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Conciliation travail-famille : attention travaux

De
235 pages
En mars 2000, le Conseil européen de Lisbonne présente la participation généralisée des femmes au marché du travail comme un rempart majeur contre la pauvreté des enfants et l'exclusion sociale. Sur quels registres de légitimité reposent la division sexuelle des engagements sociaux ? Comment mettre en forme des politiques qui accordent à égalité aux hommes et aux femmes la liberté réelle de participer à toutes les sphères d'activités sociales économiques et civiques ? C'est à ce chantier que s'intéresse cette réflexion.
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PRÉSENTATION DES AUTEURS

Fabienne Berton est socioéconomiste au Laboratoire Interdisciplinaire pour la Sociologie Économique (LISE, CNAMCNRS). Elle s'intéresse à la mobilité et aux trajectoires professionnelles des femmes et des hommes sur le marché du travail, aux carrières salariales, à la formation professionnelle en cours de vie active, aux initiatives et décisions individuelles. Elle est l'auteure de nombreuses contributions dans des revues ou des ouvrages. fabienne.berton@cnam.fr Christine Bellavoine, sociologue, est responsable du secteur des études locales à la Ville de SaintDenis. À travers études, séminaires de réflexion et publications internes (« SaintDenis… au fur et à mesure »), le secteur des études locales propose aux acteurs locaux une réflexion sur l’évolution des politiques publiques et des problématiques sociales qui travaillent la société locale. christine.bellavoine@villesaintdenis.fr Ornella Boggi est responsable du bureau des statistiques sociales et démographiques de la municipalité de Milan. Elle s’occupe des relevés démographiques et sanitaires pour l’ISTAT, des analyses des données, des archives et des statistiques sur la population étrangère résidente. Elle est responsable d’un projet de création d’un système intégré d’information sur l’enfance et l’adolescence à Milan. Docteure en sociologie avec une thèse sur l’organisation de la vie quotidienne des enfants, elle collabore régulièrement avec les universités et les centres de recherche sur des projets locaux, nationaux et internationaux de recherche sur les politiques sociales. Florence Degavre, économiste, docteure en sciences sociales, professeure à la Faculté Ouverte de Politique Économique et Sociale et chercheure au Centre de Recherches Interdisciplinaires sur Travail, État et Société (CIRTES), au sein de l'équipe Économie sociale. Elle travaille sur le care aux personnes dépendantes dans une perspective de genre. Elle a publié en 2008 : « Les contours du care. Réflexions pour une conceptualisation du care aux personnes âgées dépendantes à partir d’une étude de cas à Bruxelles », in Yepez del Castillo I. et Herrera G. (ed.), 0ouvelles migra

tions latinoaméricaines en Europe, OBREAL, Presses Universitaires de Louvain et, en collaboration avec Marthe Nyssens, « L’innovation sociale dans les services d’aide à domicile : Les apports d’une lecture polanyienne et féministe », in Revue française de socioéconomie, n°2. florence.degavre@uclouvain.be Laurent Fraisse est socioéconomiste au Laboratoire Interdisciplinaire pour la Sociologie Économique (LISE, CNAMCNRS). Ses recherches portent sur l'économie sociale et solidaire, les services à la petite enfance et aux personnes âgées en France et en Europe, l’action publique et les politiques sociales. Il a coordonné la recherche européenne (FP5) Transformation des structures familiales et évolution des politiques sociales : les services à la petite enfance comme services de cohésion sociale. Il a également participé à plusieurs recherches sur la gouvernance locale de la petite enfance. fraisse@iresco.fr Bernard Fusulier, sociologue, est chercheur qualifié du Fonds National de la Recherche Scientifique et professeur à l’Université de Louvain. Il est également le directeur scientifique de la revue Recherches sociologiques et anthropologiques et codirecteur du réseau « Gender, Work and Family » de la Society for the Advancement of SocioEconomics (SASE). Ses travaux portent en particulier sur l’articulation de la vie professionnelle et de la vie familiale. Il a récemment publié : (avec Jacques Marquet), « Articuler vie familiale et vie professionnelle : une entrée par les pères », Recherches sociologiques et anthropologiques, n°2, 2007 ; (avec Annie Cornet) « Questions du genre dans le travail social », Les Politiques Sociales, n°1&2, 2008 ; L’entreprise et l’articulation travail/famille, LouvainlaNeuve, Presses Universitaires de Louvain, 2008. bernard.fusulier@uclouvain.be Olivier Giraud est chargé de recherche en science politique au CNRS, rattaché au Centre Marc Bloch de Berlin. Ses travaux portent sur l’analyse comparée des politiques sociales et de l’emploi, notamment dans les contextes fédéraux. Il a récemment publié Les cantons suisses face au chômage – Fédéralisme et politiques de l’emploi (L’Harmattan, 2007, avec Virgile Perret, Marc Helbling et Monica Battaglini) et Politiques publiques et démocratie (La Découverte, 2008, avec Philippe Warin). giraud@wzb.eu Cécile Guillaume est maître de conférence à l’Université de Lille 1 et chercheure au CLERSECNRS (cecile.guillaume@lise.cnrs.fr). Elle s’inté resse à l’évolution des formes d’engagement syndical et aux effets de genre dans la construction des carrières syndicales et professionnelles, dans une

