Chômage

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Le chômage est-il une fatalité liée aux caractéristiques de notre système économique et social ou un simple dysfonctionnement du marché qui peut être corrigé ? Beaucoup a été écrit sur le chômage mais le résultat est toujours le même depuis plus de trente ans : le chômage est massif et durable en France. L'originalité de cet ouvrage est d'être écrit par deux auteurs aux profils différents et complémentaires : une enseignante-chercheur en économie et un ancien cadre d'entreprise. Cette complémentarité leur permet d'aborder le chômage sous des angles variés et de faire des propositions qui entendent bousculer les idées reçues avec une seule obsession : contribuer à inverser cette « maudite courbe ».
Publié le : vendredi 15 avril 2016
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EAN13 : 9782140006760
Nombre de pages : 250
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Questions contemporaines
Jean-François de la MarandaisCHÔMAGEQ Martine Peyrard-MoulardLA COURBE QUI NE
VOULAIT PAS S’INVERSER !
contemporaines
Le chômage est-il une fatalité liée aux caractéristiques de notre système économique
et social ou un simple dysfonctionnement du marché qui peut être corrigé pour autant
qu’une réf exion en globante soit engagée sans vision dogmatique ? Beaucoup a été
écrit sur le chômage mais le résultat est toujours le même depuis plus de trente ans ! 
Le chômage est massif et durable en France. QQQ
L’originalité de cet ouvrage est d’être écrit par deux auteurs aux prof ls différents et
complémentaires, mais tous deux très sensibilisés aux dégâts humains et économiques
provoqués par le chômage : une enseignante-chercheur en économie et un ancien
cadre d’entreprise.
Cette complémentarité leur permet d’aborder le chômage sous des angles variés.
D’abord une vision d’ensemble macroéconomique puis microéconomique avec la prise en
compte de contraintes structurelles et conjoncturelles. Mais leur objectif ne se limite pas
à ce type d’analyse. Ils se veulent aussi force de proposition à destination de tous ceux qui
devraient se sentir concernés par ce f éau, à savoir les politiques, les syndicats, les chefs
d’entreprise et aussi les demandeurs d’emploi. CHÔMAGELes chiffres du chômage montrent que nous ne sommes pas tous égaux devant ce
mal français : les jeunes de moins de 25 ans, les actifs sans formation et les seniors sont les
plus touchés. Même en cas de réel redémarrage de l’économie dans les années à venir, ces LA COURBE QUI NE
catégories seront peu impactées et le taux de chômage ne baissera pas considérablement
si les mêmes remèdes ou recettes continuent à être invariablement appliqués. VOULAIT PAS S’INVERSER !Il est donc grandement temps d’imaginer des solutions différentes si l’on veut
vraiment « inverser la courbe du chômage » !
Certaines propositions apparaîtront peut-être comme iconoclastes et les
recommandations peuvent surprendre. Mais les auteurs souhaitent bousculer les
idées reçues, remettre en cause le prêt-à-penser en la matière et rester réalistes et
pragmatiques, avec une seule obsession : contribuer à inverser cette « maudite courbe »,
tout particulièrement pour que les exclus du monde du travail parviennent en fn à s’ y insérer.
Jean-François de la Marandais est consultant entreprise et
formateur, ancien chef d’entreprise. Diplôm de Dauphine, il est
titulaire d’un DEA de Sciences économiques.
Questions contemporaines
Martine Peyrard-Moulard est docteur en Sciences économiques,
enseigpgnant-chercheur et responsable du déppartement « Environnement
des affaires » à l’EBS-Paris (École de Management). Son dernier
ouvrage trg aitait de la dette de la France et elle publie également des
articles de recherche en Économie de la santé.
ISBN : 978-2-343-08208-0
24,50 €
?
Jean-François de la Marandais
CHÔMAGE - LA COURBE QUI NE VOULAIT PAS S’INVERSER !
Martine Peyrard-Moulard


Chômage
La courbe qui ne voulait pas
s'inverser ! Questions contemporaines
Collection dirigée par B. Péquignot, D. Rolland
et Jean-Paul Chagnollaud

Chômage, exclusion, globalisation… Jamais les « questions
contemporaines » n’ont été aussi nombreuses et aussi complexes à
appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines »
est d’offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux,
chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement,
exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion
collective.


