans d'efforts et de lutte pour leur reconnaissance, où le gouvernement chilien commençait à envisager d'accepter officiellement et de légaliser la colonisation spontanée entreprise. Ce fut pour les populations de Puerto Gaviota et de Grupo Gala, qui nous ont accueillis pour mener à bien ce travail et lui servir de référent, un moment d'enthousiasme et de grand engagement communautaire en faveur de la survie économique et du développement des «villes de plastique)). En 1998, nous avons parié sur leurs chances, malgré les immenses difficultés liées au travail et à la vie dans l'isolement du grand sud américain. C'est le récit et le constat de ces épreuves quotidiennes, mais aussi de cette construction communautaire et de l'engouement suscité, qu'on lira dans ces pages. En 2000, nous sommes retournés en Patagonie insulaire et avons eu la joie de mesurer à quel point ce pari a été gagné: des campamentos du début aux nouveaux villages de Puerto Gaviota et, désormais, «Puerto Gala)), le pas est largement franchi, la reconnaissance officielle acquise et le développement engagé. On trouvera à la fm de ce volume un état de la situation nouvelle du village de Puerto Gala en fin d'année 2000, et dans le cahier des photographies présentant des installations récentes. Une stèle commémorative de la cérémonie de la fondation du village a été érigée le 21 août 1999.
I. Peuziat et F-V. Rudent

7

«Je sentis que l'immensité se déplqyait audessus de ma tête, me nommant témoin de l'Aysén éblouissant, avec ses côteaux, ses cascades (...) dans le silence d'un monde à l'état naissant, où tout est

préparé:

les cérémoniesdu ciel et de la terre.

Pourtant, il manque ici la protection, t'ordre collectif, la construction, l'homme. Ceux qui vivent dans d'aussi graves solitudes ont besoin d'une solidarité
aussi vaste que leurs étendues ».

Pablo Neruda.

Introduction
Un bon mot du célèbre Chat philosophe de Philippe Oeluck, inspiré par la géographie si particulière du Chili, veut qu'après avoir pris le train pour traverser du nord au sud ce pays tout en longueur, il suffise de descendre «voie 1 » ou « voie 2» pour le traverser d'est en

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Encore les rails, au sud, t N s'arrêtent-ils à Puerto Montt, capitale E de la Xe région chilienne. Au-delà, c'est la Patagonie qui commence (Patagonie Occidentale) : l'Aysén, puis la région des Magellanes. On la pénètre par voie maritime, au long d'une navigation dans les canaux de la vaste «mer intérieure », entre les milliers d'îles vierges de toute occupation humaine, pour la plupart encore anonymes. Ou bien par voie de terre, en suivant la carretera austral qui relie la région des Lacs à Coyhaique, au cœur de l'Aysén ; mais les compagnies de transport en bus évitent cette interminable piste de terre, impraticable en hiver, et préfèrent rejoindre les principales villes des régions australes en faisant un détour par l'Argentine où les routes sont bonnes. La Patagonie chilienne est un territoire neuf,
1

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Ph. GELUCK, Le meilleur du Chat, Paris, Casterman, 1994,47 p. 11

à peine peuplé par les vagues de colonisation qui s'y sont succédées depuis un siècle, très peu développé. Elle est d'une beauté saisissante, d'une richesse exceptionnelle, et demeure mythique dans l'univers de nos rêves et de nos Lettres. Mais on ne se rend pas aisément comme maître et possesseur de cette nature hors de proportion, de ces espaces immenses au climat déconcertant, de cette forêt que Philippe Grenier qualifie d'« exubérante ». Dans un ouvrage de référence2, le géographe souligne que marginalité et dépendance sont le lot des hommes qui y vivent: l'isolement des régions du grand Sud chilien est une donnée majeure avec laquelle tout effort d'implantation humaine, de développement structural ou d'une activité économique doit composer. Il y est le principal obstacle à l'exploitation des ressources aussi bien marines que terrestres comme à l'organisation d'une vie sociale qui soit semblable à celle de la zone centrale, urbanisée et peuplée. Aussi la vie y estelle différente, non pas meilleure ou pire, quoique sans doute plus difficile, mais autre: «Ceux qui vivent dans d'aussi graves solitudes ont besoin d'une solidarité aussi vaste que leurs
étendues3 ».

