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Collection des mémoires relatifs à l'histoire de France

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472 pages

LE bien que les souverains désirent à leurs amis et alliés, et le mal qu’ils veulent à leurs ennemis, ne doit jamais avoir tant de pouvoir sur eux que le soin de conserver leurs Etats et sujets. Le Roi est donc obligé de considérer mûrement si la paix que l’Espagnol montre désirer est plus utile à son royaume que la continuation de la guerre, et, s’il est ainsi, préférer leur bien à toute autre passion, assaisonnant toutefois du respect dû à ses amis et alliés.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos deCollection XIX
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Pierre Jeannin
Collection des mémoires relatifs à l'histoire de France
Depuis l'avènement de Henri IV jusqu'à la paix de Paris conclue en 1763 : œuvres mêlées de Jeannin, mémoires du maréchal d'Estrées, mémoires de Phelypeaux de Pontchartrain
OEUVRES MÊLÉES DU PRÉSIDENT JEANNIN
Avis donné au Roi sur la paix de France avec l’Espagne avant qu’elle fût faite à Vervins l’année1595
LE bien que les souverains désirent à leurs amis et alliés, et le mal qu’ils veulent à leurs ennemis, ne doit jamais avoir tant de pouvoir sur eux que le soin de conserver leurs Etats et sujets. Le Roi est donc obligé de considérer mûr ement si la paix que l’Espagnol montre désirer est plus utile à son royaume que la continuation de la guerre, et, s’il est ainsi, préférer leur bien à toute autre passion, assaisonnant toutefois du respect dû à ses amis et alliés. Bien doit-il craindre que l’Espagno l ne feigne la désirer sans la vouloir, pour gagner temps ou prendre quelque autre avantage : ruse assez ordinaire aux souverains, et particulièrement à celui-ci, accoutumé plutôt à suivre la subtilité et finesse des Africains qui l’avoisinent, que la simplicité e t franchise des septentrionaux ; mais quand il le feroit par artifice, c’est prudence au Roi de faire démonstration qu’il la veut à bon escient : semble qu’il en doive tirer plus de commodité et profit que son ennemi ; car les grandes ruines que ses sujets ont souffertes par la calamité et longueur des guerres passées font qu’ils tendent tous à la paix ; et y e n a de si méchans qui calomnient Sa Majesté, comme si elle la pouvoit obtenir à conditions honorables et avantageuses, et en fît refus pour favoriser ceux de la nouvelle religion, qui désirent la continuation de cette guerre pour des considérations qui regardent leur intérêt, non le bien de l’Etat. Or elle ne peut mieux leur ôter cette mauvaise impression qu’e n se montrant affectionnée à la vouloir par conférences et toutes autres actions qui tendent à leur acquérir le repos, afin que, s’il en avient autrement, la haine en soit plu s grande contre l’ennemi, et eux plus prompts et mieux disposés à la servir quand ils ser ont assurés que la guerre est nécessaire pour la tuition du royaume et leur propre salut. Elle s’est aussi trouvée en tel état après la prise d’Amiens, que, son crédit, tous ses moyens et les bourses de ses sujets, épuisés par ce dernier effort, elle ne pouv oit faire aucune nouvelle entreprise ; ainsi le pourparler de paix aura servi pour couvrir cette foiblesse. Si on dit que les ennemis y étoient aussi peu prépa rés, il est vrai ; mais après avoir entamé si avant notre frontière, ce leur étoit asse z de garder leur avantage. Il a encore servi pour donner loisir et moyen au Roi d’aller en Bretagne contre M. le duc de Mercœur, lequel, étonné