Dernières parutions

Michel ADAM, Jean Monnet, Citoyen du monde, Une pensée
pour aujourd’hui, Seconde édition, 2016.
Emmanuel NKUNZUMWAMI, La France inquiète face à son
avenir, Des élections européennes de mai 2014 à l’élection
présidentielle de mai 2017, 2016.
Nasser BACCOUCHE, Le regard de l’étranger : altérité,
minorités et devenir révolutionnaire, 2016.
Bernard CROZEL, Y a-t-il une nation pour sauver l’Etat ?,
2016.
Julien GARGANI, Crises environnementales et crises
socioéconomiques, 2016.
Pierre DE SENARCLENS, Les illusions meurtrières,
Ethnonationalisme et fondamentalisme religieux, 2016.
Annie COLL, Pour en finir avec le loup libéral
Louise FINES, Les crimes environnementaux et l’innocence
persécutrice, 2016.
Jean BRILMAN, La démocratie étouffée par l’État.
L’étatisme, idéologie dominante en France, 2015.
Roland GUILLON, Pour une autre globalisation. Essai de
géopolitique des rapports sociaux, 2015.
Jeean-Françoois DE LA MMARANDAAIS
Martine PEYRARD-MOULARD



Chômage

La courbe qui ne voulait pas
s'i inverseer !






































© L’Harmattan, 2016
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-08208-0
EAN : 9782343082080
Ouvrages de Martine Peyrard-Moulard

L'État et sa dette, une fatalité? Ellipses, 2013
Introduction aux grands débats économiques et sociaux,
Collection Transversale, Ellipses, 2004
Les paiements internationaux, Ellipses, 1996
7


Le chômage, un mal français


Personne ne peut en France rester insensible à la
question du chômage et à ses ravages économiques et
sociaux, sauf peut-être ceux qui sont absolument certains
de ne jamais être touchés par ce mal profond en raison de
la sécurité de l’emploi dont ils peuvent bénéficier à vie.
Car tous les français ne sont pas égaux devant le risque de
chômage. En cela, le pays subit un véritable
bouleversement, source d’inégalités et de désinsertion, voire même
de désaffiliation.
Le patient France souffre d’une "chômagite" aigue.
Nombreux sont les "médecins" qui se sont penchés à son
chevet, une kyrielle de diagnostics ont été posés, mais le
patient souffre toujours. Ces médecins font souvent penser
à Molière. Tous ces Diafoirus des temps modernes
convaincus que le malade peut guérir à coup
d’incantations et de phrases creuses ou bien de mesures
miracles réductrices. Mais les causes du chômage en
France sont multiples, le pays endure plusieurs maux dont
les effets se cumulent. L’économie française change, la
France se modernise, se post-industrialise et cela ne peut
pas ne pas avoir d’impacts sur la nature et la structure des
emplois.
Toutefois le chômage n’est pas une fatalité.
9 De nombreux ouvrages ont déjà analysé les ravages de
situations de non-emploi ou de sous-emploi. Tous ceux
qui se trouvent privés de travail alternent le plus souvent
entre deux extrêmes : une agressivité envers le monde
économique qui ne veut pas faire appel à leurs
compétences et un profond abattement, proche de la
dépression, qui entraîne parfois une perte profonde de
confiance en soi ainsi qu’une démotivation à rechercher
activement et efficacement un emploi.

Cette situation intolérable ne peut pas durer éternellement.
Nous avons tous rencontré autour de nous des personnes
qualifiées et motivées mais moralement détruites de ne pas
avoir retrouvé une place dans la société. Le travail a en effet
pour rôle non seulement d’être la principale source de revenu
pour la majorité de la population, mais aussi de créer du lien
social, de la sociabilité et de la cohésion sociale. Le travail
procure un statut et une position dans la société et il constitue
un moyen d’intégration fort. En France, le salariat concerne
plus de 90% de la population active et lui confère de
nombreux droits directs et indirects garantissant ainsi une
"protection sociale". Perdre son emploi est donc non
seulement une cause majeure de pauvreté mais aussi une des
principales causes de perte du lien social et de l’estime de
soi.

