Connaissance sociale et pouvoir politique

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Selon Dimitri Gusti, le père fondateur de la sociologie roumaine, "connaître son pays est le meilleur moyen de le servir". Dans le sillage de son maître, l'auteur nous livre ses réflexions et ses propres interrogations sur la mission de la sociologie politique. D'après l'auteur, dans l'environnement culturel de la postmodernité -relativiste et fluide, attaché à la description des faits plutôt qu'aux jugements de valeur- il revient au sociologue de recomposer le puzzle de ces réalités fuyantes, de mettre son analyse au service de ceux qui sont appelés à gérer le destin de la nation.
Publié le : jeudi 1 septembre 2005
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EAN13 : 9782296405004
Nombre de pages : 223
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CONNAISSANCE

SOCIALE ET POUVOIR POLITIQUE

Logiques Sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Déjà parus Audrey ROBIN, Une sociologie du «beau "sexe fort" ». L 'homme et les soins de beauté, de hier à aujourd'hui, 2005. Yves de la HAYE, Journalisme, mode d'emploi. Des manières d'écrire l'actualité, 2005. Monique ROBIN et Eugénia RATIU (dir.), Transitions et rapports à l'espace, 2005. Mariana LUZZI, Réinventer le marché? Les clubs de troc face à la crise en Argentine, 2005. P. NICOLAS-LE STRA T, L'expérience de l'intermittence dans les champs de l'art, du social et de la recherche, 2005. P. CADOR, Le traitement juridique des violences conjugales: la sanction déjouée, 2005. V. CHAMBARLHAC, G. UBBIALI (dir.), Épistémologie du syndicalisme, 2005. M. FALCOZ et M. KOEBEL (dir.), Intégration par le sport: représentations et réalités, 2005; L. OLIVIER, G. BÉDARD, J. FERRON, L'élaboration d'une problématique de recherche. Sources, outils et méthode, 2005. Stéphane BELLINI, Des petits chefs aux managers de proximité, 2005. Jean-Marc POUPARD, Les centres commerciaux, de nouveaux lieux de socialité dans le paysage urbain, 2005. Pascal LARDELLIER (dir.), Des cultures et des hommes, 2005. PAPADOPOULOS Kalliopi, La crise des Intermittent-e-s. Vers une nouvelle conception de la culture ?, 2005.

Gheorghe FULGA

CONNAISSANCE SOCIALE ET POUVOIR POLITIQUE
Etudes de sociologie politique

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti 15 10124 Torino ITALIE

www.librairieharmattan.com harmattan! @wanadoo.fr (QL'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-8766-5 EAN 9782747587662

Sommaire
Introduction..... ... ... ... ... .
La sociologie La sociologie

.. ...... ... ... ... ... ...

...

..

.

9

L La condition de la sociologie à l'époque postmoderne
et le monde moderne. de la «modernité

.15 . .21
27

. . .. . . .. . . . . . .. . .. . . .. .. . .... . .. . .... . ..15 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .... . .

La reconfiguration de la sociologie dans la culture postmoderne
liquide».

Des macrothéories aux microsociologies Faits et valeurs, explication et interprétation
Le nouvel agenda de la pensée politique.

33 .37

Le pouvoir politique - démocratisation,spécialisation,dissipation 41
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... . .47

La connaissance en tant què facteur du changement social. . . . . ... . . ...53 Science et réforme dans la vision de Dimitrie Gusti. . .. . . . . . . . . . . ... . . ...59 La réforme entre «recettes de cabinet» et réalités locales. . . . . ... . . .. . ..65

IL La sociologie en tant que science «pluriparadigmatique»

71

Max Weber et le sens de la «neutralité axiologique». . . . . . . . . . . . . . . . . ...71 Théories, paradigmes et réalités. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... 77

Les paradigmes et leur sens sociologique 83 La sociologie en tant que science «multiparadigmatique». .87 Transitions vers une sociologie de «l'acteur social» .89 Le sociologue - un scientifique mais aussi le vecteur d'une culture déterminée .99 La connaissance du pouvoir et le pouvoir de la connaissance. . ... . . .103 La sociologie et ses engagements axiologiques intrinsèques 109
IlL Le pouvoir politique. Approches et théories... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .113 Repères dans l'évolution de la pensée politique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .11 3 La constitution de la sociologie politique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ...115