de sa soudaine venue, et de ces bruits de paix avec l’Espagnol, qui s’en est aussi montré moins soigneux à le secou rir, a eu recours incontinent à sa bonté et clémence, au lieu qu’il sembloit auparavant vouloir finir ses jours en sa rébellion. Voyage de très-grand profit, qui aura éteint, s’il plaît à Dieu, le dernier flambeau de nos guerres civiles, lequel toutefois Sa Majesté n’eût osé entreprendre, se souvenant du mal arrivé en Picardie pendant celui qu’il fit en Bourgogne et à Lyon, quoiqu’il pensât y avoir très-bien pourvu ; s’il n’eût bien reconnu que l’es poir de ce traité avoit alenti les préparatifs de ses ennemis, et empêché de faire la dépense requise pour quelque nouveau dessein. Le seul inconvénient que le Roi en a dû craindre est le soupçon que cette conférence pouvoit apporter à ses alliés, étant l’artifice ord inaire du prince qui est en guerre seul contre plusieurs, de rechercher par traités et autres pratiques à les mettre en défiance les uns des autres. Ce respect aussi l’a retenti long-t emps, et lui a fait souffrir de très-grandes incommodités ; mais enfin il a été contraint d’y entendre pour les considérations ci-dessus déduites, après en avoir communiqué à ses alliés, qui voient si avant dans nos affaires, qu’ils peuvent bien juger notre conduite être sans artifice et sans aucun dessein de les tromper ni de leur nuire.
On met en avant d’autres avantages que l’Espagnol en aura pu tirer, comme d’acquérir là bienveillance de notre Saint Père, désireux de f aire finir cette guerre qu’il croit préjudiciable à la chrétienté ; mais Sa Majesté, montrant de vouloir là paix comme lui, se garantit de ce blâme. L’empereur Charles V, quoiqu’ il fût agresseur en la guerre qu’il faisoit au roi François I, publioit néanmoins qu’il ne pouvoit avoir paix avec lui, et que cette guerre l’empêchoit de secourir les chrétiens contré les Turcs ; mais le roi François s’en sut si bien justifier par ambassades envoyées vers la plupart dès potentats de la chrétienté, et par apologies mises par récit, que le blâme de cette calomnie tomba sur la tête dé l’auteur. Le Roi en fait autant, se montrant désireux de la paix ; ainsi son ennemi ne peut prendre aucun avantage pour ce regard contre lui. Que ce feint désir de la paix lui puisse aussi beau coup aider pour contenir en obéissance et devoir les sujets des Pays-Bas qui la désirent, il y a peu d’apparence, pource que le temps en aura été trop bref, et la vé rité, bientôt découverte par la rupture du traité, s’il ne doit aller plus avant, lui ôtera le moyen d’en tirer aucun fruit ; aussi que les sujets de l’Espagnol du côté de notre frontière sont plus à couvert par l’avantage qu’il a pris, et il est en état qu’il doit moins craindre, et nous moins espérer leur rébellion que du passé, et non plus pour affermir ses Etats et l’ autorité du prince d’Espagne, car le père vit encore qui la retient à soi tout entière, et n’y a aucun mouvement présent auquel il soit besoin d’apporter ce bruit de paix pour rem ède. Si c’est pour leur donner loisir de mettre des forces ensemble, et se préparer à quelque nouveau dessein, l’avantage aura été égal à l’un et à l’autre, ayant ce temps été aussi nécessaire à Sa Majesté qu’à eux, et ne voit-on pas qu’ils se soient encore plus avancés. Ainsi, à balancer leurs commodités avec les nôtres, nous pouvons dire y avoir plus gagné que perdu jusqu’ici. Reste maintenant à voir si la paix est plus utile à ce royaume que la continuation de la guerre ; sur quoi on estime que Sa Majesté écoutera volontiers les raisons