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L'horreur économique - article ; n°1 ; vol.55, pg 59-66

de AUTRES_TEMPS-_CAHIERS_D-ETHIQUE_SOCIALE_ET_POLITIQUE

Saïd KOUTANI

Connaissance

et concurrence

Naufrage du dernier hOJnJne au crépuscule de la raison

L'Harmattan 5-7, nIe de l'École-Polyteclmique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

Ouvrage du même auteur: Le système d'enseignement entre rationalité et devenir. Editions L'Harmattan, Paris, 1999.

A Kamila

(Ç)L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-4065-0

INTRODUCTION

Connaissance

~

Concurrence

Le monde se disloque et se retribalise, et, sans cesse, l'économie se mondialise. Nous n'assistons pas seulement à une retribalisation militaire de l'Amérique contre le reste du monde, à une retribalisation islamiste contre l'occident ou à une retribalisation ethnique en Afrique, en Europe centrale et à l'intérieur de la cité occidentale. Il y a une retribalisation des vieux contre les jeunes, des chômeurs contre les salariés, des privés contre les publics, des dépossédés contre les multinationales; bref, l'égoïsme gagne dans le refus de l'unitaire et du global, et l'économie, elle, se généralise et se globalise. On braque tous les proj ecteurs sur une Amérique engagée dans une guerre sans fin, et l'on garde dans la pénombre la faillite d'un système qui a transformé l'existence humaine en marchandise et qui nourrit indirectement tous les communautarismes. La pensée pour-ou-contre l'Axe du bien s'étonne et même dénonce les scandales financiers d'Enron, de Vivendi Universal ou de WorldCom. Cette pensée binaire ne peut être scandalisée, là pourtant est le vrai scandale, par la culture de marché qui maintient l'aliénation dans la pénombre. Aussi la désolidarisation du monde, perçue sous des projecteurs du bien et du mal, voile-t-elle la faillite de la connaissance qui fixe notre rapport au commerce, désormais organisateur de notre quotidien et stimulateur des scandales. Il y a des antimondialistes. Mais, nombreux sont ceux qui ne
s'opposent qu'à la délocalisation de l'emploi

- vers

les autres-

et à la marchandisation des derniers services que centralise encore l'Etat que l'on voudrait voir intervenir activement contre

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les malheurs du quotidien. Ils protestent contre l'égoïsme des multinationales et revendiquent la répartition des richesses, alors que la marchandisation non seulement de l'infonnation, de l'éducation ou de la santé, mais de l'existence humaine, était en marche bien avant la mondialisation. On pouvait voir, depuis très longtemps, que sur le terrain des produits matériels, les sources de richesse ne pouvaient que tarir progressivement. On proteste contre la concentration des profits comme si la richesse pouvait être répartie quelle que soit son origine et peu importe ses conséquences. Au lieu de chercher à cantonner le bonheur de la civilisation, même équitablement bien réparti, on devrait s'interroger sur les limites de l'idée de la croissance, sur la réduction de la liberté au libre-échange et, surtout, sur notre rapport à la marchandise. Mais, avec quelle science ? Avec quelle connaissance? Toute chose, réelle ou virtuelle, peut-elle être objet de commerce? La chose peut être un organe sain qui remplacerait un organe malade, des segments génétiques, de l'infonnation, de l'éducation ou du temps de travail. Posée attentivement, cette question sur le rapport des choses au commerce appelle moins, en premier lieu, à fournir une réponse qu'à désigner la personne, l'esprit individuel ou collectif, susceptible de la saisir pleinement. Qui peut répondre? Qui doit répondre? Qui confère à cette personne physique ou morale l'autorité pour répondre? Si la démocratie politique confère ce pouvoir aux citoyens supposés par ailleurs éclairés, critiques et conscients des enjeux des questions; en démocratie de marché, la question, dans son ensemble, n'a pas de sens. Car, là, seul le mécanisme de l'offre et de la demande décide du rapport de l'objet au commerce. Nous verrons que cela n'est pas sans ambiguïté. C'est même la performance de la manipulation. Sommes-nous assez éclairés, par une connaissance ou une science, pour être suffisamment critiques dans nos décisions?

