Communication, organisation, symboles

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L'objectif de ce numéro est d'ouvrir des perspectives de recherches sur les questions de médiation symbolique, de production de symboles dans les organisations, de pratiques ou d'activités symboliques et/ou communicationnelles et organisationnelles. Des chercheurs issus de différents champs disciplinaires essaient de dépasser et réévaluer les définitions hétérogènes voire contradictoires du symbole.
Publié le : dimanche 1 mars 2009
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EAN13 : 9782296224476
Nombre de pages : 224
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Claudine Batazzi et Céline Masoni Lacroix

Sous la direction de

Communication, organisation, symboles

L’harmattan

MEI « MÉDIATION & INFORMATION ». Revue internationale de communication
UNE REVUE-LIVRE. — Créée en 1993 par Bernard Darras (Université de Paris I) et Marie Thonon (Université de Paris VIII), MEI « Médiation et information » est une revue thématique biannuelle présentée sous forme d’ouvrage de référence. La responsabilité éditoriale et scientifique de chaque numéro thématique est confiée à une Direction invitée, qui coordonne les travaux d’une dizaine de chercheurs. Son travail est soutenu par le Comité de rédaction et le Comité de lecture. U NE REVUE-LIVRE » INTERNATIONALE. — MEI « Médiation et information » est une publication internationale destinée à promouvoir et diffuser la recherche en médiation, communication et sciences de l’information. Onze universités françaises, belges, suisses ou canadiennes sont représentées dans le Comité de rédaction et le Comité scientifique. UN DISPOSITIF ÉDITORIAL THÉMATIQUE. — Autour d’un thème ou d’une problématique, chaque numéro de MEI « Médiation et information » est composé de trois parties. La première est consacrée à un entretien avec les acteurs du domaine abordé. La seconde est composée d’une dizaine d’articles de recherche. La troisième présente la synthèse des travaux de jeunes chercheurs.

Monnaie Kushana, représentation de Miiro Source : Hinnels, J., 1973. Persian Mythology. Londres : Hamlyn Publishing Group Ltd. Médiation et information, tel est le titre de notre publication. Un titre dont l’abréviation M E I correspond aux trois lettres de l’une des plus riches racines des langues indo-européennes. Une racine si riche qu’elle ne pouvait être que divine. C’est ainsi que le dieu védique Mitra en fut le premier dépositaire. Meitra témoigne de l’alliance conclue entre les hommes et les dieux. Son nom évoque l’alliance fondée sur un contrat. Il est l’ami des hommes et de façon plus générale de toute la création. Dans l’ordre cosmique, il préside au jour en gardant la lumière. Il devient Mithra le garant, divin et solaire pour les Perses et il engendre le mithraïsme dans le monde grec et romain. Retenir un tel titre pour une revue de communication et de médiation était inévitable. Dans l’univers du verbe, le riche espace sémantique de mei est abondamment exploité par de nombreuses langues fondatrices. En védique, mitra signifie “ami ou contrat”. En grec, a0mei/ ein signifie “échanger”, ce qui donne naissance à a0moi/ aioj “qui change et se répond”. En latin, quatre grandes familles seront déclinées : mutare “muter, changer, mutuel…”, munus “qui appartient à plusieurs personnes”, mais aussi “cadeau” et “communiquer”, meare “passer, circuler, permission, perméable, traverser…” et enfin migrare “changer de place”.

7, rue de l’École-polytechnique. 75005 Paris. Site Web : http://www.librairieharmattan.com. Courriel : diffusion.harmattan@wanadoo.fr et harmattan1@wanadoo.fr

© 2008, auteurs & Éditions de l’Harmattan.

ISBN

: 978-2-296-08267-0

Direction de publication Bernard Darras Rédaction en chef Marie Thonon Édition & révision Pascal Froissart Secrétariat Gisèle Boulzaguet Comité scientifique Jean Fisette (UQÀM, Québec) Pierre Fresnault-Deruelle (Paris I) Geneviève Jacquinot (Paris VIII) Marc Jimenez (Paris I) Gérard Loiseau (CNRS, Toulouse) Armand Mattelart (Paris VIII) J.-P. Meunier (Louvain-la-Neuve) Bernard Miège (Grenoble) Jean Mouchon (Paris X) Daniel Peraya (Genève) Comité de rédaction Dominique Chateau (Paris I) Bernard Darras (Paris I) Pascal Froissart (Paris VIII) Gérard Leblanc (École nationale supérieure « Louis-Lumière ») Pierre Moeglin (Paris XIII) Alain Mons (Bordeaux III) Jean Mottet (Paris I) Marie Thonon (Paris VIII) Patricio Tupper (Paris VIII) Guy Lochard (Paris III)

Correspondants Robert Boure (Toulouse III) Alain Payeur (Université du Littoral) Serge Proulx (UQÀM, Québec) Marie-Claude Vettraino-Soulard (Paris VII) Les articles n’engagent que leurs auteurs ; tous droits réservés. Toute reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de son auteur ou de ses ayants droits, est illicite.

