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Chronique des années 1940-1970

De
288 pages
Le bon sens populaire dit que nul n'est prophète en son pays. Jeune garçon, Claude Rosales était persuadé d'appartenir au pays où l'on vivait le plus heureux. La fin des années trente ne lui laissait augurer d'aucun événement important. Mais qu'en serait-il de la prochaine décennie ? En acceptant de le suivre, nous allons vivre (ou revivre) cette proche et relativement courte mais si importante période de notre histoire, qui a vu tant de si profonds bouleversements.
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Graveurs de Mémoire
Claude Rosales
Uneépoquebientranquille
dCehroniques années 1940-1970
      Chronique des années 1940-1970  
     
Une époque bien tranquille  
                  
   
  Graveurs de Mémoire   Cette collection, consacrée essentiellement aux récits de vie et textes autobiographiques, souvre également aux études historiques  *       
        La liste des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.harmattan.fr
Claude Rosales       Chronique des années 1940-1970   Une époque bien tranquille                
 
 
 
 
Du même auteur    Journal d'un rappelé d'Algérie, mai-novembre 1956, 200 jours entre Alger et Djelfa , 2008.   
                       
    
 
© L'H ARMATTAN , 2013 5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris   http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr  ISBN : 978-2-296-96628-4 EAN : 9782296966284
 
 
 
 
 
   
 A Rémi, mon très cher fils.  En souvenir de Golda et Thérèse Leibowitch, de Sidonie Krzemien, Aaron Schlachter, et de tous ceux qui nont pour sépulture que notre mémoire .
   
 
 
