Comprendre la Bourse… pour y réussir

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Actions, obligations, produits dérivés, produits structurés, fonds d’investissement, ETF, etc., on peut aujourd’hui tout trouver et tout créer sur les marchés boursiers européens et mondiaux.

Hier symbolisées par des corbeilles aujourd’hui devenues virtuelles, les bourses sont toutes interconnectées entre elles. Du coup, même la plus petite société cotée y acquiert une dimension globale : en deux clics de souris, un investisseur peut acheter des actions de n’importe quelle entreprise cotée à Paris, Bruxelles ou Zurich et les revendre dans les secondes ou les minutes qui suivent.

Les marchés boursiers ne peuvent donc pas fonctionner en vase clos ; ils dépendent des flux d’informations économiques, financières, politiques et géopolitiques qui circulent à la vitesse de l’électron autour de la planète. C’est l’objet de la 1re partie du livre.

Qui dit Bourse, dit d’abord actions. Les parties 2 et 3 du livre leur sont consacrées et traitent de tout ce qu’il faut savoir pour investir dans une action à bon escient. Mais le support d’une action est bien l’entreprise qui l’a émise. C’est pourquoi l’auteur développe ce qu’il faut savoir sur une entreprise, sur ses comptes, sur l’analyse de ceux-ci, sur son environnement ainsi que sur deux aspects fondamentaux de nos jours : les règles de gouvernance et la question des rémunérations. Enfin, la partie 4 développe la création de valeur et un certain nombre de situations particulières (introduction en bourse, rachat d’actions, OPA, OPE, etc.).
De nombreux autres supports d’investissement peuvent également être utilisés : les obligations (partie 5) et les produits dérivés (partie 6). Tout y est, minutieusement décrit et expliqué.

La partie 7 est consacrée à la description des marchés boursiers de Paris et de Bruxelles (Nyse Euronext) et du marché suisse (SIX Swiss Exchange).

L’auteur termine son livre sur une partie éminemment pratique qui développe des règles et quelques outils pour bien gérer son portefeuille.

Chaque investisseur qui sommeille en chaque lecteur disposera de toutes les informations pour passer à l’action.


Paul Coudret est conseiller économique de la direction générale de la banque cantonale de Fribourg (Suisse) et de la chambre de commerce et d’industrie de Fribourg. Après une longue carrière dans le journalisme économique et financier (notamment à l’Agefi, au Journal de Genève et au Temps), ce binational franco-suisse diplômé de l’école de management de Lyon a réorienté sa carrière vers la banque.
Publié le : samedi 1 juin 2013
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EAN13 : 9782297005371
Nombre de pages : 732
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Ch ap i t r e 1 Retour boursier sur une catastrophe
En résumé –฀la฀catastrophe฀naturelle฀de฀mars฀2011฀dans฀le฀nord-est฀du฀Japon฀ a fait voler en éclats des certitudes économiques fondamentales, notamment en matière d’approvisionnement énergétique ; – malmenés par la crise financière de 2007à nos jours, les marchés boursiers ont vécu une période d’incertitudes qui a favorisé leur extrême volatilité ; – plus que jamais, l’investisseur doit se concentrer sur la qualité des informations à sa disposition pour faire ses choix à long terme.
À la veille du sommet du G20 de février 2011, le président de la Banque centraleeuropéenne,Jean-ClaudeTrichet,nauraitpuêtreplusclairvoyant.฀ Sur฀ le฀ site฀ internet฀ de฀ l’OCDE,฀ les฀ yeux฀ dans฀ les฀ yeux฀ des฀ internautes, il assénait tranquillement que «même si le monde réussit à introduire les réformes financières les plus exigeantes, d’autres facteurs imprévisibles pourraient causer de nouvelles difficultés économiques et financières». Le monde arabe continuait alors à être ébranlé par les mouvements populairesenÉgypte,enTunisieetauYémen.Laplanète«pétrole»regardait avec inquiétude monter les troubles en Libye. Mais le
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banquier central de la zone euro pensait à autre chose : à «des événe ments inattendus et inévitables, comme les catastrophes naturellesqui » avaient déjà frappé en 2010 et pourraient, s’ils survenaient à nouveau, exiger une aide d’urgence des États. Or, en ce début d’une nouvelle décennie de ce troisième millénaire, ces États – occidentaux – n’ont plus ni crédibilité financière, ni marge de manœuvre dans leurs finances publiques. Début 2011, la dette publique dans la zone euro était de 18 points de pourcentage supé rieureàcelledesonniveaude2007.AuxÉtats-UnisetauJapon,elleavait augmenté de 30 % ! Dans n’importe quelle entreprise, un niveau d’endettement équivalent à 80 %, voire supérieur à 100 %, des recettes financières feraient s’agiter nerveusement banquiers et créanciers. On s’y poserait sérieusement la question de la faillite ! Pour les États donc, souvent exsangues et qui «naviguent sur des eaux 1 quasiment inconnues» , on est à un niveau proche de la banqueroute pure et simple.