et avis de ses alliés, et déférera beaucoup à leur intérêt et contentement, pourvu qu’elle le puisse faire sans le trop grand dommage ou ruine entière de ses sujets, auxquels il a plus de devoir et d’obligation qu’à tous autres. Les raisons qu’on lui représente tous les jours pou r lui faire désirer la paix, qu’il sait très-bien considérer lui-même, et qui se font si bien sentir et connoître qu’il n’y a point d’artifice qui les puisse cacher, sont l’impuissanc e et extrême pauvreté de ses sujets, ruinés du tout, et en état qu’ils ne peuvent contribuer aucune chose pour la défense de la guerre, les désordres et pilleries des soldats, lesquels achèvent de consumer ce qui reste de substance au peuple, mal qu’on ne peut faire cesser tant que la guerre ou la nécessité d’argent durera, les partialités secrètes et desseins sur l’avenir, qui sont encore dans cet Etat, que la guerre fomente, contraignant le Roi à dissimuler plusieurs menées et choses mauvaises qu’il pourroit corriger et empêcher par c e seul respect dû à sa dignité, ou sévèrement punir sans crainte d’émotion ou autre mauvais accident, s’il avoit la paix qui seule peut rétablir son autorité, et lui donner loisir et moyen de se mettre en état de se faire craindre et respecter, tant par ses sujets qu e par les étrangers, émulateurs et ennemis de cet Etat. Il peut aussi recouvrer par la paix toutes les places que la guerre lui a fait perdre, qu’il ne sauroit conquérir par les a rmes qu’avec une grande dépense, beaucoup de péril et un long temps, dont l’événement et succès en seront incertains. Outre ce, le roi d’Espagne n’effectuera jamais le désir qu’il a de donner en apanage à sa fille les Pays-Bas s’il n’a la paix, étant vraisemblable qu’entre les raisons qui l’ont pu mouvoir à prendre ce conseil, celle-ci en est une : qu’il a cru que la jalousie de France et d’Angleterre cesseroit, remettant ledit Etat ès mai ns d’un prince particulier duquel ils n’auroient rien à craindre, et qui seroit comme for cé de vivre en amitié avec eux ; par ainsi qu’il en auroit plus aisément la paix, et seroit par ce moyen déchargé de la dépense
qu’il lui a convenu faire jusqu’ici, qu’il lui faudroit continuer si la guerre duroit, étant bien certain que sa fille et son gendre n’y pourvoient suffire. Or, que peut mieux désirer Sa Majesté, sinon que le roi d’Espagne exécute ce conseil, et au lieu de l’avoir pour voisin, toujours émulate ur et ennemi par raison d’Etat, il ait un prince particulier foible, et moins à craindre s’il devient ennemi ? Entre ces raisons, celles de l’impuissance et nécessité présente, si connues que personne n’en peut douter, semblentôter le choix de tout autre conseil, sans e ntrer plus avant en considération s’il est utile au Roi de faire la guerre ou non, puisque les moyens lui défaillent pour la continuer ; car seroit trop grande imprudence au souverain qui tient le premier lieu en une confédération, et par ainsi qui y doit contribuer le plus, de s’attendre aux moyens et aux forces de ses alliés pour se défendre ou entreprendre contre l’ennemi commun, n’y ayant rien de certain en ce qui dépend d’autrui. Il ne s’est aussi jamais vu que le prince qui a le plus à perdre se soit appuyé sur des forces et moye ns que l’intérêt ou changement d’affection fait trop souvent manquer, et, s’il le fait, qu’il ne s’en soit mal trouvé. Davantage, on voit dès aujourd’hui entre nos alliés ce que les uns, qui sont les Etats des Pays-Bas, de la bonne intention desquels nous sommes assurés, peuvent faire pour le secours du royaume, se réservant