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Chronique d'un "non" annoncé

De
243 pages
Le "non" des Français au référendum sur la Constitution européenne en 2005 (suivi de celui des Néerlandais) était-il prévisible ? La campagne pour les élections européennes de 2004 ne le laissait-elle pas présager par ses faiblesses et ses carences ? Voici l'analyse de chercheurs de plusieurs pays européens qui, outre des erreurs et des errements de la communication politique de ceux-là même qui défendaient le "oui", exposent aussi la toute nouvelle influence d'Internet et des "blogs".
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Chronique
d'un « non» annoncé:
La communication
politique et l'Europe
(juin 2004- mai 2005)Du même auteur:
Dans la même collection, chez L'Harmattan
La communication politique française après le tournant de 2002,
(direction), 2004
Chez d'autres éditeurs
Communication et Marketing de l'homme politique,
2eédition, LITEC/Lexis- Nexis, 2001
Média et malentendus, cinéma et communication politique,
Edilig, collection Médiathèque, 1986
La Censure cinématographique,
LITEC/Lexis-Nexis, 1982
De mai 68 aux films X, cinéma, politique et société,
Dujarric, 1979
À l'étranger
Political Communication in a new Era,
(co-direction, avec Gadi Wolfsfeld), Routledge, Londres, 2003
Marketing politico y communicacion,
Paidos, Barcelone/Buenos Aires/Mexico, 1997
Communication and PoliticalMarketing,
John Libbey, Londres, 1995Chronique
d'un « non » annoncé:
La communication
politique et l'Europe
(juin 2004 - mai 2005)
Dirigé par Philippe J. Maarek
Professeur en Sciences de l'Information et de la Communication
à l'Université Paris 12 Val de Marne
Ouvrage publié sous l'égide du Centre d'Études Comparées en Communication
Politique et Publique (Ceccopop), membre du Laboratoire de Recherche sur la
Gouvernance Publique: Territoire et Communication (Largotec), JE 2474.
Avec le soutien du Conseil général du Val-de-Marne
L'HarmattanCommunication et Civilisation
Collection dirigée par Nicolas Pelissier
La collection Communication et Civilisation, créée en septembre
1996, s'est donné un double objectif. D'une part, promouvoir des
recherches originales menées sur l'information et la communication
en France, en publiant notamment les travaux de jeunes chercheurs
dont les découvertes gagnent à connaître une diffusion plus large.
D'autre part, valoriser les études portant sur l'internationalisation de la
communication et ses interactions avec les cultures locales.
Information et communication sont ici envisagées dans leur acception
la plus large, celle qui motive le statut d'interdiscipline des sciences
qui les étudient. Que l'on se réfère à l'anthropologie, aux
technosciences, à la philosophie ou à I'histoire, il s'agit de révéler la
très grande diversité de l'approche communicationnelle des
phénomènes humains.
Cependant, ni l'information, ni la communication ne doivent être
envisagées comme des objets autonomes et autosuffisants.
Dernières parutions
Alberto ABRUZZESE, La splendeur de la télévision, 2006.
Arlette BOUZON et Vincent MEYER (dir.), La communication
organisationnelle en question: méthodes et méthodologies,
2006.
Philippe VIALLON (Ed.), Communication et médias. En
France et en Allemagne, 2006.
Claire NOY, CD-mômes: l'enfant et les technologies
éducatives, 2006.
Sébastien GENVO (sous la dir.), Le game design des jeux
vidéo, 2005.
Guy LOCHARD (dir.), Les débats publics dans les télévisions
européennes,2005.
@ L'Harmattan, 2007
5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan @wanadoo.fr
harmattan 1@wanadoo. fr
ISBN: 978-2-296-02756-5
EAN : 9782296027565Introduction
De l'européisme à l'euroscepticisme ?
Philippe J. Maarek
Professeur en Sciences de l'information et de la communication
Université Paris 12 Val de Marne
Président du Centre d'études comparées
en communication politique et publique {Ceccopop)1
Président de la Section de recherches en communication politique
de l'AIERI/IAMCR
En ce début du Troisième Millénaire, l'électorat français est apparu
comme en rupture avec les décennies précédentes. Vélection présidentielle
de 2002 était d'ores et déjà venue «comme un coup de tonnerre» marquer
le naufrage au premier tour du représentant d'un des deux partis qui avaient
précédemment alterné à la tête du pays, ainsi que la percée des partis politiques
situés aux extrémités de l'échiquierpolitique2. Puis le «non» au référendum
de mai 2005 sur la ratification du Traité constitutionnel européen sembla
une nouvelle surprise, venant d'électeurs décidément jugés de plus en plus
imprévisibles et volatils par certains COlnmentateurs.
Une coalition hétéroclite n'avait-elle pas en effet réussi à repousser
la ratification d'un texte pourtant défendu par la quasi totalité des partis
politiques ayant participé aux gouvernements de la ve République, Parti
communiste mis à part? N'était-elle pas propulsée par une alliance de prime
abord inconcevable entre un ancien Premier ministre de François Mitterrand
(Laurent Fabius), celui-là même qui avait marqué par sa politique le passage
du Parti Socialiste à une sorte de social-démocratie, après des années de refus
I Le Ceccopop fait partie du Laboratoire de Recherche sur la Gouvemance Publique: Territoire-
et COlnmunication (LARGOTEC), Jeune Équipe de Recherche reconnue par le Ministère de
l'Éducation nationale (JE 2474).
2 Sur l'élection présidentielle française de 2002, on se référera à l'ouvrage dirigé par Philippe-
J. Maarek La communication politique française après le tournant de 2002, publié en 2004 dans
la mêlne collection aux éditions r; Harmattan.
