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Communication politique et développement en Côte d'Ivoire

De
234 pages
Après son indépendance en 1960, sous la présidence d'Houphouët-Boigny, la Côte d'Ivoire a longtemps développé une communication politique qui lui a permis de devenir un "pays d'hospitalité et de prospérité". Depuis le décès de celui-ci, les rivalités politiques liées à son héritage ont plongé le pays dans le chaos, la communication politique prenant la voix de la violence. Le retour de la Côte d'Ivoire sur la scène internationale passe par une communication qui épouse les idées de rassemblement et de cohésion sociale pour relancer le développement du pays.
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SOMMAIRE PREFACES ....................................................................... 9 AVANT-PROPOS........................................................... 13 INTRODUCTION ........................................................... 15 I / APPROCHE COGNITIVE DE LA NOTION ........... 16
I-1-Qu’est-ce que la communication ?.................................... 16 I-2-Qu’est-ce que la communication politique ? ....................17 I-3-Qu’est-ce que la communication politique en Côte d’Ivoire ? ............................................................20 I-4-Ce que la communication politique en Côte d’Ivoire n’est pas ........................................................... 33

II / LA COMMUNICATION POLITIQUE DE LA CÔTE D’IVOIRE A L’EPOQUE COLONIALE ............................................................... 41
II-1-La conférence de Berlin ................................................. 41 II-2-La colonisation française ................................................43 II-3-La conférence de Brazzaville ...........................................44 II-4-La Loi-cadre ...................................................................46

III / LA COMMUNICATION POLITIQUE NATIONALE ............................................................... 47
III-1-La communication politique qui entoure le président de la République et l’activité gouvernementale.............47 III-2-La représentation de l’Etat ............................................. 62 III-3-La communication des collectivités locales ..................68 III-4-La géopolitique ............................................................. 70

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IV / LA COMMUNICATION POLITIQUE DU PEUPLE............................................................. 75
IV-1-Les formations politiques................................................76 IV-2-La société civile ............................................................. 81 IV-3-Les espaces de libre opinion ..........................................88 IV-4-Le vote ...........................................................................96

V / LA COMMUNICATION POLITIQUE DE LA CÔTE D’IVOIRE ET LES RELATIONS INTERNATIONALES .......................................... 100
V-1-La diplomatie ivoirienne ............................................... 100 V-2-La communauté internationale non africaine .................107 V-3-La communauté internationale africaine ......................114 V-4-La diaspora ivoirienne................................................... 119

VI / LA STRATEGIE DE COMMUNICATION POLITIQUE DES QUATRE PREMIERS CHEFS D’ETAT .................................................... 124
VI-1-Le président Félix Houphouët-Boigny ........................ 125 VI-2-Le président Henri Konan Bédié ..................................127 VI-3-Le général Robert Guéï ................................................130 VI-4-Le président Laurent Gbagbo........................................132

VII / LE DISCOURS POLITIQUE ............................... 135
VII-1-Le contexte et le contenu du discours politique............135 VII-2-L’armée au cœur du débat politique ............................143 VII-3-La communication politique culturelle ......................147 VII-4-Le langage de la loi et de la violence .........................157

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VIII / LES MEDIAS AU CŒUR DE LA COMMUNICATION POLITIQUE................. 163
VIII-1-Les médias nationaux ................................................164 VIII-2-Les médias internationaux ........................................ 172 VIII-3-Le principe de la non-transparence des médias..........176 VIII-4-Les organes de régulation et d’autorégulation des médias ............................................................... 181

IX / LA COMMUNICATION POLITIQUE EN PERIODE ELECTORALE ................................... 185
IX-1-Le temps et l’espace politiques ................................... 185 IX-2-Le marketing politique..................................................189 IX-3-La publicité politique ..................................................193 IX-4-Les campagnes électorales ......................................... 197

