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Conduites pathologiques et société

De
254 pages
C'est vers le point de rencontre de la psychopathologie individuelle et de la société que l'auteur souhaite entraîner le lecteur.
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CONDUITES PATHOLOGIQUES

ET SOCIETE

Psycho-Logiques Collection dirigée par Philippe Brenot et Alain Brun

Sans exclusives ni frontières, les logiques président au fonctionnement psychique comme à la vie relationnelle. Toutes les pratiques, toutes les écoles ont leur place dans Psycho-Logiques.
Sylvie PORTNOY-LANZENBERG, Le pouvoir infantile en chacun, Source

de l'intolérance au quotidien.
André DURANDEAUet Charlyne VASSEUR-FAUCONNET(sous la dire de), Sexualité, mythes et culture. Claire SALVY, Jumeaux de sexe différent. Maurice RINGLER, La création du monde par le tout-petit. Loick M. VILLERBU,Psychologues et thérapeutes, sciences et techniques

cliniques en psychologie. Michel LARROQUE, ypnose, suggestion et autosuggestion. H Sylvie PORTNOY, 'abus de pouvoir rend malade. Rapports dominantL dominé.
Raymonde WEIL-NATHAN (sous la dire de), La méthode éleuthérienne. Une thérapie de la liberté. Patricia MERCADER, L'illusion transsexuelle.

Alain BRUN, De la créativité projective à la relation humaine. Pierre BENGHOZI, Cultures et systèmes humains.

Docteur Michel POUQUET Psychiatre

CONDUITES

PATHOLOGIQUES

ET SOCIETE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

@ L'Harmattan, 1996 ISBN: 2-7384-4337-0

Prélude

Ce livre est une suite. Dans notre "Initiation à la psychopathologie" nous avons survolé la nosographie: la la

description des troubles observables en psychopathologie, matière première dont s'occupe le psy,

est donc pour

l'essentiel, terminée. Les données conceptuelles de base, qui permettent dy comprendre quelque chose, et de se repérer avant d'agir, ont été précisées. n s'agit maintenant d'appliquer ces connaissances à l'étude de diverses situations ou conduites psychopathologiques, porteuses de souffrance et de mort, qui interrogent chacun de nous, et au-delà, toute notre société. Nous verrons ensuite quelles réponses peuvent être proposées, pour réduire, si faire se peut, l'impact de la pulsion de mort, qui est en cause dans tous les troubles de la pathologie individuelle et sociale. Mais place, tout d'abord, à l'étude des conduites de mort (que celle-ci se donne à voir en clair, ou se dissimule derrière la recherche du plaisir), qui constituent, comme on le dit, un "Problème de société". Nous allons évoquer le suicide, les toxicomanies, et l'alcoolisme.

7

CHAPITRE I

LA JOUISSANCE ET LA MORT

9

LE SUICIDE
Se tuer: se-caedere, en latin. En jargon médical: autolyse. On distingue le suicide de l'idée de suicide: simple représentation mentale, de la tentative de suicide (TS) : qui échoue, des équivalents suicidaires que sont certaines conduites: refus de traitement, d'aliments, certains accidents, etc... (la grève de la faim est un moyen de pression où la mort est en cause, mais au second plan, derrière le besoin d'affirmer sa puissance sur l'autre).. Les conduites addictives (de l'anglais: addiction, dépendance) : toxicomanies et alcoolisme, sont des conduites suicidaires lentes où la recherche du plaisir et la sédation de l'angoisse s'accompagnent plus ou moins clairement d'une jouissance d'autodestruction. Pour parler du suicide, et s'efforcer de ne pas succomber au piège du réductionnisme, il est nécessaire de rappeler tout d'abord quelques données sociologiques.

RAPPELS SOCIOLOGIQUES Les statistiques concernant le suicide sont à-peu-près stables depuis plusieurs années, avec une légère augmentation depuis 20 ans. Par exemple, en 1993 en France (a), le nombre des morts par suicide a été évalué à plus de 12.000 (plus que les accidents de la route), soit un taux de 2,1/10.000 (taux comparables à ceux observés en Grande Bretagne et aux USA), provoquant donc 0,5% à 1% des décès. L'espérance de vie des hommes était de 72 ans, celle des femmes de
81,3 ans: cette différence

- vraie

en tous pays

- est

plus marquée en

France qu'ailleurs. Les tentatives de suicide (TS) sont 5 à 10 fois plus

Il

nombreuses, et ont augmenté ces dernières années: mais l'augmentation constatée est-elle réelle, ou seulement due à la banalisation du phénomène, qui perd son caractère infamant? Ont été mis en évidence: . La fréquence plus grande le jour que la nuit, de même qu'en début de semaine, au printemps et l'été. Plus fréquent aussi à Paris. . des facteurs d'âge: rare avant 15 ans, il augmente avec l'âge. de sexe: 2 à 3 fois plus fréquent chez l'homme que chez la femme, mais les tentatives de suicide sont chez lui de 4/1 (4 tentatives contre un suicide réussi), alors que chez la femme, elles sont de 20/1. . la famille joue un rôle: le suicide est inversement proportionnel au nombre des enfants. Beaucoup de suicidants ne sont pas mariés, ou vivent seuls. les perturbations sociales aussi: le suicide diminue pendant les guerres (la cohésion sociale augmente face à l'ennemi extérieur), et augmente pendant les crises économiques. . le rôle de l'exemple a été discuté: Werther, René ont eu des imitateurs, comme les bonzes indochinois se suicidant par le feu. Mais le taux de suicide demeurant constant, on peut penser que l'exemple joue sur le mode de suicide, non sur la fréquence.