les forces dont ils ont besoin pour. se conserver et entreprendre. Quant à la reine d’Angleterre, on doit croire qu’elle voudra toujours pour nous ce qu’elle doit vouloir par raison d’Etat, et non plus avant ; et déjà l’expérience nous a appris qu’elle ne désire non plus notre accroissement que celui de l’Espagnol, même dans les Pays-Bas ; ainsi elle balancera toujours son intérêt ave c : le nôtre quand il nous faudra assister, et sera plus ou moins affectionnée, non selon qu’il nous sera besoin et qu’elle en sera requise, mais selon qu’il lui sera plus utile et convenable à ses affaires. On peut donc conclure de notre nécessité, et de l’intérêt d e nos alliés séparé du nôtre, que la continuation de la guerre ne sera sans péril pour nous, et néanmoins sans aucun profit. On dit que le loyer de la. victoire sera assez gran d pour nous, si l’Espagnol, contre lequel le Roi a tant de justes causes d’inimitié, de l’affoiblissement duquel dépend aussi la sûreté du royaume, souffre de la diminution en ses Etats, encore que sa dépouille ne tombe en. nos mains. Je l’accorderois si notre péri l n’y étoit conjoint, et que je crains aussi apparent et plus certain que le sien : or le prince qui est sage se doit mettre en sûreté et à couvert avant que penser à la vengeance ; et plus il est grand et a de quoi perdre, moins il doit commettre à la fortune. Aucuns disent qu’il y a de la facilité à ruiner l’Espagnol, et se fondent sur le mauvais état auquel sont de présent ses affaires dans les Pays-Bas par l’avantage que les Etats ont pris sur lui, sur le mal que ses sujets dudit pays sentent de la guerre, qui les rend enclins à r évolte, le nombre et pouvoir de ses ennemis, ses désordres, nécessités, et la vieilless e de leur Roi, la mort duquel peut apporter du trouble. A la vérité les Etats ont occupé un grand pays sur lui, et si la France et l’Angleterre pouvoient retenir et empêcher ailleurs cet ennemi commun pendant qu’ils continueroient leurs entreprises, le succès en pourroit être heureux ; mais quant à nous, tant s’en faut que nous soyons en état d’entreprendre à le trouble r chez lui, qu’il nous faut pour le moins deux années de bon et heureux travail pour recouvrer ce qu’il a conquêté sur notre frontière. Pour la reine d’Angleterre, elle a plutôt regardé nos combats jusqu’ici qu’été de la partie ; ses entreprises, quand elle en a fait, n’ont point eu de durée ; elle est enfermée de la mer qui la garantit des incommodités de la guerre chez soi, ainsi elle n’entreprend qu’avec loisir et commodité ; et dorénavant il lui sera difficile de faire la guerre dehors, pource que la noblesse et les bonnes villes de son pays, accoutumées de contribuer à la dépense de telle guerre, en espérance aussi d’avoir leur part du butin, y ont tant perdu
du passé, qu’ils en sont fort diminués et endettés ; outre ce, que la cessation du commerce, qui n’est permis aux Anglais dans l’Espagne, ni en Italie et ailleurs, où ils ne peuvent arriver sans péril à cause que le détroit e st gardé par l’Espagnol, les a fort appauvris. Nous croyons bien que les sujets du roi d’Espagne ès Pays-Bas reçoivent de grandes incommodités de la guerre, et qu’ils désirent ardem ment la paix ; mais qu’ils soient disposés d’entrer en rébellion contre lui, il n’y a point d’apparence. A qui voudroient - ils recourir ? Ce ne sera pas à nous, car nos guerres o nt rendu les habitans des deux frontières si fort ennemis, qu’il n’y a domination qu’ils aient aujourd’hui plus en horreur que la nôtre. De se soumettre volontairement aux Etats ? Encore