Comment se faire arnaquer par son psy

De
Publié par

Le prix du bonheur est un récit polémique et humoristique, qui décrit comment une jeune femme impatiente d'être heureuse est manipulée par son psy. Financièrement, moralement et sexuellement.
Publié le : dimanche 1 juillet 2007
Lecture(s) : 168
EAN13 : 9782296174948
Nombre de pages : 278
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Comment se faire arnaquer par son psy

Psychanalyse et Civilisations Collection dirigée par Jean Nadal
L'histoire de la découverte de la psychanalyse témoigne que démarche clinique et théorie issues de champs voisins ont concouru, par étayage réciproque à élaborer le concept d'inconscient, à éclairer les rapports entre pathologie et société et à reconsidérer les liens entre le malaise du sujet singulier et celui de la civilisation. Dans cette perspective, la collection Psychanalyse et Civilisations tend à promouvoir cette ouverture nécessaire pour maintenir en éveil la créativité que Freud y a trouvée pour étayer, repenser et élargir la théorie. Ouverture indispensable aussi pour éviter l'enfermement dans une attitude solipsiste, qui en voulant protéger un territoire et préserver une identité, coupe en réalité la recherche psychanalytique de ses racines les plus profondes. Déjà parus Pascal HACHET, Les toxicomanes et leurs secrets, 2007. Telma Corrêa da Nobrega Queiroz, Du sevrage au sujet, 2007. Thierry DUBOIS, Effondrements psychiques et cognition onirique, 2007. Jean Pierre RUMEN, Psisyphe, 2007. Pascal HACHET, Un /ivre blanc pour la psychanalyse, 2006. Djohar SI AHMED, Comment penser le paranormal. Psychanalyse des champs /imites de la psyché, 2006. Jean-Michel PORRET, Auto-érotismes, narcissismes et pulsions du moi, 2006. Edith LECOURT, Le sonore et lafigurabilité, 2006. Charlotte HERFRA Y, La psychanalyse hors les murs, 2006 (réédition). Guy AMSELLEM, L'imaginaire polonais, 2006. Yves BaCHER, Psychanalyse et promenade, 2006. Jacques ATLAN, Essais sur les principes de la psychanalyse, 2006. André BARBIER et Jean-Michel PORTE (sous la dir.), L'Amour de soi, 2006. Claude NACHlN (sous la direction de), Psychanalyse, histoire, rêve et poésie,2006. Anne CLANCIER, Guillaume Apollinaire, Les incertitudes de l'identité, 2006. Claude MARITAN, Abîmes de l'humain, 2006. Pascal HACHET, L 'homme aux morts, 2005. Louis VELLUET, Le médecin, un psy qui s'ignore, 2005.

FABIENNE FRÉMEAUX

Comment se faire arnaquer par son psy
Le prix du bonheur

L 'I!ARMA TT AN

Du même auteur

Littérature jeunesse
L'AMOUREUSE,L'École des loisirs, 2001. LES BÉBÉSLIVRES,L'École des loisirs, 2002.
LE CHEVALIER DES GUILIS, Casterman,
UN DINOSAURE DANS UN SI PETIT CŒUR,

2003.

Albin Michel, 2005.

Illustration de couverture: Florence Langlois
(Ç)

L'Harmattan

2007

5-7 rue de l'École Polytechnique; Paris 5< www.librairieharmattan.com harmattan I@wanadoo.fr diffusion. harmattan@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-03452-5 EAN : 9782296034525

Sommaire

Premiers rendez-vous (ou prélude d'une arnaque) Deuxième rendez-vous Conseil d'ami Une gestion des horaires importante Ses patients La magie de Noël Changement de rythme Amandine ou Gloria? La danseuse du Moulin Rouge Les bonnes œuvres Les peintres Le coach Renégociation des tarifs "à la baisse" Payez! Le pervers Les assassins .. La comptable La femme qui avait perdu son enfant.. La harceleuse Success story Le manipulateur et l'escroc Mes "avantages" La femme de l'agence de voyage Sophie et les chèques en blanc Féminité et compagnie Le coup de fil Paiements en nature La secte L'endoctrinement
Le "marieur" .. .. .. .. .. ... .. . .. .. .. . .. .. .. ... .. . .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. . .. .

9 17 29 31 33 39 45 47 55 59 61 65 69 71 81 85 89 93 97 101 103 105 113 119 127 131 145 151 155
159

La méthode -7-

163

Les bougies Pénétration intempestive La canne-épée de Lacan L'Amour avec un grand A sous hypnose L'Amour avec un grand A sur le divan "Ni oui - ni non" Le tableau Le strip-tease L'écriture La femme sans nom Ses techniques de manipulation Le paiement en liquide: un élément symbolique essentiel en psychanalyse Les cadeaux Les tarifs: comment les calculer? Lacan et les fellations "La passe" Mon mari version psy Avis, opinions et autres menues considérations sur l'entourage des patients Le test du fiancé Caca, crotte, merde et autres excréments Le couteau de plongée
Le do ute.