.

.

Bien que ce soient les vieux qui se suicident le plus, le suicide des jeunes frappe beaucoup plus les esprits (b). Le taux de suicide est chez eux en augmentation: chez les 15-24 ans, il a doublé en 20 ans (il augmente dans tous les pays, il a triplé aux USA). Il reste que, si ce sont les jeunes qui se suicident le moins, le phénomène prend davantage de relief dans cette tranche d'âge: c'est en effet la deuxième cause de décès chez les 20-24 ans (après les accidents), la troisième cause chez les 15-18 ans (après les accidents et les tumeurs). La relation avec le chômage n'est ni simple ni directe; c'est peutêtre par l'affaiblissement de la structure familiale que passe le phénomène. La proportion des tentatives de suicide par rapport aux suicides réussis est beaucoup plus forte chez les jeunes: 15/1 chez les garçons, 100/1 chez les filles (dans la tranche 15-24 ans). Ces tentatives sont souvent impulsives. Elles surviennent plutôt le jour que la nuit; et souvent le lundi. Sur 3 tentatives, il y a 1 récidive.

12

Pour rendre compte du suicide, les sociologues ont introduit le concept d'anomie (a-vof.!ocr: absence de loi): caractérisant l'état d'une société où se désintègrent les normes, lois et coutumes, qui assurent l'ordre social. L'anomie engendre le suicide. Mais les limites de l'abord sociologique sont évidentes: dans une population donnée, dans un état d'anomie déterminé, certains se suicident., et non d'autres. C'est au niveau psychologique qu'une réponse peut alors être recherchée.

LE SUICIDE DU PSYCHOTIQUE Il concerne environ 10% des suicides (réussis). Première question à se poser face à une conduite suicidaire: le sujet délire-t-il, ou non? Car dans l'affirmative, la question du sens du suicide n'a plus guère d'intérêt: celui-ci entre dans le cadre de l'évolution délirante, et de la pathologie en cause. Mais la dangerosité du malade (vis-à-vis de lui-même, de ses proches) appelle une mesure d'urgence: l'hospitalisation, que le malade soit ou non consentant. Le suicide du psychotique est évidemment toujours pathologique.

.

le suicide se rencontre avant tout dans l'accès mélancolique:

même

s'il n'y a pas d'indice d'une conduite suicidaire, ce diagnostic impose l'hospitalisation immédiate, sans perdre le malade de vue jusque-là. . au cours d'un état confusionnel, le malade peut se tuer quasi accidentellement, prenant la fenêtre pour une porte par exemple. L'hospitalisation est, là encore, la règle, mais sans l'urgence ni la gravité de la menace que représente le mélancolique.

.

même chose dans les démences.

. dans la schizophrénie: le suicide peut se rencontrer, avec parfois une mise en scène bizarre et longuement préparée (on a vu des schizophrènes se suicider en se crucifiant eux-mêmes...) ou au contraire être impulsif: raptus suicidaire. . les paranoïaques se suicident souvent, avec ou après leurs victimes, peut-être avec le sentiment d'un "devoir accompli" après lequel le reste n'a plus de sens. Se souvenir du suicide de Jim Jones ou de David Koresch entraînant avec eux leurs fidèles.
13

LE SUICIDE DU NON-PSYCHOTIQUE C'est le cas d'environ 90% des suicides (réussis). Le sujet, ici, sait ce qu'il fait: la querelle du normal ou du pathologique n'est guère pertinente: c'est l'angoisse de l'entourage qui pose cette question, et la réponse se dilue dans le débat sur la nature de la névrose. En revanche, il importe de savoir dans quel contexte psychopathologique se rencontre le suicide, et quel sens il revêt pour le sujet. Le suicide se rencontre préférentiellement dans certaines catégories p5ychopathologiques : . les psychopathes: leur impulsivité, la carence d'amour dont ils
souffrent, les prédisposent plus que d'autres au suicide.