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D'où nous viennent cette connaissance et cette science? Nos décisions ne résultent-elles pas plutôt du besoin et de l'intérêt qui stimulent les processus de l'offre et de la demande? Dans les sociétés dites avancées, nous sommes de moins en moins, ou pas du tout, en démocratie politique, bien que l'on brandisse son drapeau et que certains la clament comme « la chose la plus chère ». Le marché prescrit aux citoyens l'information, la connaissance, et, face à une situation scabreuse, l'autorité politique, légitimée périodiquement par ces citoyens de la cité de consommation, convoque un Comité d'Ethique. Or l'éthique dépend - c'est évident - de l'époque dans laquelle elle s'impose. L'éthique est une dimension de l'évolution à laquelle, justement, nous participons à travers notre action dans la dynamique généralisée de l'offre et de la demande. Ainsi, l'échange des choses et l'échange des connaissances, que celles-ci soient scientifiques, éthiques ou d'une autre nature, se trouvent dans un processus opérant dans des rétroactions répétées, avec nous, mais malgré nous. Ceux qui ne voient pas encore le glissement sournois de la démocratie politique vers la démocratie de marché sont appelés, au moins, à comparer l'effet des manuels de l'Education Nationale aux effets de Pokémon ou de Harry Potter dans le quotidien de la jeunesse. Même dans la sphère scientifique, on est confronté à des questions de la même nature, si tant est qu'il existe encore une sphère indépendante du marché. Devant certaines situations, des scientifiques, susceptibles de représenter la société civile en Comité d'Ethique, s'interrogent. Par exemple, la confirmation de l'origine génétique de la maladie, dite de Huntington, pose à Robert Naquet de nombreux problèmes. Entre autres: «Fallaitil conseiller un avortement thérapeutique si le fœtus était porteur du trait? Van Gogh et Mozart étaient déjà morts au

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moment où la maladie se déclare généralement »1.Naquet pense que « certains, dans la population, sont inquiets et se posent la question de savoir qui a pris la décision de lancer ou d'appliquer telle ou telle recherche. Ils mettent l'accent sur le fait que tout contribuable participe à l'effort de recherche et, en tant que citoyen, il bénéficiera ou pâtira un jour ou l'autre des découvertes scientifiques ». Là aussi, on retrouve le rapport des citoyens à la connaissance, à l'éthique et à la démocratie. On retrouve évidemment le lien des objets au commerce, surtout si l'on élargit le problème jusqu'au champ des multinationales propriétaires de brevets en génie génétique. Ce que nous abordons ici n'est pas une simple curiosité intellectuelle ni un préalable à de nouveaux slogans politiques. Il en va de la continuité de l'homme et des autres espèces. La science, considérée seule, ne présente pas de dangers majeurs pour l'homme. Bien au contraire, elle a traversé, depuis des millénaires, des phases de certitude, d'endormissement, de renouvellement et même de révolution, qui ont éclairé des chemins et participé, par là, au progrès de la connaissance de nous-mêmes et de notre milieu. Les scientifiques savent que de longues périodes sont nécessaires pour observer, calculer et théoriser, et que d'autres sont indispensables pour confronter, tester et évaluer les risques. Les scientifiques savent faire et défaire. La science est sans danger, tant qu'elle demeure, tel l'art, une passion sans finalité. Mais la science a aussi des retombées qui facilitent la vie, et même la mort des hommes. Ce sont justement ces retombées ou plus particulièrement leurs exploitations économiques, qui doivent nous alerter. Car, la science implique une puissance, et, comme le dit Gaston Bachelard, «penser à une puissance, c'est déjà, non seulement

1

Joumées thématiques:

le défi du xxr

siècle, relier les connaissances.

Sous

la direction d'Edgar Morin. Ed. du Seuil, 1999, p. 50.

Il

s'en servir, c'est surtout en abuser. Sans cette volonté d'abuser, la conscience ne serait pas claire »2. Mêlée à des intérêts ou à des calculs de profits économiques, militaires ou politiques, la science devient redoutable. Avec des nationalismes, des particularismes et des idéologies fondamentalistes de tous genres, la science a montré, à de nombreuses reprises, son pouvoir détonant et dévastateur aussi bien sur des soldats dans des champs de bataille que sur des civils qui n'étaient ni pour la science ni pour la guerre. Il importe, toutefois, de noter que les risques d'extermination de la guerre, en tant que concurrence dans la destruction, qu'elle soit conventionnelle ou non, restent limités, si ses acteurs ne réalisent pas d'alliance avec des porteurs de la science ou de la connaissance en général. Si la connaissance, seule, est sans danger, sans elle, la guerre demeure une prétention. Déjà dans les temps les plus reculés, il fallait un sélectionneur de métaux et de recettes métallurgiques pour fabriquer le plus tranchant des sabres ou des haches. Un chef sélectionnant des soldats pour la guerre était tout aussi nécessaire. Il n'y a pas de concurrence militaire sans connaissance. Les deux se stimulent mutuellement, leur alliance converge pour optimiser la destruction. Ce n'est pas cette alliance militaire entre la concurrence et la connaissance qui nous intéresse ici, mais une autre, bien particulière, qui converge depuis longtemps vers un point singulier. Cette alliance a même traversé des guerres. Bien qu'elle soit sans détonation, elle s'avère encore plus redoutable. Il s'agit de l'alliance économique entre la concurrence et la connaissance. Son œuvre s'inscrira, dans l 'histoire, au chapitre de la destruction implosive de la conscience individuelle et collective. Qui pourrait lire cette histoire? C'est parce que la concurrence est devenue une fatalité, que l'on doit, de toute urgence, s'interroger sur son rapport à la
2

