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Confidents

De
187 pages
Comment se constituent les réseaux de confidences sur la vie sexuelle personnelle? Voici une approche originale de l'émergence des réseaux dans laquelle des acteurs créent des relations, ou s'interdisent d'en créer, en tenant compte des liens préexistants. L'auteur suggère d'interpréter les choix des acteurs en combinant les effets de trois types de régulation: normes macro sociales, normes spécifiques d'un réseau, conventions interpersonnelles entre les acteurs.
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Alexis FERRAND

Confidents

Une Analyse Structurale de Réseaux Sociaux

L'Harmattan

@ L'Harmattan,

2007 75005 Paris

5-7, rue de l'Ecole polytechnique;

http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion. harmattan @wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-03535-5 EAN : 9782296035355

INTRODUCTION

Les réseaux sociaux attirent de plus en plus l'attention des chercheurs en sciences sociales aussi bien en anthropologie, en sociologie, en sciences de la communication, qu'en économie ou en gestion. Certains pensent découvrir une forme sociale nouvelle, émergeant dans la société post moderne, parce qu'ils ne reconnaissent sous ce terme que certains types très particuliers de « réseaux », passant à coté du fait que, de tous temps, notre société a été formée par des réseaux ayant des modes d'organisation variés. D'autres pensent découvrir un nouveau paradigme, passant à coté d'une longue histoire intellectuelle de la notion. En 1934, il y a presque trois-quarts de siècle, J.L. Moreno, en développant la sociométrie, propose à la fois des définitions intéressantes, des hypothèses sur le fonctionnement l11icro-social des réseaux et sur leurs possibles effets macro-sociaux. En Anthropologie, on accorde à J.A. Barnes un rôle de pionnier lorsqu'il étudie en 1953 la paroisse de Bremmnes. Et c'est Claude Flament, un français, qui a rédigé en anglais un texte fondateur articulant théorie des graphes et structure sociale (Flament, 1963), permettant le développement, essentiellement en Amérique du Nord, d'innovations théoriques et méthodologiques. Ces avancées, principalement anglo-saxonnes, n'ont été que tardivement perçues en France. Lorsqu'en 1987 le programme «Veille scientifique» du Plan urbain me permet de faire venir Barry Wellman de Toronto, un des fondateurs de l'International Network for Social Networks Analysis (INSNA), et Joseph Galaskiewcicz, de Minnéapolis ST Paul, spécialiste des élites politiques et philanthropiques locales, pour présenter la «networks analysis », les références en français sont rares, les travaux peu indexés, et les chercheurs souvent peu informés. Pourtant le modèle avait déjà été décrit et utilisé par quelques sociologues: A. Degenne (1978, 1979, 1982, 1983) ; A. Degenne et C. Flament (1984) ; H. Mendras (1979,1980) ; H. Mendras et M. Forsé (1982, 1983) ; M. Forsé (1981 a b) ; F. Héran (1987 a b, 1988a b). A la fin des années 1970, pour étudier les leaders d'Associations dans une commune de la banlieue grenobloise, j'avais constitué avec B. Roudet un fichier nominatif de 600 militants indiquant leurs responsabilités dans différentes associations au cours des dernières années. Bien que toutes les informations aient été collectées dans la presse ou dans des informations rendues publiques par les militants concernés, la toute jeune Commission nationale informatique et libertés (CNIL) a brisé net cette entreprise, ne

nous permettant, au terme d'un traitement manuel partiel, de ne publier que quelques résultats sommaires (Ferrand, 1982 ; Ferrand, Roudet, 1985). Nous disposions des données pour reconstituer le double réseau des leaders connectés par leurs appartenances communes à plusieurs associations, et des associations connectées par les mêmes leaders.. A vrai dire nous ignorions à la fois la littérature existante sur ce type d' objet et l'existence de logiciels spécialisés pour traiter ces matrices croisant acteurs et appartenances. Mais ce n'était pas l'objet principal de ces recherches qui visaient de manière indirecte à comprendre les processus de formation de certaines relations amicales. Une enquête ultérieure a permis ainsi de décrire les relations qu'un échantillon de ces militants et d'un groupe d'habitants «quelconques » avait formées dans la vie de travail, dans la localité, ou dans la vie associative. Les enquêtés ont cité entre deux et cinquante-cinq relations dont les contenus étaient décrits à partir de 23 questions. J'ai écris sous SBASIC les programmes permettant d'analyser sur un PC ces données un peu spéciales. C'est en venant à un congrès de l'American Sociological Association à San Antonio, en 1984, que j'apprendrai que je suis en train de faire une analyse typique de «personnal networks », que l'amitié est un objet sociologique respectable dans ce champ, que ce genre de données est analysable avec les logiciels SAS ou SPSS, et que divers collègues travaillent sur des questions proches: je devenais un « analyste des réseaux ». Si j'étais fort content de rencontrer des collègues partageant certaines préoccupations théoriques ou certaines inquiétudes sur la manière de mener ces enquêtes, je n'étais pas en accord avec toutes les orientations que me révélait la lecture de quelques textes canoniques de ce courant de recherche. Je voulais montrer que les relations amicales sont des faits sociaux et expliquer l'existence de certaines d'entre elles. C'est-à-dire que les relations étaient pour moi l'objet «à expliquer ». Ceci a très vite entraîné des difficultés dans l'utilisation possible des résultats des analyses des réseaux personnels car celles-ci considèrent le plus souvent les relations et les réseaux comme des variables explicatives, des données de la vie sociale dont on va décrire la variété, mais sans en chercher la genèse. De plus, ayant travaillé sur la formation et la dissolution des groupes d'adolescents, inspiré également par des approches interactionnistes, je voyais les relations comme des processus et les réseaux comme des réalités dynamiques à un moment où ils étaient surtout saisis comme des réalités instantanées. Enfin les réseaux d'amis sont à la fois informels et potentiellement non limités. Ceci interdit la construction des matrices sociométriques enregistrant les liens de chacun
1 Un extrait anonymisé de ce fichier a été utilisé pour donner un exemple dans l'ouvrage de A. Degenne et M. Forsé (1994).