X / LA COMMUNICATION POLITIQUE ET LE DEVELOPPEMENT DE LA CÔTE D’IVOIRE ...................................... 200
X-1-La sociologie de la communication politique et le développement de la Côte d’Ivoire .........................200 X-2-La communication politique et le développement économique de la Côte d’Ivoire......................................203 X-3-La communication politique et le développement social de la Côte d’Ivoire ............................................. 206 X-4-La communication politique et le développement de proximité de la Côte d’Ivoire ................................... 209

CONCLUSION.............................................................. 213 DEFINITION DES SIGLES ET ABREVIATIONS ..... 215 BIBLIOGRAPHIE......................................................... 219 ANNEXES..................................................................... 221 7

PREFACE 1
La communication, surtout en son articulation avec le développement et la politique est devenue objet de science, et c’est bien ainsi. Mais il faut que la science se nourrisse de débats, de contradictions, de regards de spécialistes et experts, mais aussi de critiques d’observateurs sans prétention. Gilbert TOPPE aiguille ses propres pas vers l’expertise en communication politique. « Communication politique et développement de la Côte d’Ivoire » est une somme de réflexions qu’il verse au débat sur ce qu’il définit lui-même comme « une science qui est au cœur de l’évolution de la société humaine en ce sens qu’elle est ancrée dans toutes les activités de l’homme (…) Un ensemble de phénomènes concernant la possibilité pour un sujet de transmettre ou de recevoir une information provenant d’un autre sujet, par le langage articulé ou par d’autres codes. » Que vient donc faire la communication telle que définie par Gilbert TOPPE dans le développement de la Côte d’Ivoire ? L’auteur répond en assurant que « dans une société moderne comme la Côte d’Ivoire, elle est associée à l’évolution de la démocratie car elle fait circuler des informations, des idées et des attitudes entre tous les citoyens de la société, qu’ils soient libres ou captifs… ». L’intérêt de l’étude commise par Gilbert TOPPE réside, au-delà des approches définitionnelles, dans l’étendue du champ qu’il laboure. Quand on referme les plus de deux cent pages de « Communication politique et développement de la Côte d’Ivoire », on est assuré de s’être enrichi de plusieurs enseignements, dont deux retiennent particulièrement l’attention. D’abord, l’apport de la communication politique au rayonnement diplomatique de la Côte d’Ivoire. L’image est un puissant moyen de domination et de représentation. L’échiquier politique international est un théâtre des apparences. Et la grave crise vécue par la Côte d’Ivoire depuis le début du 21e siècle a agi comme un révélateur en photographie. Elle a permis de prendre la mesure du déficit de la communication institutionnelle du pays, l’absence dune stratégie de communication cohérente et logique. Ensuite, le rôle des médias

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dans la communication politique. A ce sujet, voilà, entre autres, ce que soutient l’auteur : « Ils (les médias) sont de par leur importance des acteurs majeurs de la communication publique, car ils lui donnent leur langage, leur esthétique et leurs choix par la diffusion des informations sur toute l’étendue du territoire national, c’est-à-dire dans l’espace public. » La littérature consacrée à la communication politique et le développement de la Côte d’Ivoire n’est pas encore abondante. Quelques études parcellaires existent. Des mémoires d’études universitaires aussi. Mais tout cela relève du défrichage. Le travail de Gilbert TOPPE n’est pas forcément œuvre de pionnier, mais il offre l’avantage d’approfondir certaines questions qui ne sont pas des moindres. Il est donc une contribution de qualité et pourquoi pas majeure aux nombreux questionnements que suscitent les sciences de la communication ou la communication tout court. Il n’est donc pas inutile de souhaiter avec l’auteur, que le débat ainsi enrichi s’élargisse. L’auteur lui-même devra pouvoir continuer à jeter aux mille vents ses réflexions, et, comme le laboureur, reprendre plus tard les sillons là où il a laissé la daba. La communication est un vaste domaine qu’un seul livre ne suffit pas à cerner. En capitalisant lui-même ce qu’il donne aux autres, ses autres œuvres sur la communication n’en sera que davantage meilleur. ZIO Moussa Journaliste, président de l’Observatoire de la liberté de la presse, de l’éthique et de la déontologie (OLPED).

