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Comment écrire sa thèse

De
345 pages
Peut-on écrire une thèse sans mourir d’ennui ou devenir à moitié fou ? Oui, et mieux encore, répond Eco : il faut vivre la thèse comme une chasse au trésor, et non un rite masochiste d’un autre âge. Quels que soient sa durée, son nombre de pages, la discipline choisie ou le sujet lui-même, tout travail de recherche, du mémoire au doctorat, est un exercice inégalé pour la formation de l’esprit, à condition de bien s’y prendre.
Définition du sujet, plagiat, paraphrase, mais aussi relations diplomatiques avec son directeur de recherche : avec humour, tendresse et pragmatisme, Umberto Eco accompagne quiconque désire apprendre à chercher, réfléchir et construire une pensée personnelle, dans un ouvrage qui est peut-être avant tout un merveilleux guide pour, simplement, bien écrire.
Comment écrire sa thèse est traduit dans plus de vingt langues et pour la première fois en français.
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UmbertoEco
Comment écriresathèse
Flammarion
©BompianiRCS Libri S.p.A.,Milan 1977-2015 © Flammarion, 2016,pourlatraduction fraaise
ISBNEpub : 9782081382442
ISBNPDF Web : 9782081382459
Lelivreaété imprimé sous lesréférences : ISBN: 9782081380516
OuvragecompoetconvertiparPixellence(59100 Roubaix)
Présentationdel'éditeur Peut-on écrire une thèse sans mourird’ennuioudevenir à moitié fou ?Oui,et mieuxencore, répondEco: il faut vivrelathèsecommeunechasseau trésor,et non unritemasochisted’unautre âge. Quels quesoient sadurée, son nombredepages, ladisciplinechoisieou lesujet lui-même, tout travailderecherche,du mémoireaudoctorat,est unexerciceinégapourlaformationdel’esprit, à conditiondebien s’yprendre. Définitiondu sujet,plagiat,paraphrase, maisaussirelationsdiplomatiquesavec sondirecteurde recherche :avec humour, tendresseetpragmatisme, UmbertoEcoaccompagne quiconquedésire apprendreàchercher,réfléchiretconstruireunepenséepersonnelle,dans unouvragequiestpeut-êtreavant tout un merveilleuxguidepour, simplement, bien écrire. Comment écriresathèseest traduitdansplusdevingt languesetpourlapremièrefoisen fraais.
Passionnéparles livresetparson temps, UmbertoEcoest linoubliableauteurduNomdelaroseet duPendulede Foucault maisaussid’essais théoriques quiont faitdate. Célèbredans le monde entier, il incarnemieuxquepersonnelaconditédelaculture, quiaiguiselesenscritiqueet nourrit lacuriositépourl’autre.
Du mêmeauteur
L’Œuvreouverte, LeSeuil, 1965. LaStructureabsente,MercuredeFrance, 1972. LaGuerredu faux, traductiondeMyriamTanantaveclacollaborationdePieroCaracciolo, Grasset, 1985 ; « Les Cahiers Rouges », 2008. Lectorin fabula, traductiondeMyriemBouzaher, Grasset, 1985. Pastichesetpostiches, traductiondeBernardGuyader,Messidor, 1988 ; « 10/18 »,1996. Sémiotiqueetphilosophiedu langage, traductiondeMyriemBouzaher,PUF, 1988. LeSigne: histoireetanalysed’unconcept,adaptationdeJean-MarieKlinkenberg, Labor, 1988. Les Limitesdelinterprétation, traductiondeMyriemBouzaher, Grasset, 1992. DeSupermanau surhomme, traductiondeMyriemBouzaher, Grasset, 1993. LaRecherchedelalangueparfaitedans lacultureeuropéenne, traductiondeJean-PaulManganaro; préfacedeJacques LeGoff, LeSeuil, 1994. Sixpromenadesdans les boisduromanetd’ailleurs, traductiondeMyriemBouzaher, Grasset, 1996. Artet beautédans l’esthétiquediévale, traductiondeMauriceJavion, Grasset, 1997. Comment voyageravecun saumon, traductiondeMyriemBouzaher, Grasset, 1998. Kantet l’ornithorynque, traductiondeJulien Gayrard, Grasset, 1999. Cinq questionsdemorale, traductiondeMyriemBouzaher, Grasset, 2000. Delalittérature, traductiondeMyriemBouzaher, Grasset, 2003. Àreculonscommeuneécrevisse. Guerreschaudesetpopulismediatique, Grasset, 2006. Direpresque la mêmechose.Expériencesde traduction, traductiondeMyriemBouzaher, Grasset, 2007. De l’arbreau labyrinthe.