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Colonisation de l'Algérie

De
551 pages

Son caractère général était INDIVIDUEL, et par exception collectif.

La propriété INDIVIDUELLE était :

Foncière, et dans ce cas libre ou engagée.

Mobilière, et alors libre, sauf les monopoles commerciaux et la confiscation.

La propriété COLLECTIVE était :

Les biens de l’État.
Ceux des corporations religieuses.

Droit UNIVERSEL et SUPÉRIEUR de propriété au souverain, qui, d’ailleurs, en faisait rarement usage, surtout à l’égard de la propriété foncière individuelle.


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À propos deCollection XIX
Collection XIXest éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.
Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF,Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes class iques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…
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Barthélémy-Prosper Enfantin
Colonisation de l'Algérie
INTRODUCTION
DES COLONISATIONS EN GÉNÉRAL
SOMMAIRE DE L’INTRODUCTION. Avons-nous droit àposséder,et devons-nousconserverl’Algérie ? — La discussion de cette question de politique extérieure et intérieur e est épuisée, et ne peut avoir de solution définitive que par lacolonisation. Examen des systèmes coloniaux, différents selon les époques et selon le degré de civilisation des peuples colonisateurs ; et particulièrement de la colonisation romaine en Afrique. e Ce que peut et doit être une colonisation faite par la France, en Algérie, au XIX siècle. Notre politique n’est plus absolue, elle transige e t concilie, elle veutassocier. Par conséquent, deux problèmes à résoudre : 1° Modifier progressivement les institutions, les m œurs, les habitudes des. INDIGÈNES ; 2° Modifier aussi celles des EUROPÉENS COLONS, de m anière à faire vivre les uns et les autres en SOCIÉTÉ, surun mêmesol et sousun mêmegouvernement. Du gouvernementmilitaire, indispensable jusqu’ici et nécessaire encore aujou rd’hui, pourpréparerpar la force notredomination. Du gouvernementcivil, indispensable pour lacolonisation, dès que celle-ci prendra une importance semblable à celle que laguerrea dû avoir jusqu’ici. Les institutions coloniales, données par la France à l’Algérie, doivent faire tendre les deux populations (indigène et européenne) vers un b ut commun, sous le triple rapport administratif, judiciaire et religieux. L’application de ce principe à laconstitution de la propriétél’Algérie française, dans sera la base de cet ouvrage. Division de l’ouvrage.
I. — Cet ouvrage suppose résolue, théoriquement du moins, une question capitale de politique intérieure et extérieure, dont la solution dépend, d’une part, de la sagesse des Chambres et de l’énergique volonté du Gouvernement, de l’autre, de la sagesse des Cabinets européens et de l’habileté de notre diplom atie. La discussion de cette question serait ici déplacée ; je la suppose résolue. Je suppose qu’en FRANCE, aussi bien qu’en EUROPE, notre possession de Algérie. est considérée comme légitime et irrévocable, et qu’on est enfin arrivé au point de ne pas discuter ou contester davantage, en France et à l’é tranger, la conservation de nos provinces d’Afrique, que celle de l’Alsace ou de la Lorraine. Nous n’en sommes pas encore là sans doute ; mais si, comme je le pense, le moyen le plus puissant d’obtenir ce double résultat, est d’agir, dès à présent, comme s’il était déjà obtenu, ou du moins comme s’il était inévitable ; s i les résistances françaises ou étrangères doivent cesser d’autant plus vite qu’on nous verra faire œuvre de possession, d’établissement et de conservation en Algérie, il e st évident alors que, sous le rapport pratique, c’est la COLONISATION qui est la question capitale, et que c’est par elle uniquement que l’on pourra convaincre les opposants, français ou étrangers, de l’utilité et de la légitimité de notre prétention à remplacer les Turcs sur la côte africaine. Chaque année la conservation de l’Algérie est remise en question, dans les débats de la tribune et de la presse, et sans doute aussi dans quelques notes diplomatiques, et une discussion de plus sur ce sujet ne m’a semblé d’auc une utilité. D’ailleurs, comme il faudrait en effet abandonner tôt ou tard l’Algérie, si elle continuait à être uniquement un
