Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 9,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : MOBI - EPUB

sans DRM

Cohérences

De
0 page

Dans ce quatrième ouvrage, l’auteur propose une élaboration théorique qui s’articule étroitement à sa pratique. Elle éclaire les démarches qu’il a engagées pour mieux soigner les autistes, les polyhandicapés et ceux qui ont souffert d’abandon. Ces repères nous renseignent sur l’émergence de l’être humain dès sa conception, et permettent de mieux situer les conditions du soin et de l’éducation. Ce livre nous permet d’élaborer conjointement les impératifs d’un projet personnalisé et les conditions indispensables d’ajustement des dispositifs institutionnels.


Voir plus Voir moins

cover.jpg

Cohérences
De l’unité de l’être aux harmonies du soin

 

Bernard Durey

 

La numérisation de cet ouvrage a reçu le soutien du CNL

 

img1.jpg

 

Et de la région Languedoc Roussillon

 

img2.png

Présentation du livre : Dans ce quatrième ouvrage, l’auteur propose une élaboration théorique qui s’articule étroitement à sa pratique. Elle éclaire les démarches qu’il a engagées pour mieux soigner les autistes, les polyhandicapés et ceux qui ont souffert d’abandon. Ces repères nous renseignent sur l’émergence de l’être humain dès sa conception, et permettent de mieux situer les conditions du soin et de l’éducation. Ce livre nous permet d’élaborer conjointement les impératifs d’un projet personnalisé et les conditions indispensables d’ajustement des dispositifs institutionnels.

Auteur : Bernard Durey a dirigé pendant de nombreuses années des centres d'accueil et de soin. Il est maintenant psychanalyste et intervient dans de nombreuses institutions en tant que psychothérapeute.

 

Table des matières

 

Préface

Avertissement

PREMIERE PARTIE

Émergences

Convergences Un plus un égalent un ?

DEUXIEME PARTIE

Tentatives de théorisation pour l’action

TROISIEME PARTIE

Projets personnalisés et dispositifs institutionnels

Épilogue

PETITE BIBLIOGRAPHIE

Préface

 

C’est au début de l’été 1995 que j’ai rencontré pour la première fois Bernard Durey, cela se passait chez lui dans cette belle région vallonnée du Gers que je découvrais et dont il est peu de dire qu’elle est un terroir. Éditeur débutant, je venais là pour discuter, avec lui et quelques amis de son équipe, de la dernière mouture de ce magnifique livre qu’est Autisme et humanité. À l’entrée d’un corps de ferme typique de ce sol, un chêne balise pour le nouveau venu les limites de la maison que Bernard et Simone sa femme finissaient de restaurer. La grande cour dite intérieure articulée aux bâtiments est ouverte pleinement sur ses quatre angles si bien que cet espace intérieur est en lien direct avec l’extérieur. Il y a le corps de maison proprement dit, la serre, l’atelier de bricolage, peinture et sculpture et puis, au sud, la maisonnette où Bernard reçoit ses patients et travaille. C’est là qu’apparaît un grand monsieur, à la barbe et aux cheveux blancs, au sourire large et franc, un vieux monsieur pétillant de vitalité.

Aujourd’hui voici le quatrième livre de Bernard Durey, son titre aurait pu être « lettre ouverte aux soignants ». À l’heure de l’e-mail et des messages brefs, informatifs et performatifs, Bernard prend le temps d’écrire en quelque sorte une longue lettre, récit d’une expérience professionnelle de soignant où l’on entend bien qu’elle ne va pas sans être aussi une expérience de vie. Il y a chez cet homme quelque chose qui est peut-être devenu de plus en plus rare dans notre société bien que la multiplication des sophismes en tous genres tente d’en voiler la progressive disparition. La pratique professionnelle de Bernard Durey indique la présence d’un souci, la façon d’une praxis qui témoigne toujours de la même chose : celui-ci, là, qui est en train de travailler, assume aussi en même temps une position dans la vie, et pour ce faire, patiemment, il construit, faisant brique et ciment des matériaux qu’avec les autres il élabore. Car pour Bernard la présence est toujours une présence avec. Comment être avec un enfant autiste, comment être avec un adolescent caractériel, mais aussi comment être avec les collègues de travail, comment être avec la théorie, comment être avec nos propres émotions, nos propres sensations ? Jamais bien sûr les livres de Bernard Durey ne répondent à de telles questions, au contraire ils permettent de les faire éclore, de les élaborer et de leur donner une portée pour que les hommes puissent aller « ensemble mais séparés », que l’horizon du possible reste ouvert (ou s’ouvre) à la lisière de notre relation à l’autre. Je le cite : « Sommes-nous jamais seuls ? C’est toujours de rencontre qu’il s’agit, que ce soit pour ce qui a lieu entre deux personnes humaines, entre un homme et un animal, une plante, un objet ! Fut-elle fortuite ou intentionnelle, la rencontre peut être porteuse de vie, de créativité, de participation à un tout petit bout d’éternité. »

