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Citations I

350 pages
Étude interdisciplinaire de l'intersémiotique de la citation : comment cite-t-on de l'oral à l'écrit et réciproquement? Comment cite-t-on du verbal avec du pictural, du gestuel, du musical, etc. Comment ce phénomène de citation est-il pris en charge par les nouvelles formes de communication développées par la presse et par l'internet? C'est à ces questions que s'attache ici le groupe de chercheurs international et interdisciplinaire “Ci-dit”, linguistes, sémioticiens, sociologues, historiens de l'art, littéraires...
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Citations I
Citer à travers les formes Intersémiotique de la citation
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Au cœur des textes Collection dirigée par Claire STOLZ(Université Paris-Sorbonne)
DERNIERS OUVRaGES PaRUS : 10. AURèlE CrAsson (dIR.),L’Édition du manuscrit. De l’archive de crÉation au scriptorium Électronique, 2008. 11. LUcIlE gAuDin Et gENEVIèVE sALvAn (dIR.),Les registres. Enjeux stylistiques et visÉes pragmatiques, 2008. 12. FRaNçOISE ruLLier-TheureT,Faut pas pisser sur les vieilles recettes. San-Antonio ou la fascination pour le genre romanesque, 2008. 13. valENtINa ChepigA,émile et un romain, à PaRaîtRE. 14. vÉRONIqUE monTémonT Et CatHERINE vioLLeT (dIR.),Le Moi et ses modèles. Genèse et transtextualitÉs, 2009. 15. rIdHa Bourkhis Et mOHaMMEd BenjeLLoun (dIR.),La phrase littÉraire, 2008. 16. salaH ouesLATi,Le lecteur dans lespOÉSIESde StÉphane MallarmÉ, 2009. 17. jEaN-mIcHEl ADAm Et utE heiDmAnn,Le texte littÉraire. Pour une approche interdisciplinaire, 2009. 18. FRaNçOISE simoneT-TenAnT,Journal personnel et correspondance (1785-1939) ou les affinitÉs Électives, 2009. 19. saMIa kAssAB-ChArFi (dIR.),AltÉritÉ et mutations dans la langue. Pour une stylistique des littÉratures francophones, 2010. 20. olGa AnokhinA (Éd.),Multilinguisme et crÉativitÉ littÉraire, 2011. 21. ClaIRE BADiou-monFerr An (dIR.),Il Était une fois l’ interdisciplinaritÉ. Approches discursives des «Contes» de Perrault, 2010. 22. gEOffREy ZuFFereY,L’autofiction: variations gÉnÉriques et discursives, à PaRaîtRE. 23. ANNa jAuBerT, jUaN maNUEl LÓpeZ muÑoZ, sOPHIE mArneTTe, LaURENcE rosier Et ClaIRE sToLZ,Citations I. Citer à travers les formes. IntersÉmiotique de la citation, 2011. 24. ANNa jAuBerT, jUaN maNUEl LÓpeZ muÑoZ, sOPHIE mArneTTe, LaURENcE rosier Et ClaIRE sToLZ,Citations II. Citer pour quoi faire? Pragmatique de la citation?, 2011.
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Anna Jaubert, Juan Manuel López Muñoz, Sophie Marnette,
Laurence Rosier et Claire Stolz (dir.)
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N° 23
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Les responsables de cet ouvrage tiennent à remercier Jacques Bres, Lucile Gaudin-Bordes, Véronique Magri, Dominique Maingueneau, Sylvie Mellet, Véronique Montagne, Alain Rabatel, Geneviève Salvan pour l’aide qu’ils ont apportée à la relecture des articles.
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©Harmattan-Academia s.a. Grand’Place, 29 B-1348 LOUVAIN-LA-NEUVE
ISBN 13 : 978-2-8061-0027-6
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit. Imprimé en Belgique.