gouffre où s’engloutissent la richesse et le sang de la France, il me paraît plus important de rechercher comment cette conquête, déjà si chèrement payée, pourrait devenir moins coûteuse et bientôt même productive. Nous avons délivré l’Europe de la piraterie, à nos risques et périls ; nous avons dispensé presque tou te la chrétienté du honteux subside qu’elle consentait à payer aux successeurs de Barberousse ; mais vraiment la chrétienté pourrait, sans injustice, nous refuser son approbat ion et ses louanges, si nous nous bornions à faire un désert de l’Algérie, si nous ne savions pas rendre cette côte hospitalière, si nous nous montrions plus inhabiles que les Turcs à cultiver le sol et la population dont nous nous prétendons les maîtres. Depuis douze ans l’on discute en France sur la cons ervation de l’Algérie, et avec les Cabinets européens, y compris la Porte, sur la reco nnaissance de notre droit de conquête. La discussion est épuisée ; il faut qu’un élément nouveau vienne présenter les choses sous un nouvel aspect ; il faut, à nos efforts d’occupation, joindre des efforts de colonisation, et accompagner nos actes inévitables dedestruction de puissantes tentatives deproduction. J’ai donc jugé utile de me renfermer dans la question pratique de COLONISATION, et d’éviter de toucher à des questions politiques qui changeront complètement de nature, du jour où la France réalisera en fait une volonté qu’elle a déjà souvent exprimée, mais qui n’est encore qu’en parole, du jour où ellecoloniseral’Algérie. II. — J’ai besoin de définir à l’avance ce que j’entends par ce mot COLONISER. Le système d’occupation de nos possessions d’Afrique est encore aujourd’hui le sujet de nombreuses discussions. Les uns veulent l’occupa tion plus ou moins restreinte, d’autres la veulent illimitée, d’autres encore veulent une occupation purement militaire, comme l’était celle des Turcs, gouvernant et admini strant une population indigène ; d’autres enfin espèrent une fusion ou du moins un c ontact des deux populations, indigène et européenne, ou bien veulent le refoulem ent complet des indigènes par les Européens. Il me serait facile d’ajouter à ces dive rs systèmes une foule d’autres systèmes, si je voulais rappeler tous ceux qui, dep uis douze ans, ont été soulevés, indiqués, effleurés : aucun d’eux, j’ose le dire, n ’a été complètement développé, raisonné, démontré, et surtout aucun d’eux n’a été positivement indiqué comme étant celui que le Gouvernement voulait réaliser. Je crois encore que sur ce sujet la discussion est épuisée ; il est temps de passer, comme on doit le faire après toute discussion, à une résolution. Je me suis donc dispensé de faire l’examen critique de toutes ces opinions, et j’ai préféré exposer directement et complètement la mienne. Je crois que lacolonisationl’Algérie n’est possible qu’à la condition d’y transporter de une population européenne assez considérable ; je c rois même que la pacification entière et définitive n’est possible qu’à cette con dition. C’est ce transport d’une populationciviled’une population considérable, agricole, commerçante etindustrielle, et des arts et des sciences qu’une semblable population apporte ou attire nécessairement, c’est cette transplantation d’une populationmâle et femelle, formantfamilles, villages et villes,j’appelle la que colonisationl’Algérie. Mais ce mot comprend aussi de l’organisationpar la France,le Gouvernement et l’administration, c’est-à-dire par des Français,de la population indigène, dans les villes et dans les campagnes. Arrêtons-nous sur ce mot decolonisation, très-souvent appliqué à des choses fort diverses, III. — Les Romains, en s’emparant de cette partie d e l’Afrique, l’ont-ilscolonisée ou simplement gouvernée et administrée ? — L’opinion g énérale est qu’ils l’ont d’abord gouvernée politiquement, qu’ils l’ont ensuite admin istrée et enfin colonisée : c’est cette