Il s’agit pour nous de contribuer à la réflexion globale
sur ce problème en l’abordant sous un angle davantage
pragmatique et non moral ou politicien. Notre objectif est
foncièrement économique, car l’essentiel des solutions se
situe à ce niveau, mais nous avons pour ambition de
10 mettre en exergue certaines causes du chômage qui ne
nous semblent pas suffisamment exposées, et de proposer
des solutions beaucoup plus concrètes. La critique pour la
critique n’est pas notre parti-pris.

Avant d’aller plus loin, il convient de préciser le cadre
économique dans lequel s’inscrivent nos propositions.
Nous considérons que l’équilibre de notre système
socioéconomique repose sur trois axiomes :
- la compétition, à armes égales, est un aiguillon
nécessaire afin que chacun puisse donner le
meilleur de soi-même,
- l’initiative privée est plus efficace que l’initiative
publique pour créer de la richesse,
- l’initiative privée doit être encouragée quand elle
va dans le sens de l’intérêt général et du bien-être
social.

Pour rester harmonieuse et humaine, une compétition,
qu’elle soit économique ou sportive, doit être ordonnée et
chacun doit rester dans sa partition.
Le libéralisme a pour ambition de promouvoir la
compétition pour qu’elle génère de la richesse qui
apportera la prospérité au plus grand nombre.
Mais toute compétition, pour rester humaine et
équilibrée, a besoin d’être "organisée". La compétition
économique répond aux mêmes règles que la compétition
sportive :
- une fédération qui édicte les règles du jeu qui
devront s’imposer à tous : ce sera le rôle du
politique,
11 - des permanents et des arbitres qui veillent à
l’application et au respect de ces règles : ce sera le
rôle des fonctionnaires et des juges,
- des athlètes qui s’affrontent dans un cadre précis et
limité : ce sera l’ambition des entrepreneurs.

