Chocs de cultures, concepts et enjeux pratiques de l'interculturel

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Publié le : dimanche 1 janvier 1989
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EAN13 : 9782296185005
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CHOCS

DE CULTURES:

CONCEPTS ET ENJEUX PRATIQUES DE L'INTERCUL TUREL

Collection

«

Espaces interculturel5

»

À PARAÎTRE:

Actes du colloque ARIC, La rech.ercheinterculturelle. Jean RE'rscHI..ZKI, Activité cognitive et culture. Le jeu Awalé.

@ L'Harmattan,
ISBN:

1989

2-7384-0438-3

CHOCS

DE CULTURES:

CONCEPTS ET ENJEUX PRATIQUES DE L'INTERCULTUREL

sous la direction Carmel CAMILLERI

de Margalit
.

COHEN-EMERIQUE

Contribution de M. Abdallah-Pretceille, H. Aron, R. Bureau, C. Camilleri, MeCohen-Emerique, F. Gauthey, D. Le Breton, J.-M. Lorenzo, B. Lorreyte, H. Malewska-Peyre, I. Ratiu, G. Verbundt.

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'f~cole-Polytecllniqtle 75005 Paris

Sommaire

Présentatioll
A vall t - P ro

(les autellrs
............................................ ............... .

9
13

p(> s

PliEl\1IÈRE PAR11E RÉf~ÉRENCES 7HÉ()RIQUES C. CAT\fILLERI : I--Jaculture et l'idetltité charnp noti()nnel et cie venir cult.llrelle : 21

/JEU}{IÈJ\;IE PARI1E LES DIFFÉRENCES ClJL7'URELLES AU QllOTlDlEN : PRA71QUES !>ROFESS/()NNELLES EN FRANCE M. (:()I--IEN-EMERIQtJE : 'rravailleurs sociaux et nlÎgrants. La rec()nnaissance identitaire darls Ie prl)CeSSlls d'aide 77 H. MALEWSKA-PEYRE: Problèlnes d'identité des adolesceIlts enfants (le 111igraI1ts et travail s{)cial 117 (;. VER811ND1': A(>proche S()Ci()-COHlrnunautaire: les ass()cÎatiolls ethniques C0l11nle lieux d'intégration s()ciale 135 D. ~E BRE1'()N: Soins à l'h()I>ital et différeIlces
cul t II r ell es. ........................................................... 1 65

dans l'en treprise J ~1. AH[)ALLAII-PRE1'CEILLE:L'école face au défi
. M. L..()RENZ() : Ilnmigrés

193

plu ra liste

225
Français et in1nligrés: (les miroirs
24 7 .. .............................................................

B.

L()RREy'rE:
a 1111) i g II S

7

1ïlOISIÈ~ME PARTIE L'EXPORTATION DE MODÈLES GUL1'URELS A L'ÉIRANGER : AMBIGUÏ1]fS ET .DÉFIS H. ARON: Une dysfonctiol1 ment en coopération majeure: renseigne273 311 335

F. GAlrrf1EY et I. RArrJu: Impact des différences
culturelles sur l'organisation et. le marlagemellt R. BUREAlJ : Transférer les techniqlles

QUATRIÈAIE PAR11E RÉFLEXION D'ENSEMBLE C. CAMILLERI: La comnlUllication
ti v e i n te r C III tu r e lie.

dans la perspec363

........ ........... ..........................

8

PRÉSEN'rA'rl()N I)ES

AU'rElJRS

ARDALLAH-PRE'rCJo:ILLE

Directrice d'Ecole normale - Membre associé du Laboratoire de Psychologie Sociale Appliquée de l'Université de I?aris V, Section « Problènles de cultures» - Docteur d'Etat en Sciences de rÉducation. Art.icles et études sur les thèmes de la pédagogie intercultul'elle, de l'éducation aux Droits de l'Homnle, de l'enseignement des cultures.

Martine.

Principales publications:

.

Des enfants non francophones à l'école. Quel apprentissage? Quel fra.nçais?, 1982, Paris, A. Colin. - Vers une Pédagogie intercu/turelle, 1986, Paris, co-édition Publications de la Soroonne-INRP. - Les politiques multieu/turelles et leurs conséquences pou.r les enseignant.s, 1988, Paris, ()CnE. - L'interculturel a.ll niveau de l'école: finalités et lignes direct11ceJ, 1981, Paris,
UNESC{).
AR()N
~

Henri.

Professeur au Lycée Janson-de-SaiIlY"Paris - Agrégé d'histoire Docteur d'Etat en Sciences de l'Education. Principaux documents: Au Maroc: les cooPéran.tsenseignants français au seuil des années 70, 1971, thèse de 3c cycle, Université de Paris V - Quels agents, de quel développement? » in Actuel Développement,
~

1982, Paris, nn spécial 50-51 sur les coopérants, Ministère de la Coopération - Cl!0tJfrationJ enseignantes et limitation culturelle, J 987, thèse d'Etat, Université de Paris V. BUREAU René. Professeur au département rle, sociologie, Université I>aris X-Nanterre - l.)o<:teur d'Etat en Sociologie. de

9

Publications Ouvrages:

sur les problènlcs

de culture en Afrique.

La religion d'éboga, 1972, thèse d'Etat - Le vademecum de l'expatrié. Initiation à l'Afrique, 1976, Paris, SII<:I IJf péril blanc, 1978, Paris, L'Harmattan - Apprenti'iJages et cultu.res (co-direction

-

avec D. de Saivre), 1988, Paris, ed. Karthala.
CAl\flLLERI Professeur Carnlel. et Co-directeur du
«

l..aboratoire

de

Psychologie

l'Université de Paris V Agrégé de philosophie. I>ublications sur les problèmes Maghreb. Ouvrages:

Sociale

Appliquée,

Section

Problèllles de (~uJtures », à l)octeur d'Etat en Psychologie de culture, spécialenlent au
50C10-

J euneJse,
Ed.

famille
du

et développetnent.

Essai Sllr le changernent et groupes

culturel dans un pays du Tiers-Monde (Tunisie), 1973, Paris,
CN RS

-

Jeunesse

française

sociatt.:~ après

Mai 1968 (avec C. l"'apia), 1974, Paris, Ed. du CNRS - Les nouveaux jeunes: la politique ou le bonheur. Jeunesse de France, d'Europe et du Tier.5-AJonde,(avec c. ~rapia), 1983,1'oulouse, Privat - Anthropologiè culturelle et éducation, 1985, Paris et Lausanne, Co-édition UNEsc()-I)elachaux et Niestlé. C()IJEN-E~1ERIQUEMargalit.
Psychologue clinicienne et psychosociologue

- Membre

associé

du Laboratoire de Psychologie Sociale Appliquée, Section « Problèmes de cultures» de rUniversité de Paris V cycle en Psychologie. Docteur de 3(0 Publications sur les problèlues culturels et la formation en rapport avec les conflits de culture. Principales publications: « Eléments de base pour une formation à l'approche des migrants et plus généraleruent à l'approche interculturelle », 1980, Vaucresson, Annales de Vaucresson, n° 17 « Chocs culturels et relations interculturelles dans la
pratique des travailleurs sociaux. Formation. par la méthode des incidents critiques », 1984, Le Havre, Cahiers de Sociologie Econonlique et Culturelle (Ethnopsycholc)gie), n° 2 - « Réflexions sur la formation des praticiens dans le champ interculturel », 1987, Sèvres, Les Amis de Sèvres, Revue du

Centre International
y GAll'rHE. Franck.

d'Etudes

Pédagogiques~

125.

Consuitant - Chargé de cours à l'ESSCA Sup. de Co. ~1arseille et - Co-fondateur de l'Association Européenne de Management 10 Interculturel (AEMI)

- ESG Paris - IMP Clark

University.

Pu blications : I..faders sans frontièreJ (co-autcur), 1988, Paris, lvfc (;raw Hill pour l'entreprise internatioéditeur - « Quellnanagenlent nale ?», 1988, Paris, Alanagement France, nU65 - « La

forrnatÎon interculturelle
sonnel.
I~E I\RET()N l}avid.

»,

nov. 19H8, Paris, Fonction Per-

(:hargé d'enseignelnent

à la Faculté de Médecine de 'l'ours et à

l'IPSA {le l'Université catholique de l'Ouest Docteur d'État en Sociologie - Diplôtné en psychologie clinique.