175 179 183 187 189 191 195 199 207 213 215 221 223 225 229 233 235 239 243 247 249 255 269

.. .. . .. .. .. .. . .. .. .. .. .. . .. .. .. .. . .. .. .. . .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. . .. .. . .. . 251

L'abus Thérapie à distance Postface La psychanalyse: un piège parfait?

273

- 8-

Premier rendez-vous (ou prélude d'une arnaque)
"Je suis le premier cabinet de France l'' Dixit Docteur Martin

Concernant les lieux, j'étais un peu déçue: pas de ruelle en impasse mal pavée qui s'enfonce comme un doigt crevassé entre des maisons particulières à un ou deux étages, serrées les unes aux autres, mais un grand boulevard avachi au milieu d'immeubles décrépis. Pas de minces trottoirs en partie détruits, mais de larges plaques d'asphaltes parsemées de-ci, de-là, de crottes de chien. Pas de verdure mesquine, mais de grands platanes orchestrant les bourdonnements incessants des moteurs de voiture. Pas de grille, mais une rangée d'interphones et une plaque que je lus à 14h56 précise, soit quatre minutes avant mon premier rendez-vous: Docteur Martin Psychiatre - Psychanalyste - Sexologue Ancien interne des Hôpitaux de Paris

Quatrièmeétage - gauche.
Ah bon? Il était aussi sexologue? Jusqu'alors je l'ignorais. Ceci étant, pensai-je en pénétrant dans le hall de l'immeuble, cela ne changerait pas grand-chose pour moi. Je venais consulter le psy. Et par psy j'entendais "psychiatre" si, après avoir porté un regard médical sur mon cas, il jugeait nécessaire de me prescrire des médicaments ou "psychanalyste" s'il estimait, comme je le pensais, que je devais reprendre l'analyse que j'avais commencée dix ans auparavant lorsque j'étudiais à Reims. Perdue dans mes pensées, je commençai à monter l'escalier. -9-

Quel geme de personnes pouvaient bien venir consulter un sexologue? Je n'en saurai probablement jamais rien: forte de mon expérience et de ma lecture assidue du roman Les Mots pour le dire, je savais en effet qu'il était exceptionnel de croiser un patient en allant consulter un psy. Cela faisait d'ailleurs un peu partie du charme de l'analyse: l'attente solitaire, les bruits de pas feutrés laissant deviner la présence d'un autre... À présent je poussais la lourde porte d'entrée du cabinet et, tout en la retenant pour éviter qu'elle ne fasse trop de bruit en s'ouvrant, je pensais qu'à l'instar de Marie Cardinal, j'allais découvrir une tenture derrière laquelle il faudrait se glisser pour attendre dans une pièce enveloppée de silence que le patient précédant sorte discrètement par une porte dérobée. J'avançai un pied discret, refreinai un inopportun raclement de gorge, levai discrètement les yeux et tombai nez à nez avec une foule compacte agglutinée dans une salle d'attente bruyante et enfumée. Allons bon! M'étais-je trompée d'adresse? Non. De jour? Non plus. De psy? Rien ne le laissait présager. Perplexe, je fis quelques pas en avant. Le docteur recevait dans un vieil appartement typiquement niçois: tomettes rouges au sol, plafonds hauts et lourdes portes en noyer. Sur ma droite se trouvait le bureau de l'assistante du docteur - puisque, contrairement à l'usage, il semblait en avoir une. Sur ma gauche, l'ancien salon faisait à présent office de salle d'attente. Une dizaine de personnes y patientait déjà. En attendant que la secrétaire qui s'affairait dans ses dossiers me fasse signe d'approcher, j'observai les patients à la dérobée... Ils avaient l'air plutôt normaux. Pêle-mêle, il y avait là des hommes et des femmes, d'âges et de styles variés. Assis en rang d'oignons sur un canapé et sur des chaises, tous faisaient face à une double porte, - 10 -

