Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 12,75 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Commerce équitable et café

185 pages
Avec plus de six millions de tonnes par an, le café est la deuxième production mondiale après le pétrole. Il fait vivre plus de cent millions d'individus dans le monde, et concerne une cinquantaine de pays producteurs qui subissent cruellement les lois du marché : fluctuations des cours et spéculations en tout genre. Si des progrès ont été accomplis, d'autres restent à faire aussi bien à l'égard des pays producteurs qu'au sein des pays consommateurs. C'est de l'ensemble de ces questions que traite l'ouvrage qui offre un éclairage neuf et concret sur le commerce équitable.
Voir plus Voir moins

COMMERCE ÉQUITABLE ET CAFÉ
Rebellion ou nécessaire évolution?

2003 ISBN: 2-7475-4121-5

@ L'Harmattan,

Sous la direction de Jean-Pierre BLANC, Ondine BRÉAUD et Pierre MASSIA

COMMERCE ÉQUITABLE ET CAFÉ
Rebellion ou nécessaire évolution?

Actes du colloque organisé par le Cercle de l'Art du Café
Vendredi 23 novembre 2001 Centre méditerranéen du commerce international Marseilles

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Les actes du colloque ont été retranscrits littéralement à partir des enregistrements sonores effectués durant la manifestation.

Affiche conçue et réalisée par Nicolas Blanc.

Organisé par le Cercle de l' Art du Café, le colloque Commerce équitable et café: rébellion ou nécessaire évolution? s'est tenu en novembre 2001 à Marseille, ville de la Méditerranée qui fut, après Venise, la deuxième en Europe à importer du café. Ce colloque auquel ont participé des membres d'associations humanitaires, des chefs d'entreprise, des journalistes économiques et des représentants de la grande distribution a pennis de dresser un bilan des efforts déjà réalisés en matière de commerce équitable. Il a également donné la parole aux pays producteurs de café comme le Mexique ou Haïti qui s'engagent aujourd'hui dans des voies alternatives. A l'heure où la mondialisation progresse, des solutions d'avenir semblent donc se mettre en place. C'est du commerce équitable qu'il a été question dans ces interventions qui, par leur richesse et leur intensité, devraient conduire à l'élaboration d'un véritable manifeste.

SOMMAIRE Ouverture Jean-Pierre Blanc Commerce équitable et café

p. Il

Table ronde: Du côté de la production
Pierre Massia La culture du café et ses difficultés

p. 19

Anne-Marie Fraygefond Haïti et la question des enfants des rues Luis Fernando Urrego L'action du Secours catholique en Amérique centrale Padre Francesco van der Hoff L'aventure du commerce équitable Questions

p. 23

p. 35

p.45

p. 51

Table ronde: Du côté de la consommation
Elisabeth Laville Les entreprises face aux nouvelles responsabilités sociales et environnementales Chantal Jaquet L'engagement de la grande distribution p. 69

p. 83

Victor Ferreira

p. 101
00

Max Havelaar histoire, actions et développements
Jean-Pierre Blanc p. 109 Comment communiquer sur le commerce équitable? Questions

p. 114

Table ronde: Du côté des enjeux
Rémy Zilliox p. 129 Les espoirs du commerce équitable sur le plan sanitaire Tristan Lecomte Normes etfonctionnement du commerce équitable et du commerce éthique Sylvie Bercy-Guyony Phénomène de mode ou véritable préoccupation? Jean-Pierre Bénard La tourmente ultra-libérale Questions et conclusion
Notes sur les intervenants

p. 133

p. 149

p. 159

p. 166 p.179

10

OUVERTURE
Jean-Pierre Blanc
Directeur général çJes Cafés Malongo Président du Cercle de l'Art du Café

« Commerce

équitable

et café »

Tout d'abord, je vous remercie d'être venus si nombreux pour suivre ces débats sur le café et le commerce équitable. Je voudrais remercier en premier lieu la Chambre de commerce de Marseille qui a bien voulu mettre cette salle à notre disposition afin d'organiser ce colloque. Je remercie également monsieur le Sénateur-maire de Marseille, JeanClaude Gaudin, qui est représenté par madame Battista. Nous allons traiter, aujourd'hui, d'un thème qui est dans tous les esprits, notamment après les événements tragiques qui ont eu lieu le Il septembre: peut-on continuer à pratiquer une mondialisation «dure », telle qu'elle a été pratiquée dans les années précédentes? Ou existe-t-il d'autres voies? Avant d'entrer dans le vif du sujet, je souhaiterais expliquer pourquoi nous avons organisé ce colloque à Marseille. Pourquoi cette ville plutôt qu'une autre, pour débattre d'un tel sujet? Parce que c'est dans ce grand port de la Méditerranée que furent déchargés, en 1644, les premiers lots de café à destination de la France et de l'Europe. Parce que la ville de Marseille a joué un rôle capital dans le commerce de ce produit, qui connaît aujourd'hui une évolution inquiétante, voire une crise grave. La qualité des cafés a certes progressé depuis quelques années et les conditions de production se sont améliorées. Nous sommes évidemment loin des méthodes, terriblement cruelles,