-

Recherches dans le domaine de l'anthropologie du corps, de l'anthropologie de la relation thérapeutique et de la rnaJadie. ()u vrage : (;orps et Sociétés. Essa.ide sociologie et d'a.nthropologie du co'tpJ, 1988, Paris, Méridiens- KIincksieck. l..()RENZ() ean-Michel. J Psychologue - Sociologue - Actuellenlent directeur d'études dans un institut d'études et de dévelol)pen1cnt dalls les dOlnaines de la gestion des ressources hUlnaines. A exercé de nOlnbreuses années la fonction Personnel dans un irnportant groupe industriel comportant une proportion élevée de travailleurs inlmigrés. A nlené, à cette oCl~asion, des travaux d'étude et d'enquête sur la cOlnnlunÎcation, la fOfrnation et l'évolution des organisations dans un contexte pluriculturel. l.l{)RREV"'E Bernard. Oirecteur de l'Agence
Interculturelles

pour le I)éveloppelnent des Relations - Chargé de cours à l'Université de Paris XIII-Villetaneuse. Principales publications:
(ADRl)
«

La fonction <lel'autre. Argunlents psychosociologiques d'une éducation transculturelle », 1982, Paris, Education Permanente, n° 66 - Direction du nunléro spécial sur
~

Les

n° 1975 - « L'identité dans tous ses états», 1986, Paris, In/o'rmations Sociales, rf' I - « l..'inquiétant.e familiarité. Eléments d'analyse psychosociologique de l'hétérophobie)), 1986, Le Havre, Cahiers de Sociologie Economique et Culturelle, n° 5 - « Sensibiliser les publics français aux réalités de l'immigration. Quelques réflexions pédagogiques », 1987, Paris, Migrants Formation, n° 69.

transferts de connaissances. Vers une pédagogie intercultu..
l'elle », 1984, Paris, Education Permanente,

Il

rvIALI-.\VSKA-PEYRE 1-launa.

l}irecteur de recherche au (~entre de Recherche Interdisciplinaire de Vaucresson (CRIV) - Antérieurement directeur du Laboratoire de Psychologie sociale à l'Institut de sociologie de l'AcadéInie des sciences de Pologne - Doct~ur èsSociologie à l'Université de Varsovie - Docteur d'Etat en Sciences hUJnaines. (>u vrages : IJesfacteurs (ullu.''-eL~ p.5ycho-sociauxdu compo1-te11lent et sexuel (en polonais), 1967, Varsovie, PWN - Délinqua.ncejuvénile, .fa1nille et Jociété (avec V. Peyre), 1973, Vaucresson, CFRES - Crisp d'identité et déviance chez lesjeunes immigrés (ouvrage collectif),
1982, Paris, La Documentation Française

- Le travail

social et

les enfants de migrants (avec C. (;achon L'I--Iarmattan.

et al.), 1988, Paris,

RA'rIU Indrei. MACarnbridge - ~fnA INSEAD - ()utstanding senior - Interculturalist SIETARinternational 1987. Publications: Leaders JanJ frontières (co-auteur), 1988, Paris, Me Graw Hill éditeur - «~1 ultieultural devc)oplnent management», 1987, Londres, jotl171al of Management Development, vol. 6, n° 3 - « {;etting your cross-cultural cOlnlllunication right», 1987, Bruxelles, International Management Development Review, vol. 3. VERBUND'rGilles. Directeur de « Recherches et Formation » - Docteur de 3~ cycle en Sociologie. Pu blications : l~'intégration par l'autonomie, 1980, J)aris, lA'l-larrllattan -/11lmigrés dans la crise (avec F. IJriot), 1981, Paris, Editions Ouvrières Coordination de DiverJité culturelle, société industrielle, état national, Actes du (~olloque de Créteil, 1985, Paris: L'I-Iarmattan.

12

AVANT-PROPOS

Parmi les événements les plus sigrlificatifs qlli ont Illarqué les dernières (Iécennies (Je ce xxf' siècle, 011 peut certairlemellt C()ITlpter la véritable « explosi{)II» des ()ntacts entre peuples et cultures: tant au niveau interllational, à travers l'incessante circulation de pro<)llits nlatériels et nlentaux, de nlodèles et de personnes, qu'au sein Illêlne des différents pays, où le so('ial se charge de la dimetlSion 111l1lticultllrelle par la présence (le P()Plllations venlles de t()USles contirlents. C'est ainsi que l'Ellrope compte près (le {Iouze milliollS d'élnigrés qui, <luoique provoqual)t (lébats, tensi{)ns et réactions volontiers xénophobes, n'ell sont pas nloins une réalité à IJrendre en COITlpte,car un gran(f nOlnbre demeureront dans le pays d'accueil avec leurs enfants et devront trouver une insertion sociale et professionllelle décelltes. Cette réalité, quels <lue soient les sentiments (Iu'elle iIlspire, doit être corlsidérée comme incontournable, vu qll'elle n'est CIl rien conjoncturelle, nIais résulte d'un l)héIH)lnène f()n(larnental: la c{)llstitution d'llll chamj) hU1n.ain/}lanétai're, (ifJ à l'intricati()1l sans cesse grandissante des I)r(~ets, pr()IJlènleS et essais (le s()lution de tous, à quoi s'aj()ute la facilité et l'intellsification stupéfiarltes des rIloyens de la comnlunication. I.~a France, hiell enten(lu, (l'est pas à l'écart de ces processus qui promellvellt au plus 11atlt point les contacts illterculturels. Pour elle conIIne pour tout autre pays, les intérêts particuliers ~ioutent leur poids aux aspirati<)ns 13

hurnanitaires : outre sa volonté de principe (i'aIJI)()t ter sa participation all développeUlerlt des IJays du 'l'Îersl\1on(le, il Illi faut s'ouvrir à J'étrallger si elle veut rester ('oI11pétitive sur le J}lan ()Bltnercia), conserver à sa langue une ditnensi()J1 internationale, ~t autres ()bjectifs spécifiques. Dans le 111êtTle ternps, aH sein {le rl-Iexag()ne, (Je [)Ius en plus (le J)r()fessionnels s()nt anlenés à exercer aUI)I~ès (les P()I)ulations IIligrantes. Enseignants, psych()logues sc()laires, I>ers{)nnel J11é<lical et paralnédical, travailleurs s()ciaux, [()rfllateurs (le stages (l'insertÎ{)Il, cadres (l'entrel)rÎse, I)s}'(~hol()gues (l'entreprise, etc., t{)US ()nt affaire de faç()J} régulière ()u p()nctuelle à la diversité culturelle en. situ.ation. P()ur t()US ces praticiens, la capacité d'établir la <:(JnllllunÎcation correcte avec (les IJersonnes et (les groupes de cultures différent.es est essentielle. Sin()n se nlultilJlient les. risques (l'incolnpréhensi()n, (le nlauvaise interprétati()t1, les échecs f()rt c()l1teux à t()US les niveaux et p()llr t()US les acteurs en I)résence. E11 effet, la culture ne s~exprilHe pas seulen1ent (Ians les différences de cr()yances, (le valeurs, de n()rnleS et de r110(Jes (le vie (lu gr()upe, ,nais aussi au niveau de l'in(livi(lu, (Ians ses faç()l1s de penser, de seIltir, d'établir la c()lntnunicati()n. "]Ie f()n(le - et c'est son aSIJect p()sitif - l'i(Jentité S()cÎ()-cIJlturelle de la personne, nlais en nlênle ten1ps elle ren() subjective et gl()balisante la percepti()Jl (les sl~jets relevant (lï(lentÎtés <Jifférentes. D'()ù les I)r()blèn)es (Ians les relat.Î(HIS int,er<~uJtllrelles, qui se I)()urrissent, si l'()I) n'y J)rcu(f gar(Je, ll'ilIlage's err()nées, (te stéré()tYIJes, (le I)r~jugés et (le fantaSIJleS véhiculés de IJeu I)le à peu pie en fonction de l'h ist()ire (le leu rs rarJp()rts. Ce livre a V()UJlI aborder ces difficultés, spécialernent (Jans la faç()n (I()nt elles se présentent aux f>r()fessior1nels inlpli<jués (Jans ce (:hanlp. (:eux-ci, très conscients (les écueils renc()ntrés dalls leur pratique, désirent améli()rer leur équilJenlent IJersonnel ell la nlatière: ce qui les an1ène à se t()urner vers (les f()rmations et, surt(}ut, vers la littérature spécialisée susceptihle (Je lellr apporter l'aide souhaitée. Mais, à ce jour, il n'existait en France aucun ouvrage présentant, S()US le IJ()iIlt (le vue d()nlinant de la 14

psychosociologie, un aperçu global sur les connaissances actuelles dans ce domaine et, ell même temps, abordant les problèn1es rencontrés dans la diversité des pratiques professionnelles. Certes, les publications sur la migration foisollllent, nombre d'ouvrages d'anthropologie ont paru sur telles cultures particulières, des rapports sont édités par les grandes institutiolls illternationales sur les projets et problèlnes de développement dans le Tiers-Monde; enfin, avec le développement de la concurrence internationale et du marché européen, l'interculturel dans le management devient objet d'étude. Mais ces documents sont dispersés, s'adressent le plus souvent à un public de spécialistes et, surtout,. ne sont pas centrés sur la rencontre, l'interaction des individus issus des sociétés différentes. Ils n'abordent pas, non plus, les problèmes des pro.fe.5sionnels du champ interculturel en FraIlce ou en Europe. Pour commencer à combler cette lacune, un groupe de praticiens et de chercheurs - jouissant à la fOIs d'un bagage SCieJ1tifique effectif et d'une grande expérience de travail direct auprès de populations étrangères, ou de contacts indirects par le biais de la formation de professionllels - ont collaboré pour tenter de rédiger un ()uvrage approchant ce modèle. Venant d'horizons très divers: l'école, l'université, le travail social, la formation, l'elltreprise, le managemellt, la coopération, ils ont, au surplus, souvent eux-mêmes vécu l'expérience multiculturelle, au Maghreb, en Afrique, Espagne, Pologne, Israël. Ils avaient ainsi quelque qualité pour apporter leur éclairage sur le traitement de la différence quelles que soient les cultures en présence, introduisant la spécificité, si nécessaire, au niveau des contextes, des situations et de la particularité des actions professionnelles. Approche qui Il'était pas sans risques car, généralement, ces champs sonl compartinlentés, dépourvus des passerelles permet{)r c'est cette mise ell tant d'aller de l'un à l'autre: commun qui, dans l'esprit des aUlcuJ s, {levait permettre de faire émerger la dimension interculturelle dans son originalité.

