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Comment les Francs façonnèrent un empire disparate

De
198 pages

Le 25 décembre de l’an 800, le Rex Francorum – le roi des Francs – Charles le Grand dit Charlemagne est couronné par l’évêque patriarche de Rome.
Mais c’est un couronnement « à la Pyrrhus », car Charles s’aperçoit bientôt qu’il n’est que le bras armé du souverain pontife qui se voit, lui, comme le successeur des empereurs de Rome. La querelle entre le Saint-Siège et l’empereur du Saint Empire romain de la nation germanique va durer mille ans.
La disparition de la Rome impériale, les Francs, les Goths, les Burgondes, le sursaut de Byzance, la venue des Arabes en Ibérie et l’édification de l’empire carolingien, c’est l’histoire qui est ici contée.


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ISBN numérique : 978-2-334-12817-9
© Edilivre, 2016
Le25décembre de l’An 800 le Rex Francorum – le roi des Francs – Charles le Grand dit Charlemagne est couronné par l’évêque patriarche de Rome. Mais c’est un couronnement à la “Pyrrhus” car Charles s’aperçoit bientôt qu’il n’est que le bras armé du souverain pontife qui se voit, lui, comme le successeur des Empereurs de Rome. La querelle entre le Saint Siège et l’Empereur du Saint Empire romain de la Nation germanique va durer mille ans. La disparition de la Rome impériale, les Francs, les Goths, les Burgondes, le sursaut de Byzance, la venue des Arabes en Ibérie et l’édification de l’Empire carolingien, c’est l’histoire qui est ici contée.
« Rien n’est jamais acquis. Rien n’est jamais perdu »
ProloguE
Nous sommes le 25 décembre de l’An 800 et Charles s’agenouille pour prier dans la basilique romaine dédiée à Saint Pierre. Le pape Léon III vient alors lui poser sur la tête une couronne aux fins de le désigner 1 Empereur devant l’assemblée des prélats et des nobles présents qui l’adulent alors. L’Empire des Francs vient de naître par cette cérémonie. 2 L’ambiguïté de ce cérémonial instauré par le pape Léon engendre un conflit millénaire 3 entre la papauté et les empereurs du Saint-Empire romain qui vont se succéder.
1. La diplomatie franque va inventer un sacre de Pipin dit le bref qui ne semble jamais avoir eu lieu, ceci aux fins de conforter l’assise de la dynastie des Pippinides-Pépinides qui précèdent les Carolingiens. Pipin ne sera qu’oint, deux fois certes, mais qu’oint. Il ne reçoit pas de couronne. Si Charles est bel et bien couronné on n’a aucune description de l’accessoire utilisé. 2. L’ordonnancement du proscynèse [rite de couronnement à Byzance] n’est pas respecté. Celui-ci était la transposition de l’élection du Consul au temps de Rome : le candidat était normalement ovationné par le Peuple, en fait par le Sénat, et devenait ainsi le lauréat. Il recevait alors les insignes de sa fonction. Pour le sacre de Charles cette inversion des étapes fut-elle voulue ? Par qui ? Pourquoi ? Sans aucun doute par le Saint Siège. 3. Aussi nommé Saint-Empire romain germanique ou Saint-Empire romain de la nation germanique pour le différencier des parties de l’empire carolingien plus à l’ouest. Le lauréat choisi par ses pairs prenait le titre de roi des Romains mais ne devenait empereur qu’après avoir été couronné, et oint, par le pape. En souvenir du sacre de Charles le Grand il a été décidé que ce sacre se déroulerait à Rome mais les dissensions voire les conflits ouverts entre les empereurs et les papes vont rapidement mettre à bas ce protocole. Le titre de roi des Romains va être mis à profit par la famille des Habsbourg pour s’assurer une transmission er héréditaire de la charge impériale dès le règne de Maximilien 1 , le grand-père paternel de er Charles 1 d’Espagne qui devient Charles Quint l’empereur.
