Comprendre la crise de l'économie gabonaise

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Publié le : vendredi 1 janvier 1993
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EAN13 : 9782296274426
Nombre de pages : 270
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COMPRENDRE

LA CRISE DE L'ÉCONOMIE GABONAISE

LES CAHIERS DE LA BIBLIOTHEQUE DU DEVELOPPEMENT

Quand nous avons créé, Pierre JACQUEMOT et moi-même, en 1981 la collection BIBLIOTHEQUE DU DEVELOPPEMENT, nous nous proposions d'encourager le renouveau de l'analyse sur le développement. La prise en considération des spécificités régionales et des études de terrain était susceptible, à nos yeux, de ressourcer la réflexion et les méthodologies. Depuis douze ans, une trentaine de titres a été publiée. Le premier d'entre eux a été un guide bibliographique et documentaire; sa large diffusion montre qu'il répondait à un besoin. Nous avons, par la suite, privilégié la publication d'ouvrages apportant sur un pays ou sur un sujet des éléments d'information de base et un éclairage original. Nous avons également été attentifs à ce que s'exprime, dans cette collection, un large éventail de points de vue. La création d'une série CAHIERS DE LA BIBLIOTHE QUE DU DEVELOPPEMENT correspond à une nouvelle étape. Si la BIBLIOTHEQUE DU DEVELOPPEMENT conserve les études proposant de nouvelles synthèses, la série des "Cahiers" regroupera les analyses à caractère monographique. Les "Cahiers" sont susceptibles d'élargir la diffusion de travaux de recherche de qualité, d'enquêtes ou de témoignages de différentes provenances.

Elsa ASSIDON c/o L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris

GABRIEL

ZOMO YEBE

COMPRENDRE DE L'ÉCONOMIE

LA CRISE GABONAISE

Préface de Monsieur Henri-F. HENNER

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 PARIS

Dans la collection Bibliothèque du développement

DemiAres parutions:

Henri PARET, La planification de la santé en Afrique. Henri ROUILLE D'ORFEUIL, Coopérer autrement, l'engagement des organisations non gouvernementales aujourd'hui. Frédéric GAGEY (textes choisis et présentés par), Comprendre l'économie africaine. Pierre JACQUEM OT et Marc RAFFINOT, Accumulation et développement, dix études sur les économies du tiers-monde. Smain LAACHER, Algérie, réalités sociales et pouvoir. Monique ANSON-MEYER, Initiation à la comptabilité nationale. Tamas SZENTES, Economie politique du sous-développement. Mohamed SALAHDINE, Maroc, tribus, makhzen et colons, essai d'histoire économique et sociale. Pierre-Louis MA YNIE, Guide desfinancements de projets de développement. André CORTEN et Marie-Blanche TARON, L'Etat noun-icier, Mexique/Algérie. Dominique TABUTIN, Populations et sociétés en Afrique au sud du Sahara. Elsa ASSIDON, Le commerce captif. Les grandes sociétés commercialesfrançaises. Jacques ADDA, Elsa ASSIDON (sous la direction de), Dette ou financement du développement. Claude ALBAGLI, L'économie des dieux céréaliers. Les lois de l'autosuffisance alimentaire Hubert GERARD lN , La zonefranc. Tome 1 : Histoire et institutions. Stéphane MADALILE, Commerce et développement. Le cas des céréales. Patrick GUILLAUMONT, Sylviane GUILLAUMONT, Ajustement structurel, ajustement informel. Le cas du Niger. Brigitte LEVY, L'économie indienne, stratégie de développement.
.

@ L'Harmattan,

1993

ISBN: 2-73R4-1724-R

A Jeanne et Madeleine
«Edzôm da yüiny sô éne sô mbeny» Ce qui cause la mort de l'antilope «sô» se trouve attaché à sa propre patte. (Proverbe Ntumu)

Cet ouvrage a été publié avec la collaboration de la Mission Française de la Coopération, le Centre d'Études et de Recherches sur le Développement International, et l'Université Omar Bongo de Libreville.

LES PARADOXES

DE L'AJUSTEMENT AU GABON

STRUCTUREL

Henri..F

HENNER Professeur CERDI

Il peut paraître paradoxal que le Gabon, l'un des pays les plus riches de l'Afrique au Sud du Sahara se trouve contraint à appliquer des programmes d'ajustement structurel, c'est-à-dire que sa politique économique interne - y compris et surtout (?) sa politique salariale, doive obtenir l'aval des organisations internationales de Washington (Fonds Monétaire International et Banque Mondiale) avant d'être mise en place: on se serait attendu en effet à ce que ce pays puisse, grâce à ses richesses pétrolières, mener une politique économique autonome, sans être obligé d'avoir recours à l'endettement extérieur, bancaire, bilatéral ou multilatéral, puis aux programmes d'ajustement structurel du Fonds Monétaire International, assortis de conditions de plus en plus restrictives. Un programme d'ajustement structurel peut se définir comme un ensemble de réformes de politique économique visant à permettre à un pays de reconstituer un meilleur équilibre de ses comptes intérieurs et extérieurs (le volet stabilisation) afin de retrouver le chemin d'une croissance plus saine (le volet ajustement à proprement parler). Il apparaît alors que seul un pays ayant une insuffisance notoire de ressources face à ses besoins pourrait être conduit, grâce à l'emprunt, à consommer en permanence plus qu'il ne produit, ce qui justifierait que des organismes extérieurs apportent leur caution aux nouvelles politiques menées, cette caution déclenchant un flot de financement extérieur (public et/ou privé) permettant de financer les réformes. Le premier paradoxe est que le Gabon connaisse tant de difficultés de financemen~ intérieur et extérieur; l'explication peut en être trouvée 9