manifestement celle du cabinet de consultation du docteur. Mon attente dans le vestibule se prolongeant, je reportai à nouveau mon attention sur l'assistante du docteur. Bizarrement, elle ne semblait toujours pas manifester l'intention de m'accueillir. Je résolus donc de m'avancer et improvisai un discret toussotement pour attirer son attention. La jeune femme redressa la tête. Je fus immédiatement séduite. Non seulement elle était jolie, vraiment très jolie, mais en plus elle était fine, gracieuse et avenante. Bonjour, j'ai rendez-vous avec le docteur Martin à quinze heures... lui dis-je mi-figue, mi-raisin. D'un air entendu, la jeune femme me sourit, m'adressa un signe de tête, puis... elle se replongea dans ses dossiers! Bien... Je conclus qu'il fallait que j'aille m'asseoir... mais où ? - Mademoiselle? Manifestement, c'était moi que l'on interpellait du fond de la pièce: en queue de rang d'oignons, un patient charitable m'indiquait avec son index une double porte située sur sa droite et que je n'avais pas remarquée jusqu'alors. - Vous avez une autre salle d'attente là-bas, me dit-il avec un sourire compatissant. Je m'approchai. Cette nouvelle pièce, nettement plus grande que la première et accolée au bureau de la secrétaire, donnait sur la rue par trois larges fenêtres. À vue de nez, assis sur les deux canapés, les fauteuils et les chaises qui la meublaient, il devait y avoir... une bonne quinzaine de personnes! Dix personnes par-ci, quinze personnes par-là... c'était trop, beaucoup trop! Je devais être de retour à mon bureau à 16h30, je travaillais, moi! Interloquée, je fis volte face et retournai voir la secrétaire. - Excusez-moi? l'interpellai-je aussi calmement que possible.

- Oui?
- Il -

- J'ai rendez-vous avec le docteur Martin à quinze heures, mais je vois qu'il y a pas mal de monde qui attend, je ne pense pas pouvoir attendre... - Vous avez pris rendez-vous 7 - Oui,... mais je l'ai pris directement avec lui, par téléphone. (Peut-être n'avait-il pas synchronisé son agenda avec son assistante 7) - C'est normal, me répondit paisiblement la jeune femme, le docteur gère lui-même ses rendez-vous. En ce qui vous concerne, je ne suis donc pas au courant. Mais ne vous inquiétez pas, s'il vous a dit de venir à quinze heures, je pense qu'il vous prendra à l'heure. ...(Mais, comment allait-il faire !7) Est-ce qu'il y a plusieurs docteurs ici 7 demandai-je de plus en plus intriguée. - Non. Allez vous asseoir, ne vous inquiétez pas! Récapitulons: aucun autre médecin n'officiait dans ce cabinet médical surpeuplé et la secrétaire ne gérait pas les rendez-vous. Elle ne répondait pas non plus au téléphone, puisque lorsque j'avais téléphoné à deux reprises, le docteur Martin m'avait toujours répondu directement. L'ami médecin qui avait pris l'initiative de me procurer ses coordonnées m'avait-il transmis sa ligne directe sans m'en avertir 7 Soudain, une horrible crainte m'envahit: lors de mes appels, j'avais probablement dérangé le docteur, et surtout son patient du moment, pendant une de ses séances. Je détestais ça. Cependant, je n'y pouvais rien puisque je n'avais pas eu d'alternative. Allons, il fallait que je me ressaisisse. Assez palabré. J'avais rendez-vous, la secrétaire me disait que je serais reçue à l'heure, maintenant que j'étais là, autant attendre un peu. Si dans quinze minutes, je n'étais pas passée, je m'en irais, c'est tout. Le docteur Martin n'était tout de même pas le seul psy de Nice, n'est-ce pas 7 Au besoin, je trouverais

- 12 -

quelqu'un d'autre, même SI cette perspective ne m'emballait pas. J'allai donc me poster dans la deuxième salle d'attente, en prenant soin de rester dans l'alignement de la double porte du cabinet du docteur, pour garder un œil sur elle. À peine cinq minutes plus tard, elle s'ouvrit laissant apparaître la silhouette du docteur suivie de celle d'un patient. Immédiatement une femme se leva et fit mine de s'avancer mais le docteur l'interrompit en levant le bras dans sa direction. Tout en serrant la main de son patient, il interpella la dame d'une voix forte et posée. - S'il vous plaît! lui dit-il, je vais faire passer cette personne! Il me désignait du regard. Comment pouvait-il savoir qui j'étais? - Elle a rendez-vous, ajouta-t-il. Tout en se rasseyant, la femme me toisa d'un aIr renfrogné. - Madame Giovanni? me dit le docteur. C'était bien moi, je hochai la tête d'un air entendu. Ni trop cordial, ni trop satisfait. Sérieux, pondéré... un air adulte, quO!. - Entrez, je vous en prie! poursuivit le docteur en s'écartant de l'encadrement de sa porte et en m'indiquant son bureau. Prenant soin de ne pas regarder la patiente dont je prenais la place, je m'avançai vers lui. Costume, cravate. L'homme devait avoir la cinquantaine. Sa poignée de main était vigoureuse: un bon point. Faute de trouver une phrase d'introduction plus pertinente, je me fendis d'un: - Vous avez du monde! - Oui, répondit-il sans ciller, je suis probablement à la tête du plus gros cabinet de France.

