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Chômeurs et bénévoles

De
243 pages
A première vue, l'association de ces deux termes peut surprendre : chômeurs et bénévoles. Pourquoi, alors qu'ils se trouvent dans une situation délicate, des chômeurs choisissent-ils de consacrer du temps aux autres ? Pourquoi travaillent-ils bénévolement ? Est-ce une alternative au travail salarié ? Leur engagement est-il provisoire ? Que cherchent-ils ? Que trouvent-ils ? Cet ensemble nous ouvre de nombreuses pistes de réflexion sur le chômage, sur la valeur du travail, sur l'employabilité ainsi que sur l'utilité sociale.
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CHÔMEURS ET BÉNÉVOLES

Le bénévolat de chômeurs en milieu associatif en France

Logiques Sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Déjà parus

Denis BOUGET et Serge KARSENTY (sous la dir.), Regards croisés sur le lien social, 2005. Isabelle PAPIEAU, Portraits de femmes du faubourg à la banlieue, 2004. Anne-Marie GREEN (dir.), La fête comme jouissance esthétique, 2004. Dan FERRAND-BECHMANN (sous la dir.), Les bénévoles et leurs associations. Autres réalités, autre sociologie?, 2004. Philippe SP AEY, Violences urbaines et délinquance juvénile à Bruxelles,2004. A. BIRR et N. TANASA W A, Les rapports intergénérationnels en France et au Japon, 2004. Jean WIDMER, Langues nationales et identités collectives, 2004. R. GUILLON, Les classes dirigeantes et l'université dans la mondialisation, 2004. E. BOGALSKA-MARTIN, Victimes du présent, victimes du passé. Vers la sociologie des victimes, 2004. E. LECLERCQ, Trajectoires: la construction des dynamiques sociales. Le cas des techniciens du supérieur, 2004. Simone BAGLIONI, Société civile et capital social en Suisse, 2004.

Marie-Françoise

LOUBET -GROSJEAN

CHÔMEURS ET BÉNÉVOLES
Le bénévolat de chômeurs en milieu associatif en France

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRŒ

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALŒ

@ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-7912-3 EAN : 9782747579124

Merci à tous les bénévoles qui traversaient une période de chômage en 1999 et qui m'ont témoigné leur confiance en me livrant leur expérience. Merci à toutes les personnes qui m'ont accordé leur temps et m'ont encouragé dans ma recherche. Un merci tout particulier à Claude, Cristina, Eric, Hasnae, Isabelle, Sophie, et Sylvie. Merci à' Claude Giraud, Yves le Pecq et Florence Spitz-Emotte pour m'avoir encouragée à entreprendre la thèse dont ce livre est un condensé. Merci à mon directeur de thèse Claude Giraud pour sa confiance, sa disponibilité et sa chaleureuse cordialité. Enfm, un grand merci à Jean-Claude.

A Marie-Claude

Introduction Chapitre 1

11 17 17 17 17 20 25

BENEVOLAT ET BENEVOLE
1. Le bénévolat associatif en France 1.1 Du bénévolat 1.2 Du bénévolat en milieu associatif 1.3 Bénévolat associatif, Etat et économie 2. Le bénévole 2.1 Faut-il parler de bénévole ou de volontaire? 2.2 Profil type du bénévole CONCLUSION Œ~~2 BENEVOLAT ET UTILITE SOCIALE 2. Les variables sociologiques, une piste? 3. Les raisons d'agir CONCLUSION Chapitre 3 BENEVOLAT ET ENGAGEMENT 1. Le niveau d'investissement 2. Les relations avec l'association 3. Les relations avec les autres bénévoles 4. Esquisse de leur engagement 5. Participation et appartenance 6. Ce qu'ils retirent de leur engagement CONCLUSION

_

30 30 33 40 ~ 43 49 53 65 69 69 69 73 78 81 84 88 96

1. Le chômage, une explication à leur engagement? _ 43

Chapitre 4

109 109 109

BENEVOLAT ET TRA VAIL
1. Du travail maudit au travail souverain

2. Les manques en rapport avec la perte du travail_ 116 3. Le bénévolat et les manques liés à la perte du travail 123

4. Le bénévolat, un palliatif? CONCLUSION
Chapitre 5

131 149 155 155 155 158 160 161 166 168 183 219 227 231 233 235 237

BENEVOLAT ET EMPLOYABILITÉ
1. Le mieux-être 2. Le mieux-faire 3. Le lien social 4. Sur la trace des Canadiens 5. Le bénévolat, un tremplin pour l'emploi? CONCLUSION SYNTHESE DE L'ENQUÊTE BIBLIOGRAPHIE Méthodologie Annexe 1 Annexe 2 Annexe 3 Annexe 4