dans les méfaits du «syndrome hollandais» venant annuler les bienfaits des recettes pétrolières d'une part, et dans les erreurs de politique économique d'autre part, le contre-choc pétrolier et la baisse du cours du dollar accentuant ces phénomènes par la suite.
Le premier effet des chocs pétroliers:

Comme d'autres pays africains, le Gabon a bénéficié dans un premier temps de la hausse des prix internationaux du pétrole: les chocs pétroliers, douloureux pour les pays importateurs, ont engendré pour les exportateurs -même marginaux comme le Gabon -, une forte hausse des recettes d'exportation et des recettes budgétaires; en peu de temps, les taxes d'~xportation sur le pétrole sont devenues la première source fiscale de l'Etat: toute contrainte financière semblait disparaître, et il devenait possible de financer tous les projets de développement, d'infrastructure, de recruter tous les candidats à la fonction publique, etc. Une forte expansion financière permît d'attirer les travailleurs et les capitaux étrangers, d'Afrique ou d'Europe, de distribuer des revenus élevés au regard des critères africains, de créer enfin de multiples entreprises publiques subventionnées grâce à la manne pétrolière. Tous ces éléments, que l'on peut considérer comme favorables à une certaine forme de croissance économique, allaient déboucher sur le développement d'un «syndrome hollandais» dans l'économie gabonaise.
Le syndrome hollandais:

-On appelle syndrome hollandais un ensemble de distorsions que l'on a identifié pour la première fois en Hollande, à la suite de la découverte et de l'exploitation du gaz naturel. Depuis, on a reconnu que ces phénomènes étaient généraux, et avaient tendance à se manifester chaque fois qu'une économie bénéficiait d'une «manne tombée du ciel », d'une augmentation brutale de ses revenus. L'évolution économique du Gabon illustre malheureusement ce phénomène, peut être accentué par le caractère moins développé et diversifié de son économie. La rente pétrolière entraîne tout d'abord une forte augmentation du revenu national et des recettes budgétaires de l'État; le secteur pétrolier peut verser des salaires et engendrer des profits beaucoup plus élevés que les autres branches de l'économie; de ces deux faits découlent les conséquences dommageables à terme pour le Gabon. L'augmentation des revenus entraîne une croissance de la demande privée et publique qui ne trouvent pas, sur le territoire, une offre suffisante; les importations augmentent alors, et il peut même arriver que leur concurrence détruise l'embryon de production ,domestique existant. La 10

croissance des recettes budgétaires permet à l'État d'embaucher tout le personnel se présentant sur le marché du travail, d'investir dans tous les projets qu'ils soient rentables ou non (infrastructure ferroviaire par exemple), de créer des entreprises publiques que l'on subventionnera sans chercher à en contraindre la gestion, etc. Le secteur pétrolier en expansion sans contrainte financière peut verser des rémunérations plus élevées que les secteurs de l'économie nationale; il attire alors vers lui les facteurs de production les plus qualifiés (en particulier les cadres moyens et supérieurs fornlés), et se développe au détriment des autres branches dès lors qu'il existe une pénurie d'un facteur .Le résultat en est que les entreprises des autres secteurs sont contraintes de verser des salaires équivalents, ce qu'elles ne peuvent faire qu'en augmentant leur prix (inflation puis réglementation des échanges commerciaux et contrebande en résultent alors), ou en recevant des subventions de l'État pour compenser leurs pertes, lorsqu'il s'agit d'entreprises publiques; dans les autres cas, les firmes tendent à disparaître ou à abandonner leur activité de production au profit d'une simple activité d'importation plus rentable. En quelques années l'économie peut se réduire à un secteur pétrolier hypertrophié, associé à une économie de consommation sans production. La moindre rupture dans l'activité du seul productif existant, le pétrole, se répercutera alors sans compensation possible sur toute l'économie du pays. La chance du pétrole peut donc se transformer en une malédiction, si la manne pétrolière n'est pas gérée avec parcimonie: la politique économique menée par un pays peut alors renforcer la gravité de cette dépendance si l'économie est rendue plus sensible aux variations de la demande extérieure, cette dernière ne portant que sur un seul produit, sans compensation possible des conjonctures.
La politique économique:

