//img.uscri.be/pth/442b2ed1b3cdc66cba2d809e81aa8fd4da2e56a8
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Citadins et développement des campagnes au Cameroun

De
231 pages
Au Cameroun, les citadins jouent un rôle important dans le développement des campagnes. Depuis le début de la crise économique en cours, ils y représentent un puissant facteur de mutation de l'agriculture et d'amélioration des conditions de vie. L'ouvrage aborde cette question à la lumière des recherches bibliographiques et d'une longue pratique de terrain. Lancées au début des années 1950, les initiatives des citadins en faveur du monde rural au Cameroun ne cessent de s'étendre, sous forme d'aide en espèces, en nature, de commerce, de routes, de formations scolaires et sanitaires...
Voir plus Voir moins

KENGNE

FODOUOP

CITADINS n DEVELOPPEMENT DES CAMPAGNES AU CAMEROUN

Préface Pierre

de

VENNETIER

2003 ISBN: 2-7475-4903-8

@ L'Harmattan,

KENGNE

FODOUOP

CITADINS ET DEVElOPPEMENT DES CAMPAGNES AU CAMEROUN

Préface Pierre
Directeur Professeur émérite à l'Université de recherche

de
honoraire au CNRS - Bordeaux

VENNETIER
Michel de Montaigne

III

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Collection« Interdépendance africaine: Études africaines » Dirigée par Yves Ekoué Amaîzo

Dernières parutions

Yves Ekoué AMAIZO, L'Afrique est-elle incapable de s'unir, 2002. Atsutsè Kokouvi AGBOBLI, Le monde et le destin des Africains. Les enjeux mondiaux de puissance, 2002.

Citadins et développement des campagnes au Cameroun

Aux citadins et aux paysans du Cameroun, En témoignage d'admiration, d'encouragement et de solidarité

Aux hommes d'ici et d'ailleurs par qui la Terre reçoit et renouvelle sa vie

Citadins et développement des campagnes au Cameroun

«Le moment est si grave qu'il faut attirer l'attention des multitudes sur ce problème du livre et de la lecture. Il ne faut pas se lasser de répéter que le livre tient désormais lieu de mémoire à l'humanité tout entière, que le livre contient ce qui m'est arrivé d'appeler nos recettes de vie, que tout ce que nous savons est dans nos livres, que le livre exige de nous un effort salutaire, qu'il nous permet la réflexion et le travail intellectuel, que notre civilisation, en bref, pourrait s'appeler la civilisation du livre».

Georges Duhamel

Kengne

Fodouop

Du même auteur

.

Les petits métiers de rue et l'emploi. Le cas de Yaoundé. Yaoundé, SOPECAM, 1991.

.
.

Le secteur informel porteur de technologies de la ville de Yaoundé. Bilan d'une enquête. Yaoundé, Imprimerie Saint PaulIFondation Friedrich-Ebert, 1992.
The Impact of Second Hand Footwear in Cameroon. Case Study. Haarlem, SV &A, 1999. Un demi siècle de recherche urbaine au Cameroun, (en collaboration avec Athanase BOPDA). Yaoundé, PUY, 2000. Economie informelle et développement dans les pays du Sud à l'ère de la mondialisation, (en collaboration avec Alain METTON). Yaoundé, UGI/PUY, 2000. Sociétés et environnement au Cameroun, (en collaboration avec Georges COURADE). Yaoundé, Imprimerie Saint Paul, 2000.

.
.
.

.

Producteurs ruraux dans la crise au Cameroun. La province du Centre, (en collaboration avec ALI DE JONG) Paris, L'Harmattan,2002.