Ledéclin de Rome et les invasions
On a l’habitude de parler de colosse aux pieds d’argile lorsqu’il s’agit de montrer la disparition d’un empire : il serait plus sage de parler d’un corps malade. 4 L’Empire romain latin n’est pas mort des invasions de peuples intégrés, fédérés, étrangers, tous qualifiés de “barbares”. Rome est morte de l’arrivisme politique et de l’avidité de ses élites, de son incivilité citoyenne, de sa cupidité colonisatrice, de sa médiocrité spirituelle, de la baisse de sa démographie. Devenue veule, faible, agressive et méprisante, elle suscite tout à la fois l’envie des 5 peuples qui en connaissent les richesses et le ressentiment de ceux qui sont humiliés et qui se savent aussi capables que les oligarchies latines. Nombreux sont les peuples, qui, bon an mal an, ont été incorporés aux structures de l’Empire et donc à l’Armée. Ils ont parfaitement conscience de côtoyer une civilisation remarquable. Les Ligures, les Celtes, les Ibères, les Goths, et autres Hellènes, lorsque cela s’avère essentiel, prennent les armes pour défendre ce qu’ils considèrent comme la Patrie. Car malgré sa chute, les capacités de l’Empire ne vont pas disparaître quand les empereurs cèdent la place aux tribus des envahisseurs. Lesdits envahisseurs vont, pour certains même, tenter de faire revivre la splendeur de Rome. Pendant des siècles, les fonctionnaires “romains” vont servir les nouveaux maîtres. Mais revenons aux premiers temps et découvrons les Goths qui ont tant d’importance par la suite.
4. Nous parlerons d’Empire pour l’Empire dans sa totalité, d’Empire romain capitale Rome puis Ravenne pour la partie occidentale, d’Empire gréco-byzantin capitale Byzance-Constantinople pour la partie orientale. 5. Les peuples dont nous allons parler sont quelquefois qualifiés de “barbares”. Ce terme est dû aux Hellènes qui désignaient ainsi ceux qui ne parlaient pas leur langue. Progressivement il est devenu un terme méprisant dont la signification humiliante a été reprise par les Romains et e bien sûr par les chroniqueurs chrétiens catholiques romains voire les historiens des XIX et e XX siècles dont ceux de la République Française, les Gallo-Romains étant des “civilisés”.
Dela Baltique à la mer Noire les Goths fondent un royaume
Les Goths sont originaires de la Scandinavie et des abords de la Baltique. Ils résident, comme bon nombre de tribus de ces peu ples de “Germains”, à l’est dulimes de l’Empire. 6 Dans l’historiographie, on distingue tardivement de ux coalitions de Goths : les Ostrogoths et les Visigoths souvent écrit Wisigoths. En fait et malgré les aléas de l’Histoire, les Goths d’ici ou là se reconnaissent toujours comme de la même ethnie et se prêtent quelquefois assistance. Un exemple en est l’alliance entre les Goths installés au nord de l’Italie d’avec les Goths d’Aquitaine 7 vaincus par Hlodovic à Vouillé en 507, alliance qui constitue une conti nuité gothique entre l’Italie et 8 l’Espagne via la Narbonnaise et la Provence : ce territoire est nommé la Gothie.
Figure 1 – La Germanie et les “Germains” tels que les voient les Romains
Il interdit momentanément aux Francs mérovingiens l’accès à la Méditerranée. Depuis leur départ de Scandinavie et durant des siè cles les Goths sont amenés à créer plusieurs royaumes : le royaume de Gothie d’Orient au nord de la mer Noire, le royaume Goth d’Illyrie, les 9 royaumes Visigoths d’Occitanie et d’Ibérie et le royaume Ostrogoth romain. Bien plus tard d’autres peuples germains de Scandin avie dont l’origine est tout aussi brumeuse, les 10 Varègues , suivent le même parcours que les Goths et viennent se fondre dans les peuples slaves en créant le République de Novgorod puis la principauté de Kiev. 11 Pendant cinq siècles les dynasties goths meublent l e paysage à l’ouest de l’Europe et ils ne disparaissent, en tant que force politique, que par suite des conquêtes franques en Aquitaine-Occitanie puis celles, éphémères, de Byzance et enfin celles des arabo-musulmans. A l’aube de leur histoire, les Goths de Scandinavie , en petit nombre, en bataillant ou en s’alliant avec les peuples autochtones, migrent vers le sud e n remontant le cours de la Vistule où ils sont au contact des Vénètes – les Slaves – puis ils suivent le cours du Dniestr. Ils finissent par s’établir sur les bords de la mer Noire où ils côtoient à l’est les Alains, un peupl e caucasien encore nomade. 