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www.editions-academia.be
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IntroductIon
Là CiTàTiON ExHibéE
1 2 Juan Manuel López Muñoz et Sophie Marnette
e livre constitue le premier de deux volumes sur la question de la citation C considérée dans sa dimension matérielle. Il est la dixième publication collective du groupe international de rechercheCi-ditautour de la question du discours rapporté, ce qui prouve non seulement la vitalité du groupe mais aussi, et surtout, l’intérêt d’un sujet qui ne cesse de stimuler la curiosité des chercheurs.
Pour cette occasion, ce sont les images, les sons et les gestes qui seront utilisés comme miroirs ou fenêtres sur le discours rapporté (désormais DR). L’objectif est de faire voir par la matérialité physique combien le DR est animé. On sait en effet que toute parole comporte une part de plurisémioticité (gestes, mimiques, intonations, mise en page, typographie). Que cette part non verbale soit transformée en discours ou que le discours soit transformé en forme plastique, le passage n’est pas une opération neutre car il entraîne diverses difficultés techniques, des changements considérables à plusieurs niveaux (formels, fonctionnels) et mobilise un dispositif complexe de stratégies interactionnelles.
Pour essayer de mieux appréhender cette dimension de la citation si peu ou mal connue encore de nos jours, ce volume est organisé autour de deux axes. D’un côté, les articles réunis problématisent et actualisent la notion de DR à partir de l’étude de corpus linguistiques nouveaux ou qui sollicitent un renouvellement des études des pratiques citationnelles. Ici le processus
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Université de Cadix. Université d’Oxford.
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citationnel se place immanquablement dans une problématique d’entrelacement de codes, de médias et de genres discursifs.
D’un autre côté, la nature plurisémiotique de certains corpus demande une réflexion nouvelle sur la définition même de texte et une extension de la notion de citation à des sémiotiques non-linguistiques, ainsi qu’une révision de la terminologie courante, afin de rendre compte d’une complexité que les traditionnels « verba dicendi », ne peuvent plus recouvrir.
Deux grandes catégories de citations sont abordées dans ce livre : celles qui s’effectuent dans un seul système sémiotique (citations monosémiotiques ou intra-sémiotiques), notamment linguistique, pour lesquelles il y a transfert de codes (de l’oral à l’écrit et inversement) et celles qui s’effectuent dans des systèmes plurisémiotiques, pour lesquelles il y a translation intersémiotique. Les études réunies montrent qu’il existe des analogies de fonctionnement entre les deux types de citation, ce qui nous confirme dans notre objectif d’étendre le concept de citation à des systèmes sémiotiques autres que linguistiques.
Ce livre entend donc jeter quelques jalons pour l’étude des citations en proposant un nouvel aperçu qui puisse englober aussi bien les pratiques non verbales que celles qui, étant linguistiques, mettent en évidence les qualités matérielles de la parole rapportée (voix, gestes, postures, intonations, etc.). En outre, de nouvelles typologies de citations sont esquissées dans le but de rendre compte de la diversité des nouveaux observables. La perspective est alors double, descriptive et théorique. Il s’agit d’analyser la citation en tant que pratique significative du fonctionnement entrecroisé de différents codes ou de différents systèmes sémiotiques. Cette analyse permet de soulever plusieurs questions théoriques complexes concernant l’extension de la notion de citation à des sémiotiques non-linguistiques.
Le défi qu’on s’est imposé n’est pas simple car il s’agit de s’interroger sur ce qui permet, en dehors du code strictement linguistique, de former l’hypothèse d’un DR, évitant la trop facile identification des contenus posés à travers l’ostension avec la citation. Il faut prendre garde de bien distinguer le fait d’étaler un discours, un livre ou un objet et de citer ce même discours, livre ou objet. Pareillement, le fait d’exhiber des tableaux sur les murs d’un musée ne doit pas se confondre avec le fait de citer ces peintures : sans intention de citer (explicite ou présumée), sans articulation de deux ou plusieurs points de vue, la simple ostension de discours ou de formes plastiques ou icôniques ne relève d’aucune forme de DR. La citation sollicite l’emploi de marques
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Introduction
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amenant le recepteur/spectateur à orienter son regard du contenu montré à sa ré-énonciation. Car c’est bien dans l’interaction avec l’énonciataire que toute forme de citation trouve sa raison ultime.