1. D’abord filer… L’inconnu ! C’est ce dont précisément ont horreur les investisseurs qui interviennent sur les marchés boursiers. Or l’inconnu, ce n’est pas – ce n’est plus ! – des avions détournés par des terroristes sur les symboles immobiliersdeWallStreet.Cenestpas,cenestplus,unebulletechnologique ou financière qui explose et dont il faut assumer les consé quences financières et économiques. Ce n’est pas, ce n’est plus, la pers pectivedemanquerunjourdepétrole.Toutcela,etplusencore,aété digéré par les marchés boursiers. Comme on dit, c’est « anticipé », donc pris en compte dans les réflexions des acteurs économiques. Ce qui a changé, c’est que, depuis le 11 mars 2011 vers 14 heures, heure locale, l’inconnu est aussi une catastrophe naturelle. Pourquoi ? ParcequecellequiestsurvenueauJaponcejour-làremetfondamentalement en cause le dogme énergétique de la planète, fondé en grande partiesurlenucléaire.Et,quandundésastrenaturelvientsajouteràun cataclysme géopolitique, rien ne va plus sur les marchés boursiers car tous les repères explosent. Ses conséquences économiques et finan cières฀à฀long฀terme฀sont฀à฀peine฀esquissées฀par฀les฀spécialistes.฀Elles฀sont฀ en fait incalculables. Or, tout comme la nature, «la Bourse a horreur du vide» !
1.฀Jean-Claude฀Trichet, 2011,www.oecd.org. 26
L’impératif budgétaire, éditorial à la veille du sommet du G20 de février
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«Quand un désastre survient, la réaction des investisseurs est d’abord de filer puis de poser des questions…» Ce constat de l’éditorialiste de l’heb 2 domadaireThe Economistrésume donc parfaitement à lui seul la réac tion des marchés financiers mondiaux après le tremblement de terre et le tsunami du 11 mars 2011, suivis d’une catastrophe atomique dans un réacteur nucléaire du nordest de l’archipel nippon. Comme l’écrivain François Giroud le disait aussi, «les Bourses ne traduisent pas l’état des économies, mais la psychologie des investisseurs». Pour eux, il est inutile de savoir que, selon les estimations de la Banque mondiale, cette catastrophe pourrait coûter 4 % du PIB nippon, voire 4,5 % selon les estimations du gouvernement japonais. «Ce pays n’avait pas besoin de cela !» aton pu entendre à l’envi dans les commentaires des journalistes envoyés sur place. La troisième économie mondiale, qui vient de se faire voler la seconde place par son voisin chinois et qui vit par ailleurs en état de récession avancée depuis plus de dix ans, n’avait certes pas besoin d’être confronté à cet «événement inattendu et inévitable». Mais dès ce 11 mars 2011 vers 14 heures, heure locale, les investisseurs ont eu bien d’autres soucis à se mettre sous la dent que les victimes d’une vague de 23 mètres de haut qui a tout balayé sur son passage. Pour eux, c’est d’abord le cœur d’une des pièces maîtresses du puzzle économique et financier mondial qui a été frappé de plein fouet. On savait le pays physiquement vulnérable aux caprices tectoniques : personne n’avait imaginé que cela puisse arriver. À quand la Californie ? Pour les investisseurs, c’était ensuite de savoir comment l’économie mondiale, si dépendante de la haute technologie nippone, pourrait faire face à long terme à ce tsunami économique. Même en sachant que la troisième puissance économique du monde ne pèse plus « que » 8 % environ du PIB de la planète. On a donc cherché à se rassurer en pensant aux investissements de reconstruction. Mais la réalité des entreprises électroniques qui se mettentàchercherfrénétiquementcommentgarantirleursstocksdematières premières a rappelé bien vite aux investisseurs qu’une usine de GifsurYvette, si loin du degré 8,9 sur l’échelle de Richter est en fait elle aussi au cœur de la tourmente. C’est ce que certains appellent « l’effet papillon », arguant de ce que le battement d’une aile de papillon à l’autre bout de la planète peut avoir des effets désastreux ici… Pour les investisseurs, le rideau s’est déchiré enfin sur une autre évidence que tout le monde voulait ignorer. Alors que le baril de pétrole surchauf
2.The Economist, 19 mars 2011.