Éditions Op. Cit. — Revue MEI « Médiation et information » 6, rue des Rosiers. 75004 Paris (France) Tél. & fax : +33 (0) 1 49 40 66 57 Courriel : revue-mei@laposte.net

Revue publiée avec le concours du Centre national du livre

Illustration de couverture : © Louise Merzeau, 2008.

Parallèlement à ses activités de recherche et d’enseignement, Louise Merzeau poursuit une activité de création photographique et numérique, dont les thématiques recoupent en partie celles de sa recherche universitaire (traces, mémoire, supports, partage, etc.) Images, ressources et articles en texte intégral disponibles sur http://www.merzeau.net/

Sommaire
Présentation des auteurs............................................................................VII Préambule
Claudine Batazzi et Céline Masoni Lacroix ......................................................1

Entretiens La fonction symbolique créatrice de lien. Questions à Daniel Bougnoux et Michel Maffesoli

par Claudine Batazzi et Céline Masoni Lacroix ................................................7

Dossier

I.

NORMES ET VALEURS

Questionner de nouveaux enjeux symboliques pour les organisations : la communication environnementale et la « communication responsable » Éthiques et contextes organisationnels

Françoise Bernard .......................................................................................... 27 Christian Le Moënne ..................................................................................... 39

Qualité, projet, numérique : trois variations symboliques de l’efficacité gestionnaire
II. FIGURES DU RÉCIT

Gino Gramaccia ............................................................................................. 55

Efficacité symbolique du discours : la figure de l’utopie Des comptes aux contes

Claudine Batazzi ............................................................................................ 69

Nicole D’Almeida .......................................................................................... 85

De l’usage du symbolique dans l’élaboration d’un sens commun : entre management et manipulation

Henri Alexis ................................................................................................... 99

Sommaire
III. FORMES SYMBOLIQUES

De la désymbolisation des relations interpersonnelles à l’œuvre dans certaines sphères entrepreneuriales… L’émergence de formes. La forme réticulaire, de la culture à la communication La convivialité en entreprise. Topique et topographie d’une figure sensible

Pascal Lardellier ........................................................................................... 113

Céline Masoni Lacroix ................................................................................. 125

Jean-Jacques Boutaud & Mihaela Bonescu .................................................. 141
IV. IMAGES ET TRACES

Présence numérique : du symbolique à la trace

Louise Merzeau ............................................................................................ 153

Corps, nombre, lumière. Les phénomènes colorés d’Œil-océan, image 3D expérimentale

Anne-Sarah Le Meur .................................................................................... 165

Hypothèses Action de médiations symboliques pour la construction d’une représentation dans une cité Ce que dit le doigt de l’ange

Natacha Cyrulnik ........................................................................................ 181 Michel Cals .................................................................................................. 193

Conditions de publication........................................................................205 Numéros parus ........................................................................................206 Bulletin d’abonnement ............................................................................213

VI

Communication, organisation, symboles Présentation des auteurs
HENRI ALEXIS, maître de conférences en Sciences de l’information et de la communication, chercheur au Laboratoire I3M, dirige l’IUT de Nice–Côte d’Azur avec pour objectif de développer une vision tripartite entre l’innovation et la recherche, l’excellence de la formation et la pertinence économique des savoirs. Sa position transdisciplinaire l’amène à adopter, envers ses objets de recherche, une posture de spécialiste de la communication et d’anthropologue, à travers une approche culturelle et symbolique des organisations, enfin de gestionnaire dans l’étude des styles de management et de stratégies communicationnelles. CLAUDINE BATAZZI, maître de conférences en Sciences de l’information et de la communication à l’Université de Nice–Sophia-Antipolis, chercheure au Laboratoire I3M, inscrit ses travaux de recherche dans le champ de la communication des organisations. Ses réflexions déploient et repositionnent la communication interne des organisations à travers les discours et les actes des managers, l’appropriation des Technologies de l’information et de la communication (TIC), les mécanismes d’apprentissage organisationnel… Ses travaux parcourent différentes problématiques : l’éthique dans les organisations entre comportement opportuniste et portée humaniste, la culture d’entreprise partagée entre rites, valeurs et symboles, la confiance, l’utopie. FRANÇOISE BERNARD est professeure en Sciences de l’information et de la communication à l’Université de Provence, responsable du Master « Information–communication » et co-responsable de l’Institut de recherche en Sciences de l’information et de la communication (IRSIC). Elle est Présidente d’honneur de la Société française des Sciences de l’information et de la communication (SFSIC). Spécialisée en communication des organisations, elle est aussi responsable de projets de recherche financés consacrés à la communication engageante et instituante. Elle a publié de nombreux articles et chapitres d’ouvrages consacrés à ce paradigme appliqué à la santé, l’écoresponsabilité, l’écocitoyenneté, la sécurité au travail et le risque et l’innovation communicationnelle.

