Comment mon grand frère est devenu mon grand-père

De
Publié par

Karim Diarra, sa mère et son unique frère, plongèrent dans une mare de souffrances et de difficultés, suite au décès brusque et tragique du père de famille. Hors du domicile familial, car chassé par les parents de feu son père, le malheur de Karim atteint son paroxysme à cause d'un secret révélé : celui qui fait en un instant de son frère son grand-père. Ce dernier se suicida et leur mère mourut de douleur. Ainsi, il quitte sa terre natale tout en tirant une croix sur son passé et ses origines puis, il décide de se construire une vie nouvelle en ville avec le souci de préserver la dignité de ceux qui étaient considérés par tout le village comme des abominations à cause des erreurs commises par sa mère.


Publié le : jeudi 18 février 2016
Lecture(s) : 0
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782334069403
Nombre de pages : 140
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Couverture

Image couverture

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-06938-0

 

© Edilivre, 2016

Triomphe de l’amour

Couché sur mon confortable lit et pensant à ma mère, mon unique frère et à mon père, je fonds en larmes. Plus j’y pense plus mon cœur se noie dans un océan de larmes. Ainsi, je veux en ce jour conter au monde entier les peines et les affronts que les miens et moi vécurent jusqu’à ce que je les perde à tour de rôle. Je suis Karim Diarra, le fils cadet d’une femme souillée qui a terni sa réputation et celle de ses enfants, mon frère aîné et moi pour sauver son couple.

Comme nous le disait notre mère, elle naquit orpheline de père, la nuit d’un vendredi pas comme les autres. En effet, trois mois avant sa naissance, son père, le plus grand des planteurs de sa génération dans tout le village de Kabatodougou mourut de façon tragique dans la forêt. Ce jour-là, il sortit très tôt sous une pluie fine, partit dans la forêt pour ramener de quoi manger pour la famille plus précisément pour son épouse qui était enceinte depuis neuf mois. Cette pluie qui s’était abattue sur le village depuis la nuit de la veille avait fait augmenter l’eau du marigot de dix mètres de haut. Sans se soucier de la hauteur, il décida de le traverser par la nage. Lorsqu’il arriva en plein milieu, il se noya et son corps fut dévoré par des créatures aquatiques dont personne ne connaissait la nature. Il ne lui restait qu’une jambe, un bras et la moitié de la tête. Les uns disaient qu’il avait été dévoré par des poissons tandis que d’autres croyaient fermement au fait que c’était l’œuvre des génies qui étaient furieux puisqu’ils n’avaient pas reçu leur part des récoltes de la saison antérieure. Son corps ne fut pas rapatrié au village tellement que c’était désagréable à voir. Son épouse eut mal, si mal, très mal qu’elle pleura jusqu’à perdre l’usage de ses yeux.

Elle resta chez l’oncle de son feu époux qui était la seule famille de ce dernier car il avait perdu à bas âge ses parents qui n’avaient d’autre enfant à part lui. Dans la cour de son beau-père, grand-mère vit une vie paradisiaque car l’homme et son épouse étaient à ses petits soins parce qu’elle était sur le point de donner naissance à leur premier petit enfant ; eux non plus n’avaient pas d’enfant. Après dix mois de grossesse, son ventre avait dépassé les dimensions d’une calebasse alors, le village remplit de commères fit circuler la rumeur qu’elle était enceinte d’une créature diabolique. Mais, elle avait la certitude qu’il s’agissait bien d’un enfant car elle le sentait donner des coups.

A douze mois, elle n’avait plus assez de force pour faire quoi que ce soit mais elle faisait l’effort de se déplacer cependant avec beaucoup de difficultés.

Un vendredi, elle n’arriva pas à se rendre à la grande mosquée pour la prière. Elle qui était toujours parmi les premières personnes qui arrivaient sur ce lieu d’adoration d’Allah chaque vendredi n’avait pu effectuer le déplacement ce jour-là à cause des coups pharaoniques que lui donnait la créature qu’elle portait dans son ventre depuis un an. Après la prière, tous ses coreligionnaires en plus de ses beaux-parents s’inquiétèrent et vinrent s’enquérir de ses nouvelles. Sa case était pleine de personnes, elle transpirait à grosses gouttes comme si elle pratiquait une activité sportive, elle hurlait et se tordait de douleurs.

