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Comprendre les investissements au Sénégal

De
460 pages
Quel est le rapport à l'investissement des Sénégalais ? C'est la préoccupation de départ de l'auteur devant le constat d'une économie en retard ou en mal de performance. Cet ouvrage repose sur les résultats d'enquêtes et d'analyses réalisées dans la ruralité et l'urbanité sénégalaises auprès de ménages, d'entreprises et de l'administration publique pour y prélever les comportements des auteurs et acteurs d'investissements.
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COMPRENDRE LES INVESTISSEMENTS AUSÉNÉGAL

Entresubsistance,profit,paraître etconsentement social

COMPREND

PASCALOUDIANE

LES INVESTISSEMENTS AUS

Entreubsist nce,profit,paraître etconsentement

AL

cial

©L'HARMATTAN,2014
5-7,rue del'École-Polytechnique; 75005Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN:978-2-296-99877-3
EAN:9782296998773

Je dédie cetravail:

Àlamémoire de :
AlbertOUDIANE,
ErnestNADIALINE,
ChristineMALOU

Etàmamère
MargueriteNADIALINE.

REMERCIEMENTS

Jeremercietousceuxqui ont soutenuceprojet notamment:
Ma famille;
Mes maîtresdesociologie,les professeursBoubacarLY(UCAD),
AbdoulayeNIANG(UGB),AmadyAlyDIENG(UCAD),Moustapha
TAMBA(UCAD),LamineNDIAYE(UCAD) ;
JeanDanielBALOUCOUNEpour son soutien précieux;
Leschercheurset membresdulaboratoire del’URICdel’Université
GastonBergerdeSaint-Louis.

7

PRÉFACE

Lalecture del’ouvrage dePascalOudiane,intitulé «Comprendreles
investissementsauSénégal.Entresubsistance,profit,paraître et
consentement social»,permetdesaisir les logiques profondes qui
soustendent l’acte d’investirdans lasociétésénégalaise.L’investissement ne doit
pasêtreuniquementappréhendésous l’optique économique.Eneffet, chez
leséconomistes,laseulemotivationdel’investisseurdemeurelaquête de
profit.C’estcettevision quel’auteur qualifie deréductrice,toutaumoins, en
cequiconcernel’investisseur sénégalais.Il s’endéfend d’ailleursen
fustigeant«l’économisme ambiant»,qui passesous silencenombre de
facteursexplicatifsdel’investissement.
Danscet ouvrage,l’auteurexplicitelemécanisme de construction sociale
del’investissement.Il montrequel’investissementest prisen tenaillesentre
le capitalisme et les institutions socioculturelles noncapitalistes– famille,
communauté et religion.S’appuyantàla fois sur lesapproches théoriquesde
l’individualismeméthodologique etdel’institutionnalismeméthodologique,
l’auteurdémontrequelarationalité del’agentéconomique, en particulierde
l’homo-senegalensis,nepeut s’affranchirdel’influenceinstitutionnelle.Ce
sontdoncles institutions socioculturelles qui modèlent le comportement
d’investissementdes ménages, desentreprisesetdel’administration
publique.Ellesconstituentaussiun obstacle
àlareproduction«scientificoformaliste » duprofitencréantun«para-capitalisme dans lequel nagent non
sans résistances lesdifférentsacteursdelaviesociale.
Dans les paysafricains,l’investissement répond à deuxlogiquesapriori
antinomiques maiscompatibles quesont leprofitet le consentement social.
Lesenquêtesdeterrain menéesauSénégal par l’auteur révèlent quele
fondement subjectif del’investissementchezl’homo-senegalensisest
l’utilitarisme et le «sutura ».Lesutura détermine,selon lui,l’agiret lesens
del’investissementetconstituel’essence duparaîtrelocal.Lesutura
demeure doncla finalitésocialepoursuiviepar l’investisseur sénégalais.
L’ouvragemetaussienexerguelesforces sociales,leniveaudes
capacités productives–matérielleset immatérielles–qui«témoignentde
l’écartentrelevécudeville etdesvillages par l’émergence des stratégies
productiveset marchandes ruralisées ou urbanisées pouvantêtreperçues
commemodernes outraditionnelles,informelles,nonformelles ou
formelles».

9

PASCALOUDIANE
Cet ouvragepeutconstitueren soiun stimulus pour laréflexionet
l’actionenfaveurd’unemeilleureprise encompte detoutes les institutions
socioculturelles,ycompris les organisationséconomiqueset les institutions
publiques.L’auteurapporte déjàsaprécieuse contributionà
l’institutionnalisationd’uncapitalisme duSudperformantetdurable.
Après lalecture de ceprésent ouvrage,oncomprendra aisément quela
faiblesse del’investissement ne doit pasêtrerecherchée dans les seules
explicationsfournies par lascience économique,mais plutôtdanscelles que
proposelasociologie économique.Ainsi l’auteur promeut– et montre en
mêmetemps l’utilité de –latransdisciplinarité dans les sciences sociales.
Cet ouvrage, écritdansun styletrèsagréable et intelligible est
naturellementadressé auxchercheurs maisaussiet surtoutaugrandpublic.
Ce dernier n’aura aucun malà comprendrelesdifférentsconceptsutilisés par
l’auteurcar ils sontdéfinisdemanière concise etavecunesimpliciténotoire.
Àtous,jevous souhaiteunetrèsbonnelecture !

10

PrSeydiAbabacarDIENG
Maître deConférencesAgrégé
En scienceséconomiques
UniversitéCheikhAntaDiopdeDakar

LISTE DES SIGLES ET ACRONYMES

ACP:Les paysd’Afrique,CaraïbesetPacifique
APD:Aidepublique audéveloppement
BM:Banquemondiale
CEALC:Commissionéconomiquepour l’Amériquelatine etCaraïbes
CNUCED:Conférence desNationsunies pour le commerce
et le développement
EU:Unioneuropéenne
PLD:Plan localde développement
ANSD:Agencenationale delastatistique etdela démographie
DSRP:Document stratégique deréductiondelapauvreté
MEF:Ministère del’Économie etdesFinances
UCSPE:Unité de coordinationetdesuividelapolitique économique
CNRS:Centrenationaldelarecherchescientifique
IDE:Investissementdirectétranger
NEPAD:Nouveaupartenariat pour le développementdel’Afrique
OMC:Organisation mondiale ducommerce
ONUDI:OrganisationdesNationsunies pour le développement industriel
PNUD:Programme desNationsunies pour le développement
UN:Nationsunies
TIC:Techniquesd’informationetde communication
CR:Communautérurale
CA:Commune d’arrondissement
GIE:Groupementd’interventionéconomique
GOANA:Grandeoffensive agricolepour lanourriture et l’abondance
GPF:Groupement professionnelféminin
CMS:CréditMutuelduSénégal
MEC:Mutuelle d’épargne etde crédit
SPI:Société deprévoyanceindigène
AOF:Afrique-Occidentale française
CLEL:Comitélocaldeséchangescommerciaux
SOBOA:Société desbrasseriesdel’ouest-africain
FIDES:Fondsd’investissementsetde développement social
MAS:Missiond’aménagementdufleuveSénégal

11

PASCALOUDIANE
CGOT:Compagnie générale des oléagineuxtropicaux
IRHO:Institutderecherchepour l’huile et les oléagineux
SMPR:Sociétémutuelle deproduction rurale
ISMEA:Institutdesciences mathématiquesetéconomiquesappliquées
Arr:Arrondissement
CUR:Centreuniversitairerégional
PlanREVA:Retourvers l’agriculture
BRVM:Bourserégionale desvaleurs mobilières
BCEAO:Banque centrale desÉtatsdel’Afrique del’Ouest
PVD:Paysenvoie de développement
PMA:Pays moinsavancé
CDI:Contratà duréeindéterminée
CDD:Contratà durée déterminée
SGBS:SociétéGénérale de banquesduSénégal
CBAO:Compagnie bancaire del’Afriqueoccidentale
SNC:Société en nomcollectif
SCS:Société encommanditesimple
SARL:Société àresponsabilitélimitée
SURL:Sociétéunipersonnelle àresponsabilitélimitée
SA:Société anonyme
SP:Société en participation
SF:Société de fait
GIE:Groupementd’intérêtéconomique
PIB:Produit intérieurbrut
OIT:Organisation internationale dutravail
PTIP:Programmetriennald’investissement public
BCI:Budgetconsolidé d’investissement
DCEF:Directiondela coopérationéconomique etfinancière
DDI:Directiondela dette etdel’investissement
BSD:Banquesénégalaise d’investissement
BNDS:Banquenationale d’investissement
PME:Petite et moyenne entreprise
MPME:Micro,petite et moyenne entreprise
PMI:Petite et moyenneindustrie
BRICS:Brésil,Russie,Inde,Chine etAfrique duSud
SNDES:Stratégienationale de développementéconomique et social
PSE:PlanSénégalÉmergent

12

GLOSSAIRE

Homoeconomicus:Individuen situationéconomique,supposé être autonome
voiresocialement indéterminé.
Homo sociologicus:Individusocialementdéterminépar le fait social.
Socialité :Conscience dudonnésocialchezles individus (GrawitzM.:2004)
Latraditionalité :Socialité antécapitaliste.Le capitalisme étantconsidéré
commesynonyme demodernité.
Hétérogénéitédel’investissement:Se ditdel’investissement lorsque certaines
entreprises investissentetd’autres non,quel quesoit lesecteurd’activité et la
prégnance dela conjoncture.
Irréversibilitédel’investissement:Se ditdel’investissementdès lors quela
décisiond’engagementàl’investissementest irréversible.
Lexoy(lirekhoye):Motwolofquidésigneune cérémonietraditionnelleoùles
érudits prêtreset prêtresses traditionnelsappelés saltigué en pays sérères,
rivalisenten prédiction sur lesévénementsàvenir sur l’ensemble dupays ou
surunerégion particulière dupays.
La houe:Petitepioche àlame de feretàmanche courte.
Cosaan:Mot sénégalais quiveutdire «tradition» dans les langues sérère,
wolof et peul.
Tound :Motwolofpourdésignerunfief.
Toubab:motwolofquifait référence àunIndividuderace blancheleplus
souventfrançais, étantdonnéque c’est lepeuplequialeplusété encontact
avecles populations traditionnellesduSénégal.
Ndiatigui:Motdelalangue bambarasignifiant«lelogeur»utilisépour
désigner les intermédiaires quiétaient« courtiers, agentsde change,
interprètes, hébergeurs/logeurs, conseillers juridiquesetagentsde
propagande ».
Tefanké:Négociantetdémarcheuren languemandingue.Ils servaient
d’intermédiairesentre éleveursetchevillards.Ils pouvaientêtre chargés
souvent pour le compte deschevillards, d’acquérirdesanimauxdans les
zones pastorales (FerloetLouga)avantdelesacheminervers lesabattoirsde
laville.
LeSolestunepratiquemystique d’inculcationdelatechnicitéprofessionnelle
traditionnellesansapprentissage.Il s’agitd’un transfert mystique de
compétences.

13

PASCALOUDIANE
Sutura:Motwolofqui,mêmesiétymologiquementveutdire discrétion,nele
traduit pasexclusivement.Eneffet,ildoitêtre compriscommeunétat
conditionnelàl’acceptation sociale.Autrementdit,il s’agitd’unéquivalent
duconsentement social.
Moyal:Épreuvetraditionnellesocialement instituée chezleswolofs qui
consiste aupillage,sous la complicité duroi, de commercesde gens libreset
pourvusenbiens.
Saltigué :Prêtretraditionnel qui, àpartirderites,préditdesévénementsàvenir,
lesquels sont relatifsàlasurvie dugroupe.Il peut s’agirdudéroulementdela
saisondes pluies oudemalheursen perspectivequ’ilfautconjurer.
Tontine :C’estune épargne collective.Elle est initiée etutiliséepar les ménages
qui seregroupentenassociation.
LetypeGoorgoolu:modèlesocial largementdominantauSénégal reflétant le
citoyenaurevenuéconomique faible.
Hadiya:Don pieuxd’undisciple àson maitrespirituel.
Zakât:Motarabequiveutdirepurificationetconstitueletroisièmepilierde
l’islam.Richesse calculée et prélevéesur l’avoirdufidèlemusulman
supérieurà 85 grammesd’orà chaque annéelunaire(Hégire)auprofitdes
pauvreset nécessiteux…Elle estconstituée de2,5%duchiffre annuel
épargné+ métauxprécieux.
LaDime:Contributionvolontaire,taxeouprélèvementd’undixième dusalaire
en soutiend’uneorganisation religieuse chrétienne.Elle a étéremplacéepar
le «Denierde culte » dont lemontantest laissé àla discrétiondesfidèles.