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perspective comparée européenne. Elle est membre du conseil d’adminis tration de l’IRES au titre des personnalités scientifiques. cecileguillaume@hotmail.com Irène Jonas est sociologue indépendante. Ses travaux et publications portent sur l’argumentation naturaliste dans les ouvrages psychologiques à propos du couple, de l’éducation des enfants et de la féminisation des entreprises, ainsi que sur la photographie de famille. Dans le cadre de cet ouvrage, elle fait référence aux recherches menées avec Liane Mozère sur la petite enfance et les auxiliaires de puériculture. Irene.jonas@free.fr Michel Lallement est professeur de sociologie au Conservatoire national des arts et métiers et membre du LiseCNRS. Ses travaux portent sur les questions d’organisation et de temps de travail, les comparaisons internationales, l’utopie et les modes de construction des catégories sociales (comme le temps ou le genre). Il a notamment publié Le Travail. Une sociologie contemporaine (Gallimard, 2007), Sociologie des relations professionnelles (La découverte, 2nde édition 2008) et Le Travail de l’utopie. Godin et le Familistère de Guise (Les Belles Lettres, 2009). lallement@cnaf.fr Cécile Lefèvre est administrateure de l'Insee, agrégée de sciences sociales et docteure en économie. Elle exerce actuellement les fonctions de chercheur et de chef du service des enquêtes de l'Ined. Ses principales recherches portent d'une part sur les évolutions des méthodes d'enquêtes, d'autre part sur les politiques sociales dans une approche comparative, et notamment entre la Russie et la France. Dans ce cadre, elle s'intéresse plus particulièrement à la question du rôle des entreprises dans les systèmes de protection sociale. MarieThérèse Letablier est sociologue au CNRS, membre du Centre d’économie de la Sorbonne (CES) à l’université Paris 1, et chercheure associée à l’Institut national d’études démographiques (INED). Ses recherches portent sur les politiques familiales et sociales, les liens entre emploi et protection sociale, et l’égalité entre les femmes et les hommes. Elle a participé à plusieurs réseaux de recherche européens, notamment sur les politiques familiales en Europe, les modes d’accueil des enfants et l’articulation des temps sociaux. Outre de nombreux articles et contributions à des ouvrages collectifs, elle a publié avec Linda Hantrais Families and Family policies in Europe (Longman, 1996), Familles, travail et politique familiales en Europe (Paris, PUF, 1997) et avec JeanClaude Barbier Politiques sociales. Enjeux méthodologiques et épistémologiques des comparaisons internationales / Social Policies. Epistemological and 7

Methodological Issues in Cross0ational Comparisons (Bruxelles : Peter Lang, 2005). marietherese.letablier@univparis1.fr Barbara Lucas est chargée d’enseignement au département de science politique et chercheure au Resop (laboratoire de recherche appliquée de la Faculté des Sciences économiques et sociales de l’Université de Genève) dans le domaine des politiques sociales comparées. Ses travaux portent sur les politiques publiques en matière de dépendance (drogue, alcoolisme) ainsi que sur les politiques du care (petite enfance, personnes âgées). Elle dirige une recherche sur la prise en charge des malades Alzheimer en Suisse. Publications récentes : « Le renouveau des régimes de genre en Allemagne et en Suisse : bonjour néomaternalisme? », Cahiers du genre, n°46 Genre, politiques sociales, vie familiale et vie professionnelle. (avec Olivier Giraud) (2009); « La vieille dame et le politique. Le vote politique des personnes âgées dépendantes », Éthique publique, Revue internationale d’éthique sociétale et gouvernementale, 10 (2) : 141147 (avec Anouk Lloren, 2008). barbara.lucas@unige.ch Jacques Marquet, sociologue, est professeur à l’Université de Louvain. Ses travaux portent notamment sur les transformations familiales et les pratiques sexuelles. Ont été récemment publiés sous sa direction : 0ormes et conduites sexuelles : Approches sociologiques et ouvertures pluridisciplinaires, LouvainlaNeuve, AcademiaBruylant, 2004 ; L'évolution contemporaine de la parentalité, Bruxelles, Politique Scientifique Fédérale, Gent, Academia Press, 2005 ; (avec Bernard Fusulier), « Articuler vie familiale et vie professionnelle : une entrée par les pères », Recherches sociologiques et anthropologiques, Vol. XXXVIII, n°2, 2007. jacques.marquet@uclouvain.be Dominique Méda est directrice de l’Unité de recherches « Trajectoires, Institutions et Politiques d’emploi » au Centre d’études de l’emploi. Elle est notamment l’auteure de Qu’estce que la richesse ? (Aubier, 1999) ; Le temps des femmes. Pour un nouveau partage des rôles (rééd. Champs Actuel, 2008) ; Le Deuxième âge de l’Émancipation avec Hélène Périvier (La République des idées, Seuil, 2007). dominique.meda@cee.enpc.fr 0athalie Morel est docteure en sociologie. Elle est actuellement chercheure à l’Institutet för Framtidsstudier (Institut d’Études Prospectives) à Stockholm, avec un financement du Conseil Suédois de la Recherche. Elle est également chercheure associée au Centre d’Étude pour l’Emploi et au Laboratoire Georges Friedmann. Ses recherches portent sur les politiques sociales comparées, les politiques de prise en charge des jeunes enfants et 8