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avec tous dans un univers délimité d'acteurs. Ces matrices font le bonheur des théoriciens et des méthodologues en analyse des réseaux qui relèguent les analyses par sondages sur des réseaux personnels dans une sorte de catégorie un peu bâtarde et mineure de l'analyse structurale. Au-delà du privilège accordé à la puissance et à la beauté formelle des réseaux complets je souhaitais disposer d'une théorie structurale capable de définir comme objets des systèmes relationnels qui comporteraient, ou ne comporteraient pas, de limite. Il s'agit de viser une théorie plus forte en terme de généralité que celles qui constituent le noyau dur du courant principal de l'analyse des réseaux portant sur des réseaux limités. D'autre part, j'ai voulu expliquer les réseaux plutôt qu'utiliser un état d'un réseau comme variable explicative de comportements ou d'actions des acteurs. Cet objectif nécessite une théorie capable de concevoir les relations comme processus et de comprendre les dynamiques des réseaux observés en termes de systèmes relationnels soumis à des régulations plus ou moins stabilisantes. Les chapitres qui suivent exposent les premiers pas de ce projet théorique. À la fin des années quatre-vingts, pour contrer la propagation du VllI, l'Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS) engage un progranll11e d'étude des comportements sexuels comportant, dans son volet quantitatif, une enquête auprès d'un large échantillon national représentatif. Un des objectifs était de fournir des connaissances pour améliorer les campagnes de sensibilisation aux risques du VllI. L'idée que des campagnes d'information dans les mass media puissent contribuer à modifier des comportements intimes me laissait sceptique. Par contre la capacité des acteurs à adapter entre eux des normes et l'influence des acteurs les uns sur les autres me paraissaient des facteurs théoriquement plus intéressants et empiriquement plus crédibles pour infléchir des conduites pour faire face à des situations comportant une large part d'incertitude. Mais quels acteurs peuvent être réciproquement concernés par leurs bonnes ou mauvaises manières de se conduire sexuellement? Et quels acteurs sont assez au courant de nos pratiques sexuelles pour éventuellement exercer une « influence» ? Des collègues américains avaient enquêté sur « les gens auxquels on parle de questions importantes»; la réussite de leur entreprise me persuadait de l'intérêt d'étudier l'influence des «confidents », des gens auxquels on peut parler de sa vie affective et sexuelle. Ce sont les résultats de deux démarches empiriques, l'une méthodologique, l'autre sur un échantillon représentatif, qui constituent les matériaux concrets de cet ouvrage: le lecteur découvrira donc progressivement ce que sont des relations de confidence, quels types de réseaux elles forment, et quels modèles théoriques peuvent en être proposés. Ainsi il verra se succéder des développements qui permettront de définir une démarche structurale d'analyse des réseaux ouverts et des développements qui ap9