14

Mon oncle etami,un jour,m’interpelle ences termes: «Que feriez-vous si
mortvousdécouvrezqu’il n’yaniDieuni paradis ?»
Jelui réponds,spontanément,qu’il s’agiraitd’un mauvais investissement
commeil s’en passe chaquejour quandunentrepreneurfaitun mauvais
traitementdes informations reçues supposéesdéclencher sonengagement.

PascalOUDIANE

15

INTRODUCTION

Il n’est pointbesoindepréciser quel’investissementestunfaitéconomique.
Lasurprise certainementviendraità direque c’estunfait sociologique.La
sociologiequiestacadémiquementcataloguée commeune «science humaine »
traiteleshommesàpartirdu« fait social»,traverse etcouvrel’ensemble de
leurs relations qui se constitue en sphèresociale et qu’elle appréhende comme
unetotalité.

Voilàunesciencequi nepeut paraître étrangère dans lesocial.Deses
résultats nous prélevons l’assertion selon laquelle «l’homme estunêtresocial,
1
nonéconomique ».Ceci pourdirequesoncaractèresocialestantérieuràses
acquiséconomiques.L’être estd’abordsocialavantd’être économique.C’est
une convictiondurkheimiennerepriseparKarlPolanyi (1886-1964),qui nous
paraîtessentielle dans lajustificationdelapertinence de celivre.Pour le
premier, dans ses travauxsur la divisiondutravail plus précisémentdans sa
2
critique del’utilitarisme , «lavieindividuelle est née delavie économique ».
Autrementdit, c’est l’économiequicréel’individuet non l’inverse.Pour le
second,l’économie est« encastrée » dans lesocial.Celaveutdireque cesont
les relations sociales qui produisent lavie économique.Lasociologie estcapable
desesaisirdetoutactequelconque,qui porteles sentimentsdesonexécutant,
commeobjetd’étude dès lors qu’il incarnelescaractéristiquesdu« fait social»
et traduitun sens socialdonné.De cepointdevue,qu’importesanature,l’acte
est toujours rapporté ausocial.

Vouloircomprendreune action relève d’unexercice de fouilleorienté.Il ne
s’agit pasdes’intéresserà cequel’onvoit,maisà cequel’on nevoit pas.
L’investissement participe de cesformesd’action qui,pour lescomprendre,
exigela convocationdes parties qu’ilcache.Il s’agitdesactionsdites
significatives.Parexemple,la gifleque donneraitunemère àsonenfant oucelle
d’un individuàsonamiestdelamême catégoriequ’unacte d’investissement
poséparunentrepreneurconfirméoudébutant.Cequelevisuel peut saisir, c’est
l’éclatdela gifleouprécisémentunagententreprenant quiachète des machines,
dumatérielbureautique,qui loue desbureauxou un magasin, en sommequi se
comporte d’unemanièreoriginaletouten soutenant qu’ilest surune affaire.
L’œil peut relevercesactes.Maisvouloir lescomprendrenécessitelerecoursà
laquestiondupourquoi.Pourquoi lamamangifle-t-ellesonenfant ?Pourquoi
l’individufait-il tous sesachatset se comporte-t-ild’unetelle façon ?Les

1

2

CarloTrigilia,Sociologie économique :État,marché et société dans le capitalisme
moderne,Ed.ArmandColé,2002,p. 92.
Ibid,p. 73.

17

PASCALOUDIANE
motivations,pour les nommer,nesont pasvisiblesàl’œil nupuisqu’elles sont
enfouiesdans le cœuret l’espritdel’actant.Elles sontdes motifs, « en raison
de… »oudescontraintes, « à caus»,e de… qu’ilfautallerchercher.Par
conséquent,ilestunenécessité de fréquenter lasubjectivité et l’objectivité de
ces individusditsagentsouacteurspourcomprendreleursactes.Parcequ’en
finde compte, cequel’œilvoit, c’est l’accomplissementdel’objectivité dela
personnequi semanifeste enaction.
SelonFrédéricLebaron, enseignanten sociologie àl’université
dePicardieJules-Verne etdirecteurducentreuniversitaire derecherche administrative et
politique dePicardie, «lasociologieneséparepas,les processus objectifsde
leurdimension subjective,les situations«matérielles» deleursdimensions
«idéelles», elle considère, aumoinsdepuisÉmileDurkheim,queles idéeset
3
lescroyances sontconstitutivesdelaréalitésociale,ycompriséconomique ».
Nous invitonsalors notrelectorataucœurd’unesociologie économique,
disciplinesociale dans laquellelathéorie del’actionetcelle des institutions
peuventêtre appliquéesàl’investissement quiestunfaitdel’homme,quelleque
soit lareprésentation qu’on peut luidonner.Lasociologiequenousallons
déroulerestunesociologie dela croyance
économique.Ellerecoupel’économique,l’histoire,le cognitif et mêmelepolitique, car nousyintégrons,
précisémentdanscette étude,laqualité d’investissementdel’administration
publique.
Notreobstinationà appréhender lephénomène del’investissement quiestun
desfondamentauxdel’activité économiqueserésume àun projetde
compréhensiondesa construction sociale.Nous nesommes pasdépaysé en
choisissantdetravailler surce «phénomène » économique, carcertains
penseurs, àl’exemple deGillesGranger professeuraucollège deFrance,
soutiennent que «l’essence »même del’humanité, c’est«l’entreprise ».Nos
recherches ici mettentànul’acte en quoi ilconsiste àpartirdel’instrumentdela
rationalité.Nous perturbons sansdoutelasérénité deséconomistesclassiquesen
apposantà ce faitundéterminismepropre àlasociologie.Mais rationalité et
déterminisme fonderont l’argumentaire compréhensif etexplicatif dela
constructiondel’investissement,quenous révèlerons ici, chezlesagents
économiques réputés rationnels.
Ilestconnuqu’ilest le faitd’agents privéset publics.Nous nous intéressons
auxressourceset techniques qui leportentafindeluiassurerune effectivité et
4
une croissancesur lemarché.S’intéresserà ce fait social implique de
considérer ses préalablesdemêmequesescorollaires, c’est-à-direles
comportementset rapportsdequalitésociales’inscrivantavant,pendantetaprès
sonavènement.LesNationsuniesont retenuen2001,pour leur programme

3

4

18

FrédéricLebaron, «Nature etdéfinitiondelasociologie économique »,Encyclopaedia
Universalis,2009.
Lieud’échange de bienset services.

Comprendreles investissementsauSénégal
d’actiondéfiniàBruxelles,leprincipe descapacités productives.Considérant le
statutéconomique et socialduSénégal quiestun pays moinsavancé(PMA),
élargir l’investissementauxcapacités productivesétaitconvenable.L’ONUDI
en2003, enaccord avecleNEPAD,voulant renforcer la baseproductive des
économiesafricaines, alancéuneinitiative derenforcement sur leprincipe des
capacités productives,lesquelles,selon toujourscerapport,incluent lescapacités
56
technologiques .LaBanquemondialen’est pasen restepuisque dans son
rapport sur la croissance économiquepublié dans lesannées 1990, elle avait
prévudemettrel’accent sur les incitations nécessaires pour les renforcer.La
7
CEALCa compris l’intérêtdudéveloppement productif et l’ainséré aussidans
ses rapports,plus précisémentdans ses propositions politiques.
L’investissementest objetdesociologie
L’investissementéconomique et social sous sa
formeperformative,c’est-àdire en saqualité d’action rationnelle et sous sonénoncé constatif,c’est-à-dire
en saqualité dephénomènevoire d’événement, est plus qu’intéressant pour la
sociologie.Par soucid’une appréhensionde fond,nous pouvonsdirequenotre
objetest l’actionutilitariste.Par sophistication nous parlonsd’investissement.La
question qui sepose d’emblée estcomment l’aborder ?D’abord,nous pensons
décriresa formequenous percevonscommeunacte.Delà,laquestion qui
survientestcommentun sociologue aborderait-ilune action
?Cettepréoccupation sevoitêtrerésolue dès lors quenous savons que «l’objetcentral» dela
8
sociologiewébérienne est«l’action sociale ».MaxWeber (1864-1920)définit
l’actioncommeun« comportementhumain quand et pourautant quel’agent ou
9
lesagents luicommuniquentun sens subjectif ».En outre,parmi toutes les
actionshumaines,il prélèvel’action sociale.Ilentendparcelle-ci: «l’activité
qui, d’après son sensvisépar l’agent oulesagents,serapporte aucomportement
10
d’autrui,par rapportauquel s’orientesondéroulement».
Ainsi,les questions« d’action» et« d’action sociale » étant résolues,il nous
reste de cerner laqualité del’action sociale,plus précisément, cequi luidonnele
caractère économique.Apriori,ilfaut s’accorder sur le fait que «L’homme est
11
unêtresocialet nonéconomique ».IlyaselonKarlPolanyi (1886-1964),un
encastrementdel’économie dans lesocial.Dans ladivisiondutravailpublié en

5

6
7

8

9

10
11

ONUDI,(2003)«AfricanProductiveCapacityInitiative » et (2005)«Capability
Building forCatchingup..» dansCNUCED,Développer lescapacités productives,p. 64,
Encadré 4.
Banquemondiale.Rapport,2005a,p. 10.
CEALC,Le développement productif dans leséconomies ouvertes.2004 etChanging
ProductionPatternwithsocialEquity,1990, dansCNUCED,ibid.
NatalieRigaux,Introductionàlasociologiepar septgrandsauteurs,De boeck,2008,
p. 134.
MaxWeber,Économie et société(WirtschaftundGesellschaft,1922),TomeI,trad.
J.Freund,J.Chavyetal.,Paris,1971,p.28.
Ibid.
CarloTrigilia,op.cit.,p. 92.

19

PASCALOUDIANE
1893,Durkheim (1858-1917)affirmeque «lavie économiquen’est pas née de
lavieindividuelle, aucontraire,laseconde est née delapremière ».Rappelons
avantd’aller plus loin quel’unité d’analyse deDurkheimest
lesocial,c’est-àdirequ’il privilégieletout sur les partiesvoireles individus.Unepensée
orientée contrelaméthode deWeber pour qui l’unité d’analyse est l’individu.
Également,nousdisons quel’orientationéconomiqueprisepar l’action
humaine est simplementunfaitculturel,puisque cette dernière est sociale à
l’origine.Parconséquent,ilest possible dequalifier l’actiond’économiqueou
l’investissementd’économiquepuisqu’ilyauneorientationéconomique de fait.
Voilàquenous pouvonsdonc considérer l’investissementéconomique comme
une action sociale et l’appréhendercommetelle.Maisen se fiantàla définition
del’action socialeque donneWeber,l’important,commele fait remarquer
12
NatalieRigauxen seréférantaussiàGoffman,«n’est pas la coprésence
d’autrui,maisdeserapporteràl’actiond’autrui pour orienter lasienne ».À
notresens,ilyalieudonc de considérer lavariablerationalité dans le cas où
l’individuorientesonactionenfonctiondel’autre.D’ailleurs,il importe de
mentionner que c’esten s’intéressantàl’action queWeberenestvenuàrecourir
àlarationalité etàproduireunetypologie desactionsetdes rationalités.
Endéfinitive,nousétudionsdanscelivrel’investissementéconomique en
tant qu’action sociale,laquelle est portéeparune certainerationalité.Une
approchepossible dans lamesureoùl’acteur orientesonactionenfonction
d’autrui.Notre appréhensiondu«phénomène » cibléreposesur la considération
detrois niveauxquesont l’acte(l’investissement),le comportement
(l’entrepreneuriat)qui«loind’êtreune chosequiexiste en soi, estunensemble
13
significatifpourune consciencequi le considère » etenfin lesujetacteur ou
agent (l’entrepreneur).Cepaquetestaxésuruncasdemodèleprécis notamment
l’homoeconomicus senegalensis.
Pour lasociologie,il importe de cibler l’acte etd’observer les
comportements quiendécoulentet qui luidonnent lanature de fait social.En
14
accord avecles règlesdelaméthodesociologiquel’acte dit social nesetient
pasuneseule fois,maisest suffisamment reproduitet s’ancre finalementdans la
socialité des individus.Hormis l’impératif deremarquer lescaractéristiquesdu
fait social sur notreobjet,nousavons remarqué enfaisantunesynthèse du
traitementdela dynamiquewébérienne faiteparMadeleineGrawitz,que
M.Weber réunitautant l’action,le comportementet l’acteur social pour leur
15
associerenfinde compteunesignification subjective.Rappelons que
M.Weberétait professeurde droitcommercialdevenudepar son intérêt pour
l’économiepolitique,l’histoire et laphilosophie, enseignantenéconomie.

