Comprendre la délinquance française

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Cherchons-nous à faire décroître la délinquance au sein de la société ? La gauche pense qu'en étant répressive la droite fabrique des délinquants, la droite condamne un supposé laxisme de gauche donnant un blanc-seing aux voyous. Mais à l'exercice du pouvoir, les deux camps s'entendant à demi-mot pour maintenir ce système en place, l'un prônant des peines alternatives, les autres la construction de prisons neuves. Comment sortir du tout punitif sans avoir travaillé auparavant les questions culturelles, économiques, sociales et politiques ?
Publié le : mercredi 15 juin 2016
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EAN13 : 9782140012969
Nombre de pages : 148
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L o g i q u e s d e s p é n a l i t é s c o n t e m p o r a i n e s
Dragan Brkić
Dragan Brkić
COMPRENDRELA DÉLINQUANCE FRANÇAISE
L o g i q u e s d e s p é n a l i t é s c o n t e m p o r a i n e s
Comprendre la délinquance française
Logiques des pénalités contemporaines Collection dirigée par Tony Ferri Emprisonnement, aménagements de peine, mesures de probation... Qu'est-ce qu'exécuter une peine aujourd'hui ? Devant la diversité des sanctions pénales, et face aux évolutions affectant les secteur de l'application des peines, l'activité des personnels pénitentiaires et la place de l'enfermement dans l'économie du pouvoir de punir, cette collection a vocation d'ouvrir un espace de réflexion aux chercheurs et aux praticiens du registre post-sentenciel. Dernières parutions Alain BROSSAT,Eloge du pilori. Considérations intempestives sur les arts de punir -Entretien avec Toni Ferri, 2015. Tony FERRI,Le pouvoir de punir. Qu’est-ce qu’être frappé d’une peine ?, 2014. René SCHERER,En quête du réel. Réflexions sur le droit de punir, le fouriérisme et quelques autres thèmes - Entretien avec Toni Ferri, 2014.
Dragan Brkić
Comprendre la délinquance française
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Pariswww. harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-09551-6 EAN : 9782343095516
Peut-être que, au moment critique, les gens ordinaires se montreront plus intelligents que les malins – en tout cas je l’espère.
Georges Orwell
Liminaire
La délinquance est un phénomène en constante augmentation dans la société française. C’est un fait avéré en dépit de 1 quelques études évoquant une certaine stabilisation . Et il n’existe pas de projet politique et sociétal clairement énoncé qui ait pour ambition de faire baisser les chiffres des infractions constatées et non constatées. Les partis politiques ont bien recours à cette thématique pour appâter les électeurs, essentiellement à l’occasion des élections présidentielles, en général en se cantonnant au débat sur le sentiment d’insécurité et sur la récidive, sur le nombre global de policiers, sur le laxisme de la Justice, sur le lien entre immigration et délinquance, et désormais sur la sécurité vis-à-vis du terrorisme.
Bon an, mal an, pour essayer de réguler le problème de la délinquance, une idéologie de droite spécule à tue-tête sur la construction de prisons neuves et sur une politique de fermeté au niveau de la Justice. Tandis qu’une autre tendance de gauche s’appuie habituellement sur les peines alternatives pour vider les prisons et anticiper les sorties sèches, désastreuses pour la réinsertion. Ainsi, deux systèmes de pensée, découlant apparemment de deux visions tranchées de la société, coexistent chacun à leur tour en ayant une emprise totale sur la question du domaine pénitentiaire, mais sans finalement provoquer de changement flagrant dans la manière de punir plus intelligemment. Autrement dit, d’un côté il y a les « Professeurs » qui considèrent que les prisonniers ont ce qu’ils méritent, que l’individu est responsable de ses actes, que la prison n’est pas assez dure et qu’il faut des politiques plus répressives pour juguler la montée de la délinquance. Et d’un autre côté il y a les « Tourtereaux » qui certifient carrément le contraire : que le système pénal est trop sévère, que les délinquants sont les victimes de la société, que la prison est un
1 Enquête de l’ONRDP 2014.
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lieu pathogène et que les politiques ne sont pas assez sociales pour s’occuper en amont des causes profondes de la délinquance. Ces deux camps, de droite et de gauche en France, s’opposent avec vivacité, férocité et cynisme. Chacun jugeant respectivement que l’autre a tort parce que ses idées sont mauvaises et dangereuses sans essayer de les comprendre. La gauche pense qu’en étant répressive la droite fabrique des délinquants, la droite quant à elle s’imagine qu’un supposé laxisme de gauche donnerait un blanc-seing aux voyous… Il n’y a qu’à l’exercice du pouvoir que droite et gauche (libérales) s’entendent à demi-mot pour maintenir le système en place. Et personne ne cherche au fond à trouver une voie médiane qui reprendrait les atouts des deux visions afin de contrecarrer réellement les chiffres redoutables de la délinquance, et par voie de conséquence ceux du nombre de condamnés et de prisonniers. À contrario, des pays comme l’Allemagne ou la Suède sont parvenus à fermer des prisons grâce à une déflation spectaculaire du nombre d’infractions, et donc à une baisse du nombre de détenus. Les politiques pénales des pays scandinaves et germanique – sans oublier celles de l’éducation et de l’action sociale – prennent ainsi à rebrousse-poil tous les partisans d’une politique obstinée de construction de prisons neuves et d’augmentation de la fermeté. Et pourquoi n’y arriverions-nous pas dans notre beau et vieux pays ? Trois obstacles coexistent dans l’Hexagone générant un habitus défaitiste et des déterminismes concernant le domaine des délinquances.
Le culturel qui imprègne les esprits affaiblis et construit machiavéliquement les identités délinquantes, les processus inhérents à notre société, présente et passée, jouant un rôle primordial dans les trajectoires individuelles confrontées aux totems de la réussite et de la survie sociales. L’économique qui perpétue asymptotiquement des injustices génératrices de futures infractions. Enfin, le politique qui relève du clivage nauséabond gauche-droite, cloisonnant traditionnellement les citoyens dans des schémas idéologiques préconçus, des cases négatives, des systèmes de pensée qui véhiculent par exemple que la sécurité des Français est uniquement mise à mal par une
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politique laxiste de gauche couplée à une population d’origine étrangère, voire par la mondialisation et l’union européenne, deux concepts étant mutuellement associés de façon péjorative.
De telle sorte que ces détournements pernicieux de l’opinion publique restent fort éloignés de la question centrale qui consiste à se demander « comment juguler les chiffres inquiétants de la délinquance ? ». Le problème continu réside au fait de ne pas pouvoir sortir de but en blanc du tout punitif sans avoir travaillé en amont les questions culturelles, économiques et sociales, politiques. Parce que la délinquance, française ou étrangère, est la résultante d’un phénomène plurivalent prenant appui dans l’histoire, dans les contextes culturels, sociaux, économiques et politiques qui se répercutent par résonance dans les trajectoires individuelles. En cette perspective, nous faisons l’hypothèse que les représentations et les valeurs de l’opinion publique sont les sujets centraux à transformer lorsqu’il s’agit de vouloir changer le paradigme pénitentiaire de manière efficiente en vue d’obtenir un traitement des pénalités plus efficient et des résultats concrets au niveau des comptes de la 2 3 délinquance répertoriée, mais aussi des chiffres gris et noirs . Pour ce faire, un travail de fond doit être effectué sur les plans culturel, économique, social et politique.
2 Faits connus des institutions pénales mais absents des statistiques officielles.
3 Faits non connus des autorités parce qu’ils n’ont pas été signalés.
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