pliqueront certains aspects de cette démarche à la description et à l' explication de la dynamique des relations et des réseaux de confidence. Je commence par supposer que chaque relation de confidence serait analysable comme un fait isolé, et je mobilise pour cela une conception des rôles formulée par S. Nadel, qui, sur les données collectées, ne permet qu'une conclusion mitigée concernant la consistance propre et l'autonomie d'un rôle de confident. Je définis par contre la «non relation» comme une donnée centrale de l'analyse structurale qui exige de s'intéresser à la manière dont une relation peut dépendre d'une autre relation. Trois théories de l'interdépendance des relations sont alors présentées à partir d'un nombre limité d'auteurs: le structuralo fonctionnalisme à partir d'A.R. Radcliffe Brown et S. Nadel, l'interactionnisme à partir d'A.M. Rose, R.H. Turner, E. Goffman, et G.H. Allan, la théorie de l'échange social à partir de P. Blau. Chacune permet de dire que la création ou la transformation d'une relation dépend de certaines caractéristiques d'autres relations existant par ailleurs. J'avance alors deux propositions importantes: d'une part, que les réseaux existent, se stabilisent et se transforment, de manière le plus souvent complexe dans la concurrence entre trois modèles de régulation qui engagent à la fois des références normatives, des ajustements dans les interactions, des échanges de ressources ou de gratifications; d'autre part, qu'il faut définir la structure non comme le modèle descriptif d'une organisation particulière des liens, mais comme un modèle génératif, ici réduit aux choix d'un acteur établissant une relation sous contrainte des relations existantes, permettant de produire une certaine classe de réseaux, dotés de quelques caractéristiques distinctives. Les quatre derniers chapitres préciseront ces approches en les utilisant pour analyser les réseaux de confidence. Le renouvellement des relations est ainsi abordé à partir des contraintes normatives, de la taille du réseau, de l'histoire de chaque relation. Ensuite, dans le cadre d'une régulation normative, on verra comment le rôle principal d'une nouvelle relation choisie pour accueillir des confidences, dépend du rôle d'une relation de confidence qui préexiste, permettant une formulation de la structure d'un système relationnel de confidence. On examine comment, selon leurs positions dans la stratification sociale, les acteurs privilégient des rôles particuliers et différents, conduisant à ce que le système relationnel « ouvrier» de la confidence soit défini comme structuralement différent du système «cadre supérieur ». Audelà des contraintes normatives que peuvent faire peser les rôles particuliers définissant les relations, la possibilité que deux confidents soient reliés, qu'ils se connaissent, introduit une autre forme de contrainte tenant à la possibilité de communication entre eux. Clôture ou ouverture des triades [Ego Confident A - Confident B] manifestent comment les choix des acteurs en 10

matière de confidence tendent à leur laisser des marges de liberté pour présenter à des interlocuteurs non connectés des images d'eux-mêmes vraisemblablement contrastées. Le modèle structural d'un système de la confidence peut ainsi être complété. Les annexes apportent des précisions méthodologIques.

Il

Chapitre 1

LES RELATIONS

DE CONFIDENCE

Les sciences sociales ont été assez soudainement et massivement sollicitées pour analyser les ressorts de la sexualité au moment où les Pouvoirs publics ont tenté de limiter la diffusion du SIDA car il fallait trouver les moyens d'action adéquats. En effet, pour paraphraser M. Crozier, «on ne change pas la sexualité par décret ». Aucune réglementation coercitive ne peut être exercée et les comportements « à risque» sont précisément ceux qui appartiennent à la zone non réglementée des échanges sexuels; ils se déploient le plus souvent - pas toujours - avant ou en dehors de l'ordre conjugal, et sont seulement délimités par les interdits liés à la protection de la personne humaine, des mineurs, de la pudeur, etc. Des choix éthiques et politiques ont permis de laisser intact cet espace fondamental de la liberté individuelle2. D'autre part, cet univers sexuel n'est pas « sauvage », il comporte des règles de séduction ou d'appariement par exemple. Mais (sauf certains « milieux» homosexuels ou une part de la prostitution) il ne comporte ni « organisation» ni « structure collective» capables d'introduire une régulation socialisée des pratiques sexuelles les plus intimes. Les institutions et les pouvoirs sociaux ne peuvent déléguer à des organisations ou des structures relais la mission de modifier les comportements. Ils sont face à une masse d'acteurs autonomes dont ils doivent tenter d'infléchir les orientations, les choix, finalement les conduites. D'où l'urgence qu'il y avait à mobiliser les sciences sociales pour connaître un peu ce qui détermine ou ce qui oriente les acteurs. Deux conceptions théoriques inspiraient les actions de prévention: - celle d'un « acteur rationnel» poursuivant son intérêt: connaissant les risques que certaines pratiques font courir à sa santé et à sa vie, l'individu changera de comportement. Donc il faut informer le plus largement possible. - celle des «résistances au changement» : il faut apprendre à l'individu que ce n'est ni ridicule, ni désagréable, ni offensant pour son partenaire d'utiliser un préservatif. Il faut changer «l'image» du produit et de son usage.

2

Les mesures coercitives de test obligatoire ou de déclaration légale nominative de l'infection

par le VIH ont été refusées par le Parlement.