- 13 -

Sa voix était grave, franche, cordiale. Celle d'un homme sûr de lui. - Je vous en prie, asseyez-vous, madame Giovanni! poursuivit-il. Il m'indiquait une des deux chaises qui faisaient face à son bureau. Lui-même prit place sur son fauteuil, de l'autre côté. - Je vous écoute, me dit-il. Cette fois, je ne fus pas surprise par le dialogue qui suivit. Sachant comment se passait un premier entretien, j'inspirai profondément et allai droit au but. Je venais le voir parce que j'étais "malheureuse, boulimique depuis plus de quinze ans et que j'avais peur d'être incurable". Le docteur m'écouta attentivement puis me posa des questions sur ma situation familiale et financière. - Je suis mariée et j'ai une petite fille d'un an et demi. Je travaille en tant qu'ingénieur commercial en informatique, je gagne 3 000 euros nets par mois hors primes. Il me demanda des précisions concernant les circonstances de ma venue chez lui.

- À vrai dire, vous les connaissez déjà: je vous avais
téléphoné de Paris il y a un an. Un ami, le docteur Lémik, m'avait suggéré de vous demander conseil. À l'époque, un psy, que je n'avais vu que deux fois, venait de me proposer de témoigner en tant que boulimique dans une émission de télé, Bas les masques, de Mireille Dumas. Vous vous souvenez? Ça avait beau être une de mes émissions favorites, j 'hésitais, rajoutai-je avec un sourire complice. Oui, effectivement, répondit-il sans pour autant répondre à mon sourire. - Vous m'aviez conseillé de ne pas participer à cette émission, repris-je avec plus de sérieux, et vous m'aviez mise en garde contre l'ego souvent surdimensionné des psy qui s'affichent dans les médias. Vous m'aviez - 14 -

conseillée d'interrompre tout suivi avec lui, et m'aviez dit que si j'étais mutée dans le Sud, je pourrais venir vous VOIr. - Oui - Eh bien voilà: j'ai été mutée. - Saviez-vous que depuis ce thérapeute a été accusé d'attouchements sur une de ses patientes? - Je l'ignorais, dis-je poliment. À vrai dire je ne comprenais pas bien pourquoi il me parlait de ça. Ce n'était pas mon problème et je ne me sentais pas concernée. Pire, j'avais la désagréable impression qu'il pensait que j'avais été terriblement affectée par cette expérience bizarre, voire que j'aurais pu être abusée. Il ne m'avait pas bien cernée, je n'étais pas si faible, la preuve, j'avais cessé aussitôt mes consultations avec cet énergumène. Dans cette profession les "déviants" qui profitent de leurs patients sont nombreux, surtout chez ceux qui passent à la télé! poursuivit-il. . ..(Message reçu: j'avais quelqu'un de concerné en face de moi. Cependant il était inutile de s'appesantir sur le sujet. Tout allait bien, je n'avais pas été traumatisée !) - Pouvez-vous revenir lundi à... disons seize heures trente? me proposa-t-il, nous aurons encore un entretien puis nous prendrons une décision concernant la prise en charge envisageable. - Je vous dois quelque chose? - Non, cette séance et la suivante seront gratuites. Nous parlerons du montant de la consultation lorsque nous nous serons revus, et si nous prenons la décision de commencer un travail ensemble. Même si je le jugeais un peu trop grave, cet homme me semblait avant tout pertinent, fort, et digne de confiance. Professionnel et "ayant de la bouteille" seraient les termes exacts.
- 15 -

Lorsque je ressortis de son bureau, il y avait encore plus de monde dans les salles d'attente. Je notai même que, faute de place, plusieurs personnes attendaient debout. - Je vous raccompagne, me dit posément le docteur. Nous passâmes en silence devant tout le monde, le docteur m'ouvrit la lourde porte d'entrée et me serra vigoureusement la main. - À lundi, madame Giovanni. - À lundi. Je venais de trouver un bon psy ! J'allais enfin reprendre ma vie en main! Ce jour-là, je retournai travailler sereinement.

- 16 -

Deuxième rendez-vous
"Je suis lacanien. J'accepte de vous prendre en analyse. Le tarif sera de 1 000 euros par mois. " Docteur Martin