Citadins et développement

des campagnes au Cameroun

SOMMAIRE
Pages
Avant-propos Préface Introduction
Première partie Formes et ampleur des apports des citadins aux campagnes

Il 13
17

29 33 45 67 89 107 123

Chapitre 1 : L'aide aux villageois Chapitre 2 : Les maisons rurales des citadins
Chapitre 3 : Le développement Chapitre 4 : L'aménagement Chapitre 5 : L'animation des activités agricoles des équipements collectifs et de services

des activités d'échanges

Chapitre 6 : Les disparités spatiales des apports des citadins aux campagnes Deuxième partie

Le pourquoi et le comment des apports des citadins aux campagnes
Chapitre 7 : Les motivations des citadins Chapitre 8 : Origines des fonds mis en oeuvre
Chapitre 9 : Transferts les campagnes Troisième partie et investissements des fonds dans

131 135 149 161

Le monde rural, l'Etat et les citadins
Chapitre 10 : Les limites de l'action de l'Etat dans les campagnes Chapitre Il : Des initiatives utiles Conclusion Références bibliographiques Annexes

167 171 187 203 211 219

Citadins et développement

des campagnes au Cameroun

AVANT-PROPOS
Cette étude est la première synthèse géographique sur la prise en charge du développement des campagnes par les citadins au Cameroun. Fruit d'un effort collectif auquel ont participé de nombreux étudiants et employés de l'Université de Yaoundé I, ainsi qu'un certain nombre de collègues camerounais et étrangers, elle examine sur la base des recherches bibliographiques et des observations et enquêtes de terrain approfondies, les formes, l'ampleur, le pourquoi, le comment et l'utilité des apports des citadins aux campagnes. Au cours de sa réalisation, nous avons rencontré bien des difficultés liées à l'immensité de la zone d'étude, à l'insuffisance des moyens de recherche, aux lacunes de la documentation relative au sujet abordé, à la réticence d'une partie de nos informateurs et à l'inconfort des voyages et de l'hébergement dans les villes et les villages. Au moment de remettre cette étude à l'impression, nous tenons à exprimer notre profonde reconnaissance et nos chaleureux remerciements à tous ceux qui ont contribué à son élaboration: - tous les citadins des plus modestes aux plus influents qui se sont prêtés de bonne grâce à nos questions en dépit de leurs multiples occupations et soucis quotidiens; - les habitants des campagnes du Cameroun qui pendant une vingtaine d'années nous ont permis de nous déplacer librement parmi eux, les yeux ouverts avec tant de compréhension sympathique que de curiosité et d'intérêt; - les nombreux étudiants et employés de l'Université de Yaoundé I qui nous ont apporté une aide inestimable dans la collecte des données de première main;

12

Kengne

Fodouop

-le Ministère français de l'Education Nationale et de la Culture et la Mission Française de Coopération au Cameroun avec le concours financier desquels nous avons effectué deux missions de recherche bibliographique en France respectivement du 1eroctobre au 20 décembre 1994 et du 3 novembre au 3 décembre 1997; - nos collègues Serge MORIN, François BART (Université Michel de Montaigne-Bordeaux III), Alain DUBRESSON (Université de Paris X), Guy MAINET (Université de Bretagne Occidentale), Alain METTON (Université de Paris XII-Val de Marne), Michel BROCHU (Université de Paris VII-Denis-Diderot), Esther BOUPDA (Université de Douala) et Athanase BOPDA (Institut National de Cartographie du Cameroun), dont les commentaires et les avis ont contribué à rendre les propos exposés dans cette étude plus explicites; - Monsieur Pierre VENNETIER, Directeur de recherche honoraire au CNRS et Professeur émérite à l'Université Michel de Montaigne-Bordeaux III, qui nous a suggéré le thème abordé ici, et dont les conseils et les critiques utiles nous ont conduit à réviser le texte et à en améliorer considérablement la forme, le style et le fond; - Enfin notre épouse Madeleine KENGNE, nos enfants Carine Guilène, Jocelyne Pamela et Joël William KENGNE, nos parents Thomas et Marceline FOAKA et nos amis Zéphirin TZUKAM, Nestor BEMMO, Lucas BENGONO, Thomas TEKOU, Fidèle MOUAFO, et Emile FOKOU dont les encouragements nous ont été très utiles. Yaoundé-Nsimeyong II,17 septembre 2002 KENGNE FODOUOP