12 Au cours de ce périple ils dominent les tribus rencontrées. Ils écrasent les Sarmates et prennent la tête d’une coalition au contact dulimesde l’Empire qui est alors au summum de sa superfic ie sur le Danube. Les Goths sont des peuples conquérants et ils visen t à s’approprier ces richesses romaines en lançant des raids vers l’ouest. e Au début du III siècle les premiers faits avérés et documentés à R ome mentionnent leurs 13 incursions sur le bas Danube et le pillage de la vi lle d’Histria en 238, ville anciennement grecque devenue garnison romaine pour contenir les turbulents Daces qui résident dans la contrée. Pour prix de leur départ “pacifique” les Goths vont recevoir un tribut de la part de l’Empire mais cela n’a pu qu’attiser leur convoitise car ils vont multiplier les razzias sur le cours du Danube. Victorieux en 251 de l’empereur Decius qui va trouver la mort dans la bataille d’Abrittus, aujourd’hui Razgrad, les Goths vont néanmoins subir deux défaites cinglantes : l’une en 269 où ils sont battus par Claude II et une autre en 271 où ils sont terrassés par Aurélien qui les anéantit quasiment. Ce calme obligé va leur faire nouer de nouvelles re lations et ils sont alors au contact des premiers chrétiens d’Orient ce qui engendre chez les Goths d e nombreuses conversions chrétiennes sous la forme homéenne de l’arianisme. Car les Goths, qui vont passer du paganisme à une r eligion révélée, vont adhérer au dogme chrétien homéen avec vigueur et sans dérogation. Cette adhésion à l’arianisme n’est pas sans conséqu ences car elle sera un pilier du “nationalisme” goth et elle va engendrer un motif de ressentiment chez les Goths vis-à-vis des autres peuples germaniques : les Francs de Hlodovic qui est souten u par les évêques « catholiques nicéens » après 14 sa victoire sur les Alamans en particulier. De même, et plusieurs siècles avan t les édits de purification des Rois catholiques, les Juifs espagn ols sont persécutés sous le règne du visigoth er Reccared 1 qui se convertit au catholicisme en 589 et se sent mal inspiré en prônant leur conversion 15 ou l’exil . A la suite de la défaite de 271, les chroniques historiques sont plus fournies. On voit apparaître deux groupes distincts de la “nation” goth. A l’ouest du Dniestr sont implantés les Thervingi [ de la forêt] et les Vesi nommés “Balthes” ou “sages”. A l’est sont les Greutungi appelés “Amales” ou “brillants” qui ont pour roi Ostrogotha. Il semble que ce dernier groupe soit le plus puissa nt car il va prêter main forte aux premiers à plusieurs reprises en particulier en 330 contre les Vandales et en 369 contre les Romains. Lors de ce dernier affrontement émerge un chef goth Amale hors du commun, Ermanaric. Alliant sens de la tactique guerrière et de la dipl omatie à une vision stratégique, il va créer un empire Goth qui s’étendra du Danube à la Volga et de la Baltique à la mer Noire. Il soumet les peuples slaves qui résident dans les plaines et les forêts d’Ukraine posant les premiers jalons de la collaboration entre Scandinaves et Slaves. Chez les Goths de l’ouest, les Thervingi, deux tend ances se font jour : les partisans d’une alliance
avec Rome et ceux qui y sont opposés. Cette scission “politique” perdure et entraîne les Goths à vivre révoltes de palais et coups d’état, meurtres et assassinats, selon les aspirations et les faiblesses de l’une ou l’autre tendance. En 375 les Goths doivent faire face aux attaques de s Huns venus de l’est qui ont déjà éliminé les 16 Alains , un peuple de la vallée du Don. Nombre d’Alains survivants ont été recrutés dans les troupes hunniques. Les Goths sont défaits. Le monde d’Ermanaric s’effondre. Celui-ci se suicide de désespoir et les Greutungi subissent le joug hunnique.