Le lundi suivant, il y avait toujours autant de monde dans les salles d'attente. Évidemment je m'interrogeai à nouveau, le docteur pratiquait-il des thérapies de groupe? Un séminaire exceptionnel se déroulait-il à mon insu dans l'arrière-cuisine? Était-il possible que le cabinet d'avocat situé sur le pallier d'en face sous-loue une salle d'attente au docteur?.. Perplexe, je parcourus les pièces du regard à la recherche d'une place où m'asseoir. La première salle d'attente me semblait nettement plus indiquée: le docteur pourrait m'y voir dès qu'il ouvrirait sa porte, et j'optimiserais d'autant mes chances de passer à l'heure. Il restait justement une chaise libre! Vite, la prendre avant que quelqu'un n'arrive ou ne sorte des toilettes! Intérieurement, je me ruai dessus. Vu de l'extérieur, j'espérais m'approcher de la chaise en arborant un air dégagé, décontracté. Je ralentis mon pas au maximum... et m'assis enfin. Ouf! Tout en sentant mes muscles se relâcher, je consultai ma montre discrètement. J'avais dix bonnes minutes d'avance. Que faire pour combler ce laps de temps? Dans la salle d'attente de mon dentiste, voire dans celle de mon gynécologue, j'aurais peut-être été tentée par la perspective de lier connaissance avec mes voisins; mais ici, je dois bien avouer que je n'en avais aucune envie: que leur dire? - Moi, mon problème, c'est la boulimie, et vous monsieur? La pédophilie!? Mince!? ça doit être difficile - 17 -

't a gerer ça. .. I? Et vous ma dame ?. V ous d 1es ?.... " " L'anorexie !? (... Elle m'agace celle-là!) De toute façon, bien que je sois la dernière arrivée, c'était à mon tour de passer. Premièrement, c'était l'heure, et deuxièmement, je n'avais pas le choix, je devais retourner à mon bureau pour boucler une proposition commerciale que je devais défendre le lendemain matin à la première heure. Dans ces conditions, mieux valait ne pas sympathiser, n'est-ce pas ?!

Je sortis donc un livre de mon sac et fis mine de me plonger dans ma lecture tout en restant à l'affût du moindre son venant de la double porte du bureau du docteur . Le bruit de la poignée ne fut pas long à se faire entendre. Avec le plus grand détachement possible, je levai les yeux sur elle. Sur ma droite, mon voisin, lui, referma prestement sa revue et se redressa. Tout en m'empêchant de faire pareil, je songeai, au cas où, que je pourrais, éventuellement, si cela s'avérait expressément nécessaire, me permettre de laisser passer une personne avant moi... Mais pas une de plus! Le docteur apparut. Je l'observai négligemment. Son regard s'arrêta sur moi et... il me fit signe de le rejoindre. (Yes I) Je me levai dignement et traversai la salle d'un pas vif, en prenant soin de ne pas manifester de précipitation excessive. Certes, j'étais gênée et je culpabilisais vis-à-vis de mes congénères (et plus précisément vis-à-vis de mon voisin de droite), mais je dois aussi reconnaître que c'est avec soulagement et satisfaction que j'expérimentai, pour la deuxième fois, la position privilégiée de "la dame qui passe en priorité". Il n'en restait pas moins que le mode d'emploi de cette salle d'attente du docteur Martin m'échappait - 18 -

totalement... ce qui m'agaçait prodigieusement et aiguisait d'autant ma curiosité. Je mourais d'envie de questionner le docteur mais j'hésitais: n'allais-je pas l'importuner en l'interpellant sur ses méthodes de travail? C'était délicat... d'autant que mes investigations risquaient de compromettre ma position de patiente privilégiée. Dans un premier temps, je résolus donc de me taire. Et j'y parvins. Non sans mal. Pour m'empêcher de faire machine arrière, je m'efforçai de justifier et de "positiver" mon attitude pendant que le docteur s'installait: je venais de réussir à refreiner ma curiosité, je ne pouvais que m'en féliciter! Non seulement, je respectais le travail de mon thérapeute, mais en plus je me donnais les moyens de canaliser mon énergie sur ma problématique plutôt que de fuir dans celle d'un autre. Or, c'était justement là un des nombreux travers auxquels je souhaitais m'attaquer à l'occasion de ma thérapie. Au final, bien que déterminée à percer le mystère de la salle d'attente (un jour... plus tard...), je décidai de me concentrer sur les questions du docteur pour y répondre aussi honnêtement que possible. Et pour cela, il faut bien avouer que l'écoute et l'intérêt qu'il semblait accorder à mes propos m'aidaient copieusement. Son attention était telle que, je dois l'admettre, je pris même immédiatement goût à discourir sur mon cas. Légitimement, je pensai qu'il avait besoin de recueillir moult informations me concernant, aussi je fus surprise et ressentis même un léger pincement au cœur, une infime déception lorsqu'à peine quelques minutes plus tard le docteur Martin mit subitement fin à mon exaltation en se reculant dans son fauteuil pour signifier qu'il allait reprendre la parole. Manifestement, il en savait assez pour "rendre" son diagnostic. Il alluma sa deuxième cigarette de la séance et, tout en m'enveloppant d'une volute de fumée, annonça: - 19 -

-

Vous souffrez d'un problème de boulimie alternée avec de brèves périodes d'anorexie.