Il apparaît bien qu'au Gabon, comme la plupart des autres pays d'économie de rente, il n'y eut pas de véritable politique de gestion de la manne pétrolière: on peut alors conclure en la responsabilité partielle des choix de politique économique dans la situation connue aujourd'hui par ces économies. En effet, l'importance des recettes budgétaires semblait éliminer toute contrainte financière dans les années soixante dix, en même temps qu'elle incitait les banques commerciales à ouvrir de larges tranches de crédit au Gabon. L'État put alors multiplier les créations d'emplois et d'entreprises, ainsi que les projets massifs d'infrastructure, en privilégiant logiquement les projets gourmands en capital, ressource la moins rare à l'époque. Parallèlement, et en accord de court terme avec les avantages comparatifs et le syndrome hollandais, l'agriculture est négligée par le Gouvernement et les hommes: elle ne permet pas d'obtenir un niveau de vie comparable Il

à celui qui existe en ville grâce au pétrole; en conséquence, le Gabon, qui était pratiquement autosuffisant sur le plan alimentaire en 1960,

importait 65 % de sa nourriture en 1988.
Les charges récurrentes des investissements, les frais financiers des emprunts augmentèrent sans que l'on en ait vraiment conscience, faute d'avoir un service de suivi de la dette publique (situation que l'on retrouvait dans de nombreux pays à l'époque): la moindre réduction des recettes pétrolières pouvait alors mettre en évidence les faiblesses de l'économie, et révéler qu'elle se trouvait en situation d'illiquidité voire d'insolvabilité, au regard des performances économiques véritables et des engagements souscrits tant envers les créanciers étrangers qu'envers les gabonais, pouvant espérer maintenir dans le temps le niveau de vie qu'ils avaient atteint en 1981.
Les contre-chocs pétrolier et du change:

En ne retenant que la p~riode sur laquelle porte l'étude de M. Zomo y ébé, il apparaît que le Gabon allait bientôt subir un double choc extérieur: le prix (établi en dollar des États-Unis) du baril de pétrole s'effondre, passant de 35 dollars le baril en 1983 à 28 dollars le baril en 1985 puis à moins de 10 dollars début 1986 ; le cours du dollar baisse lui-

même de près de 40 % de 1985à 1987(de 500 FCFA à 300). Les recettes

.

d'exportation pétrolières, comptabilisées en Francs CFA tombent de 720milliards en 1984 à 240 milliards en 1986 (simulations ex post du modèle MEGA; en conséquence, les recettes budgétaires se réduisent à leur tour, passant de 630 milliards en 1986 à 265 en 1987 creusant un déficit budgétaire s'associant au déficit extérieur pour renforcer les difficultés de payement du pays, tandis que le marasme généré par la réduction des recettes pétrolières s'étendait à l'ensemble du pays. Pour contenir le déficit public, le gouvernement décidait dans un premier temps de réduire les postes budgétaires les moins sensibles politiquement, ce qui aboutissait à une forte réduction du budget d'investissements qui passe de 400 milliards de FCFA en 1985 à 92 milliards en 1987, avec tous les effets de synergie à la baisse entraînés par cette réduction de la dépense. En conséquence, le revenu par tête baisse de 42.50 dollars en 1983 à 2 700 dollars (de valeur unitaire plus faible en terme de Francs) en 1987; en 1990, (dernier chiffre publié par la Banque Mondiale dans son Rapport annuel sur le développement dans le monde, 1992, il ne sera encore que de 3330 dollars, malgré les efforts de redressement organisés depuis 1986 par les programmes d'ajustement structurel de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International.

12

Les programmes

d'ajustement

structurel:

Depuis 1986, le Gabon est sous programme avec la Banque ou le Fonds, et a du accepter de suivre des programmes de stabilisation puis d'ajustement structurel devant lui permettre de rééquilibrer ses comptes intérieurs afin de renouer avec une croissance économique plus saine et durable. Les deux programmes suivis par le Gabon, s'ils n'ont pas permis de restaurer l'économie et la croissance, ne semblent pas avoir de substitut évident, comme le montrent les expériences hétérodoxes menées en Amérique Latine; on peut alors essayer de mieux les adapter aux caractéristiques spécifiques des États concernés, et, surtout, on peut essayer de définir le programme par le pays même: à ce souhait correspondent les efforts de formation des experts locaux réalisés par l'Institut de Développement Économique de la Banque Mondiale, souvent avec le cofinancement du Ministère français de la Coopération: une meilleure compréhension des programmes, une meilleure prise en compte des spécificités locales paraissent indispensables pour que les réformes de politique économique soient adaptées aux pays, pleinement acceptées, et mises en œuvre efficacement. Pour cela, ils doivent explicitement prendre en compte les comportements des agents économiques du pays, et leur histoire passée. C'est là peut-être que se situe un des apports de Gabriel Zomo Yébé. Après avoir étudié les fondements de la crise économique au Gabon, il présente les programmes organisés par le Fonds et les teste à l'aide du modèle MEGA, modèle macro-économique de l'économie gabonaise, créé par l'OFCE et le ministère des Finances du Gabon. La disponibilité de ce modèle lui permet de confronter les prévisions du programme du FMI avec l'évolution qu'aurait pu connaître le Gabon en l'absence de ce programme, et avec des évolutions engendrées par des mesures alternatives grâce à des simulations multiples. Gabriel Zomo y ébé ne se contente pas d'effectuer ces exercices de style, mais tente d'en tirer les principaux enseignements. Ce n'est peut-être pas le moindre paradoxe de cette recherche que de voir Gabriel, qui montre une parfaite maîtrise des instruments théoriques et pratiques de la modélisation macro-économique, aboutir à une conclusion affirmant la prépondérance des comportements individuels des agents économiques et le rôle de la politique au sens noble du terme, c'est-à-dire de l'adhésion des citoyens au régime en vigueur, qui seule permet l'acceptation des sacrifices nécessaires au retour à un meilleur équilibre. Cette conclusion débouche sur l'interrogation à laquelle sont confrontés nombre de pays en développement aujourd'hui: quelle démocratie pour l'ajustement et la croissance? Clermont-Ferrand, août 1992

