Chroniques de la folie incarcérée

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Ce livre aborde la question de la prise en charge des détenus souffrant de graves troubles psychiatriques et de la difficulté de leur prise en charge pour le personnel soignant au sein de l'institution carcérale mais aussi au sein des services de psychiatrie générale qui ont beaucoup de mal à les accueillir. L'arrivée de nouvelles unités à l'hôpital amène notamment à s'interroger sur le nouveau partenariat entre l'administration pénitentiaire et l'administration sanitaire.
Publié le : samedi 1 janvier 2011
Lecture(s) : 81
EAN13 : 9782336273457
Nombre de pages : 131
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CHRONIQUES DE LA FOLIE
INCARCÉRÉE
Questions Contemporaines
Collection dirigée par J.P. Chagnollaud, B. Péquignot et D. Rolland

Chômage, exclusion, globalisation… Jamais les « questions
contemporaines » n’ont été aussi nombreuses et aussi
complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions
Contemporaines » est d’offrir un espace de réflexion et de débat
à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser
autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles
pistes à la réflexion collective.

Derniers ouvrages parus

Jean-Pierre DARRÉ, De l’ère des révolutions à l’émancipation des
intelligences, 2011.
Jean-Pierre LEFEBVRE, Pour une sortie de crise positive, Articuler
la construction autogestionnaire avec le dépérissement de l’État,
2011.
Jean-René FONTAINE et Jean LEVAIN, Logement aidé en France,
Comprendre pour décider, 2011.
Marc WIEL, Le Grand Paris, 2010.
Theuriet Direny, Idéologie de construction du territoire, 2010.
Carlos Antonio AGUIRRE ROJAS, Les leçons politiques du
néozapatisme mexicain, Commander en obéissant, 2010.
Florence SAMSON, Le Jungle du chômage, 2010.
Frédéric MAZIERES, Les contextes et les domaines d'interventions de
l'Attaché de Coopération pour le Français, 2010.
Noël NEL, Pour un nouveau socialisme, 2010.
Jean-Louis MATHARAN, Histoire du sentiment d'appartenance en
eFrance. Du XII siècle à nos jours, 2010.
Denis DESPREAUX, Avez-vous dit performance des universités ?,
2010.
Vincent TROVATO, Marie Madeleine. Des écrits canoniques au Da
Vinci Code, 2010.
Ricciarda BELGIOJOSO, Construire l'espace urbain avec les sons,
2010.
Collectif des médecins du travail de Bourg-en-Bresse, La santé au
travail en France : un immense gâchis humain, 2010.
Cyril LE TALLEC, Petit dictionnaire des cultes politiques en France,
2010.
Steven E. Stoft, Dépasser Copenhague : Apprendre à coopérer.
Proposition de politique mondiale post-Kyoto, 2010.

Noura BASSI





CHRONIQUES DE LA FOLIE
INCARCÉRÉE




AU « NON » DU SOIN














































© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-13733-2
EAN : 9782296137332





Remerciements

Je tiens à remercier particulièrement mon directeur de
mémoire, par sa présence et ses conseils, j’ai eu cette envie d’écrire ;
sans ces paroles, ce mémoire n’aurait probablement pas été rédigé de
cette façon.


Je tiens à remercier toutes les personnes qui m’ont soutenue :
Brigitte, Alexandre, Nora, Caroline, David, Françoise, Damien et
mon amie Hanane…


Au Directeur adjoint des Prisons de Lyon, aux surveillants et
brigadiers qui m’ont accueillie chaleureusement lors de mes entretiens
et de ma visite à la maison d’arrêt de Corbas. Je souhaite les remercier
vivement, leur accueil m’a profondément émue.




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« Septembre 2008, je rentre à l’Institut de Formation des Cadres
de Santé, je ne suis pas stressée mais probablement une année
difficile, une année charnière où pendant neuf mois je vais me
préparer à obtenir mon diplôme de cadre. Je suis à nouveau étudiante,
cela fait un peu bizarre… J’ai déjà oublié …
Cela fait une vingtaine d’années que j’ai quitté « les bancs de la fac »,
les contrôles continus, les évaluations. Il faut donc que je réapprenne
à reprendre le rythme scolaire, « régresser » un peu, cela va me faire
beaucoup du bien…

Je quitte l’hôpital, les plannings, les journées chargées, les réunions
d’encadrement et pendant une année je vais pouvoir me poser,
réfléchir et échanger avec d’autres étudiants. Et puis, on sait qu’il y a
le mémoire de fin d’études, j’y pense déjà à ce travail de fin d’études
dont tout le monde parle, les anciens élèves qui ont quitté l’institut, ils
nous mettent un peu la pression, ils sont déjà passés par là et cela les
amuse un peu…
Et puis, il y a le séminaire mémoire, les échanges entre les
étudiants de la promo, on en discute lors de la pause café, du
déjeuner, entre deux portes. Il faut écrire soixante pages, quarante
qu’importe, je n’ai pas envie de compter le nombre de pages, il faut
écrire quelque chose, écrire une histoire. Le fait est que j’ai besoin
d’être heureuse dans l’écriture. Écrire consiste à mettre en mots le
fruit de sa pensée et donc du cheminement qui est la caractéristique
de la pensée. Le travail de fin d’études est « celui d’un humain qui va son
chemin en se montrant soucieux de l’humanité et qui infère le fruit de ce
cheminement dans la capacité personnelle qu’il fait grandir, qu’il fait advenir de
conjuguer, dans l’aide à vivre qu’il propose, l’attention portée à soi, à l’autre, aux
autres et au monde. Le travail de fin d’études est celui qui contribue au soin par le
1travail d’humanitude qu’il contient » .