12
Interactionniste dont lenomest rattaché àl’école deChicago.
13e
MadeleineGrawitz,Lexique des sciences sociales, 8 édition,2004,p. 78.
14
ÉmileDurkheim,Règlesdelaméthode en sociologique,PUF, coll.«Quadrige »,1937,
1999,p. 10.
15
MadeleineGrawitz,op.cit.,p.5.

20

Comprendreles investissementsauSénégal
Le contextescientifique etépistémologique del’investissement
Encoreune fois,nous nerécusons pas laqualité économique de
l’investissement.Dumoment quel’actionéconomiquepeutêtresignificative et
éventuellementàl’origine dephénomènes sociaux,nous–sociologues–
pouvons lui manifesterun intérêt.Notretâche consiste alorsàplacercette
activité ditéce « onomique » dansuncadresociologiqueoùilest possible de
mobiliserdesfaitsempiriquesethistoriques.Toutefois, celarelève d’un
exercice difficile dans lamesureoùl’économie et lasociologiesontancréeset
cela, demanière historique dansdeuxmouvementsantithétiques.
Longtempscaricaturée comme «science des restes»oucomme « gardienne
académique des lieuxcommuns» commelerapportelesociologuesuédois
16
RichardSwedberg ,lasociologie asouffertdesonémergencesur leterrain
économique.Les tentativesd’humiliationetd’intimidation,issuesdela
confrontationentre économisteset sociologues sur lemonopole desdomainesde
prédilection pour nepasdire des sujetsà étudier,ontfaitconnaître des parcours
différentsàlanouvelle disciplinesociologique dans les pays quien ont montré
les premiers signesd’appropriation.Il s’agit notammentdel’Allemagne avec
l’école historique, delaFrance aveclaparticularité del’influence
institutionnelle durkheimiennepour lasocio-économique européenne et les
États-Unisautourdel’école deChicago.
Les théorieséconomiques,sous l’héritage delaphilosophie des lumières,
conçoivent«l’individucommeultimaratio,lasociété commeuncontrat
d’association qui reposesur laraisonet le calculafindeserviraumieuxles
17
intérêts individuels» et plaidentessentiellement pour l’autonomie del’action
18
individuelle.SelonMichelFoucault,l’essence delasociologie està chercher
« ducôté delatraditiondelaréaction romantique contrelaphilosophie des
lumières qui suivit laRévolutionfrançaise et lesguerres napoléoniennes».Ce
qui peutêtrevalable,si nous remarquonsd’unepart qu’AugusteComte,père
fondateurdelasociologie ainsistésur l’importance del’ordresocialdes
traditionsetdel’autorité,qu’il oppose àlaraisonetaucontrat queles
er
philosophesdes lumièreseux-mêmesavaient placésau1 rang et que, d’autre
part,l’idée des lumières selon laquellel’obéissance est librementconsentie a
19
essuyéuneoppositiondeMaxWeber .Celui-ciattirel’attention sur les
diversesformesd’autorité caractéristiquesdes organisationsbureaucratiques.

16
17
18
19

RichardSwedberg,Une histoire delasociologie économique,Desclee deBrouwer,1994.
PhilippeSteiner,La «Sciencenouvelle » del’économiepolitique,Paris,PUF,1998.
MichelFoucault,Lesoucidesoi,Paris,Gallimard, coll.«TEL»,1984.
FrédérichVanderberghe,Une histoire critique delasociologie allemande,Aliénationet
réification,TomeI,Paris,SérieBibliothèque duM.A.U.S.S.,LaDécouverte, coll.
«Recherches»,1997.«latensionentrelestyle devie deson père,unhédonistelibéral
quifutdéputé d’abord àla chambreprussienne,puisauReichstag et samère,une femme
cultivée etvouée aucalvinisme, a fortement marquélejeuneM.Weber… »,p. 155.

21

PASCALOUDIANE
L’avènementdulibéralisme a favorisé, d’aprèsun modèlemécaniste,le
remplacementdel’homo œconomicuspar l’hommerationnel qui,paruncalcul
20
constant,cherche àobtenir laplusgrandesatisfaction .L’évocationde ce
concept nousfait penserautomatiquementàMaxWeber,quialemieuxpris le
rebond dela doctrinelibérale encequ’elle est leprolongementdel’autonomie
del’action individuelle etfaitétatdesiège auseinducapitalisme.Mêmes’il
produitunesociologie àla fois socio-historique,systématique etcritique –pour
préciser samarque déposée –sonapprocherestetrès importante en relationavec
les théorieséconomiques.Ayantdébouchésur lasociologie depar ses œuvres,il
est l’undes plusgrands sociologuescontemporainsau-delà deses idées
21
philosophiques .Ainsi, en sociologie,on nepeut s’intéresseràl’action
économiquesans seréféreràl’approchewébérienne.Cequi peut nous permettre
de contourner les insuffisancesdeséconomistes qui, considérant lavaleur
commeunesimple donnée,l’introduisent sansexplication scientifique dans
leursanalyses.Alors lesociologue aural’avantage depouvoir proposeravant
toutune explicationdelavaleuràtravers les instrumentsvulgarisés par sa
22
discipline.Basculant progressivementversunesousdisciplinenouvellequiest
leproduitdelaramificationdelasociologie, c’est-à-direlasociologie
économique,lesociologuespécialisépeutêtre convoquésurautantde
thématiques sur lesquelles l’instrumentdeséconomistes,limité,se désengage
devantun impératif d’explication.Cettenécessité d’explication,vapropulserun
sociologue françaisÉmileDurkheim (1858-1917)dans le champdel’économie
etyfavoriser son succès.Pour lui,leséconomistesayantétéles premiersà
constater quelasociété, commelanature,est régiepardes loiset qu’ilfauty
appliqueruneméthodescientifique,ont préparéleterrain pour l’avènementdela
sociologie en montrant que «lavie collectivenepeutêtreingénumentexpliquée
23
par lavolontépolitiqueoupar le bonvouloirdequelquesdivinités».Son seul
regret,quid’ailleurs l’oppose auxéconomistes, c’estunequestiond’ordre
méthodologiquequiconcernel’individualismeutilitariste.Cequival’amenerà
s’opposer plus tard àsonhomologuesociologue allemandMaxWeber.Une
opposition quiva établir lesdeuxpôlesessentielsdelaméthodologie en
sociologie.Il rejettel’individualisme comme base d’explication parcequ’étant
une caractéristique delasociétémoderne.Pour lui, « dans les sociétés primitives
et plusantiques,le comportement individuelestfortementconditionnépardes
règles sociales qui nelaissent pasdeplace àlasphèreprivée ».Le faitde
remarquercesfacteurs institutionnels, c’est-à-direles normesetforces sociales
qui influencent le développementéconomique et qui seretrouvent influencéesà
leur tour par leschangements qu’elles revêtentaufuràmesurequelasociétése

20
MadeleineGrawitz,op.cit.,p.207.
21
KarlJaspers,MaxWeber:Politiker,Forscher,philosoph.(Munich,1932) (Bremen,
1946) 1958, citéparFrédéricVandenberghe,op.cit.,p. 157.
22e
RaymondBoudonetFrançoisBourricaud,Dictionnaire critique delasociologie,7
édition,PUF, coll.«Quadrige »,2004,p. 663-670.
23
CarloTrigilia,op.cit.,p. 73.

22

Comprendreles investissementsauSénégal
transforme, faitd’ÉmileDurkheimun sociologue derenomméeinternationale,
letenantdel’approcheinstitutionnaliste.
D’autres intellectuels ontdéveloppé des réflexionsdans la dynamique
nouvelle,c’est-à-direlasociologie économique, en réactionàl’ordrelibéral.
Nous pouvons nommer,entre autres,KarlPolanyi,socialiste et institutionnaliste
etJosephSchumpeter (1883-1950),économiste etconservateur libéral.Le
comportement individuel,remarqueK.Polanyi, estdéterminéparun« ensemble
d’obligations partagées» et moins pardes motivationsutilitaristes.Cen’est
e
qu’avecl’affirmationducapitalisme au16 sièclequel’intérêt pour leprofitest
24
devenuconsidérable.Eneffet,larecherche dugain n’est pas innée,mêmesi
25
elle atoujoursexisté dans les sociétés traditionnelles,oùelle est moinsforte
26
quel’aspirationauconsentement social, austatut social .L’individualisme
méthodologiquenepeutêtre appliqué dans leséconomies primitives puisqu’il
les rendrait incompréhensibles,selonPolanyi.Cette dominationdelastructure
sur lapratiqueindividuelle estencore derigueur même dans les sociétés
modernes oùl’économiese développe àtravers l’accumulationcapitaliste.Nous
envoulons pour preuvela conceptiondeSchumpeter selon laquelle «le
capitalisme estune civilisation,ilest lié àunestructureinstitutionnelle
spécifique etàun schéma devaleurs».Laplace dela culturene doit pasêtre
27
niéepar l’économiequia déjàphagocytélepolitique.
L’économie étantune expressionculturelle,le capitalisme,qui lesoutientde
nos jours,l’estégalement.Lasociologienepeut,parconséquent,trouver mieux
pourapporter sonexpertise.
Ce bref aperçudel’environnement quiamotivé et qui prévautauseindela
sociologie économique est pour prépareràla compréhensionde cette étude.
Acceptons qu’ilexisteunerelationcomplémentaire entrele faitéconomique et
l’appréhension sociologique, alors qu’unetendance derupture aupréalable, a été
longtemps recommandée.
Lathématique dudouble conditionnement institutionnel
del’investissement
Lathématiquequenous proposons ici nese cantonnepasexclusivement
autourdel’acte d’investissement.Elle estauconfluentdel’action, du
comportementetdel’acteur social.SelonFrançoisBourricaud etRaymond
Boudon«lesfaits sociauxdoiventêtreinterprétéscomme des rapportsentreune

24
MarxWeber,dansFrédérichVandenberghe,Une histoire critique delasociologie
allemande,Aliénationet réification,TomeI,op.cit.,p. 182.
25
KarlPolanyi,dansCarloTrigilia,op.cit.,p. 92.
26
Ibid.
27
JeanPierreDupuy,Avenirdel’économie :sortirdel’économystification,Paris,
Flammarion,2012,290p.

23

PASCALOUDIANE
pluralité d’acteursetd’agents.C’està cette condition que cesfaits ontun senset
28
peuventêtre compris».
Eneffet,notre compréhensiondela construction sociale del’investissement
impliqueun intérêt pour le double conditionnementducapitalisme etdes
institutions noncapitalistes issuesdelatraditionalité.Le faitentrepreneurialest
autant pratiqué et reproduiten traditionalité, en modernitéoudansuncadre
social oùlesdeuxsocialités précitées sontarticulées.Les rapportsentreles
configurations socialesurbaineset rurales,qui témoignentdelasingularité
structurelle, empirique ethistorique del’espritd’entreprise, deviennent
incontournablesdanscettethématique derecherche.Les procèsderationalisation
prennentdel’importancepour toute étudesur l’agentéconomiqueporteurde
projet socialetcapable dese fixeruneprioritésociale.L’acteiciest pourvude
sensetest lié àune détermination sociale,lesquelsfaitsaffectent sa construction
sociale.
Ilest questionalors pour lescientifique d’appréhender la dimension
culturelle – en tant que cause eteffet–sur l’investissementen partantdela
subjectivité del’agent par laquelleil orienteson objectivité etfonde en
définitivesarationalité.C’est laraison pour laquell,ilestconvoquélerôle des
valeursetdes institutionscapitalisteset noncapitalistes sur lapratique de
l’investissement.L’aspectculturel qu’impliquel’investissement renvoie ausens
du vécuqu’il suggère auxagentséconomiques.Serontd’un intérêt pour nous
des motivations, des raisons, des intentionsetdes stratégiesd’appropriationet
d’exploitationvoire d’orientationdescapitauxqui peuventêtrde « ’ordre
financier, culturel (technologique,juridique,organisationnel,notamment
l’information,parexempleissue delaveilletechnologique), commercial,social
(ensemble des ressources mobiliséesàtraversun réseauderelations)et
29
symbolique »observésdansun rapportde force,pour nepasdireun« champ
économique »pour parodierPierreBourdieu,lequel impose, entre autres,
engagement, compétitionet rapports optimisés,sacrifice, cessionetcoût.
Quel intérêt scientifique?
C’estauxhommesdescience,qu’il revientdes’intéresserauxmotivationset
àla compositiondesactions individuelles, àleurenvironnement socioculturelet
àleur interaction pourdéclineruneligne de conduiteparticipative dela
dynamique générale del’investissement.Ilestbonausside chercher, derrièrele
rideauéconomique, descomportements régis parune certaine autonomie dans
laquelles’identifiel’agentéconomiquesans oublier lerôlequejouent les
institutions socioculturelles noncapitalistesdans la déterminationdel’acteur.