Pour notre part, en réponse à un appel d'offre de l'Agence nationale de recherche sur le sida (avril 1989), nous avons suggéré: - que les individus ne font pas seulement ce qu'ils jugent rationnel, mais aussi ce qu'ils pensent «bien », simplement parce que c'est socialement approuvé; - qu'en matière de conduite sexuelle ils attachent une importance particulière à l'approbation de leur environnement relationnel proche; - que certains comportements ne peuvent être contrôlés que par des proches.
LE CACHÉ ET LE DIT perçus autour de soi comme normes

Les comportements

Si on suppose ainsi que les individus font ce qu'ils pensent « bien », et qu'ils recherchent une approbation sociale, on doit identifier les «normes» qui seraient utilisées par les acteurs pour approuver ou désapprouver des comportements relatifs à la vie affective et sexuelle, à la santé et à la prise de risques. Nous pensons que ces normes ne peuvent résulter des inculcations de la primo-socialisation parce que le champ social est changeant et que nombre de normes sont sujettes à des redéfinitions dans le jeu des interactions sociales. Nous pensons qu'il ne peut pas davantage s'agir de ces types de normes dont tout le monde affirme hautement l'importance et dont tout le monde, de manière clairement contradictoire, supporte la transgression permanente (ne pas mentir, ne pas tricher, etc., mais enfin « pour faire plaisir à Grand Mammie » ou « si c'est pour déclarer à l'Administration », alors il est recommandé ou tout à fait toléré de mentir ou de tricher) : elles ont une fonction expressive de la cohésion collective plutôt que de contrôle des conduites individuelles. Nous avons supposé que des normes relatives à la vie affective et sexuelle ont une expression très pragmatique: un acteur pourrait s'attendre à voir sa conduite jugée par son entourage davantage en fonction des comportements qui y ont cours que des principes qui y sont proclamés. Il sait qu'il ne risque qu'une faible (ou très hypocrite) désapprobation de la part de quelqu'un qui affirme des principes mais a un comportement effectif qui les transgresse. Nous avons donc supposé que l'individu était influencé par la façon dont il percevait les comportements sexuels de personnes qu'il connaît. Ceci nous a conduit à centrer l'analyse sur les « confidents sur la vie affective et sexuelle ». Deux hypothèses nous permettaient de penser que ce type de relation était pertinent pour notre propos: a) le confident serait quelqu'un dont l'individu attendrait une reconnaissance spécifique; b) le confident serait connu de manière suffisamment privée pour que l'individu ait une

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idée sur son comportement sexuel; et réciproquement le confident pourrait être informé de la conduite de l'individu et accorder ou refuser son approbation. Une définition de la confidence «Se confier à quelqu'un », «faire des confidences» sont des expressions banales qui décrivent des situations bien connues de chacun. Au-delà de la variété des expériences humaines singulières, quelques caractères généraux de ces échanges interpersonnels peuvent être retenus (Ferrand, 1991). a) La confidence suppose le langage: dans une discussion face à face, parfois par lettre, aujourd'hui plus souvent par téléphone, ou par e-mail, quelque chose est exprimé au moyen du langage. b) La confidence porte sur des contenus spécifiques: les dimensions privées, personnelles, cachées au plus grand nombre, de la vie de l'individu. Dans la terminologie Goffmanienne, c'est une interaction qui a trait aux «coulisses ». c) Elle suppose que le secret ne sera pas divulgué à une autre personne, et notamment pas à une autre personne connaissant l'individu. Le secret serait gardé parce que l'individu fait confiance à son partenaire. Mais le secret peut aussi perdre de sa pertinence si la personne qui en est dépositaire ne connaît aucune autre personne connaissant l'individu. d) La confidence est faite volontairement. Elle suppose le droit et la capacité de choisir à qui elle est faite. e) La confidence peut être réciproque ou univoque. f) Les fonctions de la confidence sont nombreuses: le simple plaisir de parler en «tombant le masque », la demande d'informations, de conseils, de compassions; mais c'est aussi une manière de sceller une relation, d'obliger le partenaire. Ces caractéristiques descriptives impliquent à la fois des contenus (de quoi parle-t-on ?) et des formes (au sein de quel type de relation ?). C'est l'articulation entre des contenus et des formes qui fait de la confidence une pratique sociale (et pas simplement un type de conversation) et des relations de confidence des systèmes relationnels (et pas simplement des relations occasionnelles et désordonnées). Le contrôle de la sexualité est une composante essentielle de l'ordre institutionnel d'une société; la régulation des paroles sur la sexualité en est un aspect fondamental, car on sait le rôle central du langage dans l'institution des interdits comme dans l'expression symbolique des désirs. La recherche doit donc découvrir cette logique sociale de la confidence, c'est-à-dire ces relations capables d'entendre et de dire des choses sur le plus intime de la vie affective et sexuelle. 15