Les théories contractuelles concernant la nature du pouvoir
po I i tique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .119

Les droits naturels et les antinomies du pouvoir public. . . . . . . . ... . . . . .125 Le pouvoir politique et ses éléments distinctifs. . .. . .. . .. . .. . .. . ... . .. . ..127

Pouvoir politique etformes de l'Etat
Pouvoir, Légitimité légitimité et légalité. et domination politique.

o

.0..000.135

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... .139

. . . . . . 0. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... .143

Structures socio-historiques etformes du pouvoir politique. .

.

145

IV. Le système politique. Relations, institutions, acteurs .153 Le système politique en tant que sous-système de la société. . .....153
Structures, acteurs, actions et contextes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... . . .1 55

L'image systémique de l'univers politique. . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . .159 Fonctions universelles et structures politiques variables. . . . . .... .163 Les institutions politiques et leur support social. . . . . . . . . . . . . . . .169 Structures, rôles et comportements politiques. . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . .177 JI:Etats et régimes politiques
L'Etat et ses structures.

.187
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .187

Les caractéristiques de l'Etat moderne. . .. ... . . .. . . . .. ... ... . . . . . . . .191 L'Etat et l'autorité publique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .195 Etats et régimes politiques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... .19 7 Les régimes démocratiques. Ordre et liberté. . . . . . . . . . . . . . . . . ... . . ..203

«Les élections compétitives produisent la démocratie» ...207 Les démocraties réelles en tant que «polyarchies». . . .. .. ... . ... ..209
La démocratie
Conclusions.

et la société

civile.

. . . . . .. . . . .. . . . . . . . .. . . . . .. . . . . . . .. 213

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..217

Bibliographie

219

8

Introduction

La dernière décennie du vingtième siècle restera une référence dans l 'histoire universelle, une période pendant laquelle le monde a été ravagé par des changements radicaux, comparables à des mouvements tectoniques. C'est la période qui a concentré des événements d'envergure, inattendus et d'un réel dramatisme, comme il y en a toujours eu dans les moments fondateurs de l'époque moderne. L'effondrement des régimes communistes, la transition des pays de l'Europe centrale et orientale vers des régimes démocratiques, ainsi que les avancées dans la construction européenne peuvent être considérés, de par leurs significations et leurs conséquences, des options qui vont à leur tour entraîner d'autres évolutions historiques. Ajoutons à cela le choc du Il septembre 2001, qui a conduit à une redéfinition des priorités stratégiques et à une reconfiguration du tableau géopolitique du monde. Mais, cette carte avec de grands reliefs exprime à peine les changements opérés en filigrane dans la profondeur de nos sociétés, dans la sphère des activités économiques, dans le tissage des relations sociales et dans le quotidien de chacun de nous. Les transformations majeures, de portée historique que je viens de mentionner ont été cependant préparées par une série de microchangements sociaux, apparemment prosaïques et peu spectaculaires, alimentés essentiellement par les révolutions scientifique et technologique des dernières décennies, mais aussi par les évolutions qui ont marqué notre façon de vivre et de penser, nos valeurs culturelles et politiques elles mêmes. Multipliés et mondialisés, ces changements ont engendré non seulement de nouvelles configurations géopolitiques, mais aussi un cadre préfigurant d'autres transformations, qui devraient affecter les structures de la civilisation, les relations entre les sociétés, les sciences, la technologie, l'organisation sociale, les institutions, l'éducation, les formes d'expression et de communication, les idées, les valeurs et les styles de vie.Ces changements croisés, porteurs d'aspects contradictoires à l'époque de la mondialisation, ont déjà commencé à avoir des effets majeurs dont certains d'une visibilité éclatante, certains autres - plus profonds - à peine évidents. Quel rôle peuvent-ils jouer, le sociologue et le spécialiste en sciences politiques, dans un monde si instable, si peu sûr et bouleversé par l'avalanche des changements accélérés? Jy ai cherché des réponses sur