Citadins et développement

des campagnes au Cameroun

PREFACE
L'ouvrage que publie aujourd'hui le professeur KENGNE FODOUOP est le fruit d'une enquête de plusieurs années qui s'est étendue à l'ensemble du territoire camerounais. Il a pour thème un phénomène auquel les géographes, les sociologues, les économistes, se doivent d'accorder une attention extrême. Au cours de la décennie 1960-1970, nous avions eu l'occasion de noter la multiplication, au Congo, des «domaines ruraux» que les citadins aisés établissaient dans la zone péri-urbaine de Brazzaville et parfois au-delà, soit en les créant de toutes pièces, soit en rachetant leurs établissements à des expatriés en instance de départ. Il s'agissait souvent de fermes avicoles ou porcines, mais aussi de vergers, voire de cultures vivrières, dont les produits étaient destinés à l'approvisionnement urbain, un marché en rapide progression. Ce «mouvement», qui répondait à une situation très générale en Afrique noire au lendemain de l'indépendance, s'est évidemment manifesté un peu partout; il a même parfois reçu un encouragement officiel comme au Mali sous des formes particulières liées au régime politique d'alors, ou en Côte d'Ivoire, où le Président HOUPHOUET-BOIGNY a «invité» les ministres et hauts fonctionnaires à investir sous cette forme dans les campagnes, lui-même donnant l'exemple, notamment près de son village natal, Yamoussoukro. Il n'y a d'ailleurs guère de Chefs d'Etat qui, au cours des dernières décennies, n'aient pas créé, dans leur région d'origine, un «domaine du Président», exploitation agricole ou ferme d'élevage. Ces investissements citadins en milieu rural, dont on parlait peu parce qu'ils n'étaient pas très nombreux et connaissaient souvent une existence

14

Kengne Fodouop

difficile, répondaient à diverses motivations: le profit par la vente d'une partie de la production, mais aussi le désir latent de faire montre de sa réussite sociale et financière. En créant quelques emplois sur place, ces exploitations apportaient un peu d'argent à des villageois démunis, et pouvaient peut-être inciter certains à modifier quelque peu leurs habitudes ancestrales. Mais ce n'était encore là que les très modestes prémisses d'une évolution souhaitable. Dans différentes publications, au cours des années 1970, nous avions attiré l'attention sur le rôle moteur que pouvaient jouer, dans l'évolution des campagnes, à la fois la demande par les villes de denrées vivrières en quantités considérables et croissantes, et l'exemple de méthodes de production plus performantes introduites par les citadins dans leurs exploitations rurales; l'une et l'autre pouvaient amener les paysans à modifier d'une part leur rapport au foncier - le régime du droit coutumier, communautaire, excluant la propriété privée - d'autre part leurs techniques traditionnelles de culture et l'économie d'auto-subsistance, qu'ils avaient jusqu'ici pratiquées. A partir du moment où le mil, l'igname, la banane plantain, le manioc... devenaient des produits commercialisables, des «cultures de rente», ils ne pouvaient que généraliser une économie monétaire d'échange, qui n'avait pris jusqu'alors une certaine ampleur que dans les zones de cultures d'exportation. Divers ouvrages ou articles ont déjà donné une idée des modifications économiques et sociales que connaît de ce fait le monde rural en Afrique noire. Avec cette étude du rôle des citadins camerounais dans le développement du monde rural, l'auteur élargit en quelque sorte la vision des rapports entre villes et campagnes, qui ont fait, il y a quelques décennies, l'objet de vives controverses. Les uns voyaient dans les villes des sortes d'organismes parasites vivant aux dépens des campagnes dont elles tiraient leur population et leur économie, et par ailleurs des milieux où se dissolvaient la société et les mœurs traditionnelles; c'était la ville prédatrice. Certains au contraire en faisaient des ferments de modernisation d'où devaient partir les impulsions qui amèneraient une évolution positive de la société rurale et de ses techniques de production. Le phénomène étudié ici présente un caractère particulier et original. Il est né des motivations non plus seulement économiques, mais