– C’est probablement le jour de la délivrance pour elle. Dit son beau-père.

– Tu as surement raison alors je vais informer Mako, la matrone de notre famille. Dit sa belle-mère.

– D’accord ne tarde pas car elle souffre énormément. Ajouta le beau-père.

En attendant l’arrivée de Mako, une vieille femme mit de l’eau fraîche dans une calebasse dans laquelle elle plongea un morceau de pagne qu’elle mouillait puis plaçait sur son front tout en essuyant sa sueur dans le but de faire baisser la fièvre. Elle souffrait au point qu’elle n’arrivait pas à former correctement les mots lorsqu’elle s’exprimait. Son beau-père confus entrait puis ressortait à plusieurs reprises. Il ne savait quoi faire et ses camarades qui étaient venus lui apporter leur soutien lui demandèrent de garder son sang-froid et qu’il était ainsi parce qu’il n’avait jamais assisté à une scène pareille puisqu’il n’avait pas eu la chance d’être père.

A l’arrivée de Mako, ils se sentirent tous soulager comme s’ils avaient aperçu le bon Dieu. Elle avait son matériel dans un sachet ; elle avançait avec un air d’arrogance inégalé et le beau-père confus, troublé se jeta à ses pieds en la suppliant de leur apporter son aide. Elle le rassura qu’il n’avait pas à s’en faire pour cela puisqu’elle avait traité des cas bien plus difficiles que le leur alors qu’elle n’avait pas encore mis pied dans la case pour constater à quel cas elle avait affaire. Ces propos le rassurèrent et il retint temporairement son souffle. Elle demanda à toutes les femmes qui se trouvaient dans la case de quitter les lieux pour qu’elle puisse débuter son travail. Personne ne s’était dit le contraire ; tous se disaient qu’elle allait bientôt délivrer grand-mère qui souffrait depuis des heures.

Lorsqu’elle pénétra dans la case, elle referma la porte et commença son travail. Les autres attendaient impatiemment à la porte. Le beau-père ne pouvait pas s’asseoir tellement qu’il était confus. Il était méconnaissable et sursautait chaque fois qu’il entendait les cris de sa pauvre belle-fille. Tout le monde entendait les cris de grand-mère et la voix de Mako qui ne cessait d’augmenter de volume. Après six longues heures passées dans la case, Mako en ressortit sans bébé et dit à la foule qu’elle ne pouvait rien mais qu’elle connaissait quelqu’une qui était capable de soulager la pauvre femme qui était à bout de souffle. Deux femmes furent dépêchées auprès de cette dernière pour qu’elle vienne mettre en pratique son savoir pour délivrer toute une famille.

Celle-ci arriva et rassura l’assemblée qu’elle délivrerait grand-mère. Elle entra dans la case avec Mako puis, elles sortirent deux longues heures plus tard toujours sans bébé. C’était du jamais vu dans le village qui était réputé un peu partout pour les mystères qui s’y opéraient cependant, ce cas n’y avait jamais été vu auparavant. Les villageois étonnés coururent pour informer le chef qui fit appel à toutes les vieilles femmes réputées dans le village pour leur compétence dans le domaine.

Elles se rassemblèrent toutes dans la cour des Kanté, c’était ainsi que se nommait la famille de maman. Là, elles rentraient à tour de rôle et essayaient de trouver une solution à ce problème jusqu’à la tombée de la nuit sans donner une réponse satisfaisante. Alors, elles unirent leurs pouvoirs et pénétrèrent dans la case. On entendait les cris de grand-mère et aussi les voix des vieilles. Elles récitaient des formules magiques et grand-mère criait. Tout à coup, la pluie se mit à tomber, le volume des voix augmenta et les cris de grand-mère cessèrent. Le village meurtrit observa un silence de cimetière. On n’entendait plus que les voix des vieilles qui récitaient encore et encore comme une chorale leurs incantations.

Deux heures plus tard, grand-mère poussa subitement un cri de loup puis se tut. Les voix des vieilles femmes baissèrent pour laisser place à des cris de nouveau-né. Mako sortit et annonça à la foule effrayée comme le beau-père, que grand-mère venait de donner naissance à une belle et vive fillette qui faisait environ six kilogrammes.