13

INTRODUCTION
Depuis décembre 1985, la baisse conjuguée du prix du baril de pétrole et du taux de change du dollar appelée «contre-choc pétrolier» a plongé le Gabon, pays membre de l'OPEP de l'Afrique Centrale dans l'une des plus graves crises de son histoire. En effet, le non respect des quotas de production de certains pays de l'OPEP en guerre (Irak, Iran) ou endettés (Nigéria...), et la lutte pour le maintien des parts de marché entre l'OPEP et les autres producteurs de pétrole ont entraîné dès la fin de l'année 1985, la chute du prix du brut sur le marché internationall. De 26 $ le baril en janvier 1986, le prix du brut gabonais est descendu à 12 $ et même à 9 $ le baril en août pour le Lucina 2. Quant aux taux de change du dollar, après avoir connu une longue période de surévaluation de 1981 à 1985, il se réorienta à la baisse sous le triple effet du ralentissement économique aux USA, de la baisse des taux d'intérêt, et des interventions des banques centrales des cinq pays les plus industrialisés 3. De 449,5 FCF A en 1985, il ne vaudra plus que 346 FCFA en moyenne en 1986, 300,5 FCFA en 1987. Cette double baisse du prix du baril de pétrole et du taux de change du dollar s'est fait ressentir différemment dans les économies pétrolières compte tenu des différences de capacité de production et de structure économique. Pour le Gabon, objet de cette étude, les premiers effets de cette double baisse ont été en 1986, une diminution de 130 milliards de FCFA des recettes budgétaires, une détérioration de la balance des paiements avec un solde courant de 47,65 milliards de FCF A, et un accroissement alarmant du niveau de la dette publique et de son service. L'ampleur prise par la crise au fil des mois de l'année 1986 va contraindre le Gabon à demander l'aide du FMI. Le 23 décembre celui-ci lui ouvre un crédit stand-by de 98,7 millions de DTS contre l'acceptation d'un programme d'ajustement structurel (PAS) élaboré en collaboration avec la Banque Mondiale, susceptible de redresser et de relancer l'économie gabonaise.
1. Maurus (Y.), Les années folles du pétrole, Le Monde, Bilan économique et social, n° spécial Dossiers et Documents, janvier 1987. 2. Le Lucina est un type de pétrole produit par Shell Gabon. , 3. Cf. Godin (G.), Les principaux événements I}1onétaires de l'année 1985, Problèmes Economiques n° 1957 du 15/01/86, article tiré de l'Echo de la bourse sous le titre: le dollar a presque réussi son attérissage en douceur». 15

Deux ans plus tard, en décembre 1988, le Gabon décide de suspendre les négociations avec le FMI jugeant certaines mesures du deuxième programme de redressement difficile à mettre en œuvre en raison de leurs effets socio-politiques néfastes. Il relance du même coup les controverses sur la nécessité et les fondements des conditionnalités du FMI. Pour les uns, ces mesures sont inefficaces. Les conditions auxquelles le Fonds subordonne son aide sont difficilement applicables. Ses Experts se trompent sur la nature véritable des déséquilibres dans les pays en développement. Pour les autres, l'échec des mesures du Fonds est du au fait que ces mesures ont été rarement mises en œuvre intégralement. Ce n'est donc pas le FMI ni sa politique qui est en cause, mais la capacité et la volonté des états concernés à appliquer les recommandations du Fonds. Nous osons participer ici à ce débat en réétudiant pour le Gabon la nature de son déséquilibre et les effets des mesures préconisées par le FMI dans le cadre des programmes de redressement. Pour cela nous n'avons pas hésité à sortir des sentiers battus. La réalité économique pouvant aussi avoir une dimension socio-politique, après avoir montré les limites de l'analyse conjoncturelle, nous avons essayé de trouver les fondements de l'aspect structurel de cette crise dans les conséquences de la stratégie de développement, et dans la perversion du comportement de l'agent économique par un système politique monolithique. Il n'existe pas de prob-lème purement économique qui pourrait être résolu par une logique purement économique a dit Basle4. C'est pourquoi, au moment où la plupart des peuples de l'Afrique noire aspirent à la démocratie, nous avons tenté dans un dernier chapitre d'approfondir l'ajustement structurel au Gabon en tenant compte de cette dimension sociale et politique du comportement de l'agent économique. Nous tenterons de montrer que la démocratie a alourdi le coût de l'ajustement certes, mais elle demeure si elle est véritable, une condition nécessaire pour faire accepter et maximiser les effets bénéfiques d'un ajustement. D'où le plan suivant:

4. Basie (M.), Histoire des pensées économiques, les contemporains, Éditions Syrey, Paris, 1988, p. 11. 16

PREMIÈRE

PARTIE

DIAGNOSTIC DE LA CRISE

INTRODUCTION

DE LA PREMIÈREP

ARTIE

Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, le développement des échanges comlnerciaux, la circulation des capitaux, les liens institutionnels... etc, ont accru l'inter-dépendance entre le Nord et le Sud. L'analyse du sous-développement ou d'une crise est ainsi devenu extrêmement complexe vu le nombre sans cesse plus élevé de facteurs externes et internes dont on doit tenir compte. C'est pourquoi, afin de mieux cerner la nature de la crise actuelle qui sévit au Gabon depuis la fin de l'année 1985, nous analyserons dans un premier chapitre, son aspect conjoncturel en évaluant l'incidence des fluctuations des variables de l'environnement international sur l'économie gabonaise. Dans un deuxième chapitre, nous analyserons l'aspect structurel de cette crise. Il s'agira de montrer les obstacles internes qui bloquaient bien avant le contre-choc pétrolier, la croissance et le développement du Gabon. D'où le plan suivant: Chapitre I: LES ORIGINES EXOGÈNES DE LA CRISE Chapitre II: LES ORIGINES ENDOGÈNES DE LA CRISE

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Chapitre I

LES ORIGINES ÉXOGÈNES

DE LA CRISE

INTRODUCTION Le but de ce chapitre est à la fois descriptif et analytique. La démarche descriptive vise à présenter les grands traits de l'économie gabonaise afin de faire ressortir ses atouts et ses faiblesses, à partir des données de la comptabilité nationale. La démarche analytique elle, visera à faire apparaître le type et les mécanismes essentiels de la croissance gabonaise. Elle montrera dans quelle mesure la variation des variables de l'environnement international en 1986 contribue à expliquer la crise que traverse le Gabon. .Pour ce faire, après avoir présenté le circuit économique du Gabon, nous évaluerons à partir du modèle macroéconomique qui en découle l'incidence des fluctuations du taux de change du dollar et du prix du baril sur les principaux comptes de la nation, des agents et des secteurs économiques.
SECTION I
LE CIRCUIT ÉCONOMIQUE GABONAIS

Limité au Nord par le Cameroun, à l'ouest par l'Océan Atlantique, au Nord-Ouest par la Guinée Équatoriale, au sud et à l'Est par la République Populaire du Congo, le Gabon couvre une superficie de 267667 km2 avec une population estimée à 1234000 habitants 1.
1. Estimation officielle du recensement de 1981. La population gabonaise est composée d'une mosaïque d'ethnies (Fangs, Punus, Batékés, Myenés, Bakotas...). Elle est caractérisée par une forte présence de personnes d'origine étrangère. 21

Par sa situation en latitude, le Gabon est doté d'un climat équatorial de type particulier, caractérisé par de faibles amplitudes thermiques (la température annuelle varie entre 24° et 30°), et une pluviométrie élevée (en moyenne 2000 mm de pluie par an). On y distingue cependant deux saisons sèches et deux saisons de pluies2. Pendant longtemps, la forêt qui couvre les 3/4 du pays, a rendu difficile l'exploration de l'intérieur du Gabon. Seul le littoral avait été exploré dès le xve siècle par les navigateurs portugais. Ce n'est qu'en 1830 que Paul du Chaillu, explorateur français fit pour la première fois la reconnaissance de l'Ogoué, suivi en 1874 par Marche et Compiègne. Ces explorateurs furent les précurseurs de De Brazza, le premier à avoir remonté l'Ogoué jusqu'à France-ville3. En dépit de ces handicaps naturels, le Gabon est doté d'importantes ressources naturelles (pétrole, mangasène, uranium, bois.. .). Il possède grâce à cette richesse du sous-sol l'un des revenus par tête les plus élevés de l'Afrique (4250 $ par habitant en 1983,2700 $ par habitant en 1987). Pour mieux faire ressortir les forces et les faiblesses de son économie, nous analyserons successivement les origines sectorielles de la production et la structure du budget avant le contre-choc pétrolier. Ce qui nous permettra d'élaborer le circuit économique du Gabon, cadre théorique de MEGA. A) LES ORIGINES SECTORIELLES DE LA PRODUCTION

Nous emprunterons ici une nomenclature agrégée dont le double intérêt est: - de concentrer l'attention sur un nombre restreint de branches tout en continuant à donner une image complète de l'ensemble des activités. - de faire ressortir les branches motrices par rapport aux branches induites 4. Il ressort ci-après, la forte dépendance de l'économie gabonaise vis-à-vis de l'exploitation des ressources naturelles (pétrole, bois ,mines). Elle y puisait de 1982 à 1985 en moyenne plus de la moitié de ses revenus. C'est donc essentiellement une économie de rente. L'industrie y est faiblement développée. Cette branche n'aura fourni qu'un peu plus de 5 % du PIB
total. Il en est de même de la branche agriculture-élevage-pêche
0/0.