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PREFACE 2
Ah ! Quelle politique ? Et quelle communication pour le développement économique et social de la Côte d’Ivoire ? Acceptez ces interrogations, chers lecteurs. L’auteur s’interroge, du moins l’on s’interroge. Ce présent ouvrage n’est pas comme tant d’autres. Ce n’est ni l’analyse d’un sociologue de l’économie et du développement ou d’un économiste tout court, ni le témoignage d’un acteur de premier plan des reformes en Côte d’Ivoire. Mais il s’agit d’un fonctionnaire journaliste de son état, qui fait une approche du discours social de son pays, depuis les origines de la communication politique à nos jours. Bien qu’il soit jeune, l’expérience de l’auteur s’est développée au cours de sa carrière dans l’administration, d’abord en qualité de journaliste à l’Agence ivoirienne de presse (AIP), où il s’est beaucoup frotté avec la vie politique de son pays à tous les niveaux, notamment avec la couverture médiatique des activités du président de la République, puis quelques années plus tard, avec son passage au du ministère de la Communication. On ne s’étonne donc pas de voir que l’ouvrage n’a naturellement pas ignoré les grandes questions macroéconomiques que la Côte d’Ivoire a eues et a encore à résoudre. Ce texte est une étude très originale qui rompt avec les pratiques traditionnelles de recherche. Tout en procédant à une réflexion sociologique sur les étapes politiques qui ont conduit aujourd’hui à la paupérisation des populations ivoiriennes, l’auteur fait un usage remarquable de la méthode directe des interviews grâce à laquelle, il est parvenu à prendre le pouls de la population. Cette méthode des interviews lui a permis de rendre compte dans un style journalistique, de la manière dont les Ivoiriens perçoivent les problèmes sociaux, économiques et politiques de la Côte d’Ivoire. L’auteur a traité le paradoxe de la situation sociale ivoirienne dans une perspective politique et historique et a fait une analyse avec un grand souci pédagogique de simplicité. Cependant, si l’expression

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reste toujours modérée, la pensée n’en est pas moins refondatrice. Au demeurant, la communication politique telle que décrite dans l’ouvrage, témoigne de la nécessité de conduire des programmes de développement, mieux, des projets de société dans un cadre macropolitique stable à condition que les mutations voulues soient adaptées à la spécificité sociologique de la Côte d’Ivoire, en un mot, aux racines historiques et culturelles, à la géographie et aux contraintes politiques de la Côte d’Ivoire. Le souhait de l’auteur est ici d’apporter une modeste contribution au débat sur des questions aussi vitales pour la survie des populations ivoiriennes. Il espère ainsi re-poser avec un regard nouveau, la problématique du développement de son pays dont la solution réside dans une communication politique vraie, mieux, dans la quête permanente de la vérité, dans un monde politique où il y a beaucoup de mensonges. Abou Béchir DJANDE LORNG Administrateur civil, expert financier, sociologue de l’économie et du développement.

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AVANT-PROPOS
L’initiative d’écrire ce livre vient du constat de l’enlisement du processus de développement de la Côte d’Ivoire depuis au moins deux décennies, alors que la communication politique du pays, jadis favorable à ce processus, s’est hissée sur le terrain de la violence, de la corruption, de la division, toutes choses qui affectent les hypothèses de développement du pays, pourtant considéré comme potentiellement riche. Dans ce contexte, comment faire en sorte que la communication politique puisse se débarrasser de ses démembrements qui sont de nature à nuire au développement du pays, en prônant un dialogue politique fécond et favorable à cette notion de développement. D’autre part, quel visage présente les médias en activité en Côte d’Ivoire et quelle place occupe t-ils dans le champ de la communication politique et dans le processus de développement du pays ? Aujourd’hui, il faut bien admettre que la communication politique est devenue en Côte d’Ivoire la forme de communication la plus importante, étant donné que toutes les couches socioprofessionnelles l’utilisent dans le quotidien de leur vie. Elle est devenue ces dernières années plus importante et plus perceptible en Côte d’Ivoire en raison de la situation de crise (politique, économique, militaire et sociale) que connaît le pays. L’objectif poursuivi dans ce livre, est de présenter la pratique de la communication politique en Côte d’Ivoire et d’attirer l’attention des lecteurs, sur le fait qu’elle peut et doit être exclusivement un instrument de développement au service de la Côte d’Ivoire.