10

Introduction
Pourquoi des chômeurs s'engagent-ils dans le bénévolat associatif, un univers historiquement rattaché à la notion de «production de solidarité» - eux qui en ont besoin et en bénéficient actuellement - et à celle d' « esprit de charité» - eux qui à ce moment de leur parcours social ont maintes raisons de ne penser qu'à eux-mêmes - ? Ce sujet est plaisant à plus d'un titre. Pour le paradoxe apparent et légèrement provocant généré par le collage des concepts de chômeur et de bénévole, la juxtaposition dans une même locution des concepts de bénévolat associatif et de chômage étant à elle seule une interpellation suffisante: « pourquoi un chômeur pratiquerait-il le bénévolat associatif? ». Le paradoxe tient à ce qu'on se représente souvent la période du chômage comme un moment d'inaction forcée qui ne saurait être favorable au développement de la pratique du bénévolat associatif. L'incertitude de l'avenir n'incite pas particulièrement à s'investir dans une activité non rémunérée. Le chômage, suscitant un sentiment d'exclusion sociale, incite au repli sur soi et paraît peu propice au développement d'activités bénévoles tournées vers les autres. Enfm, la recherche d'un nouvel emploi ne laisse que peu ou pas de temps pour une activité a priori très secondaire. La «provocation» tient moins au paradoxe lui-même qu'à l'idée qu'il doit bien exister une explication rationnelle au fait de voir se produire l'improbable à un tel moment, et que cet engagement doit nécessairement avoir un sens, une fonction. Ce paradoxe aiguise la curiosité du sociologue, car si l'univers du chômeur et celui du bénévole sont relativement bien connus, que sait-on de leur intersection en la personne du chômeur-bénévole? Cette intersection, marquée orthographiquement par un simple trait d'union, ne saurait pour le sociologue se résoudre à cette simple juxtaposition car, pour lui cette rencontre n'est certainement pas neutre ni fortuite. A priori, le sujet se présente en temps opportun du fait de la concomitance de trois phénomènes au cours de cette décennie: un chômage massif et persistant, un essor du bénévolat associatif et une évolution significative de la législation. Depuis la fm des années soixante-dix, la montée du chômage est un fait incontestable. De nos jours, les statistiques établissent que le chômage concerne une proportion toujours importante de la population. Et même si la lutte entreprise par les différents gouvernements s'est traduite par d'appréciables résultats, beaucoup (sociologues, hommes politiques, dirigeants d'entreprise) pensent qu'à l'avenir les périodes de non-travail dans la vie d'un salarié seront probablement difficilement évitables. Certains sociologues considèrent même qu'il serait souhaitable d'anticiper le processus en préparant la population à l'idée qu'elle aura à vivre des périodes sans travail professionnel, et d'autres encore se plaisent

à imaginer ou à concevoir un «autre rapport au travail» quand ils ne pronostiquent pas hardiment une fm du travail. Dans cette perspective générale d'un chômage endémique et chronique, l'approche du phénomène «chômage» sous un angle contemporain nouveau mettant l'accent sur l'activité, et initié par divers travaux, dont en particulier ceux de S. Schehr1, ne manquait pas d'intérêt. La fm des années quatre-vingt marque également un essor significatif de la pratique du bénévolat formel2 organisé. Le développement de cette pratique s'est opéré parallèlement à un mouvement de cessation d'activité professionnelle de plus en plus précoce (qu'elle soit voulue ou subie) qui a favorisé l'apparition de «nouveaux inactifs », en l'occurrence les préretraités qui sont venus rejoindre l'effectif des retraités et chômeurs. Diverses études convergentes montrent que les préretraités et retraités ont été et sont encore pour beaucoup dans l'essor du bénévolat associatif. L'augmentation du nombre de chômeurs pratiquant le bénévolat est en revanche plus récente et nettement moins étudiée. Par conséquent, l'examen de la pratique du bénévolat associatif par des chômeurs pouvait être l'occasion d'en apprendre davantage sur cette pratique sociale et ceux-là mêmes qui l'ont adoptée. Enfin, la fin des années quatre-vingt-dix est marquée par une évolution notoire de la législation française qui autorise les chômeurs à pratiquer le bénévolat associatif sans qu'ils risquent une perte d'indemnités comme c'était le cas auparavant. Cette évolution favorable constitue une véritable reconnaissance officielle de l'intérêt que cette pratique revêt pour le chômeur, ce qu'une circulaire de l' ANPE avait déjà admis depuis 1994 : «Les activités bénévoles exercées au sein d'une association ou d'un organisme à but non lucratif sont d'un intérêt certain pour le demandeur d'emploi dans sa recherche d'insertion ou de réinsertion professionnelle» en ajoutant néanmoins les réserves suivantes: «l'activité du bénévole ne doit pas se substituer à celle d'un salarié» et « le bénévole dans cette situation doit rester disponible pour une recherche active d'emploi ». Quatre ans plus tard, en 1998, la loi d'orientation relative à la lutte contre les exclusions3 inscrit officiellement dans le Code du Travail cette évolution de la position du législateur par rapport à ce problème. L'article L. 351-17-1 du Code du Travail prévoit que désormais un demandeur d'emploi peut exercer une activité bénévole sans que cela porte préjudice au paiement de ses indemnités s'il respecte trois règles. Les deux premières sont identiques à celles énoncées par l'ANPE, la troisième stipule que « l'activité ne peut pas être exercée dans une association au sein de laquelle il a été salarié. ». La pratique du
1 S. Schehr, La vie quotidienne des jeunes chômeurs, Paris, PUF, 1999. 2 par opposition au bénévolat infonnel constitué par les relations de type familial interpersonnel comme la relation conviviale entre amis ou l'échange entre voisins. 3 Loi n° 98-657 du 29 juillet 1998.