dont la

contribution dans le PIB annuel ne dépasse guère 4,8

2. La grande saison sèche va de mi-mai à mi-septembre; la petite saison sèche va de mi-mars à mi-mai. La grande saison des pluies va de mi-décembre à mi-mars; la petite saison des pluies va de mi-septembre à mi-décembre. 3. Pour plus de détail sur l'histoire du Gabon Cf. Bouquerel (J.) in Le Gabon, que sais-je, PUF 1976. 4. Branche motrice: branche fournissant à l'économie l'essentiel de ses revenus. Branche induite: branche dépendant de l'activité des autres branches. 22

Tableau 1 Origine sectorielle de la production en milliards de fcfa de 1982 à 1985
1982 Pétrole 1 Mines Bois Bal et T.P. Ind. et En. Agr. Elev. et Pêche Serv. march. Services non marchands D.T.I. PIB Total 547,80 38,80 16,70 89,90 70,00 56,10 194,10 101,10 74,30 1 188,80 %PIB 46,08 3,26 1,40 7,56 5,80 4,71 16,32 8,SO 6,25 100,00 1983 568,89 45,00 21,11 82,70 71,70 61,9 242,80 120,50 78,00 1 292,60 %PIB 44,01 3,48 1,80 6,39 5,54 4,78 18,78 9,32 6,03 100,00 1984 738,00 47,30 23,70 101,20 81,SO 64,00 256,30 131,70 92,10 1 535,80 %PIB 48,05 3,07 1,54 6,58 5,30 4,16 16,25 8,57 5,99 100,00 1985 733,40 53,00 15,SO 125,00 87,30 71,10 300,10 154,70 104,90 1 645,80 %PIB 44,56 3,22 0,94 7,59 5,30 4,32 18,23 9,39 6,37 100,00

Tableau élaboré par nous à partir des sources statistiques de la Direction Générale de l'Économie (D.G.E.).
1. Pétrole + recherche pétrolière

Le dualisme sectoriel caractérise donc l'économie gabonaise. A côté de secteurs fortement capitalistiques et utilisant une technologie de pointe, subsistent des secteurs traditionnels marginalisés (agriculture, élevage, pêche...).
.

l'importance des droits et taxes sur importations (DTI) montre qu'il s'agit d'une économie fortement dépendante de l'extérieur pour l'approvisionnement en équipement, en matière premières, ou en produits finis. Les causes de ce déséquilibre sectoriel sont à rechercher d'abord dans les deux booms pétroliers. Le pétrole représente en effet à lui seul près des 3/4 de la valeur ajoutée de la branche exploitation des ressources

naturelles (pétrole, mines, bois), et en moyenne 46

0/0

du PIB total au

cours de la période 1982-1985. Ce déséquilibre sectoriel s'explique aussi comme nous le verrons dans le chapitre II, par les choix sectoriels contestables, les projets non rentables, l'environnement socio-politique néfaste... De par son importance dans le PIB, nous pouvons qualifier la branche exploitation des ressources naturelles de branche motrice. Le poids respectif dans les exportations des principales composantes de cette branche nous permet de mesurer encore plus l'importance du pétrole dans l'économie gabonaise.

23

Tableau 2 Évolution des exportations par activité de 1982 à 1985 En milliards de fcfa
1982 Exploitation forestière ............ Exploitation pétrolière ........... Extraction de mines ................. Divers ......................................... Total eqx>rtatians de]a branche
res.nat. ............ ..........................

1983 55,00 558,40 70,10 7,60

1984 51,70 722,40 78,60 10,30

1985 55,00 723,20 76,50 13,40

47,00 592,00 55,60 15,30

709,90

691,10

863,00

867,70

Sources: D.G.E. et B.E.A.C.

représenté en moyenne plus de 80 % des exportations de la branche % exploitation des ressources naturelles soit près de 75 des exportations

Au cours des cinq années qui ont précédé la crise, le pétrole a

totales du Gabon. C'est à juste titre que l'on parle «d'insularité du pétrole» dans l'économie gabonaise. Le caractère insulaire de ce secteur apparaît encore nettement lorsque l'on analyse l'évolution et la part des consommations intermédiaires qui lui provient des autres secteurs. Tableau 3 Éléments du compte d'exploitation pétrolier de 1980 à 1982
En milliards de fcfa Cons. Interm.locales Cons. Interm. importées Total cons. intermédiaires Valeur ajoutée Source: comptes de la nation 1980 20,60 43,13 63,70 429,40 1981 24,17 89,04 113,22 521,89 1982 37,70 92,08 129,80 613,31

Ce tableau révèle la faible intensité des relations qui existent entre le secteur pétrolier et les autres secteurs. En moyenne les consommations intermédiaires locales représentaient de 1980 à 1982 seulement près de

5,2 % de la valeur ajoutée du secteur, dont près de la moitié sont intérieures
à la branche et réalisées par la recherche pétrolière. Les sociétés locales ne fournissent qu'une part infine des achats du secteur pétrolier, dont l'essentiel des consommations intermédiaires est importé. Le montant des frais de personnel distribués par Îe secteur pétrolier par rapport aux rémunérations des ménages est également un indicateur pertinent de l'insularité de la branche pétrolière. Alors qu'elle réalisait 24

près de 46

de la valeur ajoutée de la période, elle- ne distribuait cependant en moyenne que 4 % des rémunérations des ménages. C'est
%

en réalité par le biais de l'État que s'effectue la redistribution des revenus pétroliers dans le reste de l'économie. Il est à cet égard instructif d'analyser la structure du budget de l'État. B) LA STRUCTURE DU BUDGET DE L'ÉTAT