15

Celte dimensioll est saisie dalts ce livre à partir de deux groupes de situations: - Celles de co-existence «ordinaire», dans des conditions de relative stabilité, de groupes relevant d'enracinenlcllts cldturels diffé.rents. On y étudie des problèmes posés par l'éducation dans des milieux devenus hétérogènes et, plus géJléralement, suscités tJar les 'relations Înter-commUllatltaires. Celles-ci sont envIsagées dans le contexte classique des ral)ports autochtonesirnmigrés en Frarlce, mais aussi dans celui 011 des
«

eXT,atriés », Français

()u autres,

(Jilt quotidiennemellt

affaire à des nationaux d'autres pays. ()Il analyse, en particulier, les processus responsables des formations qui altèrent la bonne c()lnnlunicatÎ()n : ethnocentrisme, préconceptions, stéréotypes et [Jréjugés, hétérophobie et exclusi()ns.

Inerlt et du cOllf1it culturel
( stratégies» identitaires

-

Les situatiollS de vécu, par l'énligré, (lu charlgeà Cllaud»), avec les
(

qui J>etlVent être

développées

(>our réaliser les a(lal>tations JJermettant ces nl0ments de crise propremellt dite.

de surlII011ter

Le souci d'ulle approche pédagogique a anlené à structurer ce livre c()mlne suit: I. Un exposé sur les notil>tIS thé()riques fondameIltales : la culture elles COJICeptsallnexes, le changelnent culturel et ses conséquences sur Je social et l'illdividllel, l'identité et le (Ievenir iderltitairc. Ces notiollS de base d'allthropologie psych()logiqtJe v()tl(llaient ai{ler les prt)fessi()tlnels à nliellx s'approprier les (affres de référeI1ce indispensalJles pour se repérer dans ce ChaI11()c{)nlplexe et ell pleiIle évolution. 2. Une série d'allalyses sur les différellts chan"lps d'applicati()J1 (lans lesquels sont ilnpliqllés les professionnels en sitl13tion pluricuh.urelle : les enseigllants, les persollnels de l'action sociale el sanitaire, de l'éducation surveillée, les cadres d'entreprises nati()tlales Olt mullÎl1ationales, les associations œuvrant. en n1ilieux Illigrants, les coopérants et les experts préposés aux tra~lsferts (ie tecllllologie. 3. Une réflexi()n d'enselJ1ble finale tente d'articuler les aSIJects théorÎ{lttes et J}ratiques évoqués (Jans l'()uvrage, ]6

de présenter la réalité et les COIl(litÎ()ns (le J'interculturel comme projet de régulatjon harn10nieuse (le la c()rnlnunicati()J1 et1tre porteurs de CllltlllcS différentes. Pour n()us réSUIJler, disons que1 (lans les situations de face à face, à travers les reJJrésentati()ns et les rél)()I1SeS qui rétro-agissent sur elles, al>IJaraît une logi{)ue de la cOITItnunicatifJn sociale, acte sénlique l)ar excellence. l...es contributions des auteurs tentent de Inont.rer COlnnlcllt, en sit1w,1l:oll,éviter les errellrs et dist(Jrsi()llS l)our qlle cette cOll1nlunicatÎ()1} n'ait plus lieu entre (les « inlaginaires qu'()1l substitue à la réaJité. 1.4é1r()isièlne partie reprell(f t ces ()bservations sur Je f)Jan du général: cHe ne donne aucune recette, rnais tente de ref)érer les attitudes qui COITIInan(lellt cette conversion au rée1 et, [Jar là-Inênle, les élénlerlts perlnettant une tneilleure évaluation des situati()ns et des I)ersonnes à partir de laquelle se fondeut les actes I)rofessionnels. Aj()utons qu'un autre ouvrage est prévu ~)our la Sllite, (Iestiné allX fortIlatetlrs. Par une aJ)pr()che thétnatiquc et concrète, il se prol)()sera d'apJJorter quel<ltles ()utils perniettant (Je Inieux cerner la conI plexité ttes relati(Jns et eonl HlllllicatiollS ill terculttlrelles.
)

IJe.~ llirecteurs

17

IJ1~EJ'1JÈJ~[~ /JA/ilJE

RÉFÉRENCES THÉORIQUES

LA CULTURE ET L'IDENTITÉ CULTURELLE: CHAMP NOTIONNEL ET DEVENIR

Carmel

Camilleri

Cette vaste réalité dCIJlanUe à être cernée du plus I)rès IJossible. Nous all()ns essayer de la caractériser, (l'en esqllisser les f(}nctions, d'en présenter les cOllcepts anllexes aillsi qllC les transfornlations strllcturelles af)rès cet événement (lécisif qu'a été lïuc.ltJstrÎalisation.

QU'Es~r-CE

QUE LA CULTURE?

(:e rI'est pas le sens cOlnrnun qui nous préoccul)era ici «( être cultivé, instruit »), Inais le sens anthrop()logÎ(flle, tel qu'il apfJaraÎt à travers les analyses (les ethn()logues. Il désiglle une réalité susceptible d'agir sur toute sorte (l'élérnents, qllC Krœber et Kluckhohn (1952) ont essayé de classer à travers cinq rul)riqllcs : - t,es étatJ mentaux ou 0IJératÎnl1s exemple, les prescriptit>TlS culturelles psychiques. J}ar agissellt sur les 2J

causes tie (Iéclenchenlent (les états affectifs (aillsi, ce qui suscite en France la jalousie ()assionnée I)r{)v()quera, (lans telles tribl1s indienIles, lïnclifférencc ou l'anluSetnent) ; (Hi sur la l)erccJ)ti()11 (face à (Jes stinluli tenus P()llf objectivenlcnt i<lelltiques, les Illenlbres des divers groupes culturels I)CUVerlt ne pas percev()ir les mênles choses, « nlanipuler » différelnnlent les registres visuels, ()Ifactifs, auditifs, rythIIliques); ()u sur la nlénl()Îrc (fixat.i()11 ()ll évocation des souvenirs selon des règles clifférenles), etc. (I). -- l~es types de corntJOrtelne1tts, où l'on retrouve ces 111œUrS, hal)it.udes, que l'on a touj()urs reCOIII1UCSconIIne permettan t de (lifférel1cier les sociétés. - I-Jcs (livers savoir-faire, <lepuis les codes cie COIJ1lllUnieatic)11(d()llt les lallgages) jusqll'aux Ill0des {l'utilisation des ()utils, etc. Les Pt"oduits de l'a!Jplicalion de ces savoi1'~/àire aux (livers aSI>ects tIe l'environnetnent: 111élcllines, tYI>es (l'habitation, œuvres artistiques, etc. - ~:nfit1, t(Jllt.e la variété (les institutions et m.odes d'o1'ganisation collectij,~ f()rlllels et Ïtlfornlels, que Krœber et KJuckllOlll1 auraient pu aussi bien inclure clans la précédente rubrique. N(}mbreux ont été - et sont encore -les auteurs qui, T)()ur (léfinir la cult.tlre, se SOllt COl1tentés d'éllumérer tels ()u tels des élénlerlts rapportés dans cette classification. (~ette faç()t1 de IJr()céder est évidenlment inadéquate: outre que les listes IJr()posées par ces défil1itiol1S SOIlt forcénlcnt t.<)l~j()Urs incOlllplètes, elles désigllellt nOlI pas la Cl11tllre clle-Inênle nlais ses effets. Pour bien faire il s'agit (lone (le saisir ce quelque chose qui, appliqué à cette variété indéfinie d'éJénlents d()nt la précédente classificati()n a essayé de (jollller Ufle idée, les fait reconllaÎtre C()ll1Ine intéri~urs all IJatrin10iIle clllturel d'un grollpe par ()ppositi()1l à ce qui lui est extérieur, et qui n'est plus le cult.urel. Ce pOÎllt de vue, Illême s'il n'a pas été inventé par

l'éc()le alIléricaille dite « culturaliste », qui a conI1U son pleht essor durant la prenlière nl0itié de ce siècle (2), s'est trouvé partÎculièrelnellt illllstré par ses travaux. Pour les alltllr()pologues représeIltant ce courant, la culture est un 22

,<rno(lèle»

(<<pattern

»), une

for-tne

qui

se LOlJcrétise

(lans ulle logique, par exelnplc la « logique patriarcale ». » de la culture C:clle-cÎ court à travers les « sous-systènles
(par cxclllplc g(;nérations, la faluillc, au travail, les raI)ports entre sexes, entre au teIHJ)S, à la surllature, au

IJouvoiJ) et à travers

ses élélnents,

ou

{'

traits », J>our

autant qu'il soit IJossihle de les isoler: c'est ainsi que, souvent, ()11a~),)ellera par exelnl)le la relati()1l (le la n1ère au fils, (le l'Cil fant à l'oncle I)atcrncl ou IIlaternel, rattitude à ol)server envers le J)ère ou Je frère aîné. Mais,

Inêlne dans ces cas, la (lénon1Ïnatio}} <le
})