ou

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bénévolat associatif voit sa législation s'assouplir au point qu'elle devient susceptible d'en favoriser la promotion. Tenter de savoir ce qui est en jeu dans la démarche qui pousse un chômeur à s'engager dans la pratique du bénévolat associatif, puis déterminer si cette pratique est opérante et en quoi, telles sont donc [malement les questions auxquelles répondra notre problématique en partant d'une double approche du chômage. La première envisage les effets de la perte de travail (qui dépendent de facteurs individuels et de la valeur travail à l'époque considérée), et admet entre autres considérations, que l'emploi recèle une fonction d'inclusion; que le travail permet l'obtention d'un revenu, d'une insertion dans la société notamment par la participation à un collectif de travail et d'une identité par la mise en relation sociale constructive/participative et enfm que le travail salarié permet une reconnaissance sociale par le constat de la contribution de l'individu à la société. Tout cela au point que pour de nombreux sociologues la privation d'emploi peut agir comme un processus d'exclusion et que l'on en vient naturellement à se demander s'il n'y aurait pas dans cette démarche qui associe le chômage au bénévolat la recherche d'un substitut ou d'une alternative au travail. La seconde considère la démarche d'adaptation qu'est le chômage (en tant que situation qu'a libérée la perte d'emploi). A partir de cette double approche et au terme de l'exploitation d'un questionnaire hypothético-déductif, que nous avons pu formuler les hypothèses suivantes: dans le contexte particulier du chômage, 1) le bénévolat associatif est une pratique sociale semblable à celle du travail et peut opérer comme un substitut ou une alternative au travail pour en assumer certaines fonctions latentes; 2) l'engagement du chômeur dans le bénévolat associatif est une tentative réussie de recomposition dynamique de l'intégrité de l'individu, au moyen d'un parcours de socialité dans un cadre légitimé, et pouvant de surcroît améliorer son employabilité. Pour observer, analyser l'engagement de ces chômeurs-bénévoles dans la pratique du bénévolat associatif, nous avons mis à contribution les sociologies de l'action et donc adopté un positionnement sociologique particulier, fondé sur le paradigme qui, pour reprendre M. Weber, prétend comprendre par interprétation l'activité sociale et par là expliquer causalement son déroulement et ses effets en plaçant les acteurs, l'action des individus agissants au centre de l'analyse, car comme le précise Claude Giraud4 « ce paradigme fait de l'individu le point de passage et la base de l'intelligibilité du social ». La sociologie de l'action prend donc le parti de proposer une explication des faits sociologiques comme étant le résultat d'actions produites par des individus en réponse à une situation
4

C. Giraud, Concepts d'une sociologie de l'action. Introduction
1994.

raisonnée, Paris,

L'Hannattan,

13

donnée; autrement dit elle concentre l'intérêt de ses recherches sur les décisions individuelles des acteurs. Interprétative, cette approche nécessite une attitude compréhensive et impose à l'observateur de se placer du point de vue de l'acteur pour saisir le sens subjectif que ce dernier donne à son action. C'est une approche qui intègre une rationalité de l'acteur, laquelle est située en ce sens que les individus adoptent des stratégies en fonction de l'environnement économique, institutionnel, historique, etc. mais qu'en aucun cas, cet environnement ne peut déterminer à lui seul une action qui reste la conséquence d'un choix individuel. Faisant abstraction de l'environnement, R. Boudon accorde au concept de rationalité un sens beaucoup plus large que celui que lui confère M. Weber et estime qu'une action est rationnelle pour peu qu'elle soit orientée par un intérêt, une valeur ou même la tradition; et donc que l'action d'un individu est rationnelle, si celui-ci «a de bonnes raisons d'agir ». Mais, les motifs de comportements ou la rationalité du sujet sont étroitement liés à la situation et/ou au parcours social de l'acteur et «ce sont donc les variables contextuelles ou situationnelles qui sont, in fme, explicatives du comportement [...] ; aussi« par rationalité de l'acteur, faut-il entendre, à la suite de M Weber, les raisons que les individus ont de se comporter comme ils le font. En d'autres termes, si ce sont les actes qui intéressent les sociologies de l'acteur, encore faut-il en saisir la portée et la conséquence dans un va-et-vient entre la rationalité de l'acteur et les situations dans lesquelles ils prennent forme» [ ...] car « les motifs de comportements, ou la rationalité du sujet, seront en conséquence étroitement liés à la situation et/ou au parcours social de l'acteur» (C. Giraud). Par ailleurs, un acteur n'étant jamais seul, il faut également comprendre comment les individus agissants adaptent leur action à celles des autres et « c'est la position qu'ils occupent dans les différents systèmes d'interaction dans lesquels ils sont inscrits (famille, institution publique, système marchand), les valeurs et les façons d'être et de penser (normes) qui sont les leurs, qui orienteront leurs choix ». (C. Giraud). Plusieurs modèles d'intelligibilité du social se fondent sur le paradigme de l'action. Celui développé par C. Giraud - l'action commune - tiendra une place particulière dans cet ouvrage car il est à la fois novateur et fortement contributif aux observations et analyses menées dans cette étude: «Le modèle de l'action commune se présente comme une ébauche cognitive reposant sur l'identification de pratiques nouvelles d'action [...] il correspond à des pratiques sociales reposant sur une nouvelle articulation existant entre la vie au travail et la vie hors travail» . (C. Giraud5).