Études historiques sur le signeet linterprétation, traductiond’Hélène Sauvage, Grasset, 2010. Construirel’ennemietautres écritsoccasionnels, traductiondeMyriemBouzaher, Grasset, 2014. Écrits surlapenséeauMoyen Âge, traductiondeMyriemBouzaher,MauriceJavion, Fraois Rosso etHélèneSauvage, Grasset, 2016. Romans LeNomde larose, traductionde Jean-Noël Schifano, Grasset, 1982 ; éditionaugmentéed’une apostille traduiteparMyriemBouzaher, Grasset, 1985. Éditionrevueetaugmentéepar l’auteur, Grasset, 2012. LePenduledeFoucault, traductiondeJean-Noël Schifano, Grasset, 1990. LÎledu jourd’avant, traductiondeJean-Noël Schifano, Grasset, 2002. Baudolino, traductiondeJean-Noël Schifano, Grasset, 2002. LaMystérieuseFlammedelareineLoana, traductiondeJean-Noël Schifano, Grasset, 2005. LeCimetièredePrague, traductiondeJean-Noël Schifano, Grasset, 2011. Confessionsd’un jeuneromancier, traductiondeFraois Rosso, Grasset, 2013. Numéroro, traductiondeJean-Noël Schifano, Grasset, 2015.
Comment écrire sa thèse
INTRODUCTIONÀ L'ÉDITIONITALIENNEDE1985
1. Cette nouvelle éditionde mon livreparaît huitansaprès lapremière. Écrit à l'originepour m'éviterderépéterconstamment les mêmesconseils à mes étudiants,ce manuelaconnu une diffusionassez large. Jesuisreconnaissantauxcollègues qui lerecommandentaujourd'huiencoreà leurs étudiants, maisplusencore àces étudiants qui, neréussissantpas àachever leurcursus, l'ont découvertpar hasardet m'ontensuite écritpour medire quecespages leuravaientenfindonné la forcedecommencer,oudefinir, leurthèse. Jenesaispas si j'ai bien faitdecontribueràaccroîtrele 1 nombredespersonnes titulairesd'unelaureadans notrepays, mais ilenestainsi,et il faut bien que j'enassumelaresponsabilité. J'airédigécelivreenpensantauxfacultésdesciences humaineset,enparticulier, àcausedema propreexpérience,auxdépartementsdelettreetdephilosophie, mais j'aidécouvertensuitequ'ilaété utileà unpeu tout lemonde, étantdonné qu'au fond, il neparlepas tantdes idées quedoitcontenir unethèsequedel'étatd'espritdans lequelabordercetravailetd'unebonneméthodeà suivrepourle réaliser.Ence sens,ce livreapu être luavecprofit mêmepar quelqu'un qui ne faisaitpas,oupas encore,d'études universitaires, voirepardes élèvesde lycée quidevaientpréparer un travailde rechercheou unexposé. Ilaégalement été traduitdansdespays étrangersoù lesexigencespourunethèsesontdifférentes. Quelquesajustementsont été évidemmentapportés localement, mais,dans l'ensemble, il sembleque monpropos supported'êtreexporté. Jen'en suispas surpris : lesrèglespourfaireun bon travailde recherchesontau fondles mêmesen tout lieuet à quelqueniveaudecomplexité quecesoit. Quandj'écrivaiscelivre, laréformeuniversitairen'avaitpasencoreété miseenplaceenItalie,et jesuggéraisdans l'introduction qu'ilpourrait servirnon seulementpourlathèsedelaureatellequ'on l'avaitconçuejusqu'alors, maisaussipourcequiallaitdevenirlathèsededoctorat. Cetteprévision était juste, mesemble-t-il,et jepourraisaussi biendonneraujourd'huicespages à lireà un étudiant quirédigeunethèsededoctorat (mêmesionpeutespérerquequelqu'un quiarriveàceniveau sait déjà toutcequej'exposeicimaison nesait jamais). 