28
RaymondBoudonetFrançoisBourricaud,op.cit., avant-proposdelapremière édition,
p.xxiii.
29
PierreBourdieu,Les structures socialesdel’économie,Paris,Seuil, coll.«Liber»,2000,
p.236.

24

Comprendreles investissementsauSénégal
Lemodèle cultureléconomique exige dans sa connaissanceparfaite, alliant
actionet motivation,lamise encommundes paradigmes individualiste et
institutionnaliste.Les institutions ont longtemps intriguéleséconomistes qui les
ontabordéesdupointdevue delarationalité collective.Parailleurs,laquestion
del’émergence des institutions n’yest toujours pas refermée.Cettesituation
constitueplusd’uneopportunitépour lasociologie derendreservice àlascience
économique,préoccupée deplusen plus par l’efficacité et l’harmonie des
rapports sociaux.
Dupointdevue delathéorievoire del’épistémologie,notretravail présente
un intérêtà deuxniveaux.D’abord aupremier niveau,nous montrons qu’ilya
plusd’unepossibilitépour lasociologie deproduire desétudes sur lesquelles
pourrait s’appuyer lascience économique.Leséconomistes néoclassiques
contemporainsfréquententdeplusen plus leterraindelasociologiepour
surmonter lesblocages rencontrés par l’analyse économique.Lascience
sociologique doit récupérer saplace concernant lesdomaineset thématiques
d’étude,jouerun rôle deleadershipdans lasphère des scienceshumaineset
socialeset ne doit plusêtrela «science des restes» commel’a d’emblée
considéréelascience économique.Ausecondniveau,nous plaidons pourune
complémentaritévoireuneunificationdesdeuxpôlesdelasciencesociologique
enuneseuleméthodepour penser lephénomène économique,lequelveut se
détacherdusocialenautonomisant l’homo œconomicus.
Dans l’empirie, en prenant l’investissementdans soncontextesocialcomme
pilierdel’activité économique,nouscréons l’utilité desavoirlerapportà
l’investissement.La compréhensionde cerapport permetàlasociologie de
mettre envaleurdes modèles structurelsauxquelsdoiventêtre appliquésune
rationalité d’investissementadéquate.Ilyaun intérêt normatif danscetravailet
unavantage derepréciser lanaturesociale del’économiequiest simple
technicité.Ilfaut qu’ilyaitdes sociologiesdela croyance économiqueorientées
sur leterrainafricain.Lesgrandesétudes sociologiques sesontconcentrées sur
l’ancienneEurope et lesÉtats-Unis,terrainsdela cultureindustrielle.Mais on
ne dirajamaisassezquel’Afrique est lalaisséepourcompte dans laproduction
desgrandes idées.On pensepourelle etelle applique.Nos paradigmes
scientifiques sonthéritésdel’expérienceoccidentale – et souvent–sur son
propreterrain.Nous pouvonsciter les travauxdeWeberetdeDurkheim pour la
sociologie.Certainementdesétudesen scienceshumaineset sociales ontété
faitesdans leséconomies populairesappeléesinformellesetconstituent
aujourd’hui l’ossature delasociologie économique enAfriquevoire des paysdu
Sud engénéral.Pourétudier le double conditionnementculturel,ilaimporté
pour nousdevisiter le capitalisme et letraditionalisme àtravers leurs traits
culturels.
Parailleurs,lesoucidevouloirdécouvriretcentrer laproblématique de
l’investissement nousapoussé àuneobservationexploratoire aucoursde
laquellenousavons punousconvaincre del’existence devéritablesdifficultés

25

PASCALOUDIANE
pour l’entreprise, delapossibilité desesaisird’uncanevasde constructionetde
pérennisation socialemaisausside découvrirdes perspectivesd’explicationà
nos questionnements.Parexemple, envoiciune :Dans quelle circonstancele
comportement relatif àl’investissementest-il perçucommenormal ou
pathologique?Nous sommesconvaincuquetoutesociologie de
l’investissementdoit tenircompte del’environnement socialdelaproductionet
ducommerce et se doitdeproduireun outil pédagogique etdeparticiperau
changement socialallantdans lesensdubien-être des populations.
L’intérêtdenotre démarche
Notrepopulationcible estconstituéepar lesentrepreneurs, car ils portentdes
investissements,peuimporteleur taille et l’objectifvisé.Lesunitésderéférence
etd’analysesont leménage,l’entreprise et l’administration publique.L’unité
déclarantepour les ménagesvisitésest le chef deménagepourvud’un revenuet
d’une autoritémorale.L’unité déclarantepour l’entreprise est le chef
d’entreprisequi peutêtre aussi lepropriétaire del’entreprise bureaucrateoule « cadre »
disposantdupouvoirde décision.L’unité déclarante dans l’administration
publiquerestel’agent technique del’Étatet l’élulocal.Nepouvant pascouvrir
denos modestes moyens l’ensemble desunitésdenotreterraind’investigation–
leSénégal–nousavonsutilisél’échantillonnageprobabilistepar quotapour
choisir noszonesd’enquête.L’échantillonnage avecprobabilitéproportionnelle
30
àlataille(PPT)appliquésur lapopulation rurale disponibleselon nos
observations– conformémentaussiauxrecommandationsde cheikhAntaDiop
31
dans ses travaux– apermisderetenir la communautérurale deNdiaganiao.
Celas’estfaiten partantaupréalable delaliste de370communautés ruralesdu
32
Sénégal totalisant 14000 villages pour neretenirenfin quelesCRqui ontau
moins35villages,c’est-à-direlamoyenne(X=bxi.ni/N; les plusgrandes
faisant 100 villageset laplus petite,unvillage.Laméthode empiriquevoire
33
raisonnée a étéutiliséepour le choixdel’espace d’enquêteurbain .Il s’estagi
précisémentdel’échantillonnage aujugéobjectif et parcommodité
d’accessibilité.Eneffet,il seraitabusif denepas prendre encomptelameilleure
zone économiquementactive en qualité d’investissementdans lepays.Laville
deDakar, actuelle capitale duSénégaletancienne capitale
del’AfriqueOccidentale française, compteunbon nombre d’infrastructuresdont lesautres

30
On peut souligner quel’ona effectuéun sondageprobabiliste,si l’on peutcomparer le
choixeffectué « auprélèvement,lesyeuxbandés, de boules, dansuneurne comprenant
desboules parfaitement mélangéesetassurantà chaque boulelamêmeprobabilité d’être
tirée auhasard » citéparA.Piatier (1961),p. 119, dansMadeleineGrawitz,Méthodesdes
sciences sociales,op.,cit.
31
CheikhAntaDiop, «Sociologie africaine et méthodesderecherche »,PrésenceAfricaine,
e
n° 48, 4trimestre1963,p. 180-186.
32
ANSD,EnquêteVillage,2009.
33
Nousavonschoisi lesgrandesvilles parcequenon seulement selon leCNUCEDen2002,
50%delapopulationduSénégalétaienturbaines (cequidoitcroître aujourd’hui),mais
aussi le cœuréconomique dupays resteDakar.

26

Comprendreles investissementsauSénégal
régions ne disposent pas.Elle enregistreune avanceincommensurable en termes
34
d’IDE, dePME/PMI, de concentrationhumaine(54%descitadinsduSénégal
35
viventdans l’agglomérationdeDakar )etderichesses.Àdéfautdenous
36
soumettre àla contrainte deprécisiondans notre exercice d’échantillonnage et
2
celapar manque d’informations pourdéterminer lavariationempirique(S),
nousavons prisencomptela contrainte budgétaire(n=C/c. n=taille,Cdésigne
le budget totaletcle coûtunitairetotal par individuà enquêter).Notre
échantillonfinala compris 1350individus interrogés.Il s’estagid’unepart, de
225unités interrogéesdans l’espaceruralet répartiesdans219 ménages,3GPF,
1GIE,1élulocalet 1agent techniquemunicipalvisités ;etd’autrepart, de257
unités interrogéesdans l’espaceurbainet répartiesdans214ménages,23
entreprisesdont5 dusecteur public,19communesd’arrondissementdelaville
et leministère del’économie etdesfinancesvisités.
L’études’esteffectuée entre2006et2010comprenant toutes lesétapes, dela
préparation intellectuelle àlaphaseterminale depublicationdes résultats sous
forme de document imprimé en passant par lesenquêtesdeterrain.L’enquête
urbaine des ménages s’estfaiteles joursde congéplus précisément les matinées
dudimanche.Cela conforteleschancesdetrouver les titulairesdes ménages
dans leurconcession.Lesentrepriseset l’administration publiqueontétévisitées
parcontreles joursdesemaine, c’est-à-direles jours ouvrablesafinde
rencontrer lesunitésdéclarantesdans leurs lieuxdeproduction.Parailleurs,
nousavonsexploitéles joursdesemaine et les jours ouvrables poureffectuer les
enquêtes rurales.Un séjourde31 joursa été faitenzonerurale,répartientrela
périodesèche etcelle hivernale afindemieuxappréhenderetdistinguer les
spécialisationset les reconversions productivesetcommerciales locales.Les
difficultés rencontrées ont portésur le budget,lemanque de collaborationde
certains individusetenfin sur l’indisponibilité d’une documentation particulière
qui pouvait nousêtre d’ungrand apport.
Face àlanécessité de définir le conceptd’investissement,nous proposonsen
entrée des notes théoriques préparatoires.Ellesaussi satisfontauxexigencesde
méthodequenous imposent nos pairs.Elles peuvent paraître complexeset
longues pourcertainsesprits.Néanmoins,nousenconseillons lalecture,maisà
défautdeles lire etdeles retenir,leurconsultation peutêtrerecommandée en
vue d’unéclairageune foisen situationd’étude.Cetensemblethéorique
représenteuncadre général,qui s’attardesur nos objectifs,l’étatdes travaux
déjàréalisés sur laquestion,lapositiondelaproblématique,noshypothèseset
nos paradigmes.

34
Ilest rare devoirdesentreprisesétrangères,potentiellescréatricesderichesses pour les
populations locales s’installerdansuneville del’intérieurdupaysexceptéSeniran,
AcelorMital, entre autres.
35
ESAM II ANSD.
3622 2 2 2
La contrainte deprécisiondéterminelataillen par la formulen=(kNS)/kS+E N, avec
2
N=taille delapopulationetS=lavariance empirique.

27

PASCALOUDIANE
Outreles informations théoriques,nous nous sommes soumisauximpératifs
37
« descriptif,justificatif etexplicatif ».En secondepartie,nous proposonsen
lecturelesaspectsempiriquesdel’investissement ruraleturbain.Nous
décrivonsdes pratiquesetdes organisationsdel’investissementaussibienen
ruralitéqu’enurbanité.Nousexcluons touteprétentiondenous prononcer
commeunéconomistepourceuxqui nousverraient nousaventurer surun
terrainétranger ouqui nous prêteraient l’intentiondevioler leur territoire.Il
nousa étéreproché,un jour, d’être économiste.Eh bien soit,mêmesi nous ne
nousen réclamons pas.L’économie estune activitésocialequiestaucentre des
sociétés, carelle fédèreles intérêtsautourdes ressources quelesgens se
disputent.Elle estcapable derenverserdes sociétésetdeprovoquerdes
changements sociaux.Ellemobilise donclasociologie desdynamiques sociales.
Nous ne faisons quetranscrirelavérité desfaitsdusocial.
Touscesfaits prélevés se doiventd’êtrejustifiésavantd’être expliqués.
Ainsien troisièmepartienous nousappesantissons sur lesaspects institutionnels
etcognitifshistoriquementconstruitsdans lerapport socialàl’investissement
économique.Dans la démarche explicative,nous manifestonsun intérêt
particulier pour la dimensioncognitive desactesengagésdansuneproduction
ou uncommerce.Laréflexion sur lesensdel’investissement quenous
entamonsestaussiune démarchequi reste enaccord aveclasociologie
38
compréhensiveproposée dans les théoriesdelascience.Pour preuve,nous
accordonsun intérêt particulierauxantécédents productifset marchands sans
faire abstractiondescontextes sociaux, dans lesquels ils ontétéproduits.
L’histoirelégitimel’habituséconomiqueprésentet parextension les institutions
présentes,maisaussiaide à découvrir lasubjectivité desfaitsempiriques.
En somme,notreprojetde compréhensiondelamorphologiesociale de
l’investissementauSénégalcomportetrois parties: d’abordl’investissementen
théoriepourunesociologiequi s’intéresse aufaitéconomique, ensuiteles
aspectsempiriques rurauxeturbainsdel’investissementetenfinlesvaleurs
institutionnellesetcognitivesdela construction sociale ethistorique de
l’investissement.Sixchapitres sont proposés.Lepremier par lathéorie est
problématique etconceptuel.Lesecondnousfaitconnaîtreles réalités
économico-rurales qui prévalentàNdiaganiao.Letroisième faitétatdu
comportement lié àl’investissementenurbanitépar le biaisdelaville deDakar.
Lequatrièmenousédifiesur levécudel’entreprise déterminéepardeuxformes
culturelles quesont le capitalisme et lesvaleurs traditionnelles.Le cinquième
montre comment larationalité capitaliste apénétréleSénégal.Etenfin le
sixième chapitrenousdonnequelquesvueshistoriques qui participentdela
constructioncognitive del’entreprise auSénégal.