Dès l’annonce de la nouvelle, la foule se précipita dans la case pour voir s’il s’agissait réellement d’un enfant ordinaire ou pas, puisque certaines personnes sifflaient que grand-mère ne portait pas d’enfant dans son ventre mais qu’elle transportait une créature maléfique en son sein tandis que d’autres étaient persuadées que c’était bel et bien un enfant et que l’accouchement était difficile par conséquent, une césarienne pouvait être la solution alors que le village ne comptait aucun centre de santé en son sein. Elles constatèrent que le bébé était comme tous les autres enfants.

Grand-mère et sa fille recevaient plein de présents de la part de tous les villageois surtout des amis de son feu mari. C’était entre autre des poulets, des pintades, du gibier, des fruits et même des vêtements tricotés par les villageoises. C’était une immense joie pour eux d’avoir l’épouse et la fille du plus grand planteur du village, toutes saines et sauves. Elles étaient comblées de cadeaux et choyées de toute part.

Sept jours après la naissance de la fillette, ce fut le baptême. Le grand père convia les guides religieux, ses amis, la famille royale, les amis et proches de son feu neveu. L’imam et ses adjoints récitèrent des versets pour remercier Dieu pour ce beau présent qu’il les avait offert puis, ils officialisèrent le prénom qu’il avait choisi pour sa petite-fille. Mawa fut le prénom qu’il lui attribua pour rendre hommage à la mère de son défunt père. Ensuite, il immola dix moutons, trois chèvres, deux bœufs et une centaine de volailles pour la cérémonie. Les griots chantaient des chansons à la gloire de la famille Kanté, l’une des familles les plus aisées de Kabatodougou. Les convives dansaient au rythme des tam-tams qui résonnaient sans cesse ; la fête fut grandiose et surpassa toutes les fêtes antérieures qui s’étaient déroulées dans le village, seule la Tabaski en était semblable. La foule mangea et but dans la joie et la gaieté jusqu’à la tombée de la nuit. Cette journée resta gravée dans les cœurs de tous ceux qui avaient pris part à la cérémonie.

Le temps filait comme s’il était en compétition avec un athlète aussi redoutable que lui et passèrent cinq années. Maman et grand-mère bénéficiaient de l’amour et de l’affection de ses grands-parents qui étaient très heureux rien qu’en la voyant joyeuse. Elle ressemblait trait pour trait à son défunt père qui n’avait pas eu la chance de la voir ni de la prendre dans ses bras alors qu’il en avait toujours rêvé. Pourquoi n’avait-il pas eu l’occasion de la prendre dans ses bras et la serrer fort contre lui afin de lui témoigner tout son amour pour elle ? La réponse à cette question, seul Allah le tout sachant l’avait. Elle grandissait dans la joie et dans la chaleur parentale puisqu’elle trouvait avec son grand-père l’amour paternel. Elle disait à tous qu’il était son père et lui en était ravie car il n’avait jamais été appelé « papa » auparavant. Elle combla en un rien de temps le vide qui était dans la famille depuis plusieurs décennies. Elle était quotidiennement près de sa mère qui ne pouvait la voir en raison de sa cécité, contrairement aux enfants de son âge qui s’éloignaient un peu de leurs parents pour jouer.

Une nuit, alors qu’elle était couchée près de sa mère sur son grand lit en banco, la bougie qui éclairait leur case provoqua un incendie qui envahit aussitôt toute la case. Les voisins voyant la fumée sortir de la case, coururent avec des seaux remplis de sable pour certain et d’eau pour d’autres qu’ils jetèrent tous sur les flammes tout en alertant grand-mère qui ne répondait point. Lorsque le feu fut maîtrisé, quelques hommes en plus du grand-père de maman pénétrèrent dans la case et constatèrent que les flammes avaient tout emporté dans la case sauf maman qui avait des parties du corps brûlées par les flammes et elle-même asphyxiée par la fumée. Son grand-père était inconsolable à cause de l’état de sa belle-fille qui avait été brûlée vive par les flammes et sa petite-fille qui était inconsciente alors qu’elles étaient les personnes les plus importantes de sa vie et aussi celles qui lui donnaient goût à la vie. Quand elle revint à elle après plusieurs interventions, elle fut conduite dans la case de ses grands-parents puis sa mère fut enterrée cette nuit-là près de son père. Tout le village était sur pied comme dans la journée au cours de cette nuit-là. Son grand-père exigea l’enterrement de sa mère cette nuit car elle était très rusée et pourrait découvrir que sa mère avait effectué le voyage obligatoire.