Quoique dubitative concernant ce diagnostic d'anorexie diagnostic totalement faux mais qui avait I'heur de me séduire, puisqu'en digne boulimique que je pensais être, je considérais la boulimique comme la parente pauvre de l'anorexique - j'appréciai son ton professionnel. Il me fixait intensément et semblait extrêmement concerné... presque plus que moi. Finalement, mon cas était peut-être plus sérieux que je ne l'avais supposé, voire intéressant! - Je ne vois pas d'autres troubles chez vous, poursuivit-il. À présent, il ne disait plus rien; pour autant, il ne me quittait pas des yeux. Il ne cillait pas, ne bougeait pas, ne parlait pas. Totalement concentré sur ma personne, il ne se souciait même plus de fumer la cigarette qu'il venait pourtant d'allumer. Abandonnée sur le rebord en verre de son cendrier, celle-ci achevait de se consumer lentement. Etais-je censée répliquer? Se concentrait-il pour la suite du diagnostic? Voulait-il me faire prendre conscience de la gravité de mon cas? Au lieu de lui poser ces questions qui me taraudaient, je mis fin à mon embarras en demandant: - Vous pensez que je peux m'en sortir? - Non! c'est foutu pour vous. Merci adieu. À question idiote, réponse idiote. Fin du roman.
Je plaisante. À la vérité, cela ne s'est pas passé comme ça.

- Oui! me répondit-il sans sourciller, j'ai déjà traité plusieurs patientes boulimiques. Vous allez guérir. Quoique perplexe, je ne demandais qu'à le croire! À nouveau le silence s'installait. J'étais sur le point de le - 20-

rompre par une deuxième question aussi pertinente que: "Je peux guérir? Vous en êtes vraiment sûr, docteur? Mon cas n'est pas inespéré? Heu pardon je voulais dire désespéré", mais il ne m'en laissa pas le loisir. Il reprit la parole: - Malgré la surcharge de travail que cela m'impose, j'accepte de vous prendre en thérapie. Je suis sûr que nous allons faire du bon travail ensemble! Vous avez déjà pratiqué une analyse d'un an et demi; même si cela remonte à plusieurs années, vous devriez avancer plus vite et passer rapidement sur le divan. "Malgré la surcharge de travail que cela m'impose, j'accepte de vous prendre en thérapie". Tourbillon de pensées et de sensations. "...j'accepte de vous prendre"... Comment étais-je censée réagir? Devais-je applaudir, me réjouir, me pâmer, m'extasier, remercier, lui sauter au cou, lever les bras au ciel en signe de victoire, sauter de joie, faire la hala? "... j'accepte de vous prendre". .. parce que jusqu'alors, il hésitait!? Le traître. Si j'avais su, je ne me serais pas autant dévoilée. " .. .vous prendre"... il allait me prendre... j'allais me faire prendre... Quelle vilaine expression! N'était-elle pas quelque peu déplacée dans le contexte médical qui était le nôtre? Était-ce moi qui avait les idées mal placées? Quant à "Malgré la surcharge de travail que cela m'impose"... comment devais-je entendre cette phrase! Etait-ce un reproche? Peut-être n'avais-je pas bien réalisé à quel point ce docteur était courtisé? Peut-être ne m'étais-je pas bien rendu compte de qui j'avais en face de moi! Manifestement, ce devait être un grand ponte. "Le plus grand cabinet de Prance" m'avait-il dit. Lui avais-je manqué de respect?

- 21 -

"Malgré la surcharge de travail que cela m'impose"... Il ne fallait toutefois pas exagérer, c'était son métier, non 7 Je ne l'avais tout de même pas menacé avec une Kalachnikov pour qu'il accepte de me recevoir. S'il avait déjà trop de patients, il n'avait qu'à refuser de me donner un premier rendez-vous! Cependant, je ne pouvais empêcher un insidieux soupçon de s'immiscer en moi; en dépit de tout son travail, il souhaitait poursuivre avec moi! Étais-je intéressante à ce point, ou à ce point en danger 7 "Malgré la surcharge de travail que cela m'impose, j'accepte de vous prendre en thérapie". Piquée au vif, je me redressai en m'efforçant de ne pas baisser les yeux et d'adopter un ton aussi neutre que possible. - Et en ce qui concerne le nombre de séances et le tarif 7 - Le prix d'une analyse est le tiers du salaire du patient. Vous m'avez dit gagner 3 000 euros nets par mois, je vous demanderai donc 1 000 euros par mois. 1 000 euros par mois 7 Avais-je bien entendu 7 Je pris le temps d'assimiler... mais pourquoi donc lui avais-je donné

le montant de mon salaire! 7
'"

Pour me faire mousser 7 Je

dois admettre qu'il m'était parfois arrivé de prendre des initiatives plus heureuses. Bon, d'un autre côté, je ne devais pas regretter mon honnêteté: il vaut mieux tout dire à un psy. Mentir à son thérapeute, n'est-ce pas avant tout se mentir à soi-même 7 Et puis une psychanalyse ça doit coûter cher au patient, même le psy de Marie Cardinal l'avait dit. "C'est reconnu" . C'est pourquoi, alors qu'un simple novice aurait peut-être répété ahuri: "1 000 euros !7", moi, j'optai plutôt pour un: - Par mois 7 - 22-