G. Bachelard. La psychanalyse dufeu. Idées/Ed. Gallimard, 1983, p. 130.

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raison, à l'homme qui connaît. Ni la question relative aux dégâts de la concurrence ni celle sur les risques de la connaissance n'ont de sens. On doit interroger leur complicité. Parce que la connaissance qui devait justement éclairer l'homme sur ces questions est devenue obscurantisme, de son alliance avec la concurrence. Si l'alliance militaire s'attaque aux corps en exécutant des procédures explosives, l'alliance économique s'attaque aux esprits à travers des processus implosifs. Pendant que les regards des experts financiers scrutent l'amorce d'une croissance ou examinent les indicateurs d'une récession, dans des marchés hésitant devant un climat inattendu; au-dessus de tous les cycles, cette alliance opère de façon continue. Elle est la plus redoutable de toutes celles que le genre humain ait pu inventer. Pendant que des experts en communication affinent les discours des responsables politiques, économiques ou financiers, pour vanter les bienfaits de leurs stratégies et leurs efforts respectifs déployés pour stimuler la croissance - il faut aussi des discours adaptés pour déplorer les dégâts inattendus d'une récession -l'alliance de la connaissance et de la concurrence, réalisée avec nous et malgré nous, se structure et se consolide. Dans cette alliance, il y a une stimulation mutuelle qui s'active depuis plus de deux siècles. La connaissance et la concurrence s'allient, convergent l'une vers l'autre, le long d'une dynamique qui ne manque pas d'altérer l'esprit humain et d'agir, par conséquent, violemment sur toute la vie et l'environnement. C'est, cependant, une alliance qui se structure sourdement et de façon transparente, pour, finalement, disparaître jusque dans l'analyse sociale des causes de la violence et de la criminalité, urbaines et internationales, ainsi que dans l'analyse politique du sens du progrès. D'ailleurs, plus personne ne pose sérieusement la question: pourquoi la concurrence? Et, même si certains l'expriment dans

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une colère sociale ou par une névrose après un dépôt de bilan, la question semble pour beaucoup dépourvue de sens. Finalement, on ne sait que très rarement la reposer correctement et y répondre. Le monde est plongé dans une réalité qui, désormais, s'impose comme s'il s'agissait d'un ordre soumis à une loi naturelle, telle la gravitation qui ne s'impose jamais à l'esprit d'une personne qui tombe. Le commerce, comme échange d'objets, de valeurs de l'effort, ou simplement, comme échange de valeurs, s'empare du concept d'échange au point que celui-ci ne développe plus dans l'esprit qu'une simple signification commerciale, en dehors de laquelle on ne sait plus se représenter le monde. La concurrence qu'elle soit loyale ou déloyale est, de principe, fondée sur la possibilité de l'élimination, totale ou graduelle de l'autre, toujours par une connaissance. Et, c'est cette connaissance fabriquée par la concurrence qui s'empare de notre connaissance, de notre raison qui fait la connaissance. Il Ya bel et bien une crise de la connaissance. Une crise sur laquelle repose la société d'échange. Nous verrons, dans la première partie de ce livre, que c'est sur cette crise que l'Europe s'est fixé un objectif stratégique, celui de construire une société de la connaissance qui n'est en fait qu'une société de la concurrence qui voile la connaissance. L'origine et les conséquences de cette crise constituent la préoccupation principale de ce livre. Ce que conditionne la concurrence comme esprits non seulement dans les laboratoires, mais aussi dans les écoles, génère frénétiquement des séquelles maj eures qui pourraient en finir avec la raison et avec la vie. Pour en finir avec l'homme. Je ne vise pas seulement ici les risques chimiques et nucléaires, ni la transformation des herbivores en carnivores par les farines animales, ni les manipulations génétiques de la tomate ou du