Une semaine après le drame, maman était dans la cour et sous la responsabilité de ses grands-parents qui lui avaient dit que sa mère était hospitalisée dans un hôpital de la ville où elle recevait des soins. Elle avait tourné la page du drame cependant, il était inconcevable pour elle de tourner celle de sa mère. Son grand-père devenait triste rien qu’en la voyant parce qu’il savait qu’elle finirait par découvrir la vérité et que cela serait insupportable pour elle. Il ne savait donc quoi faire ni quoi lui dire. Alors, il resta sur ses gardes tout en demandant à son épouse de ne ménager aucun effort pour faire oublier à maman grand-mère.

Un mois plus tard, elle s’était adaptée à sa nouvelle vie puisqu’elle se rapprochait des autres enfants de son âge avec qui elle s’amusait pendant plusieurs heures. Ses nouveaux parents étaient très heureux car elle aussi le semblait. Mais au fond, elle attendait avec impatience le retour prochain de sa mère qu’elle aimait tant. Elle demandait constamment à son grand-père de la conduire chez sa mère rien que pour la voir durant quelques minutes.

Le temps allait à la vitesse de la flèche et s’écoulèrent douze mois après le décès de grand-mère, douze longs et pénibles mois sans que maman ne puisse voir et serrer sa mère dans ses bras. Mais, sa grand-mère qui avait su très bien la comprendre en si peu de temps faisait l’effort de combler le vide qu’avait laissé dans son petit cœur fragile sa mère. De son côté, elle fournissait assez d’efforts pour surmonter sa peine chaque fois qu’elle pensait à sa mère car elle ne voulait pas blesser ceux qui lui donnaient tout l’amour dont elle jouissait auprès de sa mère. Un jour, pendant que le jeu entre elle et l’une de ses camarades laissa place à la bagarre suite à laquelle elle sortit victorieuse, la mère de celle-là lui porta main tout en lui jetant à la figure qu’elle était une fille démoniaque qui avait assassiné avant sa naissance son pauvre père puis qu’elle avait fait de même avec sa mère qui l’aimait et qui l’avait porté dans son ventre pendant un an. Elle coula de chaudes larmes et lui dit : « menteuse ! Tu mens ma mère et mon père sont tous les deux vivants. » Puis, elle courut jusqu’à leur cour. A son arrivée, elle bombarda son grand-père de questions.

– Qui est mon père ?

– C’est bien moi ma chérie.

– Et ma mère où est-elle ?

– Je te l’ai plusieurs fois dit, elle est à l’hôpital.

– Arrête de me mentir car une dame vient de me dire que mes deux parents sont morts alors dit-moi la vérité s’il te plaît.

– Attends calme-toi je vais te dire la vérité.

Le grand-père sachant que la vérité triomphe toujours au dernier moment comprit que maman devait affronter la vérité et la réalité ce jour-là. Il ne savait par où commencer ni quoi faire. Il reprit son souffle, poussa un soupir et dit : « Tu sais ma fille, chaque chose a son temps. Je comptais te parler de tout cela mais je jugeais que tu es encore très jeune. Aujourd’hui est le jour décrété par Dieu pour que triomphe la vérité. Trois mois avant ta naissance, ton père, celui qui était comme mon fils unique car je l’ai élevé après la mort subite de ses parents est mort. Après ta naissance, j’ai joué le rôle qui lui revenait pour ne pas que tu rencontres la peine et la tristesse due au fait d’être sans père. Cinq années plus tard, comme si la vie et le destin avaient décidé de te punir, tu as perdu ta mère dans l’assassin d’incendie qui a tout ravagé dans votre case. Raison pour laquelle tu ne la vois plus depuis ce jour-là. En dépit de tout cela, tu n’as pas besoin de te lamenter car nous sommes là pour toi, moi et ta grand-mère. ».