5de l'économie libérale, et des hommes comme José Bové, porte-parole des
militants français de l' antimondialisation, sans parler des autres mouvements
d'extrême-gauche impliqués dans les meetings en faveur du «non»?
r.:analyse des chercheurs à qui l'on doit les textes de ce volume permet
pourtant de penser que le «non» au référendum européen n'était pas si
imprévisible que cela, et qu'une partie de l'électorat a vu son rejet provoqué
par les erreurs, errements même, de la communication politique de ceux-là
même qui défendaient le «oui ». Ces erreurs et errements se poursuivaient
en outre apparemment de longue date: on les retrouvait en particulier dans
la campagne pour les élections au Parlement européen de juin 2004, onze
mois avant le référendum sur le Traité constitutionnel européen3. En outre, la
congruence entre le «non» français et le «non» néerlandais au référendum
semble indiquer que l'électorat français n'est pas isolé, puisqu'un autre des
six pays fondateurs de 1956 semble également être passé de l' européisme à
l'euroscepticisme en suivant un cheminement similaire.
Le hasard du calendrier facilita le travail des co-auteurs de cet ouvrage. Le
Ceccopop avait en effet consacré son séminaire de recherche annuel de 2004-
2005 à l'analyse de la campagne de communication des élections au Parlement
européen de juin précédent, séminaire dont les séances se déroulèrent donc
en parallèle avec la campagne pour le référendum de mai suivant. De ce
fait, l'analyse des événements de l'année en cours vint donner un nouvel
éclairage à nos travaux, et l'on pourra lire dans cet ouvrage que plusieurs
d'entre nous avaient ainsi pu comprendre que le «non» au référendum était
en partie annoncé par les caractéristiques de la campagne de communication
des législatives européennes précédentes.
Sur le fond, tout d'abord, demander aux citoyens de ratifier un référendum
accroissant l'influence des institutions européennes sur leur quotidien apparaît
bien difficile en l'absence d'un véritable espace public européen, comme le
souligne Bernard Lamizet. Que ce soit sur le plan symbolique, sémantique
ou concret, l'espace public européen reste pour le moment virtuel, et la
communication politique qui accompagne donc les échéances électorales
liées à l'Europe ne peut qu'en être obérée par construction, la plupart des
auteurs de l'ouvrage s'accordent sur ce point fondamental.
Que ce soit Bernard Lamizet, Philippe Maarek et Aurélie Bras, Céline
Matuszak, l'Allemande Christina Holz-Bacha ou l'Espagnole Teresa
Sadaba, tous constatent l'aporie des contenus de la communication politique
des parlementaires de 2004 en ce qui concerne l'Europe: en une sorte de
3 On trouvera en Annexes les résultats des élections en France pour le Parlement européen de-
juin 2004 et du vote pour le Référendum de mai 2005.
6revanche inconsciente de la crise de l'État-Nation exposée par Habermas,
jamais les enjeux purement nationaux n'auront été omniprésents de façon
aussi lancinante, au détriment de l'Europe. Celle-ci aura paradoxalement été
quasiment absente de l'argumentation, qu'il s'agisse des professions de foi,
des discours ou de la campagne audiovisuelle. Videntité européenne, si elle
existe, est la grande absente de la campagne de 2004. D'ailleurs, comme
l'expose Anne Granger, comment les citoyens européens qui participent aux
élections pour le Parlement européen pourraient-ils éprouver un sentiment
de communion dans la participation commune au vote quand les règles
électorales elles-mêmes ne sont toujours pas communes d'un pays à l'autre au
bout d'un quart de siècle, et quand on ne vote même pas le même jour?..
Au pire, comme le montrent Philippe Maarek et Aurélie Bras, la
campagne de 2004 nuit-elle même à l'idée d'Europe, vécue comme un
monde de tous les dangers dans les spots de certains partis - la Nation
apparaissant implicitement comme plus rassurante. Du coup, ces derniers,
ou Bernard Lamizet, voient donc dans la campagne de 2004 un signal fort
d'annonce du résultat du référendum de l'année suivante en France. Même
l'Espagne, à l'électorat pourtant plus convaincu en faveur de l'Europe, vote
en 2004 avec un agenda national, mais sans doute à cause de l'inversion des
résultats électoraux attendus en mars précédent du fait des terribles attentats
terroristes de Madrid, comme l'expose Teresa Sadaba. Quant à la campagne
«européenne» des Verts, elle l'est, certes, du point de vue technique, mais pas
sur le fond, comme nous le montre Christina Holz-Bacha: certes, les différents
partis de la mouvance écologique européens ont décidé de faire campagne
commune, et même désigné une agence de communication qui a conçu pour
eux des matériaux de communication déclinables dans chaque pays, mais
les thèlnes de campagne choisis par les Verts, effectivement transversaux et
transposables par nature par delà les frontières, n'ont que rarement à voir avec
l'idée d'Europe en tant que telle.
Au moins aurait-on pu espérer que les institutions européennes auraient,
elles, su communiquer vers les citoyens et enrayer la baisse régulière de la
participation électorale aux échéances européennes. Hélas, il n'en a rien
été, et Diane Laroche-Joubert montre bien qu'aussi bien en 2004 qu'en
2005, l'échec à cet égard est patent. En 2004 comme en 2005, elle expose
la cruelle faiblesse des moyens mis en œuvre par le Parlement européen,
tout d'abord, puis, l'année suivante, par la Commission européenne, pour
encourager la participation au vote. Elle souligne bien que ces faibles
moyens étaient incapables de résoudre la double difficulté de l'équation à
résoudre pour communiquer du centre vers la périphérie dans l'Europe du
tournant du troisième millénaire: une difficulté quantitative, tout d'abord,
7puisqu'il y a 343 millions d'électeurs à joindre, soit bien plus que ce à quoi
les communicants et hommes politiques européens sont accoutumés; mais
surtout une difficulté qualitative, puisque des différences culturelles séculaires
viennent grever l' effectivité des messages soumis à autant de variations dans
leur compréhension qu'il y a de sociétés dans l'Union européenne.