moins ; ils craignent et appréhendent trop l’exemple de leur conduite, en ce qu’ils chassent les catholiques, et changent la religion partout où ils établissent leu rs conquêtes. Et combien que cette rigueur leur serve pour tenir avec plus de sûreté c e qu’ils ont conquis par la force, elle leur nuit d’ailleurs, et ôte le moyen d’attirer par bienveillance les villes èsquelles le nombre des catholiques est le plus grand et le plus puissant, comme il est partout en celles qui sont de l’obéissance du roi d’Espagne ès Pays-Bas. Les voisins mêmes, sous lesquels la religion catholique est plus universellement reçue, qui ont néanmoins grand nombre de leurs sujets séparés de l’Église, et unis ensemble comme en un corps de faction, quoiqu’ils soient ennemis du roi d’Espagne, et autrement désireux de la grandeur des Etats, en peuvent prendre soupçon, et craindre justement que cette faction, devenue puissante, n’en veuille aider d’autres dans leurs Etats auxquels la religion pourroit servir de cause ou de prétexte pour entreprendre contre leur autorité. Quant aux désordres et nécessités du roi d’Espagne, elles sont grandes aussi bien que les nôtres ; mais pource qu’il est puissant, entier et sans être aucunement entamé en tous ses Etats, fors dans les Pays-Bas, il trouve toujours du crédit et des moyens pour en sortir. Encore ne voit-on rien de préparé dans tous lesdits Etats, d’où lui ou son successeur puissent craindre quelque danger pour l’Espagne. Il n’y a un seul homme d’autorité qui soit capable de remuer ; le pays est fort foible pa r le dedans, par conséquent hors de péril des guerres civiles. En Italie tous les princ es sont nourris en l’oisiveté, à accroître leurs trésors, et à garder ce qu’ils tiennent sans penser à l’autrui. Si la guerre de Ferrare eût continué, elle eût sans doute obligé le roi d’Espagne à faire une grande dépense pour la conservation de ses Etats de Naples et de Milan, qu’il tient à présent avec petites garnisons, n’y ayant forces ni ennemi qu’il doive c raindre, et cela l’eût rendu moins puissant pour se défendre ou entreprendre contre nous, mais elle est finie. De croire que la mort du roi d’Espagne, quand elle aviendra, puisse changer les affaires, son fils est déjà en âge pour commander, est reconnu, aura de l’ardeur, sera plus entreprenant, ainsi plus à craindre. Et y a da nger que nous n’empirions plutôt que d’en tirer profit ; car le père veut encore manier aujourd’hui toutes les affaires par lui-même, et à cause de sa vieillesse elles en vont plus lentement : sa, froideur le rend plus difficile et considératif à entreprendre ; et l’ava rice, qui accompagne ordinairement cet âge, rend le plus souvent ses entreprises inutiles, faute d’y employer la dépense requise ; au lieu que l’ardeur bouillante du fils lui fera passer par dessus toutes ces considérations, et hasarder plutôt qu’être retenu ; et n’en pouvons rien attendre de bon, sinon qu’il fasse des fautes par soudaineté qui nous donnent prise sur lui. Mais ce n’est pas sagesse que de fonder un grand dessein sur les fautes de son en nemi, attendu même qu’il aura le conseil du père, nourri dès longtemps à la conduite de ses Etats, pour modérer et régir avec prudence son ambition. On dit que la fille, qui est ambitieuse et de grand cœur, le pourra brouiller ; elle est
