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CLONES, AVEZ-VOUS DONC UNE ÂME ?

De
150 pages
Cloner l'homme, ce n'est pas uniquement faire la copie conforme d'une personne. Le clonage humain, c'est aussi fabriquer des embryons, les modifier, les travailler dans le dessein de forcer la nature dans le sens de la performance et de l'idéal, selon les impératifs eugéniques des parents et de la société. Progrès scientifique, Espoirs et applications thérapeutiques ? Terrible œuvre infernale où l'homme risque peut-être sa vie dans une entreprise de modification de lui-même et de ses frontières ? L'auteur est de ceux qui tirent la sonnette d'alarme.
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Clones, avez-vous donc une âme?

Essai sur le clonage humain

Docteur Nicolas ROBIN

Clones, avez-vous donc une âme?

Essai sur le clonage humain

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y IK9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan italla Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@ L'Harmattan,

2001

ISBN: 2-7475-0500-6

Docteur Nicolas ROBIN

Clones, avec-vous donc une âme?

Essai sur le clonage humain

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y IK9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

NOTE

La présente discussion intervient au moment où vont être élaborées les nouvelles lois de bioéthique, résultant de la révision quinquennale des premières lois de bioéthique de 1994.

à Marie, Jean et Laetitia.

« Science sans conscience n'est que ruine de l'âme. )} François Rabelais, Pantagruel,

1532.

« Pour la première fois depuis le début de son histoire, l'humanité est devenue maîtresse de sa destinée... Pour se grandir à nouveau, elle est obligée de se refaire. Et elle ne peut se refaire sans douleur car elle est à la fois le marbre et le sculpteur. C'est de sa propre substance qu'elle doit, à grands coups de marteau, faire voler les éclats afin de reprendre son vrai visage. )}
Alexis Carrel, L 'homme, cet inconnu, 1936.

« Le XVIIe siècle a eu la sagesse de considérer la raison comme un outil nécessaire pour traiter les affaires humaines. Les Lumières et le XIXe siècle eurent la folie de penser qu'elle n'était pas seulement nécessaire, mais aussi suffisante pour résoudre tous les problèmes. Aujourd'hui, il serait plus fou encore de décider, comme certains le voudraient, que sous prétexte que la raison n'est pas suffisante, elle n'est pas non plus nécessaire. »
François Jacob, Lejeu des possibles, 1989.

« On n'est pas des souris, quand même! » Laetitia, 1999.

AVANT-PROPOS

Le clonage Humain
L'évolution très récente des faits biologiques, et des discours politiques qui les entourent, fait pressentir une certaine imminence à ce phénomène qui paraît maintenant inéluctable. De plus, alors qu'il n'est pas encore effectif pour l'homme, le clonage est interdit avec force et surtout avec l'appui de la loi. Ce fait est sans précédent. Le clonage est le grand défi qui se présente à l'homme à l'aube de ce troisième millénaire. Il semble intéressant de tenter de répondre à certaines questions. Une façon d'aborder le problème est de savoir si les clones ont une âme, question brutale et pragmatique qui a été traitée sur un plan très technique, concret et social et non sur un plan théologique, ce qui d'ailleurs serait du plus grand intérêt. Ce travail a donc consisté en une mise à plat des différents clonages possibles en répondant à cette simple question: Cloner, dans quel but?

Clonages, que l'on peut organiser en clonage humain reproductif, clonage thérapeutique et clonage embryonnaire. Très vite, un problème fondamental s'est posé, qui fait la différence entre le clonage humain reproductif et les autres clonages. Le clone d'un être humain à l'état embryonnaire ne peut-il pas être rapproché par similitude à l'état embryonnaire de cette personne humaine potentielle qui deviendra un être humain? Autrement dit, se trouvent intriquées deux questions à résoudre. Premièrement, le clone est-il un être humain? Et deuxièmement, quel est le statut de l'embryon? L'embryon estil un être humain? Intuitivement, même si le clonage humain reproductif est presque unanimement condamné, malgré des indications exceptionnelles qui pourraient finalement le légitimer, on ne peut imaginer d'autres solutions qu'attribuer au clone, quand le premier se présentera, le statut d'être humain. Intellectuellement, le travail a déjà un peu commencé, en France en 1982 avec la venue au monde d'Amandine, le premier bébé éprouvette français. Ici, la conception s'est faite hors du corps, là, c'est un matériel nucléaire somatique qui portera le message génomique. Et la toujours préférable indéterminabilité de l'être humain, ici rompue, ne récuse en rien la qualité d'être humain à ce clone. Notre clone a donc toutes les qualités d'un être humain. Tout ce développement concerne le clone, cet individu qui a surgi à l'existence et qui se poserait presque ici en victime. Par contre, pour ce qui est du procédé de clonage, il est attentatoire à la vie humaine et à la dignité de l'homme qu'une personne seule décide ainsi de l'émergence à la vie d'un être humain. C'est une instrumentalisation de la vie que de la faire résulter du seul désir de manipulation d'un expérimentateur. Ce clonage humain reproductif ayant pour finalité de produire un être humain vivant, enfant puis adulte, la problématique de son

