Communication et citoyenneté

De
Publié par

En convoquant les citoyens à la controverse au sujet d'un projet sociotechnique international portant sur la recherche nucléaire, le débat public ITER en Provence fournit de façon circonstancielle un terrain propice à l'analyse et l'exploration d'un tel dispositif de médiation, intégrant opinion publique et exercice de citoyenneté scientifique. Pourtant, le débat public reste par sa nature, un dispositif de contrôle et de régulation du pouvoir politique sur la société civile.
Publié le : samedi 1 janvier 2011
Lecture(s) : 263
Tags :
EAN13 : 9782296450479
Nombre de pages : 300
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

COMMUNICATION
ET CITOYENNETÉ © L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-13784-4
EAN : 9782296137844 Sylvie Bresson Gillet
COMMUNICATION
ET CITOYENNETÉ
L’équivoque du débat public
De la participation au consentement éclairé
Préface de Jacques Perriault
L’HarmattanCommunication et Civilisation
Collection dirigée par Nicolas Pelissier
La collection Communication et Civilisation, créée en septembre
1996, s’est donné un double objectif. D’une part, promouvoir des
recherches originales menées sur l’information et la
communication en France, en publiant notamment les travaux de
jeunes chercheurs dont les découvertes gagnent à connaître une
diffusion plus large. D’autre part, valoriser les études portant sur
l’internationalisation de la communication et ses interactions avec
les cultures locales.
Information et communication sont ici envisagées dans leur
acception la plus large, celle qui motive le statut d’interdiscipline
des sciences qui les étudient. Que l’on se réfère à l’anthropologie,
aux technosciences, à la philosophie ou à l’histoire, il s’agit de
révéler la très grande diversité de l’approche communicationnelle
des phénomènes humains.
Cependant, ni l’information, ni la communication ne doivent être
envisagées comme des objets autonomes et autosuffisants.
Dernières parutions
Lucienne CORNU, Parina HASSANALY et Nicolas PELISSIER,
Information et nouvelles technologies en Méditerranée, 2010.
Gloria AWAD, Ontologie du journalisme, 2010.
Marc HIVER, Adorno et les industries culturelles. Communication,
musiques et cinéma, 2010.
Françoise ALBERTINI & Nicolas PELISSIER (dir.), Les Sciences
de l’Information et de la Communication à la rencontre des Cultural
Studies, 2009.
Patrick AMEY, La parole à la télévision. Les dispositifs des
talkshows, 2009.
R. RINGOOT et J. P. UTARD, Les Genres journalistiques, 2009.
Agnès BERNARD, Musées et portraits présidentiels. Les sens
cachés, 2009.
Sébastien GENVO, Le Jeu à son ère numérique : comprendre et
analyser les jeux vidéo, 2009. À JACQUESPRÉFACESociété de l’incertitude, monde en mutation, accès des jeunes à
la vie active, dynamisme des économies de l’Extrême Orient, sont
autant de questions que les économies occidentales se doivent de
traiter. La Technologie les traverse de bout en bout, que ce soit
l’informatique, les nanotechnologies, les biotechnologies et le
nucléaire, entre autres. Leur intrusion dans tous les actes de la vie
courante ne concerne plus désormais les seuls ingénieurs et
décideurs, mais la société dans son ensemble. Aussi de nouveaux
modes de régulation et d’évaluation s’imposent-ils pour leur
conception et pour leur mise en uvre; s’ils ne sont encore que
balbutiants,ilssontnéanmoinstrèsinstructifspourl’avenir.
C’est là tout l’intérêt de l’ouvrage de Sylvie Bresson Gillet. Elle
relate l’implantation du projet ITER que la communauté
internationale de l’énergie a décidé de situer en Provence. Le pari
estaudacieux:créerdel’électricitéparlafusiondesatomesaulieu
de procéder à leur fission. L’auteure nous explique le procédé et
ses conditions de réalisation qui supposent un programme
d’investissements lourds à très long terme. Mais l’intérêt de
l’ouvrage est ailleurs et porte sur la politique mise en place par le
gouvernement pour consulter les populations concernées à propos
de ce projet et pour recueillir leurs réactions. Nous entrons bien
dans la problématique évoquée plus haut, de construire et de tester
de nouveaux modes de régulation de la Technologie, ici du
nucléaire.
C’est un premier pas, timide, mais riche d’enseignement, que de
consulter la population au cours de séances d’information. Nous
sommes encore loin de la mise en place d’échanges démocratiques
à propos du contrôle de la technologie. Pour mémoire, la France
avait jusqu’à une époque récente réservé cette question à l’Office
parlementaire des choix scientifiques et technologiques, qui
navigue désormais de conserve avec la Commission nationale du
débatpublic (CNDP).Danslecasd’ITER, c’estlapopulationquia
été consultée et pas seulement ses représentants démocratiquement
élus. Le grand mérite de Sylvie Bresson Gillet est de fournir une
analyse datée d’une politique participative des choix
technologiques. En découlent de grandes interrogations sur les
notions d’intérêt général, de bien commun, d’utilité sociale et de
gouvernance. Ces thématiques rejoignent les questions que traitent
aujourd’hui sociologues et politologues. Sylvie Bresson Gillet
les
-9?aborde en spécialiste des sciences de l’information et de la
communication.