37
PierreBirnbaumetJeanLéca(sous la directionde)Recueild’études sur l’individualisme,
Paris,Pressesdela fondation nationale des sciences politiques,1986,379 p.Cf.
«Introduction».
38
MaxWeber,Essais sur lathéorie delascience,Paris,Plon,1965.

28

PREMIÈRE PARTIE

L’INVESTISSEMENT DANS UNE BULLE«THÉORIQUE»
À PROBLÈMES ET SA BOÎTE À OUTILS

«Les sociétéshumaines ont toutes, cequ’onappelle dans les théâtres,un
troisième dessous[…]ilyasous la construction sociale, cettemerveille
39
compliquée d’unemasure, desexcavationsdetoutes sortes…»

39
VictorHugo,LesMisérables,Livre7,Platon-Minette,Chap. 1,Les mineset les mineurs,
1862(Ed.Libre etuniverselle,ClaudeGohin,2011),TomeIII,1862, etMarianne,
n° 837,p.3.

CHAPITRE1

L’INVESTISSEMENT,UNE RATIONALITÉ DÉTERMINÉE?

I.L’ÉTAT GÉNÉRAL DES TRAVAUXÉCONOMIQUES
ET SOCIOLOGIQUES SUR LA QUESTION DE L’INVESTISSEMENT
L’investissementdans lalittérature économique :unfait rationnel,
mais structurellementdéterminé
Pour s’imprégnerdelaproblématique del’analysetraditionnelle économique
40
del’investissement,il importe desavoir quela croyance ,la demande
41424344
(Keynes,Combale etLeenKoyck )enfonctiondela croissanceoudela
45 4647
récession,laperformance des marchésfinanciers,le coûtducapital,le

40

41

42

43

44

45

46

JohnMaynardKeynes s’estaussiattardésur l’enjeudela demande anticipéepour insister
sur lesfacteurs psychologiques notamment la croyancequidétermineounon la décision
oulanon-décisiond’investir.
JohnMeynardKeynes.Théorie générale del’emploi, del’intérêtetdelamonnaie(trad.J.
deLargentaye,Paris, bibliothèquescientifiquePayot,1933),1969.Ilyécrit que «Plus
l’investissementest important plus la demande estforte et moins ilya de chômage.Moins
la demande estforteplus l’investissement risque d’êtrenul».
°
PascalCombemale,IntroductionàKeynes, coll.«Repères»,n258,LaDécouverte,
1999.CitéparRichardDuhautois,«Investissement»,Encyclopédiauniversalis,2009.
SelonCombaleles« anticipationsdeprofitdesentrepreneurs sont maximisées» ausude
l’existence dela demande.
LeenKoyck,DistributedLagsandInvestmentAnalysis,Amsterdam,HorthHolland,
1954.CitéparRichardDuhautois,ibid.L.Koyckvulgariseleprincipe del’accélérateur
«flexible»pour montrer que«l’investissementdesentreprises s’ajuste avecretard aux
fluctuationsdela demande».
L’investissementcréela diffusionduprogrès technique, dela croissance etdela
productivité.Ils sontdeuxfaits interactifs (Greene andvillanueva,1991 ;WaiandWong,
1982)cités parRichardDuhautois,ibid.
SelonDuhautois, certainesétudes montrent qu’en phase de croissance,l’investissement
desentreprises seraitessentiellementdéterminépar la demande, alors qu’en phase de
récession, d’autresvariables–tel quele coût– entreraienten jeu.Parexemple,le coût
relatif ducapitaletdutravail peutavoirdeseffets sur l’investissement,selonDuhautois.Il
écrit quela hausse des salairesa deseffets sur
l’investissementauniveaumicroéconomique et macro-économique.
Dans la démarchekeynésienne, «le coûtducapital serésume autauxd’intérêt».Greene
etVillanuevaontaussi montréqueles tauxd’intérêtélevésavaientun impact négatifsur
la croissance del’investissement.JamesTobin reprendl’idée deKeynes selon laquelle
«l’investissementestdéterminépar laperformance des marchésfinanciers.PourKeynes,
«un investissement n’est rentablequesi lasomme d’argent qu’ondépense aujourd’huiest
aumoinségale auxrecettesfutures».«Plus letauxd’intérêtestélevé,moins la
rentabilité del’investissementestgrande »(VoirLatifDramanietOmarLèye :2008).

31

PASCALOUDIANE
profitetenfin le coûtdutravail, c’est-à-direlesalaire, déterminent tousdans leur
ensemble,l’investissement.
Leséconomistesdéveloppentun modèled’hétérogénéitédescomportements
micro-économiquesdans le cas où« certains[agents]investissent, d’autres non,
48
quel quesoit lesecteurd’activité et quellequesoit la conjonctur,e » un
modèle del’irréversibilitédel’investissementen
prenantencomptel’incertitude, cette foisdans le cadre del’analyse descontraintesfinancières (les
conditionsde financement internesetexternesàl’entreprise)etaussiun modèle
del’indivisibilitédel’investissement pour justifier les longues périodesd’attente
restées sans investissementen tempsde conjoncture.Ces trois modèles sont
confrontésà des situationsderisque depertevoire denon rentabilité,qui
découlentdel’existendce « ’imperfections sur les marchésfinanciers» etdes
problèmesd’asymétrie d’informations.En revanche, «l’analyse dela décision
d’investir reste à amélioreren remettantaucentre delaréflexion sur les
anticipations laperception subjectivequ’ont lesentreprises sur lesdifférents
déterminantsdel’investissement»,selonRichardDuhautois.
Les travauxdeLatifDramanietd’OmarLayesur«lesdéterminantsde
49
l’investissement privé auSénégal»plaident pourunÉtat interventionniste en
s’appuyant sur lemodèle contraintconcernant les politiqueséconomiques
imposées par les institutions internationales.Lemodèle del’accélérateurqui
leur paraît important– et quiesthomonymique duslogan politiquepublic du
second gouvernementduSénégal sous lerégime deMackySall (accélérateur
des réformes)– conçoit que :
leniveaudel’investissement privé(…) positivement lié àlavariationduPIB
réelanticipé et négativement influencépardela capacité deproduction (…),
leniveaudel’investissement privé(…) positivement influencépar letrend du
50
niveaudel’investissement public en infrastructure.
Lamise en place ducapital peutêtre coûteuse et longue,maiselleimpacte
51
l’investissement privéquiestaussi influencépar le cumuldes infrastructures

47
D.W.Jorgenson,“CapitalTheoryandinvestmentbehaviour”,InAmericaneconomic
review, 53,1963,p.247, citéparRichard,Duhautois,ibid.: «Si l’entrepreneurconsidère
le coûtducapital qui intègreleprixdesbiensd’équipementdont l’entreprise a besoinet
letauxde dépréciationducapital qui mesurel’usure deséquipements,ilconsidère aussi
bien le coûtd’usage ducapital qui manifestement ne dépendpas que dutauxd’intérêt que
le coûtdutravail».
48
Duhautois,2001 ;DuhautoisetJamet,2001 ;CréponetRosenwald,2001cités par
Richard,Duhautois,ibid.
49
LatifDramanietOmarLèye.Lesdéterminantsdel’investissement privé auSénégal:Une
approcheVARstructurelle,Directiondes statistiqueséconomiquesetdela comptabilité
nationale,Divisiondela comptabiliténationale, des synthèsesetétudesanalytiques,
Bureaudes synthèsesetétudesanalytiques, août2008.
50
BlejeretKhan (1984)cités parLatifDramanietOmarLèye,ibid.,p. 15.
51
Hechler (1993)citéparLatifDramanietOmarLèye,ibid.

32

Comprendreles investissementsauSénégal
52
publiques .Pour les paysendéveloppement,l’investissement privé et
l’investissement publicontbesoind’être complémentaireset substituables pour
53
se développer .Sans investissement,il n’est pas possible de créerdela
54
croissance.Également,L.DramanietO.Lèyesystématisent leurs résultats
pourdirequ’une « augmentationdel’investissement publicrendraitaussi le
capital privéplus productif en influençant letauxd’augmentationdela
productivité.Ils rajoutent qu’une augmentationdel’investissement public
pourraitêtre financéesoit pardes impôtsélevés soit parune augmentationdela
dettepublique ».Lathéorie del’accélérateurarrimel’investissementàla
volonté d’investiretàla disponibilité financière.Cen’est pas parhasardqu’un
défautderentabilité deproduction oude demande expliquel’état morose des
investissements privés.
Lèye etDramani sesontaussiattardés sur le climatdesaffaireset rapportent
les insuffisances révélées par leDoingBusiness.Ils neretrouventaucune
corrélationentre «lescontraintesdel’environnementdesaffaires» et«les
55
performancesdesentreprises» dans larecherche derentabilité.Une étude
montrequepourfavoriser«l’obtentiondeprêts»,ilfautune améliorationdes
56
droitsetdel’accèsàl’informationdescréanciers .Parailleurs,une faible
corrélationa été établie entrel’investissementet les indicateurs«Octroide
licences» et«Exécutiondescontrats»,tandis qu’aucunerelation significative
n’a été établie entre «Transfertdepropriété»et«la construction», entre
«Créationd’entreprise»et«l’importance del’économieparallèle»ouentre
«Embauche des travailleurs»et«l’emploi».Enfin,une autre analysemontre
qu’il n’existe aucunerelationentreles réformes mesurées par l’évolutiondes
indicateursDoingBusinessetles tauxglobauxd’investissementetd’emploi
(Eiffert,2007)dufait, entre autres, des limites liéesautype desentreprises
notammentinformelles, auxcontraintes pesant surelleset les micro-entreprises
qui sontdifférentesde cellesformellescaptées par les indicateursduDoing
business.
Nous retenonsde ces résultatsderecherchesur le climatdesaffaires,qu’ily
aun impératif d’organiser les relationsd’affaire, d’établirdenormesde conduite
des investissementsdans les secteurs privé et public afinde favoriser la
croissance économique.Ilestclair queles politiquesderéformesur le climat
desaffairesdoivent s’accorderaveclaréalitéstructurellelocale et moins, de
manière exclusive, aveclemodèle desentreprisesformelles.Ilest important
pour nousd’étudier lastructure desentreprisesinformelleset leurs mécanismes

52
53

54
55
56

Aschauer (1989b)etErenburg(1993)cités parLatifDramanietOmarLèye,ibid.
(Khna etReinhart,1990;AschaueretLachler,1998;Gupteetal.,2002;Mansouri,
2001,2003a), cités parLatifDramanietOmarLèye,ibid.
Greene etVillanueva(1991)cités parLatifDramanietOmarLèye,ibid,p. 16.
CommanderetSvejnar (2007)cités parOmarLèye etLatifDramani,ibid.,p.20.
Djankov,McLiesch,RamalhoetShleifer (2007)cités parOmarLèye etLatifDramani,
ibid.,p. 19.

33

PASCALOUDIANE
qui sont motivés pardesfacteurs socioculturels locaux.Ànotre avis,si
l’économie enest incapable, elle doit recouriràlasociologie.Bien que
l’économieobéisse àune forme culturelleprécise,son problèmerestesa
résistancescientifique auxdynamiquesculturelles qui lui sontextérieures.Ce
quien révèle,malheureusement,ses limites.
L’investissementdans lalittérature delasociologie économique :leprimat
d’une approchepar letravailet par lemarché
Les sociologuesdel’économiqueontanalyséles thématiques suivantes:
la consommation,laproductivité,les innovations technologiques,les
marchés (marchésdutravail,marchésfinanciers,marchésdesbiens
industrielsetdesbiensde consommation),lerôle économique de facteurs
commelesexe et l’appartenance ethnique,les organisationséconomiques
(lesbanques,lescompagniesd’assurance,les sociétés,les industries, etc.),
les relationsentrel’économie et les organisations nonéconomiques (l’État,
les syndicats, etc.),lesclasseséconomiques,les relationsdetravail,la
stratification,la discrimination,les théorieséconomiqueset les idéologies,les
attitudesvis-à-visdel’économie,les professions (parexempleles
entrepreneurs),l’État providence,l’économieinternationale,l’inflation,les
57
contrats,lamonnaie,l’économie formelle et informelle.
L’investissement n’est pas présent parmi lesconceptsétudiésdelasociologie
économique.Mais il peutêtre couvert parceluid’actiondouée delaqualité
socio-économique.Dans les limitesdesa conceptualisation sociologique,
l’investissementestun préalable àlaproductionetàl’échange.Dans leprocès
deproduction,lasociologie a contribuésur lavaleurdutravail.Nous pouvons
citer, entre autres,les œuvresdeRenaudSainsaulieu(1985),L’identité au
travail; les travauxdeG.deTerssac(2002),Letravail:une aventure
collective; l’œuvre deFrederickHerzberg(1959),Letravailet lanature de
l’homme, et les travauxdeSabineErbès-Séguin (2004),Lasociologie du
travail.
La contributiondelasciencesociologique estencoreprésente dans
l’organisationet la gestiondel’acteutilitaristequiconstitue,parailleurs,
l’essence del’investissement.Nous pouvonsciter,pour illustration, entre autres,
les travauxdeS.Maugeri (2006),AunomduclientrelevantdelaSociologie de
laGestion ;ceuxdeE.Godelier (2006),La culture del’entreprise;ceuxde
GeertHofstede(1987),Lesdifférencesculturellesdans lemanagement ;ceux
d’EltonMayo (1933),Les problèmeshumainsdela civilisation industrielle.Il
ne faut pas s’étonner quele fait industriel quiestàl’origine del’émergence dela
sociologie ait provoquéungrandintérêt pour le capitalisme égalementappelé
l’économie demarché.