Préface

15

aussi sociales, de citadins qui ne sont pas attachés seulement à retirer un profit personnel de leurs investissements ruraux, mais s'efforcent, par attachement à leur village ou à leur région d'origine, et bien sûr aussi pour manifester aux yeux de tous leur propre réussite, d'apporter aux villageois non seulement une aide financière ou matérielle en produits de consommation, mais en implantant chez eux des équipements administratifs, sociaux, sanitaires, culturels et cultuels, d' améliorer leur vie quotidienne de manière substantielle. Attachement filial ou au lieu de naissance, souci de prestige, volonté de progrès, toutes ces motivations convergent pour aboutir à de multiples réalisations dont un périple, dans les régions de l'Ouest notamment, permet d'en apprécier le nombre, la variété, et parfois l'ampleur et la richesse. Au fil des pages, l'auteur nous fait découvrir les formes multiples que revêtent les investissements réalisés, dont l'ampleur, régionalement du moins, ne laisse pas de surprendre. Il nous permet de mesurer ainsi la part prise dans l'amélioration de la vie des ruraux, tant à titre individuel que dans le cadre de ces multiples «Associations des Originaires de...» ou «Associations des Elites de...» par des citadins désireux de «faire quelque chose» pour leur village ou leur canton, même au prix de sacrifices financiers considérables. Faire parvenir des dons en espèces ou en nature à la parentèle villageoise existe depuis la naissance des villes et témoigne des liens qui perdurent entre elle et le citadin; cela relève d'un devoir de solidarité, que le milieu urbain n'a pas encore fait disparaître. Mais financer la construction d'un pont, d'une route, d'un établissement primaire, secondaire, voire supérieur, d'un centre de santé et même d'un centre administratif, se situe à un tout autre niveau. Même si l'on s'étonne parfois devant certaines villas de citadins dont les matériaux, l'architecture, le luxe détonnent quelque peu dans le milieu où elles sont érigées, elles ne peuvent faire oublier les réalisations directement utiles aux villageois. Il faut bien entendu se féliciter de cette «prise en main» par des citadins d'une certaine forme de développement rural. Mais l'auteur a raison de souligner deux points particuliers. D'une part, ces réalisations sont fort inégalement réparties dans le pays, et leur densité maximale en pays Bamiléké est le fruit du dynamisme particulier et du très fort attachement de cette ethnie à «sa terre». Ce n'est pas le cas général, et certaines régions du Cameroun sont beaucoup moins bien loties

16

Kengne Fodouop

en la matière. D'autre part, le développement et l'intensité de ce phénomène ne sauraient autoriser les Pouvoirs publics à se désengager de ce qui relève de leur responsabilité. Si spectaculaires soient-elles parfois, ces réalisations d'origine privée ne peuvent pas remplacer une politique agricole et une politique d'équipement à l'échelle nationale, qui exigent des capitaux autrement plus importants que ceux dont disposent de simples citadins, fussent-ils très riches. Or, il est inquiétant de constater que des multiples projets ou opérations de développement ruraux lancés ici depuis quatre décennies à grand renfort de discours officiels, beaucoup n'ont obtenu que des résultats médiocres ou ont plus ou moins rapidement été abandonnés. Il est alors tentant, pour l'Etat, de laisser ses citoyens «faire tout le travail» à sa place et lui remettre ici une route bitumée, là une école, un collège, un hôpital, qui tombent dans son escarcelle sans bourse délier. . . Le Cameroun n'a pas loin de là hélas, le monopole de ces échecs. Seraient-ils inéluctables? Certainement pas! Et l'analyse des faits met pourtant à jour les mêmes erreurs: «parachutage d'en haut» des projets, à propos desquels les supposés bénéficiaires n'ont pas été consultés, hypertrophie d'un encadrement administratif coûteux, gestion très «approximative» des moyens financiers, etc. Remédier à ces défauts ne doit pas être impossible, mais dans quels délais? Il faut aussi se rappeler - maints exemples le prouvent - que si l'on met à leur disposition un certain nombre de moyens souvent modestes et si l'on fait appel à leur participation personnelle, les paysans africains, comme ceux d'ailleurs dans le monde, savent parfaitement œuvrer au mieux de leur intérêt. Sans doute l' oublie-t-on, en haut lieu, un peu trop souvent. Bordeaux-Pessac, 23 novembre 2001