Le libéral admet que le politique, au sens noble du
terme, tempère les excès de la loi pure et dure du marché
pour transmettre aux générations futures une société plus
organisée et plus juste, et pour le bien du plus grand
nombre.
Car le marché a besoin d’un cadre pour bien
fonctionner et ce cadre est conditionné par les fonctions
régaliennes assurées par l’État : une armée est essentielle
pour défendre le territoire, ainsi qu’une police pour
maintenir l’ordre. De même, un cadre juridique est
nécessaire pour la bonne réalisation des contrats et des
échanges entre les offreurs et les demandeurs et pour faire
respecter la propriété.
Les opérations économiques de production, de
financement, de consommation et d’échanges ont besoin
de ce cadre, elles aussi, afin que l’anarchie et la loi du plus
fort n’entravent pas le bon déroulement des activités
économiques et financières.
Pour les libéraux, le marché est considéré comme le
meilleur des systèmes. Il permet le mieux d’atteindre le
bien-être social pour le plus grand nombre puisqu’il assure
la meilleure des allocations de ressources, que ce soit en
travail, en biens, ou en capitaux, même si bien sûr, la
répartition des richesses qui en résulte est forcément
12 inégalitaire puisqu’elle dépend de la contribution
productive de chacun à leur création.
Il parait évident que la réalisation de profit est le
moyen le plus efficace pour assurer le financement de
cette ambition, mais ce n’est pas l’objectif prioritaire. La
loi du marché nécessite en effet l’obtention d’un profit
immédiat, mais le libéralisme assure une vision à plus long
terme. Il est fréquent de lire çà et là que la pression
quotidienne des marchés boursiers sur les entrepreneurs
les contraint à raisonner dans l’immédiateté sans pouvoir
s’imposer des stratégies à plus long terme. Beaucoup
d’entrepreneurs en France, et ce sont les plus nombreux
(99,8% des entreprises sont des petites et moyennes
entreprises, qui assurent l’essentiel de l'emploi) doivent
avant tout assurer la pérennité de leur entreprise, donc
visent nécessairement le long terme.
Toutefois, une grande différence s’observe entre d’une
part, la recherche du profit, indispensable au financement
du développement de l’entreprise et à la rémunération de
tous les apporteurs de capitaux - eux-mêmes sont
incontournables pour rendre possible la création de
richesses économiques - et d’autre part, la seule
maximisation du profit, alors hautement contestable s’il
s’agit là d’une fin unique. Ce dernier objectif risque même
de polluer l’ensemble des relations économiques et
sociales au cours des échanges. Tout risque alors de se
concentrer autour de cette quête par nature toujours
insatisfaite et qui génère des comportements égoïstes et
souvent "inhumains". C’est la folie de l’hybris des Grecs
Anciens, la démesure d’une cupidité et d’un orgueil sans
limites, le mépris des autres et l’arrogance. On connaît des
13 entrepreneurs que rien n’arrête dans leur recherche
effrénée du profit maximum. Ils peuvent même aller
jusqu’à mettre en péril la santé de leur entreprise en
prenant trop de risques, mais aussi celle de leurs créanciers
et de leur personnel. Comme si l’automobiliste, pour aller
de Paris à Marseille, au lieu d’adopter une vitesse
raisonnable et sûre et de respecter le code de la route,
décidait de mettre le moins de temps possible, quel qu’en
soit le prix. Dans un cas, toutes les chances sont réunies
afin d’arriver à bon port, en bonne santé et reposé, avec
des passagers satisfaits des conditions confortables et
sûres de leur transport. En revanche, dans l’autre cas, aller
toujours plus vite met en péril la santé et la vie de tous,
celles des passagers et aussi celles des autres
automobilistes, croisés ou dépassés lors du voyage. De
plus, le trajet aura été bien stressant et harassant.
La vie de l’entreprise est davantage une longue course
de fond or on ne peut pas sprinter toute sa vie. Il y aura
toujours des chefs d’entreprise qui veulent aller, soit trop
loin, soit trop vite. Ce faisant, ils encouragent, voire
contraignent leurs concurrents à faire de même. C’est la
raison pour laquelle des règles sont nécessaires pour faire
respecter le jeu économique et intervenir en cas de dérive.
Un bon arbitre est celui que l’on voit intervenir le moins
possible pendant la partie. C’est le signe qu’il maîtrise les
compétiteurs. Il devrait en être de même pour les pouvoirs
publics. Leurs interventions devraient être les plus rares
possibles mais sans jamais se dérober.
Une compétition doit aussi s’exercer à armes égales
et être loyale. La très grande disparité des prélèvements
obligatoires entre les différents pays concurrents en
14 Europe est la preuve du contraire. Les prélèvements
sociaux et fiscaux s’étirent de moins de 30% du PIB en
Irlande ou en Roumanie à plus de 50% en France. Cette
concurrence fiscale crée une distorsion préjudiciable aux
entreprises françaises. Il est donc indispensable pour la
compétitivité et l’attractivité de la France et pour le
devenir de l’Europe de ramener les taux de prélèvements
sociaux et fiscaux à un niveau comparable à celui de nos
concurrents "compétiteurs".
Néanmoins si le niveau des prélèvements sociaux et
fiscaux était la seule raison du décrochage actuel de notre
économie, comment pourrait-on expliquer que certaines
entreprises françaises restent des leaders dans leur
domaine ? Il ne s’agit pas toujours de grands groupes
comme LVMH ou Essilor, qui parviennent à se maintenir
en se mondialisant, mais aussi de PME, pour beaucoup
moins connues, comme Repetto, TSF, Chanopost, GTT,
Ermo, BI-SAM, La Ballina frères, Sepro robotique,
Novasep, Parot ou bien d’autres. Toutes sont devenues des
leaders dans leur secteur d’activité et toutes exportent
ou/et innovent. Le poids des prélèvements obligatoires
n’est donc pas le seul déterminant dans la compétition
mondiale, d’autres facteurs sont tout aussi décisifs.
L’enjeu sociétal est lui aussi très conséquent car le
bien-être de la population en dépend largement. La
création de richesses par les entreprises, c’est-à-dire la
croissance économique, est absolument nécessaire
puisqu’elle fournit notamment les moyens de financer les
dépenses sociales. Mais il serait bénéfique pour notre pays
que le plus grand nombre puisse participer à cette création
de richesses, et il est malsain que quelques-uns seulement
15 s’accaparent la plus grande part du gâteau. "Quand les
petits vont bien les grands sont prospères mais l’inverse
n’est pas forcément vrai" dit l’adage populaire. Ceux qui
supervisent la compétition doivent s’assurer que les plus
"forts" n’abusent pas de leur position dominante pour
écraser les plus "petits", situation malheureusement
prégnante dans beaucoup de secteurs d’activité, comme
par exemples, la grande distribution, ou chez les gros
donneurs d’ordres. Il serait pertinent que les pouvoirs
publics constatent "officiellement" qu’un secteur a ainsi
basculé dans une situation oligopolistique. Des procédures
de sauvegarde pourraient être mises en place dans un
cadre tripartite, entre l’État, les grands donneurs d’ordre et
les représentants des PME afin qu’un code de bonne
conduite soit mis en œuvre. Et un tiers indépendant
pourrait être désigné pour veiller au bon équilibre des
forces. Il existe bien au niveau de l’Union Européenne une
politique de la concurrence afin de faire respecter une
"concurrence libre et non faussée".
Malheureusement, elle ne semble pas d’une grande
efficacité.