plusieurs plans de l'analyse, que le lecteur retrouvera dans le sommaire et la thématique de ce livre. J'ai suivi d'abord quelques étapes de l'évolution de la sociologie en tant que discipline scientifique, pour comprendre les contextes théoriques et culturels qui ont imposés les nouvelles approches interdisciplinaires, symboliques, interactionnelles et compréhensives, toutes liées aux changements significatifs opérés à l'intérieur des sociétés modernes et aux tendances dominantes dans les sociétés développées d'aujourd'hui. J'ai cherché à démontrer, arguments à l'appui, qu'il y a une relation significative entre, d'une part, la crise des grandes théories classiques, la prolifération des recherches empiriques sectorielles et des microthéories, l'hybridation de la sociologie par d'autres disciplines apparentées et, d'autre part, les processus intervenus dans I 'histoire réelle, qui ont conduit à la dissolution des structures propres aux sociétés

de type moderne. Ainsi la nouvelle condition de la sociologie - devenue
une discipline «multiparadigmatique» - peut-elle être mise en relation avec les efforts des spécialistes du domaine et de certains penseurs visant à définir et à expliquer, par des approche variés, les caractéristiques des sociétés postm odern es, les sociétés de la «modernité liquide», pour reprendre l'expression de Zygmunt Bauman. Deuxièmement, j'ai abordé les composantes de l'univers politique (valeurs, principes, règles, procédures, institutions, régimes, partis, idéologies, etc.) sous l'angle de la sociologie politique, une discipline spécialisée dans l'étude des connexions organiques et multiples entre le politique et le social. Domaine d'interférences, qui cumule les démarches empiriques et théoriques, la sociologie politique avance l'idée que, malgré sa relative autonomie par rapport à l'ensemble de la société, le système politique s'enracine par de nombreux fils et conditionnements dans l 'histoire, la morphologie et l'essence des valeurs sociales et culturelles. Les sociétés modernes sont organisées et structurées à l'intérieur par le principe de l'autonomie des valeurs et par celui de la séparation des sphères d'activité, ce qui se reflète d'ailleurs dans les dichotomies majeures de la pensée moderne (individu / société, Etat / société civile, liberté / autorité politique, gouvernés / gouvernants, forme / substance, etc.). Les analyses et les réflexions de ce livre partent du principe que ces dichotomies classiques de l'espace politique, bien que radicalement revisitées à la faveur de l'environnement relativiste et multiculturel de la 10

postmodernité, restent néanmoins opérationnelles pour la description et l'explication des réalités politiques de nos jours. La sociologie politique nous invite à distinguer entre les différents niveaux de l 'histoire réelle, depuis la couche empirique des phénomènes sociaux et jusqu'à celle des effets en profondeur. L'idée qu'il y a une différence entre l'apparence et l'essence et que la réalité sociale mélange les causes, les facteurs et les conditions d'ordre objectif et subjectif, les conjonctures historiques et les actions des groupes ayant chacun ses propres motivations a déjà fait son chemin et elle est devenue un principe ordonnateur du cadre intellectuel et culturel moderne. Grâce aux nouvelles stratégies et méthodologies empiriques de recherche, les sciences sociales et humaines ont été en mesure d'offrir une image plus adéquate des processus sociaux, même si souvent en désaccord avec celles qui opéraient dans la connaissance commune. Les théories sociales et politiques ont changé également à la suite des pressions exercées par l 'histoire réelle sur le cadre culturel et scientifique, tout comme il y a une tension spécifique entre les représentations empiriques des acteurs sociaux et les théories et paradigmes proposés par la connaissance scientifique pour expliquer et interpréter les processus sociaux et historiques. Nous retrouvons là une série de distinctions et de contaminations réciproques entre la théorie et l'objet complexe qu'elle étudie, ce qui est d'ailleurs mis en évidence par les nouveaux courants symboliques et interactionnels. C'est le rapport entre la réalité sociale en