Présentation des auteurs MIHAELA BONESCU est docteure en Sciences de l’information et de la communication de l’Université de Bourgogne et professeure au sein du Groupe ESC–Dijon. Sa thèse (2007) et ses prolongements concernent l’émergence et le déploiement de valeurs sensibles comme la convivialité et l’esthétisation des pratiques, thèmes d’un premier ouvrage, dans une perspective sémiotique et anthropologique. DANIEL BOUGNOUX, philosophe, professeur émérite à l’Université Stendhal de Grenoble, est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages, parmi lesquels Introduction aux sciences de l’information-communication (Paris, La Découverte), et dernièrement La crise de la représentation (Paris, La Découverte, 2006). Il a accompagné Régis Debray dans la publication des Cahiers de médiologie (1996-2004), et ensuite de la revue Médium. Il dirige également l’édition des œuvres romanesques complètes d’Aragon à la Bibliothèque de la Pléiade. JEAN-JACQUES BOUTAUD est professeur en Sciences de l’information et de la communication, à l’Université de Bourgogne. Il dirige le LIMSIC, équipe CIMEOS (ÉA 4177) qui développe des recherches sur le sensoriel (valorisation synesthésique) et le sensible (valorisation esthétique) en communication. Ses ouvrages concernent, tout particulièrement, l’imaginaire du goût : Le sens gourmand, 2005 ; et les relations entre sémiotique et communication : Sémiotique ouverte, avec E. Veron, 2007. MICHEL CALS, agrégé de lettres, a enseigné en France, en Afrique du Nord et dans l’Océan indien, et il est actuellement en poste à l’IUT de Nice–Sophia-Antipolis. Il mène des recherches sur l’écriture hypertextuelle au sein du laboratoire I3M. Nouvelliste (Les marquises, Éditions de l’âge d’homme, Prix Prométhée, 1989), il est aussi romancier, (Le glaive et la colombe, Loubatières, 1997 ; La porte des sables, Loubatières, 2008), auteur de poèmes (Le bestiaire des songes, Éditions UDIR), et critique. NATACHA CYRULNIK est docteure en Sciences de l’information et de la communication et chercheure au Laboratoire I3M. Elle travaille depuis 25 ans dans le théâtre et l’audiovisuel, comme comédienne, monteuse, productrice et scénographe (avec un 3e cycle en Architecture spécialisée en scénographie). Elle a obtenu le Trophée Louis-Jouvet, invention technique dans le monde du spectacle, avec sa Boîte à décors (Siel, Paris, 1998). Son travail de documentariste et de recherche met en avant la rencontre humaine et la relation qui s’établit entre le réalisateur, l’acteur et le spectateur. NICOLE D’ALMEIDA est professeure à l’Université de Paris IV (Sorbonne) et chercheure au CELSA. Elle est spécialiste de communication organisationnelle, institutionnelle et environnementale et a publié plusieurs ouvrages sur ce sujet, parmi lesquels Les promesses de la communication, (Paris, Presses universitaires de France, 2001, 2006), La société du jugement, (Paris, Armand Colin, 2007) et L’opinion publique (Paris, CNRS Éditions, 2009).

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MEI,

nº 29 (« Communication, organisation, symboles »), 2008

GINO GRAMACCIA est professeur en Sciences de l’information et de la communication et chercheur au GREC/O-CEMIC à l’Université de Bordeaux. Ses travaux de recherche portent sur la communication des organisations et en particulier sur les actes de langage dans les organisations par projet. Il est président honoraire de la Société française des Sciences de l’information et de la communication (SFSIC). PASCAL LARDELLIER est professeur en Sciences de l’information et de la communication à l’Université de Bourgogne, et chercheur au CIMEOS/LIMSIC. Il donne chaque année une série de cours à l’Université Koryo de Séoul. Il a publié une quinzaine d’ouvrages, dont Théorie du lien rituel (Paris, L’Harmattan, 2003), Le cœur Net. Célibat et amours sur le Web, (Paris, Belin, 2004), Le pouce et la souris. Enquête sur la culture numérique des ados (Paris, Fayard, 2006) et Arrêtez de décoder. Pour en finir avec les gourous de la communication (Paris, L’Hèbe, 2008). MICHEL MAFFESOLI est professeur de sociologie à l’Université Paris DescartesSorbonne. Il a reçu le Prix de l’essai André-Gautier, en 1990, pour l’ouvrage Aux creux des apparences, et le Grand prix des sciences humaines de l’Académie française, en 1992, pour La transfiguration du politique. Il dirige la revue internationale des sciences humaines et sociales Sociétés (Éditions DeBoeck, Louvain) et les Cahiers européens de l’imaginaire (CNRS Éditions). Il est directeur du Centre d’études sur l’actuel et le quotidien (CÉAQ), laboratoire de recherches sociologiques en Sorbonne, et du Centre de recherche sur l’imaginaire à la Maison des Sciences de l’Homme (MSH). Il a publié de nombreux ouvrages, sur les thèmes de la violence, de la domination, de la sociologie du quotidien, comme La violence totalitaire (1979, 1999, Paris, Desclée de Brouwer), ou La conquête du présent. Sociologie de la vie quotidienne (1979, 1999, Desclée de Brouwer), Les essais sur la violence banale et fondatrice (Paris, Méridiens Klincksieck, 1984 ; CNRS Éditions, 2009), Le temps des tribus. Le déclin de l’individualisme dans les sociétés de masse (1988, 2000, La table ronde), jusqu’à son dernier ouvrage, Apocalypse (CNRS Éditions, 2009). ANNE-SARAH LE MEUR, après avoir enseigné les arts numériques à l’Université Bauhaus–Weimar, est maître de conférences à l’Université Paris I (« Panthéon–Sorbonne »), sur le site Saint-Charles. Sa recherche, théorique et pratique, concerne l’influence, manifestée dans les œuvres, du processus informatique sur l’imaginaire, et notamment la transformation éventuelle du rapport au corps. Ses images–animations (Aforme. Un peu de peau s’étale encore, 1990 ; Horgest, 1991-1993 ; Êtres-en-tr…, 1994 et Là où cela veut poindre, 2001), explorent une image de synthèse inhabituelle, abstraite, organique, voire sensuelle. Cf. http://aslemeur.free.fr