Le libéralisme, c’est donc le juste équilibre entre la
dureté des lois du marché dans le système capitaliste et
l’utopie socialiste d’une société idéale.
Le rôle de la classe politique, garante de l’intérêt
général et de l’existence de fondamentaux
macroéconomiques sains, comme la croissance, l’emploi
et la stabilité des prix, peut, si elle en a profondément
l’ambition et le charisme, influer sur l’histoire de son
pays. D’un point de vue historique, les dirigeants
16 politiques n’ont pas toujours été mus par le même moteur :
Louis XIV s’était tellement identifié à la France qu’il la
gouvernait à seule fin de gloire personnelle; Napoléon ou
Charles de Gaulle ont toujours eu comme ambition
première la grandeur de la France, et Georges Pompidou
souhaitait améliorer les conditions de vie des français.
Mais il semble bien désormais que le dessein de nos
hommes politiques soit surtout devenu la conquête et la
conservation du pouvoir. De fait, la fracture semble de
plus en plus grande entre l’élite politique et le peuple.
Selon un sondage CEVIPOF réalisé en 2014, pour 88%
des Français, les femmes et les hommes politiques ne se
préoccupent pas de ce que pensent les gens comme eux et
8% seulement font confiance aux partis politiques. De
même pour 74% d’entre eux, les médias sont coupés de la
réalité, et 78% estiment que la démocratie fonctionne mal
en France.
En revanche, les anglo-saxons considèrent que
l’enrichissement individuel est l’objectif ultime, à
condition que chacun puisse y parvenir en fonction de son
travail et de ses capacités. Toute la réglementation est
donc tournée vers cet objectif, affirmant presque
ouvertement que celui qui est dans la difficulté n’a sans
doute pas fait tout ce qu’il fallait pour éviter cet écueil. Le
fondement de cette analyse dite "individualiste" repose sur
l’action et la responsabilité individuelles. Elle accorde
alors la précellence au jeu des individus et à leur
1conscience .