tant qu'objet spécifique de la connaissance - un objet prédéfini,
symboliquement et axiologiquement, par les acteurs sociaux réels - et les présuppositions cognitives implicites des paradigmes que les sociologues appliquent au champ social étudié. C'est aussi dans ces oppositions structurelles qu'il faut chercher la source des drames épistémologiques et éthiques des disciplines sociales et humaines. Dans ce livre, notamment dans les deux premiers chapitres, j'ai essayé d'offrir quelques repères permettant d'associer une interprétation rationnelle à des réalités historiques et politiques qui ont l'air de défier la fonction prédictive des théories sociales. Tout comme l 'historien et le spécialiste en sciences politiques, le sociologue démarre sa recherche à partir de faits empiriques, mais pour interpréter et construire son analyse il doit explorer aussi les changements intervenus dans l'univers des valeurs et des croyances qui orientent l'action humaine, ces zones Il

magmatiques à l'intérieur desquelles s'accumule lentement la masse critique des énergies sociales et des processus novateurs. Ce n'est qu'ainsi qu'il sera capable de surprendre, un instant plus tôt, les lignes de force de l'histoire et d'en anticiper les tendances dominantes. Nous en arrivons ainsi au troisième principal thème du livre, que j'ai développé dans plusieurs registres analytiques: le statut épistémologique des disciplines sociales en général et la condition particulière de la sociologie dans le monde postmoderne. J'ai repris le dossier historique du problème, en essayant tout d'abord de reconstituer le sens initial que Max Weber a attribué au concept de «neutralité axiologique» dans un contexte scientifique et historique donné, puis de marquer les changements de vision et d'attitude face à ce principe de la connaissance sociale. J'ai découvert ainsi que dans la pensée sociale et politique actuelle, dans les controverses des théoriciens concernant la nature du pouvoir politique et le concept de légitimité - on retrouve de nombreux thèmes de réflexion déjà codifiés de manière explicite et exemplaire dans la démarche analytique novatrice de Max Weber et dans les idées qui portent la marque de sa personnalité. Les thèmes weberiens concernant les rapports entre description et interprétation, entre les jugements de fait et les jugements de valeur occasionnent d'intenses disputes, notamment lorsque l'objet de la connaissance sociale est l'univers politique lui-même et les relations entre les individus et les structures du pouvoir. Quand nous étudions des réalités telles les règles, les procédures et les institutions propres à un régime politique ou bien les processus de changement politique, les partis, les idéologies et les comportements politiques des citoyens, nous rapportons inévitablement les données empiriques à certains idéaux et valeurs politiques ou à certains états de fait que nous considérons souhaitables. La difficulté de distinguer de manière nette entre la composante descriptive de la démarche et celle prescriptive et interprétative vient du fait que le sociologue, en tant qu'instance spécialisée de la connaissance sociale, est un sujet complexe: son statut s'avère ambigu, puisqu'il appartient à la réalité qu'il est en train d'étudier et que, par conséquent, ses options axiologiques, ses engagements étiques et politiques implicites interfèrent naturellement dans le dispositif méthodologique et intellectuel qui oriente sa recherche.