des personnes âgées dépendantes (le care), le genre, et l’État providence suédois. nathalie.morel@framtidsstudier.se ou nathalie.a.morel@gmail.com Liane Mozère, sociologue, est professeure des universités émérite à l’Université PaulVerlaine de Metz. Ses travaux portent sur le genre, la petite enfance. Elle a introduit le travail Joan Tronto pour une éthique féministe et politique du care et a introduit la traduction française de son ouvrage Un monde vulnérable. Pour une politique du care, (2009, La Découverte, Collection Texte à l’appui, Philosophie pratique). Elle poursuit une démarche sociologique centrée sur la « voix » des actrices/acteurs (y compris des jeunes enfants) et enrichit cette approche en coopérant avec des collègues chinois qui utilisent de la même manière les récits de vie pour construire une sociologie des « gens ordinaires ». Elle organise avec eux à Metz un colloque en 2010 et publie chez L’Aube un ouvrage sur les transformations des urbanités dans les villes chinoises depuis l’organisation maoïste et l’actuelle période dite des réformes. hllm@free.fr Chantal 0icole Drancourt, sociologue, est chercheure au CNRS (UMR 5262) et travaille au Laboratoire Interdisciplinaire de Sociologie Écono mique (LISE). Elle travaille sur les modèles biographiques, à savoir les mécanismes qui président à la construction des trajectoires sociales et individuelles dans les sociétés salariales en mutation. Ses travaux s’intéressent aux évolutions de comportements d’activité à l’épreuve des changements des transformations du travail, de la famille et de la protection sociale et aux enjeux que représente la redéfinition de l’équilibre des temps sociaux dans les parcours de vie et les rapports de genre. Auteure de nombreuses publications sur l’accès à l’emploi, les trajectoires sociales et les comportements d’activité des femmes et des jeunes, elle s’intéresse plus particulièrement aujourd’hui aux grandes réformes sociales contemporaines sur l’avenir des rapports sociaux de genre. drancourtchantal@hotmail.com Marthe 0yssens est professeure d’économie sociale au département d’éco nomie de l’UCL où elle coordonne une équipe de recherche sur l’économie sociale et les politiques sociales au sein du CIRTES. Elle est un membre fondateur du réseau EMES, réseau européen qui fédère des centres de recherches autour des problématiques de l’économie sociale et solidaire et de l’entreprise sociale. Son travail se focalise sur les approches conceptuelles du tierssecteur et sur les liens entre ces organisations et les politiques publiques, tant dans les pays européens que les pays du Sud. www.uclouvain.be/cerisis