1 Raymond Boudon, sociologue 1934-2013, théoricien de
l’individualisme méthodologique.
17 Au travers de sa classe politique, un pays a besoin d’un
objectif, d’une vision qui lui serve de guide et une sorte de
principe suprême vers lequel vont converger toutes les
réflexions et qui va conditionner l’ensemble des décisions.
C’est l’absence d’un tel objectif qui éloigne les français de
la classe politique car ils ne parviennent plus à
comprendre la logique qui l’anime, l’enthousiasme qui la
fait avancer, la cause supérieure qui la transcende.
D’autant plus si cela ne correspond plus aux valeurs et aux
préoccupations de la population.
On pourrait imaginer qu’à ce jour et dans le contexte de
chômage de masse qui est le nôtre, "permettre à tous ceux
qui veulent travailler de le faire" serait un slogan riche de
sens.

Toutefois, dans l’analyse économique, un principe
demeure incontournable voire incontestable, quelle que
soit son obédience politique.
Pour vivre de façon équilibrée, un pays a besoin de
richesses complémentaires :
- des emplois pour permettre de travailler à ceux qui
le désirent,
- de la richesse économique pour financer le
bienêtre social du pays,
- et des devises pour financer les échanges
internationaux.

Le chômage de masse est un grave dysfonctionnement
de notre système économique et les enjeux sont aussi bien
économiques que sociaux. Il convient de bien en cerner les
logiques afin d'être en mesure d'avancer la bonne thérapie.
18 L'évidence est de redonner sa place à la croissance
économique et notamment au travail qui est la source de
toute richesse économique.
La France est depuis si longtemps "malade" du
chômage qu'elle semble tétanisée par l'ampleur des efforts
à réaliser pour le vaincre et surtout frileuse face aux
réformes structurelles pourtant nécessaires. On peut même
parler d'une "préférence" pour le chômage si l'on en juge
par l'acceptation, plus ou moins avouée, d'un taux de
chômage de plus de 10% de la population active (plus de
3,5 millions de personnes), de plus de 6 millions de
demandeurs d’emploi, toutes catégories confondues, de
25% de chômage chez les jeunes et d'un taux de pauvreté
de 14% dans un pays où l'État-providence prélève pourtant
près de la moitié des ressources créées pour les
redistribuer.
La lutte doit s'engager du côté des salariés, du côté
des employeurs et aussi du côté des pouvoirs publics, et
tous doivent désormais faire preuve d'une véritable
volonté de mettre fin à ce scandale qu'est le chômage de
masse, car le plein emploi qui existe chez de nombreux
partenaires montre bien qu'il ne saurait y avoir de fatalité !
19

Le chômage, dysfonctionnement ou
fatalité ?


Le chômage résulte du fait que ceux qui souhaitent
travailler ne trouvent pas d’emploi. Les difficultés peuvent
donc provenir soit de la population active elle-même, et
les solutions seront alors à rechercher du côté de "ceux qui
cherchent à travailler", soit du côté des "entreprises qui
n’embauchent pas suffisamment" et il faut chercher les
raisons de ce déficit de demande de travail.
L’organisation économique de la France repose sur un
système de marché dans lequel ce sont les entreprises
privées qui créent les emplois, même si l’État est, lui
aussi, un employeur important (plus d’un emploi sur cinq).

Quel est le fonctionnement du système économique
français ?
La France est un État-providence fondé sur le
capitalisme et sur le libéralisme.
Le capitalisme est un système économique et social qui
se caractérise par la propriété privée des moyens de
production et d'échange et par la recherche du profit et
l’accumulation des richesses. Il se caractérise aussi par la
21 libre concurrence entre les entreprises et l’égalité des
agents économiques.
Le libéralisme est davantage une philosophie, une
morale qui prône la liberté comme principe politique
suprême avec, par voie de conséquence, la responsabilité
individuelle et la limitation du pouvoir de l’État,
notamment en matière économique. Les intérêts
individuels des agents conduisent à l’intérêt général
2 èmecomme l’a théorisé Adam Smith au 18 siècle avec les
fameux concepts de la "main invisible" et du
"laisserfaire". Adam Smith est considéré comme le père du
libéralisme. Il souhaitait le moins possible de contraintes
dans les échanges économiques ainsi que la liberté
individuelle, car un ordre harmonieux et non planifié
devait naturellement en résulter. C’est le sens de la main
invisible : "chaque individu, en ne pensant qu'à son propre
gain, est conduit par une main invisible à remplir une fin
3qui n'est nullement dans ses intentions ". Et ce sont ces
individus rationnels, conduits par leur "égoïsme", qui en
permanence analysent les avantages et les inconvénients
de chacune de leurs actions pour eux-mêmes, et assurent,
in fine, l’équilibre économique global.
Le système capitaliste n’a donc pas besoin
d’intervention de l’État, si ce n’est pour garantir son bon
fonctionnement. En cela les deux notions sont liées. Le
capitalisme peut exister dans des pays où le "libéralisme
pur" n’existe pas et l’État peut ainsi jouer un rôle
déterminant dans la permanence du système capitaliste par