« S'il existe des rôles institués pour écouter ce genre de parole (psychologues, conseil conjugal, conseillers du courrier du cœur des revues, confesseurs...), ils sont loin de répondre à toutes les demandes qui tracent des chemins propres dans l'univers plus fluide des relations interpersonnelles. Dans ces confidences, des paroles sont échangées sous le sceau - implicite ou explicite - d'un serment, d'un engagement réciproque fondé sur la confiance. » (Ferrand, 1991). La confiance qui permet que la confidence joue en dehors des rôles formels répond à la fois à des particularités interindividuelles et à certaines logiques sociales (nulle part explicites et partout efficaces) qui constituent une des dimensions de l'ordre sexuel dans notre société : cette interaction, dans un mouvement unique, reproduit ou déplace les frontières entre le domaine public, «facial» (ce qui peut être connu de tous), et le domaine privé ou réservé de la vie; et elle qualifie ainsi des auditoires, des sphères relationnelles qui sont légitimes pour ces domaines (qui peut entendre quoi). Ainsi faut-il décrire et comprendre comment ces confidences pourront être prises en charge par certaines relations et proscrites par d'autres, et ébaucher ainsi une analyse structurale de la parole sur la vie affective et sexuelle dans notre société.

LES RÔLES, MODÈLES D'ANAL YSE DES RELA TIONS
Ce projet apparemment simple d'analyser des relations de confidence rencontre rapidement une certain nombre de difficultés qui tiennent de manière générale à la faible capacité du langage, qu'il soit de sens commun ou savant, à appréhender et caractériser des relations. Un langage pauvre pour décrire des relations Différents regards sont portés sur les relations et donnent principalement de l'importance soit aux acteurs, soit au lien lui-même, aux interactions et échanges entre A et B. Parfois on s'intéresse essentiellement aux acteurs, aux partenaires, en considérant que le lien lui-même ne pose pas de problème particulier. Ainsi les premiers travaux sur le choix du conjoint considèrent la définition du lien « mariage» comme évidente et non ambiguë (elle est juridiquement fixée) et cherchent surtout à savoir qui est lié à qui. L'analyse de la relation consiste alors à comparer les caractéristiques des acteurs reliés: par définition de sexe différent (jusqu'à nouvel ordre...) mais de conditions sociales, d'âges, de lieux de résidence, etc., plus ou moins similaires. On peut au contraire s'intéresser au lien lui-même, à ses contenus, aux interactions entre les partenaires. Ces analyses centrées sur les contenus du lien interpersonnel rencontrent un paradoxe: il est évident pour tout le

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monde que les relations que nous pouvons avoir avec autrui sont très importantes pour notre bonheur ou notre malheur. Mais ces aspects essentiels de la vie quotidienne sont difficiles à décrire. Un individu qui a déménagé depuis trois ans dans une autre ville rencontre quelqu'un qui lui était assez proche. Il essaie alors de lui raconter « comment ça se passe» dans sa nouvelle vie. Dire comment sont les gens en général ne posera pas trop de problème. Mais les difficultés surviennent lorsqu'il s'agit de qualifier des relations plus personnelles: «J'ai une collègue de travail avec qui je m'entends bien... les voisins du dessus sont très renfermés... j'ai retrouvé par hasard un de mes bons copains de lycée... je me suis fais deux amies en allant à la gym », etc. On constate vite que le langage courant est assez limité pour parler des relations. Il dispose de termes pour définir des catégories de parents (proches et éloignés) et de quelques autres catégories générales: connaissances, collègues, camarades, confidents, amis (vieux, vrais), voisins, copains, équipiers ou partenaires (sports). Ces mots définissent des rôles typiques plus ou moins dépendants des contextes de rencontre. TIsne définissent pas spécifiquement les contenus mêmes des relations. Pour préciser ces contenus il faudra ajouter des commentaires: «ce sont des voisins avec lesquels je m'entends bien, et puis il n'y a pas de problème, je peux leur faire confiance pour les enfants », « ça, c'est un collègue avec lequel on ne s'ennuie pas », etc. Dans d'autres cas, par un processus métonymique, c'est en décrivant le partenaire que sera en fait énoncé le contenu de la relation: dire «il n'est pas très franc du collier» signifie que la relation avec cette personne est empreinte de méfiance. Enfin, cette carence terminologique est parfois joyeusement compensée par des expressions argotiques exubérantes. Mais, au total, nous disposons sûrement dans la langue française de plus de mots pour décrire la qualité d'un vin que celle d'une relation; et c'est un paradoxe pour une dimension aussi importante de la vie humaine. Qu'en est-il pour le langage savant? Comment la sociologie et l'anthropologie se sont-elles intéressées aux relations? Quels concepts permettent d'en définir les contenus, les formes, l'établissement, l'organisation? Nous allons retenir le concept de rôle: c'est une référence intellectuelle qui s'impose dès qu'il s'agit d'interpréter des relations. La théorie des rôles de S. Nadel De la manière la plus générale, il est possible de définir un rôle comme le modèle permettant aux individus qui entrent en relation dans une situation donnée d'ajuster leurs façons d'agir l'un envers l'autre. Les questions sous-jacentes à l'invention et à l'utilisation de la notion de rôle sont fondamentales mais simples. Au niveau macro-social, il apparaît 17