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fait en raison de la crise libyenne, les effets désastreux du tsunami sur une centrale nucléaire de première génération remettaient en cause le dogme de l’énergie nucléaire. Il n’y a pas d’alternative et au Pays du Soleil levant, là où les robots sont rois, c’est avec des lances à incendie que l’on tentait de noyer le feu atomique. Le réveil a donc été brutal pour ceux qui réalisent parfaitement qu’entre un pétrole qui s’épuise, et dont les sources sont aux mains de régimes plus ou moins stables, et une énergie nucléaire subitement diabolisée, il n’y a pas d’alternative immédiatement disponible pour faire tourner l’économie mondiale.
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Un marché boursier français tourneboulé par Fukushima
C’est trois jours après la catastrophe japonaise du 11 mars 2011 que la Bourse parisienne a commencé à prendre la pleine mesure de ce qui s’était passé. Lundi 14 mars 2011– Les premiers titres touchés ont été EDF, largement impli quée dans le nucléaire, Areva, active dans cette branche et surtout, Renault, affectée par la fermeture des usines de sa filiale Nissan. Cette valeur perdait ainsi plus de 4 % en ouverture de séance. Parallèlement, les investisseurs s’intéressaient aux valeurs dites « vertes », comme Theolia, un producteur d’énergie éolienne, ou EDF Énergies Nouvelles, également un acteur majeur du marché mondial de l’éolien et filiale à 50 % de EDF. À mijournée, la Bourse de Paris marquait un petit repli (0,39 %) : le marché était soutenu par le rebond des valeurs bancaires, ellesmêmes dopées par la décision des respon sables de la zone euro de renforcer le fonds de soutien aux pays en difficulté. Mais la journée finissait vraiment dans le rouge (0,85 %), le marché ayant été affecté aussi par le recul des valeurs du luxe (LVMH à 3,1 %, ou Hermès à 3,14 %), elles aussi perturbées par les perspectives d’une récession au Japon dans la foulée de la catastrophe. Le Japon commençait ce jourlà à plomber le marché et le CAC 40 repassait sous les 3 900 points (3 878 points)… Mardi 15 mars 2011 – Les opérateurs arrivent devant leurs écrans alors que la bourse de Tokyo vient de plonger de près de 11 %, entraînant la plupart des places asiatiques. La Banque du Japon commence à injecter massive ment des liquidités dans les circuits monétaires, le yen joue au yoyo et le prix de l’or noir vacille. Le CAC 40 commence donc la séance dans le rouge (1,77 %). Les valeurs sous tension sont toujours les mêmes (EDF, Areva, LVMH, Hermès, Renault) et les valeurs vertes s’envolent avec une Theolia qui gagne jusqu’à 15 % sur fond de crise nucléaire. Au fil de la journée, toutes les places européennes étant malmenées, la crise nucléaire s’aggravant au Japon et le pétrole dégringolant, c’est un climat de panique qui s’installe sur les marchés. On craint que la crise n’immobilise toute activité industrielle et commerciale au Japon : Paris efface ses gains de l’année et termine en recul de 2,5 % à 3 781 points avec un volume d’échanges deux fois supérieur à la normale, c’estàdire une volatilité très élevée. Mercredi 16 mars 2011– Après les ventes paniques de la veille, amplifiées par les stratégies de couverture des gérants, qui vendent par exemple les produits financiers indexés sur les indices boursiers, ce qui entraîne leurs baisses, la Bourse de Paris se retrouve avec la gueule de bois. La succession de mauvaises
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nouvelles a assommé les opérateurs qui n’ont même pas fait attention à une Réserve fédérale américaine qui a confirmé sa politique monétaire. Ce mercredi matin, tous les yeux sont rivés sur la centrale de Fukushima et sur la Bourse japonaise qui… rebondit de près de 6 % ! Des investisseurs avaient en effet profité des prix cassés par deux jours de chute… Du coup, les investis seurs parisiens partaient dans ce sillage espérant eux aussi profiter des valeurs bradées par deux séances de chute. Mais deux heures après avoir ouvert en légère hausse, le moral des investisseurs repartait dans le rouge et y restait : en clôture, le CAC 40 avait à nouveau glissé de 2,2 %, repassant sous les 3 700 points, avec une volatilité toujours très élevée. Signe de l’extrême nervo sité des opérateurs qui n’avait épargné aucun titre et surtout pas les valeurs industrielles