«

traits

»

est-elle

légitilne ? (~ar rOll voit bien qu'il ne s'agit IJas là de ce que l'()J) appelait aUlrcf()is des « sirnpJes : les relations que Il(JUS ven()ns (f'éV()qller sont elles-nlênles des configura(lone tout atlssi hien tÎ()ns COIHI)lexes. ()f) I)()urrait soutenir qU'OH a affaire à (les sous-systèn}es plus restreints que ceux oÙ ils s()nt engh}bés et qu'il est difficile (le fixer le Inonlent. otJ 1'()Il cesse d'avoir affaire à une structure. QU()Î qu'il en s()it, le I)roblèrne est d'identifier cette logique par le rel>érage (Je certaines C()l1stantes intro<luisant une c()hérence dans cette diversité: ainsi,

pour la I()gique I}<ltriarcale

«

pure

»,

la hiérarchisati()11 le souci de l' « intéfortclnent sur

(les sexes au I>rofit (le rholIlrne, conséquences (Ians ses ral)l)orts grité» (le cette lignée, qui

avec la Illultitude (le ses avec la fCllllne, le l)rinlat influe
»,

de la lignée Inascllliue, généralenlcnt rCJ)résentati()tl <le l' « h(Jnneur

la

l'échelle (les âges avec

divers effets sur la hiérarchie (lu Pouv()Îr, etc. Signalons cel)en<lant, car nous ne P()UV()tJs nous étendre sur ce p()int, que l'accession à une J()gique d'un seul tenant, si l'(Hl IJcut dire, 11 'est qu'un idéal JJIus ()u Bloins l()intain. Ainsi, le lien entre le modèle f)atriarcal et les caractéristiques que 1l()US venons d'indiquer aI)paraÎt ;1ssez évi<lent, nIais il rest hcallcoul> Inoil1s avec certaines autres qui lui soul souvent associées historiquernent. I>ar eXCll1{)le, en qlH)Î la J>réélninence (le la lignée paterllelle et cIe l'élénlent Inasculin, qui sout au cœur- de ce m()dèle, ilnpli(lt!eraient-ils nécessair'elnent J'Îllstitution répandue (le la fanlille large, les IlH)des fatIlÎliaux trarlitionnels (le IJroductÎ()n et. de consOlnn1atioIl, sans IJarler (les tec11niques agricoles ()ll (lu style d'architecture utilisés? I...es nécessités (Ie l'adaJ)tation ;:tux {livers envirOlltlenlel1ts 23

sont ici habÜuelJernent inv()qués C()Jnrue susceptibles d'a()()()lter l'explicati(Hl. A quoi il faut ~j()uter les elHIJrUIlts entre groupes, ce qllÎ 1l(1l1Sréfère aux avatars {le la (linlCnsion llist{)rique. Sans aller 1)lus loin retenonsen que, au sein (le la Jo!{ique l)rCnlière du systènle c0l11tnan(lée par le ITIo(jèle de {{épart, s'introduisent habituellelJlent des séries causales indéf>endantes dues à (les facteurs (fivers et s'articlllan.t plus ou moins bien avec ~ette 1()gj(IUC(je base. (~ela n'enlpêche pas les forlt1atÎons qui Cil résultent. Illên1e si elles recèlent quelques disparités aux yeux tie l'ohservateur, (l'être vécues IJar les sujets C()lnnlC un seul ensclnble culturel et, au nloins flal1s les s()ciétés tl aditionnelles, C()111InCSÏllll){)sant avec la mêlne nécessité. (~ette renlarque dirige n()tre atlelltioll sur ces sl~jets, dont nous verr()IlS tout au long de cet ouvrage qu'ils c()nstituent lïllstance cotlcrète décisive, en tant. qu'ils sont les « porteurs de culture» (l'()Ù t()ut part et ell qui t(}ut revient. l..e Ino(jèle culturel d()nt ils relèvent les anlène à al)I)réhen(ler h)ute chose à travers un sens conf(Jrnle à sa I()gique. Par exenlf)le, à l'intérieur du nlodèle patriarcal, l'În(livi(lll J)crcevra hahituellen1cnt la felnme C()tnnlC un être ayant et (levant av()ir par ral1porl à l'h()nllne tI'l statut suhor(lonné, (les rÔles l'écartant du (Iolnaine I)ublic, telles attituc.les vis-à-vis de sa belle-farnille, de ses g-arç()f1s, de ses filles, etc. (:e sera (Jour lui le Jens (le la

fernnle, (Jans lequel il illtègrera

le

«

stimulus

»

(1ui est à

rorigine (le la l)ercepti{)Jl (le celle-ci. Et il effect uera (l'autres ,)r{~jections (le sens f>our intégrer (le la Inêrne façon 111()rTlnIC, le vieillar(l, le travail, le ternps, les (Iifférents aSI)ects rle l'esJ)ace, href t()US les stinluli pr()venallt (~e l'environneJnent C()111IJ1e JUi-IIlêlne. l~es de ot~;cts qui l'ent()u rent et leurs agencenlents, les outils, tout ce qU'(HI af.)l)clle le « Illatériel ») n'éclaapJ)ent pas à
cette I()Î : ils J1()lIS ()enlCUJ'ent tant que nous ne IJarvellons rig()ul'eusernent pas à les intégrer étrangers clans des

significati(}l1s grâce auxqllclles ils « font sens » p(}ur n{)us. Ainsi la culture intervient dans un domaine f()n(latT1ental pour l'h()l11me: celui (les unités de sens ()u sigl1.ifïcation,s, qui C(JJlstituent la médiati()n ()bligat{}ire pour Il(}tre accès au réel: car aucun stinlulus n'agit sur 11(}US « directenlcnt », nlais par l'illtermédiaire du sens

24

(}(>nt il est ()bligatoirelnent envelopf>é conSCienlJnent. ou illC(JIlSciemnlent. Si I)jen que nous évolu()tlS c()nstanlIIlent dans 1]11tlnive,.s sy,nboliquc au deVetlir variable. Et c~est ce sens (lui décieJe, en dernier ressort, de n(JS con{luites : n(JUS n'agirol1s pas de la I11êlTle faç()11 avec rllonlme, l'enfant, la nature, la rnultitu(le ties ol>jets, la nlaladie, seIOII que nous les signifierons COlnll1C ceci ou conlnle cela. Par exenlplt;, en ce qui concerne cette ~ernière, UIle recherche, effectuée dans lIn h()pital des Etats-Unis sur detlX groupes équivalents d'Irlandais et d'It.aliens souffrant (les mêmes affections ()RL, livra des résultats intéressants: comparés aux seconds les prelniers signifiaient leurs IIJaUX cOlnme étant à Illettre le plus 110ssible entre parenthèses, sinon Inênle COII1I11e quelque chose de honteux. Ce qui les conduisait à (léclarer qu'ils souffraiel1t moills que les Inalades italiens, à indiqller et (>résenter rnoins de synlptÔmes, à affirnler plus rarernent qu'ils étaient affectés (ians leur 11ulneur et leurs relati(}Jls avec l'entourage (3). Un autre exenlI)le fral1patlt : darls les falnil1es larges intégrées dans (les systèmes qui ne signifiellt pas l'Îndi vi(JU C()lnn1e I)renlier, I~ sel1sibilité à la grande (lensité d'occul)atioll (les I)ièces d'habit.ation est bien Inoindre que (lans les pays d't~urope occi(lentale et ()n n'y observe pas les lllên1es troubles: c'est que cette ()ccuI>ation est signifiée, «vécue» selon l'expression usuelle, cornrne « proxinlité » et non COITllne « pronliscuité>} . L.e I)r()blènle (Ievicnt alors (le sI>écifier convenablerIlent les significations ind~ites par la culture, (le telle Inanière qu'elles s()ient distinguées des autres. l)'abord, ces unités de seIlS s()nt «construites» et acquises, par oJ>position à celles qui sont illllées, telles les significations biologiques I>rqjetées à partir des IJesl)ins de J}()trc ()rganisnle (par exenlple la failH Tl()USfait signifier un certain n{)1I11>re d'objets (le Il()tre environnelnel1t contIne thé()ri(~uerIlent c()Jnestibles, par opp()sition à ceux qui, biologiquenlent, ne peuvent pas l'être). I)'autre l)art elles sont c()lIectives, c'est-à-dire partagées r)ar un groupe, rnais elles doivent être aussi liées à l'appartenance à ce gr()uIJc, ce qui n'est pas le cas (les significations biologiques ÎJIJlécs: Inêlne si un ensenlhle d'individus avaient faiIn en nlêlne terll ps, la signification résultante 25