C’est que la présence avec est une façon de penser le travail qui ne va pas sans une façon d’être, non pas que les autres manières de penser le travail n’entraînent pas nécessairement une certaine façon d’être mais dans la présence avec la façon d’être est le moyen de comprendre l’autre. En écrivant ces lignes je ne peux pas ne pas penser à Jacques Lin qui avec Deligny a mené cette réflexion jusqu’à son point le plus extrême de la présence qui est le vivre avec. La présence avec dans le livre de Bernard Durey est à ce point palpable que ce qui pourrait être lu comme de simples études de cas, anonymes, devient tout à coup des récits de vie. L’étude de cas, la démonstration du clinicien ou du théoricien s’efface et apparaît alors un bout de récit de vie, aussi difficile fut-elle, elle s’engage dans l’échange. Soudainement, au détour d’une phrase, nous faisons connaissance avec tel jeune homme ou telle jeune fille en grande souffrance. Si nous avons, en lisant, le sentiment de faire connaissance avec eux, c’est que Bernard Durey a su créer des liens malgré cette souffrance immense qui bien souvent occupe toute la place de la relation à l’autre.

Nous sommes en tant que lecteurs, transposés en un lieu où des enfants, des adolescents et des adultes vivent, souvent très mal, mais vivent quand même, c’est-à-dire qu’ils échangent avec les autres, un peu, très peu, presque rien, mais cela suffit parfois à ce qu’ils se sentent signifiés dans leur désir d’être humain : l’existence.

C’est cela que j’ai eu le désir de soutenir en publiant les livres de Bernard Durey, cette formidable envie d’être avec l’autre et non avec l’objet de son désir de savoir. À ceux qui parfois ont dit que cette écriture n’était pas assez conceptuelle et vacillait avec un fond de contradiction, je répondrai simplement qu’elle a bien effectivement un côté biscornu, mais que la vérité, contrairement à l’exactitude, ne va pas sans être biscornue, sans être en retard ou en avance, qu’elle n’est jamais vraiment tout à fait satisfaisante et que surtout, c’est cela qui importe, elle est toujours à réinventer chaque fois que quelqu’un d’autre arrive dans mon horizon.

Notre histoire est faite de ce que nous avons retenu et assemblé parmi un tas de matériaux triés, et aussi de ce qu’aujourd’hui je vis là avec tel enfant autiste par exemple. Et si je ne suis pas capable d’être étonné, voire bouleversé, par ce que m’apprend tel enfant autiste qui, n’ayant jamais parlé, écrit un très beau recueil de poésie{1}, c’est que, très certainement, je ne suis pas en mesure d’être en relation avec lui. La relation à l’autre ce n’est pas un savoir sur l’autre mais une présence avec l’autre car, sans elle, je ne suis pas présent à l’autre mais à ce qui me tient lieu de savoir. Ma présence à l’autre ne m’appartient pas complètement, sinon je barre l’espace qui me sépare de l’autre et je le comble de mon omnipotence. L’autre n’est pas une énigme qu’il faudrait résoudre mais un mystère dont on sait au moins, depuis le mouvement surréaliste, que sans lui il n’y a pas de merveilleux.