ou technologiques : le groupe de médias Lagardère annonçait en cours de séance le report de l’introduction en bourse de Canal+. Jeudi 17 mars 2011– Un yen au plus haut, Wall Street en panne, les problèmes nucléaires du Japon toujours irrésolus et une bourse nippone à nouveau en recul à 1,4 % dans des échanges très nerveux : la journée de jeudi allait s’annoncer sous les plus mauvais auspices pour Paris. Pourtant, cette chute très modérée de l’indice japonais allait être interprétée comme un signe de résistance du marché de Tokyo. Du coup, Paris commence ce jeudi en légère hausse (+0,9 %) et évolue dans ces eauxlà une partie de la journée, Renault, LVMH et Hermès regagnant même quelques couleurs. Au fil des heures, le CAC 40 se reprend prudemment. Les opérateurs ont un œil rivé sur Wall Street, qui rebondit, et l’autre sur une réunion du G7 qui doit décider d’un soutien au yen. Les reprises techniques, c’estàdire les rachats sur faiblesse, aidant, le CAC 40 termine la journée en nette hausse (+2,4 %). De plus, comme le note un opérateur interrogé par l’AFP, «on finit par s’habituer à tout et on se rend également compte que le Japon, tout en étant une des économies les plus importantes de la planète, n’a plus le rôle décisif qu’elle avait par le passé ». Du coup, on a aussi fait attention à d’autres nouvelles positives, notamment de bonnes statistiques de l’emploi aux USA. Mais la nervosité restait palpable : avec plus de 5 milliards d’euros de transactions, les volumes sont restés élevés ce jeudi. Vendredi 18 mars 2011Une semaine après la catastrophe, Wall Street a – rebondi. On s’est aperçu que le Japon avait gardé des capacités économiques lui permettant de faire face. Le G7 a rassuré les marchés en décidant une inter vention concertée sur le yen. Le yen revient à de meilleurs niveaux après une autre intervention de la Banque du Japon. Et Tokyo ? Tokyo regagne près de 3 % ! Sur une semaine, cette place n’a concédé que 10 % de la performance de son indice phare, le Nikkei 225. C’est certes beaucoup. Mais la nervosité qui agite toujours le marché parisien est cette fois orientée dans le bon sens, timidement. L’ouverture est prudente (+0,6 %) et le marché le restera toute la journée. En fin de semaine, le CAC 40 repasse la barre des 3 800 points. En une semaine, il aura effacé plus de 3 % de performance. Et sa reprise restait alors très fragile…
Or, les marchés boursiers sont des caisses de résonance. Ils sont les reflets fidèles des événements politiques, géopolitiques et – aujourd’hui aussi – naturels qui agitent le monde et le monde économique. La catastrophe japonaise les a fait réagir au quart de tour. Dans les heures
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et les jours qui ont suivi, des trous d’air boursiers de 5 % à 10 % (voir encadré pages précédentes), voire parfois d’une ampleur supérieure, ont remis en question toutes les fragiles certitudes de l’aprèscrise financière qui dure depuis 2007. Les effets potentiels de la catastrophe japonaise sur l’économie de la troisième puissance économique de la planète et sur l’économie mondiale ont été immédiatement anticipés. De manière particulière ment viscérale, les opérateurs ont essayé de digérer des informations, parfois contradictoires, qui font le tour de la planète en quelques dixièmes de seconde. Avec un soupçon de panique vite maîtrisée et avec฀un฀pragmatisme฀tout฀aussi฀réel฀que฀l’apparent฀stoïcisme฀des฀Japonais face à la vague, les investisseurs se sont repliés sur des positions moins risquées – ou jugées comme telles. Aux quatre coins de la planète financière, ils ont vendu massivement les titres des entreprises potentiellement touchées par la catastrophe et ses effets. Des programmes informatiques de couverture ont parfois exagéré les mouvements de baisse. Parfois aussi, à l’image du fameux Warren฀ Buffet,฀ ils฀ en฀ ont฀ proîté฀ pour฀ amasser฀ des฀ positions฀ sur฀ des฀ titres d’entreprises subitement devenus hyperattractifs en termes de prix. Dans un univers financier et boursier quasiment instantané, la loi de l’offre et de la demande a joué à plein. Comme sur les marchés boursiers, il n’y a que des jeux à somme nulle, ce qui est vendu quelque part est acheté ailleurs ! Sinon, les prix continuent à baisser. Ou inver sement. Les pertes réelles ou virtuelles des uns ont donc été les gains des autres.