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Présentation des auteurs CHRISTIAN LE MOËNNE est professeur en Sciences de l’information et de la communication à l’Université européenne de Bretagne–Rennes II, responsable du programme « Entre formes et normes » de l’équipe PREFICS (ÉA 3207, UMR 8143). Il collabore régulièrement à plusieurs revues scientifiques notamment Sciences de la société et Communication et organisations. Il travaille actuellement à créer une collection aux Éditions de l’EHESP sur l’axe « Communication, organisation et risques ». CÉLINE MASONI LACROIX est docteure en philosophie, chercheure au Laboratoire I3M. Elle s’intéresse à la question des représentations et des usages et à leur intérêt cognitif et communicationnel. Elle interroge les processus de connaissance, de « reconnaissance » et de mise en visibilité, leur organisation, leur « composition » formelle et normative, leur fonctionnement mimétique. Elle a co-dirigé des ouvrages collectifs dont, en 2008, chez L’Harmattan, Les intermittents du spectacle. De la culture aux médias et Réseaux d’innovation, enjeux de la communication au sein d’une technopole, le cas Sophia-Antipolis. LOUISE MERZEAU est maître de conférences en Sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense, et membre du CRIS (Centre de recherche en information spécialisée et médiation des savoirs). Ses travaux, conduits pour la plupart dans le cadre des recherches en médiologie, portent sur les interactions entre technique et culture, et plus particulièrement sur les rapports entre mémoire collective et technologies de l’information, sur lesquels elle a publié de nombreux articles. Ancienne rédactrice en chef des Cahiers de médiologie, elle est aujourd’hui membre du comité de rédaction de la revue Médium. Elle pilote par ailleurs plusieurs projets de recherche du CNRS sur la traçabilité numérique. Elle a récemment coordonné un numéro de la revue Hermès, avec M. Arnaud, « Traçabilité sur les réseaux », à paraître en 2009.

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Communication, organisation, symboles Préambule
Claudine Batazzi & Céline Masoni Lacroix *
Université de Nice–Sophia-Antipolis & Laboratoire I3M (« Information, milieux, médias, médiations », ÉA3820)

Si l’objectif de ce numéro est d’ouvrir des perspectives de recherche sur les questions de médiation symbolique, de production de symboles dans les organisations, de pratiques ou d’activités symboliques et / ou communicationnelles et organisationnelles, il nous faut interroger plus avant ce que le mouvement symbolique d’une pensée peut apporter à la discipline des Sciences de l’information et de la communication. De même apparaît-il nécessaire de comprendre le rapprochement établi entre le symbolisme et l’organisation ou les organisations. Une représentation symbolique voit l’opérativité du symbole dans le rapport analogique ou de ressemblance qu’il pose entre un représentant sensible et un représenté intelligible. Se distinguant du signe (arbitraire) saussurien relevant d’une convention, le symbole ne serait pas vide. Définir le symbolique apparaît malaisé. Il est, d’une part, assez loisible de démontrer que ce ne peut être qu’un consensus culturel qui offre à la représentation symbolique son effet d’évidence… D’autre part, l’hétérogénéité de la définition du symbole lui procure la dimension abstraite, hors de tout contenu représentatif, du symbole mathématique.