dernière phase de leur conquête qu’il m’importe d’examiner. Les Romains ont-ils transporté sur le sol africain desfamilles romaines,pour la culture, ou bien ont-ils formé des familles avec des femmes indigènes, pour constituer des établissements agricoles ; ou bien, enfin, se sont-ils bornés à quelques cultures locales et pour ainsi dire modèles, faites par des colons militaires (célibataires), autour des points occupés, intéressants pour la défense du pays ? — L’examen de ces questions aidera à e déterminer la valeur que doit avoir, au XIX siècle, ce mot de COLONISATION. Lorsque, dans deux mille ans, des archéologues et d es éthnographes visiteront les États-Unis et l’Inde, les premiers trouveront bien, dans ces deux contrées, des traces matérielles de la domination anglaise ; mais les se conds retrouveront aux États-Unis la race anglaise elle-même, tandis que, dans l’Inde, elle n’aura pas laissé de trace sensible. IV. — En Algérie, il me paraît évident que la race romaine ne se retrouve nulle part, malgré sept siècles d’occupation, malgré les ruines géantes de monuments et de routes qu’elle y a laissées. 1 Peut-être n’en pourrait-on pas dire autant de l’inv asion de Vandales , quoiqu’elle ait été de courte durée, comparée à celle des Romains, et quoique les pierres ne parlent pas pour eux comme pour Rome ; mais les Vandales, c omme les Arabes, traînaientla 2 familleà leur suite, et alors cela s’explique. Certainement les Romains n’ont transporté, en Afrique comme en Asie,la famille que par exception, et principalement pour fonder lavillapatricien et établir la du maison des 3 fonctionnaires, administrateurs ou propriétaires de ces provinces ; et ils n’ont pas agi ni pu agir autrement dans leurs innombrables conquêtes . En général, les Romains n’ont pas détruit ou refoulé les populations vaincues, comme les Anglais aux États-Unis, pour y porter un peuple tout nouveau de colons, et ils ont bien plus ressemblé aux Anglais de l’Inde, avec la différence qu’il y a entre un but et des moyens particulièrementmilitaires, ou un but et des moyens particulièrementcommerciaux. Les Romains donnaient place aux dieux des vaincus d ans leur Panthéon ; ainsi la religion ne mettait aucun obstacle, du moins de leur côté, à ce qu’ils s’alliassent, par un 4 concubinage d’ailleurs très-légal , avec les femmes des nations soumises ; mais ces unions formèrent-ellesfamilles,et surtout familles decultivateurs ?— Évidemment non ; les citations suivantes suffiront pour s’en convaincre. V. — Ecoutons d’abord cette belle parole de Tertullien, pleine de patriotismeafricain,et adressée à ses compatriotes de Carthage, de Carthage qui pourtant était le lieu où Rome avait envoyé le plus decolons.me pardonne la longueur de cette citation, Qu’on Tertullien m’y paraît sublime. 5 Il dit : « De tout temps vous avez été les maîtres de l’A frique ; l’empire que vous y avez tenu, et qui a eu la même étendue que cette va ste et admirable partie de la terre, est de tant de siècles qu’à peine en sait-on les co mmencements ; votre nom et votre puissance sont du même âge ; on n’a pas plus tôt co nnu l’un qu’on a redouté l’autre : il faut que les autres nations vous cèdent en ce point , et que les plus puissantes reconnaissent que si un peuple est illustré à proportion qu’il est ancien, il n’en est pas qui le soit davantage que le Carthaginois. « Le présent ne contribue pas moins à votre félicité que le passé à votre noblesse. Il semblait que Carthage, après de si grandes ruines, ne dût être désormais qu’une triste et affreuse solitude, et néanmoins le vainqueur qui l’avait détruite l’a rebâtie, les Romains qui l’avaient rendue déserte l’ont repeuplée et ont laissé à Carthage son nom ; ce ne sont pas tantles Carthaginois qui sont devenus Romains, que les Romains qui sont devenus Carthaginois. « Je confesse que tous ces favorables retours de la fortune me touchent beaucoup,