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maïs, bien qu'il y ait là des signes annonciateurs d'une propagation incontrôlable de dangers conséquents. Parce que tous ces risques, ces insécurités qu'engendre l'alliance de la connaissance et de la concurrence, ne compteront que marginalement devant une destruction de masse qui, malheureusement, même à son apparition au grand j our, voilera sa cause aux yeux de ses accélérateurs. Ces promoteurs du libre-échange qui catalysent la convergence de l'information et de la valeur monétaire. La nouvelle dynamique de cette alliance situe aux mêmes niveaux d'intérêt et de risque les manipulations génétiques et informationnelles de l'homme et ce que des experts manipulaient jadis dans la matière inerte. Le long des cycles de croissance, la convergence implosive des préoccupations des laboratoires et des marchés se précise jusqu'à devenir l'évidence injustifiable. C'est même en période de récession que des experts étiquetés dans des domaines, tels ceux du génome, de l'atome, du caoutchouc, de la microélectronique ou de la cybernétique, déploient des efforts remarquables pour traîner de la connaissance au marché et de la concurrence au laboratoire. Il est insensé de glorifier ou d'incriminer la concurrence isolée de la connaissance, comme, de nos j ours, il paraît stupide de discuter de la valeur de la connaissance loin de la dynamique planétaire de l'offre et de la demande. La connaissance et la concurrence constituent dorénavant un tout. Là où l'on voit la connaissance, la concurrence n'est pas loin. Et, là où la concurrence est active, une connaissance est optimisée. Nous acceptons que seule compte l'optimisation rentable. C'est cette fusion historique de la connaissance et de la concurrence, réalisée dans la société d'échange, dite société de l'information, qui nous laisse collectivement justifier des événements sociaux, politiques et environnementaux par: c'est la concurrence. Or, ce n'est pas la concurrence qui importe dans

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la compréhension de la détresse que généralise le libre-échange. D'ailleurs, on ne tente de comprendre qu'avec une connaissance qui résulte de la concurrence. C'est leur convergence, jusqu'à leur fusion qui peut encore nous avertir d'un changement spectaculaire. Pourquoi la concurrence? Justement, personne ne le sait, parce qu'elle se confond avec la connaissance. Connaissance et concurrence ont désormais des assises communes. Ou plutôt, la seconde a supplanté les assises de la première. La connaissance se fond dans la concurrence, et il en résulte un état d'aliénation: l'homme aliéné qui catalyse sa faillite dans l'impossibilité de confronter le pourquoi. Des signes de l'aliénation collective sont déjà visibles, mais certains experts plaident celle-ci en conscience collective. Sous l'effet d'une distorsion de la conscience, produite par le capital, la concurrence devient aussi inéluctable que la mort. L'aliénation sera totalement achevée lorsque la marche deviendra, inconsciemment, planétaire vers la santé de marché, l'éducation de marché et la démocratie de marché. Vers l'information de marché. Là, le risque sera aussi optimal que sa rentabilité. Il est question dans ce livre, principalement dans la seconde partie, de ce que le philosophe de la connexion électronique, Pierre Lévy, magnifie comme « conscience de l'économie» ou «économie de la conscience ». Cette dissolution de la conscience dans l'économie n'est pas sans lien avec l'héritage du modèle de « l'ordre spontané », l'ordre de marché, légué par l'économiste Friedrich Von Hayek qui affirme: «ce n'est pas la rationalité qui est nécessaire pour que la concurrence joue; c'est au contraire de la concurrence, ou des traditions qui la permettent que découlera un comportement rationnel »3. Je parle aussi d'aliénation, parce que la concurrence produit ses propres principes, s'imposant dans l'indifférence, se mêlant aux
3

F-A Von Hayek. Droit, législation et liberté. Vo13. L'ordre politique d'un

peuple libre. Quadrige/PUF, 1995, p. 89. C'est moi qui souligne.

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principes de la raison, tout en éliminant les potentialités et les possibilités d'autres principes pour la connaissance de la complexité des sociétés humaines. Nous n'avons pas besoin d'une équation économique ou d'un bilan chiffré pour montrer, comme l'a fait brillamment l'économiste Paul Krugman, que la compétitivité est « une dangereuse obsession »4.Ce qui importe, surtout, c'est la relation qu'entretient la concurrence avec la rationalité, la science et sa méthode, le rapport de la concurrence à la raison et à la conscience. Il faut dire que les allégations de Hayek, reprises dans les propagandes de ses adeptes dans la société de l'information, ne reposent pas sur l'incontestable. L'ultralibéralisme s'empare d'une crise du rationalisme, jusqu'à substituer intimement la concurrence à la connaissance. Ses chantres souscrivent à l'idée selon laquelle «La concurrence n'est pas seulement la seule méthode que nous connaissions pour profiter des connaissances et des talents que peuvent avoir les autres, mais elle est aussi la méthode par laquelle nous avons été amenés à acquérir les connaissances et les talents que nous-mêmes possédons. »5 Ce n'est que lorsque nous serons débarrassés de tous les expédients économiques, lorsque la conscience recouvrera son territoire, que nous pourrons sereinement appréhender le sens du rapport des objets au commerce. Là seulement, nous réaliserons que le développement durable ne résulte pas de la croissance durable. La concurrence se révèle aux libéraux fondatrice de la rationalité humaine. Aussi cette rationalité est-elle l'aliénation même, puisque ce n'est que sous son contrôle, et ce contrôle seulement, que l'on peut adhérer pleinement à ce que la seule information qui mérite l'attention est celle qu'indiquent les prix. L'accélération des changements qu'opère la nouvelle
4