Le référendum en France partait donc sur des prémisses bien mauvaises,
et ne put mêlne pas bénéficier, comme le référendum en Espagne, d'une
campagne favorable du gouvernement, dont Maria Teresa La Porte Alfaro
montre bien l'ampleur. Là, le marketing politique s'est déployé avec tous ses
artifices pour camoufler un certain vide politique, et la prise de position des
partis politiques « dominants» en faveur du oui a pu ainsi ne pas être contestée
par les autres. D'ailleurs la faible participation semble indiquer la nécessité
de cette campagne (qu'en eût-il été s'il y avait eu carence du gouvernement
espagnol? . .).
En France, en revanche, l'émiettement de la représentation constaté dès
les européennes de 2004, et qui n'avait pas peu concouru à l'impression de
confusion notamment visible dans la campagne audiovisuelle officielle, comme
le montrent Philippe Maarek et Aurélie Bras, s'est curieusement transformé
en une synergie inattendue face à un gouvernement muselé et à des partis
politiques «dominants» atones. Alors que d'astucieux recours juridiques
obligeaient le gouvernement français à communiquer très faiblement sur le
référendum à venir sous peine d'être exposé comme faisant campagne en faveur
du « oui» au Traité constitutionnel européen, les petits groupes de pressions et
les partis politiques marginaux profitaient de ce silence forcé sur les médias
dominants. Ils parvinrent à réaliser un « bruit» communicationnel considérable,
favorisé par ce vide, en utilisant extensivement, en 2004 comme en 2005, les
nouveaux médias et Internet, d'accès aisé et demandant peu de moyens, comme
le montrent Céline Matuszak, puis Benoît Thieulin et Véronique Senèze.
Ces groupes de pression devinrent même des référents inattendus, grâce au
développement accéléré des blogs en France
- un phénomène un peu similaire
à ce qui s'était produit au début de la campagne de 2004 en faveur de Howard
Dean aux États-Unis, qui était parvenu à se placer dans le peloton de tête des
candidats démocrates aux « primaires» présidentielles grâce à une intelligente
utilisation d'Internet. Claes de Vreese et Andreas Schuck montrent d'ailleurs
que cette même dispersion - et ce rejet corollaire des partis «gouvernementaux»
- se produisit également aux Pays-Bas en 2004, l'électorat y entame ainsi de la
même façon le même processus qu'en France.
La congruence des partisans du « non» dans la campagne référendaire
française a donc permis une surexposition de leur message, là où au contraire
les partis espagnols en faveur du «non» avaient été peu entendus, car il
8s'agissait surtout des partis nationalistes régionaux, aux voix forcément
bien plus dissociées, comme l'explique bien Maria Teresa La Porte Alfaro.
Le manque de neutralité du gouvernement espagnol, qui confondit souvent
y trouva donccalnpagne d'information et prosélytisme en faveur du « oui », n'
pas de contrepoids, ce qui permit la victoire du «oui », dans un contexte,
pourtant, de repli de la participation.
En France au contraire, le musellement du gouvernement ne put
être compensé par la campagne de communication politique des partis
gouvernementaux, pourtant tous «officiellement» en faveur du «oui »,
avec plus ou moins d'enthousiasme et/ou d'habileté, il est vrai. Juan Alonso
expose ainsi le choix dangereux fait par les partisans du «oui» d'argumenter
sur le registre de la menace vague et de la peur, un choix renforcé par les
interventions que fit le président de la République. Un registre maïeutique
inopérant qui ne pouvait, au mieux, que renforcer le flottement des électeurs
devant tant d'hétérogénéité et de dispersion, du juridique (Anne Granger) à
l'argumentation (Bernard Lamizet), et au pire que les coaliser dans un rejet
de ce qui les effraie (Juan Alonso).
Le «non» au référendum européen français de 2005 n'est donc pas
une véritable surprise, et les auteurs de cet ouvrage démontrent bien, en
fonction de chacune de leurs perspectives et de leur analyse particulière de la
communication politique des élections dejuin 2004 et de mai 2005, que l'une
annonçait l'autre
- la connaissance du résultat ne changeant au fond rien au
raisonnement. D'ailleurs, le mêll1ephénomène est observable pour le second
« non» référendaire qui suivit de quelques jours le «non» français: Claes
de Vreese et Andreas Schuck montrent bien que le parcours de l'électorat
néerlandais fut extrêmement voisin, et que les élections parlementaires
européennes de 2004 laissaient également présager le résultat de l'année
suivante au référendum dans ce pays.
La principale conclusion que l'on pourrait donc tirer de ces études de
la communication politique sur l'Europe, de mai 2005 à juin 2006, et qui est
loin d'être négligeable, est que l'échec du référendum européen français de
2005 (puis celui du référendum néerlandais), est non seulement annoncé,
mais ne doit pas être pris à la légère. Il ne s'agit pas d'un «accident électoral »,
comme il en arrive par exemple à maints partis ou hommes politiques, mais
bien de la traduction dans la réalité concrète d'une incapacité de longue date
de la communication politique à susciter auprès de l'électeur une véritable
envie d'Europe qui aurait permis de transcender les difficultés du quotidien,
astucieusement mises en exergue par les uns, involontairement mises en avant
par les autres. Veuroscepticisme a incontestablement pris l'ascendant en 2005
sur l'européisme.
9Première partie
Prémisses d'un échec:
la communication politique des élections
au Parlement européen de juin 2004Les difficultés de la campagne de communication
du Parlement européen pour encourager
la participation
Diane Laroche-Joubert
Ceccocop/Largotec JE 24 74
À I'heure où est dénoncé le déficit démocratique de l'Union et alors
que la majorité des textes discutés dans les vingt-cinq parlements nationaux
découlent directement du droit communautaire, il est paradoxal d'observer un
effritement régulier de la participation aux élections européennes.