Soignant, éducateur, thérapeute, peu importe en fait l’intitulé du diplôme par lequel on désigne cette action bien singulière qui consiste à être payé pour entrer en relation avec quelqu’un qui ne l’a pas toujours demandé. Bernard Durey aura conduit ses activités toujours avec la même rigueur, la même volonté et le même désir d’aller à la rencontre de l’autre, que ce soit avec les soignés ou avec ses collègues de travail pour construire « une pensée partagée ». Il est comme ça des livres qui ne comprennent ni programme pédagogique ni manifeste politique et pourtant… Après avoir lu ce livre, juste au moment de le fermer, dans ces quelques secondes où le livre encore dans nos mains est en train de reprendre son pli d’objet, on comprend que ce qui se retient de cette lecture, ou plutôt ce qui nous retient, interroge ce que nous sommes et comment nous le sommes.

Car travailler, si c’est bien évidemment gagner sa vie, c’est aussi participer d’une certaine façon et pas d’une autre à la communauté, c’est aussi partager un réseau complexe de relations, c’est donc prendre position sans même parfois le savoir.

Plus que tout ce livre est donc l’interrogation latente de comment travailler, dans une profession où le caractère relationnel à l’autre est une chose manifeste.

La façon de travailler de Bernard Durey est une manière de vivre, une responsabilité assumée que l’on ne saurait distinguer de ce qu’il est. Au moment venu pour lui de témoigner de son expérience, d’en laisser des traces, Bernard dit ce qu’il a appris, et l’on s’aperçoit que l’acte d’enseignement peut aussi passer par l’expérience de l’engagement, car c’est bien connu, il n’y a pas de participation sans partage, pas de partage sans responsabilité, autant de mots qui, lorsqu’ils entrent en correspondance avec leur mise en acte, une pratique, donne tout son sens à celui d’institution.

Yannick Breton

À Simone Hourriez-Durey

à qui la construction de ce nouveau livre doit beaucoup.

Avertissement

Je tiens à préciser d’emblée qu’il ne s’agit ici que d’analyser ce que j’ai cru devoir retenir de mes rencontres dans ma pratique professionnelle.

Ce que j’énoncerai, faisant suite à mes trois premiers livres et tenant compte d’expériences nouvelles, se fondera essentiellement sur la clinique, celle de l’observation et celle du soin. À cette occasion, j’évoquerai donc mes intuitions, mes déductions et je tenterai d’en dégager ce qui me semblera exprimer l’essentiel, non pour une réduction mais comme une ouverture.

Dans la mesure où il est ici question de témoignage, la bibliographie que je proposerai à la fin de l’ouvrage ne prétendra pas constituer une liste exhaustive. Je désignerai seulement quelques uns des ouvrages qui m’ont conforté et soutenu dans ma recherche avec le nom de leurs auteurs, comme pour payer une dette de reconnaissance.

Bernard Durey

PREMIERE PARTIE

 

Je te rencontrerai

Et tu viendras vers moi.

Nous échangerons un regard.

On se dira « Bonjour ».

Nous entendrons le son de nos voix

Et nous serrerons nos mains.

Nous étant rapprochés,

Discrètes, nos odeurs nous parviendront

Et déjà nous aurons une impression,

Promesse pour plus tard,

Si besoin est,

De grandes conversations,

Ou encore du merveilleux bien-être

D’un câlin partagé, du goût d’une bise

Pour se rassurer…

Émergences

Au fil de l’écriture, afin de donner du sens à mon dire, dans une énonciation aussi simple et claire que possible, j’en suis venu à penser, pour atteindre une certaine plénitude, qu’il est des phénomènes dont on ne peut rendre compte que si le propos est porté par l’expression poétique : la poésie véhicule tout à la fois l’analyse et la synthèse dans une expression sensible de l’indicible. Elle contient les données du réel, enrichies par l’imaginaire et s’épanouit dans le symbolique.

Dans mes écrits précédents où se racontaient des histoires de souffrances et de sollicitude, j’ai toujours tenté d’y mettre un peu de ce qui fait vibrer l’âme, satisfait l’esprit, apaise le corps. Par là, je souhaitais compléter mon argumentation afin de permettre au lecteur de percevoir ce que mes raisonnements voulaient signifier. Par là aussi, et autrement, il m’importait de faire savoir comment ceux pour qui je témoignais m’avaient appris à les comprendre un peu mieux et à penser plus loin. La vérité de l’autre est en lui. Même s’il ne la connaît pas, il en porte la marque, comme une écriture. Apprenons donc à devenir de bons lecteurs.