Le Budget de l'État a longtemps été considéré «comme un simple moyen de couvrir les dépenses nécessaires au fonctionnement administratif de l'État et des collectivités». Mais depuis la crise économique de 1929, les idées keynésiennes ont fortement contribué à une modification totale du rôle du budget dans un pays. Il est devenu un moyen d'action économique, notamment de régulation conjoncturelle, surtout dans les pays développés. Dans la plupart des pays du Tiers-Monde, l'État est plus qu'un simple agent économique, il est «l'instrument de développement », le secteur privé étant peu développé. Il est par conséquent utile d'examiner les sources de ses revenus et la répartition de ses dépenses. I) Les ressources budgétaires avant le contre-choc pétrolier On distingue généralement les recettes ordinaires ou recettes propres, des recettes d'emprunt. Afin de mieux faire ressortir l'importance de chaque type de recettes, nous diviserons les recettes ordinaires en recettes pétrolières et autres recettes. Leur évolution avant le contre-choc pétrolier est donnée dans le tableau 4. Tableau 4 Évolution des recettes budgétaires en milliards de tcta
1980 Recettes pétrolières 1 Autres recettes propres 2 Total recettes propres Emprunts Recettes budgétaires totales 187,20 122,80 310,00 37,00 347,00 1981 271,50 136,70 408,20 19,70 427,90 1982 310,20 163,40 473,50 20,30 493,80 1983 311,40 171,40 587,80 56,00 538,80

Source: Loi de finances initiale 1985. Direction Générale du Budget 1. Elles se cOlnposent des i,npôts sur les sociétés pétrolières perçus sur les bét'éfices de l'année précédente, des redevances perçues sur la production de l'année en cours, et des dividendes. 2. Ce sont: les droits de douane, les impôts sur les sociétés, les taxes sur les chiffres d'affaires, les impôts sur les personnes revenus des personnes, les taxes forfaitaires sur les salaires, les autres recettes non ventilées...

25

Ce tableau montre l'importance des recettes pétrolières dans le budget

g~bonais. Elles représentaient en 1982, 65,5 % des recettes propres de l'Etat; 64,49 % en 1983. Ce qui représente en moyenne 61,84 % des
recettes budgétaires totales de la période. Les recettes propres hors pétrole, elles, ont représenté en 1982, 34,5 % des recettes budgétaires

propres, 35,5

%

en 1983 en moyenne 34,5

%

des recettes budgétaires

totales de 1980-1983. II) Les dépenses budgétaires avant le contre choc pétrolier Elles se répartissent en dépenses de fonctionnement, en dépenses d'investissement, et en dépenses consacrées au service de la dette. Tableau 5 Ventilation des dépenses budgétaires en milliards de fcfa
1980 Service de la dette Fonctionnementl Investissement Dêp. hors exercice2 116,50 109,90 1981 124,80 138,00 134,60 17,40 1982 116,60 148,40 171,90 20,10 1983 158,60 177,90 245,90 41,90

96,10
15,00

Source: Loi de finances 1986
1. Les dépenses de fonctionnement comprennent: la solde des fonctÏ!Jnnaires, le paiement de la maind 'œuvre non pennanente, les dépenses de biens et services et les transferts. 2. Ce sont des dépenses non prévues ou résultant d'une révision d la hausse de certains postes budgétaires. N.B. Le total des dépenses budgétaires est de 257 milliards de fcfa en 1980, 332 en 1981, 402,4 en 1982 et 500,4 en 1983.

Avant la crise actuelle, les dépenses de fonctionnement ont représenté en moyenne 37,9 % des dépenses budgétaires totales; Ce qui constitue

une source de préoccupation constante, car il s'agit là de dépenses non seulement incompressibles mais encore soumises aux glissements professionnels et fonctionnels. En dehors des années 1980 et 1982, ces dépenses ont été souvent supérieures aux recettes propres hors pétrole. Le niveau des investissements au cours de la période 1980-1984 a lui presque quadruplé. De 37,39 % des dépenses totales en 1980 iis en représentaient 54,05 % en 1984. Nous ve'rrons dans le chapitre suivant, quelle a été leur production. Le service de la dette, lui, a représenté 31,6 % des dépenses totales en 1983 contre 45,33 % en 1980. En résumé, les analyses des origines sectorielles de la production et de la structure du budget montrent que le pétrole occupe une place capitale dans l'économie gabonaise. Le schéma suivant résume les inter-relations entre le secteur pétrolier, l'État, les ménages et les autres secteurs. 26

Schéma 1

,,-

I 1 I I
Secteur
pétrolier

_S a!2 i r~s .!:..,.t...2~ !.! d!!!. d e..!.