Figure 2 – Le royaume goth d’Ermanaric
Les Goths de l’ouest, dans leur grande majorité, do nnent le pouvoir au clan des partisans de Rome et l’empereur Valens les autorise à résider à l’int érieur dulimesque les autres trouvent refuge tandis dans les Carpates. C’est alors que Valens commet une faute stratégique. Au lieu d’utiliser ces guerriers remarquables en leur confiant des missions gratifiantes pour protéger l’Empire, il en déporte un grand nombre ou bien en cantonne d’autres en Thrace les laissant à la merci 17 de résidants méprisants et d’une administration hum iliante . La réaction ne se fait pas attendre. En 378 une coa lition de Goths, d’Alains survivants et même de 18 Huns errants détruit l’armée romaine à Andrinople tandis que Valens y trouve la mort . Andrinople marque une date décisive dans l’histoire de l’Empire : c’est le début de la fin. C’est la faillite d’un système : celui d’une fédération de peuples qui ne trouvent pas, dans la société édifiée par l’Empire romain, un creuset accueillant digne de leurs sacrifices. Ça n’est pas la premièr e défaite romaine mais il s’agit là d’une défaite politique qui met en évidence la fracture de la société dont l’Empire fait les frais. er Nommé en 379 Théodose 1 comprend qu’il lui faut s’allier avec ces mutins. En 382, après avoir négocié avec toutes les parties , dont le parti anti-romain d’Antanaric, les Goths sont invités à résider en Dacie et Thrace en contrepartie de leur aide pour épauler l’armée romaine. 19 Les Goths sont devenus un peuple fédéré de l’Empire. Ils sont rapidement mis à contribution et en 394, a vec les troupes romaines, ils vont combattre les Francs menés par Eugenius, un usurpateur “romain”. C’est le premier affrontement de deux peuples germaniques majeurs quant à leur importance, au profit de la politique romaine. 20 Les Francs sont ramenés dans leurs frontières . er En 395 les deux fils de Théodose 1 se partagent l’Empire : ça n’était pas la première partition mais celle-ci est définitive. Il y a désormais l’Empire romain latin, capitale Ro me puis Ravenne voire Milan, et l’Empire gréco-byzantin, capitale Byzance-Constantinople.
6. Comme d’ailleurs on distinguera deux groupes de Francs : les Saliens et les Rhénans dits Ripuaires. Il s’agit d’une qualificationa posteriori rationale. Dans le texte qui suit nous avons donné les noms propres en francique et en français contemporain. e 7. Hlodovic est le nom en francique et Clovis en français actuel. Ce nom de Clovis a été donné au XVI siècle. 8. Il y a quelquefois confusion entre Narbonnaise et Septimanie. Le terme Septimanie est utilisé pour la première fois par Sidoine Apollinaire en 479. Sidoine semble la confondre avec la Novempopulanie puis Grégoire de Tours use du nom pour désigner le terri toire de la Gaule méridionale que n’ont pu conquérir les Francs sur les Goths Vesi. Nous gardons le terme Narbonnaise : de Toulouse à l’ouest du delta du Rhône. 9. L’Ibérie est prise ici au sens de péninsule hisp anique peuplée originellement d’Ibères. Les Romains avaient étrangement donné le nom d’Ibérie orientale ou Ivérie à une région du Caucase au nord de la Géorgie actuelle. 10. Les Varègues semblent apparentés aux Vikings sans qu’on en sache guère plus. 11. Le mot Europe n’apparaît, en tant qu’entité pol itique, qu’au plus tôt dans les écrits francs des Carolingiens. 12. Les Sarmates ou Sauromates sont connus comme un peuple où hommes et femmes assurent des tâches identiques jusques y compris les fonctions g uerrières donnant ainsi naissance au mythe des e Amazones. Les élites polonaises revendiqueront au XVI siècle une origine Sarmate justifiant ainsi leur supériorité vis-à-vis du peuple slave. er 13. La ville d’Histria – l’Istros des Grecs – fut d étruite par Darius 1 lors d’une campagne contre les e Scythes à la fin du IV siècle avant J. –C. La ville fut de nouveau détrui te par les Daces menés par Burabista vers 85 avant J. –C. 14. Victoire dite de Tolbiac. 15. L’Espagne avait été nommée Sépharade par les Ju ifs qui avaient fui les persécutions babyloniennes et romaines. Les Juifs qui restèrent en Espagne se souviendront de ces persécutions