. .

les abandonniques, prêts à tous les chantages pour obtenir des les dépressifs (non psychotiques) sont évidemment concernés. Le

preuves d'amour, et jamais satisfaits. suicide n'est pas réservé aux dépressifs mélancoliques... Se souvenir du suicide de Pierre Bérégovoy, atteint dans son image, critiqué, mal soutenu. Il s'est tué alors qu'il devait être hospitalisé le lendemain.

les hystériques, et les personnalités immatures, lorsqu'ils se trouvent brusquement en désarroi. Les suicides d'obsessionnels et de phobiques sont rares: leur personnalité est mieux défendue par une armature caractérielle plus rigide que celle des hystériques. . un raptus anxieux, insoutenable, peut mener au suicide: c'est peutêtre ainsi que l'on peut expliquer certains suicides, autrement incompréhensibles, chez des sujets qui ne sont pas dépressifs, et dont les circonstances font craquer brusquement le système habituel de défense, par exemple par une blessure narcissique (= leur image est atteinte) qui échappe en général à l'entourage, stupéfait. . les toxicomanes.,. dont la conduite est d'ailleurs., en elle-même_ ." globalement suicidaire. .L'overdose n'est pas toujours le résultat d'une variation de la pureté du produit: elle peut prendre pleinement le sens d'un acte manqué. . les pervers, et les personnalités narcissiques, lorsque leur image est atteinte, par exemple par l'altération du vieillissement: suicide des stars (la liste est longue...) et des écrivains: par exemple, Mishima ou Drieu La Rochelle.

.

14

Chez le non-psychotique, la conduite suicidaire est toujours plus ou moins un appel: il est nécessaire d'en comprendre le sens, afin d'y répondre au mieux et d'éviter une récidive peut-être mortelle. Ce peut être: . une défense contre une.angoisse insupportable: suicide du déporté, du condamné, du malade ~un raptus anxieux peut survenir chez tout névrotique, en fonction des circonstances, ou de maladresse thérapeutique (cas de l'hystérique "guéri" par suggestion qui rentre ravi chez lui, et se jette brusquement sous un train). . l'autopunition: Anna Karenine, le pilote d'Hiroshima. . l'agression: chez le psychopathe, l'enfant, l'amoureux éconduit; il
tue (imaginairement)

.

l'objet d'amour auquel il s'est identifié.

la vengeance: le mythomane peut élaborer toute une mise en scène

vengeresse, le suicide laissant croire à un meurtre par un tiers.

.

un acte oblatif: souvent associé à une idéologie exaltant la pulsion de mort: suicide héroïque des militaires, des kamikaze. . l'écrasement par l'Idéal du Moi: suicide "pour l'honneur", en conformité avec les normes du groupe (suicide des joueurs, hara-kiri) ou un idéal personnel (Vatel, le cuisinier de Louis XIV, s'est suicidé parce que, la marée n'étant pas arrivée à temps, le repas n'était pas prêt à l'heure...).

. .

la fuite des difficultés:

Madame Bovary.

le ludisme : jouissance du flirt avec la mort, exemple: la "roulette russe" ; voir les films: "Pierrot le fou" de Jean-Luc Godard et "Voyage au bout de l'enfer" de Michaël Cimino. . un chantage utilitaire: du militaire en quête d'une réforme. . un choc affectif: suicide après un deuil, réel ou imaginaire (perte de l'image narcissique) : suicide des hommes politiques atteints "dans leur honneur" (1).
(1) L'honneur: un mot qui mérite réflexion. S'il s'agit de souligner la valeur de la parole donnée, parfait. Mais bien souvent l'honneur célèbre le culte imaginaire d'un Moi magnifié ("A1on âme à Dieu, mon corps à la France, l'honneur à moi" écrivait Ernest Psichari, dont on faisait un modèle pour les jeunes) et peut, alors, être tenu pour une valeur suspecte: que de crimes, de bêtises, de malheurs, de conduites suicidaires se sont étayées sur "l'honneur", tel que l'entendait, par exemple, ce militaire de haut rang à qui il était demandé à quoi avait servi le massacre de millions d'hommes en 14-18, et qui répondait fièrement: "Ils sont morts pour l'honneur de la France... " 15

Comprendre le sens de la conduite suicidaire permet d'établir plus facilement un dialogue et d'apporter un soutien au sujet. Mais il est vain de penser détenir ainsi une réponse à la question qu'il pose. Ce serait oublier que ce qui est d'abord en cause chez le sujet - qui n'en a en général aucune conscience - c'est la pulsion de mort. La fascination morbide du jeu suicidaire, associé à la quête d'un record, et dans un climat de copinage homosexuel (inconscient) est illustrée par le succès d'un film comme "Le grand bleu", de Luc Besson - à l'insu de l'auteur très probablement. La femme et l'amour ne pèsent pas lourd face à la violence et à l'homosexualité de l'homme.

LA PULSION DE MORT Malgré l'alibi de l'appel à l'autre, et à l'insu du sujet, la conduite suicidaire est toujours plus ou moins une fin en soi: la mort est bien, toujours, plus ou moins consciemment, le but de l'acte. Ceci ne peut se comprendre qu'en revenant à ce qui a été dit de cette jouissance que cherche le sujet dans la répétition, et dans la maîtrise de la coupure signifiante, qui le fait être, mais le voue du même coup à la poursuite de l'insaisissable. Dans cette mouvance continuelle, seule la coupure radicale de la mort figure l'absolu. Elle peut alors mener jusqu'au suicide, assumé, ou inconsciemment
pourSUIVI.