Pierre VENNETIER

Citadins et développement

des campagnes au Cameroun

INTRODUCTION
Depuis une cinquantaine d'années, les campagnes du Cameroun connaissent des changements substantiels tant dans le domaine technologique que dans le domaine économique et social. Progressivement et de façon indépendante, de nouvelles formes d'intervention humaines s'y manifestent; elles ne visent plus seulement à exploiter les campagnes et à en tirer le maximum de profit, elles les humanisent. Les premières réalisations de ce genre furent à l'aube de la colonisation européenne, les aménagements portuaires, ferroviaires et routiers. Pour eux s'ouvrirent les premiers chantiers dans la région côtière et dans le sud forestier. Ensuite, furent créées à l'initiative de l'administration coloniale et de ses alliés, les premières plantations dans le Moungo, la région du Mont Cameroun et le pays Bassa autour d'Eséka et les premières missions et écoles de campagne à Marienberg, Bétamba, Baré, Foulassi, Ako Afim, Bafou, Batibo et Efok. Au cours des cinquante années suivantes furent également créés les premiers dispensaires et centres d'Etat civil ruraux à Bali, Poli, Bandjoun, Bafut, Bétaré-Oya, Fort-Foureau, Dzeng, Bana et Dizangué. Depuis le début des années cinquante et surtout depuis l' accession du Cameroun ,àl'indépendance, le 1er janvier 1960, la puissance des engins dont sont dotées les entreprises de Travaux Publics a permis de multiplier les routes, ouvrant les campagnes à la civilisation de l'automobile; celle-ci y a favorisé et accéléré la diffusion de la monnaie et d'une gamme étendue de produits modernes comme le pain, les vêtements, les conserves alimentaires, les postes de radio, les montres, les cigarettes, les parapluies, le savon de ménage, la brosse à dents et les pâtes dentifrice. De nombreux dispensaires, collèges, chapelles, écoles, mosquées et villas y sont construits et de nombreuses exploitations agricoles et fermes d'élevage y sont créées chaque

18

Kengne

Fodouop

année. A l'heure actuelle, on y trouve en proportions variables, des plantations, des fermes d'élevage, des complexes agro-industriels, des débits de boissons, des boutiques, des menuiseries, des postes de broyage de maïs, des ateliers de couture et de photographie, des boulangeries, des garages de réparation de cycles et de voitures, des groupes électrogènes, des points de distribution d'eau potable et des services de transport automobile. Nombre de ces réalisations ont été exécutées à l'initiative ou avec le concours des citadins. En effet, depuis une cinquantaine d'années, les citadins jouent un rôle déterminant dans le développement des campagnes au Cameroun et depuis la généralisation de la crise économique en 1986, ils constituent dans certaines régions de ce pays, le principal vecteur des changements économiques et sociaux. De temps à autre, ils y fournissent un appui matériel et financier à la mise en place des infrastructures collectives initiées par l'Etat et les paysans; mais très souvent, ils agissent de manière indépendante. En effet, outre l'aide monétaire et matérielle fournie aux parents et beaux-parents restés au village, les citadins financent des infrastructures d'intérêt social comme les villas, les routes et les ponts routiers, les écoles, les dispensaires, les foyers culturels, les chapelles et les mosquées ou bien des entreprises telles que les boutiques, les débits de boissons, les boulangeries, les menuiseries, les restaurants, les postes de broyage de maïs, les ateliers de réparation de cycles et de voitures, les plantations, les fermes d'élevage ou les services de transport automobile. Poussés par diverses motivations, ils rivalisent entre eux pour doter les campagnes et prioritairement les villages dont ils sont originaires, d'infrastructures socio-économiques modernes. A cette fin, ils mobilisent de nombreux moyens et agents originaux. Leurs nombreuses contributions concourent (avec celles de l'Etat, des ONG, des organismes internationaux et des paysans), à faire évoluer considérablement les conditions de vie dans les campagnes du Cameroun. Cependant, les apports des citadins ne couvrent pas d'une trame homogène les différentes campagnes du pays. En effet, ils sont très diversifiés et très fortement implantés dans les campagnes des provinces de l'Ouest et du Nord-Ouest; ils sont assez variés et assez bien représentés dans les campagnes des provinces du Centre, du Littoral, de l'Extrême-Nord et du Sud-Ouest, mais sont en nombre plus réduit

Introduction

19

F.1- LES PROVINCRES
_ 18 Êche..1

DU CAMEROUN~

ET LEURS CHEFS-LIEUX

EN 2002

.y

'

~:
\'1-.> .