serait collective, nIais non liée à l'apl)artenanct» à ce gr()u(Je cn taut que tel. Elle ne set ait (l()nc pas culturelle. Le sont, par COlltre, celles altacllées au Cll(>ix des aliIllcnts, à leur préselltation, à la à tel tYI>c (le préparation, (létermillation du nlornenl des repas, aux évéllenlents signifiés COlIlme devatlt dOllner lieu à ces re()as, aux rites sociaux de l'aliIllcrllati(JI1, etc. Il résulte de t(Jut cela que les sigIlifications culturelles (Iistinguent les groupes cl1tre eux et d'autre part, à l'intérieur de chacun d'ellx, elles alnènerlt à se cOIn porter de façoIl Setl1blable <levant les stinluli iIlvcstis (( inforn1és »)) IJar la culture: elles sont (Jonc UtI factellr d'u.niforl1tiçation difJé1"entielle. Ces diverses caractéristiques lIe suffisent ce()endant IJas à (Iistinguer les significations culturelles. Car on les retr()uverait tout aussi bien atta(:hées à ({'autres ellselnbles d'unités cie sens c()llectives, tell!f'.'s celles apparaissant à l'()ccasi()n (le IJhénOlIlèncs de 111ode, d'etlgouement s, (le r\llnellrs, fte nU)UVenlents (l'oJ}inion passagers (JU tllin()ritaires qui, il convient {le le renlarquer, obéissent eux aussi à (les Illo(Jèles in(Juisant (les logiques qui les structurent r}lus ()U Bluins f<Jrtelnent. I)ar exctllI)le, l'adhésion à une nouvelle f(}rrnc <le Illusique, à une façoJ) iné(lite (le chanter, alnènera Ù un certain 1l10111ent une f()ule de I>ers()nnes à construire (tcs I)artitions Illusicales, à conduire des chansons selon l'agencclllent (léternliné (le séquellces C01l11l1andé J)al" le nl(J(lèle trÎoIl1l)hant. La Tnêtne chose est évÎ(lenlJllcnt susceptihl~ lie se I)1'oliuire (Ians n'in1l>olte quel autre dOluaine, (le l'art à la politique, (le la littérature~) la I)hilosol)hie. l\lais, le plus SOtlVent, il ne s'agira que (le rallienlents I)assagers et pas nécessairenIent nl~~oritaires. (~e qui leur nlanquera, et qui est llécessaiJ'e IJ()UJ' accéder. à la qualificati()n rie « cultu,"el », c'est la suffïsante eX1ension à la f()is dans l'espace et dans le telnps : (lue ces structures (le sens collectives soient I)artagées au 111()ins par des In~orités, eTI (Ieçà ou ali-delà des {Iivisions sur les autres ,Joints, et qu'elles (lurent. Quelles quc soient les observat iOlls que l'on puisse faire - <)lli seront évo(lllées - 1l()\lS llisJJOSOIIS seuleInent, on (I()it bien le COl1stater, (le ces critères externes (Jour (listillguer la cultu re de ce qui n'est pas elle, ()uisque rien ne différencie en essen(~c sa structure interne (ie

26

celles régissant les autres ensenlbles de significations c()lIectives. AillSi, à IIloins de Il()yer le culturel dans le collectif Îlldifférellcié -, c()mlne cela se fait couranlnlent - et l'ol)jet de SOlI étude dans celui, général, (Je la psycll010gie s()ciale, ()n (J()it le nlaintenÎr lié aux COllflotatiollS, vérifiées par l'usage autant que IJar la pratique des ethn()logues, de pat'limoine C()1l1111Ull,revelldiqué par le grouf>e qui s'y rec()nnaît, et d'ancienneté. Aj()lJtons enfin (lue les unités de sens induites J)ar un ensemble culturel s()nt tenues p<)ur (les valeurs par les sociétés qui en relèvent, et que celles-ci s'eff()rcent (le les translnettre à la suite (les générations. Nous J)rol)()serons (lone, au terule (le cette analyse, la (Iéfinition suivante:
L.a ('ult\lrc est l'cnsernble plus ou 1110ins fortelnent lié des significations acquises les plus persistantes et les plus partagées que les Inf"lJ1bres d'un gloupe, de par leur affiliation ~\ ce groupe, sont all1cllés à distribuer de façon prévalcl1te sur It"S still1uli provenant de leur environnetnent et d'eUX-Jl1êtnes, induisant vis-à-vis de ces stÎnluli des attitudes. des représentations et des cotnporten1ents corn!BUnS valorisés, dont ils tendent à assurer la reproduction par des voics non génétiques. »
(

(:ette
---

(Iéfinition

attire

au nloins

deux

ohservati()ns

:

l)'ahord la (Iiffïculté est de faire le (Iél)art entre les significations Sllffisanltllcnt ciurablcs et « c()nsensuelles »
J)()ur faire partÎe du fOIl(ls culturel et I*:s autres. l)ans les groupes traditionnels, forlClnent. hOlllogènes et dont Je rythnle de changcITlent ét.ait lent, la chose était aisée. [)ans les n()tlvclles sociétés, qui I>résentent (le Illoins en l1u)il1S ces caractères~ cela fait IJroblèlllC : nOllS év()querons les transforrnatiolls qui s~enst1ivent.

l..~enselnhle cie significations (1()1l1 nous parlons peut f~iire [.>clIser à ulle f()rrnatiolJ statique qui. par définiti()I1, lie résisterait pas au challgelnent. C\fais il faut distinguer ent re ces significations, ou « contenu» culturel, et par ailleurs le 111{)dèle, qui est au cœUf (le cet ensernble pour la 1)()tIne rais()1l qu'il le constitue JJar la logique dynarnique d()llt il est la source, et qui in(luit les sigJlifications
--

27

eJJes-nlênlCS. Face à des sÎtuatÎ()ns inédites les Illenl1)res du gr()uI>e, s'ils denlcurent attachés à leur mo<lèle, peuvent soit refuser de changer ces significations auquel cas l'ensenlble pellt tentlre vers le statisme - soit les transforlner ou en inventer, n1ais de mal1ière à ne pas bouleverser la logique de ce nl0dèle. Une culture autorise dUlIC le changernent, peut nlême faire preuve (le (JynamiSJl1e sans se (létruire, nIais (lans des limites: tant que, à travers les variations, denleure son arlnatllre structurelle. Il nous reste à conlpléter cetle caractérisati()Jl par quelques (léfinitiollS secondaires.

L'ENCUL

TURA TION

en(l()cultu ration ») l'ensernble (les pr()cesstls c()n(iuisant à l'approI)riati()Jl par l'in(livi(lu (le la culture de S()J) groupe. l~'enclllturati()n n'est qu'un aspect et ne livre qu'ulle partie (-j'un
On a IJI)elle encu.lturation «()ll
(

pr()cessus plus gélléral, celui (le la

«

socialisation

» ~

par

lequel l'in(lividu est Inis en relation avec sigtlifica1.ions collectives de ce gr()upe, y extérieures au patrin1()ine clllturel, dans t11()Îns, oÙ clles lui ont été « présentées
)~

l'ellsellll)le des cOlnpris celles la nlesure, du (JJar l'internlé-

(liaire (Je la farnille, l'école, et aulres v()ies et m()yells f()rJl1els et inforrnels ~xista)}t flans le grouI)c). Il est enteu(lu que le sltjet hutnain fIe saurait être «( », « rnarqué Illodelé » conltlle un objet par la socialisatÎ()f1 ou l'enclllturation, sinon il ne I)()urrait janlais pren(lre d.istance par ralJport à l'une et à l'autre, ce qui est la caractéristique (Je base du slUet : {)T, si nous étions ol~et au départ, nOlls ne IJourrions janlais devenir sl~et. [)e fait, les ()bservati()ns nlolltrent que, dès le (iébut, le pr()cessus (le la socialisation s'effectlle à travers des échanges relationnels actifs, all cours (lesquels (les p'ro/Josit;o1l.J passent (le l'agent socialisateur au sujet s()cialisé (4). L'illusi(JI1 (lu IIl()(lelage vient de ce qlle l'enfant se C()111porte C()fIltne un simili-objet, dans la tncsure ()ll il a }Jeu (le Illoyens de résister à ces

propositi()J)s: (Ians ce cas celles-ci deviennent « influellce » et le IJrOCeSSllS(Jfopositionnel dénlarre comnle
28

I)r()cessus (l'influence. f\'lais, (lans la Inesure t)Ù ces tJ)()yens sont acquis IJar la suite, sa uature pro()ositionnelle ne f~tit que s'accuser. au POillt que l'individu potlrra l)rell(lre un rÔle actif par rapport à sa socialisation et 5011 CIlculturatÎ()n. C.est assez dire que l'ulle et l'autre se [Jütlrsuivent totlt au long de l'existence, leur évoltltion (lépelldant (le facteurs divers, tout particulièrelnent de la cOllfirnlatÎon ou infirtnati()n ultérieures (les propositiollS du sujet. socialisatri<.:es illitiales par l' ell vironnClneIlt

L'ACCULTURATION

Reste à caractériser l'acculturatioll. Le mellloranduffi du Social Science Research Council de 1936 la définit conlnle
~(

rensenlhle

des phéuornènes

résultant

du cont.act direct et

continu entre des groupes d'individus de cultures différent.es, avec des changctnents suhséquents dans les types

de culture originaux de l'un ou des deux groupes ». (~ette défitliti()n ap'pellerait l)eut-êt.re une réserve:
(Jour que (les cultures s'influencent, le COlItact « direct » des gr()upes n'est I>as nécessaire: les messages (:le toutes sortes qtJ'ils émettellt et reçoivent les UlIS des autres r)euvent largenlent suffire. Les IIlo(lalités de l'acculturation sont évi(lelnlnent très variables et se situerlt entre deux p()les : une settle clJlttlre influence l'autre, auquel cas on est en ()réSerlce d'llne ()U I)iell se l)r(Jduisent (les échanges J)lus ou InoÎlls réciproques, avec IJl0dificatiol1 Otl non des traits échallgés. L'acculturatiol1 IJr()voque (I()HC forcélllent le changenIent de l'un ou (les (leux systèlnes concernés. Celui-ci relève de cin{J paramètres que l'analyse culturelle révèle comlne particlllièrenlent inlportallts :

relation

«

asytnétri(lue

»

qui évolue vers la d()nlillati()n ;