Le désintérêt pour la vie politique n'est certes pas un phénomène propre
à ce scrutin, mais les taux d'abstention observés atteignent ici des niveaux
particulièrement importants, avec, pour la première fois en 2004, une nette
majorité d'abstentionnistes au niveau de l'ensemble de l'Union européenne.
Confronté à cette érosion, le Parlement européen élabore depuis plusieurs
années une politique de communication destinée à l'enrayer. Or cette politique
est d'autant plus difficile à mener que l'institution parlementaire additionne
les contraintes: un budget dérisoire, un nombre de destinataires considérable,
342 millions d'électeurs, et une difficulté qualitative de l'argumentation due
au pluriculturalisme de l'électorat.
L efficacité d'une communication persuasive est en effet soumise à de
nombreuses conditions, qui, dans le cas du Parlement européen, sont très
difficiles à réaliser. Convaincre les citoyens d'aller voter implique forcément
un changement d'attitude vis-à-vis de l'institution parlementaire, parfois de
la construction européenne dans son ensemble, mais aussi très souvent de la
chose politique en général.
Tous ces obstacles font qu'il s'avère particulièrement intéressant
d'analyser comment le Parlement européen a souhaité se positionner et
informer de ses missions, comment il a tenté de créer une communication
permettant de parler à ces 342 millions de destinataires susceptibles de voter
en 2004.
131. Un contexte difficile
1.1. L'épée de Damoclès: l'abstention en toile de fond
Le Parlement européen est une institution jeune dont les membres ne
sont élus au suffrage universel que depuis 1979. Elle est, selon différents
eurobaromètres, l'institution européenne préférée des citoyens européens,
celle en qui ils ont le plus confiance. Pourtant son fonctionnement et ses
missions demeurent un mystère pour bon nombre de ressortissants de l'Union
et, pire, beaucoup croient en savoir suffisamment pour ne pas aller voter. En
conséquence, l'abstention va en augmentant depuis 1979. Et, en 1999, même
les pays du dernier élargissement de 1995 (Autriche, Finlande, Suède) ont vu
leur participation chuter. Un phénomène qui se répète et s'accentue en 2004
dans les 10 nouveaux pays entrants. (v. Tableau 1, ci-contre.)
S'il existe des différences sensibles selon les pays, celles-ci sont dues le
plus souvent à des disparités au niveau des pratiques électorales. Si certains
1,principes communs ont été établis par le Traité d'Amsterdam un accord
transeuropéen sur l'adoption de procédures électorales uniformes n'a, en
effet, jamais été conclu. Les dispositifs restent nationaux.
En juin 2004, les Irlandais étaient ainsi invités à élire leurs députés
européens, en même temps que leurs élus locaux. Une consultation
référendaire concernant la nationalité était également organisée le même jour.
Au Royaume-Uni, les Britanniques choisissaient leurs maires pendant que les
Luxembourgeois élisaient leurs députés nationaux. La Finlande, la Belgique
ou encore l'Allemagne connaissent des pratiques électorales semblables.
Enfin, d'autres paramètres comme le vote obligatoire dans certains pays
sont également à prendre en considération pour pouvoir apprécier les
chiffres de l'abstention. Toutes ces caractéristiques techniques, le manque
d 'harmonisation à l'échelle européenne, ont amené le Parlement à s'interroger
sur les bases de la participation et à se demander si la solution ne serait pas,
tout simplement, de faciliter le vote. À quand des urnes dans les supermarchés
ou une élection via Internet? Ces idées, comme celle d'organiser plusieurs
scrutins en même temps dans tous les pays, ou encore d'harmoniser les
pratiques et la date du suffrage, sont sérieusement étudiées par le Parlement
et font l'objet de consultations.
1- Voirà ce sujet l'article de Jean-Michel De Waele et Ramona COlnan,GASPPECO, Université
libre de Bruxelles sur le site de la Fondation Robert Schuman:
http://www.robert-schuman.orglsynthI37.htm
14Tableau 1 : Évolution de l'abstention aux élections
européennes (source Parlement européen)
1979 1984 1989 1994 1999 2004
41,5 43,2 50,2 55,4U E des 15 37 39
Belgique 8,4 7,8 9,3 9,3 9,199
12,6 11,5 14,2Luxembourg 11 ,1 13 11
29,2Italie 14,5 16,1 18,5 25,2 36,9
36,4Grèce 21,4 22,8 20,1 28,8 29,8)(1981
Espagne 54,931,1 45,2 40,9 35,6
(1987)
Irlande 36,4 52,4 31,7 56 49,5 41,2
52,1Danemark 52,9 47,7 53,9 47,1 49,6
Autriche 32,3 51 57,6
(1996)
France 39,3 43,3 51,3 47,3 53 57,5
Allemagne 34,3 43,2 37,6 40 54,8 57
Portuga I 27,8 48,9 64,5 59,6 61,4
(1987)
Suède 58,4 61,7 62,2
(1995)
Finlande 39,7 69,9 60,6
(1996)
Pays-Bas 42,2 49,5 52,8 64,3 70,1 60,7
Royaume-Uni 68,4 67,4 63,8 63,6 76 61,2
Pologne 79,1
Rép. Tchèque 71,7
71,7Slovénie
Slovaquie 83
Hongrie 61,5
58,7Lituanie
73,2Estonie
51,7Lettonie
Chypre 28,8
17,6Malte
En attendant, les enquêtes effectuées par l'institution parlementaire avant
le mois de juin 2004 révélaient un contexte difficile dans la droite ligne des
autres élections. Et, chose inquiétante, les nouveaux États membres n'étaient
pas épargnés par cette vague abstentionniste généralisée. Bien au contraire.
Ainsi, lors de l'enquête réalisée par le Parlement, 26 % des citoyens des 10
15nouveaux prévoyaient d'aller voter si les élections avaient eu lieu le lendemain
contre 42,6 % pour le reste des citoyens de I'Union2.