P-R. Krugman. La mondialisation F-A Von Hayek, Ibid.

n'est pas coupable, vertus et limites du

libre-échange. Ed. La Découverte, 1998, p. 17.
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convergence tend à annuler le temps de passage de l'innovation à la concurrence économique. Par là, cette convergence agit particulièrement sur le temps humain. Elle agit sur la conscience. Encore s'agit-il d'une convergence vers un point parfait où s'identifieront, finalement, la concurrence et la connaissance. A l'ère post-informationnelle, il sera impossible d'extirper l'une de l'autre. La concurrence se détache - depuis plusieurs décennies - des produits matériels conçus et optimisés par la connaissance, pour ne se consacrer qu'à la connaissance, devenue produit. L'origine de la richesse est désormais contenue dans des formules chimiques, des codes de logiciels, des gènes, des procédés, des marques, des symboles, dans l'art, et même dans les rituels. Tous ces objets virtuels, que l'on englobe dans connaissance, stimulent la spéculation financière qui a, à son tour, ses experts et sa connaissance. Cette machine connaissance ~ concurrence est devenue si redoutable qu'elle transforme l'être le plus cérébralisé en simple pouvoir de consommation du virtuel et élimine, dans un silence monastique, le travail, l'Etat et la nation. Cette machine est alimentée par l'homme, contre l'homme. De ce silence, émergent des populations qui réclament partout des Etats exclusivement sécuritaires. L'inconscience que généralisent la connaissance et la concurrence atrophie la perception de la cause sérieuse du danger réel et de la violence. Le complexe connaissance ~ concurrence mérite toute notre attention. Ce complexe est responsable de l'aliénation qui génère le danger et cultive la violence. Qu'est-ce qui empêche une personne sous l'emprise d'une détresse d'aller ouvrir le feu sur des promeneurs, sur les membres d'un conseil municipal, sur des policiers ou, pire encore, sur des enfants dans une école? Ce n'est sans nul doute pas la raison de marché ou la rationalité de la concurrence. Si l'absence d'armes peut offtir à la raison un temps nécessaire, pour apaiser et maîtriser un contexte

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psychologiquement difficile, la folie, qui résulte de l'immédiateté que génère notre environnement technologique concurrentiel, peut transformer tout objet en arme fatale pour se débarrasser du voisin, de l'enseignant, du juge, du policier ou du patron. C'est parce que l'éducation à la raison de marché exclut le discernement dans les journaux, dans la rue, sur les écrans et jusque dans les manuels scolaires, devenus tous objets et supports de la concurrence, que l'on n'arrive plus à voir, lorsque des cités brûlent, la signature d'une folie qu'entretient une autre folie collective, celle de la société qui réclame un Etat sécuritaire. Sur tous les objets et à travers tous les supports, nous acceptons cette image de nous-mêmes; des consommateurs de la raison de marché. Si le risque croît dans la rue, dans l'assiette et dans l'air, c'est parce que la raison, isolée de la conscience humaine, n'a été déployée que fusionnée dans des expédients économiques, pour produire, jadis, des objets utiles et, aujourd'hui, de l'information de marché sur des besoins et désirs nouveaux, trop souvent inutiles. En mal de production d'objets matériels nouveaux, la machine de la croissance contraint la raison à la mutation en un objet du libre-échange. Et, peu importe dans le temps les limites naturelles de la croissance; seuls compte, désormais, le temps d'ouverture des places financières.

Parce que la concurrence s'empare de toutes les sciences, et aussi, de la métaphysique et de l'éthique, je ne peux terminer cette introduction sans avertir le lecteur de l'enchevêtrement, dans cet ouvrage, de domaines traditionnellement déconnectés de façon académique. Il n'est pas habituel ni aisé de présenter dans un même ouvrage une interdépendance de questions scientifiques, éthiques, sociales, économiques et politiques. Ce n'était pas

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pour moi un choix, c'est, désormais, une réalité qui s'impose dans la société organisée en réseaux. Bien que des chapitres ou des parties de chapitres se présentent de façon apparemment autonome, le sens voulu dans chacun n'est pas indépendant du sens global de l'ouvrage. Et, réciproquement. Aussi, cette interdépendance n'a pas facilité le remaniement de la structure et la relecture du manuscrit, un travail fastidieux auquel Laura Thieblemont a remarquablement contribué. L'alliance de la connaissance et de la concurrence présente une dimension politique. Je me dois de l'indiquer clairement et de préciser aussi que ce livre ne bénéficie d'aucun soutien. Il résulte d'une réflexion libre qui ne s'inscrit sous aucun slogan. Il ne représente aucune institution. Je l'assume pleinement.