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état embryonnaire n'a pas été étudiée, mais rien n'indique qu'il puisse en être différemment de l'individu procréé. Le problème survient pour le clonage thérapeutique. Le problème consiste à interrompre la vie du clone à l'état embryonnaire afin de disposer de ses cellules et tissus pour autrui. Or, on vient d'accepter l'idée que le clone serait un être humain, c'est à dire que la façon, peu naturelle, par laquelle cet individu est arrivé à la vie n'entrait pas ou peu en ligne de compte dans sa condition nouvelle d'être humain. Comment, dès lors qu'il s'agit d'un être humain, le supprimer? Interrompre sa vie? Où l'on voit que le débat sur l'embryon et son statut est incontournable, ou plutôt, que le statut naturel, logique et inévitable d'être humain de l'embryon place la société dans une bien peu confortable situation ou donc l'interruption de vie de l'embryon n'est autre chose que la suppression d'un être humain. A cet endroit se situe la faille dans les principes qui soutiennent aujourd'hui la condition humaine. Les principes fondateurs qui font la cohérence de notre système de valeur reposent en partie sur des interdits symboliques. La noninstrumentalisation de la vie humaine est menacée par le clonage humain, et en particulier par le clonage thérapeutique, et ce clonage que j'ai appelé embryonnaire. Ces pratiques constituent une atteinte très importante à la dignité humaine, dans le sens où la vie n'est pas respectée par la communauté des hommes, qui prétend ne pas voir dans l'embryon un être humain. La science progresse chaque jour et ne prend pas la peine d'attendre l'éthique. Nous savons depuis peu que les cochons peuvent maintenant être clonés. Ce serait la mauvaise nouvelle du côté du clonage humain reproductif, car cet animal,

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proche de l'homme par bien des points, se montrait jusqu'à présent rebelle au clonage. Les bonnes nouvelles nous viennent du front du clonage thérapeutique, qui pourrait tout simplement ne jamais voir le jour, tant les découvertes affiuent concernant les cellules souches adultes, ces cellules souches que l'on trouve dans certains organes de l'adulte, et qui peuvent être différenciées pour donner un autre tissu que celui dont elles sont originaires. Il ne serait donc plus nécessaire de passer par les cellules souches embryonnaires et donc par l'embryon pour se procurer les fameux organes à greffer. Sous le couvercle de la boîte de Pandore, une fois ouverte, il reste l'Espoir! En dépit de l'attitude de crainte que nous développons face à cette grande nouveauté pour l'homme qu'est le clonage, il ne faut pas reconnaître simplement dans ce nouveau défi une technique supplémentaire appliquée à l'homme ou un procédé novateur permettant d'apporter quelques bénéfices ici et là dans le domaine médical. Il est important de voir dans le clonage, s'il était appliqué à l'homme, la plus grande révolution que celui-ci ait jamais connue. Avec une rapidité déconcertante sur l'échelle de l'évolution, l'homme en un éclair se trouverait devant le choix pour sa reproduction, de J'alternative entre sa bonne vieille procréation, dégradée en roue de la fortune combinatoire par l'aléatoire distribution de ses gênes, et le clonage, outil implacable de mesure, d'évaluation, de vérification, de correction, et de rectification, qui calculerait l'être à venir et le formaterait pour la demande précise qui en aurait été faite. A choisir entre les deux, alors que ces deux voies seraient disponibles, il en résulterait une importante perte de chance pour celui qui préférerait encore la traditionnelle et hasardeuse procréation. Et quelle fracture pour la société moderne! En un éclair également, l'homme assisterait à sa partition, se verrait potentiellement dégradé en matériau humain de remplacement,

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la vie humaine se résumant donc à la demande en fonction du besoin, en une éphémère existence biologique en incubateur, soumise aux outils du laborantin. En un éclair toujours, l'homme s'attribuerait ainsi le pouvoir exorbitant de disposer librement de la vie d'autrui, de dégrader à la demande l'être humain en chose, de se trouver à sa volonté l'instigateur d'une vie humaine bourgeonnée de lui-même et de la soumettre. Car il ne pourrait en être autrement que ces vies humaines soient des petites existences et que ces êtres humains se trouvent relégués au rang de sous-êtres. En un éclair, l'homme aura fait voler en éclats les fragiles vestiges d'une dignité humaine toujours en ébauche, succombant au profit à court terme, et aux sirènes de la performance. L'homme entamera pour l'humanité, un travail plus facile de déshumanisation.

Les hommes ont-ils une âme?

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