Pourquoi de tels chiffres? Il semblerait que les élections européennes
soient, en fait, souvent considérées comme des de second
ordre, selon la théorie du même nom3. Et les campagnes seraient menées
uniquement, ou presque4, autour d'enjeux nationaux5. Les dix nouveaux
entrants ne font pas exception à cette règle. En Lettonie, en République
tchèque ou encore en Pologne, pour ne citer que ces pays, les européennes
ont servi avant tout à sanctionner ou à conforter le gouvernement en place
(source PE). Aucune politique d'information par exemple n'a été lancée
en Pologne par le gouvernement pour ces élections. On peut également se
demander si l'organisation d'élections nationales et/ou locales en même
temps que les européennes, tout en dopant la participation, n'a pas comme
effet pervers d'éclipser les enjeux européens au profit des enjeux nationaux,
ou tout simplement d'éclipser l'élection.
Parallèlement à cette théorie du second ordre, le Parlement soupçonne
un manque de motivation de la part des électeurs qui se demanderaient tout
simplement si leur vote est utile, s'il fera une différence, s'il se traduira par
des actions concrètes. Et ce n'est pas la «visibilité» accordée aux députés
européens par les médias nationaux qui risque de faire la différence6.
Dans un tel contexte, comment inciter les électeurs à se rendre aux urnes?
Toute la campagne de communication du Parlement avant les élections dejuin
2004 tournait autour de cette question.
2 Chiffres issus du dossier de presse du Parlen1ent européen sur les élections.-
3 Théorie de Karlheinz Reif et Hermann Schmitt. Stéphanie Abrial et Christine Pina dans leur-
article Les élections de juin 1999 dans les quinze pays de l'Union: une consultation de «second
ordre» indiquent, quant à elles que, plus que des élections de second ordre, « les européennes
seraient autant de scrutins nationaux de ltsecond ordre" ».
4 Il semblerait que le Royaume-Uni échappe quelque peu à cette règle cf. article de Céline Belot-
et Fabienne Greffet 15 élections nationales pour un Parlement européen. Les auteurs avancent
plusieurs explications pour tenter de comprendre cette prédolninance des enjeux nationaux.
5 Pierre Bréchon dans son article L'Europe face au déficit démocratique, Revue politique et-
parlementaire, 1001, juillet et août 1999, cite ainsi l' exen1ple de l'enquête Ipsos réalisée dansn°
huit pays en mai 1999. 44 % des Européens interrogés disaient que leur vote se ferait en fonction
des problèmes nationaux et 34 0,lc, en fonction des questions européennes. Cf. également l'article
de Céline Belot et Fabienne Greffet (op.cit.). Les auteurs avancent plusieurs explications pour
tenter de cOlnprendre cette prédominance des enjeux nationaux.
6 Selon une étude réalisée par l'institution parlementaire en 2003, 44 % des citoyens européens-
n'avaient en effet jalnais vu et/ou entendu un membre du Parlement euroPéen depuis les élections
de 1999.
161.2. Des contraintes budgétaires et structurelles
À ce contexte d'indifférence généralisée, s'ajoutent de nombreuses
contraintes. La première à laquelle devait faire face l'institution parlementaire
lors de la conception de sa politique de communication était le budget alloué
7pourà cette campagne, totalement dérisoire, d'environ 8, 3 millions d'euros
25 pays qui représente. . . 0, 02424 euros par électeur. À titre de comparaison,
le gouvernement français a dépensé quelques 2 millions d' euros8 pour la
seule campagne d'information par voie d'affichage lancée en mai 2004 par
le Service d'information du Gouvernement. Il est clair qu'avec un budget
aussi réduit le Parlement ne pouvait pas faire de miracle. Or, la première
condition d'efficacité d'une communication persuasive est bien justement
l'exposition du destinataire au message suivie de la condition de répétition
de cette exposition. Des conditions impossibles à réaliser avec un tel budget.
La seule solution pour l'institution parlementaire était dès lors de segmenter
le public, autrement dit, de choisir des cibles en fonction de ses contraintes
budgétaires et non de leurs «profils». Cela donne, comme nous le verrons,
des choix de cibles plutôt discutables.
À ce budget dérisoire dont dispose l'institution, viennent s'ajouter des
contraintes structurelles. r.;Union des 25 représente pas moins de 455 millions
d'habitants dont 342344000 d'électeurs qui élisent leurs 732 représentants.
Le problème qui se pose est le suivant: comment parler à 342 millions
d'électeurs issus de 25 pays aux cultures très différentes? Sans compter que
ces mêmes citoyens parlent 20 langues distinctes.
Cette contrainte culturelle est certainement, et de loin, la plus complexe
que doit prendre en compte le Parlement pour réaliser une campagne
efficace. Il suffit de regarder les spots publicitaires des grands groupes
transnationaux pour constater que rares sont ceux qui se risquent à lancer
une campagne unique pour toute l'Europe. Et quand ils le font, un décalage
est automatiquement perceptible. Pourquoi? Parce que comme le souligne
Raymond Boudon9 « la comnlunication suppose la lnobilisation d'a priori
com/nuns aux interlocuteurs» et plus les distances sociales et/ou culturelles
sont importantes, plus ces a priori ont de chances d'être différents. Autrement
7 Source Parletnent européen, direction de la communication (entretien réalisé à Bruxelles le-
26 noven1bre 2004).
8 Source SIG.-
4, «Le nouvel espace9 Petite sociologie de l'incommunication, Raymond Boudon, Hermès n°-
public », Paris, CNRS, 1988.
17dit, si l'on veut convaincre un auditoire donné, mieux vaut lui parler un langage
qu'il connaît et utiliser les codes culturels en vigueur dans son« in-group»
pour reprendre une notion de psychologie sociale. Vefficacité du discours
tenu tient avant tout dans cette condition. Si celle-ci n'est pas réalisée, toute
tentative de communication est au mieux inefficace et au pire nocive quand il
s'agit d'une institution européenne déjà perçue comme trop «lointaine».