57
RichardSweberg,op.cit.,Encadré,p.34.

34

Comprendreles investissementsauSénégal
Lascience économiquemoderne detypenéoclassiquesoutient l’hypothèse
58
selon laquelle «l’espace économique estdenaturemarchande ».Autrement
dit,s’intéresseraufaitéconomique équivautàs’intéresseraumarché.Aumilieu
desannées 70, émergeun nouveaucourantdethéorie générale desociologie du
marché, dufaitduretourenforce dulibéralisme économique auxÉtats-Uniset
enEurope et qui,parextension,atteint letiers-monde.Plusieurs marchés ontété
parexemple étudiés,jusque-là,par lasociologie.Il s’agitdumarché dutravail
avecl’œuvre deBerg,IvarE. (1981),Sociological perspectives oflabour
markets;dumarché financieravecl’œuvre deMitchelAbolafia(1979-80),La
crise dumarché dumétalargent;WayneE.Baker (1984),Analyse
sociologique dumarché desactionsoùon privilégielemodèle des réseaux;
SusanS.Shapiro-Wayward(1984),Capitalists, dumarché del’assurance avec
l’œuvre deViviana Zelizer (1878),HumanValue andtheMarket;dumarché
dulogementen passant par l’œuvre dePierreBourdieu(2000),Les structures
socialesdel’économie.
L’investissementengage des rapports marchandsà desfinsde
matérialisationduprofit.Nousavons laprénotion qu’ilestculture et quele
capitalest lamatièrequi lui permetdeseréaliserconcrètement.Pour mieux
l’appréhenderainsi quel’esprit qui lesupporte,il importe de fouillerdans la
littératureproduite ausujetdes systèmes sociauxdans lesquels il s’applique et
qui implique aussides relations.
-Le capitalismeoul’économie demarché,un intérêtavérépour la
sociologie
PatrickVerlay,spécialiste enhistoire économique, dans sonarticlesur
l’histoire ducapitalismeliele capitalisme àl’économie demarché.Il nemanque
pasd’associeràsapenséeFernandBraudel (1902-1985) qui, dans son œuvre
e e
majeure,Civilisation matérielle, économie etcapitalisme.XV-XVIIIsiècle,
montrel’émergence ducapitalismepar l’apparitiondemarchésfaisantaussicas
del’émergence d’un nouvelespritetde classes sociales.
DansEconomyandSociety(Theinstitutional structureofmarkets),Talcott
ParsonsetNeilSmelser plaidentaussi pourunesociologie des marchéscomme
alternative àlathéorie économiquenéoclassique.Ils sontcritiqués parRichard
59
Swedbergqui leur reproche de développer la conviction selon laquellele
marchérelève dudomaine del’économie dès lors qu’ils seréclamentdela
théorie économiquequiconçoit toutcequiest socialen termesd’imperfection
dumarché.Parexemple,R.Swedbergs’inscritenfauxlorsque cesderniers
disentàl’instardeséconomistes queleprixse déduitdel’offre etdela
demande, car ilestconvaincudel’implicationdumarché dans lesocial.

58
NicolasPostel,Les règlesdelapensée économique contemporaine,Paris,Éditions
CNRS-Économie,2003,p.23-28.
59
RichardSwedberg,Une histoire delasociologie économique,DescléeBrouwer,1994,
p. 115-121.

35

PASCALOUDIANE
KarlPolanyi (1886-1964), anthropologue économiste américaind’origine
60
hongroise, auteurdeLaGrandeTransformationetdesSystèmeséconomiques
dans l’histoire etdans lathéorie,s’yest intéressé àpartird’une approche
historique des projetsde construction sociale des marchésdeproduitsde base
commelescéréaleset lepain.
Le duode chercheursArrowetDebreu,quia aussi réfléchi sur les
mécanismesdumarché,revisitel’idée delarationalitéstandardselon laquelle
l’homoeconomicusestautonome et rompuàlasociété.Avecleurfameusethèse
del’impossibilité,ils soutiennent quela divergence des objectifsde chaque
individurend difficilele consensus social quicomporte des originesbiologiques
etculturelles.Lesensduconsensusétantdéjà ancré en l’homme,ilfaut
simplement lestimuler.Toutefois,le duo persiste endisant qu’il n’est pas
possible deleréaliserenfaisant l’agrégationdeschoixindividuels rationnels.
CependantLewisetSamuelson sont plus optimistes sur les possibilités
d’émergence del’institutionen posant le conceptde conventionvoire de
consensus.Ànotresens,l’idée de conventionémiseparSamuelsonest plus
acceptablepourattesterd’uneréalité collective etd’encaractériser la
dynamique.
PourMichelLallement (1962),Professeurdesociologie auConservatoire
nationaldesartset métiersdeFrance,le capitalisme estun régime économique,
fondésur l’appropriation privée des moyensdeproduction.Il se distingue
fondamentalementdesautresformations sociales par le fait qu’en son sein le
capitalestàlui-mêmesapropre fin.L’accumulationet l’expansion permanente
des richessesvontainsidepairavecune généralisationderapports sociauxqui
s’invitenten présence descapitalistesetdes salariés.AndréOrléan, économiste
théoriciendelarégulation, distinguel’économie demarché et l’économie
salariale.Si laseconde estdéterminéepar les rapportsentrepropriétaireset
travailleurs,lapremière estdéterminéepar lamonnaie et la demande.
Contre cetteidéeselon laquellele capitalisme estarrimésur l’acquisitionet
sur lapropriété,PierreJosephPrudhon (1809-1865) s’inscritenfauxet parle de
vol.Ildénoncelapropriété et non lapossession.Àbien le comprendre, ceserait
61
l’économiequi seraitdu voldès lors quenous lasavonsassociée àlapropriété.
AdamSmithréfléchitenfaveurdelarichesse des nationsd’abordpar la
libéralisationdumarché.Plus tard, dansL’idéologie allemande(1845-1846),
KarlMarxmontrelesconditionsde développementdesforces productives.Mais
bienavantK.Marx,ilya eud’autresauteurs qui l’ont précédé et inspirésur les
questionsdutravailetdumarché et quicentralisent, ànotre avis,laquestionde
l’investissement.Il s’agitdePellegrinoRossi (1787-1848),juristeitalien,qui

60
61

36

Intitulé enanglais:Trade andMarket in the earlyempires.
Àpartirde Xenophon– élève d’Aristote –l’économie estdéjà clairementdéfinie comme
«l’artd’administrer sondomaine »(oïkos:maison,propriété, avoir ; nomos:usage,règle
de conduite).

Comprendreles investissementsauSénégal
s’intéresse àlaquestion sociale àsonépoque enEurope,maisaussiàla doctrine
morale etàlapensée économique etd’Antoine-EugèneBuret (1810-1842) que
62
nousavons rencontré àtravers l’article deFrançoisVatin .
-Lavaleurhumaine dans les rapports productifsetface àla contrainte
marchande
«L’économiepolitiquenepeutêtrelascience dubonheur social, car le
63
bonheur nes’identifiepasàlarichesse ».Rossi,libéral, critiquelasociété
industrielle.ContreAdamSmith(1723-1790),DavidRicardo (1772-1823)et
KarlMarx,il pensequelesalaire doitêtre «une finet nonun moyen».
ContrairementàMac-Cullochqui,dans larééditiondeLarichesse des
64
nations, assimileletravaildel’homme à celuidubœuf etdelamachine en
fonctiondelavaleur produite,il seprononce ences termes:
letravailleur, […]s’il travaille c’est pour lui-même;c’est pour obtenirdes
jouissances matériellesetdes jouissances morales.Neselivra-t-ilautravail
65
quepour l’amourdesa familleoupour remplirundevoir .
FrançoisVatin metaucréditdeRossi,qu’un« excédentd’unemarchandise
ordinaire estun problèmepurementéconomique.Unexcédentdetravailestun
problèmesocial,politique et par-dessus tout,moral… ».Ildéfend,selonVatin,
unelibertéphilosophique et morale dutravailet nonuneliberté économique du
travail.
-Laperte deliberté dans lesalariatchezAntoineEugèneBuret
AntoineEugèneBuret,libéral,va assimiler lesalariatàlaservitude.Dans
son ouvrageLamisère desclasses laborieuses,ilcritiquel’abstractionfaite dela
dimension sociale dans l’économie et
indexenotamment«l’ingénieuxmétaphysiciendufermage »DavidRicardo.Ileutà diresurAdamSmithqu’il s’est
plus intéressé àlaphilosophiesociale, àl’éducation publiquequ’àlarichesseou
auxphénomènes matérielsdeproduction.Parconséquent, ceuxquiviennentà
sasuiteont ratéleur«mission sociale ».
Buretassociel’éthique àlathéorie économique aumoment oùRossiy
associelamorale.Letravailleurest toujoursforcé detravailleraurisque desa
vie contrairementaucapitalistequi risqueun manque à gagnerencasdenon
travail.Buret,àl’instardeKarlPolanyi,proposeuneréformesocialequi protège
lasociété contrelamétaphysiquelibérale,lemarché et samain invisible.Un

62
Ilest professeurdesociologie àl’universitéParisOuestNanterre –LaDéfense.
63
PellegrinoRossi, «Cours»1835-1836, dansCours,op.cit.,t.I,p.25, citéparFrançois
Vatindans sonarticle «Letravail,laservitude et lavie :Rossi,Buret,Marx,Polanyi
(1840-1944)».
64
J.R.MacCulloch, «NoteI:Definition ofLabour», dansA.Smith.AnInquiryinto the
nature and causes ofthewealthofnations,Edinburgh,1828,vol.IV,p. 73-80, citépar
FrançoisVatin,ibid.
65
PellegrinoRossi,Mélangesd’économiepolitique,Paris (1857),rééd. 1867,p.284, cité
parFrançoisVatin,ibid.