5 C. Giraud, L'action commune: L'Harmattan, 1993.

essai sur les dynamiques organisationnelles, Paris,

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Ce travail s'appuie sur une enquête empirique menée pendant un an et demi et dont la méthodologie, l'intérêt et les limites sont exposés en fin d'ouvrage. L'enquête associe l'exploitation d'un questionnaire et du matériau obtenu lors d'entretiens semi-directifs. Ces deux instruments d'analyse et les éléments de bibliographie ont servi de base à notre réflexion sociologique, qui du point de vue de l'exposé est organisée comme suit: un premier chapitre précisera le contexte de l'étude de manière relativement synthétique avant de caractériser le profil type du chômeur-bénévole de cette enquête. Un second chapitre détaillera ce que ces chômeurs attendent a priori de la pratique du bénévolat associatif. Le troisième chapitre évoquera les premiers pas de leur engagement, ce qu'ils trouvent en situation d'interaction afin de caractériser, au plan sociologique, ce type d'engagement. Le quatrième chapitre analysera les rapports que le bénévolat associatif entretient avec le travail salarié tandis que le dernier chapitre procédera à l'inventaire des fruits qu'ils retirent de cette pratique constitutifs d'un gain en,employabilité. En fm d'ouvrage, tous les enseignements tirés de cette enquête sont repris dans un enchaînement légèrement différent opérant ainsi une synthèse permettant de comparer notre vision empirique à celles plus théoriques de différents sociologues. Car l'ambition de ce travail, focalisé sur la pratique du bénévolat associatif par des chômeurs, est d'être considéré comme un travail de « sociologie empirique». Venant répondre à une interrogation personnelle, il ne cherche nullement par ses conclusions à s'immiscer dans quelque réflexion sociologique fondamentale, mais n'a pas souhaité non plus esquiver l'évocation d'un certain nombre de grands débats sociologiques contemporains. Nous souhaitons que cela ne soit pas le moindre de ses intérêts.

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Chapitre BENEVOLAT

1

ET BENEVOLE

Ce chapitre a pour intention, tout d'abord, de situer le bénévolat associatif dans sa dimension historique, de le caractériser quantitativement et qualitativement avant d'exposer les rapports qu'il entretient avec la dimension publique et économique. Dans la seconde partie, nous tenterons une clarification concernant un problème de terminologie avant d'esquisser un profil type du bénévole français et du chômeur-bénévole de cette enquête.

1. Le bénévolat

associatif en France

1.1 Du bénévolat Nous commencerons par situer le bénévolat associatif dans sa dimension historique. Les racines étymologiques du mot «bénévolat» : « bene» et «volle» : (une volonté bonne) contiennent les deux idées majeures auxquelles renvoie ce terme, la bienveillance de l'action dirigée vers un bénéficiaire et associée étroitement à la volonté au sens originel, c'est-à-dire le fait d'agir librement. La notion de liberté dans l'échange, d'initiative dans la relation est fondamentale car le bénévolat n'est pas un simple rapport de bienveillance. Sur cette base et au fil du temps, les dérives sémantiques ont été trop fortes pour que l'on puisse à partir de simples défmitions cerner la notion de bénévolat, car si dans l'Encyclopédie de Diderot, le mot «Benevol» renvoie au gîte donné par charité aux moines vagabonds: « adj, (terme de droit ecclésiastique) est un acte par lequel un supérieur octroie une place monacale, dans sa maison, à un autre religieux d'un autre ordre, qui est dans le dessein de la faire transférer dans le sien », dans le dictionnaire Le petit Larousse, le nom commun désigne « qui fait quelque chose sans être rémunéré, sans y être tenu» et l'adjectif s'applique à « ce qui estfait sans obligation, à titre gracieux». Une autre approche est nécessaire, sociologique et historique. Et concernant non pas le mot mais le concept de bénévolat, la succincte évocation historique qui suit (D. Ferrand-Bechmann6), nous montrera que le sens conféré au bénévolat actuel procède de la fusion de deux valeurs fort différentes et pourtant historiquement rattachées à celui-ci, l'altruisme et la solidarité: «Les racines du bénévolat plongent très loin dans l'histoire et dans des périodes où se disaient et se lisaient plus clairement
6 D. Ferrand-Bechmann, Le phénomène Sciences Humaines, IEP, Paris, 1991 bénévole, Thèse de Doctorat d'Etat en Sociologie et