Dans l'Aysén, un réel processus de colonisation ne s'est engagé qu'au XXe siècle, par une occupation de la zone frontalière, puis centrale, autour de l'élevage du bétail qui reste l'une des principales activités économiques de la région. Mais depuis une vingtaine d'années, la pêche et l'aquaculture y ont pris dans le secteur primaire une place considérable, à l'image de ce qui s'est produit dans le pays en général: le boom pesquero a fait du Chili un géant halieutique extrayant de la mer en 1996
2

P. GRENIER, Chiloé et les Chilotes, marginalité et dépendance en

Patagonie chilienne, Aix-en-Provence, Edisud, 1984. 3 P. NERUDA, J'avoue que/ai vécu, Paris, NRF, Gallimard, 1974, p. 396. 12

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ET SES REGIONS
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REGIONS DU CHILI I Taracapa VIIIAraucanla \I Anto1aga&\a X Los lagos III Atacama XI Aysén IV COquimbo XII Magallan V Valparaiso et Anlartique Santiago chilienne VI Liberador general Bernardo O'Higgins VI Maule VII Bloblo

plus de sept millions de tonnes de ses produits - poissons (93%), algues (4,5 %), mollusques (l,5 %), crustacés (0,5 %) et autres espèces (0,5 %). Il s'agit d'une pêche très largement industrielle, qui trouve un débouché dans la transformation de 89% du poisson (83 % de l'ensemble des produits de la mer) en farine; l'upwelling, qui rend abondants sur les côtes chiliennes la sardine, le chinchard et l'anchois\ a favorisé l'essor de la minoterie et permis le développement d'une flotte importante et organisée, qui ne laisse qu'une place plus limitée au secteur artisanal des activités halieutiques. La proportion est de l'ordre de 80 % de la totalité de l'exploitation des ressources marines à la pêche industrielle, contre 10 % à la pêche artisanale et 10 % à l'aquaculture. Cependant, à l'échelle de la )IT' région, ces chiffres sont sensiblement différents: la pêche industrielle représente 31 % de l'exploitation des ressources marines, la pêche artisanale 20 % - le reste étant le fait du spectaculaire développement des élevages de saumon et de truite, moindre pourtant dans l'Aysén que dans la région des Lacs, mais qui place le Chili grâce à ces deux seules régions productrices au rang de deuxième exportateur mondial de salmonidés. La relative importance de la pêche artisanale dans l'Aysén, qui s'explique par la richesse de ses eaux et fonds marins, en fruits de mer notamment, est d'un grand intérêt pour la région non seulement sur un plan économique, mais parce qu'elle a signifié un afflux de populations sur son littoral et la naissance de divers fronts pionniers. En particulier, la découverte au milieu des années 1970 d'une ressource halieutique presque unique au monde, le Merluccius australis, a donné lieu par la
4 Sardine (Clupea bentincki). Chinchard (Trachurus murphyi). Anchois (Engraulis ringens). 14