que les hommes sont capables de coordonner leurs actions en constituant des institutions, des groupements et des organisations qui ont des «fonctions » diversifiées: produire les conditions matérielles de vie, défendre le teITitoire et agresser l'ennemi, réguler la sexualité et attribuer des parents aux enfants, expliquer l'inexplicable et donner un sens à la vie collective, etc. Il faut identifier les modes de coordination de ces entités (la structure institutionnelle d'une société) et interpréter ce qui permet la stabilité ou la modification de leurs aITangements. Au niveau micro-social ces entités collectives existent à travers les relations réciproques et les manières d'agir des individus. TIfaut comprendre ce qui permet la transmission et/ou l'apprentissage des modèles de comportements et comment les individus ajustent leurs actions les unes aux autres. Le concept de rôle «est central dans les analyses sociologiques qui cherchent à relier le fonctionnement de l'ordre social avec les caractéristiques et les comportements des individus qui l'instaurent» (Turner, 1968, p. 552). En ce sens le projet scientifique auquel répond la notion de rôle est de «jeter un pont» entre le niveau macro-social (l'ordre des groupements et institutions) et le niveau micro-social (les actions et interactions sociales élémentaires). Introduit au début du XXe siècle dans la langue savante par R. Cooley (1869-1939), et G.R. Mead (1863-1931), notion clef dans la sociométrie développée par J. L. Moreno (1892-1974), un des concepts fondateurs de cette science caITefour qu'est la psychologie sociale, très important dans l'essai d'articulation entre anthropologie et psychologie proposée par R. Linton et A. Kardiner (Linton, 1945), le concept de rôle traverse un siècle de débat scientifique en occupant la position paradoxale d'être central dans beaucoup d'approches parce qu'il établit un lien entre les niveaux micro et macro. Le rôle est un concept: «Les rôles et positions n'existent pas dans la société; mais sont des grilles intellectuelles qui permettent de rendre compte de la réalité. » (Mendras, 1967, p. 83). En tant que telle, l'idée de rôle est toujours inscrite dans une théorie, dans un discours global, et prend sens relativement à ce contexte. C'est un concept qui a été utilisé dans des contextes variés, mais quelles que soient les théories considérées, elles ont à affronter un certain nombre de questions qui constituent en quelque sorte le « fonds commun» d'une problématique des rôles. La première question est d'identifier quels comportements développés par un acteur peuvent s'enchaîner, se succéder, de façon à former un rôle, un ensemble particulier et significatif pour les acteurs, cependant que d'autres seraient incongrus. La confrontation, même touristique, à une culture étrangère illustre aisément la fonction importante des connaissances sociales constitutives des rôles pour réguler les interactions. Le touriste n'est pas sûr 18

de bien « cadrer» ce qui se passe, il a une difficulté permanente d'interprétation des comportements: Que fait autrui? Que va-t-il faire? De quoi s'agitil ? Parler de rôle, c'est supposer qu'il existe une forme, ce par quoi des comportements élémentaires développés entre deux acteurs s'agencent en une unité qu'ils peuvent identifier et dont ils connaissent la signification. La seconde question est celle de la coordination et de la complémentarité entre le rôle de l'acteur A et le rôle de l'acteur B. Réaliser la complémentarité des rôles, c'est faire que les interactions vont se dérouler « normalement », que la relation va pouvoir s'établir sans quiproquo ni confusion. C'est « simplement» faire que la vie sociale soit possible sans exiger en permanence des négociations, des mises au point entre acteurs pour fixer le contenu de leurs interactions, ce qui doit et ne doit pas être. La troisième question concerne l'ensemble de tous les rôles qu'un acteur doit tenir à un moment de son existence. Une illustration évocatrice de cette question théorique majeure est fournie par le théâtre de boulevard et la tragédie classique. Les ressorts comiques de la farce et ceux du drame cornélien ont en commun de mettre un « acteur» dans une situation impossible, de fusionner dans un seul personnage ou dans une seule situation, des rôles qui normalement sont répartis, distribués entre des acteurs, des relations, et des espaces temps différents. Des rôles plus ou moins incompatibles pour l'individu parviennent à être tenus, pourvu qu'ils le soient vis-à-vis de partenaires (donc dans des relations) différents, et dans des cadres sociaux qui ne communiquent pas. La farce joue essentiellement sur les frontières entre les cadres sociaux: le rôle tenu là, mais soigneusement caché ici parce qu'incompatible, éclate soudain au grand jour. La tragédie est plus structurelle, elle impose frontalement à l'acteur des rôles contradictoires. En tant que mise en représentation de la vie collective, elle nous indique combien il est à la fois éprouvant pour les individus, et problématique pour une organisation sociale, de réaliser des articulations de rôles présentant des exigences que l'acteur ne peut assumer conjointement. La dernière question que doit affronter une théorie des rôles renvoie au caractère hiérarchisé de toute société. Elle s'intéresse aux processus qui a) attribuent à des individus des positions plus ou moins enviables dans le système social (c'est-à-dire certains types de rôles possibles) et règlent les changements individuels de position ; b) assurent la stabilité ou permettent la transformation de la structure des positions et/ou des règles d'affectation des individus aux positions. L'accent a plus souvent été mis sur les conditions de la stabilité structurelle, donc sur la manière dont des inégalités peuvent être non perçues ou considérées comme légitimes, que sur les processus de transformation. L'importance accordée à la socialisation à la fois comme intériorisation des modèles relationnels élémentaires de soumission à l'auto19