les motifs de l'altruisme et de la solidarité: des motifs mieux acceptés ». Selon cet auteur, le bénévolat tel qu'il existe de nos jours combine véritablement trois des principales formes distinctes qu'il a pu prendre au cours des temps, la forme «charitable» (la plus ancienne) «qui prend l'aspect du bénévolat des œuvres des églises» une forme d'entraide solidaire et militante «le bénévolat dans la classe ouvrière qui n'avait aucun système d'assurance et de protection sociale» et une forme guerrière, disons engagée, «partir comme «volontaire ». (Dan FerrandBechmann). La forme charitable du bénévolat se situe surtout avant le XIXO siècle, et serait liée à des pratiques en rapport à la religion chrétienne, ou plutôt à des interprétations de celle-ci. Parmi elles et au Moyen Age, il était enseigné qu'il fallait aider les pauvres pour gagner le Ciel. Pratiquer l'esprit de charité était un moyen de racheter ses péchés et c'est ainsi que les pauvres en vinrent, si l'on peut dire, à assurer le salut de riches donateurs: «Faire l'aumône augmentait les chances du donneur dans l'autre monde avant d'accroître celle du receveur dans celui-ci. » (Dan Ferrand-Bechmann). Cette pratique de la charité est sociologiquement porteuse de l'idée qu'une classe se penche sur une autre. L'Eglise autant que l'usage demandait en quelque sorte aux individus aisés d'aider bénévolement les pauvres, voire en appelait à la contrainte lorsque l'appel à la générosité ne suffisait pas. Derrière cette charité se cachaient bien souvent des motifs ostentatoires et/ou de moralisation des classes inférieures. T. Veblen7 évoque le motif ostentatoire quand il montre que le caractère altruiste des œuvres de bienfaisance est en fait doublé du désir de paraître et de tenir son rang: <iL 'intention déclarée du donateur est de faire à l'homme une meilleure vie dans un domaine particulier, qui est précisé dans ses dernières volontés », par exemple fonder des écoles, des bibliothèques, des hôpitaux et des asiles pour les infumes et pour les malheureux, dans une action adressée vers l'Au-delà mais assurant notoriété et respectabilité dans ce bas monde. Pour T.Veblen, le motif du bénévolat reste donc dans ce cas essentiellement (et l'on pourrait ajouter doublement) ostentatoire. Il voit aussi dans la bienfaisance «un souci de moralisation et d'éducation des classes «nécessiteuses»,. ce que dit également Dan Ferrand-Bechmann quand elle montre qu'au XIXè siècle, bien des personnes qui se dévouaient pour les classes pauvres se donnaient pour mission principale de cultiver les esprits. Ce faisant, elles contribuaient à faire pénétrer à une vitesse accélérée certains éléments de la culture «supérieure» dans la vie quotidienne des classes inférieures: «la moralisation, l'édification de la famille, c'est-à-dire la nécessité d'inculquer une culture bourgeoise était la pierre de voûte de la bienfaisance ».

7

T. Veblen, Théorie de la classe de loisirs, tr. fr., Paris, Gallimard,

1970

18

Au début du XIXè siècle, le bénévolat conserve une connotation de charité mais c'est surtout une forme solidaire voire militante qui apparaît puis s'accentue, la solidarité devenant «le substitut laïc de la charité et de la bienfaisance» (E.Gabet, Humanité,1840). On pouvait donc observer à cette époque d'une part des pratiques issues des classes dominantes soucieuses de sauver leur âme et de gagner le Ciel mais élargies à d'autres classes, et d'autre part, des pratiques de solidarité de la classe ouvrière et paysanne. Et si la forme solidaire du bénévolat avait une dimension éthique et d'entraide entre les groupes et les personnes, les motifs étaient des plus variés, «ce bénévolat s'exerçait pour des motifs divers comme l'ordre public, la peur des émeutes, le souci ostentatoire et de reconnaissance sociale, la charité paternaliste, la perversité et l'intéressement, le souci d'entraide de classe ou l'espoir de gagner le ciel, la peur de la sanction sociale venue de son propre groupe» (Dan FerrandBechmann). Contrairement au bénévolat des classes dominantes critiqué pour ses motifs latents souvent égoïstes, celui des classes dominées est davantage valorisé parce que lié au motif de la survie: « donner ou aider, c'est se préserver de l'avenir, avoir l'espoir d'une réciprocité en cas de grève ou d'accident et in fme mais secondairement, de salut éternel» (Dan Ferrand-Bechmann). Ce type de bénévolat se développe de façon interne et offre à chacun le partage des richesses et du plaisir d'accomplir des àctes altruistes, «un plaisir de prince! » (Dan Ferrand-Bechmann). On peut donc schématiquement relever deux modèles de bénévolat. Le premier s'exerce des plus nantis vers les plus démunis. Le second provient de l'entraide ouvrière et s'exerce entre des personnes ayant la même situation face à des difficultés temporaires ou permanentes. Le premier modèle de bénévolat se développe de façon exogène d'une classe vers l'autre «proche de la charité, le bénévolat a des motifs confus comme celui d'éviter la paupérisation c'est-à-dire l'émeute et le désordre, de moraliser les autres classes », alors que le second se développe de façon endogène, à l'intérieur d'une classe et «c'est un bénévolat moins ostentatoire, plus enfermé dans les pratiques quotidiennes d'échanges et de dons nécessaires à la survie» (Dan Ferrand-Bechmann). Le bénévolat, qu'il soit charitable et/ou solidaire, a des effets sociaux importants de par son rôle face à la misère de la classe ouvrière et paysanne, face aux abandons d'enfants et à l'insécurité des personnes âgées et des malades. Il était souvent «pavé de bonnes intentions» et parfois «déviant et pervers ». «Il pouvait avoir comme conséquence désastreuse une exploitation des enfants ou des pauvres ...faute d'une organisation ou d'une tutelle sérieuse, de nombreux cas de « détournement» d'institutions sont cités dans I 'histoire» (Dan FerrandBechmann). Certains abus peuvent expliquer que les démocraties s'attachèrent fmalement à réglementer l'aide sociale et à protéger les moins favorisés des citoyens: «Déjà l'Etat était là pour éviter les