*** SYLVAIN a une trentaine d'années, il a été suivi régulièrement pendant 14 mois en psychothérapie par une consoeur psychiatre (mais non analyste), avec qui il vient de rompre brusquement. Il a tout raté dans sa vie, malgré un niveau d'intelligence élevé, et des études supérieures réussies. Mais il n'a pas d'ami, pas de métier, aucune femme dans sa vie; il vit avec sa mère, seul parent qui lui reste. En revanche, il collectionne les tentatives de suicide. "Et j'ai un complexe d'Oedipe maison, je désire coucher avec ma mère .I " ajoute-t-il, se référant à ce que lui a dit sa thérapeute. "Elle a géré ma névrose... je n'avais droit qu'à mes défauts, elle changeait de sujet quand je parlais de théâtre, me reprochant de saboter le traitement...

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elle ne m'a laissé aucun espoir". Bref, il ressent une haine violente contre cette femme" : "j'allais lui taper sur la gueule, j'ai préféré partir". Par ailleurs, il développe une longue plainte sur sa vie, solitaire, sa souffrance, la vie en général, la sexualité qu'il trouve ignoble, où il a surtout rencontré des déboires de toutes sortes, et en définitive expose toutes les raisons qu'il a "de se flinguer". Plusieurs de ses tentatives de suicide ont été effectuées avec des médicaments, et rapidement déjouées par l'entourage, et ajoute-til "à ce moment-là, on m'accordait de l'importance". Mais il en raconte une plus sérieuse, un an auparavant: "j'ai pensé m'électrocuter, j'avais coupé et dénudé les fils de ma lampe, j'avais mouillé mes mains, j'étais pieds nus dans ma salle de bain. J'ai attendu 5 minutes, j'avais la trouille, mais j'avais le courage de le faire, j'étais l'homme qui affronte la mort, je n'avais plus peur, enfin j'étais quelqu'un... Et puis je me suis pris une décharge, pas plus... ça m'a défoulé, je me suis dit: la mort ne veut pas de moi... " La relation avec SYLVAIN est très bonne, il parle très ~facilement. Sfans en dire plus sur son histoire et sa famille, on peut résumer le diagnostic en le qualifiant de personnalité narcissique et masochiste; ce n'est aucunement un psychotique. Il prend rendezvous, mais ne reviendra pas: il s'est suicidé, ne se ratant pas cette fois-ci (2).
COMMENTAIRE : Cet échec dramatique relève de plusieurs causes: SYLVAIN avait été soutenu pendant 14 mois par sa haine contre sa psychiatre. La maladresse de celle-ci est probablement en cause (3). La haine
(2) Il venait d'acheter un ouvrage qui faisait un certain bruit à l'époque, écrit pour "aider" les suicidaires à ne pas se rater. Ouvrage pervers, méconnaissant l'incertitude où l'on est toujours vis-à-vis de soi-même, et a fortiori face aux autres, quant à ce qu'il en est du désir (de mourir et de vivre). Ouvrage dont je tairai évidemment la référence. (3) Et peut servir de contre-exemple à ce que doit être une relation de soutien: voir plus loin. La découverte de la vérité ne peut se faire que par le sujet lui-même, et pas plus vite qu'il ne le peut. Le dévoilement par un tiers ("interprétation sauvage") suscite une agressivité intense, et ne fait qu'augmenter les résistances à la découverte par le sujet lui-même de sa vérité.

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soutenait SYLVAIN, jusqu'à ce qu'elle amène la rupture de la relation avec sa thérapeute. La violence ne s'est pas transférée d'un thérapeute à l'autre, et s'est retournée contre le sujet lui-même, sans qu'un nouveau transfert ait eu le temps de se développer et d'être interprété. La dernière tentative de suicide était-elle, comme les précédentes (avec des médicaments) un demi-appel à l'aide, au besoin "d'être considéré"? On ne peut que se poser la question. La lecture de la "recette" efficace pour se supprimer a fait réussir ce qui n'était sans doute qu'à demi souhaité. Mais le plus caractéristique demeure cette jouissance évoquée par S.YLVAIN lors de sa tentative suicidaire par électrocution: pendant quelques minutes, il s'est senti maître de son destin. disposant d'une maîtrise qu'il n'avait pu trouver par ailleurs dans sa vie. La pulsion de mort apparaît là clairement sous l'aspect clinique du masochisme.