autrement je ne serais pas Carthaginois ; mais ce q ui excite encore dans mon cœur de plus grandes émotions de joie, c’est la prospérité dont vous jouissez aujourd’hui ; elle est si grande que vous n’êtes plus en peine que de chercher des divertissements... La paix et le repos dont vous jouissez, et lafertilité de cette terre qui produit tout à souhait , sont cause sans doute de cet amusement ; l’empire et le ciel même vous favorisent : si l’un vous conserve cette tranquillité en laquelle il vous a mis, par le moyen de tant de victoires signalées qui le rendent puissant et redoutable, l’autre accroît sans cesse ses largesses : celui-ci vous donne beaucoup, et celui-là fait qu’on ne vous peut rien ôter. « ....Dieu de qui dépend la fortune a voulu que Rom e trouvât dans Carthage la même obéissance que Carthage trouvait autrefois en Afriq ue et dans l’Espagne ; cette obéissance est un effet de la victoire que les Romains ont remportée survous. En l’état o ùvous êtes,vous neleurplus disputer les palmes qu’ils ont cueilli  pouvez es dans Carthage même, sans achever devousentièrement. Il fallait donc, pour plaire à perdre votre vainqueur et rendre le joug qu’il vous a imposé plus doux et plus facile, vous vêtir à la romaine. Ce n’est pas assez, il le fallait faire sans y être ouvertement contraints, afin de lui témoigner combien sa domination vous était a gréable, et mériter ainsi quelque sorte d’honnête liberté, dans la servitude où vous étiez, à l’heure que Carthage fumait encore et qu’on triomphait devousà Rome. « Tu avoueras, Carthage, qu’Utique ta sœur raisonnait ainsi, quand on lui vit prendre la robe en un moment. Scipion était encore bien éloigné de ses murs, et elle eût peut-être rompu et arrêté le cours de ses victoires ; néanmoi ns elle voulut saluer ce capitaine romain, habillée de ses livrées, longtemps avant qu’il fût arrivé, et le faire triompher dans un lieu où il ne devait mettre le pied que deux ans après. Cet artifice lui réussit si bien 6 qu’elle devint aussitôt unecoloniepeuple romain ; elle était alors ta rivale, et sa du grande précipitation à se soumettre à la puissance romaine était un désir d’irriter contre toi cette formidable république, et de voir, en sûreté, fondre ses aigles sur ta tête.... « Mais encore, quand as-tu changé le manteau pour l a robe ? — Quand tu t’es changée toi-même. C’est après avoir succombé sous l es forces romaines, cédé à ton vainqueur ce qui te faisait craindre et honorer, et reçu la grâce que tu faisais autrefois à ceux que tu avais vaincus. Ce changement est arrivé après que tu te fus rendue la risée et la fable de ceux que tu croyais t’avoir obligée de te faire subsister encore, malgré le feu et la cendre, et qui ont feint néanmoins, pour te reprocher très-assurément ta lâcheté, qu’une femme était ta fondatrice, et qu’elle s’étai t tuée pour avoir aimé un Troyen qui allait jeter en Italie les premiers fondements de l’empire romain.... « Mais encore, quand as-tu pris cette robe ? — Après les sinistrés et infâmes augures de Gracchus. Il fut envoyé d’Italie en Afrique avec unecolonie romaine, pour rebâtir et repeupler Carthage, vingt-huit ans après son embrâs ement ; des loups enragés et 7 furieux arrachèrent de nuit les bornes qu’il avait plantées le jour précédent .... « Tu l’as prise après les extrêmes violences de Lep idus, et après avoir vu couler les torrents de sang que ce partisan de Marius répandait dans ton sein, égorgeant à plaisir la moitié des habitants qu’on t’avait envoyés de Rome ; après les sanglantes victoires de Pompée, un des chefs du parti de Sylla... ; après que Jules César eut été, depuis le mois de janvier jusqu’au mois de juillet, à faire la guerre en Afrique, à Juba, roi de Numidie, et 8 à Caton, qui s’était retiré dans Carthage avec quantité de factieux et de rebelles..... lorsque Statilius Taurus eut réparé les murs, du côté où Lepidus avait fait brèche et était entré d’assaut ; lorsque Sentius Saturninus, qui pr ésidait aux augures, eut fait les cérémonies de l’inauguration et prononcé solennellement les paroles dont la superstition se servait d’ordinaire à l’établissement d’une colonie. « En un mot, on t’offrit la robe et tu devins Romaine,quand on commença à s’ennuyer