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« turbulences» des associations bénévoles et pour «séculariser» et sécuriser la bienfaisance ». La troisième forme évoquée par Dan FerrandBechmann est la forme guerrière car elle fait référence au bénévolat qui a parfois trouvé naissance en des moments guerriers (les bénévoles exrésistants, les bénévoles ex-infmnières en 1914). En résumé, on peut donc observer que le bénévolat a des fonctions multiples, pour les bénéficiaires; et à travers eux, pour la société, car celle-ci ne peut répondre à tous les problèmes et trouve, même momentanément, grâce aux bénévoles, des solutions partielles et surtout moins lourdes sur les plans bureaucratiques et financiers; et enfin pour les acteurs, à qui il propose des conduites qui ont conservé un sens par rapport aux valeurs chrétiennes et/ou à la solidarité laïque. Avant la période qui nous occupe, la solidarité qui passait par le bénévolat était souvent synonyme de survie. Mais, avec les formes modernes d'Etat-providence et d'assurances mutuelles, les conditions de vie ont changé et chacun à un moment de sa viè est pris en charge par la société. L'entraide devenue « nationale» et obligatoire ne confère plus au bénévolat cette utilité criante du début du XIXè siècle. Dans la période qui nous occupe, à partir des années quatre-vingt-dix, les bénévoles répondent essentiellement aux problèmes résiduels, que les institutions privées ou publiques ne peuvent traiter. La nouveauté résiderait en ce qu'il semble que le bénévolat soit depuis quelque temps moins en question et plus en pratique comme le notait Dan Ferrand-Bechmann en 1990: «Depuis quelques années on observe un renouveau, une réhabilitation: on le vit, on le forme, on l'encadre, on l'utilise, on le valorise davantage. Le bénévolat est moins en question et plus en pratique, ses apports positifs sont valorisés. Une plus grande place estfaite à ce versant ». 1.2 Du bénévolat en milieu associatif Le bénévolat associatif ne se laisse pas facilement appréhender tant les données sont variées et parfois même contradictoires. Nous avons cherché à donner une image, la plus fidèle possible, du bénévolat associatif français d'aujourd'hui en le caractérisant quantitativement et qualitativement. Le monde associatif rassemble des personnes qui se reconnaissent des projets communs, qui font alliance et éprouvent la nécessité de se lier avec d'autres milieux. Une des caractéristiques de la vie associative est de pouvoir réunir des compétences, des avoirs, des entraides d'origines diverses. Elle est l'un des rares lieux collectifs où peuvent se rencontrer et s'associer des acteurs de la vie sociale. L'association répond au besoin de communiquer, de faire connaître sa demande, de faire acte de citoyenneté dans la vie de tous les jours, de participer à l'amélioration de la vie collective, et peut être une étape intermédiaire avant le choix éventuel d'une action plus directement institutionnelle ou politique. Elle favorise le

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passage de l'usager au participant, du consommateur à l'acteur, du donateur au partenaire. Elle a une fonction citoyenne qui consiste à permettre aux personnes d'être coauteurs d'un projet collectif, une fonction créatrice de lien social. Elle a une fonction de reliance par les actions de proximité, l'enracinement local, permettant aux personnes de s'approprier leur vie, d'en être les acteurs, d'habiter leur espace relationnel, social et politique. D'un point de vue sociologique, M.Webe~ défmit l'association comme «un groupement formé par entente dont les règlements statutaires ne revendiquent de validité que pour ceux qui y entrent librement de leur chef». Qu'elle soit «à but déterminé» ou «à base de convictions », elle est pour lui un type pur de « sociation », c'est-àdire une forme de relation sociale dans laquelle l'activité des hommes est motivée par la raison, rationnelle en fmalité ou en valeur, et non par le respect de la tradition ou sous l'emprise des affects (relation qualifiée à l'inverse de communalisation). Sociation et communalisation rappellent la distinction de Tonnies entre société et communauté (Gesellschaft et Gemeinschaft). Le lien sociétaire est celui de l'association libre et contractuelle entre des individus, le lien communautaire, celui de la corporation ou de l'Etat (au sens des états de l'Ancien Régime) relevant d'un ordre des choses supérieur aux individus. L'association procède de
deux formes essentielles de vie sociale. Elle procède de la communauté