PREMIERE PARTIE

Les enj eux de la société fondée sur la connaissance

Imaginez un peu que vous vous réveilliez un beau matin pour découvrir que tous les aspects de votre existence ont été transformés en marchandises et que votre vie elle-même n'est plus qu'une gigantesque expérience commerciale. Jeremy Rifkin

1. De la raison à la concurrence: d'un despotisme, l'autre
A mesure que les marchands et les industriels parvenaient au
pouvoir, que leur manière d'être, leurs estimations, leurs goûts, leurs réactions devenaient facteurs de sélection jusque dans la profondeur de la culture. [...] leur manière de juger des valeurs devenait partout la norme même de la « morale» tout court. Max Scheler

L'idée d'une « conscience collective» que représenteraient des individus connectés par l'échange électronique de profits est une promotion de l'aliénation collective. Le marché favorise l'immédiateté et stimule le développement des technologies de l'immédiateté. De fait, le monde est un village où il pleut des informations dont la genèse, la nature et surtout le sens demeurent inconnus pour des êtres immédiats profondément structurés par l'intérêt immédiat et par les technologies de l'immédiateté. Pour un court moment, imaginons une ville dont l'histoire s'accélère. Supposons une ville où tout à coup il pleut, sans interruption. Mois après mois, la pluie ne cesse de tomber. Très vite, l'industrie des bottes et l'industrie du parapluie deviennent très lucratives. Les bottes et le parapluie deviennent la principale source de richesse, pour certains, et la représentation ultime de l'utilité, pour les autres dont l'imaginaire se remplit progressivement de pluie et de ses accessoires. La concurrence industrielle s'accélère et la pluie est de plus en plus abondante. C'est pour cela même qu'on perfectionne le parapluie, on enseigne le parapluie, on glorifie la science du parapluie. Sauf que le parapluie demeure un parapluie. Très rapidement, tout le

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monde peut fabriquer et exposer à bas prix de performants parapluies. Désormais, les bottes et les parapluies ne sont plus rentables, malgré les énormes encyclopédies de savoirs accumulés par cette ville dont l'industrie était fleurissante. Que faire? Les bottes et les parapluies sont aussi abondants que la pluie. Mais certains ne désespèrent pas. Quoi qu'il arrive, ils croient au pouvoir de l'innovation: ils vont transformer les bottes et les parapluies en supports de reconnaissance, de rituel et de publicité. Ces supports sont désormais des écrans presque gratuits, avec lesquels on échange des informations payantes pour la publicité autour de symboles des rituels et des reconnaissances. L'information devient rentable et la ville une société fondée sur la connaissance. Pourtant, on ne sait toujours pas pourquoi ilpleut. La pluie, maintenant, tombe sans arrêt sur le reste du monde. Il est définitivement un village de pluie et d'information. Plus il pleut, plus les écrans s'activent pour stimuler la concurrence, et moins on se demande pourquoi il pleut. Certains innovent dans les messages des parapluiesécrans et des bottes-écrans, et d'autres revendiquent le partage des fruits de la croissance. La course folle doit bien avoir une fin, puisque les réserves de céréales et les boîtes de conserves s'épuisent, et le niveau d'eau ne fait que monter. Ce bateau sombrant fictif révèle l' autojustification des temps modernes, que l'on rencontre dans les discours politiques, lorsque, paradoxalement, des responsables plaident en faveur du développement durable. Pour l'économiste René Passet, «ce n'est pas de développement durable que l'on nous parle mais de croissance durable, car il est supposé que celle-ci engendre automatiquement celui-là »6.La croissance ne tient compte ni des problèmes énergétiques, ni des conséquences de la démographie ou de la technologie sur les écosystèmes, ni de la nature des objets qui la stimulent.
6