2. … Puis poser les questions Le monde avait été – est toujours ! – fragilisé par la crise financière qui a démarré au cœur de l’été 2007. Six ans à peine certes, mais une éternité pour les marchés financiers et boursiers. Une éternité aussi pour les architectes des infrastructures financières qui cherchent depuis à colmater les brèches dans leur tuyauterie. Au désastre financier qui a touché au cœur les capacités financières des États, voilà que se sont ajoutés les effets à long terme d’un risque naturel ingérable, parce qu’imprévisible, et ceux d’une menace qui plane désormais sur une source essentielle d’énergie. On est entré dans une époque incertaine, où le risque naturel vient exacerber les risques géopolitique, écono mique et financier. Quand leur environnement vole en éclats, quand leur paradigme éner gétique part en vrille, c’est le fonctionnement même des entreprises qui 30
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est en cause. Donc, leur capacité de production. Donc, leurs bénéfices. Donc, la santé des actionnaires. Donc, les marchés financiers. Donc, la Bourse ! Laquelle est, par essence, le lieu – la plupart du temps virtuel aujourd’hui – où les entreprises, qui sont cotées et ont fait appel à des investisseurs externes, créent de la valeur financière, là où elles peuvent espérer perpétuer leur valeur entrepreneuriale. Or, n’importe quel trader vous le dira : les marchés boursiers ont horreur du vide ! L’incer titude n’est pas leur tasse de thé. Ni celle d’ailleurs des investisseurs ou des entrepreneurs qui ont besoin d’évoluer dans un environnement le plus stable possible. Ils ont besoin de faits, de données concrètes, de certitudes, sur lesquels asseoir leur envie de croissance. D’où l’impor tance de l’information, des informations, de toutes les informations possibles, qui balisent leur route. Le repli des bourses des valeurs et des marchés monétaires dans la surve nance d’un événement géopolitique majeur, en l’occurrence dans celui d’une catastrophe naturelle majeure, a tout du réflexe de l’escargot qui se sent menacé. On rentre dans sa coquille. On y attend avec prudence ce qui va se passer ensuite. Certains disent aussi que c’est parce que «les marchés jouent à se faire peur» ou parce qu’il «faut prendre ses béné fices». Peu à peu pourtant, des informations sont données qui peuvent ou non rassurer les opérateurs et les marchés en général. La plus impor tante d’entre elles, celle qui fait tourner les marchés, c’est de savoir s’il y a de l’huile dans les rouages de la mécanique financière. C’estàdire, s’il y a de l’argent, s’il y a de la liquidité. Ce sont en effet les liquidités mises à disposition par les banques centrales qui permettent de pour suivre les transactions, quotidiennes et boursières. Ce sont elles qui permettent de les réaliser au meilleur prix possible. Pas étonnant donc qu’une des premières mesures prises après la catas trophe naturelle du nordest japonais ait été celle de la Banque du Japonqui,enlespacedunesemaineamisprèsde40000milliardsde yens (environ 330 milliards d’euros) en circulation. Il fallait abso lument que les particuliers et les entreprises puissent continuer à faire des transactions financières. Il fallait absolument éviter que, faute de moyens financiers en suffisance, les taux d’intérêt se tendent et que l’argent vienne tout simplement à manquer. Il fallait qu’au moins, à ce niveau, la confiance reste à tout prix dans les esprits. Cette décision, répétée à multiples reprises, a été un signal pour les investisseurs de la capacité de ce pays à faire face financièrement, à défaut de pouvoir le faire immédiatement économiquement, aux effets de la catastrophe. Elleaétérapidementsuiviedunautresignalimportant,celuidonnépar les responsables du G7, les sept pays les plus puissants de la planète, 31