Suite à ces propos véridiques mais blessants de son grand-père, maman comprit que ses parents n’étaient plus de ce monde. Ce qui la tracassait le plus était qu’elle ne reverrait plus pour le restant de sa vie sa mère qu’elle aimait de tout son cœur, de tout son être. Comme on le dit souvent chez nous, les grandes douleurs sont muettes et maman malgré son âge n’échappa pas à cette règle. Elle avait perdu la langue et revoyait encore la scène qui s’était déroulée cette nuit-là sous ses yeux. Elle avait mal, si mal, très mal, tellement mal qu’elle tremblait de tout son corps. Elle revivait en mémoire tous les moments agréables qu’elle avait vécus avec sa mère et pensait à toutes les fois où elle lui faisait la promesse de rester à ses côtés en tout temps et en toute circonstance. Elle ne voulait rien de ce monde sauf rejoindre sa mère qu’elle aimait de tout son être. Où était-elle allée ? Par où était-elle passée ? Pourquoi l’avait-elle laissée seule ? Qu’allait-elle faire en son absence ? Qu’allait-elle devenir sans elle ? C’étaient autant de questions de ce genre qui lui hantaient l’esprit. Elle ne voyait plus rien à part la belle face de sa mère et ne pensait plus à rien sauf à elle, uniquement à elle. Elle, la petite fille vive, joyeuse, et toujours souriante était à cet instant-là déboussolée, attristée, anéantie et déprimée car perdre sa mère était pour elle l’équivalent de la perte de sa meilleure amie et de sa confidente. Elle avait noué des liens si forts avec elle que même la foudre ne pouvait briser. Même l’ange de la mort, cet envoyé d’Allah qui ne ressent aucune peine devant les situations les plus pathétiques avait ressenti de la pitié pour elle. Il était envoyé par le tout puissant dont les décisions sont incontestables et irrévocables mais il avait de la peine pour elle alors, il se transforma en incendie pour retirer l’âme de sa mère. Lorsqu’elle fermait les yeux, elle voyait le visage rayonnant de sa mère et quand elle tendait l’oreille, elle entendait sa douce et mélodieuse voix. Elle était son passé, son présent et son futur par conséquent, cette triste et pénible situation était insupportable voire inacceptable pour elle. Qui pouvait donner la raison pour laquelle elle avait perdu sa mère ? Aucune créature ni dans les cieux ni sur terre ne pouvait répondre à cette question ; Allah seul connaissait parfaitement la raison.

Allah, le tout puissant, l’omniscient, l’omnipotent, le tout miséricordieux, le très miséricordieux, celui-là même dont la grâce touche le monde entier était le seul à pouvoir répondre aux questions qui hantaient l’esprit à maman. C’est lui qui sans consulter quelqu’un prend des décisions, les applique et ne rend par la suite compte à aucune créature terrestre ni céleste. Quelle puissance est la sienne !

Maman, après plusieurs minutes de silence parvint à couler des larmes. Elle pleura encore et encore jusqu’à couler toutes les larmes de son corps mais, ce fut insuffisant pour la débarrasser de son chagrin, sa douleur, sa peine. Elle continuait toujours de pleurer cependant, aucune larme n’apparaissait car elle n’en avait plus jusqu’à ce qu’elle s’endormit sur les genoux de son grand-père qui en avait encore pour exprimer sa douleur. Il ressentait l’angoisse et la tristesse qui envahissaient le cœur fragile de maman. Que pouvait-il contre la volonté de Dieu ? Qui était-il pour contester les décisions du tout puissant ? Sa vie et celle de maman n’étaient-elles pas des grâces divines ? Alors, il glorifia pendant le sommeil de maman Dieu pour ses grâces indéterminées. Il pouvait momentanément se recueillir avant le réveil de maman qui avait trouvé refuge dans les bras de Morphée.