-

qui désigne la forme de relation sociale où la disposition de l'activité se fonde sur le sentiment subjectif d'appartenir à une collectivité - et de la société qui désigne la forme de relation sociale où la disposition de l'associatif se fonde sur des compromis d'intérêts motivés rationnellement en finalité sur une coordination d'intérêts motivés de la même manière. «L'association appartient donc à la modernité et renvoie au processus d'individuation et de différenciation des tâches (la solidarité organique chez Durkheim, par opposition à la solidarité mécanique) qui caractérise la société moderne. C'est l'émancipation de l'homme à l'égard des groupes d'appartenance où il est né et des systèmes symboliques de la société traditionnelle qui fonde le libre mouvement des individus « rationnels» vers la création associative. »M.Barthélemy9 (2000, p. 20). D'un point de vue juridique, l'association est encadrée par la Loi

du 1 juillet 1901qui la définit comme «la conventionpar laquelle deux
ou plusieurs personnes mettent en commun, d'une façon permanente, leurs connaissances ou leur activité, dans un but autre que de partager des bénéfices». Cette défmition exclut les groupements constitués en vue d'un enrichissement du patrimoine des associés, lesquels sont désignés en droit
8 M. Weber, Economie et société, 1922, Paris, Plon, 1971. 9 M. Barthélémy, Associations: un nouvel âge de la participation?, Sciences Po, 2000

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Paris,

Presses

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français par le terme de «sociétés». L'association entendue au sens générique - «corporation» - comprend donc à la fois des sociétés et des associations stricto sensu. Cette loi repose sur plusieurs libertés: liberté contractuelle (l'association est d'abord une convention, un contrat de droit privé soumis au principe de l'autonomie des volontés), liberté pour tout individu d'adhérer et enfm liberté pour l'association de choisir ses membres. L'évaluation quantitative du milieu associatif est très délicate car de multiples études donnent des résultats parfois très différents. Selon le CredoclO, si l'on prend en compte l'ensemble des personnes participant, ne serait-ce qu'occasionnellement ou fmancièrement sans pour autant adhérer, aux associations, c'est près de 78% des Français que l'on peut alors considérer comme concernés par la vie associative mais tous ne sont pas adhérents ou bénévoles. En ce qui concerne le taux de participation, plusieurs organismes fournissent des évaluations qui se révèlent fort différentes selon les méthodes d'enquête. La SOFRES et le CSA, en mesurant surtout le sentiment d'appartenancell à l'association, évaluent le taux de participation aux activités associatives entre 28% et 38%, tandis que l'INSEE et le CREDOC ayant recours à une formule interrogative plus largeI2 mesurant les adhésions au sens large évaluent ce même taux de participation entre 43% et 48%. Néanmoins, ces études convergent toutes pour' observer qu'il n'y a ni recul ni véritable progression de la participation associative en France. Les changements se manifestent dans les activités et les modalités de participation. L'étude d'E. Archambault13 montre que quelques 25 millions de Français ont donné en 1996 du temps ou de l'argent (et plus de 6 millions d'entre eux ont été à la fois donateurs et bénévoles). Le reste de la population, soit 46% des Français, n'ont pas même donné un franc ou une heure de leur temps. Si l'on interroge ces « non-donateurs », on constate que c'est bien évidemment l'absence de revenus suffisants ou le manque de temps qui apparaissent comme les raisons les plus fréquemment citées (une personne sur deux). Ensuite, les non-donateurs soulignent leur préférence pour une solidarité directe, de proximité ou simplement intrafamiliale : ils privilégient l'aide directe à des personnes en difficulté (24%) ou même à leurs proches (40%), tandis que les «non bénévoles» disent préférer accorder du temps aux personnes de
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Credoc, «Les Français et la vie associative », Collection des Rapports, J-Pierre Loisel, mai 1999. Il En posant des questions ouvertes sur l'adhésion éventuelle à une association sans proposer de liste. 12 ces organisations fournissent une liste assez complète de types d'organisation - parmi lesquels figurent syndicats et partis politiques - et demandent d'indiquer si la personne est membre ou non, avec la possibilité de compléter la liste. 13 E. Archambault, C. Bon, M. Le Vaillant, Les dons et le bénévolat en France, Paris, Enquête ISL, Fondation de France, 1991.