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INTRODUCTION
Cette partie du territoire africain qui est devenue par la suite la Côte d’Ivoire, a acquis son indépendance de la France en 1960, après plus d’un demi-siècle de colonisation. Les institutions de la République de Côte d’Ivoire (RCI) se sont aussitôt mises en place, en prenant appui sur une communication politique qui prend sa source dans cette longue période coloniale française, elle-même héritée de la conférence de Berlin. Un des principaux acteurs ou artisans de cette communication politique de la Côte d’Ivoire, est le président Félix Houphouët-Boigny (FHB) qui régna sur le pays pendant plus de trois décennies (1960-1993). Celui-ci a réussi grâce à une communication politique singulière, car plus maîtrisée et plus contrôlée, à hisser le pays au rang de leader de la sousrégion ouest-africaine dans ‘‘la paix et dans la stabilité’’. Mais au fil des années, notamment après le décès du président, les problèmes politiques qui sont nés à la suite de sa succession, ont entraîné la communication politique du pays sur des terrains autres que ceux du développement et de l’unité nationale, à telle enseigne que l’image du pays s’est trouvée ternie, obscurcie, dégradée. Et comme cette situation dévalorisante de la Côte d’Ivoire ne peut indéfiniment restée telle, la communication politique a été à nouveau mise à rude contribution pour remettre le pays sur le chemin du travail et du développement. Cet exercice à la fois intellectuel et politique, doit chaque fois que nécessaire passer par des élections transparentes et non contestées, par l’union de tous les Ivoiriens autour des valeurs républicaines du pays, comme le respect des lois, des autres, de la chose publique... Le retour de la Côte d’Ivoire sur le chemin de son développement devra désormais se confirmer non plus seulement par un programme de gouvernement bien élaboré des acteurs politiques au pouvoir, mais aussi et surtout, par une bonne stratégie de communication que ceux-ci devront mettre en place, en s’appuyant bien évidemment sur les enjeux de médias qui doivent être pluriels, professionnels et indépendants pour le bien de tous. Ce retour devra également être certifié par la promotion permanente des principes de la cohésion sociale, avec l’appui non estimable de la communication politique qui doit demeurer à jamais aux côtés de

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cet air de changement positif pour une vie paisible en Côte d’Ivoire.

I/ APPROCHE COGNITIVE DE LA NOTION
La communication est une science qui est au cœur de l’évolution de la société humaine en ce sens qu’elle est ancrée dans toutes les activités de l’homme. De nos jours, eu égard à l’évolution technologique, il serait difficile de vouloir lui attribuer une définition. Toutefois, étant donné qu’elle fait l’objet de notre étude, il est nécessaire de lui donner un sens et une orientation, en vue de permettre aux lecteurs d’appréhender la portée de notre travail, axé sur la communication, ses démembrements politiques et surtout leurs effets sur le développement de la Côte d’Ivoire. Ces tentatives de définition de la communication politique sont donc des points de vue afin de permettre aux lecteurs de mieux comprendre le sens de cette réflexion sur la communication politique et son impact sur le développement de la Côte d’Ivoire.