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Ariane OllierMalaterre, docteure en gestion, est professeure associée au département Management et Stratégie du groupe ESC Rouen. Elle est également chercheure associée au LISECNRS, Conservatoire national des arts et métiers. Sa recherche explore de quelle façon les employeurs et les superviseurs traitent la vie hors travail des salariés, et les conséquences de ce traitement sur la relation Individu/Organisation. Sa thèse compare les pratiques d'harmonisation travail hors travail adoptées par les employeurs aux ÉtatsUnis, au RoyaumeUni et en France. Ses champs de recherche sont 1) L'articulation travail horstravail, les parcours professionnels et le cycle de vie et 2) L'implication au travail, l'échange social et la justice organisationnelle. ariane.ollier@groupeescrouen.fr Jacqueline O’Reilly est chargée d’enseignement à l’Université du Sussex, RoyaumeUni, et chercheure associée au Wissenschaftszentrum für Sozialforschung Berlin (WZB) où elle était auparavant employée comme Senior fellow (19942004) dans le groupe de recherche sur l’emploi et les politiques du marché du travail. Elle a enseigné et mené des recherches à l’Institut de sciences politiques à Paris, à l’UMIST à Manchester, à l’université de Londres et à l’École de Gestion à Singapour. Elle a été Research fellow Jean Monnet à l’Institut universitaire européen à Florence en 2000 et a fait partie du conseil scientifique du Centre d’études pour l’emploi (CNRS) à Paris de 2001 à 2007. Ses centres d’intérêt de recherche sont les comparaisons internationales des dimensions genrées de l’emploi, des temps de travail, des systèmes de protection sociale et de soin. Elle est actuellement engagée dans un projet européen FP6, « Workcare » et prépare un livre pour Oxford University Press : Le contrat de genre : transfor mations du travail et de la protection sociale en Europe. jackiebbs@rocketmail.com Ariane Pailhé, docteure en économie, est chercheure à l’Institut national d’études démographiques où elle est responsable de l’unité de recherche de démographie économique. Ses thèmes de recherche sont les discriminations sur le marché du travail selon le sexe et/ou l'origine ethnique, l’articulation entre vie familiale et vie professionnelle et la gestion du temps entre conjoints. Elle a été coresponsable de l’enquête « Familles et employeurs » et vient de codiriger un ouvrage publié à La Découverte : Entre famille et travail : des arrangements de couple aux pratiques des employeurs. pailhe@ined.fr Sophie Pochic est chargée de recherche au CMHCNRS. Elle s’intéresse à l’évolution des carrières des cadres d’entreprise, à leur engagement syndical et à la reconversion professionnelle des cadres syndicaux, dans une 10

perspective genrée et comparative au niveau européen. Elle est membre du comité scientifique du GDR Cadres. (http://gdrcadres.cnrs.fr). Sophie.pochic@ens.fr Anne Revillard est maître de conférences en sociologie à l’université Paris 13 – Villetaneuse et membre du Centre de recherche sur l’action locale (CERAL). Ses travaux portent sur les politiques de promotion du statut des femmes dans une perspective historique et comparative. Elle a récemment publié « Quelle politique pour les femmes? Une comparaison France Québec », Revue internationale de politique comparée, 15(4), 2009, pp. 687 704 ; « Stating Family Values and Women's Rights: Familialism and Feminism Within the French Republic », French politics, 5(3), 2007, pp. 210228. anne.revillard@univparis13.fr Thierry Ribault, chercheur au CNRS dans le laboratoire Clersé et à la Maison Européenne des Sciences de l'Homme et de la Société de Lille. Ses travaux portent sur l'emploi dans les activités de service dans une perspective de comparaison internationale, notamment avec le Japon. Dernier ouvrage paru : Les services à la personne, La Découverte, 2009, avec F.X. Devetter et F. JanyCatrice. thierry.ribaut@free.fr Stefania Sabatinelli est chercheure postdoc à l’Université de Milan Bicocca, docteure en sociologie avec une thèse comparative sur les politiques et services pour la petite enfance en Italie et en France, et sur les choix des familles en matière de modes de garde. Elle travaille actuellement à l’Université de Milan Bicocca et s’occupe de politiques familiales (et particulièrement des services d’accueil), de politiques d’assistance sociale et de mesures d’activation, avec une approche comparative. Elle a participé et participe à plusieurs réseaux de recherche européens. stefania.sabatinelli@unimib.it Réjane SénacSlawinski, docteure en sciences politiques, est chargée de recherche au CNRS, affectée au Centre Maurice Halbwachs (EHESSENS) dans l’Équipe de Recherche sur les Inégalités Sociales, elle enseigne à l’EHESS et à l’Université Sorbonne Nouvelle Paris 3. Ses recherches questionnent le genre des inégalités à la lumière de leurs représentations, et en particulier du lien entre normes et règles, sentiments de justice et politiques publiques. Elle a récemment publié L’ordre sexué – La perception des inégalités femmeshommes dans la collection « Le lien social » des PUF (2007), un « Que saisje ? » intitulé La parité (n°3795, 2008) et un numéro