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batazzi@unice.fr

et celine.lacroix@unice.fr

MEI,

nº 29 (« Communication, organisation, symboles »), 2008

Se dégageant de l’opposition entre signes et symboles ou de définitions contradictoires, l’idée de lien doit être affirmée, un lien créant du lien et replaçant la pensée du symbole dans l’ordre de la communication. La question de ce qui est lié (du sensible et de l’intelligible, du signifiant et du signifié) comme la question des antagonismes définitoires s’effacent au profit de la mise en œuvre du lien, au profit de processus de symbolisation (du langage, de la technique, de la pensée mythique, de l’art ou de la connaissance, etc.) et de leurs modes de fonctionnement. La vision symbolique d’une réalité plus ou moins cachée, que le symbole dévoilerait, perd de son intérêt épistémologique, tandis que s’avance l’idée que la traduction discursive de notre rapport au monde, c’est-à-dire notre usage symbolique des signes, pourrait tenir au mode de fonctionnement des systèmes symboliques. Cette question de l’usage conduit à penser le symbolisme comme ressortissant d’une activité cognitive : une capacité de représentation, « faisant œuvrer » ensemble différentes formes de rationalité, et, de manière plus générale, une capacité de conceptualisation de notre relation à ce qui est extérieur, étranger. Est-ce encore à dire que nous organisons, classons, contraignons les éléments hétérogènes du réel en un « tout » ayant du sens afin de pouvoir le saisir et en dire quelque chose ? Ainsi introduite, la notion d’organisation ne concerne pas exclusivement la théorie des organisations et la question de l’organisation scientifique du travail, elle peut être envisagée de façon plus générale, comme la disposition (intentionnelle) d’éléments dispersés et / ou complémentaires dans un ensemble cohérent voire unifié, et régi par des lois. Pensés ensemble, communication, organisation et symboles en appellent à interroger le fonctionnement cognitif, ou une faculté cognitive générale qui envisagerait de manière critique : l’analogie, l’imaginaire, l’arbitraire, la convention ou le consensus culturel, mais encore les idées de totalité, de différenciation des parties qui la constituent, de finalité… Les différentes perspectives qu’ouvre ce numéro tissent un lien encore ténu, mais qui encourage la convergence d’approches nuancées visant l’émergence de problématiques partagées. Deux Entretiens inaugurent l’ouvrage, confrontant les approches du symbolique du philosophe et du sociologue. Daniel Bougnoux, philosophe, professeur émérite, formulant une pensée historique et critique de la crise, de l’effondrement de la culture, établit une distinction entre symbolique et symbolisme. Michel Maffesoli, professeur de sociologie,
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Préambule

C. Batazzi et C. Masoni Lacroix

posant le retour de l’immatériel, du symbolique, expose un mouvement de désenchantement–réenchantement. Le dossier Communication, organisation, symboles confronte les perspectives des normes et des valeurs, des figures du récit, des formes symboliques et des images et traces. La première partie Normes et valeurs engage la réflexion vers la théorie des organisations. Françoise Bernard, professeure des Universités en Sciences de l’information et de la communication, interroge la relation entre discours, actions et symbolisations avec les questions de l’appropriation et de l’engagement, et déploie cette réflexion vers l’institutionnalisation du thème environnemental par la communication. Christian Le Moënne, professeur des Universités en Sciences de l’information et de la communication, pose la question de l’éthique dans les milieux organisationnels, s’attachant aux effets de réalité que ces références multipliées à l’éthique visent à produire par la stimulation des imaginaires, et aux effets organisationnels attendus. Il s’agit de décrire et d’analyser les enjeux symboliques à l’œuvre dans les logiques de recomposition organisationnelles. Nous conduisant vers une histoire critique des théories des organisations, Gino Gramaccia, professeur des Universités en Sciences de l’information et de la communication, pense ensemble trois modèles organisationnels : la gestion de la qualité, la conduite de projets et le management des connaissances autour de quatre temps paradigmatiques, afin d’interroger la pensée et les pratiques de coopération dans les organisations. La deuxième partie : Figures du récit déplace la réflexion sur les organisations vers la fonction symbolique des figures et des discours. Claudine Batazzi, maître de conférences en Sciences de l’information et de la communication, étudie l’efficacité symbolique du discours d’un homme de science et de politique, érigé en figure emblématique, sur la matérialisation d’une utopie territoriale et organisationnelle. Nicole D’Almeida, professeure des Universités en Sciences de l’information et de la communication, établit une typologie des récits qui produisent la valeur de l’organisation et façonnent des valeurs qui font de l’organisation une institution productrice de sens, qui prescrit des comportements et génère des liens entre l’individu et la collectivité de travail. Henri Alexis, maître de conférences en Sciences de l’information et de la communication, propose d’interroger en quoi et comment les activités des organisations orientent les interprétations des individus vers la constitution d’un sens commun et l’élaboration d’une culture d’entreprise. Ce questionnement se double d’une interrogation sur les effets en « retour » et de détournement de la mise en œuvre d’une culture partagée.

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nº 29 (« Communication, organisation, symboles »), 2008

