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Compiègne, la forêt, et Pierrefonds

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112 pages

NOUS ne pouvons assigner une date bien précise a fondation de Compiègne. La première mention qui en soit faite dans l’histoire remonte au règne de Clovis, sous lequel cette ville, selon Grégoire de Tours, était déjà considérée comme cité royale (urbs regia). Cette qualité prouve incontestablement que Compiègne avait déjà quelque importance dans ces premiers temps de notre monarchie. Il faut donc, pour arriver à sa fondation, remonter plus haut dans l’histoire.

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À propos de Collection XIX

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Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

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Charles Pérint

Compiègne, la forêt, et Pierrefonds

Nous vivons dans un siècle où la manie des investigations et des recherches historiques a pris un développement qui menace de devenir alarmant ; en effet, il n’est si petite ville en France, si pauvre village, si chétif hameau qui n’ait aujourd’hui son archéologue émérite, son historiographe plus ou moins éloquent. Il semble que le présent ne suffise plus pour satisfaire la curiosité, ou pour exciter l’intérêt. On fouille le passé, on recherche avec empressement les traditions locales, on interroge les monuments, on compulse les in-folios dépositaires vermoulus des faits accomplis jadis. C’est de toutes parts une ardeur, une émulation archéologique, qui commence avec la bonne foi, mais qui finit souvent avec les conjectures et l’incertitude ; car il faut à tout prix trouver à la ville où l’on est né, et dans laquelle on a ses sympathies et ses habitudes, quelque titre au respect des étrangers qui la visitent ; il faut, bon gré malgré, lui donner un vernis quelconque d’antiquité et d’illustration. Des avantages réels d’une ville, de ses usines, de son commerce, de sa position et de son importance, on en fait peu de cas de nos jours : ce que l’on possède n’a guères de prix en comparaison de ce qui n’existe plus.

 

Et puis dans les localités qui sont fréquemment visitées par des étrangers, on écrit beaucoup pour eux, et peu pour ses concitoyens. Or le touriste ne se soucie que médiocrement des usines et des manufactures : il lui faut sa consommation journalière de légendes bizarres, de souvenirs plus ou moins glorieux, et d’antiquités assorties. Car lorsque viendra l’hiver, et que de retour chez lui il se posera dans un salon pour reproduire ses impressions de voyages, quel parti voulez-vous qu’il tire pour sa narration d’une halle au blé ou d’une fabrique de draps ? Fi ! cela sent son bourgeois, et dans notre siècle éminemment bourgeois et positif, ce que l’on fuit avec le plus d’empressement, ce que l’on évite avec le plus grand soin, c’est précisément — le bourgeois. — A moins toutefois que le touriste en question ne soit marchand ou filateur ; mais le filateur voyage peu pour raconter ensuite ; cela est fort rare de nos jours.

 

Disons-le toutefois : si ce zèle des écrivains du crû est parfois indiscret, parfois même ridicule, quand il s’agit d’une localité peu intéressante, ou qui n’offre que des souvenirs quelquefois indifférents et souvent problématiques, ce zèle devient louable lorsqu’il est justifié par des faits réels, pas des monuments existant encore, et qui permettent d’asseoir une opinion positive. Faire revivre en quelque sorte la vieille cité, évoquer ces antiques témoins des coutumes de nos aïeux, les interroger avec persévérance et discernement, car leur langage diffère souvent du nôtre ; recueillir leurs réponses muettes, et s’en servir comme d’autant d’anneaux destinés à former une chaîne qui relie la fondation de cette cité avec son existence actuelle ; voilà qui offre un intérêt réel ; car souvent ces recherches isolées peuvent former une pierre pour le grand édifice historique de la France. Mais pour cela, nous le répétons, il faut des faits, il faut des monuments.

 

Compiègne est riche à cet égard. Indépendamment des annales nationales où le nom de cette ville se lit souvent dans des circonstances intéressantes, son histoire est toute positive, et on la trouve écrite à chaque pas sur les vieux monuments, sur les murs d’enceinte, sur ses pignons de bois, qui ont résisté aux atteintes du temps. Faits anciens et récents, batailles, siéges, chasses, et camps de plaisance, monarques carlovingiens et dynastie napoléonienne, saint Louis et Charles X, Jeanne d’Arc et Louis-Philippe, cette ville a vu tout cela, et ses monuments l’attestent à chaque pas. Elle est comme ces vieillards instruits qui captivent votre attention par des traditions du temps passé, et vous intéressent encore par des récits contemporains.

 

Nous ne craignons donc pas, en écrivant ces lignes, d’aborder un sujet déjà traité avec talent par des écrivains beaucoup plus habiles que nous. D’abord nous adoptons l’humble forme de la notice, et celte forme peut convenir à beaucoup de personnes, et principalement à des voyageurs, qui n’ont ni le désir d’acheter un ouvrage volumineux, ni surtout le temps de le lire. Nous pensons ensuite que dans un champ fertile il y a toujours à glaner après la moisson, et que souvent dans les sillons où la faux a passé, il se trouve encore des épis chargés de grains.

COMPIÈGNE, LA FORÊT, ET PIERREFONDS

Compiègne

NOUS ne pouvons assigner une date bien précise a fondation de Compiègne. La première mention qui en soit faite dans l’histoire remonte au règne de Clovis, sous lequel cette ville, selon Grégoire de Tours, était déjà considérée comme cité royale (urbs regia). Cette qualité prouve incontestablement que Compiègne avait déjà quelque importance dans ces premiers temps de notre monarchie. Il faut donc, pour arriver à sa fondation, remonter plus haut dans l’histoire. Or tout porte à croire que cette fondation se rapporte à l’époque du séjour des Romains dans cette partie des Gaules que l’on appelait alors la Gaule Belgique.