2. Dans l'introduction à lapremière édition, jeparlaisdesproblèmes liés à la situationde l'université italiennequirendaient unpetit livrecommelemien utilepourdes milliersetdes milliers d'étudiantsabandonnés àeux-mêmes. Je seraisaujourd'hui très heureuxj si epouvaisenvoyerau pilon tous lesexemplairesrestantset si jen'étaispasconduit àrééditerunefoisencoremon manuel. Hélas, jenepeuxquerépétercequejedisaisalors. Il fut un tempsoù l'université était une institutiondestinéel'élit à e.Ne la fréquentaient quedes enfantsdediplômés. Àderaresexceptionsprès,ceuxqui faisaientdes étudesdisposaientdetout leur temps. L'université étaitconçuepour être fréquentée à loisir,enconsacrant unpeude tempsaux étudeset unpeudetempsaux« sains »divertissementsestudiantinsouencoreauxactivitésau sein desorganismesreprésentatifs. Lescoursconsistaientendesconférencesprestigieusesaprès lesquelles les étudiants lesplus intéressés seréunissaientaveclesprofesseurset lesassistantsdansde paisibles séminaires,dedixou quinzepersonnesau maximum. Aujourd'huiencore,dans biendes universitésaricaines, lescours necomptentpasplusdedix ou vingt étudiants (quipaient généreusementetont ledroitd'« utiliser» l'enseignant à volontépour discuteraveclui). Dans uneuniversitécommecelled'Oxford, ilyaunprofesseur,appetutor, qui s'occupedes thèsesd'un groupetrèsrestreintd'étudiants (parfois mêmeunoudeuxseulement)et qui suit leurtravailau jourlejour. Si telleétait lasituation italienne, il n'auraitpas été nécessairedcrirecelivreetdelerepublier chaqueannée mêmequ si elques-unsdesconseils qu'ildonnepourraient être utiles à un étudiant placédans lasituation « idéale»esquisséeci-dessus.Mais l'université italienneestaujourd'hui une universitédemasseoù l'onrencontredes étudiants venusdetoutes lesclasses sociales,detous les genresdelycée. Certains s'inscriventenphilosophieouen lettresclassiquesalors qu'ils viennentd'un institut techniqueoù ils n'ont jamaisappris legrecancien, voirepas mêmelelatin.Et s'ilest vrai que le latin sert trèspeupour toute sorted'activités, ilest très utilequi étu à die laphilosophieou les lettres.
Danscertainscours,des milliersd'étudiants sont inscrits. Leprofesseurenconnaîtpeuouprou une trentaine qui fréquentent sescoursavecplusd'assiduitéet,avec l'aidede sescollaborateurs, il parvient àen faire travailler unecentaineavec unecertaineconstance.Parmiceux-ci, beaucoup viennentdefamillesaiséesetcultivées, ils sontencontactavecun milieuculturel vivant,peuvent se permettrede fairedes voyagespour s'instruire, fréquententdes festivalsd'artetde théâtre, visitent despays étrangers.Etpuis ilyalesautres. Des étudiants qui travaillentetpassent leurjouredans un bureaude l'étatcivild'unepetite villededix mille habitantsoù il n'ya quedes librairies-papeteries. Des étudiants qui,déçuspar l'université, se sont tournés vers uneactivitépolitiqueet suivent unautre typede formation, mais qui, à un momentou à unautre,devront seplier à l'obligationde faire une thèse. Des étudiants vraimentpauvres qui,avantdepasser unexamen, calculentcombiencoûtent lesdifférents textes qu'ilsdevront lire,disant : « Voilà unexamen à 30euros »,afindechoisirlemoinscher. Des étudiants qui viennentparfoisauxcoursoù ilsontdu mal à trouveruneplacedans l'amphithéâtrearchibondé,etaimeraientensuiteparleravecl'enseignant, mais trentepersonnes fontdéjà laqueueet ilsdoiventprendreletrainparcequ'ils nepeuventpas se permettrededormirà l'hôtel. Des étudiants à qui nul n'ajamaisditcommentchercherunouvrageen bibliothèqueetdans quelle bibliothèque, qui ignorent souvent qu'ilspourraient trouverdes livres dans la bibliothèque municipalede la villeoù ils habitentet ne saventpas mêmecommenton acquiert unecartedeprêt. C'est àceux-ci quelesconseilsdecelivresont toutparticulièrementdestinésainsi qu'auxélèves delycéequi s'orientent versdes études universitaireset voudraientcomprendrel'alchimiedelathèse. Celivrevoudrait lesconvaincrededeuxchosesau moins : onpeut faireunethèsedevaleurmêmesi l'on setrouvedans unesituationdifficileenraison d'injusticesplusou moinsrécentes ; onpeut saisirl'occasiondelathèse(mêmesi l'onaétédéçuou frustréparlerestedeses études universitaires)pourretrouver un senspositifaux étudeset à leurprogression,entendues nonpas comme uneaccumulationde savoir, maiscommeréflexioncritique sur uneexpérience,comme l'acquisitiond'unecompétence, utilepour sonavenir, à identifier lesproblèmes, à lesaborderavec méthodeet à lesexposersuivantcertaines techniquesdecommunication. 