suite à une véritable ruée vers cet or patagon, très prisé sur les marchés espagnols. Des hommes de toutes professions, venus de tous les points du pays, se sont installés dans l'Aysén pour se livrer dans les canaux de la mer intérieure à la pêche artisanale quasi-exclusive de la merluza deI sur, le merlu austraP. Selon la définition officielle chilienne (Loi Générale des Pêches et de l'Aquaculture de septembre 1991), la pêche artisanale est une activité d'extraction des ressources marines réalisée en forme individuelle ou collective par des pêcheurs utilisant des embarcations d'une capacité maximale de cinquante TRG6 et d'une longueur de dix-huit mètres au plus. Les pêcheurs-artisans sont définis comme des personnes travaillant en forme individuelle, directe et habituelle dans l'extraction des ressources marines - sont compris dans cette catégorie les armateurs, les pêcheurs de fruits de mer, d'algue et de poisson. Mais si ce secteur de l'activité halieutique est aujourd'hui très réglementé, les pêcheurs tenus de s'inscrire sur différents registres et la politique de gestion de la ressource très stricte, il n'en a pas toujours été ainsi. Lorsque dans les années 1980 des milliers de personnes ont tout abandonné pour se lancer, généralement sans expérience aucune et sans licence de pêche, à la recherche de la merluza, et que s'est organisée une véritable fIlière d'exploitation et d'exportation de cette ressource, soutenue principalement par l'Espagne, ce fut anarchiquement et dans des conditions extrêmement dures pour les nouveaux arrivants, les merluceros. Sur des embarcations de six à sept mètres de long, propulsées le plus souvent par des moteurs internes d'une puissance de douze à quatorze chevaux, sans
5 De son nom français: le merluchon du sud. 6 TRG (Toneladas de Registro Grueso) : tonneaux de jauge brute. 15

cabine ni réel équipement de sécurité, ils ont commencé à traquer la merluza dei sur en suivant d'île en île, dans les canaux de l'Aysén, sa migration. Ainsi se sont créés en Patagonie insulaire des villages de bric et de broc, en l'occurrence de bois et de plastique, les campamentos, et s'est ouverte une période de pêche à outrance qui a conduit bien vite à mettre en danger la survie de l'espèce Merluccius australis. Alors que les débarquements de poisson dans l'Aysén, pêches industrielle et artisanale confondues, ne représentaient en moyenne annuelle entre 1969 et 1977 que 9 % de la production globale (et les fruits de mer 91 %7), ils représentent en 1996 75 % de cette production, contre 25 % pour les fruits de mers. Cette inflation est évidemment très largement due à la ruée sur la merluza, et encore ne possède-t-on pas de chiffres très sûrs pour la fm des années 1980, le cœur de cette période de pêche exponentielle. Dès 1991, les autorités mirent un frein à la locura9, instaurant devant la menace d'une extinction de l'espèce de sévères quotas d'exploitation, et réduisant par là même de façon drastique les revenus des pêcheurs-artisans qui concentraient leur activité sur cette ressource unique. Du jour au lendemain, face à cette situation nouvelle, les merluceros commencèrent à quitter la région aussi vite et massivement qu'ils y étaient arrivés... Tous ne reprirent pourtant pas la route du nord. Soit qu'ils eussent à l'esprit la perspective d'une reconversion de leur activité de pêche vers d'autres espèces - les eaux de l'Aysén n'en manquent pas -, soit qu'ils se fussent épris d'un milieu
7 Soit en moyenne annuelle 116 T de poisson et 1 258 T de fruits de mer. S Soit pour l'année 1996 14378 T de poisson et 4892 T de fruits de mer. 9 Locura : littéralement, folie; c'est par ce terme que l'on désigne au Chili la période de pêche à outrance dans les canaux de l'Aysén. 16