R. Passet. L'économique et le vivant. Ed. Economica, 1996, p. 49.

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Aujourd'hui, la croissance ne peut être stimulée, semble-t-il, que par l'innovation et surtout par l'échange des connaissances et des symboles. Il est temps d'oser interroger les décideurs sur la nécessité de la croissance. Pourquoi faire? En fait, nous sommes libérés des contraintes de la production du nécessaire et de l'utile, qui, jusqu'ici, organisait nos jours et hantait nos nuits. Une chance, sans précédent, s'offre à l'homme; il peut appréhender pleinement son destin. Il peut, enfin, déployer ses efforts dans la création du sens, pour embrasser le sens d'un nouveau progrès et d'un autre épanouissement. Un nouveau progrès qui s'inscrirait dans l'évolution du genre humain. Aussi l'homme évite-t-il paradoxalement cette chance, s'en détourne-t-il, n'affirmant dans sa marche qu'un espoir réduit et battant encore au rythme de la croissance. Si naturels et profondément mélangés à son animalité, l'instinct de survie et la volonté d'expansion ont orienté son histoire avec ses guerres et ses paix. L'homme a troué des montagnes basaltiques et tracé des routes dans le ciel et à travers les océans pour faire circuler ses semblables et leurs marchandises de toutes sortes; des matières premières aux produits manufacturés, tout ce que des machines extraient des entrailles de la terre et ce que d'autres récoltent ou fabriquent à sa surface à des fins utiles et agréables. Tout circule: du pétrole de la planète entière et du plutonium, des pneus et des souliers, de la viande intercontinentale et du maïs, des carcasses de machines et des gadgets, des antalgiques et des antibiotiques pour nous et notre bétail. L'homme a suivi scrupuleusement la méthode7 pour réaliser « un monde de bien-être » où la machine incarne et exploite des lois de la nature. Aujourd'hui, la machine dispense - presque - 1'homme de son travail, de son
La méthode scientifique issue du rationalisme classique (R. Descartes, F. Bacon... ).
7

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énergie et de son temps de travail, pour fabriquer le matériel utile, particulièrement les produits répondant à nos besoins. Nous ne sommes - presque - plus indispensables à nous-mêmes. L'intelligence a structuré un environnement rationnel où la technique domine dans les pays développés tout ce qui relève du prévisible. Par le concept du travail, des Etats ont jadis sculpté l'imaginaire des populations pour extraire, fabriquer et faire tourner jour et nuit des tapis roulants de marchandises minérales et organiques. Ouvriers ou ingénieurs, des escadrons d'écoliers ont été formés pour reproduire l'idéal de la société organisée autour du rendement du travail; travail de l'homme et travail de la machine. Dompter la machine. Dompter la nature. Dompter l'homme. Il fallait extraire plus, fabriquer mieux et faire tourner plus vite. Mais le processus dévoile sous un grand jour ses limites; limite de la machine, limite de la nature et limite de l'homme. Le contrôle informatique et à distance de la machine repousse le travail humain, et la nature n'a pas fini de dénoncer la violence de l'ère industrielle. Aujourd'hui, on déconstruit, on déréglemente pour faire place nette à la croissance d'un nouveau monde où opère une économie nouvelles. Une économie fondée, semble-t-il, sur le capital humain, sur la production de la connaissance. Au lieu de saisir l'occasion historique de repenser l'économique, la raison se détourne de la chance et se défigure en objet de marché. Telle une peau de chagrin, le travail, sa société et son économie se réduisent. Ils se défont jour après jour sous nos yeux. Les Etats sont, désormais, contraints à la fabrication de nouveaux concepts, de nouveaux paradigmes, pour un autre imaginaire, au moins pour contenir la violence et l'inflation du temps libre.
8 J'utilise l'expression économie nouvelle pour désigner, au sens large, la société du libre-échange. J'évite l'expression nouvelle économie qui signifie pour beaucoup l'économie liée aux nouvelles technologies de l'information et des communications.

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L'économie industrielle était fondée sur la production et la consommation de biens matériels. Sa « science» avait comme projet le décryptage des lois qui gèrent la production et la consommation non seulement des biens biologiques, mais aussi des prolongements de l'homme tels le tissu, le béton, les pneus et les circuits intégrés. Non sans peine, un long chemin est parcouru par les sciences et les technologies qui ont, il est vrai, facilité globalement la vie dans les sociétés avancées. Néanmoins, ce chemin n'était pas le meilleur des possibles. On aurait pu épargner à l'homme la violence sociale et des guerres, et à son environnement les violences chimiques et nucléaires. Le chemin qu'emprunte l'économie nouvelle est-il le meilleur des possibles? Epargnera-t-il à l'homme la violence informationnelle et la violence génétique. L'homme n'a pas produit que pour se nourrir, se reproduire et mourir. Sa complexité cérébrale lui a permis d'admettre sa condition singulière de supériorité et de solitude. C'est cette solitude qu'il a cherchée à exorciser en élargissant les pouvoirs de son corps en dehors de lui, même dans un monde apparemment indifférent à la conscience du temps. L'homme confirme sa supériorité en prolongeant ses fonctions en dehors de son COrpS9. Contrairement au mollusque, l'homme a créé et fait évoluer sa coquille; il prolonge sa peau par des vêtements, des murs, des plafonds et des crèmes contre le froid, les ultraviolets et la pollution des boulevards. Tout en prolongeant
C'est la thèse de Marshall Mc Luhan que nous discuterons dans la seconde partie. Une thèse que résume Edwards T. Hall: « L'homme est un organisme doté d'un extraordinaire et merveilleux passé. Il se distingue de tous les autres animaux par le fait qu'il a réussi à créer ce que j'appellerai des prolongements de son organisme. [...] L'ordinateur est un prolongement d'une partie du cerveau, comme le téléphone un prolongement de la voix et la roue un prolongement des jambes et des pieds. » C'est l'auteur qui souligne. Edwards T. Hall. La dimension cachée. Ed. du Seuil, 1971, p. 16. (1èreéd. américaine: 1966). 9