Issu de cette communauté scientifique, je voudrais souligner en
quelques mots l’originalité de l’approche qu’a choisie cette
auteure. Elle traite des deux volets clefs de voûte de la discipline,
l’information et la communication. La demande d’informations
scientifiques et techniques émise par la population soulève de
grandes interrogations sur la façon de le faire. Sous l’angle de la
communication, l’auteure examine comment fonctionnent dans
l’espace public les échanges et la mise en scène du débat, de même
que les controverses qu’il suscite. Ce sont là des apports
complémentaires à ceux de la science politique et de la sociologie
qu’elle a tout à fait raison de mettre en valeur avec la marque de
fabriquedeladiscipline.
J’en viens à la partie «terrain». L’auteure pointe sur site les
balbutiements d’une politique publique de concertation
scientifique, dans laquelle l’État s’engage sans pour autant vouloir
abandonner ses prérogatives traditionnelles. Que pourrait répondre
par exemple son représentant, de façon circonstanciée, à question
que pose un habitant de la région lors d’une séance de
concertation: «Si l’on investissait les 10 milliards d’euros dans la
maîtrise de la demande d’énergie, aurait-on encore besoin
d’ITER?»
JacquesPerriault
-10-SOMMAIRE
INTRODUCTION
-13TITREI:LADÉCHIRUREDUVOILE
-25CHAPITRE1.LARELATIONENTRESCIENCEETSOCIETE
-27-
CHAPITRE2.LAREFORMEDELARELATIONENTRESCIENCESOCIETE
-51TITREII:L’INSTITUTIONNALISATIONDUDÉBATPUBLIC
.
-71CHAPITRE1.UNCONTEXTEFAVORABLE
-79CHAPITRE2.L’INSTITUTIONNALISATIONPROGRESSIVEDELA
PARTICIPATION
-87CHAPITRE3.LACOMMUNICATION: UNEPOLITIQUEEUROPEENNE
.
-99-
CHAPITRE4.L’EQUIVOQUEDELACOMMUNICATIONPUBLIQUE
-109TITREIII:LEDÉBATPUBLICITERENPROVENCE
-119CHAPITRE1.LE DEBATPUBLIC
-125CHAPITRE2.LACNDP
-143CHAPITRE3.LACPDPITERENPROVENCE
-153CHAPITRE4.L’ORGANISATIONDUDEBAT
-165TITREIV :LEDÉROULEMENTDUDÉBATPUBLICITEREN
PROVENCE
-177CHAPITRE1.LE DEBATPUBLICITER DANSSONCONTEXTE
-179CHAPITRE2.LARUBRIQUEDESINCIDENTS
-191CHAPITRE 3.LA MISE ENSCENE DU DEBAT PUBLIC ITER EN
PROVENCE
-197TITREV :LEBILANDUDÉBATPUBLICITEREN
PROVENCE
-223CHAPITRE1.LAPARTICIPATION
-229CHAPITRE2.LESRESULTATS
-239CONCLUSION
-251ANNEXES
-259BIBLIOGRAPHIE
-269NOTES -287-INTRODUCTIONQue peut-il y avoir en commun entre le projet : d’un métro
automatique en ceinture parisienne, d’un parc éolien en mer, de la
construction d’une unité de production électronucléaire à Penly, du
prolongement du grand canal du Havre, de la construction d’un
èmeréacteur de la 3 génération à Flamanville, du contournement
autoroutier de Bordeaux, de la gestion des déchets radioactifs de
haute et moyenne activité à vie longue, de l’extension du port de
Calais, du développement et de la prolifération des nanomatières,
ou encore de la création d’un centre de recherche sur la fusion
nucléaireàCadarache ?
Au-delà du fait que tous ces projets, charriant leurs controverses
scientifiques et techniques, renferment des enjeux économiques et
sociaux très forts et qu’ils procèdent tous d’une volonté politique
qui leur préexiste ou qui leur est concomitante; au-delà du fait que
tous ces projets comportent tous des risques technologiques
(probabilité que survienne, suite à la mise en uvre de certaines
techniques industrielles, un événement qui porte atteinte à la santé
des populations, à l'intégrité de l'environnement et à l'efficacité du
tissu économique); le point commun de tous ces projets est qu’ils
ont été, sont ou seront, soumis à la procédure de débat public telle
qu’institutionnaliséeenFranceparlaloi.
Une des grandes politiques publiques de la France a toujours été
et reste la politique énergétique. Elle est une pièce prépondérante
de la politique économique, extérieure et environnementale.