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spécial « Gender mainstreaming : de l’égalité des chances à la diversité ? » des Cahiers du genre (n°44, 2008) avec Sandrine Dauphin. senacrejane@yahoo.fr Anne Solaz, chercheure dans l’unité Démographie Économique à l’Institut National d’Études Démographiques, docteure en économie, est spécialisée dans les relations entre le marché du travail et la famille. Ses thèmes de recherche concernent la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale, la fécondité, le divorce, les conséquences du chômage sur la famille, les politiques ‘familyfriendly’ des employeurs, la division du travail domestique entre conjoints et les trajectoires professionnelles des couples. Elle est conceptrice de l’enquête couplée « Familles et Emplo yeurs » réalisée en 20042005. Danièle Trancart est statisticienne, maître de conférences à l’université de Rouen, chercheure au GRIS et chercheure associée au Centre d’Études de l’Emploi. Ses derniers travaux portent sur les questions d’articulation vie familiale vie professionnelle et d’égalité professionnelle. Elle a notamment participé à la recherche résumée ici dans le cadre d’un appel d’offre de la DREES en 2005. Elle a également participé à l’exploitation de l’enquête « Famille, Employeurs » de l’INED (enquête EFE) dont les résultats seront prochainement publiés dans un ouvrage à paraître en 2009. dtrancar@clubinternet.fr Marie Wierink, sociologue, est chargée de mission à la Mire (Mission Recherche) de la DREES (ministère de la Santé), où elle travaille depuis 2006 sur l’aide et l’accompagnement des personnes âgées et handicapées à domicile. Dans son poste précédent à la DARES, elle a travaillé sur l’articulation de la vie familiale et de la vie professionnelle et les politiques d’égalité professionnelle. Elle suit depuis 1993 pour l’IRES l’actualité sociale aux PaysBas et ses travaux de thèse (2001) ont porté sur le travail à temps partiel dans ce pays. marie.wierink@sante.gouv.fr

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INTRODUCTION
Chantal Nicole Drancourt

Encore un livre sur la conciliation travail/famille? Le thème de la conciliation ramasse sous un vocable un peu désuet tout ce qui se rapporte à la question des équilibres et des rapports entre vie professionnelle et vie familiale. Il refait surface récemment dans le sillage du chantier communautaire sur l’Europe sociale après deux décennies de silence relatif. Depuis, le thème suscite à nouveau débats, intérêts et abondance de travaux et publications. Cela dit, le détour par l’Europe change la donne, tant le thème revient en France débarrassé de ses frilosités idéologiques d’antan. Aujourd’hui, le terme de « conciliation » n’est plus tabou dans les sphères scientifiques sous prétexte qu’il « enferme » le destin des femmes dans une problématique réactionnaire de division sexuelle du travail et la résolution de l’équation travail/famille est largement considérée comme un défi urgent, universel et légitime. La façon même de penser ce défi a changé : il ne s’agit plus de changer « nos habitudes » au nom de l’égalité et de la parité entre hommes et femmes, il s’agit de repenser l’arbitrage nécessaire des engagements sociaux envers la famille et le travail sur d’autres bases qu’une division sexuelle, au delà d’une partition qui renvoie les femmes à la famille et les hommes au travail. Cette redéfinition de la question sociale « conciliation » n’est ni une inflexion idéologique ni un artéfact rhétorique, c’est une réponse pragmatique aux grands risques collectifs que constituent l’effondrement des taux de natalité dans certains grands pays développés (Japon, Allemagne, Espagne, Italie, etc.), la pauvreté des mères isolées (tant dans les pays développés que dans les pays dépourvus de protection sociale) ou la baisse des taux d’activité des femmes en dépit de l’aide aux « mères travailleuses ». Dans cette rhétorique du risque, le renoncement à la maternité, le renoncement au travail, la pauvreté des enfants sont inscrits au chapitre « risques majeurs », au nom d’une compétition mondiale dont l’accès en bonne place dépendra de plus en plus de la démographie et des niveaux de protection sociale. Face à ces risques, un « équilibre plus juste entre hommes et femmes » est présenté par le projet social européen comme une des clés

du problème. Il s’agit donc auprès de tous les pays membres d’impulser une dynamique de développement sans précédent des mesures visant à ré équilibrer vie professionnelle et vie familiale. Dopés par les budgets de recherche communautaires et nationaux ciblés sur la conciliation de la vie professionnelle, les travaux se multiplient donc depuis dix ans dans le sillage de cette dynamique. L’ouvrage présenté ici en est un pur produit : en 2005, le CNRS a lancé un large appel à projets financé par le Fond social européen à la suite duquel plusieurs programmes de réflexion sur le thème du care et de la conciliation travail/famille ont été retenus. Parmi la sélection figure le programme dont cet ouvrage rend compte. Un ouvrage qui s’inscrit donc dans un espace de réflexion très fréquenté mais un ouvrage qui, néanmoins, va tenter de faire entendre sa différence en insistant sur une approche qu’on peut qualifier de globale et de relationnelle qui tient compte des multiples registres stratégiques, institutionnels et cognitifs qui président à la construction de l’ordre du social. La conciliation travail/famille : un grand chantier à investir En matière de conciliation travail/famille, un paradoxe se développe depuis trente ans dans la plupart des pays développés1 : d’un côté on constate la croissance sans précédent d’une offre de produits ou de services dérivés du travail domesticofamilial. Une offre privée (avec le développement de l’activité de services aux particuliers ou celui des produits à consommer prêts à l’emploi) ; une offre publique (avec le développement d’une prise en charge collective d’une partie non négligeable des activités familiales ou des prestations financières d’aide à la solvabilité du recours aux services marchands) ; le tout accompagné d’un effort pour médiatiser positivement le partage des tâches et « neutraliser » l’aide à la famille (en ouvrant notamment l’accès des droits aux congés parentaux et au temps partiel aux pères) ; d’un autre côté, on sait que les budgets temps sont toujours très sexués et que la répartition des responsabilités n’a pratiquement pas changé de « nature » : c’est aux femmes (actives ou pas) que revient encore et toujours principalement la responsabilité de la gestion des charges familiales et aux hommes (actifs ou pas) qu’on accorde la responsabilité d’assurer la sécurité économique des ménages.