pratiquées du temps des colonies et consommons un produit qui s'affine de jour en jour. Rien n'est pourtant acquis pour les petits producteurs qui subissent plus que jamais les lois du marché international. Souvent condamnés à abandonner leur production au profit d'autres cultures plus rentables, ils sont les premières victimes d'un système qui laisse peu de place au maintien des traditions familiales et culturelles. Au-delà de la pure question morale, ne pas les soutenir signifie donc courir deux risques majeurs, intrinsèquement liés: contribuer à la fabrication d'un monde animé par le seul désir de rentabilité, et ne plus pouvoir offrir aux consommateurs un produit digne de I'histoire qui l'a traversé, où amour et passion ont été d'incroyables moteurs de développement. Le commerce équitable s'offre comme une alternative au commerce tel qu'il est pratiqué aujourd'hui. Encore faut-il en comprendre le fonctionnement. Encore faut-il lui arracher son image de concept politique à la mode, autour duquel graviteraient encore quelques idées militantes dépassées. C'est l'objectif que nous nous sommes fixé dans ces rencontres où nous avons souhaité inviter aussi bien des producteurs de café que des distributeurs. Chacun y présentera son expérience, y exposera sa conception de cette forme d'échange. Allant souvent à l'encontre des idées reçues, c'est du commerce équitable qu'ils débattront, en traçant le chemin d'une réflexion, espérons-le, féconde, qui n'occulte aucune des réalités du café. Je souhaite que cette rencontre soit le point de départ d'un véritable mouvement de pensée où ce produit, noble et rare, regagne sa liberté. Sur le plan pratique, trois débats seront organisés au cours de la journée: un premier, qui traitera du problème des pays producteurs. A cette table, nous avons souhaité la présence d'associations humanitaires qui vont décrire les 12

difficultés des pays de la zone tropicale principalement. Nous avons le plaisir, pour la première fois en France, d'accueillir le co-fondateur de Max Havelaar, le Padre Francesco van der Hoff. Le Padre vient du Mexique, de la communauté d'Uciri plus exactement, et est accompagné de Guadeloupe Quirroz qui représente les paysans de cette communauté. Comme je l'ai indiqué précédemment, je crois qu'il était important, dans le cadre de cette journée, de donner d'abord la parole aux acteurs. Les conférences sur l'éthique se font de plus en plus nombreuses mais elles ne donnent pas toujours la parole aux producteurs. Il était important de les inviter à ces débats. La deuxième table ronde traitera de la position des pays consommateurs dans ce nouveau contexte, notamment à travers la présence de représentants de la grande distribution. Comment la grande distribution appréhende-t-elle le commerce équitable? Est-ce un projet d'avenir pour elle? Nous allons essayer de répondre à ces questions. Quant à la dernière table ronde, elle traitera d'enjeux plus généraux. Nous allons en effet tenter d'élargir le débat et de tirer des conclusions sur tout ce qui aura été dit précédemment. Nous procéderons de la manière suivante. Chaque intervenant s'exprimera pendant une vingtaine de minutes. A la fin des interventions, la salle pourra poser des questions. Je vous invite donc à questionner les intervenants. Nous comptons sur vous pour faire vivre ces débats et procéder à des échanges riches et variés. Je vais maintenant passer la parole à Robert Kudelka qui est journaliste et écrivain. Robert Kudelka a bien voulu nous faire l'amitié d'animer ces débats, d'être attentif aux questions qui se posent aujourd'hui. Robert, je te cède la parole.

13

" DU COTE DE LA PRODUCTION

,

Table ronde

DU CÔTÉ DE LA PRODUCTION
Robert Kudelka Bonjour à tous, merci d'être présents aujourd'hui! Jean-Pierre Blanc vient de vous donner l'architecture des débats. Je vais rapidement vous présenter les personnes qui nous font l'honneur d'être à cette table. A ma gauche, AnneMarie Fraygefond qui est la présidente de l'association France-Haïti-Partage et qui est bénévole dans cette association; Anne-Marie Fraygefond est également infirmière. Pierre Massia que beaucoup d'entre vous connaissent bien; Pierre Massia est directeur du département Formation des cafés Malongo et a passé l'essentiel de sa vie professionnelle dans le café. Pierre Massia continue à être totalement passionné par ce secteur d'activité. Je suis certain qu'il nous fera partager sa passion, lors de sa première intervention. Le Padre Francesco van der Hoff que JeanPierre Blanc a présenté, et Luis Fernando Urrego qui est colombien, chargé de projets en Amérique centrale et en Haïti pour le Secours catholique. Nous diffuserons deux films dans cette première table ronde. Mais je commence par donner la parole à Pierre Massia. Pierre, vous allez aborder la question de la culture du café et des difficultés qui lui sont inhérentes.