12

Ainsi le chercheur est-il tenu de satisfaire à deux exigences bien souvent contradictoires, que la connaissance sociale a assumées avec rigueur et responsabilité: le principe de l'objectivité scientifique - qui signifie la description et l'explication des états de fait par des méthodes empiriques - et, respectivement, l'interprétation de ces états de fait, tels que définis, en faisant appel à certains principes et valeurs, avec une ouverture humaniste et démocratique. Bien plus que d'autres disciplines sociales et humaines, la sociologie politique témoigne de la tension entre la description et l'interprétation, entre lesfaits et les valeurs. Il est donc évident que le sociologue nu peut pas se limiter à la description empirique et neutre des processus politiques sans les interpréter sous l'angle de certains idéaux de rationalité et de quelques valeurs politiques telles la liberté, l'égalité ou le droit à l'information. En outre, s'il est capable de formuler le diagnostique des maladies sociales, d'en indiquer les causes ou les facteurs favorisants, cela veut dire implicitement qu'il est en mesure d'envisager des solutions et des directions d'action censées y remédier. Les rapports entre la connaissance sociale et le pouvoir politique sont intensément remis en question dans l'environnement culturel relativiste du monde postmoderne. Même si l'on glose souvent sur la disparition ou le mixage des idéologies, de nombreuses voix autorisées rappellent la fonction critique des disciplines sociales et politiques, la légitimité et la nécessité d'un engagement éthique des intellectuels au service des causes humanitaires, écologiques ou sociales. De toute évidence, la sociologie politique ne peut pas se permettre de traiter les régimes politiques, démocratiques ou totalitaires, d'une manière «neutre», comme s'ils bénéficiaient d'une égale légitimité dans la perspective des valeurs fondamentales. En faisant appel aux expertises de spécialité, la politique s'est professionnalisée par rapport à beaucoup de ses démarches. Malgré cette nouvelle donne, elle reste toujours le domaine par excellence de la liberté des choix, des options et des décisions responsables. Le système de la connaissance sociale - très diversifié à ce jour - a le rôle de fournir à ceux qui ont le mandat démocratique de prendre des décisions macrosociales le support cognitif et informationnel propre à leur faire choisir le « traitement social» le plus adéquat. La fonction pratique de la connaissance sociale et, implicitement, sa contribution au lancement des 13

actions de réforme visant à améliorer la condition humaine dépendent de la capacité de ce type de connaissance à fournir aux responsables politiques des données concrètes et vérifiables permettant de faire des choix rationnels. Cette fonction de la sociologie est encore plus importante dans le cas de la Roumanie, où la société est en pleine transition. Naturellement, les sciences sociales prolongent leur action cognitive audelà des «faits» et des énoncés d'ordre descriptif pour lancer des projets, des programmes et des stratégies d'action qui relèvent aussi du domaine des objectifs et des valeurs sociales. Le sociologue qui étudie l'univers politique n'est pas un prophète, mais un diagnosticien honnête et un «interprète» avisé des phénomènes sociaux: la connaissance qu'il y acquiert profite en dernière instance à la société elle-même, qui parvient ainsi à une conscience de soi lucide et critique. Cette démarche est importante dans un monde qui a indéfiniment élargi et compliqué le champ des options individuelles et sociales, le sens intégrateur du politique pouvant être récupéré sur le terrain d'une éthique de la responsabilité qui conjugue la connaissance et l'action. Le responsable politique ne peut pas initier et appliquer les réformes adéquates s'il n'a pas sous les yeux «la carte sociologique de la Roumanie», élaborée avec les instruments de la connaissance sociale. Je crois que cette mise en garde de Dimitrie Gusti reste valable aujourd 'hui encore, tout comme un autre principe énoncé par ce fondateur de la pensée sociologique roumaine: «Connaître son pays est le meilleur moyen de le servir». Un impératif adressé en égale mesure aux scientifiques et aux responsables politiques. L'auteur

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I. La condition de la sociologie à l'époque postmoderne
La sociologie et le monde moderne

Presque deux siècles après sa constitution en tant que discipline scientifique autonome, la sociologie se rapporte aujourd'hui, en tant que forme de connaissance, à une réalité sociale extrêmement diversifiée et radicalement différente du contexte historique de sa genèse. Pendant cet intervalle, le monde moderne s'est construit dans ses données essentielles, tout en ayant comme ressources ultimes les progrès extraordinaires de la science et de la technique, le développement de l'industrie, l'invention de nouveaux styles de vie et formes d'expression spirituelle. Tout cela a entraîné une série de changements à l'intérieur de toutes les composantes de la vie sociale, des changements rapides qui ont conduit à la consolidation de la civilisation industrielle et des nouvelles structures politiques, à l'urbanisation et au développement des médias, culminant par l'apparition de la société de masse avec ses caractéristiques bien connues. La sociologie est née du besoin des gens d'expliquer et de comprendre ce changement d'une envergure réellement historique, une transformation gigantesque, à travers laquelle les formes traditionnelles et prémodemes de vie et d'organisation sociale ont été au fur et à mesure remplacées par celles propres à l'ère moderne. La genèse et l'évolution des sociétés modernes se sont accompagnées de changements majeurs dans la vision philosophique et l'image scientifique du monde, d'un intérêt accru des sociétés et des groupes sociaux à connaître, par une approche empirique et rationnelle, la manière dont la société est conçue et fonctionne, ses mécanismes d'évolution et le comportement humain. Ce sont là les grands thèmes des débuts de la sociologie: l'anatomie et le fonctionnement de la société, la juste compréhension de la mutation sociale, du nouveau type de rationalité et d'organisation, l'agrégation des groupes et des intérêts, les facteurs motivant l'action et le comportement des individus dans le monde moderne. De nombreux théoriciens expliquent l'apparition de la sociologie par le contexte de ces changements qui ont mené à la création du monde moderne. Dans cet esprit, Anthony Giddens considère que «la sociologie est apparue grâce à un effort intellectuel distinct en même temps que le développement des sociétés modernes,
qui en restent le principal obj et d'étude»
1