La troisième partie explore différentes Formes symboliques. Pascal Lardellier, professeur des Universités en Sciences de l’information et de la communication, aiguise son regard critique sur l’altération des décodages des relations interpersonnelles dans la sphère des organisations ; ce travail de décryptage entraînant une déritualisation, une désymbolisation, une désociologisation des rapports sociaux. Céline Masoni Lacroix, chercheure en Sciences de l’information et de la communication, s’attache à saisir la création en tant que processus de transformation, en tant qu’activité formelle de production permettant de modéliser le devenir-forme, l’émergence de formes dans la culture et la société. Jean-Jacques Boutaud, professeur des Universités en Sciences de l’information et de la communication, et Mihaela Bonescu, chercheure dans la même discipline repèrent le déplacement de la convivialité vers de multiples sphères de la vie sociale. Son déploiement figuratif, sa conversion de valeur en figure sensible dessinent les contours symboliques de la convivialité au sein des organisations. La quatrième partie : Images et traces adopte une mise à distance de la sphère entrepreneuriale. Louise Merzeau, maître de conférences en Sciences de l’information et de la communication fait entrer en résonance l’effondrement généralisé de l’ordre symbolique et la question des traces que nous laissons sur les réseaux. Dépassant une analyse sémiotique ou discursive de la trace, elle révèle la dimension proprement symbolique d’indexation, d’agrégation et de régulation de la médiation technique. Anne-Sarah Le Meur, maître de conférences en art et multimédia, analyse sa pratique de création numérique des effets de couleur générés à partir d’un langage de programmation. Elle met à distance l’interprétation symbolique de ces effets, lui préférant la description des phénomènes lumineux et une approche de la programmation des changements de couleurs en tant qu’organisation dynamique. Les Hypothèses investissent le lien entre culture et société. Natacha Cyrulnik, docteure en Sciences de l’information et de la communication et chercheure dans cette même discipline, aborde les questions de communication sociale d’une activité artistique et d’organisation de la cité par le médium caméra. Elle décrit la construction de représentations que la méthode du documentaire de création produit, par la création et l’appropriation de symboles assurant un mieux-être au monde et à soimême. Michel Cals, professeur agrégé de lettres modernes, interroge le lien que la société entretient avec le sacré, en s’intéressant à l’organisation symbolique de la société autour des pratiques religieuses et des rites funéraires. Il observe l’empreinte de la statuaire dans les cimetières baroques et son éloquent discours de pierre destiné aux vivants.

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ENTRETIENS

La fonction symbolique créatrice de lien. Questions à Daniel Bougnoux et Michel Maffesoli
Claudine Batazzi & Céline Masoni Lacroix *
Université de Nice–Sophia-Antipolis & Laboratoire I3M (« Information, milieux, médias, médiations », ÉA3820)

Pour interroger les approches du symbolique, un philosophe et un sociologue discutent. Daniel Bougnoux, professeur émérite, formule une pensée historique et critique de la crise, de l’effondrement de la culture, et il établit ici une distinction entre symbolique et symbolisme. Michel Maffesoli, professeur de sociologie, posant le retour de l’immatériel, du symbolique, expose un mouvement de désenchantement–réenchantement.

Daniel Bougnoux : « Nous ne sommes pas inconditionnellement des animaux symboliques. »
Claudine Batazzi et Céline Masoni Lacroix. — Nous nous intéressons à l’opérativité du symbole, à la fonction symbolique créatrice de lien… entre le représentant sensible et le représenté intelligible, entre les hommes et les dieux, entre les hommes… En guise d’introduction, pouvez-vous éclairer le ou les sens du symbole, du symbolique, du symbolisme ? Daniel Bougnoux. — Je commencerai par dire qu’il y a un problème avec ce vieux concept de symbole ! Dans nos disciplines, autant en philo-

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batazzi@unice.fr

et celine.lacroix@unice.fr

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nº 29 (« Communication, organisation, symboles »), 2008

sophie qu’en sciences sociales, on peut quasiment constater un « tête-àqueue » dans l’utilisation de ce mot, qui désigne des choses très contradictoires. Chez Freud, et de manière claire, le monde symbolique est celui des pensées équivoques. Le rêve est symbolique parce qu’il n’accède pas au logos ; il existe donc plusieurs significations dans un même signifiant. Il peut être question de symbolique ou de la symbolique ou de symbolisme, chez Freud, mais déjà chez Hegel. Dans son Esthétique notamment, Hegel nous montre, par exemple, que le Sphinx des Égyptiens est le symbole du symbolisme lui-même ; en ce sens où le Sphinx est une tête d’homme qui émerge d’un corps de bête. On voit l’intellectualité humaine planer sur la bestialité. Mais elle ne fait qu’en émerger en y restant captive. Ainsi, la pensée logique, ou logicolangagière, la pensée humaine est encore emprisonnée dans le corps bestial, dans le corps sensible. Notez la beauté de cette parole hégélienne : « symbole du symbolisme même » ; cela signifie que les Égyptiens ont figuré, par le Sphinx, leur impuissance à traverser les figures en direction des concepts. Quand Œdipe, héros grec, renverse la sphinge égyptienne qui parle par énigmes, c’est la Grèce qui renverse l’Égypte ; c’est le logos qui dit la vérité des symboles. Ce que les Égyptiens cherchaient à tâtons dans leurs images mal dégrossies, les Grecs le formulent enfin clairement, logiquement. Hegel voit là une espèce de marche triomphale de l’esprit. Le soleil progresse d’est en ouest ; il commence par illuminer les Égyptiens puis se dirige vers la Grèce. C’est en Grèce que la Pensée se rencontre dans sa pureté, alors qu’en Égypte, elle était encore captive de significations confuses. Chaque fois que, dans le rêve ou dans l’art – puisque l’art est un rêve dans le contexte hégélien et freudien – nous avons des représentations, celles-ci ne se laissent pas traverser, fixer, ou éclairer par une pensée d’ordre conceptuel, c’est-à-dire décidable. Le propre du monde symbolique, pour Freud et Hegel, est d’être voué à des associations indéfinies. Ces ressources poétiques ou esthétiques ne relèvent ni de l’ordre du langage, ni de la pensée juste. Cette acception du symbolique désigne par ce mot la signification qui a plusieurs significations, empaquetées dans la même forme, le même signifiant, la même image… Ces significations sont vraisemblablement
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Questions à D. Bougnoux et M. Maffesoli