Organisée sous l’influence de l’État et des entreprises publiques à
l’issu du second conflit mondial, la politique énergétique de la
France à l’orée du XXIe siècle, doit considérer de nouvelles
sollicitationstelles: le compromis du développement économique
et les obligations du protocole de Kyoto ou la libéralisation du
marché européen de l’énergie, l’avenir de la filière nucléaire et le
développement de la recherche sur les énergies renouvelables.
C’est dans le cadre de cette logique politique sur l’indépendance
énergétique, mais aussi de ses contraintes tant au niveau national
qu’international, que s’inscrit le débat public qui s’est ouvert au
débutdel’année2006:«Iter enProvence ».
La mission de la procédure de débat public est, selon l’objectif
du législateur, de permettre l’information et l’expression la plus
large possible de toutes les parties concernées (maître
d’ouvrage,
-15?pouvoirs publics, élus, associations, experts, riverains, grand
public, etc.) pendant la phase d’élaboration du projet, avant que les
principales caractéristiques n'en soient fixées, c'est-à-dire à un
moment où il est théoriquement, encore possible de le modifier,
voir de l’abandonner. Ces deux exigences (information,
expression) participent, et influencent, inévitablement la
présentation des réunions publiques du débat qui tient d’une mise
en scène savamment orchestrée à partir de laquelle les acteurs en
représentation, construisent une définition commune de la
situation.
Cette instanciation dialogique des politiques publiques devrait
donc jouer un rôle majeur dans l’évolution des représentations et
des pratiques sociopolitiques collectives, mais pour autant est-ce
l’abandon d’un des attributs essentiels du pouvoir : donner du
sens?
La perte de confiance dans le savoir rationnel entraîne la
nécessité de profondes réformes. Comme l’observe Céline
Granjou: «Laprise de conscience de l’« après Tchernobyl »,de la
monopolisation de l’expertise officielle entraînant la possibilité de
rétention d’informations et de clôture arbitraire des controverses,
fait apparaître l’importance cruciale de l’existence de capacités de
contre-expertises indépendantes et l’enjeu démocratique du libre
développement des controverses et de la transparence sur les
1incertitudesscientifiques ».
Face à l’ampleur de certaines mutations, le mythe du progrès a
fait long feu. Désormais, c’est le doute qui préside à la relation
qu’entretient la société à la science et ses applications, et qui
conduit à ne plus déléguer aux seuls élus et experts, des choix
technologiques porteurs d’enjeux sociaux majeurs. Ce passage est
marqué par une certaine défiance envers la science, la technique et
les experts. Le déclin de la confiance des citoyens envers les
scientifiques, mais également à l’encontre des autorités
gouvernementales, est un fait avéré depuis quelques décennies.
Ainsi, le simple fait de mettre sur le marché une création technique
issuedel’innovationscientifiquequin’auraitpasétésoumiseàune
discussion démocratique, peut poser problème. Par ailleurs, cette
problématique se double de l’exigence d’une expertise plurielle
nécessaire dans le cadre de situations monopolistiques telle que le
-16-nucléaire ou encore, essentielle lorsque les connaissances
scientifiquesensontàleurbalbutiement.
Dans une telle situation, le besoin de reconsidérer les méthodes
du contrôle politique et social de la croissance et des conséquences
des techniques, conduit à remettre en cause les liens existant entre
sciences, techniques, politiques et la société, exigence susceptible
d’autoriserlaréapparitiond’uneconfiancedisparue.
Des initiatives, majoritairement nées de la notion de la nouvelle
gouvernance, se multiplient, en s’appropriant de nouvelles règles
de communication fondées essentiellement sur la promotion du
dialogue et la participation des citoyens qui «passe par la
valorisation constante et systématique de certains thèmes, la
discussion, le débat, la concertation, la consultation, la
participation, le partenariat, la gouvernance. » (Blondiaux et
Sintomer2002)
L’idée d’une communication différente visant à rapprocher la
science de la société alors que le modèle linéaire
sciencetechnique-industrie est remis en cause (Schiele 2008), émerge. Les
concepts d'espace public (Habermas 1997) et de relations
publiques généralisées (Miège 1997) peuvent être extrêmement
féconds pour décrypter le rôle de ces nouvelles formes de débat
public par rapport aux questions relatives à la médiation de
l'information (Lamizet 2008) et in fine, aux questions relatives aux
problématiques consacrées à la démocratie, dans un contexte de
société de la connaissance dans laquelle la place centrale que
représentent l’informationet la communication est consubstantielle
auxrelationsentresavoiretpouvoir.
