Comment on devient camorriste

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Comment on devient camorriste enquête et met l'accent sur l'une des blessures les plus profondes d'une démocratie occidentale, la démocratie italienne, en essayant d'expliquer comment un village et sa population ont pu tomber, en quelques décennies, dans les bras de certains groupes de la mafia napolitaine. Ce texte est le fruit de trois années de recherche et le titre n'est pas une provocation, il est ce qui contient la véritable histoire d'une communauté méridionale.
Publié le : dimanche 8 mai 2016
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EAN13 : 9782806108395
Nombre de pages : 154
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COMMENT ON DEVIENT CAMORRISTE
Anthropologie d’une communauté au cœur d’une démocratie occidentale
Marco De Biase
Comment on devient camorriste
C O L L E C T I O N Carrefours
Cette collection a pour objectif de se pencher sur les tensions dialectiques qui animent notre monde et sur les nouvelles formes d’expression qui en découlent (tendance à l’uniformisa-tion culturelle mais diversification des identités ethnoculturelles, individualisation constante mais émergence de nouvelles formes de solidarité,...), et ce dans une perspective transdisciplinaire.
La collection présente trois thèmes majeurs : la multiculturalité, les migrations et l’ethnicité au sens large du terme.
Directeur: Marco Martiniello (FRS-FNRS et Université de Liège)
Comité éditorial: GianniD’AMATOde Neufchâtel, (Université Suisse),MichelineLABELLEMontréal, Québec-Canada), (UQAM, PatrickSIMON (INED, Paris, France), AlyTANDIAN (Université Gaston Berger de Saint-Louis, Sénégal)
Ouvrages parus dans la collection : 1 • GautierPIROTTE,Une société civile post-révolutionnaire. Étude du nouveau secteur ONG en Roumanie. Le cas de Iasi, 2003. 2 • MarcoMARTINIELLO& AndreaREA(eds),Affirmative Action. Des dis-cours, des politiques et des pratiques en débat, 2003. 3 • FabienneBRION(éd.),Féminité, minorité, islamité. Questions à pro-pos du hijâb, 2004. 4 • NouriaOUALI (ed.),Trajectoires et dynamiques migratoires de l'im-migration marocaine de Belgique, 2004. 5 • AnnickLENOIR-ACHDJIAN,:Appréhender la nation, vivre en diaspora regards arméniens, 2006. 6 • KàtiaLURBEI PUERTO&FrédéricLEMARCIS,Endoétrangers. Exclusion, reconnaissance et expérience des Rroms et gens du voyage en Europe, 2006.
Comment on devient camorriste
Anthropologie d’une communauté au cœur d’une démocratie occidentale
Marco DE BIASE
7 Carrefours
© 2011, MésOgéà/GEM sr, Méssîà, Itàîé. MàrcO Dé Bîàsé,Come si diventa camorristi. La trasformazione di una società meridionale, 2011.
D/2016/4910/21
© Academia-L'Harmattan Gràd’Pàcé, 29 B-1348 Louvain-la-neuve
ISBN : 978-2-8061-0277-5
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé quece soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit.
www.editions-academia.be
Préface à l’édition française
Le 23 novembre 1980, une partie de la région de Campanie dans le sud de l’Italie, en particulier l’Irpinia, est touchée par un tremblement de terre très puissant qui détruira de nombreux vil-lages et tuera 3 000 personnes, en blessera 9 000 et privera près de 300 000 personnes de leur logement. Même dans une région habi-tuée aux séismes, la catastrophe est extraordinaire. Elle laissera des traces et des cicatrices encore béantes aujourd’hui et causera de manière indirecte des mutations et économiques sociales qui sont l’objet du livre de Marco De Biase.
L’auteur est né et a grandi dans cette région historiquement déshéritée de la péninsule de laquelle sont parties au fil des ans des centaines de milliers de personnes vers le Canada, les États-Unis, l’Allemagne mais aussi la Belgique. La région était rurale et pauvre mais digne. Elle n’avait pas de tradition mafieuse ancrée dans sa culture comme d’autres régions du sud de l’Italie selon des cher-cheurs comme Banfield dont les thèses culturalistes et essentialistes sont démontées avec justesse par l’ouvrage de De Biase.
Car en effet, aujourd’hui, la criminalité organisée napolitaine est bien représentée en Irpinia. Le tremblement de terre de 1980 a drainé dans la région des sommes importantes destinées à la reconstruction. Les entreprises de construction liées Camorra napolitaine toute proche en ont profité en s’implantant en même temps que l’urbanisa-tion. Pour les jeunes de la région, l’engagement dans la Camorra est en quelque sorte devenu une alternative à l’émigration. C’est entre autres choses ce que nous montre Marco De Biase à la faveur d’une enquête ethnographique fouillée dans une superbe région sur laquelle le destin semble s’acharner depuis trop longtemps.