- Son origine, selon qu~il est endogène, qu'il provient du groupe où il s'effectlle, Oll au contraire exogèlle ; - Sa vitesse, ou rythnle d'effectllation ; - Son étertdue, selon le nOlllbre de sous-systèlnes et de « traits» atteillts par la transforInation ; 29

- Sa profonde1J~r,selon la distance (le ce qui est affecté I)ar le cl13rlgenlellt au «floyaU» de la culture. Par exenlple, le systènle patriarcal est plus profondélnent ébranlé par le cllangenlent du statut du chef de famille que par celui qui intervient chez les enfants, ,Jar la (lilninution de la relation inégalitaire avec la fille que par celle (lui COIlcerne le garç()n. - Sa « reliahilité », selon que ses produits I)euvent s'accorder (allquel cas ils sont « reliables ») ()u n()n avec le
C()lltexte (lans le(111el ils s'irIsèrent. })Ius il est exogène, rapide, étendu, profolld et lIon reliable, ()Ius le cllangelIlellt a des challces de se faire, statistiquement parlant, sous fornle de crise: mais il Il'y a pas d!autolnatisnle en la rnatière, et il faut distinguer elltre l'installati()n des c()nditions s()cio-historiques de celle-ci (s()n « terrain ») et SOlI déclenchemellt dalls les S()Us-grollpes et, plus encore, chez les individus. Au niveau {lu s\~jet, les deux attitu(Jes extrênles S()llt l'irJlperméalJilité à la culture étrangère, la Jrparation (par in(iifférence ()u réacti()nrlelle, COlnn1e {lallS la « ghett()ïsa(ion »), et l'absorIJti()11 t()ta)e en celle-ci: rasJi1nilation, par lal)uelle le sujet lIe se reCOIIJlaÎt pillS COIJlme adllérant à SOIl ancien systèlne clllturel, ni conlIIle affilié au gr()upe défini par ce systènle. Entre les deu~ on ()bserve line qualltité de IJositiollllelIlents différel\ts, {lui se traduiset1t

par des

«

n1anir)ulat.i()lls

»

diverses des c()des de l'une et

l'autre culture. Elles dél)()ucheI1l sur des fornlations variées, plus ()I) IJ10ins « logiques» aux yeux de l'observateur, vécues COIIlll\e pltls ou moins satisfaisantes par le sujet lui-ll1ênle. Elles s()nt d'une grande importance pour le théoricien COlll111e pOlIr le praticien, et nous y revielldrons. I~'i'lltégration résulte de l'ulle de ces formati()flS, lorsque le sltjet estilne qu'elle lui pefnlet d'éliu1iner, dalts ses rapports avec l'envirollnement étranger, les tensiOlls (iues attx différel1ces des groupes ell présence, t()ut ell restant ancré de façon variable dans ses allciennes références.

30

LE RELATIVISME

CULTUREL

Conllne 1l()US J'aV()JlS VU, chaque culture s'()rd()nne autollr (le sa IIlatrice de ({épart sel()tl UIIe certaine logique et <lualifie le bien et le Inal en accord avec celle-ci. (:()nséquence: chaqtte ensenlblc culturel est à C()lnI)rendre et à juger relativement à ce nl0(tèle auquel il se rattache et q\li en fait une fornlati()I1 auto-centrée: c'est le IJrincÎIJe du relativisrne culturel. 1.l'attitu(le C()nllllandée IJar ce prÎllcipe s'oppose aux c()ml)Ortenlents les plus cornmuns. On est, en effet, sp()lltanéITlent porté à juger une culture à. partir (lu rn()(lèJe d'une autre (habituellement celJe dont 011 relève S()i-II1ênle) érigeallt ainsi iIldûment celui-ci en modèle de référence universel. Cet. « et llIl()Centrisnle », présel1t chez

tOllS les I)euples et courallt en Eur()pe jusqu'aux décolonisations, dél)oucllait sur des échelles de civilisation et la manifestation d'un év()lutionnisITle clllturel, avec des ~< sta<Jes » par lesquels les llumains étaient cel1sés devoir passer pour ab()utir au sonlmet représenté par la civilisatioIl européenne. C'est sans doute parce qu'il est resté lesté de cette C()nIlotation de valeur que ce t.ernIe (le civilisatiol1 - ()ui all pluriel et (Jans l'usage courant (à distinguer des définiti()IIS qui [)CUVClltêtre construites [Jar tel ()ll tel auteur) sOest chargé cl'un contetl!l guère différent de celui (le clllture - est actllellelnent largenlent llélaissé. On le retrouve I)lus volontiers ernployé au singulier et avec une Illajuscule (<< la Civilisation »), au sens I>réd()lninant (l'une f()rnlation llniverselle capitalisant tout ce que l'enselJlble des sociétés hUIJlaines ont fait
(le nleilleur du Bl0ins ce que 1'011 juge COInnle tel

-

(lans le ternps et l'eslJace. Il fallt C()lnpter, cepen(lant, avec lin rais()nnetnent qui v()u(lrait aller all-<.felà (le (:et ethn()centrisIJle assez naïf. S'il est vrai, (Iira-t-()Il, qU'tH) He sauraitjllger une culture à partir (l'une autre, il faut t()ut de rrlêlne bien adrnettre qu'Iii existe line structllre uJIÎverselle de l'esprit hUlnain, la raison, qui pernlet ou devrait permettre de prendre dislallce par raI)p()rt aux difffrences culturelles, de discerner à travers les l)ro(lllcti()l1s sociales variées le V rai, le Bien et le Mal.

31

C:ette argunlentation deux (lisc(}urs ()pposés

(les :

« rationalistes»

a suscité

-

C:hez les uns, elle n'a fait <)\.l'aj>porter de nouveallX alinlents à la thèse de l'évolutionnisme culturel et de la hiérarchisation des hOfllrnes. (~ette raison, a-t-on dit, seuls les ( civilisés » y auraient accédé. t~es « primitifs», sel()n l~lIe théorie dével()ppée par l'ethnol()gue français Lévy-Brtthl avant qu'il ne l'ait (Iésav()uée, auraient utIe
« Tllentalité » spé(-iale (la « IIlentalité prirnitive
»

I)récisé-

IIlent) qlli l'exclut. (~'est-à-dire une structure de catégories « Inystiques », telles qu'on les voit à l'œuvre dans la

Inagie, l'aninlÎsnle,
cause
»,

principes de base ..els que:

et qui ne respecterait même pas les « tout phén()nlène a une
a app()rté de l'aide a\l

etc. (~ette argulllcntation

racisllle sous un habillage scientifique. - Un autre disc{)urs, bâti en grande partie p()ur faire I)ièce à cet « inlpérialisrne » ratÎ()nalÏste occidelltal, prétend étendre le relativislIle à la I aisol1 elle-mên1e: ce serait une f{)rlnatÎ()1l présente (lans certaines sociétés, à l'intérieur de certaines cultures. ~lais (t'autres gr()U~leS IlulIlains n'y seraient pas sensibles et se tireraient fort l)icn de leurs I)r()blèlnes avec (l'autres ttlanières d'appr()cher le réel. La raiS()Jl serait un pr(){juit culturel. l~'()bservati()n alllène à enlprunter une troisièlne v()ie. (~()Iltre les « éVl)luti()nnistes » aussi bien que contre les relativistes al)s()lus, il est facile de mOlltrer que les

nlelnbres
(ie

(les

«

s()ciétés

SilllJ}lcs» les
«

(baptisés

« prilnitifs

»

(Jans les (Iébuts
raiS()nller

(le l'etJln()!<>gie) sont tout à fait capables
('()Illnle

civilisés»

chaque

fois qu'il

serait dangerellx (le faire autrenlent. Ainsi, avant d'aller à la chasse, ils acconlplissent Ilornbre de rites et (j'incantations, rnais ils n 'oublient pas de fahriquer et d'lltiliser leurs arn1es, leu rs I)r(~jcctiles, sel()1l les prin<:ipes de la rais()n, nlêlnc si (:e n'est janlais explicité. 'l'ous les hun1aÎns p()ssè(lent (1(>l1cla structure rati()nnelle et SOllt car>ables de l'utiliser. La (lifférence résÏ'(le SeUlelJlent dans la IJlace qU'(H1 lui accorde: (Ians certailles sociétés, et en particulier def)uis le succès des sciences positives, ()n la met au prenlier rang et ()tl la f()rnlalise considérablement. l)ans (l'autres, elle est ravalée à une place modeste au J)oint que, Il)êlllC quand ()Il l'utilise, on ne lui attribue pas 32