naturel extraordinaire et de la vie qu'ils menaient sur ces îles de Patagonie, plusieurs centaines de pêcheurs-artisans s'installèrent dans deux des campamentos les plus solides de l'époque de la locura, Puerto Gaviota et Grupo Gala, y ftrent peu à peu venir leurs femmes et leurs enfants, et décidèrent de relever le déft d'une occupation territoriale durable du littoral Nord de l'Aysén, pourtant l'une des zones les plus inaccessibles de la région. Aujourd'hui, près de cent soixante-dix familles vivent isolées et dans une grande précarité dans ces nouveaux villages des canaux de la mer intérieure, réalisant une forme d'implantation humaine des plus particulières et difficiles, spontanée et non consécutive à une politique de colonisation de l'Aysén telle qu'en a mis en œuvre au cours du XXe siècle le gouvernement chilien. Leur principale activité économique demeure la pêche du Merluccius australis, et les deux communautés sont de ce fait dépendantes d'une ftlière d'exploitation encore florissante, mais dirigée par les entreprises de transformation et d'exportation du poisson. Les conditions du travail, sa faible rentabilité pour ceux qui en sont les tout premiers artisans, le durcissement depuis le début de la décennie de la politique de gestion des pêches, amènent à poser la question de la colonisation du littoral Nord de l'Aysén en termes de durée et de viabilité: les campamentos de Grupo Gala et de Puerto Gaviota, nés comme après la pluie de la possibilité, aujourd'hui évanouie, d'un rapide enrichissement de leurs habitants, sont-ils appelés à disparaître plus rapidement encore? C'était ce que considéraient leurs ministères de tutelle jusqu'à il y a un peu plus d'un anlO.D'où une absence totale de soutien à leur développement. Néanmoins, ces derniers mois, les choses semblent avoir évolué dans un sens différent et l'Etat trouver à présent son intérêt dans cette forme de colonisation spontanée. Tout l'enjeu d'une étude, encore jamais réalisée, sur
10 Jusqu'en 1997 (note des auteurs)

17

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les communautés de Grupo Gala et de Puerto Gaviota est donc d'apprécier non seulement les conditions de travail et de vie telles qu'on peut les y observer actuellement, mais encore et surtout les perspectives qui s'offrent pour leur amélioration. Et la problématique peut ainsi se dégager clairement: peut-on parier, au-delà du constat de la précarité de ce qui demeure une vie de campamento, sur une possible sédentarisation des pêcheurs et la transformation à plus ou moins long terme des ciudades de plasticoll, ainsi qu'on les désigne avec mépris au

Chili, en « villes nouvelles» de la Patagonie insulaire, ainsi que
les habitants, dans leur volonté de construire leur avenir, aiment à les présenter? On pourra s'étonner de ce que nous évoquions le mépris dans lequel on a longtemps tenu les merluceros ; pour beaucoup, ils demeurent pourtant de simples pêcheurs nomades et opportunistes, attirés dans l'Aysén par la valeur marchande de la merluza, sans égard pour la région qui leur ouvre ses bras - des «gitans de la mer », en aucun cas des pionniers cherchant à écrire une nouvelle page de l'histoire patagone. Et ce nomadisme qui caractérisait l'ère de la locura reste le principal obstacle à leur acceptation et à leur reconnaissance, notamment juridique, faisant qu'aucun regard de type géographique, sociologique ou économique ne s'est encore réellement posé sur eux. Que dire de communautés entièrement dépendantes d'une activité qui demain peut leur être interdite? Non enracinées dans l'Aysén, peu homogènes, elles se dissoudront et chacun de leurs membres ira chercher fortune ailleurs... Nous n'avons pas voulu considérer les choses aussi simplement, bien qu'ayant été avant de connaître Puerto Gaviota et Grupo Gala largement préparés à cette conclusion par les différents bureaux administratifs pourtant
Il Ciudades de pltistico : littéralement, villes de plastique. 19

censés, sur le continent, défendre l'intérêt des nouveaux villages. Un groupe humain, même formé par la seule vertu de celle-ci, ne se déftnit pas uniquement par son activité économique; et de fait, les liens qui unissent les habitants des campamentos de l'Aysén ne sont pas simplement ceux que tisse l'habitude de travailler côte à côte au même ouvrage. Ils sont en l'occurrence ceux d'un intérêt commun, moins économique que social: nous avons voulu comprendre un mode de travail et de vie, ainsi que les aspirations et les motivations d'hommes et de femmes construisant ensemble leur quotidien et leur avenir dans l'isolement le plus extrême. Dans l'étude premièrement de leur travail, la pêche dans les canaux, puis de leur organisation sociale au sein des campamentos, enftn des voies désormais ouvertes au développement de leurs communautés et à l'aboutissement du processus engagé de colonisation du littoral Nord de l'Aysén, c'est le ftl directeur que nous avons suivi.

20

Première partie

LES PECHEURS-ARTISANS CANAUX: LEUR TRAVAIL LEUR VIE

DES ET