I-1-Qu’est-ce que la communication ?
Dans son sens étymologique, la communication est l’ensemble des phénomènes concernant la possibilité pour un sujet de transmettre ou de recevoir une information provenant d’un autre sujet, par le langage articulé ou par d’autres codes. Dans une société moderne comme la Côte d’Ivoire, elle est associée à l’évolution de la démocratie, car elle fait circuler des informations, des idées et des attitudes entre tous les citoyens de la société, qu’ils soient libres ou captifs, qu’ils soient riches ou pauvres, qu’ils soient hommes ou femmes, qu’ils soient chrétiens ou musulmans, qu’ils soient du Nord ou du Sud, qu’ils soient acteurs politiques ou acteurs de la société civile... Cette circulation et cet échange d’informations ont deux dimensions : l’une interpersonnelle et l’autre médiatique. La dimension interpersonnelle concerne la communication qui existe entre les individus à un niveau local et son influence peut avoir un impact moindre. La dimension médiatique pour sa part,

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met en scène dans un espace public relativement large, hétérogène et anonyme, les acteurs qui s’expriment au nom des institutions et des logiques collectives, susceptibles d’engager la société tout entière. Elle utilise comme supports, l’ensemble des médias de masse, qui des médias écrits (collecte, traitement et diffusion du texte et de l’image) aux médias audiovisuels (collecte, traitement et diffusion du son et de l’image), ont considérablement contribué à l’évolution de cette science qui de plus en plus, est incontournable dans les relations humaines, à tous les niveaux de la société et dans tous les secteurs d’activités. Cette importance capitale et graduelle que représente la communication d’une façon générale dans la vie de l’homme, s’oriente vers plusieurs faits remarquables. Il s’agit surtout des valeurs, symboles et représentations qui organisent le fonctionnement de l’espace public à partir d’un certain nombre d’actions comme les discours, les rencontres de tout genre, les grèves, les manifestations... Bref, les problèmes de la cité ou en d’autres termes, les problèmes politiques. Cette orientation que prend la communication dans la société, conduit à la rapprocher de la politique et ainsi, à parler de la communication politique.

I-2-Qu’est-ce que la communication politique ?
La communication politique est à l’instar de la communication elle-même, un échange d’informations qui réside entre gouvernants et gouvernés, entre gouvernants et électorat, entre majorité et opposition mais aussi, entre les citoyens eux-mêmes, puisqu’on parle aussi de communication interpersonnelle. Elle désigne à cet effet, toute communication qui a pour objet la politique tant qu’elle développe la discussion tactique dans l’espace public et privé et légitime les arguments des acteurs politiques qui interviennent dans les débats d’une façon ou d’une autre. Elle s’intéresse également aux rôles des médias de masse (journaux, radio, télévision, Internet, cinéma...). Ces médias font partie intégrante de la vie de tous les citoyens et personne ne semble pouvoir leur échapper tant leur présence est omniprésente dans la formation de l’opinion

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publique1, puis à leur influence sur la vie politique. De ce fait, la communication politique est organisée par trois principaux acteurs, qui sont les politiques, les professionnels de la communication et les citoyens qui par le biais de l’opinion publique, jugent, condamnent, acceptent ou réfutent les acteurs publics ou leurs pratiques dans la cité. Ce triangle qui se forme à partir des personnages essentiels de la communication politique, est le moteur véritable de la démocratie, puisque c’est à partir de la contribution de toutes ces personnes qui ont la parole politique dans la société, que celle-ci (la démocratie) avance ou recule dans un pays. Dans ce processus de communication comme dans toutes les formes de communication, il y a un émetteur, constitué par les gouvernants et un récepteur, par les gouvernés. C’est donc dans cette ambiance d’échanges d’informations et de dynamisme de rapports entre gouvernants et gouvernés que l’on parle de communication politique. La communication politique s’apprécie à partir de moyens formels, comme l’allocution du président de la République, les séminaires... ou de moyens informels, notamment les sit-in, les intimidations, les tracts à caractère politique, les groupes religieux, de femmes... Sur le plan de la forme, la communication politique n’est pas seulement linguistique car elle peut être gestuelle (position assise ou débout et l’ensemble des gestes que peut développer une personne qui émet un discours) et même musicale. Quelle que soit la forme utilisée par la communication politique, ce sont les conséquences ou les effets directs, médiats ou immédiats qu’elle peut avoir sur le système politique en place qui méritent d’être retenus et appréciés. La réaction d’un régime politique peut intervenir lorsqu’un citoyen ou un groupe de citoyens est mécontent des décisions prises par le gouvernement en place, va tenter d’agir sur le système politique pour en obtenir la modification, la suspension ou l’annulation pure et simple. Si la
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En Côte d’Ivoire, les médias jouent un rôle important dans la formation de l’opinion publique, car lorsqu’une information est distillée dans les médias, elle fait souvent figure de vérité absolue dans l’opinion publique et il est difficile de faire admettre l’idée contraire.