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la puissance de ses membres par des roues et des moteurs supersoniques, l'homme s'est attaqué aux fonctions sensorielles. Avec des capteurs de tout genre, il a voulu et veut toujours capter plus d'informations, avec plus de précision, que ce que renvoient à son cerveau ses yeux et ses oreilles nus. Le ciel ne contient pas seulement des mouettes et des corbeaux; il est sillonné de satellites qui nous assurent, dans une solitude terrestre, de plus en plus d'instantanéité et d'omniprésence. L'homme affirme sa supériorité cérébrale, mais il ne fait qu'affirmer dans les mêmes proportions sa solitude. L'histoire de l'univers reste indifférente à ses machines et instruments contre lesquels se dressent des murs physiqueslO infranchissables. Si l'art a prolongé ses espoirs et son désespoir, l'imprimerie a prolongé son cerveau en déchargeant sa mémoire. Depuis Gutenberg, nous avons accéléré l'évolution des supports d'information où se mêlent art et mémoire; des tores, des bandes, et des disques magnétiques et optiques. Disons avec Manuel Castells que « Les médias sont en quelque sorte inscrits dans le tissu même de notre existence. Nous vivons avec les médias et par les médias »11Nous avons surtout . connecté des processeurs et des mémoires et nous nous sommes engagés dans la performance de leur communication. L'homme est en train de réaliser un réseau d'information à l'image de son cerveau, semble-t-il. Bien que les ordinateurs soient encore faiblement communicants, comparés aux neurones, l'homme balbutie un réseau de neurones électroniques. Ce n'est pas seulement dans les dix mille connexions que réalise le neurone dans le cortex cérébral, ce n'est pas seulement dans le nombre, mais dans les processus individuels et collectifs de traitement de l'information par les
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G. Cohen- Tannoudji explique comment les constantes physiques, comme

la vitesse de la lumière par exemple, constituent une limite de la connaissance humaine. Les constantes universelles. Ed. Hachette, 1992. Il M. Castells. La société en réseaux. Ed. Fayard, 2001, p. 422.

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neurones cérébraux que la complexité est bien supérieure à celle de nos réseaux informatiques. Nos ordinateurs, leurs microprocesseurs, sont encore dans la civilisation Silicium. Une civilisation cartésienne, même outre-Atlantique, une civilisation à logique binaire où le peut-être n'a toujours pas de place. Pas pour longtemps, disent les physiciens, bien que le peut-être continue à incarner la politique de la chaise vide dans la technologie Silicium, issue des prétentions rationalistes. Car, avec le développement actuel, on envisage d'atteindre la limite de la technologie Silicium vers 2010. La barre des cent millions de transistors dans un microprocesseur est déjà franchie12.Le nombre d'atomes, la quantité de matière utilisée pour représenter une information élémentaire (un bit), diminue exponentiellement en fonction des années. On ne pourra donc miniaturiser indéfiniment les circuits de nos machines avec le Silicium; on ne pourra stocker les éléments 0 et 1 de l'information décomposée et assemblée dans un espace ne contenant que quelques atomes. Car, à cette échelle, on devra faire appel à une logique qui intègre remarquablement l'incertitude. Une logique qui ne sera plus basée sur des 0 et des 1, mais sur des 0, des 1 et des peut-être13.Il faut dire que le toutou-rien et les opérations décomposer, assembler et connecter des parties pour croire au tout, constituent un lourd héritage du XVIIesiècle. De toute façon, le Silicium ignore les angoisses de la solitude. En 2000, on a dépassé avec la technologie Silicium le Gigahertz. Les puces sont capables de manipuler plus d'un milliard de 0 et 1 par seconde. En attendant une gestion de nos
12 En 1965 Gordon Moore, ingénieur chez la jeune société Intel, a émis la loi qui porte son nom: «A coût de fabrication constant, le nombre de composants électroniques dans un circuit intégré (une puce) double tous les 18 à 24 mois. » Ce qui s'est révélé vrai sur plus de 30 ans. 13 Cette technologie encore dans ses balbutiements conceptuels est ce qu'on appelle le q-bit.

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