 
  J'ai toujours rêvé d'être Monsieur Tout le Monde, mais je ne le suis pas et ne le serai jamais. Sur la Terre d'aujourd'hui je suis un émigré venu d'un autre monde, d'une autre planète où j'ai vécu de 1939 à 1944. C'est peu. Mais pour ceux qui n'ont pas connu cette période, comment pourraient-ils comprendre qu'il me sera toujours impossible d'être tout à fait comme eux ? Même la femme qui partage ma vie ne parviendra jamais à pénétrer mon for intérieur.
C HAPITRE 1  M ES ANCÊTRES LES G AULOIS  
Le bon sens populaire dit que nul n'est prophète en son pays. Le petit garçon que j'étais à l'aube de mes six ans en est l'exemple parfait. Je découvrais tout juste l'école communale, et dès la première semaine je rentrais chez moi en criant à tue-tête : Il y a deux mille ans, notre pays s'appelait la Gaule et ses habitants les Gaulois.   Le peintre italien, qui rafraîchissait l'escalier de l'immeuble de la rue de la Roquette où nous habitions, criait alors plus fort que moi : -C'est pas vrai. Y'a pas deux Milan. Y'en a qu'une, et c'est la plus belle ville du monde. Je me laissais rapidement persuader que j'étais né dans le pays dont on pouvait être le plus fier, où l'on vivait le plus heureux. Le monde entier nous admire et nous envie. Nous sommes les plus forts. Nous avons un vaste Empire, des alliés presque aussi forts que nous. Personne n'oserait nous attaquer. Ma bonne grand-mère maternelle ne disait-elle pas « Heureux  comme Dieu en France? » Quant à mon père, son credo était qu'en France le pain est meilleur qu ailleurs. Il ' ne pouvait qu'avoir raison vu le nombre de malheureux étrangers qui affluaient alors dans notre si beau pays. Ils étaient tellement attirés par ce bon pain. Pour quel autre motif fuiraient-ils leur terre natale ? Malgré tout cela je ne me trouvais pas satisfait de mon sort. Une pensée m'obsédait. Pire, une insatisfaction, ou
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plutôt une frustration. Il semblait que j'étais né à une époque où il ne se passait rien. Tout avait déjà été fait. Cette fin des années trente ne laissait augurer d'aucun événement intéressant. Encore moins de passionnant. Et pourquoi en serait-il autrement de la prochaine décennie ? Pour ne pas sombrer dans la grisaille d'une vie sans grand intérêt, il ne me restait donc qu'à apprendre à lire au plus vite. Je pourrais alors vivre par livres interposés l'épopée de tous nos glorieux « Ancêtres », lointains ou encore proches, dans le culte desquels mon institutrice et surtout mon directeur d'école s'étaient donné la mission de nous former. En même temps que la lecture, j'apprenais mes premiers rudiments de judéo-espagnol et de yiddish, mais c'était dans la cour de récréation. Parmi mes condisciples de l'école primaire de la rue Keller, il y avait une forte proportion de fils et de petits-fils d'émigrés pratiquant encore à la maison leur langue d'origine. Mes petits copains étaient de ce fait parfaitement bilingues. Quel plaisir, pendant les récrés, que de pouvoir se traiter de cachcara de  huevos  (épluchure d'uf) ou de  tapon  (bouchon de vidange). Ou encore de michouguéné  (imbécile) ou de toto-chlémil (idiot du village), suivant que l'on se disputait avec un séfarade ou bien un ashkénaze Ces graves insultes étaient les pires offenses à pouvoir être jetées à la figure de l'antagoniste. J'ai bien appris quelques rares autres mots d'espagnol de ma grand-mère paternelle, mais ce n'était pas suffisant pour me permettre de tenir un rôle très actif dans les joutes oratoires de la récré. Pour ce qui est de ma grand-mère maternelle, cette sainte femme qui me chérissait tant, elle a été déportée alors que j'étais encore bien jeune. Elle n'a pas eu le temps de véritablement marquer mon éducation. S'il n'y avait pas eu la guerre, je n'aurais sans doute jamais su que j'étais Juif. Ou tout au moins je n'aurais eu qu'une très vague idée de ce qu'est être Juif.
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J'étais une espèce de métis, né d'un père judéo-espagnol et d'une mère française d'origine ashkénaze. J'aurais dû bénéficier d'une partie de la culture de chacun. En fait, sur ce plan, je n'ai rien hérité de mes ancêtres, car à la maison nous ne parlions que français. Mon père, né à Istanbul, était venu en France à l'âge de six ans dans des conditions picaresques. Sa famille descendait des marranes. Ces Juifs-Espagnols, ou plutôt ces Espagnols-Juifs, avaient été chassés d'Espagne en 1492 par Isabelle la Catholique. Ils avaient eu à choisir entre la conversion, le bûcher, ou l'exil. Ils furent précédés d'exactement cent ans par une autre vague d'exilés qui partirent s'établir en Afrique-du-Nord en 1392, devenant ainsi les premiers pieds-noirs. Tous ces Juifs s'étaient établis en Espagne après la destruction du Second Temple de Jérusalem. Ils avaient donc contribué à la grandeur du pays depuis près de quinze siècles. Certains étaient devenus des grands du royaume, et leur départ a été cruellement ressenti, aussi bien sur les plans économiques que culturels. Un de mes ancêtres avait été le médecin personnel du roi Manuel Premier du Portugal. À l'époque, médecin et astrologue ne formaient souvent qu'une seule et même profession. Son nom était Bocado, ou Bocaro, à rapprocher peut-être du mot boca : La bouche, ou bavard, en espagnol de l'époque. Il avait prédit une grande victoire à son roi et donné un pronostic des plus favorables quant à la santé du prince-héritier. Or, celui-ci venait de décéder et le roi subit une défaite écrasante. Mon ancêtre le Bavard ne dut qu'à sa fuite de rester en vie. Il partit pour l'Italie et changea son patronyme pour celui moins connu de Rosales, que mon fils et moi portons encore avec fierté. Pour pouvoir rester en Espagne, un certain nombre de Juifs se sont convertis. Même les plus sincères de ces conversos  ont rarement été acceptés comme Espagnols à part entière par les catholiques d'origine. D'autres se sont faussement
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