Ainsi, il est apparu nécessaire de développer des formes de
démocratie permanente visant à rétablir le lien entre gouvernants et
gouvernés. Une démocratie d’interaction visant à restaurer la
confiance entre les acteurs (Rosanvallon 2006). Pour autant,
comment structurer l’engagement de la société civile dans les
questions relatives aux sciences et aux politiques de recherche qui
y sont associées et parvenir à associer le citoyen ordinaire à la
discussion des choix collectifs ? En encourageant la réflexion et le
débat… Au nom de la bonne gouvernance, de nouveaux modes de
relations entre les citoyens et l’État apparaissent. L’heure est à
l’impératif délibératif (Blondiaux et Sintomer 2002), c’est-à-dire à
-17-un nouvel esprit de l’action publique contraignant l’autorité
publique à son aggiornamento. En miroir, le contexte législatif a
largement contribué à cet ajustement du pouvoir à la société ; c’est
l’accès à l’information, à la participation du public au processus
décisionnel et l’accès à la justice en matière d’environnement qui
deviennenteffectifs.
La reconnaissance du caractère stratégique de la communication
publique, de la consultation du public, et de la participation du
public,induitlamiseenplacedenouvellesactions.
Dorénavant, l’État préfère informer l’opinion sur un sujet
complexe, controversé et constituant un enjeu majeur pour la
sociétéafin qu'il soit discuté au sein dela population,car, en fait,il
s’agit ici d’augmenter et de consolider la légitimité de la décision
politique dans le droit fil de la théorie de l’agir communicationnel
d’Habermas pour qui «la politique délibérative constitue le c ur
2même du processus démocratique » , émergence d’une opinion
publique qui se traduit en pouvoir communicationnel dont
l’avantage, voir le droit, serait d’orienter l’usage du pouvoir dans
un certain sens. Concrètement, des structures de co-construction de
l’information apparaissent. Il s’agit de dispositifs au travers
desquels connaissances scientifiques et connaissances profanes
interagissent pour constituer un savoir commun susceptible de
compléter l’horizon cognitif des décideurs (Callon, Lascoumes et
Barthe 2001). Cela se traduit par la prolifération de procédures
hybrides, telles: les conférences de consensus, débats publics,
jurys citoyens, etc. visant à intégrer la participation du citoyen
ordinaireàl’élaborationdesdécisionspubliques.
L’association de la population aux choix publics et à la gestion
de leurs impacts connaît plusieurs niveaux : information,
consultation et concertation (Zémor 2008). Cette conception
prônée par l’ensemble des sociétés occidentales au nom de la
bonne gouvernance va conduire les autorités politiques à
généraliser le recours au débat public, dispositif hybride consistant
à organiser les décisions collectives, en ne se limitantpas aux lieux
oùseprennenttraditionnellementlesdécisionspolitiques.
Désormais, la participation du public au processus de décision
est perçue comme un appui à l’évolution de l’action publique dans
l’optique d’une amélioration de la qualité de la décision et
d’une
-18?action pragmatique et efficace. Il apparait selon plusieurs
théoriciens politiques que la participation du public conduit à de
nombreux avantages comme : l’accroissement de la confiance du
public, l’émergence d’unmeilleur citoyen actif et informé, le
renforcement des idéaux démocratiques (Barber 1996) et même, la
possibilité de produire davantage de justice sociale, certains
dispositifs institutionnels auraient la capacité de compenser
l’inégal accès à la compétence politique, en permettant
d’augmenter les capacités d’expressions et d’actions politiques des
citoyensordinaires(Talpin2007).
C'est ainsi que le dialogue est considéré aujourd’hui, comme un
mode privilégié de la progressivité sociale, il constitue l’un des
vecteurs essentiels de l’évolution de nos relations sociales.
«Dialoguer pour mieux décider »! Certes, mais pour autant cette
nouvelle manière de communiquer permet-elle de retisser les
alliances entre science et société? Quels sont les impacts concrets
de ces dispositifs participatifs en termes d’influence sur les
acteurs? Quelles sont les limites de la participation ? Quel est
l’enjeu du débat ? Réfléchir aux questions liées à «l’offre
institutionnelle de participation adressée aux citoyens et qui visent
à les associer d’une manière indirecte à la discussion des choix
collectifs», permet d’une part, d’en percevoir les limites de
conception ou de mise en uvre, malgré l’évolution certaine d’une
meilleure prise en compte de l’injonction à la participation qui
depuis peu, préside aux relations réciproques entre les citoyens et
la puissance publiqueet d’autrepart,cesnouvellesformes de débat
autour des questions sciences, techniques et société, permettent
d’explorer la manière dont le pragmatisme et le procéduralisme
tentent de reconstruire, dans un contexte d’incertitude inhérent à la
société du risque, la confiance comme rapport à la norme
[(Giddens1994)(Beck2001)].
Dans ce contexte, la mise en uvre de la procédure du débat
public par la Commission nationale du débat public, autorité
administrative indépendante, offre l’opportunité d’analyser ces
nouvelles relations entre science et société, les impacts concrets de
ces dispositifs participatifs en termes d’influence sur les acteurs et
les limites de la participation, notamment au travers l’étude de
cas
dudébatpublicportantsurleprojetIterenProvence.