Dans cette nouvelle perspective, le destinataire du DR se positionne comme observateur, il voit ce qui est rapporté, il lit ce qui a été dit, il entend ce qui a été écrit. C’est une perspective multiple qui fait travailler plusieurs sens. Il peut focaliser les différents aspects de la citation ainsi exhibée : le ludique, l’humoristique, l’esthétique, et les combiner (ou non) à la fonction messagère. La mise en avant des indicateurs vocaux, visuels et gestuels de la parole de l’autre empiète sur la fonction nécessairement messagère du DR, en faisant appel à la globalité de la perception, à la mosaïque obtenue par l’accumulation des dimensions verbales et non verbales de la citation. L’« effet citationnel » dépendrait par conséquent non seulement des stratégies de monstration clivée mises en œuvre par le rapporteur, mais aussi des habitudes perceptives du spectateur.
La tendance du DR à se faire remarquer par des procédés très divers (marques graphiques, gestes, changements de ton ou d’accent, commentaires métalinguistiques, formules séquentielles), sans jamais cesser de se réinventer, unie à la forte propension humaine à la citation font sans doute du DR un objet privilégié pour l’étude de l’interaction entre codes. Quand la citation, pour se signaler, déploie son éventail de marques plurisémiotiques, on ne peut s’empêcher d’être intrigué par cette facette exhibitionniste.
Exhibé, le DR se voit doté de plasticité, il peut ainsi être examiné du point de vue des formes, des couleurs, des textures, de la sonorité… Il décore, personnalise, dramatise, interpelle le récepteur par le recours à plusieurs sens, à des fins conatives ou expressives, argumentatives ou persuasives. En se montrant, il expose à la fois le travail de la mise en spectacle de la citation et la convergence ou divergence des points de vue.
L’exhibition de la parole rapportée dans des corpus de nature plurisémiotique concerne l’aspect rituel du DR. Elle mobilise l’ordre symbolique, permettant, conventionnellement, de traduire un code en un autre, de passer d’un système sémiotique à un autre. La focalisation sur la mise en scène de la citation favorise par ailleurs l’hybridisme de genres, comme nous pourrons le voir dans les chapitres qui suivent.
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Citeràtraverslesformes
Parler d’exhibition ce n’est pas (que) parler de la fonction autonymique (cf. Authier-Revuz 2003) du DR. C’est parler de l’acte (et donc de la volonté) de mise en valeur de la dimension sensible de la citation, en s’intéressant aux manières dont les codes ou systèmes créent cette dimension. L’exhibition est destinée à un spectateur et non plus (ou pas seulement) à un lecteur. Nous 3 avons à faire à un double processus de passage , sorte de scénographie du miroir : 1. Passage intrasémiotique : de la parole à la parole citée, 2.Passagetrans-sémiotique/transmédiatique:delaparolecitéeàlimage/ parole exportée 4 L’exhibition implique un déplacement du cité au montré avec ostentation. Ce qui est montré ce n’est pas un discours ni un objet mais de la pratique citationnelle elle-même dans la complexité de sa nature pluridimensionnelle. Ce qui nous concerne ici c’est donc la fonction esthétique du DR, ainsi que les effets de sens obtenus non pas par l’acte de rapporter des paroles ou de re-présenter des objets, mais par la mise en spectacle de la pratique citationnelle. Autrement dit, notre curiosité se tourne maintenant non pas vers la mimèse mais vers la simulation (on regarde l’image du DR) ou plutôt vers le simulacre. On constate comment la copie visuelle ou sonore remplace le DR, lui-même fondé sur un mécanisme de répétition, à travers une interaction qui court-circuite les instances citationnelles au profit de la seule performance de la citation. Le DR, de par sa nature foncièrement spéculaire, s’avère un lieu privilégié pour le regard réciproque, pour la comparaison de différents codes (codes oral/écrit, linguistique/pictural) et de différents genres. L’exhibition peut se faire, selon les cas soit au moyen de l’effacement maximal de l’énonciation enchĀssante, le retrait de plus en plus prononcé des marques d’un énonciateur premier produisant une icônisation du discours ; ou bien, à l’inverse, via le surmarquage et l’icônisation des marques formelles de la citation (ex. décrochages typographiques signalant l’écart, le retrait). Dans le premier cas, la sousénonciation devient mime, elle peut garantir la fusion des points de vue ou se convertir en ironie ; dans le second cas, le surmarquage du discours citant peut garantir l’authenticité ou se convertir en bouffonerie.