3. Celadit, ilestclair quece livre n'entendpasexpliquer «commenton fait unerecherche scientifique», ni neconstitueunediscussion théoriqueetcritiquesurlavaleurdes études.Ilcontient seulement uneriedeconsidérations surlafaçondontonparvient àprésenterà un jurydelaureaun objetphysique,prescritparlaloietcompod'unecertainequantitédepagesdactylographiéesdont on suppose qu'ellesont uncertainrapportavec ladisciplinede lalaurea,et qui neplongepas le directeurdans un étatdestupeurdouloureuse. Ilestclair quece livre nepourrapas vousdirecef qu'il aut que vous écriviezdans votre thèse. Cela,c'est votreproblème. Celivrevousdira: (1)cequ'onentendparthèsedelaurea; (2)comment enchoisirlesujetetdéterminerlesdifférentesphasesdu travail ; (3)comment menerdesrecherches bibliographiques ; (4)commentorganiser les mariaux que vousaurez trouvés ; (5)comment disposermariellement votretravail écrit. Lapartielapluspréciseest évidemment ladernière,celle quipourrait sembler la moins importante,parce quec'est la seulepour laquelle ilexistedesrègles assezexactes. 4. CesareSegrearelu lemanuscritdecelivreet m'adonnédesconseils. Commej'ai tenucompte decertainsd'entreeuxet que,pourd'autres, j'aipersistédans mespositions, il n'est nullement responsabledurésultat final. Jeleremercieévidemmentdetoutur. 5. Lepropos qui suitconcernebien sûrles étudiantset lesprofesseursdesdeuxsexes. Lalangue fraaise nepossédantpasd'expression neutrepourdésigner lesdeux à la fois (lesAricains utilisentdeplusenplus leterme«person», mais il seraitridiculededire« lapersonneétudiante»), je mecontentedeparlerd'étudiant,deprofesseur,dedirecteur, sans quecetemploi grammatical 1 n'impliquedediscrimination sexiste. 6. Depuis laparutiondu livre, il m'estarrivédeschoses très étranges. Jereçoisparfoisdes lettres d'étudiants qui m'écrivent : « Jedois faire une thèse sur telou tel sujet [et je vousassure que le
spectredes sujetsest très vaste,etcertains sont vraimentdépaysants],pourriez-vousavoir la gentillessedem'envoyerunebibliographiecomplèteafin quejepuisseavancerdans mon travail ? » Ces étudiants n'ont évidemmentpascompris le sensdece livre,ou bien ils meprennentpour un magicien. Ce livre s'efforced'enseignercomment travailler seul,et nonpascommentetoùaller trouver,commeondit, un travaildéjàprémâché.Enoutre, medemanderunebibliographie,c'est ne pasavoircompris queréaliser une bibliographieest un travail quiprenddu temps,et quepour pouvoir leur fournir ne serait-ce qu'unedes bibliographies qu'ils medemandent, il me faudrait travaillerplusieurs mois, sinonplus. Si j'avais toutcetemps à madisposition, jesauraisen faireun meilleurusage. 7.Mais lachoselaplus étrangequi m'estarrivéeconcerneunepageprécisedecelivre laissez-moi vous laraconter.Il s'agitdelapetitesectionIV.2.4., « L'humilité scientifique». Vous verrezen lalisant quejecherchais à montrerqu'il nefaut mépriseraucuneétudeportant survotresujet,parce queles meilleures idées nenous viennentpas toujoursdesplus grandsauteurs.Et jeracontaiscequi m'étaitarrivéen faisant mapropre thèsedelaurea, quand j'avais trouvé une idéedécisive, solution d'unproblème théorique épineux,dans unpetit livre sansaucuneoriginalité, écriten 1887par un certainabbé Vallet, quej'avais trouvéparhasardchez un bouquiniste. À la sortiede mon livre,BenjaminoPlacidoenavait écrit uncompterendu savoureuxdans la Repubblica (22 septembre 1977).Ilydisait àpeuprès que j'avaisprésenté marecherchecomme l'histoiredupersonnaged'une