Aujourd’hui une envie nouvelle me vient, celle de prendre le risque terrible de donner du corps et de l’âme à l’approche théorique qui se dégage peu à peu de ma pratique, de mes observations. Je vais le faire dans l’esprit de quelqu’un qui fait le point au cours de son voyage.

Vu mon âge avancé, je suis forcément plus près de l’issue de mon parcours que du commencement. Une issue, c’est tout à la fois une fin, une sortie. Mais c’est aussi une ouverture. Vers quoi ? Pour quelle suite ? Pour moi, la vie éternelle est ici. C’est pourquoi je ne méconnais rien de mon désir de laisser une trace. Nous nous transmettons plus ou moins les uns aux autres le fruit de nos expériences. Il y a ce qui persiste et ce qui se perd de génération en génération. Alors, transmettre un témoignage à ceux qui vont continuer, c’est comme un acte de prudence quand on croit avoir à dire quelques petites choses qui puissent être utiles.

Développer des éléments théoriques ! Comment percevoir une théorie vivante ? Dans sa préface au livre de James Kepner Le Corps retrouvé, Jean-Marie Robine écrit : « La théorie n’est pas un dogme, elle est construction pour penser, elle est tentative d’organisation du sens de l’expérience ».

Les deux derniers mots, sens et expérience, impliquent le temps. J’ajouterai volontiers que toute théorie, pour rester vivante, sera inévitablement inscrite dans le mouvement. Elle intervient à un moment de l’histoire, mais l’histoire se poursuit ! La théorie permet d’éclairer un chemin, une voie. C’est comme un long regard que l’on jetterait de loin en loin sur la route et sur le paysage.

Le point fixe

Dans la relativité de toute situation, la théorie évoluant lentement, demeure cependant un repère, un pivot, ce point fixe à partir duquel il est possible de situer une action sans trop d’appréhension. Nous avons tous besoin d’un pôle de référence.

Toute mère aura été ce premier pivot de sécurité pour son enfant dans la réalité avant de le devenir dans le symbolique. C’est cet ancrage qui permettra peu à peu à l’enfant de prendre plus tard ses distances, car c’est dans l’écart que s’épanouit le symbolique dans la pensée et la parole mais à condition que la phase fusionnelle ait pu se dérouler dans une plénitude suffisante.

Ce phénomène, du passage à la dépendance à une autonomie progressive, nous le retrouvons un peu partout dans ce qui vit ou dans ce que l’homme anime. Ainsi le bateau : il a été conçu puis construit. Il a été pensé avant d’être inscrit dans la matière. Il aura son poste d’amarrage dans un port d’attache. Mis à flot, il sera conduit hors du port, de plus en plus loin peut-être, mais le capitaine et son équipage auront le port en tête tout au long des voyages.

Chaque fois que nous affrontons une situation nouvelle, une difficulté, nous avons besoin d’une garantie de sécurité. Ce peut être tout banalement la rampe d’un escalier, la tablette de départ et de retour pour un trapéziste avec, en cas de besoin, le filet de sécurité.

Il est donc toujours question dans la plupart des situations que nous abordons, tout à la fois d’affrontement et de point d’assurance, de point de retour. Que je fasse un faux pas, que je manque une marche, je sais que je peux m’agripper à la rampe, même si ordinairement je ne m’en sers pas. Il suffit qu’elle soit là, que je me souvienne qu’elle est là, même si je suis aveugle, pour savoir descendre ou monter posément.

Il me semble important de repérer ce qui sous-tend les situations par lesquelles nous passons au cours de notre développement, celles auxquelles nous serons confrontés. Nous pouvons découvrir bien des choses quand nous interrogeons le sous-jacent de nos conceptions, de nos actions et des métaphores qui les représentent.

Le mouvement

Entre le point fixe et le mouvement apparaît la notion de relativité. C’est toujours par rapport à un repère, fût-il temporaire, occasionnel ou fondamental que se situent toute évolution, toute action.