Les institutions de l'Union sont ainsi confrontées à un véritable défi:
trouver un discours européen, un terrain commun, et donc neutre culturellement
qui «parle» aussi bien à un Tchèque qu'à un Grec ou un Irlandais. Elles sont
condamnées à tenir des propos consensuels qui fédèrent tout le monde. Cette
condition est très difficile à réaliser, et, d'autant plus, lorsqu'il s'agit d'un
message constitué essentiellement d'images, comme nous le verrons en
analysant le spot audiovisuel du Parlement. Il ne suffit en effet pas d'utiliser
des mots-concepts affirmant des valeurs universelles fédératrices tels que
Liberté, Fraternité etc. pour «parler» à tous les citoyens européens et être
efficace. Le contenu du discours ne fait pas à lui seul le discours.
Vénonciation, le «comment c'est dit », est en effet ici primordial, car
c'est elle, tout autant que le contenu, le «ce qui est dit », qui va connoter
culturellement le message. L'énonciation va donc également déterminer
l'efficacité de ce dernier.
2. Une campagne de communication persuasive directe
Obéré par un si faible budget, le Parlement a bien entendu décidé de
mettre d'abord l'accent sur ce qui est gratuit ou presque: les relations presse.
Parallèlement à ces actions de relations presse, composées de séminaires
pour les journalistes et de son centre d'appels à numéro unique « Europe
Direct », l'institution a également élaboré une campagne d'information et
de communication «directe ». Cette dernière a été élaborée à partir de deux
modèles: marketing et dialogique, pour reprendre les définitions élaborées
par Gilles AchachelO. Marketing avec sa campagne persuasive reprenant les
principaux outils et techniques de la communication publicitaire, dialogique
avec des actions locales sur le «terrain» visant à établir un contact direct avec
les électeurs et à provoquer des échanges, un dialogue constructif.
La direction de la communication de l'institution parlementaire basée
à Bruxelles a donc préparé un message global, un set de communication de
4, La Communication politique (op.10 Gilles Achache, Le marketing politique, in Hermès n°-
cit.).
18base, un canevas d'actions (spot audiovisuel, affichage) et prévu un calendrier.
À charge ensuite à chaque bureau d'adapter cette campagne en fonction
du contexte national, des partenariats possibles, mais aussi, et surtout, des
moyens alloués à chacun.
Les initiatives locales étaient les bienvenues, mais les crédits étant
centraux, la direction de la communication devait donner son accord.
(v. Tableau 2, page suivante.)
2.1. La campagne « centrale» élaborée à Bruxelles
2.1.1. Les objectifs de la campagne: création d'une identité visuelle
et message d'incitation au vote
Pourquoi les Européens ne voient-ils pas l'enjeu de cette élection? C'est
à partir de cette question que le Parlement a élaboré sa campagne ou, plus
exactement, à partir des réponses que le groupe de travail de la Direction de
la communication a trouvées à cette interrogation. Ces réponses sont:
- parce que les citoyens ne connaissent pas bien les missions du
Parlement et ses pouvoirs,
- parce qu'ils ne comprennent pas qu'à travers le Parlement ils
possèdent un réel pouvoir d'action.
Tout le travail consistait donc à faire comprendre aux électeurs potentiels
que cette élection a un enjeu véritable, qu'elle n'est pas une consultation de
second ordre. Les obj ectifs de la campagne et le calendrier que s'est fixé le
Parlement pour les atteindre, sont donc en 2003 de « sensibiliser les opinions
sur les positions du PE, son rôle et les activités de ses membres, établir des
références» puis, en 2004, de «mobiliser les électeurs sur les enjeux du
scrutin et de la prochaine législature »11.La ligne directrice de la campagne de
communication, le « message idéal » (sic) qui sous-tendait toutes les actions
était « Une nouvelle Union européenne, un nouveau Traité constitutionnel
et un nouveau Parlement européen» 12.Quant aux principes à décliner, ils
étaient sÎlnples et universels: il s'agit des habituels d'intégration,
de cohérence et de synergie, de subsidiarité et enfin de coopération entre les
institutions communautaires.
Pour atteindre les deux objectifs précédemment cités, le groupe de
travail13 a décidé de créer un message d'incitation au vote reprenant ces
Il Source PE.
-
12 Sources dossier de presse et entretien précités.-
13 Voir présentation du groupe de travail en note 2.-
19Tableau 2: Récapitulatif de la campagne du Parlement
européen
Matériel de Affiche
communication Crayons
Il
centra Chemise cartonnéel''
Sacs en tissu et en papier
Blocs note
Tee-shirt
Post-it
Brochure Arrêt sur image (présentation du PE) 25 pays et 732 députés
Les 15 Les 10 nouveaux pays
Matériel dans les Adaptation du matériel Peu de matériel
différents pays central + création + un peu de création
(ex. éventail Espagne) (ex. mug en Hongrie)
Diffusion Dans les bureaux Dans les bureaux
du matériel + lors des actions + lors des actions
locales locales
Diffusion Habillage d'un monument Habillage d'un monument
emblématique emblématiquedes affiches
(sauf France)
Habillage des relais Habillage des relais
en régions en régions
Spot audiovisuel 45 secondes au cinéma Cinéma
et 30 secondes pour TV + large diffusion TV
Diffusion Large diffusion cinéma avec passages payés
+ TV quand chaînes
acceptaient
Site Internet Information sur le Information sur le
central Parlement et ses Parlement et ses
missions missions
Outils pédagogiques en ligne:
Bande dessinée Diffusée par épisodes Diffusée par épisodes
(thriller qui se sur le site central sur le site central
passeau PE)
Europa Quiz
Site Internet Mini-site intégré au site Site ou mini-site
spécifique (sauf Chypre,spécifique central ou site
indépendant spécifique Estonie et Lituanie)aux pays
Europe Direct d'appel gratuit d'appel gratuitN° N°
d'information pour les d'information pour les
citoyens citoyens
Actions locales Actions localesActions
de communication et de proximité organisées par les
organisées par les bureaux
bureaux Nouvelle Europe:
fonctionnaires européens
à la rencontre des
citoyens
20idées, ainsi qu'une identité visuelle reconnaissable pour «établir des
références »14.Les contraintes ne manquaient pas: celles que nous avons vues
précédemment, avec avant tout l'indifférence de l'auditoire concerné, mais
aussi les contraintes budgétaires, linguistiques, et surtout culturelles. À cela
s'ajoute la nécessité de demeurer« institutionnel» pour reprendre le terme
employé par le Parlement européen (op.cit.). En clair, rester le plus neutre
possible.