fable,perdudans les bois,et qui, à uncertain moment (comme il arrivedans les fables selon lathéoriedeV.Propp),rencontreun «donateur» qui lui fournit uneclef magique. Cetteinterprétation n'étaitpas si étrange, larechercheétanteneffet toujours uneaventure, maisPlacido laissaitentendre que,pourracontercette fable, j'avais inventé l'abbé Vallet. Quand je l'airencontré quelquetempsaprès, jeluiaidit : «Tuas tort, l'abbé Valletexiste,ouplutôt ilaexisté, et j'ai toujours son livrechez moi.Ilyaplusdevingtans quejenel'aiouvert, maiscommej'ai une bonnemémoirevisuelle, jemesouviensencoredelapagedans laquellej'avais trouvécetteidée,et dupointd'exclamationrouge que j'avais misen marge. Vienschez moi,et je te montreraice malheureuxlivredu malheureuxabbé Vallet. » Aussitôtdit,aussitôt faitnous nousrendonschez moi, jenous sersdeuxwhiskies, montesurun escabeaupouratteindrelerayonnageélevé surlequel,depuis vingtans,reposait lelivrefatal. Jel'y prends, l'époussette, lerouvreavec unecertaine émotion,cherche lapage non moins fataleet la trouve,avecson beaupointd'exclamationen marge. MontrantcettepageàPlacido, jelui lis lepassagequi m'avait tellementaidé. Jelelis, lerelis,et suis stupéfait : l'abbé Vallet n'avait jamais formulé l'idéequejeluiavaisattribuée, il n'avait jamais misenrelation (cequi m'avaitparu si brillant) lathéoriedelabeautéaveclathéoriedu jugement. En lisant Vallet (quiparlaitd'autrechose), mystérieusement stimuléparceét qu'il aiten trainde dire,cette idée m'était venuel' à esprit,et,entièrementplongédansce texte que j'étaisen trainde souligner, je l'aiattribuéeV à allet.Etpendantplusde vingtans, j'avais étéreconnaissantau vieil abbépour quelquechosen qu'il e m'avait nullementdonné. Laclef magique,c'est moi seul qui me l'étais fabriquée. Maisenallait-il vraimentainsi ? Leritedecetteidéemerevient-il vraiment ? Si jen'avaispas lu Vallet, l'idéenemeseraitpas venue. Sansdouten'ena-t-ilpas été lepère, mais,pourainsidire, l'obstétricien.Il nem'ariendonné, mais ilamis monespritenalerte, ilastimulé mapensée.Et n'est-cepascequel'ondemande(entreautres) à un maître? Denous inciterà trouverdes idées ? Enyrepensant, je me suisrenducompte que biendes fois,aucoursde mes lectures, j'avais attribué àd'autresdes idées qu'ils m'avaient seulement induit à trouver;et que,d'autres fois, j'avais eu laconviction qu'uneidéeétait mienne,alors qu'enrelisant biendesannéesplus tardun livreque j'avais lu àcemoment, jedécouvrais quecetteidée,ou son germe, m'était venuedecetauteur.Pour uncrédit (nondû)accordé à Vallet,combiendedettesavais-jeoubliédepayer…Jecrois quelesens decette histoire, qui nediffère guèreencelad'autresproposdansce livre,est que larechercheest uneaventure mystérieuseetpassionnante quiréserve biendes surprises. Ce n'estpas seulement l'affaired'un simple individu : toute unecultureyparticipe les idées voyagentparfoisd'elles-mêmes,elles émigrent,disparaissentetréapparaissent,et,comme les histoiresdrôles,elles s'améliorentau furet à mesurequ'on selesraconte. Aussiai-jedécidédeconservermareconnaissancepourl'abbé Vallet, justementparcequ'ilavait vraiment été undonateurmagique.Pourcetteraisonpeut-êtrecertains lecteurs s'en sont-ilsrendu
compte, jel'ai introduitcommeundespersonnagesprincipauxdemonromanLeNomdelarose: ilest mentionnédès ladeuxième lignede l'introduction,cette fois-cicomme le vraidonateurd'un manuscritperdu,personnage tout à fait mystérieuxet magique,etcomme le symboled'une bibliothèqueoù les livresparlententreeux. Jenesais tropquelleest lamoraledecettehistoire, mais jesais qu'ilyenaau moins une, quiest fort belle. Jesouhaiteà mes lecteursdetrouveraucoursdeleurviebeaucoupd'abbés Vallet,et je mesouhaiteà moi-mêmededevenirl'abbé Valletdequelqu'un.
Milan, février1985