-19??Maisqu'est-cequeleprojetIterenProvence?
Il s’agit d’un projet scientifique international concernant la
recherche nucléaire, Iter (International Thermonuclear
Experimental Reactor) à Cadarache doit être une installation
expérimentale exceptionnelle sur la fusion nucléaire. Elle est
présentée comme une étape clé pour la mise au point d'une
nouvellesourcepotentielled'énergie, pour pallierla diminution des
ressources énergétiques fossiles (pétrole, gaz, charbon…). Les
promoteurs du projet (CEA) prétendent que ce projet, qui
représente un des plus grands chantiers scientifiques de ce siècle,
permettra de démontrer la faisabilité scientifique et technologique
de la fusion nucléaire contrôlée. La maîtrise sur terre de cette
réactionnucléaireouvriraitalorslavoieàdesressourcesenénergie
quasiillimitées.
La controverse autour d’Iter s’amplifie et déborde de l’arène
scientifique. En effet, la discussion à propos d’Iter ne reste pas
confinée dans le monde de la recherche, mais va trouver écho dans
le monde vécu au sens d’Habermas. Désormais, la controverse Iter
se déploie au sein de la société en passant de l’arène scientifique à
celle de l’arène publique qui baigne en ce qui concerne les
questions scientifiques dans un contexte complexe celui de la
société du risque et de son corollaire la problématique
environnementale. Société du risque dans laquelle l’innovation
scientifique n’est plus systématiquement associée à l’idée de
progrès pour l’humanité, mais plutôt à une possible régression
voire destruction. L’opinion croit moins qu’autrefois au progrès
scientifique et considère à présent que les avantages sociaux
procurés par les évolutions technologiques ne sont pas
systématiques.
Cependant,leprojetIterestlefruitd’unedécisionpolitiquemajeure
que le gouvernement français entend bien faire respecter, et ceci, dans
lesmeilleursdélais,ayantdéjà,parailleurs,engagélaFranceauniveau
international,quantàlaréalisationduprojet. C'est lors du sommet de
Genève, en novembre 1985, que l’Union soviétique qui travaillait
depuis plusieurs années sur un type de réacteur exploitant la fusion
nucléaire, phénomène qui existe en permanence au sein des étoiles,
a proposé de réaliser un programme internationalpourconstruirela
prochaine génération de réacteurs de ce type. En octobre 1986, les
-20-États-Unis, l’Europe et le Japon acceptent de rejoindre l’Union
soviétique au sein de ce projet. C'est ainsi qu'il a été décidé de
créer Iter. Initialement, quatre sites de construction du réacteur
avaient été proposés : Canada, Japon, Espagne et Cadarache
(régionPACA)enFrance.Lechoixd’implantationdusiteétaittrès
important politiquement, mais surtout économiquement.
L’investissement d’Iter étant estimé à 10 milliards d’euros sur 40
ans. C'est à Moscou, le 28 juin 2005, qu'a été signée la déclaration
commune de tous les membres du programme Iter (États-Unis,
Russie, Chine, Inde, Corée du Sud, Japon et Union européenne)
désignantCadarachecommelesitedeconstructionduréacteur.
Ainsi, la controverse scientifique tombe mal, surtout, depuis son
irruption à l’échelle de l’espace public, car elle percute l’arène
politique là où se prennent les décisions de société. Du coup, c’est la
décision de l’État qui est en jeu, elle est contestée entraînant un risque
pour le gouvernement de voir la faisabilité du projet Iter menacée ou
tout au moins perturbée et dont les conséquences en termes de retards
de chantiers, de déconsidération auprès des homologues étrangers ou
pire de son recul signifieraient la perte de légitimité de son autorité
auprèsdelapopulation.
Dans ce contexte, l’État doit agir pour sortir de cette impasse
probabledanslaquelleilsetrouveet c’est en janvier 2006, et en tant
qu’organe de communication de la participation du public que la
CNDP a mis en uvre le principe de la participation du public au
processus d’élaboration du projet Iter et de son implantation en
Provence: « La communication est sollicitée à des fins à la fois
3affectives et cognitives: rétablir la confiance et informer. » Il est
nécessaire dés maintenant de préciser que la mission de la
procédure de débat public est, selon l’objectif du législateur, de
permettre l’information et l’expression la plus large possible de
toutes les parties concernées (maître d’ouvrage, pouvoirs publics,
élus, associations, experts, riverains, grand public, etc.) pendant la
phase d’élaboration du projet, avant que les principales
caractéristiques n'en soient fixées, c'est-à-dire à un moment où il
est théoriquement, encore possible de le modifier, voir de
l’abandonner.