*** Si elle est, essentiellement, contrainte de répétition, cherchant à annuler le temps, la pulsion de mort est aussi en cause dans cette annulation radicale qu'est la recherche de la mort réelle. Qui aboutit bien, en effet, à ce retour, en direction de l'origine, à la poussière inorganique et à l'entropie maximale (4). Au niveau phénoménologique (5) l'acte est vécu comme permettant d'atteindre l'absolu, qui partout ailleurs échappe, et ne peut être trouvé que dans la mort: il y a une jouissance suicidaire parfois clairement perceptible: "il y a du plaisir à mourir", notait Sade (6).
(4) L'entropie (du grec = retour) caractérise le désordre d'un système. Le sable, la poussière illustrent l'entropie maximale. (5) La phénoménologie sera évoquée plus loin. C'est l'abord des phénomènes psychologiques, sans théorisation préalable, en privilégiant la conscience, le vécu. (6) Comme aussi dans cet extrait d'interview d'un hormne racontant ses souvenirs de guerre: "La guerre, j'en ai eu horreur.. j'ai été blessé, traîné par un camarade

jusqu'à

un

cadavre allemand.J'ai dit à ce cadavre: "bientôt,je serai comme toi". Et

à ce moment là j'ai été saisi d'une extraordinaire jubilation" (cité par "Libération"). On pourrait noter dans ce propos l'affleurement de la pulsion homosexuelle sousjacente. Mais surtout retenir la dimension sadienne de cette jouissance de l'horrible, qui fait sursauter le sens commun... mais précipite les foules vers les films sadiques: voir le succès du "Vieux fusil", de Robert Enrico.

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Le suicidaire rejette l'à-peu-près de la vie, bref: la castration. Il trouve dans son acte cette maîtrise sur soi-même qui lui échappe par ailleurs (comme dans le cas de SYLVAIN), soit du fait des circonstances (comme dans le cas des déportés ou des condamnés qui se suicident pour échapper à l'angoisse de la mort), soit du fait de sa névrose, qui a bloqué toute possibilité d'aimer. Cette jouissance suicidaire est à rapprocher du masochisme érogène (= source de plaisir), ou masochisme primaire, en cause dans toutes les conduites masochistes (7). Faute du concept de jouissance, Freud avait ainsi qualifié ce masochisme primordial, structure
essentielle de l'être humain

- et

non avatar pathologique

- qui

n'est

qu'une des traductions cliniques de la pulsion de mort. La pathologie ne commence que lorsque Eros se trouve bloqué, et ne peut plus tenir en tutelle la pulsion de mort, du coup libérée de ce qui la canalisait. La pulsion de mort, n'étant plus guidée par Eros vers un objet extérieur, revient à son point de départ et se retourne contre le sujet luimême: dans la pathologie, le suicide est toujours un avatar du
.

narcissisme, et un échec de l'amour.

QUE FAIRE ? S'il y a psychose, les mesures autoritaires de sauvegarde s'imposent: hospitalisation, sans cesser la surveillance jusque-là. Sinon, il y a quelqu'un à écouter, dans une relation de soutien. Dégager le sens de son appel. Que peut-il être fait pour lui répondre? Souvent, pas grand chose; mais le simple fait de parler met le
sujet à une certaine distance de ce qui lui fait mal

- même

si cela lui fait

mal d'en parler ("n'en parle pas, cela va te faire du mal" est une des naïvetés malfaisantes du sens commun). La difficulté est de ne pas tomber dans une relation de chantage, qui ne mène à rien de bon. C'est
(7) Antigone n'est pas seulement l'héroïne qui rappelle à Créon, si soucieux d'efficace, respectueux des lois et de l'ordre de la cité, l'indicible de LA Loi, la priorité de la Justice sur le droit. Elle incarne aussi ce masochisme primordial: elle n'était pas obligée de se pendre dans son cachot, et eût pu alors être sauvée. Cette exaltation du sacrifice, cette valorisation de la souffrance ont été relayées par l'imaginaire de la mort de Socrate, repris à son compte par le Christianisme, et marquent profondément notre civilisation.

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difficile pour un entourage forcément anxieux. SOS Amitié se protège de cette difficulté par la distance qu'implique le téléphone. C'est plus facile dans le cadre d'une rencontre avec un psychothérapeute. Un travail analytique s'impose si le suicide n'est pas simplement réactionnel à un traumatisme extérieur, et si le sujet bute sur sa névrose. Face au suicidaire, il y a toujours quelqu'un à aimer, en ne confondant pas l'amour et le désir, évidemment; ni avec ses avatars matemants et manipulatoires: l'angoisse ressentie face au suicidaire pousse facilement à vouloir faire quelque chose pour lui, à le "prendre en charge", pour le "protéger contre lui-même" - ce qui a plus souvent à voir avec l'angoisse (du thérapeute) qu'avec le respect du patient, et ne se justifie que dans certains cas graves, et bien sûr dans le cas de psychose. Tout ce qui peut par ailleurs permettre au sujet de s'investir dans des activités sublimées est évidemment utile: l'ouverture vers une créativité encouragée, le fait de se sentir utile à d'autres, l'entraînement dans des activités collectives où il se sent peu-à-peu avoir sa place, sont autant de moyens d'aider un suicidaire, et de permettre à Eros de retrouver sa place à côté de Thanatos.