1 Dans cette introduction générale, nous laisserons de coté des « exceptions », indiscutables mais néanmoins discutées, comme la Suède. Un article de l’ouvrage reviendra sur le cas suédois.

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En d’autres termes, si l’emploi des femmes a bien résisté à l’épreuve du chômage et de la précarité grâce au soutien des mères travailleuses, leur double journée a aussi bien résisté et leurs trajectoires professionnelles se chargent aujourd’hui de tous les stigmates de l’effritement du rapport salarial : activités réduites récurrentes, diversité accrue des formes d’emploi hors normes, forte précarisation de la relation salariale et difficulté de retour sur le marché du travail après les transitions. Les travailleuses les plus qualifiées en paient le prix au niveau de leur carrière, les ouvrières et les employées en paient le prix tout court, puisque « travailler sans interruption et avoir des enfants » est pour elles, tout simplement, impossible. Pour preuve en France, si la situation des femmes françaises visàvis de l’emploi est globalement parmi les plus privilégiées d’Europe, celle des mères est très préoccupante : en 2002, 7,5 millions de femmes travaillent à temps complet, mais plus de 3 millions travaillent à temps partiel et près de 4,5 millions ne travaillent pas. Ces femmes en sousemploi sont bien sûr surtout des « mères » puisqu’on sait par ailleurs que le taux d’activité des femmes de 25 à 35 ans est de 92 % si elles sont sans enfant à charge et de 50 % si elles en ont deux2. La question sociale « conciliation » est donc dans une sorte d’impasse et l’accès des mères au droit à la sécurité économique par le travail reste très problématique. Il est donc plus que jamais nécessaire de travailler sur cette impasse, en se demandant notamment pourquoi le taux d’activité des mères stagne quand cinq des grandes conditions de l’accès à l’emploi des femmes sont présentes, à savoir : un bon niveau de formation des filles sortant du système éducatif ; une bonne résistance de l’offre d’emploi en direction des femmes au plus fort des « crises » ; une généralisation d’un bon rapport à l’activité chez les femmes dans des pays où la figure féminine forte devient la travailleuse et non la mère, des politiques actives d’égalité professionnelle et, on l’a dit, la présence de mesures de « conciliation » conséquentes.. La nécessité d’une approche revisitée de la notion de conciliation L’ampleur du travail domestique est longtemps restée cachée sous le voile de la disponibilité permanente des femmes au foyer. Dans les années soixantedix, cette boîte noire a stimulé la curiosité des chercheurs pour produire une immense littérature scientifique et féministe. C’est l’âge d’or de la mesure du travail domestique (et des débats sur les prolongements politiques de la mise en évidence de l’ampleur de ce travail) ; et c’est l’âge d’or des théories sur la division sociale et sexuelle du travail (et des débats sur la pertinence des analyses en termes de « conciliation » qui sous
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Dont le plus jeune a moins de 3 ans.