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leur entourage. Les critiques vis-à-vis du monde associatif n'apparaissent qu'en troisième position et sont rarement citées spontanément en première réponse: la méfiance à l'égard des associations éloigne 30% des «nondonateurs», tandis que 17% des «non-bénévoles» considèrent que le bénévolat est susceptible de concurrencer des emplois salariés. D'une manière générale, l'argument selon lequel «l'Etat doit prendre en charge les problèmes d'intérêt général» n'est pas cité de manière prioritaire. Les chiffres avancés dénombrent entre 700 000 et 800 000 associations en France. Le chiffre exact est impossible à connaître, car on manque de données statistiques complètes et exploitables sur le monde associatif, très mouvant et diversifié. Par ailleurs, ce chiffre mêle les associations institutionnalisées et les associations plus ou moins éphémères, et il ne dit rien de l'intensité de l'activité des premières ni du mouvement de remplacement éventuel des associations défuntes. En outre, si les associations font enregistrer en préfecture leur déclaration de création, elles ne sont pas tenues de déclarer leur disparition. De nombreuses' associations peuvent également continuer d'exister formellement tout en ayant mis en sommeil leurs activités. Les déclarations en préfecture qui permettent de connaître le nombre d'associations nées chaque année montrent que le rythme de création est en nette progression, puisque, si dans les années 1970 on enregistrait moins de 20 000 créations par an, près de 60 000 nouvelles associations sont maintenant enregistrées chaque année. En ce qui concerne l'évaluation quantitative des bénévoles, 23,4% des personnes interrogées (soit près d'un Français sur quatre) ont déclaré au cours de l'année 1996 avoir travaillé bénévolement, au sens le plus large, pour une ou plusieurs organisations (la progression est de 12% par rapport à 1993 et de 23% par rapport à 1990). L'extrapolation de ces données à la population française de plus de 18 ans donne un peu plus de 10 400 000 bénévoles (soit une augmentation de plus d' 1 400 000 bénévoles par rapport à 1993). En termes d'investissement individuel, l'INSEE constate une forte progression en 1996 par rapport à 1993 : d'après l'étude citée plus haut, 46% des individus participent aux activités de leurs associations de façon intensive et vont jusqu'à exercer des responsabilités. En termes d'investissement horaire, d'une ou deux heures hebdomadaires jusqu'à plus de vingt, le don du temps révèle une grande variété des attitudes ou des disponibilités. D'après l'étude du LES, on constate une augmentation de la durée moyenne consacrée au bénévolat: elle était, hommes et femmes confondus, de 23 heures mensuelles en 1996 (20 heures en 1993), soit près de cinq heures par semaine. Le niveau d'implication est donc très variable suivant les bénévoles: un cinquième ne sont occupés que quelques heures par mois (moins de 5 heures), tandis

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que 4,5% d'entre eux travaillent bénévolement l'équivalent d'un mi-temps ou plus. Enfin, et selon l'étude de la Documentation française, les classes d'âge les plus actives en matière de bénévolat sont les 35-44 ans (26%) et les 45-49 ans (25%). Les 18-24 ans arrivent en troisième position (17%) suivis des 25-34 ans (15%). L'étude menée en 1994 confmne que le nombre de bénévoles culmine pour les tranches d'âges comprises entre 35 et 64 ans et s'il décline ensuite fortement, le temps consacré à l'activité bénévole augmente constamment avec l'âge. D'un point de vue qualitatif, les récents travaux menés par M. Barthélemy (2000) constatent toujours l'extrême hétérogénéité du mouvement associatif. Elle observe la multiplication d'associations éloignées du statut associatif initial et de l'esprit de la loi, engagées dans des activités économiques ou relevant de l'initiative directe d'une collectivité publique qu'elle appelle des «para-entreprises ». Elle fait état du développement de groupementS associatifs, qui se caractérisent par une ou plusieurs activités mais restant centrés sur leurs membres et ne visant qu'à la satisfaction de leurs besoins, sans volonté d'influence sociale ni d'action envers les pouvoirs publics. Elle observe aussi la montée des mouvements voués à la défense des causes les plus diverses (environnement, cadre de vie, féminisme, régionalisme, antiracisme, etc.) et la relance d'associations ou de secteurs plus anciens (associations familiales, éducation populaire, associations sportives, action sociale). Le Credoc et l'INSEE constatent que, sur les vingt dernières années, les associations de défense d'intérêts communs ont plutôt régressé ou se sont maintenues, alors que celles développant des activités en commun (sports, loisirs en groupe, associations d'activités pour le 3ème âge) ont beaucoup augmenté. Ces organismes constatent que le développement individuel, à travers une activité collective (sport, culture...) a pris le pas sur la défense d'intérêts communs (syndicats, parents d'élèves...). Ce phénomène s'accompagne d'une ouverture du monde associatif à un public plus large que par le passé et les adhérents participent plus souvent à la vie de l'association. Le bénévolat associatif s'oriente majoritairement vers le secteur sportif et de loisir, qui totalise plus du tiers de la durée globale de travail bénévole. Ce domaine concerne l'animation de clubs sportifs et de loisirs, les clubs de troisième âge, les comités des fêtes et les mouvements de jeunesse qui sont souvent le cœur de l'animation locale dans les communes rurales en particulier. Les associations d'action sociale arrivent en seconde position. On y retrouve les bénévoles des associations caritatives, les animateurs de centres sociaux, des foyers ruraux, des clubs de prévention, les conseillers familiaux, les permanents des écoutes téléphoniques, les tuteurs bénévoles, les visiteurs des personnes âgées, isolées ou des établissements pour personnes handicapées. Ensuite, quatre domaines ont un poids similaire,

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