2.1.2. La création d'une identité visuelle
Pour la première fois le Parlement crée une identité visuelle commune
et cohérente afin «d'établir des références» et de marquer ces élections. Une
charte graphique a été établie avec des couleurs et différents éléments qui
seront ensuite déclinés sur le matériel de communication. L'identité visuelle
est la même dans tous les pays, avec cependant quelques variations notamment
les «petits bonshommes» qui sont parfois mis en scène différemment. C'est
le cas sur des cartes postales en France par exemple15.
À travers ce dessin nous retrouvons toutes les valeurs directrices de
la campagne citées plus haut. Des notions qui sont également les valeurs
fondatrices de l'UE. Les différences culturelles sont représentées par les
couleurs tranchées ou plus nuancées. Les petits bonshommes et femmes, tous
pareils, rappellent cependant que, malgré ces différences, nous sommes avant
tout tous des êtres humains. La coopération et la solidarité sont symbolisées
par le fait qu'ils se tiennent tous par la main. Mis à part leur couleur
14 Citation du dossier de presse du PEe-
15 I.;identité visuelle du Parlement européen créée à cette occasion comprend: la signature-
du Parlement con1posée d'un dessin de I'hélnicyc1e et du drapeau européen, Le« » orange sur
fond bleu qui signifie élection ou Europe. I.;intention du Parlement européen était de signifier
élections, mais il semblerait, d'après les enquêtes menées par le Parlement que dans l'esprit des
électeurs il ait plutôt représenté l'UE dans son ensemble (source PE), la date des élections établie
en chiffres afin de ne pas avoir à traduire «juin» dans toutes les langues. Et enfin, les huit «petits
bonshomn1es». Ces derniers sont de deux sortes: quatre femmes et quatre hommes. À gauche, la
chaîne COlnmence par une femme, puis un homme intervient et ainsi de suite. La chaîne s'achève
à droite avec un hOl111ne.La différence de sexe est signifiée par la différence de silhouette. Ils sont
également tous de couleurs différentes puisque même les couleurs semblables sont nuancées (il y
a par exemple deux verts distincts). Tous ces bonshommes sont côte à côte et semblent se tenir par
la n1ain. Plutôt qu'une chaîne, on peut d'ailleurs penser qu'ils font une ronde comme des enfants
et que cette ronde continue «hors cadre». Vensemble peut également évoquer une ribambelle.
Enfin, les huit petits bonshon1ffies à l'endroit sont aussi représentés à l'envers, comme si ceux
qui sont à l'envers représentaient leurs ombres se reflétant sur le sol.
21«culturelle» et leurs silhouettes qui leur attribuent un genre masculin ou
féminin, les bonshommes sont tous identiques (symbole d'une même identité
européenne ?). Ils ne portent pas de vêtements, et n'ont pas de visages: ils sont
tous égaux devant l'institution parlementaire.
Le Parlement est ainsi non seulement l'institution qui représente tous les
citoyens sans distinction, mais il entend également signifier qu'il incarne ces
mêmes citoyens. Le Parlement est leur institution, celle par laquelle ils font
entendre leur voix.
2. 1.3. Le message d'incitation au vote
Pour tenter de comprendre comment a été élaboré ce message, les
exemples à analyser ne manquaient pas. Pour des raisons budgétaires
l'institution parlementaire a particulièrement mis l'accent sur le site Internet.
Tout simplement parce qu'il offre l'avantage d'une diffusion instantanée
dans tous les pays sans autres contraintes logistiques que la simple mise en
ligne de contenu et la maintenance informatique. Cependant, l'analyse de
ce «matériel» ne nous semblait pas pertinent car les personnes exposées au
site web du Parlement le sont parce qu'elles ont effectué une démarche de
recherche d'information. Cela implique que le citoyen qui consulte le site soit
actif et en demande d'information. Donc qu'il soit déjà concerné ou tout au
moins intéressé par le sujet. Pour cette raison, le site Internet ne peut constituer
qu'un outil complémentaire au sein d'une campagne globale. Nous avons
ainsi choisi d'analyser d'autres outils qui nous semblaient plus pertinents
étant donné le contexte de la campagne et le but de cette dernière. Nous avons
donc retenu des outils qui« s'imposaient» à l'électeur. Le verbe s'imposer est
entendu ici au sens littéral, c'est-à-dire qui s'imposaient dans des situations
où le récepteur n'était pas actif et ne cherchait pas d'informations sur le
sujet. Ainsi les affiches, ou encore le spot audiovisuel, s'imposaient à leurs
destinataires puisque ces derniers n'avaient pas demandé à les voir et n'étaient
pas dans une situation de demande d'information.
Ce critère est selon nous essentiel car cette campagne est censé réveiller la
conscience civique des citoyens et s'adresser en premier lieu aux indifférents,
c'est-à-dire ceux-là mêmes qui ne feraient jamais spontanément la démarche
d'aller chercher l'information sur Internet. Si l'on s'en tient à cette logique,
les outils qui s'imposent doivent être tout spécialement efficaces puisqu'ils
doivent donner envie, au mieux de voter, ou tout au moins d'en savoir plus.