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qui ont affirmé vouloir tout mettre en œuvre pour stopper la spécu lation฀ à฀ la฀ hausse฀ sur฀ la฀ devise฀ nippone.฀ En฀ effet,฀ un฀ grand฀ nombre฀ dopérateursontpariésurunrapatriementmassifauJapondesfondsdétenus par les compagnies d’assurance japonaises à l’étranger, pour financer les gigantesques indemnités qu’elles devraient rembourser aux sinistrés du séisme et du tsunami qui ont dévasté le nordest du Japon.Cesopérateurs,basésàNewYorketsurlesplacesînancièresasiatiques, ont aussi parié que des fonds importants seraient rapatriés auJaponpourînancerlareconstructiondunorddupays. Conséquence : en quelques jours, la parité yen/dollar US a pris l’ascen seur et la devise japonaise s’est retrouvée… au niveau qu’elle avait à la fin de la seconde guerre mondiale. Derrière cette surappréciation du yen se dissimulaient aussi des visées plus terre à terre. Les accès de fièvre de leur devise pouvaient aussi faire perdre beaucoup d’argent aux firmes exportatrices nippones. Ils réduisaient la valeur en yens de leurs revenus dégagés en monnaie étrangère puis convertis en devise nationale. Du coup, les sociétés qui voulaient maintenir intactes leurs marges à l’étranger étaient contraintes d’y relever leurs prix, donc de diminuer leurs marges, ce qui sapait la compétitivité de leurs produits ; avec très souvent des effets négatifs en bourse puisque ces valeurs perdaient en attractivité pour les investisseurs. Or,฀ troisième฀ puissance฀ économique฀ mondiale,฀ le฀ Japon฀ est฀ aussi฀ un฀ des monstres sacrés du commerce international. Dans la guerre concur rentielle qui fait rage sur les marchés, le comportement chevaleresque est inconnu. Profiter des effets d’une catastrophe pour affaiblir son compétiteur fait partie des us et coutumes… Finalement, un autre type d’information aura permis lors de cette crise de se faire une idée de son importance. Il s’agit de celle qui a concerné le prix du baril d’or noir. Sous tension à cette époque en raison des troubles politiques dans les pays arabes et du MoyenOrient, les effets du tremblement de terre et du tsunami japonais auront permis au pétrole de reprendre son souffle pendant quelques jours. «Avec la crise japonaise, nous entrons dans une ère de risques systémiques : les marchés d’actifs peuvent subir des fluctuations extrêmes, pas nécessairement justifiées par les fondamentaux de ces marchés. Les mouvements de prix commencent déjà à être erratiquesJ»a,kocbo,nîdue7ratmdsarrleOiailtievlr1ecabinetPetromatrix,àlagencedepressesuisseAWP.Aveccequisestensuite passé sur les marchés financiers mondiaux, dans la foulée de la crise de la dette souveraine des pays membres de l’Union européenne, ce spécialiste n’aurait pas pu mieux dire… Or,silafermeturepossiblederafîneriesduJaponetleralentissement32
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économique du pays à la suite du séisme pourraient réduire à court terme sa consommation de pétrole brut, le pays devrait aussi avoir recours à des énergies alternatives pour compenser l’interruption d’une partie de son parc nucléaire. Pour les opérateurs, voilà qui soutiendrait à฀ moyen฀ terme฀ les฀ importations฀ japonaises฀ de฀ pétrole฀ et฀ de฀ gaz.฀ Et฀ donc faire baisser les prix de l’or noir, par le simple effet de la hausse de la demande. Mais… «Alors que le désastre japonais empire de jour en jour, l’escalade de la violence en Libye, où le colonel Kadhafi a repris la main contre les insurgés, et l’usage de troupes de pays du Golfe à Bahreïn ont un gros impact et tirent les prix du pétrole vers le haut฀ »,฀ ajoutait฀ David฀ Hart฀ de฀ Westhouse฀ Securities, interrogé par la même agence. À ce moment, même si le gouvernement de Kadhafi aurait pu reprendre le contrôle des régions riches en champs pétrolifères et des infrastructures d’exportation, les sites pétroliers étaient de toute façon en partie détruits, et de plus, des sanctions internationales étaient à prévoir, ce qui pouvait empêcher toutretourrapidedelaproductionlibyennedebrutsurlemarché.Etdonc, peser en sens inverse sur les prix de l’or noir, par le simple fait d’une diminution de l’offre. Globalement, entre le 11 mars 2011, date de la catastrophe naturelle de฀ Fukushima,฀ et฀ le฀ 18฀ mars฀ suivant,฀ la฀ planète฀ bourse฀ mondiale฀ a฀ tremblé sur ses assises. Mal, voire pas du tout préparée à la