~ 8~

)

_
achat

Dividendes,
partage

impôts
sa1. et div. Div. Impôts
ilut.res

de

de (384,6)

bien
(295,9) et serv

,

rev. (177,1)
Autres secteurs

(422, )

,

Achat

de biens
(..2..8

et

services

L

__

L

- - -

___ _

SUbven&lons d'expl..(34,1)

Source: ZOMO YEBE (G) «Le contre-choc voie de développement membre de l'OPEP: Clermont-Ferrand 1988.

pétrolier et ses effets sur une économie en Le Gabon ».Mémoire D.E.A Economie,

La grosseur des flèches dépend de l'importance de ce flux. Ce schéma montre que le secteur pétrolier influence le reste de l'économie essentiellement par le biais de l'État. Les revenus versés par ce secteur aux agents privés sont très faibles. Il en est de même de la part des consommations intermédiaires qui provient des autres secteurs. Par contre les revenus versés à l'État sous forme d'impôts et de dividendes sont très importants; nous avons vu qu'ils ont représenté 61,8 % en moyenne des recettes budgétaires totales. C'est pourquoi au lieu de diviser l'économie gabonaise selon les critères habituels à savoir secteur exportateur et secteur produisant pour la demande intérieure, il est plus pertinent de distinguer le secteur pétrolier et le secteur non pétrolier; d'où le circuit économique suivant élaboré par MUET (PA):

27

Schéma 2: Le circuit économique gabonais
~tations
I

Exportations hors pétrole

)
Product.ion non

pétrolière
,.. ."..,. ,.. ..,.". "..

Demande
intérieure

,.. ..",.

."..,.

Revenus

."..,.

""

- - - --

- - - -

Recettes

Dépenses

des
Production pétrolière

des
adminis-

adminis tions

tions

o
Source:

Variables exogènes ) Flux de 'revenus -

0

Variables

enih~~

Liens ajoutés par nous relatant les flux de revenus les moins importants

Document

de travail n° 87-03 de l'O.F.C.E.

«Le moteur de la croissance du revenu national réel a été constitué par l'augmentation de la valeur de la"production pétrolière et de façon beaucoup plus marginale, par le développement des exportations non pétrolières. La redistribution des revenus pétroliers par le biais du budget de l'État alimente la demande intérieure, soit directement sous la forme de dépenses de biens et services, soit indirectement par les revenus distribués aux agents privés et l'effet induit sur leurs dépenses ». La variable essentielle du modèle macroéconomique issu de ce circuit est donc la production pour l'exportation. Celle-ci détermine la demande intérieure principalement par la redistribution réalisée par les administrations. «Si l'on rend exogène les dépenses publiques, comme dans les modèles utilisés dans les pays développés, la production pour le marché intérieur devient indépendante des revenus pétroliers et l'influence du secteur exportateur sur l'économie est limitée à son poids dans le PIB »5, sans
. 5. Mu.et (P.A.), Propositions pour articuler l'élaboration de comptes provisoires, le diagnostic macroéconomique et la prévision à court-terme. Rapport de mission OFCE, Septembre 1985. 28

effet induit sur le secteur non pétrolier. Or le rôle redistributeur de l'Etat n'apparaît que lorsqu'on lie les dépenses publiques aux recettes fiscales. C'est pourquoi dans lemodèleMEGA, les dépenses publiques seront endogènes.
SECTION Il ÉVALUATION DES EFFETS DES FLUCTUATIONS DES PRIX DU BARIL DE PÉTROLE ET DU TAUX DE CHANCE DU DOLLAR SUR L'ÉCONOMIE GABONAISE DE 1984 A 1987

Après une analyse descriptive présentant les caractéristiques de l'économie gabonaise, nous consacrerons cette section à l'analyse dynamique des mécanismes de sa croissance. L'objet de cette analyse est de faire apparaître le type de croissance de l'économie gabonaise à travers les effets des fluctuations du prix du baril et du taux de change du dollar sur l'économie gabonaise à travers les effets des fluctuations du prix du baril et du taux de change du dollar sur cette économie. Effets que nous évaluerons à partir des simulations ex-post du modèle MEGA. (Modèle sur l'économie gabonaise). Comme dans la plupart des modèles macroéconomiques, la structure du modèle MEGA s'inspire du modèle traditionnel de Keynes et sa formalisation par le schéma de Hicks et Hansen. Elle est basée sur la description de l'économie gabonaise en deux secteurs (pétrolier et non pétrolier) et égalise l'offre à la demande effective, cette dernière étant le butoir à court-terme6. Le tableau suivant donne les valeurs de nos deux variables au cours de la période 1984-1987. Tableau 6 L'environnement international de 1984 à 1987
1984 DoUar (rooy. an) en da Prix du baril en $ Taux de l'euro $ (96) Taux de base bancaire (96) 436 29,00 8,96 12,15 1985 449,50 27,90 8,05 11,14 1986 346,00 12,50 7,50 9,9 1987 301,00 17,10 7,00 9,9

6. Pour une analyse détaillée du modèle MEGA cf MUET (P.A.), Rapport de mission OFCE, op. cil. ou ZOMO (G.), Contre-choc pétrolier et ajustement structurel dans un pays en voie de développement membre de l'OPEP: le Gabon, Thèse Nouveau Régime Economie, Clermont-Ferrand, Mai 1991. 29

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