rité et inculcation des valeurs générales légitimant le fonctionnement des principales institutions sociales, participe de cette orientation plutôt conservatrice. Pour préciser une définition des rôles, nous suivrons l'approche proposée par S. Nadel dans son livre La structure sociale (1957) car elle constitue une tentative de description systématique des rôles au sein de la totalité d'une société et non dans une institution particulière comme c'est plus souvent le cas (les rôles dans l'école, les rôles de parents et d'enfants dans la famille, les rôles de chefs et de subordonnés dans un atelier, etc.). L'originalité de la démarche de S. Nadel réside dans deux idées. D'une part les relations concrètes entre acteurs demeurent une unité significative même lorsqu'elles sont composées par plusieurs rôles dont il faut alors comprendre la compatibilité. D'autre part la toile de fond de l'analyse est constituée par le réseau total complexe dans lequel les mêmes acteurs sont en relation en jouant des rôles variés les uns avec les autres, dans la succession des tâches et des cadres sociaux. On examinera d'abord comment on peut identifier un rôle dans les flux d'interactions qui forment les relations, ensuite la combinaison des rôles de l'acteur A et de l'acteur B dans une relation, enfin la série des rôles que l'acteur A peut tenir. Le concept de rôle désigne des comportements qui visent autrui et qui «renvoient à une conformité normative ou de droit» (ibid.,p. 54), c'est-àdire qui sont orientés par des normes sociales. Cette définition laisse entière la question de l'identification d'un rôle: comment dire que tel comportement qui semble socialement régulé appartient à un rôle? Comment dire qu'il appartient à ce rôle-ci plutôt qu'à celui-là? S. Nadel apporte une réponse assez sophistiquée à cette question: «La notion de rôle suppose la présence d'une série de caractéristiques liées entre elles... dont la totalité constitue l'originalité d'un rôle donné» (ibid., p. 54, 62). Cette série est constituée par des attributs3 dont il faut distinguer « le degré d'importance pour le rôle» (ibid.,p. 63). Certains attributs sont dits «fondamentaux» dans la mesure où leur absence modifie ou transforme radicalement l'identité du rôle, car la norme qui les régule a une tolérance nulle. « D'autres attributs peuvent - s'ils sont absents - n'entraîner que de légères perturbations, d'autres enfin, dits périphériques, n'affectent pas la perception ou l'efficacité du rôle au moment de son exécution. » (ibid., p. 63). Un exemple simple est celui du costume comme attribut d'un rôle professionnel: dans certains métiers le costume est un attribut périphérique car on peut jouer ces rôles aussi bien dans une tenue correcte que négligée; dans d'autres, comme la
3 Pour simplifier la présentation, il faut prendre «comportement », «caractéristique» « attribut» pour des synonymes. 20 et