.

Mais, les sociétés modernes les plus avancées sur les plans économique, technologique et industriel, ont évolué au point qu'elles ont déjà dépassé leurs
1 Anthony Giddens, Sociologie, Bucuresti, Editura BlC ALL, 2000, p. 23

propres structures internes de type moderne - d'abord l'infrastructure économique de facture industrielle - générant ainsi des processus et des formes de vie les entraînant dans une nouvelle spirale du développement, connue sous les noms de «civilisation postindustrielle» ou «société informationnelle». A la lumière des processus liés à la mondialisation, cette nouvelle société dont les caractéristiques seront analysées dans les pages qui suivent est appelée, par souci de simplification, «société postmodeme». Plus que d'autres disciplines scientifiques, la sociologie dépend, à plusieurs titres, des changements subis par son objet générique: la société. La sociologie a constaté ces changements, les a consignés et les a interprétés, et la transition vers la société postmoderne a peu à peu modifié l'agenda thématique des recherches sociologiques, les angles d'approche, les méthodologies, voire les visions globales sur la société. L'intérêt s'est alors déplacé des changements et structures macrosociétales vers des phénomènes microsociaux, tels les groupes, les comportements et les interactions sociales, comme bien d'autres processus interférant dans notre quotidien. L'objet de la sociologie est devenu divers, pluriel, fragmenté et kaléidoscopique, et les perspectives globales n'ont plus le même prestige scientifique dont elles jouissaient à l'époque moderne des fondateurs. Paradoxalement, à l'ère de la mondialisation, la diversité est devenue un concept plus valorisant que l'unité, les analyses microsociologiques plus attractives que les synthèses macrosociologiques et la tentation des perspectives globales et totalisatrices dans le champ de la connaissance sociale, même si elle ne manque pas à l'appel, semble accueillie avec une réserve imprégnée de méfiance. Dans ces conditions, la sociologie en est arrivée aujourd'hui à revendiquer un objet d'étude homogène, simplement pour reconquérir son statut de «science de la société». Cet objet d'étude, conçu initialement comme une unité bien délimitée aux points de vue ontologique et épistémologique, a peu à peu perdu de son image d'objet global pour se muer, dans les approches scientifiques du XX e siècle, en un objet divisé, fragmenté et très sévèrement cloisonné. Ainsi les différents domaines de la société - marqués à l'époque moderne par un processus de différenciation existentielle, avec des normes, des valeurs et des institutions propres - ont-ils été abordés, chacun séparément, par une mosaïque de disciplines théoriques et applicatives qui n'ont cessé de revendiquer leur autonomie à tous égards et ont obtenu au bout du compte un statut à part dans la recherche aussi bien que dans les programmes académiques. L'évolution de la sociologie a connu le passage du général au particulier, du global au local, de l'unité vers la pluralité, non seulement en ce qui concerne son objet d'étude, mais aussi en termes de perspective théorique et de méthodologies. Pendant la deuxième moitié du siècle dernier, les approches gagnantes ont été celles qui avaient procédé au découpage de certains 16