la resl.Jonsahilité (lu Sllccès de l'action: les chassellrs dont 11()USavons parlé, s'ils reviennent avec du gibier, attribuent (~et heureux résultat à leurs rites propitiatoires et non à l'obéissance aux norrnes rationnelles. C:'est seuleInent sur ce J)()sitionnenlcnt (le la raiS()n dans l'échelle (l'irnp()rtance théorique et d'usage pratique que les cultures hunlaines divergent. I);tns ces cOl1ditÎ()ns, qu'est-ce qlli elt1l)êche de suivre les rat ionalistes lorsqu'ils (Ietnan<lent à juger les systènles cuit urels et leurs valeurs à partir (le cette [ormati()n IlnivcrsellclIJCllt fal11iJière aux homInes? Riell en principe, nIais seulelnent les faits. Car si la rais{)n plie t(JUS les esprits à ses c()ntraintes quand il s'agit de tenir compte pratiquement des lois physiques ou dans les don1aines ressortissant de la l()gique f{)rnlelle, telles les nlathématiques, il n'en est pas de Illême qual1d il s'agit de fixer les principes et valeurs gui(lant notre vie, de détern1iner le bien et le nIaI inrtubital)les p()ur l'Ilomme. Cela se fait jusqu'ici (Jans le cad re (le I)hilosophies de l'existence, nébuleuses conlI))exes s'aJ)I)uyant sur des arguInetlts plus nIais insuffisallts à I)rovoquer ou Illoins «( raisonnables I>our y arlhérer il faut (lone l'effet (le « <Iémonstration un « plus» au-deJà du logique IJur, une OPtiOllqlli est, au pire, un effet (l'el1traÎnenlcnt quelcotl(}ue, au nlieux un acte lie liberté. Qu'on les juge à partir (le l'une d'elltre elles ou qu'on se J)lace au I)lan de la raison, ou de ce qu'Oll croit être la raison, il n'est (lone [Jas de Inètre-étalon universel perlnettant de hiérarchiser les cultures qlJi, l)récisénlcnt, ne proposent pas autre cllose que des J)hilosor)hies (le rexistence.
~),
)).

Si nous nous SOllllnes éten(ju stir ce point, c'est parce <Ill'il nons l)araÎt avantageux (le [()H(ler le relativisl11e flon pas seulell1ent sur tluet()lérauce (le fait (~elle dont ()Il fait preuve I>ar cOJl{fes<:euclancc, ou I)arcc qu'()t) ne I)eut faire autrenleJJt), ni IIlêlne seulenlcnt sur les seuls IJrincipes rnoraux (Iont nous f-)arlerons (tout Je rnoIlde a Je droit <l'aclhérer aux idées et valeurs (lui lui I)araissent bonnes), nlais stir la 111()(lestie iJltellectuelle, apI)uyée stir l'égalité de notre condition face à la limitati()n (le rlotre raisOll et au pr()blème de la vérité. (~ela ne signifie IJas (lue nOllS devions nous isoler (Jans nos poiJlts (le vue, puisqu'à

33

défaut tlu rati()1111el dénlonstratif flOUS pouvons échanger les ar~Ull}ents qui flOUS ont anlcnés à nos oIJtÎons. L'111tense circulation des raisollllements et des m()dèles, telle (lu'elJe est permise par les moyells de cornmunicatioIl c()tltelnI)orains, est au contraire une très JJ()l1ne chose, suscer)tihle tl'ab()lltir à (les choix plus éclairés. ~f;1is notls n'avons pas le droit (le les faire à la IJlace des aut res, en l>articulier de ceux qui tirent les letlrS (l'autres Ilu)(lèles culturels.

EFFETS ET FONCTIONS

DE LA CULTURE

Nous parlerol1s ties effets et fonctioTlS ell nlêlne tenlps, car il est bien (Iifficile de les départager avec certitude. Nous distinguerons différents niveaux, (lu plus général all 1)lus particulier.

AU NIVEAU

DE L'IIOMMF:

l.Jes f()rlllatiolls culturelles sont spécifiques à l'espèce hUIllaine. ce qui setnble I)ouvoir être rattaché allX caractéristiques de celle-ci. En effet, à la (Iifféren("c (le l'aninlal régi par un SYStèll1C d'instincts, l'hoIlIIne est aninlé par (les ten<lances. Celles-ci exprinlent aussi (les tJes()Îns rrlais, contrairenlent aux instincts, rares sont celles qtli sont irréI)ressihles (si taI1t est qu'il en existe). I)e ()Ius, lellrs nl0clalités de satisfact.ion sont de la plus extrêlJ1e variété et laissées à J'invention indivÎrfuelle. Enfin elles s~ I))()(fifient. et l'on sait. qu'il naît c()JltinuelJcluent (te Iu)uveaux besoins. Il en résulte un f()Îsonnelllcnt inllnense (le' rCIJréscntat.i()flS, siglli(icati()tls, c()Il(luitcs, qui ren(lrait inll>ossihle tOlite vie c()lIective si l'holl1111e était laissé à lui-rnênle. Or le groupe est une conditi()1l incontournable (lu (Iéveloppernent humaitl. Les cultures, l)récisénlent, lill1Ïtent et (lisciplineIlt ce foisonnement. ~rout se I)asse corrlnle si elles étaient le nl()yen origÎIlel laissant aux h()mmes la ~)()ssibilité de bélléficier des avantages (le leur ()rgallislne plastillue, 34

(IOIIC de créer, et (J'autre ()art fournissaItt la régulatioll de cette ,}Iasticité, 111()rnogénéité psyc}lique nlinÎnla J)erlnettant la vie en grouJ}c. F:n sotnnle, ne flisposant pas cornlne l'anilnal (l'un systènle de régulati()n inscrit ell lui-mêllle, rhornlne d()Ît le construire de l'extérieur, en liaison avec le rnanqu.e de prescriPtivilé (le son organisnle biologique. Les cultures peuvent alors être consi{lérées conlme les (liverses [()rnleS (le la rnédiatÎ()Jl entre, d'un côté, le caractère largenlent indéternliné et peu prescriptif de la 11ature llulnaille et, de l'autre, les exigences groupales qui sont inscrites dans cette nlêrne nature. En-deçà de toutes les autres conventÎ{)flS invelltées à travers l'histoire p()ur rés()u(lre ce dilenlme, elles seraient en SOl11me la

quasi-c()l1venti()n) preIJlière (car il n'y a rien de c()nscient IIi (le délibéré en tout cela), la plus universelle et la plus efficace. IJe cette caractéristique de base découle l'anlbivalence fOI1(lalnelltale de la culture:
(

- l)~une fJart, <lui (lit « régulati()ll » dit « répressi()11 ». {)u, en t()ut cas, jus(ju'à présent toute régulation culturelle paraît s'être tra(iuite par une répression des « IJtllsions ), s'instaurant ainsi en ennenlie de la spontanéité hunlaine. C'est. l'une (les raisons p()ur lesquelles les J>sychanalystes s'y S()llt intéressés, les diverses cultures Jeur al)IJaraissant COnll11e l'illlléfinie variété (les progranl1nes lie canalisation, c'est-à-dire (le ré[)ressioll de la libi(lo »). lTn certain t1()lnbre (le Illythes, étrangenlent sCJnblables à travers les s()ciétés et rCIJr()duisant des COI1II)lexes » il1{livi{luels connus (C()IJlnle l'(}~dipe), sont 111êlne interprétés IJar eux «)tHIne le résultat des frustrations (lui en résultent eL en Illênle tenlpS, COII11ne le 11l()}'cn (le les absorher (Oll (le s'y résigner).
((

«(

I)'un autre cÔté les cuit lires, nous l'avons (lit, sont Inanifestetnen1 (les I)roduits (le la créativité humaine: c'cst Inêlne rune (les J>rinciJ)ales raisons pour lesquelles ()f) vou{lrait actuellernent les sauvegarcler. AUCUlle ne se ('()nfon() avec une autre, IlJalgré les n{)IJlbreux emprunts <tu'elles se f()lIL Chacune peut êt.re c()JIsidérée C()111nle l'invention collective (l'une philosophie de l'existence, (rUne fornle (l'expressi()n (le l'hOIJl111e clans sa relation à son enVir()Jlnenlctll t()tal, à lui-nlênle et à s(>n imagillaire. 35

!)'Où ce jugelnent (le ranthrol)()logue RutlI Benedict: la nature hUlnaine n'est. IJas un systènle ferrIlé et d()Jlné une fois p()ur t()UleS ; c'eSl un gran(1 évellt ail de p()ssit)les llont chacurl est réalisé f)ar lIne figure culturelle particlllière. L'ensemble des cultures C()l1stituerait lIn clévoilenlent progressif de l'humain. Et 11{)tre natllre consisterait. ell tIn réaménagenlent continuel, à la hlmière d'un pr()jet jamais entièrement dévoilé, ltes COllstantes de notre équipement génétique dOIIt nous lIe pourriorls, cependallt, jamais nous dissocier. C'est d()nc structurellement <Jue notre 11ature intègrerait le culturel.