~<t)

"c: tg

,If:)

~ $

~ ~
'i

~ ~

~

~

&'~

N~ ~~

:
,~+

i

t
.

~/

~

o

t"
~

as C

<v~

~ «:- Maroua

c ": m

.

/ <v

:"
Gag>ua

)f1+"'i~.~y..",++

o c: -t o S

/

~

y..1,

~

: NORD

~

~
~~
:,. t, \:, \

Nga~undére

ADAMAOUA
of.

~.

.."
x .0 '"

"

~~ ~~ ~:~ ~~ ~~

Bertoua (I

-o~ ~~

~

YAOUNDÉ

.

EST

~'1~

j1-t

f~f..+

.tx.

.. .~~~
~~~E~<~B<LI;âtûË~ f
~.

REPUBLIQUE
DU GABON

'.

î

r' i~x
IlIgélliellr

, !

DU CONGO
Réali.\é par NGUELA Patrice, Géographe

. .,
ell Chef

20

Kengne

Fodouop

dans les provinces de l'Est, de l'Adamaoua, du Sud et du Nord. Il existe même de grandes disparités entre les campagnes se trouvant à l'intérieur de chaque groupe de provinces, en ce qui concerne la nature et la densité des apports dus aux citadins. Cette localisation disparate renforce les inégalités régionales de développement au Cameroun. Le but de la présente étude est d'examiner, à travers un bilan exhaustif de ces apports, le rôle des citadins dans l'amélioration des conditions de production et de distribution et au-delà des conditions d'existence dans les campagnes au Cameroun.

A - CADRE METHODOLOGIQUE DE L'ENQUETE
Parce que cette étude touche un territoire très étendu (475 442 kilomètres carrés) et plusieurs dizaines de milliers d'individus, il nous paraît opportun d'indiquer la méthodologie qui lui a été appliquée.

En fait, en l'absence de travaux de recherche de grande envergure qui auraient facilité sa réalisation, la présente étude tire sa substance de l'expérience directe acquise au moyen d'une longue pratique de terrain. Bien avant sa mise en route, nous avions déjà, grâce à l'expérience vécue, une certaine idée sur les contributions des citadins au développement des campagnes au Cameroun. En effet, de 1956 à 1963, alors que nous étions encore écolier à Bandjoun, notre village natal, nous avions vu des citadins y construire leurs résidences secondaires et y participer activement à la réfection des routes et des ponts; de 1978 à 1987, à la faveur des enquêtes de terrain visant à recueillir des données de première main sur notre sujet de Thèse de Doctorat d'Etat, nous avions observé de près nombre de réalisations de la société urbaine dans les campagnes du Sud Cameroun ; en outre, en notre qualité d'enseignant de géographie à l'Université de Yaoundé, nous avions depuis octobre 1977, profité des excursions avec nos étudiants pour visiter d'autres réalisations des citadins dans les campagnes du Cameroun, sans oublier notre propre expérience et notre contribution personnelle à la mise en place d'infrastructures socio-économiques modernes dans notre arrondissement d'origine.

Introduction

21

Toutefois, les données nécessaires à la réalisation de cette étude procèdent pour l'essentiel, des observations et enquêtes que nous avons menées nous-même dans les villes et les campagnes du Cameroun de janvier 1993 à décembre 2000. Au niveau des villes, nous avons d'abord effectué une enquête par questionnaire auprès des citadins qui œuvrent à l'évolution des campagnes. Dans l'impossibilité matérielle de les toucher tous, nous en avons interrogé une partie dans 37 villes choisies dans les différentes générations de villes et dans les 10 provinces que compte le Cameroun (on trouvera la liste de ces villes à la fin de cette étude). Ces citadins étant dans leur immense majorité membres des associations à caractère ethnique (associations des ressortissants d'arrondissement ou de village) ayant des réunions périodiques, c'est au sein de ces réunions que nous les avons interrogés. Ainsi, dans chacune des 37 villes de l'enquête, nous avons choisi un échantillon d'associations de citadins reflétant la diversité de taille et d'appartenance ethnique des associations mais aussi la variation du nombre des associations entre les groupes ethniques. Ensuite, nous