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revendication est légitime et qu’en plus de cela il y a une pression sur le gouvernement, la communication doit permettre leur prise en compte par les gouvernants. Inversement, ces derniers disposent de la communication politique pour faire adopter les décisions prises, soit par des séances d’explication, soit par l’usage de la force2. La communication politique assure donc une fonction d’adéquation entre les citoyens et ceux qui les gouvernent et de ce fait, favorise un rapprochement ou un dialogue entre ceux-ci, par un échange de messages, des rencontres... En d’autres termes, dans le processus de communication politique, les gouvernants accèdent aux souhaits, demandes et exigences des gouvernés. Ces derniers doivent accepter à leur tour, les décisions plus ou moins contraignantes prises par les gouvernants pour la bonne marche de la nation. L’existence de la communication politique dans ce cas d’espèce, a toute son importance, parce que si son fonctionnement n’est pas correctement assuré, elle peut déboucher sur des pratiques comme la propagande qui est totalement différente de la communication politique, à la fois dans sa forme et dans son fonctionnement. Cela se justifie en ce sens que les fins de la propagande visent à amener les citoyens à adhérer à sa cause. De plus, elle est un instrument de pédagogie politique, puisqu’elle est utilisée pour démoraliser l’adversaire politique en vue de mobiliser ses propres soutiens. Ce faisant, elle a souvent recours au mensonge, au truquage, à l’affabulation, à la calomnie, à la rumeur et à la désinformation. Lorsque la légitimité d’un régime est contestée, celui-ci peut avoir recours à la propagande, non seulement pour demeurer au pouvoir mais aussi et surtout, pour répondre à ses détracteurs. Elle représente en quelque sorte une dimension dévaluée, dévalorisée de la communication politique. Elle demeure cependant un aspect important de l’exercice du pouvoir, vu qu’elle a des méthodes qui conduisent à l’hypothèse selon laquelle, la communication politique et la propagande légitiment le pouvoir d’Etat. La communication politique a aussi un lien avec la laïcité de l’Etat, laïcité entendue comme régime de la séparation. En effet, laïciser,
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Réquisition de la police, de la gendarmerie…par les gouvernants.

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c’est couper en deux, c’est séparer. Séparer le civil du militaire, le politique de l’administratif, la religion de l’Etat, la société civile de la société politique, le public du privé, de telle sorte que l’on arrive à faire la distinction entre les faits qui relèvent de la communication politique et ceux qui relèvent d’autres types de communication, singulièrement la communication économique, la communication sociale ou la communication religieuse. Cette distinction qui s’apprécie surtout au niveau où la communication politique se veut d’abord et avant tout comme une communication que l’on utilise pour conquérir le pouvoir d’Etat et/ou pour l’exercer ou encore pour le conserver. Voila pourquoi elle est essentiellement axée sur les rapports entre gouvernants et gouvernés, alors que les autres formes de communication susindiquées, ne visent pas tout cela. Toutes ces orientations que donne de voir la communication politique, se retrouvent dans la manière dont cette science est pratiquée en Côte d’Ivoire, depuis l’installation de l’administration coloniale jusqu’à nos jours.