sans crédit et autorité dans le pays, et n’a point d’instrumens capables pour le servir en ce dessein ; aussi que le père l’en veut mettre deh ors, lui donnant les Pays-Bas en apanage, et la mariant avec l’archiduc Albert, dont elle ne sera que trop contente, et se sentira obligée, à servir et honorer son frère, s’il approuve cette domination et lui donne secours et assistance pour la conserver. Ces raisons bien considérées doivent suffire pour n ous persuader que ce n’est une entreprise facile, de peu de temps, et d’un succès assuré, que de vouloir conquêter par les armes les Pays-Bas sur le roi d’Espagne, ainsi que ce n’est sans cause si le Roi se trouve empêché en la résolution qu’il y doit prendre, et si la paix lui semble désirable en la grande nécessité où le royaume est à présent réduit. Il voit bien d’autre côté qu’elle a ses incommodité s, et premièrement que la reine d’Angleterre, qui ne voudra supporter seule la dépense et le péril de cette guerre, en fera autant, ainsi que les Etats, leurs communs alliés, se trouveront abandonnés, et en très-grand danger, au blâme, ce semble, de celui qui aura été le premier auteur de leur mal. Que par ce moyen l’Espagnol ou l’archiduc se pourront rendre maîtres des Pays-Bas, et en devenir formidables à leurs voisins. Et ce que doit plus craindre la France, est que l’ancienne alliance d’Angleterre avec la maison de Bourgogne à laquelle l’archiduc aura succ édé, ne se renouvelle entre eux contre la France qui en a autrefois ressenti tant d e maux. On peut encore ajouter que l’archiduc et sa femme seront toujours partisans de l’Espagnol, et, si le fils venoit à mourir sans enfans, que tous ses Etats seroient derechef r éunis ensemble. Cette première considération du danger et des intérêts des Etats doit être de grand poids envers le Roi, prince généreux, accoutumé de mépriser tous périls pour suivre ce qui est de l’honneur ; mais il pensera avoir satisfait à l’amitié et prote ction qu’il leur a promises comme à ses alliés, quand il offrira de les assister pour obten ir conditions sûres et avantageuses s’ils veulent traiter, ou, s’ils sont résolus de continue r la guerre, de les aider sourdement autant qu’il pourra, et de faire mieux quand le roy aume sera remis en état de leur être ami utile, qu’il pense avoir d’intérêt et d’obligation à les maintenir et conserver. Quant à la reine d’Angleterre, il n’y a rien qui l’oblige à fa ire la paix ; l’Espagnol ne peut entreprendre sur elle, pour les avantages qu’elle a sur la mer par ses propres forces et celles des Etats. Ils pourront induire la reine d’Angleterre d’en fai re autant, et peut-être joindre en confédération ouverte avec eux les villes maritimes d’Allemagne puissantes en moyens pour les secourir, par ainsi se conserver pour un temps contre un ennemi plus foible que celui qu’ils avoient auparavant ; car, encore que le roi d’Espagne ne veuille abandonner son gendre et sa fille, si en sera-t-il moins soigneux, et n’y voudra tant employer que si le pays étoit encore sien, et lui venant à mourir, son fils qui n’est déjà content de cet apanage, y sera encore moins affectionné. Le temps fera naître cependant quelque occasion plus commode au Roi pour les assister. L’i ntérêt de l’un des alliés ne doit jamais être considéré seul, mais toujours balancé et mis en comparaison avec celui des autres. Et si les Etats le font, ils ne pourront justement demander au Roi qu’il se mette en péril et ses sujets, pour les conserver et agrandir. Le temps a beaucoup d’occurrences que les hommes ne peuvent prévoir, les délivrant so uvent des inconvéniens qui sont loin ; mais rien ne détourne le mal qui presse que le remède présent. Or la nécessité nous enseigne celui de la paix, et nous contraint d e reconnoître qu’il n’y en a point d’autre pour maintenant.