37

PASCALOUDIANE
demi-siècle,rapporte-t-il, après larévolutionde1848 avecl’instaurationdela
liberté dutravail,ils ont remarquéquerien n’a changé, car letravailleur
s’enchaînelui-même aunomdesaliberté.De cepointdevue,se
demandentils: faut-ilaccentuer la dimension socialeous’engagerdans l’utopielibérale?
-Lamarchandisationdelavaleur travailetdela force detravailchezKarl
Marx
KarlMarx(1818-1883), en s’intéressantaurapportentrela force dutravailet
66
lasurvaleur, faitune critiquedelamarchandisationdutravail.Àcertains
intellectuelsàqui onareproché den’avoiraucunemoralité commeDavid
Ricardo,Marxprendleurdéfense en lesdégageantdetouteresponsabilité,parce
quepour lui, c’est l’économiequi n’est pas morale enelle-même.IlciteBuret
enavançant quelamarchandisationdutravailentraînelamisèreouvrière.Il
s’intéresse aussiàRossiences termes: «Cequiest stupide chezRossi, c’est
qu’ilessaye deprésenter letravail salarié commeinessentielpour laproduction
67
capitaliste ».Celui-cieutà écrireque «lapurepuissance detravailestunêtre
68
deraison...».EtMarx, dans larépliquequ’il luia apporté, cite des proposde
Sismondi,quieutà direque «lapuissance detravail (...) n’est rien,siellene
69
trouvepointd’acheteurs».Marxarepris leprincipe de détermination
objective delavaleurdes marchandisesdeDavidRicardoetdeAdamSmith
dans sa critique del’économiepolitique àtravers le capital.Ildéveloppe deux
thèsesdans son œuvreLeCapital(1867)àsavoir quelaplus-valueoula
7071
survaleurestaccaparéepar lescapitalistesgrâce auconcoursdel’industrie, et
quele capitalisme,quand bien mêmeilestcapable depréparerdes lendemains
d’abondance, courtàsaperte endévalorisant letravailvivant.
BalibaretMachery, dans leurarticle «Marxet lemarxisme », font mention
delamise engarde deKarlMarxcontre des rapports sociauxcontradictoires

66
«Il s’agitd’unensemble desconditions techniques (productivité dutravail)et sociales
(forme dutravail salarié) qui permettentautravailde créerunevaleurexcédantcelle dela
force detravail.Lasurvaleura doncunelimitesupérieure, constituéepar la capacité de
travaildela classeouvrière, etunelimiteinférieure,représentéepar lavaleurdela force
detravailàun momentdonné.Lemécanisme deproductiondelasurvaleur, c’est le
mécanisme des rapportsdeproductioncapitalistes, c’est-à-direlemécanismequi obligele
travailleurà dépassercettelimiteinférieure correspondantàsaproprereproductionetà
repousser lalimitesupérieure desa capacité detravail.C’estun mécanisme
d’exploitation, c’est-à-dire delutte économique de classes:lutte ducapitalassurant l’extractionde
survaleur ; lutte des travailleurs préservant leur propresubsistance ». (BalibaretMachery.
«Marxet lemarxisme »inEncyclopediaUniversalis:2009).
67
KarlMarx,Manuscritsde1861-1863,op.cit.,p. 157, citéparFrançoisVatin,op.cit.
68
KarlMarx,ibid., citéparFrançoisVatin,ibid.
69
KarlMarxcitantSismondi,ibid.,p. 157, citéparVatin,ibid.
70
Lasurvaleur peutêtre compriseselon luicommela différentielle d’accroissementdu
capital-argent.
71e
Eneffet,il s’agitde «l’expropriationdescultivateursanglais qui, autournantdesXVet
e
XVIsiècles, amarquélamémoire deKarlMarx.Lamassepaysanneselibère du
servage,mais restait privée deses terres.Nepossédanten majoritépour seulerichesseque
sa force detravail,il luifallait pour survivresemettre auservice ducapital».

38

Comprendreles investissementsauSénégal
causés par lescapacités techniques,lesformesd’organisation politique et par
7273
l’idéologie.Ildistingueleprofit (pour le capital industriel ),l’intérêt (pour le
capitalfinancier) oule bénéfice(pour le capitalcommercial).Dans sonLivreII
74
duCapitalen référence aussiauxtravauxdeQuesnay,KarlMarxdéfend
l’idéequel’accentuationdes inégalités socialesestà chercherdans le
déséquilibre entreles investissementsdusecteurdeproductiondes moyens
productifset lesecteurdeproductiondes moyensde consommation.Au
préalable, dans lapremièresectionduCapital(LivreI) il s’estessayé à
comprendrepourquoietcomment lavaleurdes marchandisesdétermineleurs
prix.Delui,nous pouvons retenir quelesformeséconomiquesdela circulation
marchande et lesformes juridiquesbourgeoises (liberté, égalité et propriété
individuelle) sont les moyensdereproductiondes rapportscapitalistes.
L’accumulationducapital produit laplusgrande concentrationdes moyensde
75
productionet la créationd’unesurpopulationdetravailleurs.L’offre dutravail
76
seratoujours làpourêtre achetéepar le capitaliste, car ilassimilele capitalàla
production.Pour lui,le capital obéitàun rapport social inégalitaire dans lequel
etdemanière historiquela «propriété capitaliste est identique autravail
77
salarié ».Pourappréhender les phaseshistoriques,il nesuffit pas seulement,
selonMarx, d’analyser la déterminationéconomique delalutte desclassesdont
ilfaitcasdansLemanifeste,mais lasuperstructurepolitique et l’idéologie dont
le fonctionnementest nécessaire àlareproductiondel’ensemble des rapports
78
sociaux... .
-Unerationalitémoins libérée del’économisme àl’origine ducapitalisme
chezMaxWeber
MaxWeber, dansÉconomie etSociété(1921),plaide aussi pour
l’émergence d’unesociologie des marchés.Ilcritiquelemarxisme.Il neparle
pasde classes sociales (Klasse),maisd’ordres (Stände).Cequi n’exclut pas
qu’ilconverge avecK.Marxsurdes points.PourWebercommepourMarx,

72
EtienneBalibaretPierreMarchery.«Marxet lemarxisme », dansEncyclopedia
Universalis,2009.
73
Ilest rapportéquele capital industriel implique autant les matières premières queles
moyensdeproductionet les travailleurs salariés qui sontàl’origine d’unetransformation
matérielle, c’est-à-dire dutravail.Cequi signifiequ’il peutêtrevisible horsdesflux
d’échange.
74
TemoinQuesnay, dans son tableauéconomique, écrit: «Lanationest réduite àtrois
classesde citoyens:la classeproduction,lesclassesdes propriétaireset la classestérile »,
désignant respectivement lesfermierscapitalistes,les propriétairesfoncierset le
personneld’État, enfin l’ensemble delapopulation occupée dans l’élaboration (artisanal,
industrielle)des«matières premières»(cette classificationest très proche de cellequi
distingue aujourd’hui les secteurs primaires,secondaireset tertiaires),inEtienneBalibar
etPierreMachery,ibid.
75
Le capital,tomeI, chap.XXIV, dansBalibaretMarchery,op.cit.
76
Le capital,tomeI, chap.XXIV, dansbalibaretMarchery,Ibid.
77
Le capital,tomeI, chap.XXIV, dansbalibaretMarchery,op.cit.
78
Ibid.

39

PASCALOUDIANE
l’histoire humaine estcelle des pratiquesdeshommes socialiséset«le but que
seproposel’histoire est,simplement, d’expliquer les rapportsde détermination
causaleréciproque entreles logiquesdes pratiqueset lescontraintesdes
79
structures».PourGérardMauger, directeurderecherche auCNRS,Weber
réfute chezMarxleréductionnisme économique.Pour lui toutfaitculturel n’est
pasfonctionde constellationsd’intérêts matériels («L’Objectivité dans la
80
connaissance »,1904) .Colliot-Thélènereconnaît quel’intérêtet non les idées
gouvernent lemonde.Mais il précisequeles imagesdumonde, fruitdes idées,
déterminent lesvoiesàl’intérieurdesquelles la dynamique des intérêtscrée
81
l’action .
Weber produitune analyse «métathéorique »surunetransformation
historique delarationalité en réification, c’est-à-dire enunesorte d’aliénation où
ilya «perte deliberté »(liensextérieursaveclesbiens matériels)et«perte de
sens»(liens intérieursaveclesvaleurs)et oùon seretrouve enfermé dansune
82
« cage d’acier».Cetterationalité estcelle formelle,laquelle,selon sesécrits,
n’existeque dans les sociétés occidentales.Ailleurs, elleyserait importée,dit-il.
83
Etc’estcetype derationalitépour lui quiestàla base ducapitalisme.Pour se
justifier,ildonnesaversionhistoriquequiaproduit larationalité formelle et
84
utilitariste.
FrédérichVandenbergherapporteque «selonl’opinioncommunisdoctorum
–deAbramowskiàZingerle –larationalité constituel’idéemaîtresse de
8586
l’œuvre deWeber».Habermas, fortement influencéparLuhmann, avance
quelarationalitéobjective estun type derationalité essentiellement systémique

79
CatherineColliot-Thélène,(1990), citéeparGérardMauger, «Penser lesclasses
sociales»,EncyclopaediaUniversalis,2009.
80
GérardMauger,ibid.
81
CatherineColliot-Thélène,L’Éthique économique des religions mondiales,1915-1920,
citéeparGérardMauger,op.cit.
82
Lcage da « ’acier»(Sachlichkeit)dela civilisationcapitaliste,selonWeber, estun
accidenthistorique,puisqu’ellerésulte d’une «série de conjonctures singulièreset
contigentes», citéparFrédérichVandenberghe,op.cit.,p. 158,164-170.
83
MaxWeber,L’Éthiqueprotestante et l’espritducapitalisme,Paris,Plon,1964.
84
Larationalisation théorique des images religieusesdumonde àtraversun
désenchantementdumonde(arrivé des prophètesaudétrimentdelamagie)a entraînéles
massesdansun«mouvement religieuxde caractère éthique ».Àpartirde cette
rationalisationculturelle,Weberajoute dans sondéveloppementunerationalisationdela
personnepour nepasdireune dépersonnalisation,quivasetransformeràterme àune
rationalisation sociale.Grâce aux« affinitésélectives»pour nepasdirae « ttractio
electiva »Weber liel’éthiqueprotestante àla gloire deDIEUdans lamesureoùtout
plaisirest proscrit.Àtravers l’affinité élective,nous pouvonsdirequ’ilyaune
désaffectiondel’espritcapitalistepour l’éthiqueprotestante afindes’allierà
l’utilitarisme,cfFrédérichVandenberghe,ibid.,p. 184-193.
85
FrédérichVandenberghe,op.cit.,p. 158.
86
N.Luhmann, «Zweck-Herrscchaft-System»;«GrundbegriffeundPrâmissenMax
e
Webers», dansPolitischePlanung,p. 90sqet infra.TomeII,3partie.Notesde
FrédérichVandenberghe,ibid.,p. 159.

40

Comprendreles investissementsauSénégal
quel’on retrouvesur le «marché »qui,pourWeber, est la forme desociation
(compromis oucoordinationd'intérêts rationnels respectivementconflictuels ou
noncontradictoires quifaitdumarchéune communauté) laplus impersonnelle
qui soit.Ilestdéterminéparunagir stratégiquequiest la cause dela
8788 89
réification.D’aprèsLazuech etRimbert, àtravers leur ouvrageInitiationà
90
lascience économique,Weberconçoit l’émergence ducapitalisme àpartirde
troisvariables quesont ledéveloppementdusalariat(considéré comme
l’organisation rationnelle capitaliste – formellement libre),laséparationentrele
ménage et la famille(celle-ci n’étant plus l’unité deproduction privilégiée), etle
développementd’une comptabilité(instrumentducalcul rationnel).Maisaussi il
est rapportélapensée deWeber selon laquelle «le capitalisme a été créépar
l’entrepriserationnelle durable,la comptabilitérationnelle,latechnique
rationnelle,le droit rationnel (…) l’attituderationnelle,larationalisationdela
91
conduite devie,l’ethoséconomiquerationnelle… ».
Parailleurs,MichelLallementetd’autres ont prisuneposture critiquesur
l’œuvre deWeber notamment sur saversiondes originesducapitalisme.Pour
TalcottParsons (1902-1979),l’approchewébérienneparaît limitative dupoint
devue dela constructiond’unethéorieplusgénérale delasociété.ÀcroireF.
Vandenberghe,Économie et sociéténerévèlent pasdetraitement systématique
ducapitalisme dansuneperspective d’avenir.
-Del’intérêt individuelàla déterminationdel’intérêtcollectif chezÉmile
Durkheim
ÉmileDurkheim (1858-1917),sociologue français,va aussi s’inscrire en
fauxcontrelavisionwébérienne.Dans l’ouvrageLa divisiondutravailpublié
en 1893,ilaffirmeque «lavie économiquen’est pas née delavieindividuelle,
aucontraire,laseconde est née delapremière ».Ilfait montre d’uneposition
assezcritique contrel’individualismevoire «l’utilitarisme »quiest selon lui«le
fruitdel’évolutiondelasociété etdesesexigenceschangeantes».Il pense
qu’unesociété fondéesurune forte différenciationdesactivitésetdes rôles ne
peut sepasserd’institutionsdenaturenoncontractuelle, derègles morales
partagées.Ilcherchel’origine dela divisiondutravaildans lamorphologie dela
société et l’explication qu’ildonnes’appuiesur l’analyse des mécanismes qui
déterminent lepassage d’un typeidéaldesociété «simple »marquéepar«la
solidaritémécanique », àun type desociété «supérieure » à divisiondutravail
élevée, dans lequel prévaut«lasolidaritéorganique »:

87
FrédérichVandenberghe,ibid,p. 165.
88
GillesLazuech estdocteuren sociologie, agrégé desciences socialesetMaître de
conférencesàl’université deNantes.
89
FranckRimbertestdocteurenhistoire économique et sociale, agrégé desciences sociales
etfondateuràl’IUFMetaulycéeGabrielGuist’hau(Nantes).
90
GillesLazuecHetFranckRimbert,Initiationàlascience économique.Théories, enjeux,
e
débats,ÉditionsVuibert, coll.«Guide »,2édition,septembre2005,217 p.
91
CarloTrigilia,op.cit.,p. 70.