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entendent la possibilité « d’aménager » certains emplois et donc d’institutionnaliser des emplois « au rabais », source d’inégalité au travail). Le début des années quatrevingt et son cortège de séismes écono miques et sociétaux ont sonné le glas des polémiques pour laisser place à des cadres d’analyses plus radicaux. À l’épreuve du chômage, de la précarité et de la raréfaction de l’emploi, le marché du travail est devenu non seulement l’objet de toutes les préoccupations mais aussi « l’entrée » majeure de toutes les analyses des autres sphères d’activité. Dès lors, tant les mesures d’aménagement et de réduction du temps de travail que celles d’égalité professionnelle ou d’aide à la famille ont été comprises (sinon conçues) en termes de défense de l’emploi et non en termes de réorganisation des temps sociaux. Dans ce contexte, l’objet « conciliation » s’est noyé dans des problématiques de partage de l’emploi, d’égalité professionnelle, de maintien des garanties et des droits sociaux, problématiques plus ciblées sur la défense du système d’emploi traditionnel (droit au travail) que sur l’organisation égalitaire de la production des biens et des personnes (place du travail). C’est la dynamique européenne qui va changer la donne. Face au risque que représente la fragilisation des institutions famille/travail, l’Europe mise sur un renforcement de l’autonomie des personnes et voit dans la perspective d’une participation généralisée des femmes au marché du travail une parade à l’engrenage vers l’exclusion sociale. Le travail des mères est donc placé au cœur du dispositif, orientation qui ne manque pas de mettre en cause le fondement même des équilibres traditionnels de la relation travail/famille. Il s’agit donc d’en mesurer tous les enjeux, faute de quoi le passage d’une société de « plein emploi » (avec les mères au foyer) à celle de « plein emploi » (avec les femmes au travail) se traduira par une exacerbation des travers qu’on connaît aujourd’hui avec l’offre croissante d’emplois peu qualifiés et moins coûteux aux femmes ou le développement de formes d’emplois précaires où les femmes sont surreprésentées. La perspective européenne propose donc un « défi immense », celui de la déconstruction/reconstruction des fondements mêmes de l’organisation de nos sociétés. Il s’agit de le relever, afin que des perspectives progressistes et émancipatrices ne se retournent pas en mesures régressives et discrimi natoires. C’est à ce défi que notre groupe de réflexion a travaillé et avec cette toile de fond que chaque auteur, à partir de ses travaux, a proposé d’intervenir dans cet ouvrage. Un ouvrage qui ouvre le chantier Le point commun qui relie l’ensemble est une tentative, celle qui vise à penser l'objectif d'égalité entre hommes et femmes comme un problème de 16

société qui impose des mises en forme non spécifiques et englobantes. Cette dimension globalisante signifie d’une part que la réflexion doit être pluridisciplinaire et d’autre part qu’elle doit sortir des oppositions féministes classiques (homme/femme, différence/symétrie) pour une approche du genre plus « relationnelle », qui tient compte des multiples registres stratégiques, institutionnels et cognitifs qui président à la construction de l’ordre du social et des phénomènes sociaux. Autrement dit, une approche qui interroge les mécanismes à l’œuvre dans la reproduction des statuts de subordination sociale des femmes. Dans cette perspective, audelà des simples arbitrages quotidiens des temps travaillés (temps de travail professionnel/temps de travail familial), la question sociale « conciliation » se pose en termes d’enjeux, enjeux temporels (gestion des temps de vie, de conciliation des temps sociaux), enjeux d’engagements (professionnel, familial, civique) mais aussi et surtout enjeux institutionnels (droits sociaux, politiques publiques et politiques d’entreprise). Le fil rouge qui relie l’ensemble des interventions (qui par ailleurs sont disparates) sera donc le souci d’interpeller l’un ou l’autre des mécanismes de production des régimes de conciliation traditionnels et d’envisager les vecteurs de changement vers un autre modèle. Dans le respect de cette perspective, les interventions ont été regroupées dans deux espaces de cohérence : accepter de déconstruire (en traitant des mécanismes de production/reproduction des régimes de conciliation) ; apprendre à reconstruire : (en traitant des espaces d’innovation sociale en matière de conciliation travail/famille). PREMIÈRE PARTIE Accepter de déconstruire : les mécanismes de production/reproduction des régimes de conciliation travail/famille La démarche commune ici est de considérer les États providence comme étroitement liés à des contextes et héritages institutionnels nationaux. Leur spécificité est donc de « penser de manière intégrée » les stratégies des familles, les supports de coordination des dispositifs publics à leurs dispositions et les normes de références ; de s’interroger sur les fondements théoriques des politiques envers les femmes, le travail et la famille ; et de mettre en évidence les cadres cognitifs et normatifs qui fondent la répartition inégalitaire et sexuée des rôles (l’assignation prioritaire des hommes à la sphère productive et au travail rémunéré et l’assignation prioritaire des femmes à la sphère familiale et au travail non rémunéré). De mettre en évidence aussi que c’est notamment par l’accès au système de protection sociale que l’on passe du cadre normatif aux pratiques sociales : l’équation sociale de l’État providence est cohérente et s’appuie sur un système 17