Après deux longues heures, arriva l’heure de la deuxième prière de la journée. Il avait des yeux semblables à ceux d’une personne qui vient de sortir de la mer du fait de leur rougeur. Après l’appel à la prière, il demanda à son épouse de prendre maman et l’amener sur le lit. A cet instant, sa grand-mère la réveilla avec une douceur qui lui rappela sa mère puisque la méthode que cette dernière utilisa pour la réveiller était la manière de sa mère. C’était donc évident qu’elle la confonde avec cette dernière. Ainsi, elle se leva brusquement, la serra dans ses bras et en disant : « Maman où étais-tu ? Tu m’as vraiment manqué et j’ai eu du mal quand j’ai appris qu’on ne se reverrait plus jamais. ». Pour ne pas la replonger dans sa détresse, sa grand-mère joua le rôle de sa mère en la rassurant qu’elle ne l’abandonnerait pour rien au monde. Lorsqu’elle ouvrit les yeux, leva la tête et posa son regard sur le visage de sa grand-mère au lieu de celui de sa mère, ce rêve prit immédiatement fin. Ainsi, le scenario qui s’était produit quelques minutes avant reprit et toutes les deux en souffrirent énormément.

Le chagrin que maman a ressenti ce jour-là était si fort qu’il transcenda le temps et l’espace puisqu’elle avait toujours la même réaction lorsqu’elle abordait ce sujet avec nous. Ce qui l’attristait le plus n’était pas qu’elle avait perdu sa mère mais plutôt parce que celle-ci avait péri dans un incendie.

Après plusieurs mots doux chuchotés à ses oreilles par sa mamie, elle cessa de pleurer pour faire plaisir à celle-ci mais en réalité, au plus profond de son être, son cœur saignait et brûlait de douleur, ses yeux rougeâtres et larmoyants mettaient à nu ses sentiments. Parviendrait-elle à surmonter un jour cette épreuve ? Se demandait sa grand-mère. Alors, les mains des cœurs levés vers le ciel, elle implorait depuis son fort intérieur la grâce divine afin que sa petite-fille, cette fillette bouleversée par la brusque et douloureuse séparation avec sa mère parvienne à surmonter cette épreuve.

Suite à cette journée, maman malgré son âge ressentit une peine si lourde qu’aucune fille de son âge ne pourrait supporter. Avec son courage, les jours qui se succédaient effaçaient ses peines chaque fois qu’ils passaient. Elle se remettait de ce mauvais tour de la vie. Elle décida de mettre une croix sur ses deux parents même si c’était le contraire de ce que son cœur désirait pour ne pas frustrer ceux qui jouaient leur rôle. Ils étaient prêts à tout pour la rendre heureuse pourquoi ne ferait-elle pas pareil avec eux ? Ainsi, elle s’attacha à eux comme s’ils étaient ses parents biologiques. Elle ne se rapprochait plus de ses camarades de peur de recevoir à la figure d’autres atrocités. Ses nouveaux parents avaient su lui donner l’amour, la protection et l’affection dont elle jouissait auprès de sa mère alors que c’était ce qu’elle cherchait donc, elle faisait tout ce qui était à son pouvoir pour les rendre aussi heureux.

Trois années s’écoulèrent, maman atteint huit ans et elle s’était habituée à ses grands-parents devenus par la force des choses ses parents. Une nuit, alors qu’elle était couchée près de sa grand-mère qui lui racontait une histoire et que son grand-père lisait dans le salon le saint coran, l’un des livres sacrés d’Allah, l’ange de la mort leur rendit encore une fois de plus visite. Cette fois, c’est la grand-mère, celle qui lui avait fait oublier en un temps record sa mère, l’être qui était plus cher que tout à ses yeux qui la quitta. Pendant que celle-ci lui racontait l’histoire, elle fut mordue par un serpent qui sortit de nulle part puis disparut comme s’il n’avait jamais existé. Son hurlement attira l’attention de son époux qui se précipita dans la chambre. Lorsqu’il y arriva, il constata que son épouse avait été mordue par un serpent différent des serpents ordinaires et que son venin avait déjà fait effet car lui aussi connaissait parfaitement le monde invisible. Mais qui l’avait tué ? Se demandait-il. Maman quant à elle répétait sans cesse : « Grand-mère, réveille-toi et continue l’histoire. Surtout, arrête de jouer avec ton crachat car ce n’est pas agréable à voir. ». Au même moment, elle entendit son grand-père réciter une invocation en arabe qui signifie que tout est à Dieu et que tout lui retourne. Cette invocation, elle ignorait sa signification cependant, elle avait remarqué que les gens la récitaient dans le village chaque fois...

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

Les 12 portes du Kaama

de editions-edilivre

Le Prix des choses

de editions-edilivre

Le Chant de Marie

de editions-edilivre

suivant