I-3-Qu’est-ce que la communication politique en Côte d’Ivoire ?
La pratique de la communication politique en Côte d’Ivoire fut le fait de l’administration coloniale et des populations indigènes jusqu’à l’indépendance en 1960, et elle s’est poursuivie jusqu’aujourd’hui. Cela a consisté à organiser la vie sociale et politique entre les colons et les indigènes. Après cette période, elle est passée aux mains de l’Etat de Côte d’Ivoire, des acteurs politiques et de l’ensemble des citoyens ivoiriens. En effet, depuis son existence, l’Etat de Côte d’Ivoire assure la communication politique par la formation et l’éducation des citoyens dès leur bas âge, à travers des programmes de formation scolaire qui s’appuient sur l’instruction civique et morale. Ces programmes permettent à tout citoyen de connaître et de respecter les armoiries de la République qui sont composées de l'Eléphant, de deux Palmiers et d'un Soleil levant. L'Eléphant est le plus gros et le plus fort des animaux de la faune de cette région dont l'ivoire a inspiré le nom

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du pays. L'emblème de la Côte d'Ivoire est le drapeau tricolore, Orange, Blanc, Vert, en bandes verticales de même largeur. Les armoiries figurent sur tous les documents officiels de la République. Le salut aux couleurs qui a régulièrement lieu dans les écoles primaires, les collèges, les lycées et lors des cérémonies officielles, constitue une occasion de ralliement des Ivoiriens, au nom de leur Nation que symbolise le drapeau. C'est donc dans une attitude de respect pour leur pays et de communion avec tous les autres compatriotes que les Ivoiriens doivent toujours participer avec une fierté incalculable à ces cérémonies qui consacrent une communication politique entre eux et leur patrie, la Côte d’Ivoire. L’Etat assure aussi la communication politique par la représentation de son administration, tant au niveau national qu’au plan international. Sur l’échiquier international, la Côte d’Ivoire communique politiquement par le biais de ses participations aux rencontres internationales, par ses représentations diplomatiques et consulaires dans les autres pays du monde et dans les organisations internationales. Mais elle communique également et surtout par les représentations diplomatiques étrangères en Côte d’Ivoire. Au plan national, la communication politique de la Côte d’Ivoire paraît plus accrue parce qu’elle engage de plus près le citoyen ivoirien et tous ceux qui font l’amitié de vivre avec les Ivoiriens sur leur sol. Il y a la représentation nationale de l’Etat par son administration et par ses démembrements (les mairies, les conseils généraux, les préfectures, les sous-préfectures...) qui fondent les rapports entre l’Etat et tous les citoyens vivant en Côte d’Ivoire. Il y a aussi les rapports entre l’Etat et les partis et groupements politiques et cela depuis le retour du multipartisme en Côte d’Ivoire au début des années 903. Quand on étudie par exemple le contenu de la communication politique qui découle des rapports entre l’Etat et les partis et
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Le multipartisme a été institué en Côte d’Ivoire le 30 avril 1990 par le président Félix Houphouët-Boigny, président de la République et président du PDCI-RDA, parti-Etat. Il y avait 14 partis politiques dont le FPI. Depuis lors, les rapports entre ce parti, les tenants du pouvoir et les autres partis politiques, ont été régulièrement émaillés de violence jusqu’en 2000, date de l’élection de Laurent Gbagbo, chef de ce parti à la présidence de la République.