Minute d’édit pour la publication du concile de Trente, l’année1595
HENRY, à tous présens et à venir salut : Entre les grâces et bénédictions qu’il a plu à Dieu nous départir venant à la Couronne, nous mettons au plus haut lieu celle qu’il nous a faite de connoître notre salut, et rendre l’obéissance due à l’Eglise, pour la défense de laquelle nos prédécesseurs rois ont exécuté tant de grands et mémorables exploits en tous les endroits de la terre, qu’ils en ont justem ent acquis et mérité le nom de Très-Chrétiens, et premiers enfans de l’Eglise. Aussi nous n’avons eu depuis autre plus grand soin et désir que de suivre l’exemple de leur zèle et piété, même au devoir et respect qu’ils ont toujours rendu au Saint-Siége et aux Sai nts Pères, qui nous auroit mus de ratifier et approuver très-volontiers la promesse faite en notre nom par nos procureurs au Très-Saint Père Clément VIII, lorsque Sa Sainteté n ous reçut en l’Eglise, et reconnut pour vrai et légitime roi de ce royaume très-chrétien, qui étoit de faire publier et observer par tous les pays de notre obéissance le saint conc ile de Trente ; y ayant encore été induits par ses saintes et sages exhortations qui nous ont été faites et réitérées souvent de sa part, tant par nôtre très-cher et amé cousin, le cardinal de Florence, son légat et du Saint-Siége apostolique dans le royaume, que par le très-révérend évêque de Modène, son nonce ordinaire près de nous, comme aussi par les grands témoignages qu’elle nous a rendus de sa bienveillance, dont nous lui sommes fort obligés ; joint que nous étant soigneusement informés des raisons qui avoient mû l es prédécesseurs rois d’en faire différer la publication par tant d’années, nous aur ions trouvé que la vraie et principale cause étoit fondée sur ce que les poursuites s’en faisoient lors par faction pour mettre le trouble dans le royaume, et ils avoient déjà quelqu e sentiment que la force et violence servoient plutôt de prétexte pour fomenter la rébellion que pour édifier les consciences ; étant certain que les autres raisons publiées et mi ses en avant, de ce que plusieurs décrets du concile étoient préjudiciables à leur autorité, et aux droits de la Couronne et priviléges de l’Eglise gallicane, ne les en eussent retenus, d’autant qu’il étoit en leur pouvoir d’y apporter le tempérament requis, et les modifications nécessaires pour se garantir de tels inconvéniens, au gré et contentement de tous leurs sujets ; au lieu que la plupart d’entre eux n’étoient lors capables de juger de la mauvaise intention de ceux qui, avec ce prétexte, désirent nous porter à la guerre, les uns par erreur, les autres pour être portés à même dessein ; mais à présent que l’expérience du mal passé leur a appris que la paix est du tout nécessaire comme celle qui peut faire fleurir la doctrine et les bons exemples, vrais et seuls moyens pour mettre la réfo rmation en l’Eglise, et y faire retourner ceux qui s’en sont séparés, la crainte de ce péril cesse, Dieu nous ayant aussi donné l’autorité et le pouvoir de contenir un chacu n en devoir sous obéissance de nos édits. C’est pourquoi nous nous tenons d’autant plu s obligés de rendre ce témoignage public de notre dévotion, pour faire connoître à chacun que nous approuvons la doctrine contenue en ce saint concile, que les catholiques, qui se sont soumis à la foi de l’Eglise, tiennent pour vraie, certaine et indubitable, ensemble les décrets et règlemens faits pour la police et discipline ecclésiastique, dont l’observation est très-nécessaire ; afin que les ecclésiastiques retournent à cette innocente simplicité et vraie piété qui les rendoit si recommandables ès siècles passés entre toutes les p rovinces de la chrétienté. A ces causes, après avoir mis l’affaire en délibération e n notre conseil, où assistoient les princes de notre sang, cardinaux, aucuns princes, officiers de notre Couronne, seigneurs et autres notables personnages d’icelui, avons par leur avis, et de notre pleine puissance et autorité royale, dit, statué et ordonné, disons, statuons et ordonnons, voulons et nous plaît que le saint concile de Trente soit reçu et o bservé eu tous les lieux de notre royaume, pays, terres et seigneuries de notre obéis sance, sans préjudice toutefois des droits, priviléges et prérogatives appartenant à no tre personne et dignité à cette Couronne, aux libertés, franchises et immunités de l’Eglise gallicane et de notre édit de
Nantes, fait sur l’observation des précédens édits de pacification, et pour maintenir la paix et le repos dans le royaume, n’entendant aucunement y déroger ni contrevenir aux choses susdites.