Marco Martiniello Bruxelles, 14 mars 2016
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COMMENTONDEVIENTCAMORRISTE
L’ouvrage de Marco De Biase raconte et analyse très finement comment un village, Montesacro, longtemps considéré comme une bourgade périphérique de Naples devient une ville ouverte à l’activité des camorristes. Sur la base d’entretiens approfondis et répétés, l’auteur a restitué au moins deux processus complexes. Le premier consiste à mettre en évidence la configuration des acteurs économiques, politiques et religieux qui vont au cours de plusieurs décennies perpétuer leur rapport de domination lors du passage d’économie de subsistance à une économie néo-libérale. Le deu-xième processus, plus profond, tend à montrer l’impact de ces transformations structurelles sur les relations sociales au sein de la population villageoise. La désagrégation du système communau-taire villageois associée à l’absence de perspective de promotion sociale licite conduit plusieurs personnes à devenir un main-d’œuvre de l’économie camorriste.
L’auteur détaille comment des personnes entrent dans des pra-tiques délictueuses par goût du gain, par nécessité, par contrainte, ou encore parfois simplement pour rendre service à des amis avant de se rendre compte des ennuis dans lesquels ils seront plongés. Ce livre décrit de la sorte comment un village et sa population voient ses relations sociales se transformer et polluer au fil du temps par des activités criminelles. Les événements se succèdent, des faits quotidiens, semble-t-il anodins et dérisoires, contribuent à créer une destiné dramatique qui n’apparaissait pas comme telle au début du processus.
Toutefois, cet ouvrage contient aussi un thèse forte qui contre-dit les interprétations culturalistes des pratiques clientélistes au fondement du développement des pratiques camorristes. Au cours des trois grandes périodes historiques et économiques étudiées (agricole, industrie et tertiaire), Marco De Biase montre comment les groupes dirigeants, composés d’une bourgeoisie locale, du clergé et d’une classe politique locale, arrive à maintenir dans la conversion son pouvoir aux fins de maintenir la grande majorité de la population villageoise dans un statut de subalterne.
Préface à l'édition française
Cet ouvrage montre aussi les conséquences néfastes de deux politiques publiques. Le programme de planification territoriale qui était l’instrument de développement économique s’est avéré la source principale d’introduction des activités des camorristes dans l’économie locale, en particulier par l’intermédiaire du secteur de la construction. La politique de décentralisation a alimenté, quant à elle, les réseaux clientélistes préexistants et a conduit à la construction d’un nouveau consensus au sein du bloc dominant composé de l’élite politique locale, les élites administratives et les anciens propriétaires terriens reconvertis en propriétaires immobi-liers. Le tremblement de terre va transformer la bourgade campa-gnarde en périphérie de Naples en tertiairisant l’économie accroissant la spéculation immobilière lié à l’urbanisation du vil-lage. Si la situation s’est aggravée à partir dans les années 80’ et 90’, Marco De Biase montre bien que c’est dans les années 70, notamment avec l’action de la Démocratie chrétienne, que les petits arrangements entre amis, classe politique corrompue, entre-preneurs peu scrupuleux et les groupes camorristes se scellent et commencent à innerver toutes les relations sociales et politiques du village.
Andrea Rea 15 avril 2016
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À ma femme Sara, à l’origine de toutes choses
Avertissement au lecteur
Montesacro est le nom imaginaire que j’ai donné au village dont il est question dans cette recherche. Tous les noms et lieux cités dans le livre ne sont pas ceux des personnes et des lieux réels. Dans le livre, j’ai choisi de ne pas rapporter explicitement les sources de l’histoire locale utilisées afin de sauvegarder l’anonymat du village et des personnes. En outre, il faut garder à l’esprit, comme toujours en ethnographie, que le contenu des déclarations et des témoignages prend place dans le contexte social complexe du lieu et ne transcende pas les intérêts politiques, économiques et personnels. Dans le texte j’emploie souvent le mot « camorra » pour décrire l’ensemble de pratiques criminelles et illicites, perpé-trées par des groupes mafieux installés dans la région, et qui ont concerné la transformation de Montesacro. Je suis conscient que le mot « camorra » est très simpliste afin de décrire la complexe articulation et les innombrables groupes qui caractérisent la crimi-nalité organisée napolitaine. Mais, afin de faciliter la lecture, au cours des pages suivantes, le mot « camorra » a été surtout employé en se référant à la « Nuova Camorra Organizzata » de Raffaele Cutolo et à peu d’autres groupes camorristes provenant de la région de Naples qui ont toujours eu des intérêts à Montesacro et ont mené des activités sur ce territoire.
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