Mon livre n’est pas un roman, ni un récit de science fiction, il
pourrait être un conte mais les fées n’existent pas. Il retrace une
histoire carcérale, une histoire de rencontres, des histoires de vie, les
histoires de Jonathan, Zyad et tous les autres… .


1 HESBEEN Walter. Travail de fin d’études, travail d’humanitude, se révéler
l’auteur de sa pensée, Masson, Paris, p. 117.
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La prison reste un lieu de fascination et de crainte sur ce qui se
passe et sur ce qui ne se passe pas. Neuf années d’expérience m’ont
permis de faire le constat : la fonction d’asile s’est déplacée
progressivement de l’institution psychiatrique vers l’institution
pénitentiaire. Les secteurs de psychiatrie entre élargissement de leurs
missions et appauvrissement en lits n’ont plus les moyens de faire
face aux situations pathologiques ou des états frontières associés à des
comportements délinquants et violents.

Mon histoire est en lien avec mon parcours professionnel, c’est
mon histoire, l’histoire de cette infirmière « d’origine maghrébine »
qui a fait le choix un jour de travailler auprès de cette population si
démunie, qui a tenté d’apporter des soins de qualité pour ces détenus
malades, ces « fous », ces hommes qui cumulent les deux étiquettes
« détenu » et « fou », les plus stigmatisés de notre société.
Mes parents n’ont jamais compris mon choix professionnel,
surtout ma mère qui pensait que j’étais « une infirmière discount »,
« une mauvaise infirmière » et que probablement l’hôpital m’avait
punie en m’envoyant chez « les voyous », pour elle « si li salopard, si li
voyou » me disait- elle (avec son accent).

Cette expérience m’a profondément marquée tant l’engagement
du soignant dépasse largement le cadre habituel du soin en institution
hospitalière.

Je ne vous ai rien épargné, ni mes angoisses, ni ma colère, ni ma
peur lorsque j’ai pénétré pour la première fois aux prisons de Lyon, ni
même l’absurdité d’une institution pétrie de paradoxes, ni même
l’empathie pour les êtres humains que j’ai soignés, ceux que j’ai
croisés dans les coursives, ceux qui simulaient un mal de ventre mes
jours de garde pour passer quelques minutes avec moi à l’infirmerie.

Mon histoire est une histoire de « fou », elle est authentique et je la
dédie à tous ces « fous » que j’ai soignés…….




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« A Jonathan, Zyad et tous les autres, dans les
murs des prisons de Lyon. J’ai entendu et soulagé
votre souffrance. Votre rencontre a éveillé mon
intérêt de l’homme détenu par un autre homme.
Et je crois en un avenir meilleur…. »
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Peut-on jamais se relever d’une condamnation ?
Peut-on s’en relever Tout seul »
André Gide Souvenirs de la cour d’assises
(1912)



INTRODUCTION
Notre société a toujours abordé la question de la folie sous cette
angle : il lui a fallu d’abord s’en protéger car elle fait peur, elle est
considérée comme perturbante pour le bon fonctionnement social,
voire dangereuse. Fous, délinquants, criminels se retrouvent une fois
de plus sous le même toit, celui de la prison comme au temps de
Louis XIV…

Il y a un constat important dans notre société ; c’est le
pourcentage alarmant de détenus présentant des troubles mentaux :
les pathologies lourdes et ingérables sont de plus en plus présentes en
2prison : « les maladies psychiatriques y sont 20 fois plus fréquentes » . On peut
remarquer que les services de psychiatrie générale sont en grande
difficulté pour prendre en charge les malades difficiles et violents :
fermeture successive des lits, les portes des hôpitaux psychiatriques se
sont ouvertes, les asiles ont disparu. Ce changement a exclu une
partie de la population. Faute de structures, certaines personnes
errent sans soins jusqu'à ce qu’un jour elles basculent dans la
délinquance et échouent en prison car elles n’ont plus de place nulle
part, ni à l’hôpital ni ailleurs, et c’est bien la maladie qui souvent
entraine l’acte délinquant. On voit de plus en plus arriver en
détention des individus qui de toute évidence devraient bénéficier
d’une hospitalisation plutôt que d’une incarcération. La prison est
devenue un asile psychiatrique : « des histoires de fous. » Des fous
que les prisons de France se refilent comme « des patates chaudes ».
Le constat est alarmant : huit hommes incarcérés sur dix présentent


2 SALOMEZ J-L. Professeur d’épidémiologie et de santé publique de
Lille 2.
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