Avis donné au Roi par M. le président Jeannin, sur la réduction du 1 marquisat de Saluces à l’obéissance de Sa Majesté,1599
IL n’y a point de condition si honorable pour votre Majesté, ni si utile pour l’Etat, que la réduction du marquisat de Saluces, dont la demande est si juste, que M. le duc de Savoie ne la peut refuser sans faire connoître à ch acun qu’il méprise les forces de cet Etat, et la réputation de votre nom, si grande tout efois partout, qu’il n’y a prince en la chrétienté à qui elle ne puisse et doive servir de terreur ; car, encore qu’il fasse offre de vous donner autre récompense, on croira toujours, votre Majesté l’acceptant, qu’elle a eu crainte de lui faire la guerre pour recouvrer le sien, et là-dessus qu’il y a quelques secrets défauts en nous-mêmes qui vous ont forcé à prendre ce conseil ; par ce moyen l’opinion déjà formée en l’esprit des hommes, que ce royaume sembloit devoir monter à son ancienne grandeur par votre sage et heureuse conduite, en diminuera. D’utilité pour l’Etat, il n’y en a point à quitter le marquisat pour acquérir le pays qui vous est offert ; car, encore qu’il joigne à votre frontière du côté de Lyon et de la Bourgogne, le pays est petit, foible, et entre les mains d’un prince qui ne pourra jamais plus en ce qu’il tient deçà les monts, sinon de demeurer bien foiblement sur la défensive, outre ce qu’il y a un grand fleuve qui vous sépare d’avec lui, et de bonnes et grandes villes qui vous couvrent contre son pays ; ainsi cet acquêt ajoutera fort peu à cet Etat, ne vous fortifiera de rien ; et quant au marquisat on peut dire qu’il est au dedans du Piémont séparé d’avec nous par de fort hautes montagnes, par ainsi plus d ifficile à garder, et de grande dépense. Il semble néanmoins que cette pièce de terre, pour l’opportunité même de son assiette, est plus utile à l’Etat que ce qu’on vous offre. S’il étoit dans l’Etat d’un prince aussi puissant que vous, je l’en estimerois moins, mais il y a trop de différence ; davantage, quoiqu’il soit de là les monts, il est si proche du Dauphiné, que vous y pouvez aller sans emprunter passage chez autrui, et le fortifiant et tenant bien muni d’artillerie et autres commodités, c’est une entrée pour descendre dans l’Italie sans péril, seul moyen pour y maintenir vos amis en faveur et bienveillance envers nous, empêcher les desseins ambitieux des princes dont la grandeur peut être su specte à cet Etat, et pour vous donner le moyen, s’offrant occasion, d’y entreprend re : au lieu que la perte de ce petit Etat leur fera connoître que nous abandonnons du to ut le soin des affaires d’Italie, que nos amis n’en doivent plus rien espérer, ni vos ennemis ou émulateurs rien craindre. Je sais bien, Sire, qu’il y a de grandes raisons po ur persuader votre Majesté de ne point entrer en guerre, quant à présent, avec qui que ce soit, pource que les plaies que la guerre a faites ne sont encore guéries ; qu’il faut du loisir pour préparer et assembler les moyens nécessaires à faire entreprise ; qu’on ne peut aussi arracher du tout des esprits des hommes les espérances de remuer et brouiller, c e que la corruption de la dernière guerre y a laissé, que par le moyen du repos et de la paix ; que cette guerre, combien qu’elle fût commencée avec un prince foible, en pou rroit attirer quelque autre plus périlleuse à sa suite, mettre aussi en considératio n que votre Majesté est prête à renouveler l’alliance avec les Suisses, à quoi une nouvelle guerre pourroit faire naître des difficultés et pratiques préjudiciables ; et davant age, que traitant avec M. le duc de Savoie, et prenant récompense de lui pour le marqui sat, on se peut assurer de son amitié, et s’en promettre aux occasions de l’avenir de l’utilité. Mais je réponds, quand M. de Savoie verra votre Majesté affermie en cette résolution
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