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formations politiques depuis ces années jusqu’à nos jours, l’on se rend compte que ces rapports sont souvent dominés par la force, la défiance et la violence. C’est par exemple le cas des évènements de février 19924, où des militants de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI) et du Front populaire ivoirien (FPI), principal parti d’opposition, dirigé alors par le Pr. Laurent Gbagbo, avaient été arrêtés. Toutes ces arrestations ont eu lieu à la suite de deux manifestations qui avaient été organisées pour protester contre le refus du premier président de la République, Félix Houphouët-Boigny de tenir compte des conclusions d'une enquête concernant les brutalités dont se serait rendue coupable, l'armée ivoirienne, en mai 1991, lors d'une intervention dans la cité universitaire de Yopougon à Abidjan. Selon le rapport de la commission d'enquête, bien qu'aucun décès n'ait été déploré, les soldats des Forces armées nationales de Côte d’Ivoire (FANCI) avaient frappé des étudiants et violés des étudiantes. Les membres de la commission d’enquête ont recommandé aux autorités ivoiriennes de sanctionner Robert Gueï, chef d'état-major des FANCI, promu général peu après cette action controversée, pour avoir donné l'ordre à ses troupes d'intervenir contre les étudiants. Après avoir rendu public en janvier 1992 les conclusions de la commission d’enquête, le président Félix Houphouët-Boigny s'est refusé à prendre des sanctions contre Robert Gueï, arguant que celui-ci était le meilleur chef militaire du pays et que toute mesure prise à son encontre, risquait de diviser l'armée. Il avait publiquement réaffirmé sa confiance à son chef d'état-major, garantissant ainsi à ce dernier et à un certain nombre d'autres militaires, une totale impunité pour les violations des droits de l'homme commises en mai 1991 (pourtant passibles de sanctions aux termes de la loi ivoirienne). Martial Ahipeaud, Secrétaire général de la FESCI et plusieurs autres membres de cette organisation ont été arrêtés après la première manifestation qui s'est déroulée le 13 février 1992. Un second mouvement de protestation organisé par le FPI a eu lieu le
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Les évènements de février 1992 ont occasionné au moins 77 prisonniers, dont le Professeur Laurent Gbagbo, alors Secrétaire général du FPI et plus de 250 interpellés.

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18 du même mois, au cours duquel, les manifestants demandaient en outre, la libération des étudiants emprisonnés. Les deux manifestations ont débuté dans le calme, mais elles ont toutes deux dégénéré en émeutes et se sont soldées par des dégâts matériels. Certaines personnes ont affirmé que les violences avaient été le fait d'agents provocateurs. Il est apparu clairement que les organisateurs des manifestations n'avaient été à aucun moment impliqués dans les violences et qu'ils n'en avaient pas non plus été les instigateurs. Les autorités ont néanmoins tenu ces organisateurs pour responsables des débordements. Les personnes condamnées par la justice ont été reconnues coupables d'être les co-auteurs des violences et des déprédations commises, aux termes de l'article 26 du Code pénal, qui sanctionne les délits de complicité ou de communauté d’intension. Toutefois, aucune preuve n'a été apportée de la participation directe des personnes condamnées à des actes de violence ou de vandalisme. Certains des prévenus ont indiqué n'avoir jamais été présents sur le lieu de la manifestation qui a entraîné ces émeutes et ces débordements déplorables. Au regard de cette situation et surtout pour prévenir des manifestations similaires, le gouvernement dirigé par le Premier ministre Alassane Dramane Ouattara a fait voter une loi appelée ‘‘loi anti-casseurs’’, qui devait désormais punir toute personne qui organiserait une manifestation qui entraînerait des casses. En application de cette loi, quelques années plus tard, la quasi-totalité de la direction du Rassemblement des républicains (RDR) dont Henriette Dagri Diabaté, Secrétaire générale et certains autres militants, ont été emprisonnés en octobre 1999 sous le régime du président Henri Konan Bédié, pour avoir organisé une marche pour dénoncer les violences dont est victime ce parti. En effet, cette marche a entraîné de nombreuses casses, précisément dans la commune d’Abobo5. Un bilan officiel de 85 morts et de plusieurs autres portés disparus a été dressé par les autorités. Toujours au compte de la communication politique entre l’Etat et les formations et groupements politiques qui sont régulièrement émaillés de violence, en 1995, lors des élections générales en Côte
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District d’Abidjan.

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