police «en tenue », l'uniforme est indispensable à l'exécution du rôle. Les attributs fondamentaux constituent le pivot du rôle, et ils en gouvernent les autres propriétés, qui perdraient sens ou prendraient un autre sens s'ils venaient à manquer. Cette définition exclut une vision simplement combinatoire pour laquelle différents attributs équivalents formeraient un ensemble homogène au profit d'une vision où les attributs sont hiérarchisés etforment un système, une totalité spécifique, structuré par quelques attributs fondamentaux. L'auteur a suggéré que les «méthodes par lesquelles on définit les règles ou les normes constituant un rôle» (ibid., p. 55) peuvent s'appuyer sur trois principes différents, qui peuvent d'ailleurs fournir concrètement trois définitions partiellement différentes d'un même rôle. Le premier principe est celui de « la normalité statistique» qui considère comme typique d'un rôle le comportement le plus fréquent. C'est la démarche massivement employée par la sociologie empirique, principalement quantitative. Le second principe est «la normalité codifiée» qui utilise les jugements de valeurs et les définitions par les acteurs des comportements désirables ou idéaux. C'est un peu le modèle idéal du rôle, ou la norme idéale du rôle4. Le troisième principe est la normalité déductible des sanctions appliquées: le rôle est défini par ce dont la transgression entraîne une sanction. On peut imaginer les différences d'accentuation que donnent ces trois approches en comparant a) ce que deux amies font le plus souvent l'une avec l'autre; b) ce qu'elles devraient idéalement faire; c) ce qui entraînerait une sanction de leurs proches si elles le faisaient5. Le second point de cette définition concerne les combinaisons des rôles de l'acteur A et de l'acteur B dans une relation, combinaisons pour lesquelles S. Nadel propose un vocabulaire et un classement. La «complémentarité » correspond au fait que les rôles respectifs de A et de son partenaire B se commandent l'un l'autre. Des règles définissent quel rôle peut être joué face à quel autre rôle dans une même relation. Et il précise les différentes formes d'interdépendance: a) « Rôles complémentaires corrélatifs» : «Dans une relation effective entre les acteurs intéressés... un rôle est conçu de façon telle que, par son caractère même, il exige d'être rempli vis-à-vis d'un autre rôle apparié ou
4 On peut ranger dans cette approche l'appel « au contenu sémantique» de la dénomination conventionnelle du rôle: « Le nom du rôle est en lui-même prescriptif, et signifie directement la norme associée au rôle... il est plus qu'un nom parce qu'il fait partie du COtllportement informé par les rôles. » (p. 65). Le nom du rôle produit un effet de code dans les deux sens du terme: il classe et il prescrit, au total, il ordonne. S On peut penser que seule une défection relative aux attributs fondamentaux serait clairement sanctionnée et donc que seule une méthode fondée sur ce troisième principe indiquerait clairement ce dont l'absence mettrait gravement en question l'identité du rôle. 21

corrélatif. » (ibid., p. 123). Si un des acteurs tient un rôle et que l'autre acteur doit tenir le même rôle, on parlera de rôles « corrélatifs réciproques ». Par exemple on s'attend à ce que, si un acteur considère qu'il a une relation amicale avec un autre, celui-ci considère également qu'il a relation amicale avec le premier. Si l'autre acteur doit tenir un rôle particulier, mais différent, on parlera de rôles «corrélatifs non-réciproques ». Par exemple le rôle de chef n'est consistant que s'il est joué dans une relation où le partenaire accepte de jouer le rôle de subordonné. b) «Rôles complémentaires indépendants. » La tenue d'un rôle par un des acteurs ne gouverne pas la nature du rôle que l'autre acteur tient. Ceci concerne tous les cas où un rôle a comme partenaires des individus très diversifiés composant simplement une assemblée ou une clientèle ou un auditoire. Le marchand ne jouera pas son rôle différemment selon qu'il est face à un médecin ou un travailleur (globalement...). Les rôles de leadership, d'expression et de service sont « normalement concernés par tous les autres rôles, ou la plupart d'entre eux» (ibid., p. 119) parce que, de diverses manières, ils impliquent une relation entre un acteur et tout ou partie du reste de la société à titre de « citoyens », « d'audience» ou de « clients ». Mais il s'agit là d'une complémentarité faible entre rôles puisqu'elle consiste précisément à ne pas tenir compte des différenciations internes du «reste» de la société. c) Enfin il identifie «des rôles sans compléments ». Le rôle a une simple fonction différentielle. «Cette catégorie comprend les rôles qui constituent leurs noms en fonction de la croyance, de l'origine ethnique, de l'âge, de la résidence, de la personnalité ou de caractéristiques somatiques et de differentiae autonomes de ce genre. TIsrequièrent la présence d'autres rôles comparables mais dissemblables... TIsne s'impliquent pas mutuellement: ils doivent seulement satisfaire à l'exigence minimale de coexistence, comme contreparties nécessaires pour garantir leur exécution. » (ibid., p.129). Pour que l'interaction se déroule «normalement», il faut que « les acteurs engagés dans un processus d'interaction acceptent de reconnaître les rôles de leurs partenaires» et «entretiennent des opinions mutuellement compatibles à ce sujet» (ibid., p. 91). La connaissance sociale qu'un acteur a d'un rôle comporte à la fois des informations et des prescriptions sur ce que lui-même doit faire, et des attentes sur la manière dont le partenaire peut ou doit se comporter en réponse à son propre comportement. On peut donc penser qu'un acteur «a en tête une carte des rôles de sa société» (ibid., p. 95) qui lui permet de concevoir quel rôle il est en train de jouer, et donc de le différencier d'autres rôles qu'il pourrait jouer; enfin de se représenter quels rôles, parmi tous les possibles de sa société, sont ou non compatibles avec celui qu'il joue dans une situation définie. Pour que les interactions 22