avons placé un questionnaire standard auprès d'un échantillon de citadins de chacune des associations sélectionnées, échantillon variant selon les cas, entre 10 et 20% de l'effectif des membres présents à la réunion et reflétant la composition de cet effectif par sexes, par classes d'âge et par catégorie professionnelle. En effet, les associations de citadins que nous avons touchées, regroupaient des personnes de sexes, de situations d'âge, de niveaux d'instruction et de professions variés. Nous y avons repéré des hommes et des femmes, des individus jeunes ou âgés, des personnes dépourvues ou nanties de diplômes. Nous y avons encore relevé des fonctionnaires et agents de l'Etat, des banquiers, des ouvriers de l'industrie, des agents des forces de l'ordre, des commerçants, des artisans, des hommes d'affaires et des religieux. Au total, cette enquête a touché 5 140 citadins choisis dans

207 associations.

1

Le placement du questionnaire proprement dit s'est déroulé de la manière suivante. Au départ nous prenions contact avec le Président de chacune des associations des citadins de l'échantillon d'en1. Parmi ces associations,163 regroupaient exclusivement des hommes, 32 exclusivement des femmes et 12 des éléments des deux sexes.

22

Kengne

Fodouop

quête et convenions avec lui de la date et de l'heure du placement du questionnaire auprès des membres de son association. Aux date et heure convenues, nous nous présentions au lieu de réunion de l' association de l'élite concernée. Après notre accueil par le Président de l'association ou son représentant, en quinze minutes, nous expliquions aux membres présents l'objectif de notre enquête; au cours des quinze minutes suivantes, nous dégagions l'échantillon des membres à interroger après nous être d'abord fixé sur la composition de l'assistance par sexe, par classe d'âge et par catégorie professionnelle. Enfin, nous proposions aux membres de l'échantillon ainsi établi de remplir immédiatement le questionnaire. Chaque membre de l'élite interrogé était crédité d'un formulaire de questionnaire. Le placement du questiol1naire d'enquête auprès des membres de l'échantillon de chaque association durait en moyenne deux heures. Toujours au niveau des villes, nous avons interviewé les citadins qui, par leurs multiples réalisations, ont contribué le plus au développement des campagnes et qu'on appelle ici «bienfaiteurs». En effet, il était d'une absolue nécessité de recueillir de la bouche même de ces personnalités, des informations détaillées et précises sur les motivations, les caractéristiques et le coût de leurs initiatives en faveur des campagnes dont certaines ont coûté plusieurs centaines de millions de francs CFA. Au départ, nous prenions contact avec chacun des membres de l'élite à interviewer et convenions avec lui de la date, de l'heure et du lieu de l'entretien. Aux date et heure convenues, nous nous présentions au bureau ou au domicile du membre avec un bloc-notes et un magnétophone, car nous avons été conduit à enregistrer certaines interviews et à les retranscrire après coup. Les interviews transcrites directement et celles enregistrées au magnétophone ont été ensuite exploitées selon la méthode de l'analyse du contenu. La durée de l'interview considérée ici durait selon les personnalités entre deux heures et demie et quatre heures. Nous avons aussi interviewé des citadins de renommée plus modeste pour avoir plus de détails justement sur les relations qu'ils entretiennent avec le monde rural. Au niveau des villes enfin, nous avons tiré une partie de nos informations de première main de notre participation aux réunions de l'Association des Elites du village de Bandjoun à Yaoundé.

Introduction

23

F.2~ LES

DEPARTEMENTS CHEFS~LlEUX

OU CAMEROUN EN 2002

ET LEURS

LES

PEPARTEMENT$

(1 ~:~ ~~

~~
~~~

'6'6 ~~ ~