REFERENCES
(a) Chiffres fournis par l'INSERM, étude citée par la revue Septembre-Octobre 1994. (b) Etude INSERM 1985. "l'Encéphale"

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LES TOXICOMANIES
Est toxicomane un sujet dont l'existence est devenue quaslexclusivement régie par l'usage d'une drogue toxicomaniaque. Cette définition écarte donc les consommateurs occasionnels de drogues, mais aussi les consommateurs qui savent garder, vis-à-vis de la drogue, une "distance suffisante" pour ne pas risquer de tomber dans la dépendance (analogie avec les buveurs raisonnables d'alcool). Les statistiques sont très difficiles à établir. En France (1995)(a) le nombre des toxicomanes dépendants à l'héroïne était estimé à 160.000, chiffre auquel il faut ajouter les autres dépendances, au crack et à la cocaïne. Il y a eu 564 décès par overdose, mais le nombre total des décès dus à la drogue (incluant les morts indirectes par accidents de la route, SIDA,hépatite, etc...) est évidemment plus élevé. *** LES DROGUES TOXICOMANIAQUES Elles sont interdites par la loi. Elles engendrent: . l'appétence: la drogue procure un état de bien-être: ce n'est
pas toujours bon du premier coup, mais la drogue, c'est bon.

l'accoutumance: nécessité d'augmenter les doses pour obtenir le même effet agréable. Il en faut toujours plus pour que ce soit aussi bon. . la dépendance: assuétude (en anglais: "addiction", d'où le nom de "conduites addictives" introduit depuis quelques années pour désigner les conduites toxicomaniaques). Etat psychique et physique résultant de l'interaction de l'organisme et de la drogue, amenant à en prendre de manière habituelle pour éviter les malaises causés par la

.

21

privation (= état de manque). C'est bon, et on ne peut plus s'en passer. Le sujet y revient, non seulement parce que c'est bon, ou que cela lui évite l'angoisse, mais parce qu'il est prisonnier d'un lien chimique. Ce que l'on appelle "dépendance psychique" concerne plutôt l'appétence: habituation à un produit qui provoque le bien-être, ou simplement l'évitement de l'angoisse ou de la déprime; le sujet a envie de consommer, mais sans être physiquement assujetti au produit. Problème qui se pose, dans la pratique, lorsque, une fois désintoxiqué, le sujet se trouve de nouveau tenté par la drogue. La classification des diverses drogues est donnée en annexe 1. Les définitions ci-dessus doivent être soumises à critique, en raison de l'arbitraire introduit par la loi. En effet, sur le plan biochimique, l'alcool, comme le tabac, le café, le thé. .. devraient figurer sur la liste des drogues toxicomaniaques : mais la loi ne les interdit pas. Inversement, le cannabis et le LSD ne donnent pas de dépendance: celui qui en est privé ne connaît pas le manque. Mais la loi les interdit. C'est dire la nécessité d'une approche sociologique du problème, et d'une critique de l'attitude de la société à l'égard des drogues. C'est ce qui justifie que l'alcool (et le tabac), qui sont des drogues sur le plan chimique, méritent une étude distincte, tant la conduite d'intoxication, et l'agir, sont différents. ***
APPROCHE SOCIOLOGIQUE

L'homme a besoin, pour apaiser son anxiété, de toxiques: il n'existe pas de société sans toxicophilie, au sens le plus général du terme. La fuite dans le poison, l'autodestruction lente, est une tactique d'apaisement du malaise existentiel, dont on peut repérer les traces partout, tout au long de l'histoire. L'alcool, le tabac, les tranquillisants, et plus récemment les antidépresseurs, en témoignent dans la vie quotidienne de beaucoup d'entre nous. Une autre tactique efficace vis-à-vis de l'angoisse, en particulier de l'angoisse face à ses propres pulsions, est de découvrir et pourchasser un diable quelque part (= le bouc émissaire de la Bible).

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Celui-ci peut être une victime innocente, ou un danger réel que l'on majore. Ainsi en est-il des toxiques prohibés par la loi: certains sont effectivement très dangereux, d'autres beaucoup moins, mais assimilés aux premiers parce que consommés par la même population: le cannabis est, de ce fait, considéré comme dangereux, et prohibé. La mansuétude dont fait preuve notre société pour l'alcool trouve sa contrepartie dans la panique face aux toxiques prohibés, surtout lorsque celle-ci est récupérée à des fins politiques par une idéologie sécuritaire : l'alcool tue en moins d'une semaine autant d'individus que la drogue en un an. Et ceci sans parler de ses effets indirects; mais le meurtre au volant n'est sanctionné - en moyenne - que par 45 jours de prison ferme et 2 mois avec sursis. En discriminant les "bons" des "mauvais" toxiques, la société introduit du même coup un clivage parmi les usagers: les toxiques légaux seront consommés par les sujets bien adaptés socialement, même quand ils vivent marginalement (clochards, vivant en parasites d'une société dont ils ont besoin). Inversement, les toxiques prohibés seront recherchés par des sujets qui rejettent, plus ou moins, l'ordre établi: psychopathes, pervers, ou simplement jeunes en période d'opposition. Ces sujets, sans dédaigner l'alcool ou le tabac, trouvent dans le toxique prohibé une jouissance supplémentaire: celle de transgresser la loi. L'interdit rassemble donc tous les sujets qui, structuralement ou passagèrement, s'opposent à l'ordre social. La panique des défenseurs de l'ordre moral a là sa source, et s'en trouve logiquement majorée. On baigne dans le fantasme. Se souvenir de ce mot de Paul Valéry: "deux
dangers menacent la société: le désordre

- et l'ordre...