par C. Batazzi et C. Masoni Lacroix

indénombrables ; ce qui signifie aussi que la pensée n’est pas fixée par le symbolisme, qu’elle y demeure errante. Les poètes ou les écrivains peuvent être condamnés au nom de la science, ou au nom de la philosophie, qui énoncent toutes deux une pensée claire. Les poètes, quant à eux tâtonnent à travers des métaphores, des images, des approximations, des symboles… Tout ce qu’on peut dire de l’art, de la littérature, de la poésie, peut être répété indéfiniment ; ce qui s’énonce par symbole ne s’énonce pas clairement. Cette première acception fait du symbolique une pensée confuse. En revanche, dans l’usage proposé par Peirce et, au fond, repris par Lacan et bon nombre de psychanalystes, l’accès au symbolique veut dire l’accès au langage. L’ordre symbolique, chez Lévi-Strauss, est l’ordre des chaînes discursives, l’ordre logico-langagier. L’accès au symbolique (expression presque antagoniste d’un « accès au symbolisme ») est toujours accès à l’ordre du logos. C. Batazzi et C. Masoni Lacroix. — Tandis que vous nous dévoilez la deuxième acception du mot symbole, pouvez-nous préciser en quel sens le symbole peut être un outil des sciences de l’information et de la communication ? Quels processus communicationnels le fonctionnement symbolique peut-il, si ce n’est expliquer, illustrer en partie ? Daniel Bougnoux. — Chez Peirce, l’ordre symbolique est l’ordre des mots, et au-delà, peut-être, du numérique, c’est-à-dire de tous les signes qui fonctionnent par opposition, voire sur le mode binaire. Les mots sont secrètement articulés en eux (phonologiquement) comme entre eux, lexicalement, de façon binaire. Plus encore, il existe plusieurs mots pour découper une notion, selon que le paradigme notionnel est défini en tant que trésor du dictionnaire, à travers lequel une notion peut prendre telle ou telle nuance, telle acception, ou selon que l’on choisit tel paradigme plutôt que tel autre. Le propre du symbolique étant d’être inconscient, la langue fonctionne en nous, sans nous, nous la parlons sans en connaître convenablement les règles, pourtant nous les connaissons, puisque nous les appliquons en parlant. Le symbolisme signifie donc, avec cette deuxième acception, un effet, ou un ordre machinal. Le symbole est de l’ordre de la machine, souligne Lacan ; un effet machinal par lequel nous sommes structurés, à la fois socialement et mentalement.

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Accéder au symbolique, en psychanalyse, est passer de représentations confuses, comme les phobies, les désirs, les rêves, à une représentation, si ce n’est logique, pour le moins langagière. Accéder au symbolique est accéder au logos, accéder à la parole, et cela clarifie, dénoue, analyse, au sens étymologique de « analyse » qui veut dire délier. Délier les sens les uns des autres qui sont comme des grumeaux, des paquets, les sens fondus en nous, dans le symbolisme au sens hégélien et freudien. Il faut les délier, les faire accéder à une conscience claire. C’est ainsi que fonctionne l’ordre symbolique, au sens de Peirce ou de Lacan. « Tête-à-queue » étrange ; d’un côté le symbolisme veut dire pensée peutêtre irrémédiablement confuse. Il n’est, par exemple, nullement question de dire en clair, ce que la religion nous dit confusément, de la même façon en art… Alors que l’accès au symbolique chez Lacan ou Pierce, est l’accès à la pensée claire, linéaire. Le modèle du symbolique est alors la chaîne, la chaîne des réseaux, la chaîne des raisons logico-langagières, la chaîne des nombres éventuellement. Le numérique, évidemment, sera le paradigme même de l’ordre symbolique, avec la décomposition analytique des signes en les signaux les plus clairs, les plus distincts, c’est-à-dire les bits, l’information en 0 et 1. Le comble de la réduction symbolique du monde se niche dans les chaînes numériques. Toutes nos machines à communiquer, ordinateurs, télévisions, appareils téléphoniques, sont des machines symboliques au sens technique ou lacano-peircien du terme, c’est-à-dire des machines à décomposer les signaux en longues chaînes de 0 et de 1. Aucune représentation ne résiste à la mise en ligne de ces longues chaînes de 0 et de 1, qui analysent des textes, des images, des sons, des sensations tactiles… C. Batazzi et C. Masoni Lacroix. — Dans ce conflit du sens du symbolique, où vous situez-vous ? Daniel Bougnoux. — Si le symbolique possède une double acception, j’ai choisi l’acception lacano-peircienne. Accéder au symbolique est une formule intéressante pour exprimer que l’on tend vers un ordre qui à la fois nous domine et nous socialise, parce que rien n’est plus social que le langage. Entrer dans le symbolique, c’est quitter l’autisme, quitter la folie qu’on enferme, c’est quitter la solitude qui désespère, c’est entrer dans une relation basée sur l’ordre logico-langagier.