Objet éminemment social, avec son contexte, ses enjeux et ses
acteurs, le débat public Iter illustre parfaitement la
complexité
-21?même de notre monde contemporain et ouvre la réflexion sur la
natureetles effets deces nouveaux dispositifs hybrides, permettant
de prendre la mesure de ce qui les caractérise. Une approche
interdisciplinaire se justifie donc pleinement : d’une part en raison
de la spécificité de l’objet au regard des enjeux scientifiques qu’il
contient pourl’analyse desobjectifs économique etdepouvoir,liés
à la place centrale que représentent l’information, la connaissance
et la communication, dans le débat; d’autre part, en raison de
l’enjeu communicationnel du débat public Iter en Provence dont
laportéeet les effets sur l’espace publicsont patents. Il ne s’agit
pas de mieux communiquer ou de faire de la pédagogie, il y a un
déplacement du sens politique, aussi bien du point de vue de celui
quisolliciteleconsentementquedeceluiquil’accorde.
L’étude des conditions communicationnelles à partir des trois
catégories d’acteurs concernés par l’usage de la science et qui,
dans l’interrelation nouvelle proposée, sont légitimés : le public, le
politique et l’expert, permet de constater que ces trois types
d’acteurs orientent les interactions du débat. L’interaction entre les
différents acteurs lors des réunions publiques est directe, chaque
acteur étant appelé à agir et réagir immédiatement en fonction des
expressionsdespartiesenprésence.
Cependant, le principal acteur des différentes interactions reste
la Commission particulière du débat public (CPDP) émanation de
la CNDP, puisqu'elle en est l’initiatrice. Dès lors, les interactions
du débatdoivent êtrereplacéesdansl’espritdans lequel se présente
la CPDP. Ainsi, l’effet attendu du débat Iter est pour son président,
Patrick Legrand, l’acceptabilité et l’utilité du projet au niveau
sociétal: «La finalité même du débat public fait du contenu des
4réunions une sorte decontrat social deréférence.»
Delasorte,cedispositifvapermettrelaformationd’uneopinion
publique, sous influence, visant à l’appropriation du projet et de ce
fait conduire les acteurs à contribuer à son acceptation ; mais,
estce pour autant un progrès dans l’exercice de la citoyenneté dans le
cadred’unedémocratieparticipative ?
Eneffet,l’analysedel’évolutiondurapportscienceetsociétéau
fil du temps et particulièrement au cours de ces vingt dernières
années, évolution générant une remise en question de la parole des
-22-experts créant ainsi une profonde modification de la relation entre
le citoyen et le pouvoir,et l’examen de cette réforme de la relation
entre la science, la société et l’État, au travers les apports
théoriques notamment de l’agir communicationnel d’Habermas,
dans un concept d’espace public remodelé, il est apparu que c’est
l’exercice de la démocratie qui se trouvait profondément
transformé dans le cadre des rapports existant entre science,
technique,citoyenetpouvoir.
L’étude ducontexte danslequella participation activeet directe,
du citoyen à la «res publica » (chose publique) autrement que par
la traditionnelle consultation électorale de la démocratie
représentative, permet de constater que les structures hybrides de
participation citoyenne, ont très vite été institutionnalisées par les
états en fonction de l’objectif qu’ils s’étaient assigné. C’est ainsi
qu’en France, a été institutionnalisé le débat public, dans le cadre
d’un contexte international, politique et juridique, favorable. Les
principes et les missions du débat public tel qu’institutionnalisé en
France dés1995parlaloiBarnier,répondent, certesàla nécessaire
participation citoyenne, mais aussi, et surtout, à la volonté de
l’Union européenne, par application des principes de la bonne
gouvernance et dans le cadre de la «société de la connaissance »,
de faire de la communication publique un instrument politique.
«L'espace public est donc un espace communicationnel dédié aux
questions politiques qui autorise un débat démocratique tout à la
fois intégrateur et conflictuel. C'est donc un espace de
communication politique ou des acteurs institutionnels, des acteurs
économiques et des acteurs issus de la société civile traitent des
questionsd'intérêt général»(Dacheux2003).
Si les finalités de la communication publique ne sauraient être
dissociées de celles des institutions publiques investies d'une
mission d’intérêt général, réfléchir sur la nature et les effets de
cette procédure de débat visant à organiser la communication et la
confrontation symbolique des acteurs dans l’espace public, permet
de postuler, répondant à cette problématique de la confiance
(comment pouvoir retisser un lien de confiance suffisant entre la
science, le pouvoir et le citoyen ordinaire) que d’une part les
processus d’information-communication, institués par les pouvoirs
publics, peuvent jouer un rôle majeur dans l’évolution des
-23-représentations et des pratiques sociopolitiques collectives et que
d’autrepartdonnerdusensreste unattributdupouvoir.