Ce n'est donc plus tellement la nature du produit qui le rend dangereux aux yeux du public, mais la marque et l'effet de l'interdiction. Les opiomanes et les morphinomanes du début du siècle pouvaient se ruiner la santé: ils ne menaçaient pas l'ordre social, qui ne se souciait pas d'eux: Sherlock Holmes était opiomane, comme son
auteur

"

- Conan

Doyle

- sans

que l'on crie au scandale.

A partir de cette grande peur, cultivée par les médias et les autorités politiques et morales du pays, la question de la toxicomanie est faussée. Pour y voir plus clair, il faut souligner l'importance de la nature chimique du produit, et de la structure de personnalité du sujet. 23

LA NATURE CHIMIQUE DU PRODUIT Plus il entraîne l'assuétude, plus il est dangereux: d'où la distinction entre drogues "dures" et "douces", distinction farouchement niée par les "sécuritaires". L'héroïne entraîne parfois l'assuétude dès la première prise (c'est comme cela que l'on peut droguer des enfants~ avec des bonbons) et ne peut être assimilée au cannabis, qui ne donne pas de dépendance. Les statistiques qui confondent parfois l'étudiant utilisateur de cannabis, et le "junker" accroché à l'héroïne, n'ont aucun sens. L'assuétude n'est pas le seul danger des drogues: il y a les complications liées à l'usage instantané du produit. Le cannabis par exemple, s'il n'engendre pas d'assuétude, peut parfois entraîner des troubles graves, et plus banalement une grande dangerosité dans la conduite des véhicules. On peut évoquer aussi l'engendrement d'un mode de vie dominé par le confort et le plaisir retiré de l'usage de la drogue, etc... C'est pourquoi la question de l'interdiction peut se poser légitimement pour des drogues n'entraînant pas l'assuétude. Mais ce qui fait la spécificité et la gravité du problème de la drogue, c'est la facilité et l'intensité avec laquelle elles "accrochent". Vouloir qualifier de drogues dures celles qui tuent par overdose, et de douces celles qui ne menacent pas gravement la santé, est introduire un concept non-opérationnel. L'intoxication des enfants avec des solvants, qui a remplacé l'intoxication à l'éther d'autrefois, est très dangereuse: combien d'enfants meurent la tête dans le sac... Mais la dépendance est généralement faible, le problème posé tout différent. C'est la dépendance qui fait toute la difficulté de la thérapeutique. Ceci posé, d'autres facteurs que le facteur chimique jouent, et on observe des toxicomanies mineures avec des drogues dures (exemple: toxicomanies modérées avec l'héroïne ou la cocaïne) et des toxicomanies majeures avec des drogues douces (analogie avec les fumeurs invétérés de tabac, qui connaissent l'angoisse du manque, alors que chimiquement il s'agit d'une drogue douce, avec laquelle la dépendance est longue à venir). C'est dire l'importance, à côté des considérations biochimiques, des facteurs de milieu, et de personnalité. *** 24

LA STRUCTURE DE PERSONNALITE

DU SUJET

Si l'angoisse est importante et liée à la structure de la personnalité, le risque de toxicomanie est majeur. S'il n'a pas trouvé dans la névrose, ou la somatisation, ou de toute autre manière, une parade à l'angoisse, le sujet qui découvre la drogue va trouver en elle un merveilleux tranquillisant, qui de plus lui procure du plaisir: il a toutes les chances de s'y accrocher, et d'y revenir une fois désintoxiqué. C'est ici la souffrance du sujet qui va faire la gravité de l'intoxication: la drogue le fait échapper à un malaise non pas seulement lié à l'état de manque, mais structural. Ce sont ces sujets - heureusementen nombre limité - qui posent le problème de l'escalade, que l'on avance généralement pour justifier l'interdiction du cannabis: alors qu'il ne concerne véritablement que les sujets structuralement fragiles. Il y a beaucoup moins de raisons de craindre l'escalade, ou la rechute, chez les sujets qui ne sont pas structuralement et profondément angoissés. Cette fuite de l'angoisse dans un comportement suicidaire est inaccessible à toutes les considérations raisonnables sur le risque couru. Lorsque l'angoisse est importante, même l'enfer de la drogue lui est préférable. Le pronostic est alors très sombre. Comment apporter au sujet, après désintoxication, un environnement qui apaise un malaise structural, inscrit dans son être? Conséquence: il y a une inégalité des risques en face du danger chimique. Le ciblage des sujets particulièrement menacés peut avoir une utilité pratique. Sont particulièrement concernés: les psychotiques, les personnalités psychotiques ("états limites") socialement mal adaptées. Les personnalités narcissiques, les pervers, les psychopathes; les abandonniques: leur quête avide d'amour, leur frénésie turbulente leur fait découvrir dans la drogue un leurre, apaisant temporairement leur angoisse d'abandon. Les immatures révoltés et égocentriques, enfin. En revanche, les sujets névrotiques, avec des symptômes bien organisés, sont beaucoup mieux protégés; comme le sont les immatures dépendants, du fait de leur conformisme. Il est impossible de présenter un "modèle", ou plutôt un contremodèle, d'une cellule familiale pathogène. Mentionnons simplement la fréquence avec laquelle on rencontre, dans les familles de ces sujets 25