3 Est-ce passage ou plutôt retour ? cf. Klinkenberg (2008 : 21) pour qui « l’écriture – base du texte – provient elle-même historiquement de l’image ». 4 Bien entendu, sur un plan pragmatique et interactionnel, il est impossible de citer sans montrer qu’on cite, mais ce qui nous intéresse ici ce sont précisément les formes et les fonctions de la mise en évidence de cette monstration.
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Mais l’exhibition peut aussi se faire au moyen de commentaires recouvrant les manifestations non-verbales ou para-verbales, visant un effet de parole prise sur le vif dans sa complexité extra-linguistique (gestes, mouvements, réactions émotionnelles). La citation dans ces cas feint de ne pas prendre part au débat, mais simplement de l’enregistrer, de le montrer « sur le vif ».
Toute exhibition comporte le risque (mais aussi les bénéfices) de la fragmentation. Des inconsistances syntaxiques et des opacités sémantiques en résultent. Le DR apparaît comme un ornement, un surplus, une greffe, une gemme incrustée, parfaitement différencié de l’ensemble, et par là susceptible de suppression ! Mais la citation exhibée devient surtout un item technologiquement exploitable et re-/ex-portable : elle se prête commodément aux dispositifs numériques d’insertion et de report (notamment le copier-coller et l’hyperlien), elle se prête aussi à l’énonciation aphorisante (cf. Maingueneau 2006), bref à la multidiffusion.
Les codes plastiques et iconiques sont moins linéaires que le code linguistique. La citation présentée dans sa dimension plurisémiotique se distingue pour cette raison par une spécificité spatiale plutôt que temporelle, 5 car son organisation est circulaire, diffuse . Les relations entre le citant et le cité sont déployées non pas de façon syntaxique mais de façon paradigmatique, hybride et éclatée, suivant une rhétorique de puzzle (cf. Fresnault-Druelle 1976 : 18). L’exhibition du DR met en évidence des stratégies de fusion des temps énonciatifs, y compris celui de la « lecture ». Et cette immobilisation temporelle favorise les dislocations : des fragments du cité s’anticipent, damasquinés dans le citant, et inversement.
Les avantages de tels agencements du temps et de l’espace sont soulignés ici et là tout au long du présent volume : effets de déresponsabilisation, d’immédiateté, de monologisme, de coénonciation, de cohérence ou cohésion « textuelle », de co-contruction du discours, etc.
Faute de dimension temporelle et de distribution linéaire, la rupture nécessaire à la citation se manifeste alors uniquement au niveau de l’articulation des points de vue, à travers la mise en place d’une hiérarchie énonciative. La convergence ou divergence des points de vue se manifeste au moyen de l’alternance de formes, de couleurs, de textures, de signes plastiques divers, plus ou moins conventionnels, symbolisant l’acte de délégation de la parole (ex.
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Cf. la notion d’iconosyntaxe de Klinkenberg 1996 : 119.
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