Car c'est bel et bien ce rythme de paiement inhabituel qui m'étonnait le plus. - Oui. Je ne demande pas un paiement à chaque séance, m'expliqua-t-il. Vous me réglerez au début de chaque mois. Le paiement s'effectue de préférence en liquide mais je prends aussi les chèques dans la mesure où vous n'inscrivez pas l'ordre dessus. Décidément, il me restait encore beaucoup de choses à apprendre en matière de psychanalyse! D'aucuns, moins naïfs et plus rigoureux que moi, auraient répété, ahuris: "Pas d'ordre dessus !7" Mais son attitude indiquait que la séance touchait à sa fin et je voulais avoir bien fait le tour des modalités pratiques concernant mon analyse pour prendre une décision éclairée concernant les suites que j'allais donner. À ce tarif-là, c'était la moindre des choses, me semblait-il. Aussi j'optai pour un: - Et combien de fois dois-je venir 7 - Tous les jours. Cette fois, je m'insurgeai immédiatement: - Tous les jours! Mais c'est impossible! Je vous ai déjà expliqué: j'habite à plus de soixante kilomètres de Nice. En plus, je travaille au minimum dix heures par jour et j'ai une petite fille. (Je lui avais pourtant déjà expliqué tout ça! L'avais-je bel et bien fait 7 Pourquoi est-ce que soudain j'en doutais 7) - Écoutez. C'est à vous de décider combien de fois vous viendrez chaque semaine. Quoiqu'il en soit, le tarif sera le même. Faites tout votre possible et essayez de venir au minimum trois fois par semaine, c'est important. Inutile de prendre rendez-vous: compte tenu de votre situation, je vous ferai passer en priorité. Je travaille tous les jours, sauf le samedi et le dimanche, de neuf heures à vingt-deux heures. Il est inutile de venir après quinze heures le vendredi, je ferme le cabinet plus tôt. - Et je n'aurai pas à vous prévenir de mes visites 7 - 23 -

- Non, je vous demande simplement de rester dans la première salle d'attente pour que je vous voie. J'allais donc toujours prendre la place d'un autre? Cette perspective ne m'emballait pas du tout. Il devait tout de même bien y avoir une autre possibilité? Cette fois, je me lançai: j'essayais de mieux comprendre son mode de fonctionnement. Comment faisait-il pour faire passer tout le monde? Que faisaient tous ces gens "pas pressés", ne travaillaient-ils pas? Comment faisaient-ils pour se payer une thérapie!?.. Il m'écouta avec bienveillance et me répondit posément. - Je suis lacanien, m'expliqua-t-il, je n'ai pas les mêmes méthodes que les thérapeutes freudiens que vous avez pu connaître. Avez-vous lu : Une Saison chez Lacan de Pierre Rey ? Vous devriez! J'aime les livres. Très intéressée, j'allais lui demander de répéter les références de cet ouvrage qu'il me conseillait de lire... mais il me coupa, soudain péremptoire: Savez-vous depuis combien de temps nous parlons? Son ton avait changé. Il était carrément tranchant. . ' . ... ? N on, Je ne SaiSpas. Trois quarts d'heure! Il parlait fort à présent. Et vous avez vu le nombre de personnes qui sont dans la salle d'attente?.. Sans compter qu'il a dû en arriver encore plus depuis que vous êtes entrée dans mon bureau! Je ne compris pas bien cette réflexion, trois quarts d'heure, n'était-ce pas le temps normal d'une séance de thérapie? En plus, c'était tout de même lui qui avait fixé la date et l'heure de notre rendez-vous! Il n'avait qu'à mieux gérer son agenda!... Cependant, je n'osai rien dire. Je crois même que je dus un tout petit peu culpabiliser... tous ces pauvres gens dehors qui patientaient et moi qui posais des