222.1.4. L'affiche (version française)
Le fond de l'affiche est blanc, mais quatre coins orange délimitent un
cadre invisible qui se situerait à environ deux centimètres du bord. Quatre
éléments sont disposés à l'intérieur de ce cadre. En haut, le message
d'incitation avec la date des élections, au centre les bonshommes mis en scène
en étoile, en bas, le nom de l'institution émettrice à gauche avec l'adresse
du site Internet dédié et, enfin, à droite le logo des élections surmonté de la
signature du Parlement. Si l'on considère que ces éléments sont construits en
Z, l'attention maximum du récepteur se porte donc sur la date de l'élection et
le logo, avec, au dessus, le logo-signature du Parlement.
Le texte est disposé sur trois lignes et légèrement incliné vers la droite,
surtout le verbe voter qui est décalé par rapport au reste: «Le 13 juin 2004
/ Prenons l'Europe en main / Votons! ». La taille de la police est également
plus grande.
« Prenons l'Europe en main» rappelle les formules du type «prendre
son destin/sa vie en main ». Cela pour nous rappeler, nous citoyens, que nous
agissons pour l'Europe en votant, que c'est nous qui faisons l'Europe. Le
présupposé inscrit dans cette formule est que pour le moment l'Europe n'est
pas prise en main par les citoyens. I.:abstention est ici pointée du doigt. Le
sous-entendu est que l'Europe se construit sans les citoyens et que l'on décide
donc à leur place. I.:idée d'abandon peut signifier également que si l'Europe
actuelle ne leur convient pas, c'est aussi leur faute. I.:action est ici entendue
comme le seul remède, et cette action c'est d'abord le geste simple de voter.
I.:emploi de la première personne du pluriel, d'une personne verbale au pluriel
«Nous» à travers le «Prenons », exprime selon Émile Benveniste, «une
personne amplifiée et diffuse ». De même, cette première personne du pluriel
est un embrayeur et donc un sujet englobant l' énonciateur et le destinataire,
plaçant ce dernier comme co-énonciateur, voire comme énonciateur tout
court: le Parlement c'est nous, c'est «nous» les Européens. Cette formule
entend signifier aux citoyens que leur vote est donc un geste totalement naturel
et qu'ils agissent en le faisant dans leur propre intérêt. Il a une utilité réelle,
grâce à lui, les citoyens agissent sur le devenir de l'Union. Le sous-entendu est
donc que ne pas voter, revient à ne pas se soucier de son propre intérêtl6.
16 « Prendre l'Europe en main» indique en effet une idée de proactivité très loin de la passivité-
de l'abstentionniste. Le passif est une personne qui vivote et n'agit pas. Il se laisse porter par
les évènelnents et, au final, les autres choisissent à sa place. L'abstentionniste est un passif.
«On» choisit pour lui, à sa place. Le remède à cette passivité c'est le vote. Voter est un verbe
23Ce message d'incitation suggère également que jusqu'à présent les
citoyens se sont désintéressés de l'Europe et que, du coup, «on» a pris
l'Europe en main à leur place et donc décidé à leur place. Nous, les européens
avons la possibilité d'inverser la tendance le 13juin en votant.
Sur cette affiche, nous retrouvons le positionnement déjà relevé lors de
l'analyse de l'identité visuelle du Parlement européen: le Parlement incarne
les citoyens, il est leur voix et agit par et pour eux.
2. 1.5. Le spot audiovisuel
Dans les dix nouveaux pays de l'Union, le spot a été diffusé à la télévision
avec des passages payants et dans les grands réseaux de cinéma. Dans les
autres États, des passages gratuits sur des grandes chaînes de télévision ont
été négociés, avec assez peu de résultats, les chaînes étant très sollicitées
par les ONG et autres organisations humanitaires etc. En revanche, le film a
bénéficié d'une large diffusion dans les réseaux les plus importants de salles
de cinéma 17.
Le spot audiovisuel fait certainement partie des moyens de communication
les plus complexes à réaliser, ici d'autant plus que c'était le seul média
totalement identique pour toute l'Union européenne. Seule la langue utilisée
pour les rares messages linguistiques présents différait selon les pays. C'est
ce qui en fait l'un des éléments les plus intéressants à étudier. Comme nous
l'avons déjà souligné, peu de grandes entreprises transnationales se sont
actif, carvoter est une action. « Prendre l'Europe en main» peut également désigner l'action de
prendre le bulletin de vote en main. En votant, on agit et on construit. Cette formule est plutôt au
», «prendrediapason avec les discours actuels (surtout américains) qu'il faut « aller de l'avant
sa vie en main» etc. « Prenons» avec son sujet englobant, signifie également que, le Parlement,
c'est nous les citoyens. Il ne s'agit pas ici d'un « nous» par rapport à un « vous» qui désignerait
les citoyens, nlais d'un «nous» englobant. Le locuteur et les destinataires sont les mêmes
personnes. Le sous-entendu est que le Parlement est les citoyens: il agit en leur nom, par les
citoyens et pour eux. Qui parle? À qui? Les citoyens parlent aux citoyens. Les bonhommes sont
là également pour rappeler cette évidence. La disposition légèrement de biais des bonhommes
apporte une dynamique à l'ensemble, une impression d'action. Ils avancent ensemble, l'Europe
avance avec les bonhommes ou encore, l'Europe est ces bonhommes qui forment un ensemble.
Quand ils agissent et avancent, l'Europe avance. Cette même dynamique se retrouve ainsi dans la
disposition du verbe voter. Le parallèle est clair: ce sont les citoyens et leur vote qui font avancer
l'Europe. Le verbe à l'impératif «Votons! », ainsi que cette disposition légèrement en biais,
signifient Agissons! Réveillons-nous! etc. Le sous-entendu est, bien sûr, qu'il faut se réveiller
et agir tous ensemble.
17 En France, UGC/ParamountJMégaCGR et Pathé/Gaumont/MK2/Kinépolis (voir le tableau-
3 récapitulatif des actions menées dans l'hexagone).
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