41

PASCALOUDIANE
La divisiondutravail se développerait parcequ’elle augmenterait les
avantagesdont jouitchaqueindividu(…)Avecla divisiondutravail,
émergentdenouveauxproblèmes, denouveauxbesoins, etdenouveaux
motifsd’infélicité, commelemontrelaprogressiondes suicidesdans la
92
sociétémoderne.
Dans sa critique auxéconomistes,il mentionne :pour quel’ordresocial
puisse exister,ilestdoncnécessaire de contenir les intérêts individuels, en les
régulantet lesdisciplinantavec des institutionsfortes qui non seulement
organisent les relations socialeset lesactivitéséconomiques parcequ’elles
réglementent lesconflitsd’intérêt,mais surtout permettent la définition même
des intérêts individuels.
ContrairementàWeber qui pensequeles phénomènes sociauxsont le
produitdel’activitésociale, c’est-à-dire deshommes,Durkheim nepartagepas
cettethéorie del’action inspirée delamicro-économie.Il privilégiela coercition
institutionnelle aumatérialisme.Il rejointKarlMarxdans lasociologie dela
détermination sociale.Ils pensent tous les troisdemêmequeWernerSombart
93
qu’ilfaut recouriràl’histoire.
-La déterminationdes institutionsdans le comportementdel’entrepreneur
chezWernerSombart
e
Dans lapréface dela2éditiondeson œuvreLe capitalismemodernepublié
en 1916,WernerSombart (1863-1941) soulignequesonapproche desociologie
économique «se donnepour tâchel’insertiondelavie économique elle-même
94
dans le grand contexte del’existencesociale del’homme ».Cettenouvelle
«sciencesociale delavie économique » commeil l’appellevise dansuncadre
historiquel’explication scientifique des phénomèneséconomiques.Pour lui,
«lesbesoinsvarientdans letemps, caraucoursdudéveloppementhistorique de
nouveauxbesoinsculturelss’ajoutentà ceuxnécessairesàlasurvie
95
physique ».Il rejointainsiDurkheim surceregistrequantauxconséquences
dela divisiondutravail.
Ilconçoit lesystème économique comme «une formeparticulièrement
d’économie, c’est-à-direuneorganisationdéterminée delavie économique à
l’intérieurdelaquellerègneune certainementalité économique et s’appliqueune
96
certainetechnique ».D’ailleurs,Sombart reconnaît quele comportementdes

92
93

94
95
96

42

CarloTrigilia,ibid.,p. 74.
ÉmileDurkheima été eneffetavecWernerSombartetMaxWeber influencépar
l’historicisme économique allemand etcelaseremarque dans ses premièresétudes
notamment«lasciencepositive delamorale enAllemagne».Il partagela critique des
historiens,selon laquellele comportementéconomiquenepeutêtre étudié
indépendammentducontexte historique dans lequel ilest inséré.CfCarloTrigilia,ibid,
p.73.
CarloTrigilia,op.cit.,p.44.
Ibid.
Ibid.,p.45.PourSombart,il s’agit«de : Lamentalité économiqueoul’esprit
économique(l’ensemble desvaleursetdes normes qui orientent le comportementdes

Comprendreles investissementsauSénégal
entrepreneursest influencépar les institutionsenvigueurdans lasociété comme
l’État,le droit,lareligion,la culture dominante,lascience et les techniques.
C’est sous l’influence de cesdéterminations quelesentrepreneurs introduisent
97
d’importantes innovations .
-La centralité del’entrepreneurdans latransformation institutionnaliste du
capitalismelibéralchezA.J.Schumpeter
AloysJosephSchumpeter (1883-1950), dansCapitalisme,socialisme et
démocratie(1942),placel’actiondesentrepreneurs-innovateursaucœurdu
système capitaliste.Les innovations renforcent l’économie.Elles sont
progressivementabsorbées pourfaireplace àlaroutine appeléeplus tard àson
tourà disparaître avecl’arrivée d’autresactions novatrices.Danscetteœuvre,il
montre comment le fonctionnementdel’économie capitaliste détermineun
changementde culture etdes institutionsetélimineles mécanismes
d’autorégulationdumarché.AvecÉmileDurkheim,RichardSwedberg,Neil
SmelseretKarlPolanyi,ilviseuncapitalismerégulé.
98
En outre, dans son œuvreLathéorie del’évolutionéconomique,il précise
quele développement se caractérisepar«l’introductiondenouvelles
combinaisons» dans les moyensdeproduction par le biaisdesentrepreneurs.
Pour lui,la discontinuité du« fluxcirculaire »souvent observé et qui nuitau
développement,peutdériverdemotivationsextra-économiques (commela
croissance delapopulation) oude bouleversements sociauxet politiques
improvisés.Parconséquent,pense-t-il,ilfaut sortirdel’économiestationnaire,
dépasser les résistancesdel’environnement social, c’est-à-direles interdictions
juridiqueset politiqueset la désapprobation socialequigênent l’innovation.Les
moyensdeproduction nesont pas suffisants pour réaliser l’innovation.C’est la
raison pour laquellepour lui,ilfautdes ressources nonéconomiques notamment
laqualité deleadership.Lemarché concurrentielcréel’innovation.Les
restrictionset les profitsentrepreneuriauxsontégalement nécessaires pourcréer
l’innovation.Schumpeter s’inscritenfauxcontreles théoriesdeJohnMaynard
Keynes,qui soutiennent l’existence d’un« déclindes opportunités
d’investissement».Contrairementauxkeynésiens qui soutiennent les politiques
gouvernementales (hausse des impôtsetdela dépense,pour soutenir la demande
et les investissementsetcontrecarrer l’épargne),il propose d’enlever lesgrandes
pressionsfiscales sur lesentreprises oules politiquesdeprotectiondutravail, car
leurapplicationcontribue àrefréner lesattentesdeprofitet les investissements.

individus participantàl’activité économique).L’organisationéconomique(l’ensemble
des normesformelleset informelles qui, dansunesociété,règlel’exercice desactivités
économiquesdelaperte des individus.Latechnique(lesconnaissances techniqueset les
procédésutilisés par les sujets pour produire desbiensetdes serviceset satisfaireleurs
besoins.»
97
Ibid.Il suffitdeseréférer pour plusde détailsauxoriginesetàl’apogée ducapitalisme,
p.46-53.
98
A.JosephSchumpeter,Théorie del’évolutionéconomique,Genève,Dalloz,1999.

43

PASCALOUDIANE
Schumpetercapitalise des travauxsurLasociologie del’impérialismeet sur
99
The crisis ofthetaxstateetaussi sa grande analyse faitesur les
transformations institutionnellesducapitalismelibéral (l’avenirducapitalisme)
et leseffetsdela grande crise.Un travail qui lerapproche des travauxdeKarl
Polanyi (1886-1964),notammentLaGrandeTransformation(1944) quifaitétat
100
duconcept« d’incorporation».
-LareconstructionchezKarlPolanyid’une économieinstitutionnellepar
l’incorporation sociale des marchésauxdépensdeleurautorégulation
KarlPolanyi (1886-1964) sepropose dereconstruireune économie
institutionnelle, comparée àl’économienéoclassique,mais par l’incorporation
sociale des marchésauxdépensdeleurautorégulation.Il soulignele caractère
utopique des marchésautorégulés.Pour lui,lescausesdel’économiesont
socialesavantd’être économiques.Il limitelavaliditéscientifique de
l’économie etutilisel’histoirepour justifier ses résultats.Ilest plus proche de
DurkheimetdeThorteinVeblen (1857-1929).IlcritiqueMarxet serapproche
deBuretetdeRossi.Il nemanquepasdesouligner quelamarginalitésociale est
unesource entrepreneurialepossible.Il rejoint pourcela, entre autres,les thèses
deSombartdont nousavons parléplushautetcellesdeGeorgSimmelconnu
101
aussi pour ses travauxsur lesdérives socialesdel’institution monétaire.
102
-Lesdérives socialesdel’institution monétaire chezGeorgSimmel
GeorgSimmel (1858-1918) préfèrelesocialismesur lequeldevrait reposer la
bureaucratie, car,pour lui,il représenteune forme deréactionàlaperte des
anciens lienscollectifs traditionnelsetunetentative dereconstructionde
nouvelles solidaritésde groupe.Pour lui,lesétrangerset les marginaux, en
s’emparantdel’argent qui permetd’obtenirun meilleur statut social,ont préparé
103
leterrain pour l’avènementducapitalisme.
-Lesdangersdel’économismeoudelareligioncapitaliste chezPascal
Bruckneretdel’économystificationchezJeanPierreDupuy
Àla différence deSimmel,PascalBruckner (1948)adopteune approche
globaliste.Ceromancieretessayiste, dans sonessaiMisère delaprospérité:La
104
religion marchande et sesennemis,selivre àune appréhensionde ceuxqu’il
appelle «lesdamnésdel’abondance et lesaristocratesdelarente ».Pour lui,
«lesfruitsduprogrèsdont le capitalisme ditêtrel’uniquepourvoyeur sont
empoisonnés».Il parle d’unenfermementàl’air libresousforme de catastrophe
écologique,nucléaire, chimique,terroriste et souligne cette craintepermanente

99
RichardSwedberg,op.cit.,p. 93-95.
100
CarloTrigilia,op.cit.,p. 92-100.
101
Ibid.,p.41-44.
102
GoergSimmel,Laphilosophie del’argent,Paris,PUF, coll.«Quadrige »,1999,672p.
103
CarloTrigilia,ibid.,p.43.
104
PascalBruckner,Misère delaprospérité :lareligion marchande et sesennemis,Paris,
Grasset,2002,242p.

44

Comprendreles investissementsauSénégal
delapénurie.L’économie demarché estundanger pour lasociété.P.Bruckner
attirel’attention,parconséquent,sur lesdangersdel’économisme et parle de
religioncapitaliste.JeanPierreDupuys’indignequela culturesoitauservice de
l’économie et quelepolitiquesoitaussicontrôléparcelle-ci.Ilenveut pour
preuvele choixdesélus politiques sur la base deleurscompétenceset
programmeséconomiques.
-L’influence dela culturemarchande, delatechnique etdesaspects non
économiquesdans la constructiondufaitéconomique chezPierreBourdieu
PierreBourdieu(1930-2002) porteun intérêt particulieràl’influence dela
culturemarchande, delatechnique etdesaspects nonéconomiquesdans la
constructiondufaitéconomique.Son ouvrageLes structures socialesde
105
l’économieatenté avecsuccèsd’ailleursd’introduirel’analyse économique
dans l’ensemble des scienceshistoriquesdes pratiqueshumaines.Àcomprendre
sapensée,latransformationdes rapportsde force entrelesentreprises se
manifestepar l’impositiondes normes qui privilégient laliberté d’action,mais
qui neutralisent les référents traditionnels.Ducoup,Bourdieudénoncele
libéralismequ’ilcompare àuncynismeinstitué.Maisaussi reconnaît-il quela
transformation peutvenirdelatechnologie etdes luttes sociales lorsqu’il s’agit
derapportentre entreprises.Ilyasouvent«unfranchissementdesfrontièresde
l’économique ».End’autres termes,la concurrence,parexemple,neserait pas
économique.
-Le débat introduit parMichelLallement sur lenouveaucapitalisme
Sur laquestionducapitalismeWeberetMarxontfocalisé exclusivement
leurattention sur quelques payseuropéens.Cequen’apas manqué desouligner
106
lesociologue américainImmanuelWallerstain (1930) .
LucBoltanskietEveChiapello, dansLeNouvelEspritducapitalisme
(1999),montrent quele capital social,lamobilité et lapolyvalencesontdevenus
fort importantsdans le capitalisme contemporain.Lesentrepreneurscoopèrent
etétablissentdes réseauxetdesalliances stratégiques.Autant lenouvelespritdu
capitalisme assumeuneresponsabilitémorale dans le gain,lesalariatet la
capacité d’innovation,ilest trahi par lesconséquencesdesconditionsdetravail
en termesde «nouvelles pathologies telles quelestress,l’épuisement oule
107
harcèlement».
Les travauxdePeterHalletDavidSoskice(Varieties ofCapitalism,2001),
informent sur les modèlescapitalistes qu’incarnent l’Allemagne et
lesÉtatsUnis.EnAllemagne,il s’agitd’une économiequirepose davantagesurune
logique del’interaction (lienscontractuels, fonctionnementen réseaux, etc.)au

105
PierreBourdieu,Les structures socialesdel’économie,op.cit.
106 re
I.Wallerstein,LeCapitalisme historique,Paris,LaDécouverte,1985(1éd. 1983), cité
parMichelLallement, «Capitalisme »,EncyclopaediaUniversalis,2009.
107
L.BoltanskietE.Chiapello,LeNouvelEspritducapitalisme,Paris,Gallimard,1999,
dansM.Lallement,ibid.

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