- 24-

questions inquisitrices. C'est vrai quoi, j'étais parfois d'un sans gêne... indécrottable! Le docteur Martin conclut l'entretien et me raccompagna encore une fois jusqu'à la porte. À demain, madame Giovanni. Au revoir docteur. À la lumière des événements qui suivirent, il est évident que dès ce premier "dérapage" j'aurais dû entrevoir que cet homme pouvait être dangereux, et ne jamais revenir. Malheureusement, cette idée ne m'effleura même pas. J'avais attendu longtemps avant de pouvoir rencontrer ce psychiatre réputé et j'étais vraiment décidée à reprendre ma vie en main. Déterminée. Maintenant que je connaissais les termes du contrat que le docteur Martin me proposait, il ne me restait plus qu'à prendre ma décision: commencer une thérapie ou ne pas la commencer. La balle était dans mon camp; pour trancher, je devais simplement peser le pour et le contre et réfléchir aux conséquences. Au volant de ma voiture, je réfléchissais. Certes, ses méthodes sont un peu bizarres mais, après tout, je ne connais rien aux pratiques de Lacan et, vu le nombre de personnes qui sont dans sa salle d'attente, Martin a l'air sacrément compétent. Il a été de bon conseil en ce qui concerne l'émission de télé. Sans lui, qui sait? J'aurais pu me retrouver en train de témoigner sur la boulimie devant des milliers de spectateurs. Certes Lady Diana l'a fait avant moi, mais que je sache je ne suis pas princesse, et je doute fort qu'il m'aurait été possible de conserver une vie sociale, une fois mon ignominieux symptôme dévoilé. Etre boulimique, quelle honte, mais quelle honte!... Martin m'a été conseillé par un médecin. Il est lui-même médecin psychiatre, ce qui est une garantie de sérieux et de compétence. Je n'ai jamais travaillé avec un médecin. Contrairement à un psychanalyste, il pourra tout de suite - 25 -

juger si mes symptômes sont dus à des raisons psychologiques ou physiologiques, et éventuellement me prescrire des médicaments, ça, c'est drôlement bien! Il a l'air compétent et fiable. Il a travaillé dans un hôpital auparavant. À vue de nez, il doit approcher la cinquantaine et il m'a dit qu'il avait ouvert son cabinet depuis plus de quinze ans; il a de la bouteille. C'est un homme, or "Ma Psy" (celle que j'avais consultée dix ans auparavant lorsque je faisais mes études dans le Nord de la France) m'a dit qu'il aurait pu être préférable pour moi d'avoir un thérapeute homme. Elle avait certainement raison... Même si son cabinet n'est peut-être pas réellement "le premier cabinet de France", vu le monde qui attend dans sa salle d'attente, il ne doit pas en être loin. Il a l'air de recevoir toutes sortes de patients: des enfants, des couples, des jeunes, des vieux, ça, c'est bien! En plus, je peux parler avec ces gens, ça prouve que le docteur n'a rien à cacher... Finalement il y en a marre de ces ambiances feutrées, moitié mystique, moitié secte! Après tout, on est malade, on se soigne et c'est tout. Inutile d'en faire tout un plat! C'est cher. Ok. Mais je savais bien en y allant qu'une psychanalyse coûtait de l'argent. Je gagne bien ma vie, je paie, c'est normaL.. et encore, ça aurait pu être pire: il aurait pu tenir compte des primes! Et puis, je ne suis pas obligée de dire à qui que ce soit comment je dépense mon argent, c'est mon problème! Puis finalement, si je dépasse mon sentiment de culpabilité, ce système de "non-rendez-vous" a du bon pour moi qui ne sais jamais quand je peux me permettre de bloquer du temps. Je trouverai toujours un moyen d'aller voir le docteur entre deux rendez-vous avec mes clients niçois. Les samedis et les dimanches pourront toujours être consacrés à ma famille. Ça c'est un élément très positif! Moi qui pensais être obligée de sacrifier mes samedis. On va pouvoir aller skier cet hiver!... Puis, il faut bien - 26-

reconnaître que ça fait un sacré bout de temps que je n'ai pas rencontré un thérapeute aussi compétent pour "mon cas": il m'a dit qu'il traitait des boulimiques. C'est la première fois que je rencontre quelqu'un qui connaît cette pathologie... Et puis, ça suffit! Vraiment! Dieu sait que j'ai essayé de m'arrêter! J'ai cru que la naissance de ma fille avait tout changé. Pendant les six mois d'allaitement, j'ai arrêté de vomir, mais tu parles! Splach, dès que j'ai repris mon travail, j'ai replongé. Même avec tout cet amour à donner, je ne m'en sors pas. Je suis vraiment trop nulle! Et qu'est-ce que je vais lui expliquer plus tard à ma fille? Qu'elle n'a pas de chance: qu'elle a une mère boulimique?! Ou alors pire, je ne dis rien, j'en fais un secret de famille et je la laisse se dépêtrer pendant des années avec son psy à elle, jusqu'à ce qu'elle découvre que j'ai gâché sa vie ?! Je ne peux pas continuer ainsi! Je ne vaux vraiment rien du tout! Je n'ai pas le choix! Je dois enfin me donner les moyens de guérir! En plus, il m'a dit que ce ne serait pas très long: trois ans... trois ans ce n'est pas si long. C'est tout de même surprenant que les lacaniens soient capables de dater la fin d'une analyse. Surprenant, mais assez génial... Je doute, mais il est peutêtre vraiment très fort, c'est peut-être pour ça qu'il y a tant de monde dans son cabinet.

- 27-

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.