de la guerre,goûter la paix et à expérimenter combien c’était un bien utile et à délectable ; quand les Romains mêmes, qui avaient eu tous les avantages, se trouvèrent 9 las de porterles armes et pensèrent à d’autres exercices, non-seulement à Rome, mais partout ailleurs où ils étaient obéis. « Mon Dieu ! quand j’y pense, que cette robe a fait un grand tour ! Quel chemin a-t-elle fait ? d’où est-elle partie ? où est-elle venue ? — De Grèce en Lydie, de Lydie à Rome ; c’était pour passer enfin des épaules de la plus grande nation du monde sur les vôtres, et, comme elle est fort ample, pour embrasser en un seul peuple deux peuples, dont le Romain fût maître du Carthaginois. » e Cette sublime ironie ne prouve-t-elle pas évidemment que, dans le III siècle de l’ère chrétienne, c’est-à-dire près de quatre siècles après la prise de Carthage, la population de Carthage même était généralement d’origine afric aine ? Tertullien exprimait et cherchait à réveiller un sentiment denationalitéqui n’aurait eu ni motif ni influence, et qui devait blesser des hommes d’origine romaine. VI. — Écoutons maintenant Plutarque sur Utique, cet tecolonie romaine, rivale de 10 Carthage . « Caton fit publier que les trois cents citoyens qui composaient son conseil, et qui tous étaient des Romains que lecommercela ou banque avait attirés en Afrique, s’assemblassent dans le temple de Jupiter, avec tous lessénateurs qui étaient à Utique et leurs enfants Je m’offre à combattre à votre têt e, dit-il, jusqu’à ce que vous ayez éprouvé la dernière fortune de votre patrie.Cette patrie n’est ni Utique, ni Adrumette, c’est Rome seule. « Les sénateurs de Rome avaient montré la plus gran de ardeur, et, après avoir affranchi leursesclaves,ils les avaient enrôlés ; mais les trois cents, quitousfaisaient le commerce maritime ou labanque,rsdont la principale richesse consistait dans leu  et esclaves,ne se souvinrent pas longtemps des discours de Caton « Les officiers de cavalerie répondirent qu’il leur paraissait dangereux de s’enfermer dans une ville dontles habitantsétaientPhéniciens,nation naturellement si inconstante... Que Caton chasse ou égorgetous les habitantsd’Utique, et qu’alors il nous appelle dans une ville qui n’aura plus nid’ennemis,ni deBarbares. » Partout Plutarque parle de ces trois cents Romains, conseillers de Caton, comme étant, pour ainsi dire, avec les sénateurs réfugiés, les seuls Romains d’Utique, Tous sont désignés comme banquiers et négociants, aucun commecultivateur ni même comme propriétaire,puisque leur principale richesse consistait enesclaves. Il est vrai qu’à cette époque la colonisation propr ement dite, la colonisationagricole, était à peine commencée dans la province d’Afrique. Or, les personnes qui pensent que les Romains ont colonisé, et qui entendent par là q u’ils ont eux-mêmescultivé l’Afrique, conviennent cependant qu’ils n’ont pas donné immédi atement cette forme à leur conquête, et qu’ils ont consacré un assez grand nombre d’années à asseoir d’abord leur domination militairement, c’est-à-dire à construire des routes, des camps, des fortifications, des édifices publics ; et, en effet, on ne peut pas révoquer en doute que les armées romaines étaient bien plutôtmaçonnes que cultivatrices. Mais les mêmes personnes prétendent qu’après ces premiers soins, R ome, soit par des colonies militaires, soit par des colonies privées, a mis enculturegrande partie de ses une possessions africaines. Néanmoins, si l’on songe que c’est pendant un siècle et demi, depuis César jusqu’à Trajan, que Rome couvrit le monde alors connu de se s villes nommées colonies, il faut se faire une idée bien prodigieuse de la population d’Italie, pour croire qu’elle a pu fournir les millions d’habitants de ces innombrables villes.