Ainsi coexistent, dans chaque ensemble culturel, UIl aspect expressif et un autre répressif. Le lien est-il organique ou seulemellt c()ntingent ? FrClJd liait indisso... lulJlement les deu.x, r~j()ignaJlt ainsi un courant spiritualiste classique. D'après lui, l'holllllle spontané den1311(Je à être nié pour produire la valeur à tra\,'ers l'h()mme culturellelnent cOllstruÎt. (~ette c{)llception a été cepeIldant t()ujours rejet.ée par un Cl)Urant naturaliste ()ptiI1liste qui, de certains sages alltiques à H. Marcllse en. passant par Rousseau, nlet le bien dans Il()tre natllre « origi-

nelle

»

et le mal (lans les « artifices
ne parlait-il

))

sociaux. L'Anléricain
esprit, de

)) « conserves culturelles stérilisantes ? BonTle illustration (le n()tre thèse selon la(luelle, en IJlatière tIe conccl)tions (Iirectrices de l'existence, la raison n'inlp()Se ricn (le décisi f.

f\foreno

{Jas, darts le Inênle

AU NIVEAU

DU GROUPE

A. 1..3 culture

entre

le groupe

et son environnement

()n a(Ilnet gérléraletnent que, dar1s certaines lilnites d()llt nl)tls parlerons, il y a une « harrnOrlie» entre la culture d'lin groupe et son erivirorlllemerlt habituel. Au InÎllimllm, on estimera que les formatiolls culturelles lie petlvent se C()tlstruire sans tenir c()mpte de ce dernier. Mais on peut aller plus l()in et corlsidérer qu'elles illcluellt Tlombre de (lispositiolls destinées à répolldre à ses défis. [)alls les sociétés « t.raditiol111elles » (nous expli{)uerons ce

36

<lt1alificatif) où la culture apIJaraÎt conIIne lIne réalité IJrévalente et indiscutal)le, les techniq1.1es de nlise en relati()l1 avec l'ellVirt)Jlnenlent, celles destiJlées à le maîtriser, y compris les tecllniques de pr()(luction (agricoles, artisanales, etc.), les divers «savoir-faire) en général, f()nt partie intégrante du système culturel. Elles ont été lllises au point à travers Je telllps (quand elles n'()nt I)as été emprtlutées); elles sont attribuées à la sagesse des ancêtres, intégrées (laIIS le tissu traditionnel, et ()I} aurait gar(Je de les ChaJlger. Cette prudence paraît souvent justifiée, conlllle ont pli le vérifier bien des « experts» occident.atlX dont les novations et. les projets de « dévelol)pclnent » ont eu souvent des corlséquellces fâclleuses. Aussi bien, une lecture géllétique et instrumentale des cultures, prenant ell COlnpte lellr part de forlctiollnalité, peut aider à lutter COlltre la tendance à les hiérarchiser, en ramenant ce qlli IIOUS paraît être une inégalité de valeur à une simple différence. EJI effet, telles dispositions qui diffèrent des nôtres, une fois expliquées par leur but, pourront apparaître non plus comme signe d'illfériorité, mais d'adaptation intelligente. 011 aura nlême fait Ull pas en avant par ralJport au relativisme. Car si celui-ci illterdit rationnellement de disposer les différences le long d'une échelle des valeurs, il peut laisser subsister le sentiulent que 110mbre d'entre elles sont étranges, voire choquantes: il produit donc une acceptation de prillcipe, externe, qui ne réduit pas nécessairenlellt les réactiollS affectives. L'attitude fonctionnaliste, par contre, dans la mesure où elle peut

s'appliquer, diminue cett.e « distance à la différence» en
nous CJIgageant à la pratique d'un principe précieux el1tre tous: s'efforcer systélnatiquenlent de considérer les ctlltllres ell les replaçant dan..sles situations qui étaient les
leurs lorsqu'elles étaient en équililrre.

POlir prendre des exen11)les, la mise en perspective situationneJle des forrnatiotls culturelles aide à comprendre cornment certains traits traditionnels presque constants, qui nous paraissellt durs, révoltants, comme l'effacelnent de l'indivi(lttalité au bénéfice du groupe, devienrlent comprél1ensibles dans un contexte de lutte pour la survie, face à des milieux peu maîtrisés: de 37

strictes discil}lines, (les codes de cOllduite détaillés et très f()rnlalisés, une s()lidat ité sans faille devien flent alors des
at()lltS. l)ans le Inêlne esprit, l'évocati()tl (1\1 f()nCli()lllle-

Inent culturel qu()tidiell, tel qu'il se IJlanifeste (jaIls SOlI cadre c()ncret en situati()n Il()rnlale, ralJIène s()uvent à de I)lus justes prop()rtÎons tels traits que nous ellflorls d'une cllarge dramatique. Ainsi la vie dans le village, Je petit grOtlpe, la fall1ille large où circule tout le groupe de parenté (y compris les Ilonlll1es) - c'est-à-dire une appréciable partie de la localité - fait disparaître, 011 presque, les effets de telle (lispositioll, comme la claustrati()n de la fenllne par exeInJ>le. Cette claustration deviendra tout alltre chose si elle se maintient dalls le COlltexte anonYlne de la ville et de l'itnmeuble Inoderries, du rétrécissenlent de la parentèle, amenant l'is()lernent du sujet. Enfin, il faut savoir que dans les gr()upes existent habiluellemellt (les (lisl>()sitions nOlI dites, illformelles, susceptibles de rédllire ce qui est perçu cotnme des abus en limitant, corrigeallt les excès possibles liés à certaines prescriptiollS explicites. Ainsi, au fvlaghreb, on a décrit d'anciens cérémoniaux collectifs perlnettant habilement, quand une femme était demandée en mariage, d'empêcher les exigences abusives quant à la dot réclall1ée par sa fanlille. DallS la situation anomique due aux actuelles rnutations, ce c()ntrôle social a dis(>aru et non11>reuses s()nt les. plaintes des jeunes à propos de la spéculatioll à laquelle peuvent se livrer les pères de fanlille au s~jet de cette iJlstitution (5). L'approche de la culture en situatioll commande donc de s'inforlner sur l'étendue et le rôle (le sa part informelle, qui se construit en relation avec, et souvent en réactioll COlltre sa partie forlnalisée. C'est cette part Înforlnelle, la plus fragile puisque non fixée de façoll explicite, qui semble atteinte en priorité ell cas de crise. En disparaissant, elle transforllle l'ancien équilibre: c'est l'ulIe des raisons pour lesquelles, dans cette nouvelle situation, le systèlne tra(litionnel est

facilemellt

«

corrompu

»

par rapport à ce qu'il était darls

son contexte d'origille. Il ne faut donc pas le projeter dans le passé tel qu'il se (>résente aujourd'Ilui, si 1'011veut se donner une vision objective des ctIoses : c'est encore UII principe gélléral à observer systématiquement. 38

()n lie saurait cependant se (Iissilnuler les litnites de ce I)()jnt {le vue f(Hlctionnaliste. (:er tes, les cultures servent indul)itahlcll1cnt à r{~pond, e aux défis (le l'envirollne111ent. ~fais nous a\'otlS vtt plus haut q\l'elles SOllt aussi, et jJ)(llssoluhlelnent, des ÎnventÎ()}lS de points de VIle sur la façotl tie 1l1ener l'existence, concrétisant des fJossibilités IH)uvelles (le l'hunlaiTl, permettant l'émergellce" d'expressi()J}s variées et iné{lites (le ce f)sychisl11e si irnprévisible et Inysti~rietlx (le notre espèce, avec ce qui apl>araît (tantôt à lions, tantÔt à d'autres) C(}lIlnle sa part (t'incolnpréhellsible, voire d'« ahsurde ) ou (l' (" irrationllel
il

» (quaiificatifs

quc les différents J)cuples se I ellv()Îent équitablement). Il raisons », au SCJIShabituel n'y a sans {Joute IJas plus de

du ternIe, à J'origine {les cultures (IU'à celle de l'irlventioll hiologique (le l'effarant f()isonnenlent des espèces. Pour c~la dotlc, (I~jà, il ,Jarait vain de vouloir rationaliser et
f()ntti()nnaliser les Cllltures à t()ut prix. Ajoutons à ces considérations une observation connue: à J'intérieur de tout ensemble culturel bien des n{Jrrnes denleuretlt s()uvent salIS explication. Peut-être, COlIlme cela s'ol)serve fréquemn1ent dans les changenlcnts c()ntetnporains, ollt-elles survécu à la transformati()J} des c()uditiollS de leur pro(JuctÎon, à la disparition de ce qui faisait leur rais()11 d'être? On rencontre aillsi le problèrne Îrnr>ortant du «retard » des attitudes et r~r)résentatiuns (des tnentalités » dira-t-oll souveIlt) sur la trallsf()rrnati{)n (les structltreS et situations objectives. (~e n'est jamais dû à title sorte (l'inertie 111écallique ; il Y a tOltjours à cela des callses à 311alyser au COllp par coup. Ainsi, il IJaraît (Jarfois assez évideIlt qtte l'on se trouve devant des f()Tlctions de substitutit)n relevant d'une rlOllvelle I()gique~; telle la fonctiol1 syrJlbolique. Dans ce cas ()Il continue ;\ 3rlhérer vigollreuselnellt à telles valeurs <JU"(Hlf)ratique (le IJl()ins en Il10illS : à ce rnorllent-là tIn l)an de la culture cesse de gllÎ(Jer l'acti()n, nIais sert à se reconnaître C{)nlnle affilié au nlême groupe, à affirlner cette identité cie gr()llpe contre d'autres, etc. Bref, il est {lestil1é à énlettre un Inessage. i\utremellt dit, à mesure qlle les systètnes acquièrent un passé, leur explication se
«
)) (

con,()!i(lue

avec la nlultiplication
de

de « sé(lueI1CeS»

de

f()llctionnalité procédarlt débordent Otl transforment

logiques diversifiées, qui celle d'origine: la fOtlCtÎ()I139

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