Ainsi, la mise en uvre de la procédure de débat public,
dispositif participatif intégrant des citoyens ordinaires à la
discussion de choix collectifs, offre l’opportunité d’analyser ces
nouvelles relations entre les citoyens et le pouvoir. L’analyse faite
du terrain (cas du débat public Projet Iter en Provence) sous la
posture de l’observation participante a nécessité, outre le cadrage
du projet Iter, celui du débat public en lui-même, de telle sorte que
les orientations de la méthode adoptée : description,
contextualisation et comparaison (E. Goffman, Y. Winkin), avec
l’apport de la systémique qualitative des relations (A. Mucchielli)
puissentêtremiseen uvre et que les objectifs dudit débat
puissentêtreconcrètementappréhendés.
En effet, si transparence, participation, écoute et efficacité,
deviennentlamarcheà suivre pourredéfinirunnouveau modèlede
gouvernement et déterminer les nouveaux rapports entre les
administrations et les citoyens, si l’État s’adapte en répondant aux
aspirations des citoyens dans la société de la connaissance où le
maître mot passe d’informer à communiquer, il reste un décalage
entre le discours et la réalité. Il subsiste le problème de base qui
caractérisela difficulté de la communicationen dépitdes processus
de réforme engagés : «La problématique de la communication est
plus complexe que celle de l’information. L’information c’est le
message, la communication, la relation, donc la prise en compte
du point de vue de l’autre. Une information se transmet, une
5communicationseconstruit.
»
-24??TitreI:LADÉCHIRUREDUVOILEChapitre1.
LARELATIONENTRESCIENCEET
SOCIÉTÉ
Le choix de ce contexte: relation science/société, permets de
révéler la montée en puissance de dispositifs normatifs et pratiques
ordonnant les relations entre profanes et experts – citoyen et État.
Les mutations de la communication entre le profane/citoyen et le
décideur évoluent vers une communication basée sur l’échange
devenant nécessaire dans une société complexe où la sémantique
du risque se généralise. La mise en place de procédures
délibératives dans le domaine de l’environnement, du nucléaire ou
de la santé amènerait à la reconnaissance pratique de certaines
formes de compétences ordinaires et au dessaisissement
symbolique du monopole des experts sur la préparation des
décisions collectives, dans ces secteurs autrefois entièrement
régulés par le discours scientifique (Callon, Lascoumes et Barthe
2001). En l’espèce, la reconnaissance du caractère stratégique dela
communication induit la mise en place de nouvelles actions.
Cependant, tout en constatant que la science fait partie intégrante
de notre vie, la relation entre science et société est trop souvent
distante. Pourquoi? Qu’est-ce qui se joue dans le rapport entre
scienceetsociété ?
Pour tenter de comprendre ce qui se joue dans la relation entre
science et société, il faut en parcourir l’évolution de l’origine à nos
jours. Quelle sorte de relation la société entretient-elle avec la
science? D’où venons-nous dans notre rapport à la science ? Cinq
mots clés peuvent illustrer l’évolution du rapport entre science et
société: magie – religion – technique – progrès – doute et sans
vouloir faire de jeu de mots facile, chacun de ces mots renvoie
quantàluiàdesmauxquiontmarquécetterelation.
À l’origine, la société et l’homme associaientla technique à la
magie; à partir du Siècle des Lumières et jusqu’au XIXe siècle, la
techno-science a été associée au progrès social de l’homme ; cette
agrégation s’est poursuivie avec la science jusqu’au XXe siècle,
-27-6mais aujourd’hui, la science est associée au doute.Onestpassé
d’un rapport mystique à la science, à un tout scientifique
consubstantiel à une société du progrès qui permettait alors de
régler tous nos problèmes et enfin, à une relation de défiance.
Désormais, c’est le doute qui préside à cette relation en raison de
nombreuses «affaires» qui caractérisèrent ces trente dernières
années: Tchernobyl, sang contaminé, SIDA, OGM, amiante,
Bhopal, changement climatique, etc., l'effet est une mise en
visibilitédelaproblématiquedurisquetechnologique.
On est entré totalement dans la société du risque dans laquelle
tout accident répercute et amplifie instantanément dans l’espace
public, la résonnance de la crise de confiance que connaît
actuellement la relation entre science et société. Il en découle une
prise de conscience collective : d’une part, la science peut être
destructrice(bombe atomique, etc.), d’autre part, le sentiment que
nous vivons au sein d’un monde «fini» et non d’un univers que
7l’onpourraitindéfinimentexploiter .
La prise de conscience du risque est douloureuse et entraîne une
remise en question fondamentale du contrat entre science et société
qui liait et fondait tacitement cette relation : une délégation totale
et quasi aveugle de la société confiée au monde de la science tant
celle-ci était indissociable du progrès de l’homme. Ainsi, des
découvertes prodigieuses allaient permettre à l’homme de vivre
beaucoup mieux, d’améliorer son sort. Des découvertes dans le
domainedelasanté,del’énergie,dutransport,delasécurité,vont
permettre à l’homme d’agir et d’évoluer dans un monde où sa
survieestmieuxgarantie.