survenance d’une catastrophe naturelle de cette ampleur et à ses effets planétaires, brutalement confrontée à la possible fin de l’ère postnucléaire et igno rante de ses conséquences sur les marchés énergétiques, ballotée par un déluge d’informations contradictoires, elle a vacillé au bord de la panique. Après six séances consécutives de baisse, les bourses euro péennes étaient revenues au niveau de leur performance de la miannée 2010etWallStreet,parexemple,avaiteffacétoussesgainsdepuisledébut 2011. «La nervosité est à son comble», indiquait ainsi un opéra teur parisien le 16 mars à l’agence de presse AFP. Pourquoi ? Car, «nous sommes en plein inconnu, ce qui est le pire scénario pour les boursiers». «On est dans un environnement très nerveux, les investisseurs réagissent à la moindre nouvelle venant du Japon et vendent audelà du raison nable», expliquait de son côté Frédéric Rozier, gérant chez Meeschaert Gestion Privée à Paris. Ainsi, les investisseurs ne trouvaient aucun réconfort dans la publication de certaines statistiques américaines ou dans les annonces de l’avancée des travaux de renforcement des struc tures฀ înancières฀ européennes.฀ Tous฀ les฀ regards฀ étaient฀ alors฀ braqués฀ surFukushimaetlesportefeuillesdesinvestisseurssevidaientdeleurstitres bancaires, énergétiques, du luxe pour aller réfugier le produit de 33
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leurs ventes dans les actions dites « vertes » ou dans les obligations, la dette étant dans ces cas de figure considérée comme un placement plus sûr que les actions. Peu à peu cependant, l’absence ou la cacophonie d’informations ont été remplacées par celles qui étaient censées rassurer les investisseurs. Les efforts des techniciens sur le site de la centrale nucléaire endom magée, la décision du G7 de soutenir le yen, les décisions de la Banque duJapondegarantirlaliquiditédescircuitsînanciersetlefaitqueles opérateurs boursiers aient peu à peu retrouvé leurs esprits, tout cela a contribué à un rebond. D’abord hésitant, il a ensuite gagné en inten sité et, la volatilité des marchés, c’estàdire leur nervosité, s’est peu à peu apaisée. Dix฀ jours฀ dont฀ deux฀ week-ends,฀ après฀ la฀ catastrophe,฀ les฀ principales฀ bourses mondiales avaient retrouvé quelques couleurs. Mais elles restaient « prudentes », selon le terme consacré. À l’affût d’une nouvelle occasion de se faire des frayeurs : la Libye, l’inflation, le poids de la dette internationale, une autre catastrophe, pourquoi pas ?... Celle de la dette souveraine฀ en฀ Europe฀ leur฀ a฀ donné฀ quelques฀ semaines฀ après฀ la฀ catastrophe฀de฀Fukushima฀toutes฀les฀raisons฀de฀frôler฀l’apoplexie฀à฀répétition.
3. Une autre donne à considérer Audelà de leur aspect technique, audelà des caractéristiques des diffé rents services et produits qu’ils assurent aux investisseurs, les marchés boursiers sont de gigantesques centrales de traitement de l’informa tion. Dans cet ouvrage, on veut décrire comment fonctionne cette usine à données financières. L’investisseur ne doit en effet pas s’arrêter aux différents ratios, aux courbes et au comportement des indices. La Bourse est le reflet de la vie des entreprises qui y sont cotées : sans elles, pas de marchés financiers ; sans les marchés financiers, une vie plus difficile pour les entreprises qui dépendent de ses flux d’information. L’exemple de la catastrophe naturelle survenue en mars 2011 dans le nord-est฀du฀Japon,฀de฀ses฀effets฀potentiels฀à฀long฀terme฀et฀de฀ses฀conséquences immédiates sur les marchés boursiers de la planète écono mique illustre très bien les liens qui relient entre eux les aléas de la vie – une catastrophe naturelle –, la politique, l’économie, la finance. Il montre à quel point la « globalisation » est devenue partie prenante de la vie quotidienne. Pour un investisseur, cet exemple démontre aussi parfaitement l’importance qu’il doit donner à l’analyse de l’environne ment économique, financier, politique, géopolitique et financier pour charpenter sa réflexion.
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mardi 8 juillet 2014 - 14:06