structuralement fragiles, des mères dépressives, ou des pères alcooliques. On a signalé aussi le rôle néfaste des "non-dits" familiaux, des silences ou mensonges sur tel fait douloureux, ou tel personnage scandaleux dans les antécédents de la famille. On rencontre enfin très souvent des parents acceptant mal les interdits usuels, et faisant vivre leurs enfants dans un climat de flirt avec la transgression: père se vantant, par exemple, de son adresse à frauder, ou de son ingéniosité pour ne pas payer les contraventions, mère habituant ses enfants à tricher lors du passage aux caisses de supermarché, etc... Au niveau du couple parental., il est aussi extrêmement fréquent de retrouver - comme chez les psychopathes ou les pervers - une mère faisant couple avec son fils, l'aidant à payer ses dettes ou ses achats de drogue à l'insu du père, et, conséquence de cette attitude maternelle ou démission de sa part, un père falot, dévalorisé face au couple mère-fils. On peut aussi trouver des couples père-fille, ou mère-fille. La triade oedipienne est déséquilibrée, et le fonctionnement amoureux du couple parental très souvent insatisfaisant. Pour résumer, des parents ne sachant pas s'aimer, et n'apprenant pas à leurs enfants à respecter la loi. *** RÔLE DE L'ENVIRONNEMENT Tout ce qui peut mettre un sujet en position de désarroi, de conflit, de révolte vis-à-vis de l'autorité et de la société sera facteur de risque. Mais d'un risque beaucoup moins grave que le risque structural: ces sujets sont angoissés du fait des circonstances, de leur âge, de maladresses parentales. Ils sont réceptifs, mais, dans un milieu ouvert et sécurisant, ou une fois passé le temps de la révolte, la drogue n'a plus pour eux de nécessité. Le pronostic est donc bien meilleur. Un exemple connu est celui de ces très nombreux GI devenus héroïnomanes au Viet-Nam, et dont fort peu le sont restés après leur retour aux USA. On rencontre ici: . des enfants de foyers conflictuels ou divorcés, n'ayant pas trouvé un milieu de rechange satisfaisant., 26

des adolescents en révolte contre la société, des enfants d'immigrés, ou de milieux socialement défavorisés, livrés à eux-mêmes et sans assises socioculturelles stables, . des enfants mal-aimés, ou dont les parents ne s'occupent pas, . des carences de l'image paternelle: souvent lorsque le père exerce un métier d'autorité (policier, juge...), et ne sait pas entrer en contact avec son fils, . des sujets en quête de marginalité, souvent fascinés par l'Orient, ou

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la vie en petites communautés~ ces sujets étaient nombreux dans les
années 60, et souvent adeptes du LSDet du cannabis. *** LA CONDUITE TOXICOMANIAQUE (b)

Dans un premier temps, la découverte du produit inaugure une période d'harmonie, d'extase. Puis la dépendance s'établit, et la contrainte du besoin introduit l'angoisse du manque. Le dealer devient un interlocuteur essentiel. Toute la vie du toxicomane va s'ordonner autour de la quête du toxique, dans ce besoin répétitif de combler le manque. Conséquence: abandon des identifications, des valeurs, et des investissements antérieurs: . passivité, inhibition, désintérêt pour le monde socialisé, . retour au Principe de Plaisir: refus de différer la satisfaction, . affaiblissement, puis perte de toute considération morale, . survalorisation du produit toxique: le sujet est capable de tout pour s'en procurer (il faut environ 2.000 F par jour à un héroïnomane), d'où prostitution, délinquance, etc... et glissement inéluctable dans le trafic; le consommateur devient dealer_ . perte de l'amour de soi: négligence vis-à-vis de la nourriture, du corps, des précautions d'hygiène. D'où les complications médicales liées aux injections avec du matériel de fortune: (hépatite, SIDA). L'expérience de la drogue, une fois terminée, et ceci même pour le cannabis, laisse parfois derrière elle une nostalgie de "paradis perdu", une morosité, un état dépressif a minima, liés à la découverte des limites de la condition humaine - de la castration méconnues jusque-là. Le suicide n'est pas rare, après, chez le toxicomane "guéri".

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