Un contrat entre science et société dont la délégation de pouvoir
de cette dernière au profit de la première, tiendra insidieusement à
distance les publics et donc aussi, de toute possibilité de contrôle
de la population civile sur la science. Un pouvoir sans
contrepouvoir. Un contrat qui donne toute la puissance au monde
scientifique en termes de décision concernant les orientations de
recherche et les choix sociotechniques. Pour autant, globalement,
le contrat social est honoré grâce aux nombreuses applications
issues de la recherche scientifique qui permettent à tous de
bénéficier d’un usage quotidien comme de l’électricité, du
-28-téléphone ou du médicament. Tout s’organise dans un compromis
social marqué alors par la prééminence d’un État interventionniste,
redistributeur et modernisé. Ce contrat établi entre science et
société à partir de la révolution industrielle est depuis brutalement
remis en question: nous sommes passés de la société du progrès à
8celledurisque .
Delasociétéduprogrèsàlasociétédurisque
Dès le début du XXe siècle, des événements tragiques auraient
dû alerter la société, par exemple pour le plus spectaculaire d’entre
eux le naufrage du Titanic. L’opinion publique d’alors s’en trouve
certes émue, pour autant elle ne remet pas en question cet impensé
technologique qui fit denombreusesvictimes.
C’est à partir du bilan des première et seconde guerres
mondiales que certains interrogent la responsabilité scientifique.
En effet, ces deux guerres vont occasionner des dommages
importants marquant la société: Hiroshima et Nagasaki avec la
bombe atomique, la découverte des camps d’extermination avec
l’emploi de gaz meurtriers et d’expériences scientifiques,
précipitent l’humanité dans une des pages les plus sinistres de son
histoire. Deux conflits mondiaux dans lesquels la science contribue
largement en apport de matériaux de destruction fournissant aux
belligérantsdenouvellesarmes.
Ces tragédies traumatisent la société et réveillent certaines
consciences notamment dans la communauté scientifique. Certains
chercheurs prennent alors conscience des enjeux liés à la recherche
et à ses applications. Ils souhaitent établir un dialogue entre la
scienceetlasociété.Lescientifiqueestaussiuncitoyenquiperçoit
comme dangereux le fait que seuls les scientifiques détiennent le
pouvoir de décision, de lajuste et légitime parole sousprétexte que
les autres, les «profanes», ne comprennent rien aux affaires de la
science.Danslesannéessoixante-dix,certainsscientifiquesvontse
mobiliser afin de sensibiliser la population à la question des enjeux
et des finalités de la recherche, car le choix d’une technologie a
9pourcorollaireunchoixdesociété .
-29-On assiste alors à une ouverture progressive de la science qui
passe de la recherche confinée, à la recherche en plein air (Sclove
2003) par le biais d’actions, d’opérations visant à familiariser le
public à la science, «Le mieux qu'on puisse faire est d'éduquer les
10gens. Et puis faire des petites choses » . La chose est ardue et
complexe, car il apparait rapidement que la population française
n’a pas de véritables notions scientifiques. Cette faiblesse de
connaissance renvoie à la notion de culture en général et force est
de constater que la culture française au sens large fait abstraction
decesnotionsscientifiques.
La culture française est par tradition celle des lettres et des arts.
En effet, on valorise depuis l’ancien régime dans les salons tout ce
qui peut se raconter: la littérature, la géographie, la musique, la
philosophie, les arts sont très valorisés et socialisés, tandis que la
science est quasi clandestine à cause du pouvoir religieux qui
frappe d’anathème les scientifiques depuis plusieurs siècles. Il faut
attendre le Siècle des Lumières pour que commence une
distanciation de la société par rapport à la religion, pour ouvrir
l’intérêt des profanes à la science. Toutefois, cela ne concerne
qu’une minorité d’individus dont le contact avec la science
s’établit alors par l’intermédiairedescabinets decuriosité, de petits
musées privés, de collections particulières, de bibliothèques, etc. ;
néanmoins, cela reste confidentiel, car ces espaces sont privés. Ce
n'est qu'au début du XXe siècle que la science commence à
s’exposer publiquement. C’est à l’occasion des premières
expositions universelles que le «grand public» apparaît. Par
11ailleurs, des musées dédiés à la question scientifique et technique
sont bâtis, assurant la vitrine publique d’une science triomphante
quis’affiche,maisquitientlepublicàdistance.
Cela vaut pour la technique. En effet, et comme le souligne
Jacques Perriault, «La répulsion qu’affiche la Culture pour la
technique remonte très loin en France, en dépit d’efforts successifs
et réitérés depuis ceux des Encyclopédistes pour l’y intégrer.
Répulsion plus que dédain ou ignorance, car dans l’attitude des
intellectuels vis-à-vis de la technique, il y a aussi l’impression
justifiée qu’elle a contribué à asservir les hommes, tout en étant
soutenue par un discours de propagande affichant qu’il s’agit de
12leslibérer. »
-30-

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.