2 Adam Smith (1723-1790) "Recherches sur la nature et les causes de
la richesse des nations ", 1776.
3 A. Smith, Op.cit.
22 sa politique économique, donc en intervenant dans la
sphère économique, ce qui peut paraître a priori
antinomique avec la volonté libérale. Le système
capitaliste peut ainsi prendre différentes formes en
fonction du "type" d’État.
Michel Albert dans son ouvrage "Capitalisme contre
4Capitalisme" met en évidence deux grands modèles de
capitalisme : le capitalisme rhénan et le capitalisme
anglosaxon.
La supériorité apparente du modèle rhénan (Allemagne,
Suisse…), réside dans la volonté de faire s’accorder
l’économie de marché et le progrès social. Le marché est
reconnu dans sa supériorité économique, les entreprises et
les banques sont aussi étroitement liées, ces dernières sont
très attentives à leur développement à long terme. L’État
est le garant de la cohésion sociale et de l’intérêt de toutes
les parties prenantes, c’est l’ordolibéralisme. La cogestion
dans l’entreprise, par exemple, est un modèle de
gouvernance et de relations sociales fort et est très
intégrateur. L’entreprise est vécue comme une collectivité
où le dialogue social s’affirme et le sentiment
d’appartenance se développe. Le rôle de la formation
professionnelle y est aussi déterminant pour favoriser
l’intégration par le travail. Bien sûr, la mondialisation est
devenue une contrainte bien réelle, notamment au niveau
financier, ce qui peut d’ailleurs remettre en cause certains
des fonctionnements économiques et sociaux de ce
modèle.

4 Michel Albert, Seuil, 1991.
23 Le capitalisme anglo-saxon, en revanche, se caractérise
par une présence moins forte de l’État, et les intérêts des
actionnaires priment sur toute autre considération. Les
entreprises sont poussées à la rentabilité financière en
recherchant l’efficacité et la performance, afin de dégager
le plus de profit possible. Les liens qui unissent les
actionnaires à leur entreprise deviennent essentiellement
"pécuniaires" et cela ne favorise pas la prise de risques
industriels. "Trop faire pour le profit aujourd’hui nuit au
profit de demain", ajoute M. Albert.
Le capitalisme anglo-saxon privilégie le leader, un peu
comme dans un star system. On peut sans hésiter citer le
nom de patrons emblématiques, tels que Bill Gates,
Charles Branson, Warren Buffet ou Mark Zuckerberg, ou
bien encore Steve Jobs. C’est très différent outre-Rhin où
la préoccupation première est de constituer une bonne
équipe, complémentaire et soudée, et d’obtenir le
consensus. Il est d’ailleurs beaucoup moins facile de citer
le nom de quelques grands patrons allemands ou suisses.

En ce qui concerne la France, son modèle est hybride :
le système français repose sur une forme de colbertisme
social avec un État-providence très interventionniste.
L’État a un rôle très actif en vue de combiner le progrès
économique et le progrès social, mais aussi pour pallier les
dysfonctionnements du marché, et tout particulièrement
ceux du marché du travail avec une règlementation
particulièrement contraignante : le code du travail français
compte aujourd’hui 3 400 pages et une centaine est
ajoutée chaque année !
24

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