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Je tiens à préciser qu’il existe un troisième sens du mot symbole : la pièce d’argile que l’on casse en deux et dont les deux tessères s’emboîtent… Il s’agit de reconnaître qu’un contrat a été passé entre deux parties, deux amis ayant fait un jour le geste fraternel de rompre et de garder chacun la moitié qui s’emboîte dans l’autre pour illustrer leur union, leur relation. Étymologiquement, le symbole est ce qui met ensemble. Symballein, c’est jeter ensemble dans le même objet, le même moule. Inversement, dans diabolique, on retrouve la racine ballein, mais dans le sens où le diable, est celui qui divise. Diabolique est ce qui jette à part, en inversant le symbolique. Dans le symbolique, le sens de base est de mettre ensemble. Mais il y a bien des façons de mettre ensemble. Selon la confusion onirique, artistique, ou religieuse : mettre les sens ensemble dans une même image, ou représentation ; c’est le symbolisme au sens freudien, ou bien c’est relier dans une longue chaîne de réseau sous l’autorité de la logique et du langage. C. Batazzi et C. Masoni Lacroix. — Face à la crise de la représentation, pour reprendre le titre de votre ouvrage, face aux « effondrements symboliques », une persistance du symbole peut-elle être dévoilée ? Daniel Bougnoux. — On appellera « effondrement symbolique » le fait de ne pas accéder à cet ordre logico-langagier qui possède à la fois des effets négatifs et des effets très positifs. Au fond, la langue est un dressage et on ne peut s’y tenir très longtemps. Si on parle plusieurs heures, on commence à être fatigué comme locuteur, et comme auditeur, qui fait le même travail de mise en chaîne de l’attention que le locuteur de mise en chaîne de ses paroles. Nous dormons un tiers de notre vie, et dormir est régresser à un niveau absolument asymbolique de la pensée. Asymbolique au sens logicolangagier. Le rêve ne forme pas d’idées opposables, d’idées claires et distinctes, peut-être forme-t-il des symboles ? Mais non des chaînes symboliques au sens logico-langagier. L’exemple du rêve, qu’il faut toujours avoir en tête lorsqu’on pense à la communication, montre à quel point « le symbolique » a un coût psychique. Il s’agit d’un dressage, d’un forçage de notre être anarchique, bestial, pulsionnel. Accéder au symbolique est accéder à la propreté dans tous les sens du mot. La propreté des mots, la propreté du corps, droit, hygiénique, social, un corps qui rencontre d’autres corps sur le mode de la politesse, du langage, de la société. Tout cela constitue un dressage qui s’apprend. Il y a des break-down, des effondrements, des crises inhérentes à ce dressage. Chaque nuit, nous
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refusons cette station droite, cet ordre verbal, cette pensée logique, cette position oppositionnelle. Nous devenons fusionnels, poreux, gazeux, vagabonds, asociaux, autistes, etc., et c’est le sommeil. C’est aussi l’envers du symbolique. L’effondrement symbolique signifie que les mots nous coûtent ; un des plaisirs que peuvent proposer les communications de masse ou les industries culturelles en général est d’échapper momentanément à ce dressage. On observe aujourd’hui des courts-circuits de la forme logico-langagière « exigeante » par des « minis » effondrements symboliques. On assiste à une érosion des formes hautes de la communication au nom d’une démocratie participative de base, c’est-à-dire massifiante. Il y a toute une rhétorique de la moindre performance langagière pour être davantage au contact, pour ne pas paraître supérieur… C’est une rhétorique, un jeu communicationnel, un jeu de bascule, puisqu’il se joue entre deux états possibles de la communication par les gens qui maîtrisent les deux faces. Mais ce jeu se joue au détriment des formes plus articulées, plus logico-langagières de la culture. La démocratie peut avoir pour effet négatif de lisser les formes hautes du débat. De même, si l’on considère l’idée de rapprochement populaire ; il y a, au nom de la relation, une force agglutinante, une force de liaison de base, c’est-à-dire des courts circuits vis-à-vis des formes logico-langagières que l’on peut déplorer. L’effondrement du langage, des formes hautes du langage, se fait au profit de formes immédiates de communication. Lors d’une finale de tennis, par exemple, des millions de personnes font le même geste synchrone avec la tête au même moment. La communication de masse moderne parvient à synchroniser les corps, l’adrénaline, l’émotion, les représentations mentales… à une échelle inaccomplie jusqu’à présent, même si cela ne dure que le temps des grands rassemblements sportifs. La forme est toujours une élaboration secondaire par rapport à la force qui est la pulsion ou la dynamique physique, énergétique ou contagieuse des corps entre eux ou des hommes entre eux qui tendent à faire masse. Le processus symbolique, éducatif, tend à isoler, à individualiser les hommes. Nous sommes constamment polarisés ou tiraillés entre ces deux performances communicationnelles, qui sont la relation forte, énergétique, massifiante, et l’éducation, les gardiens du symbolique qui rappellent à l’individu son destin d’Homo Erectus Sapiens. Il faut rester debout, il faut parler, il faut penser, il faut s’affirmer comme individu responsable, lucide et critique. La fonction critique suppose des investissements très lourds du côté de l’école, de la culture et même
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