cohérent de subordination des femmes, de partage sexué des « temps travaillés », de prise en charge sexuée de la dépendance. Dans cette perspective, le problème majeur de la question sociale « conciliation » n’est donc ni la double journée féminine ni les mentalités masculines, c’est la nature de la citoyenneté sociale des hommes et des femmes. Dans ces perspectives de problématique, les articles de la première partie déclinent leur argumentation, chacun à partir de l’entrée thématique choisie par les auteurs à savoir : les régimes de protections sociales (Nathalie Morel), les contrats sexués de sexes (Jacqueline O’Reilly), les modèles culturels et principes de justice (Réjane SénacSlawinsky), les modèles locaux de conciliation (Olivier Giraud et Barbara Lucas), les régimes d’inégalités de genre (Thierry Ribault), les régimes de conciliations en Europe (Marie Thérèse Letablier), le féminisme d’État (Anne Révillard), le régime de care aux PaysBas (Marie Wierink), les normes de carrière en entreprises (Cécile Guillaume et Sophie Pochic), les normes d’arbitrage en matière d’accueil petite enfance (Laurent Fraisse et alii). DEUXIÈME PARTIE Apprendre à reconstruire : vers l’innovation sociale en matière de conciliation travail/famille ? Les fondements posés, comment avancer ? Comment envisager une dynamique émancipatrice de la place des femmes, comment tenter de mieux concilier l’exigence de produire et de se reproduire dans les sociétés post industrielles ? Les auteurs de la deuxième partie de l’ouvrage vont, chacun à leur façon, ouvrir des pistes de réflexion, en argumentant à partir d’utopies réalisées, d’expériences, ou de bonnes pratiques, chacune pensée en termes d’innovations sociales ouvrant des voies d’apprentissage vers une organisation sociale alternative. Fidèles à la perspective d’ensemble de cet ouvrage, les auteurs répondent que l’avenir appartient à une refondation des « conventions » (sociales, juridiques, institutionnelles, intimes) qui soutien nent l’organisation « industrielle » traditionnelle des activités de production et de reproduction. Cela passera par une remise en cause des mécanismes de construction de la division sexuelle du travail dans et hors production, par une redéfinition de la place du care et du travail dans la société, par une reformulation de la place à accorder aux enfants, aux hommes et aux femmes dans les institutions, par un changement organisationnel de la production et des modes de gestion de la maind’œuvre en entreprise. Les auteurs de la seconde partie vont eux aussi décliner leur argumentation à partir de leur entrée thématique, à savoir : l’histoire du familistère de Guise (Michel Lallement) ; l’innovation sociale dans les services de care (Florence Degavre et Marthe Nyssen) ; une expérience 18

innovante d’accueil petite enfance (Christine Bellavoine) ; le bienêtre de l’enfant (Irène Jonas et Liane Mozère) ; l’investissement paternel (Bernard Fusulier et Jacques Marquet) ; le temps des pères et des mères (Dominique Méda) ; les pratiques d’harmonisation travail horstravail des entreprises aux USA (Ariane Ollier Malaterre) ; les outils de conciliation des entreprises en France (Cécile Lefevre, Ariane Pailhé, Anne Solaz) ; les investissements sexués en formation continue (Fabienne Berton). Au terme de cet ouvrage, le lecteur comprendra que c’est au niveau des ouvertures problématiques (et notamment sur le rôle des conventions sociales sous jacentes à la mise en œuvre des politiques d’emploi, des politiques familiales et de la place des femmes selon les régimes de protection sociale) que l’ensemble de ces contributions est indispensable pour une mise en forme renouvelée de la question sociale concilia tion travail/famille.

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PREMIÈRE PARTIE

ACCEPTER DE DÉCONSTRUIRE : les mécanismes de production/reproduction des régimes de conciliation travail/famille

GENRE ET PROTECTION SOCIALE
Nathalie Morel

Les analyses féministes et de genre ont permis de déconstruire les cadres sociaux, légaux et éthiques des politiques sociales / de l’État providence (I). Ces analyses ont notamment mis en lumière le caractère variable des différents modèles d’État providence en ce qui concerne les présupposés normatifs sur lesquels ils reposent concernant les rôles respectifs des hommes et des femmes dans la société, ainsi que les mécanismes institutionnels qui participent à la structuration des rapports de genre et de l’égalité entre les sexes (II). Ces analyses sont particulièrement importantes au vu des transformations récentes de la société qui doivent inciter à repenser la protection sociale et l’organisation du care (III). Déconstruire les présupposés normatifs sexués sur lesquels reposent les politiques sociales Les études féministes et/ou de genre3 sur l’État providence ont souligné la construction historique, culturelle, sociale et normative des États provi dence, et mis en lumière les différents paradigmes sociétaux qui sous tendent les politiques sociales, en particulier en ce qui concerne les rôles attribués aux hommes et aux femmes. Ces travaux analysent également l’impact sexué de ces politiques. Ces travaux énoncent ainsi deux postulats essentiels pour la compréhension et l’analyse des politiques sociales. Premièrement, il n’est pas possible de comprendre réellement l’État providence sans reconnaître que les politiques sociales et leur mise en pratique intègrent toutes des normes et valeurs concernant les relations de genre. Deuxièmement, les États providence affectent directement ou indirectement les relations de genre par la façon dont ils influencent la nature et la distribution des ressources, des rôles sociaux et des relations de pouvoir.

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Cf. Morel, 2007, pour une analyse de cette distinction.