phénomènes particuliers, mais significatifs pour l'ensemble unitaire qu'est la réalité sociale, soumis par la suite à des recherches empiriques systémiques, beaucoup d'entre elles suivies par le traitement des données via des méthodes statistiques et mathématiques (par exemple, la mobilité sociale, les tendances démographiques, le chômage, l'immigration, l'éducation, la socialisation et la déviance, la succession des générations, l'urbanisme, la vie quotidienne, la famille, l'assistance sociale, les organisations, les élites et la masse, le travail et le loisir, les mentalités, les médias etc.)2. L'analyse s'est donc focalisée sur certains aspects, composantes ou processus sociaux bien déterminés, ce rétrécissement de l'objet d'étude s'associant une spécialisation des méthodes, des évolutions qui se sont produites parallèlement, sous la pression de l'idée que, pour accéder au titre de «science», toute discipline doit se donner un objet d'étude précisément délimité, décrire et mesurer les faits et les expliquer par leurs corrélations casuelles ou fonctionnelles, proposer enfin des généralisations de niveau moyen, qui puissent être contrôlées à tout moment par une possible confrontation avec l'expérience. Née de l'esprit positiviste propre à la connaissance fondée sur des données empiriques - lui-même une réaction aux systèmes spéculatifs si prolifiques dans le domaine des philosophies sociales et de l'histoire - la sociologie a été elle aussi une réponse théorique à la nécessité des sociétés modernes de comprendre leurs mécanismes complexes de fonctionnement. La politique, l'économie, la religion, la culture, avec leurs propres institutions, les stratifications et les interactions sociales, les groupes et les rapports sociaux, les organisations, la conscience collective et les comportements, l'éducation ou l'influence des nouveaux moyens de communication sont devenus des champs particuliers de recherches empiriques et cohérentes, avec des résultats qui allaient valider leurs démarches spécifiques. S'emparant, sur le mode cognitif, du vaste domaine de l'existence sociale, avec toutes ses composantes structurelles, la recherche sociale a diversifié son" champ d'investigation et généré ainsi de nombreuses disciplines sectorielles (la sociologie historique, la sociologie rurale et urbaine, la sociologie industrielle, la sociologie de la famille, la psychologie sociale, la sociologie de la religion, de la culture ou de l'art, la sociologie politique, la sociologie du savoir, de la communication en masse, la sociologie de l'opinion publique etc.).

2 Pour saisir les différences d'approche et les changements subis par l'agenda thématique de la sociologie, il serait utile de comparer la table des matières des ouvrages classiques du domaine (comme ceux d'Emile Durkheim, Herbert Spencer, Marcel Mauss, Max Weber ou Talcott Parsons) à celle des ouvrages signés par les auteurs contemporains (Raymond Boudon, Pierre Bourdieu ou Anthony Giddens). 17

Si nous nous plaçons dans le cadre théorique fécond offert par «la sociologie de la sociologie» - une discipline qui analyse les rapports entre les contextes socio-historiques particuliers et les variations de la connaissance sociale, en ce qui concerne les conceptions sur la société et les méthodologies de recherche - nous pourrons mieux comprendre pourquoi le canon positiviste, qui a fait naître la sociologie, a favorisé la diversification des approches analytiques, pulvérisant ainsi l'objet global de la sociologie et reléguant, du coup, au second plan les efforts de synthèse propres à une vision d'ensemble. Par rapport à ce tableau si divers des démarches scientifiques de la sociologie, le pas suivant a été marqué par l'impératif de mettre en relation les perspectives particulières, d'intégrer les approches fermées dans le périmètre des démarches strictement spécialisées. Ainsi, pendant la deuxième moitié du XX e siècle, avons-nous assisté à une amplification des programmes de recherche multi et interdisciplinaires, avec un appareil conceptuel et méthodologique souvent hybride dans sa composition, mais unifié par les présuppositions de fond, appartenant aux perspectives fonctionnalistes, systémiques, culturalistes, structuralistes, holistiques, à l'individualisme méthodologique, aux sociologies actionnalistes ou interactionnalistes, compréhensives et symboliques. De cette manière, la reprise de certains concepts et le transfert de méthodologies entre différentes disciplines de la pensée sociale et humaniste sont devenus des pratiques scientifiques courantes, légitimées apparemment par le fait que la réalité sociale est multidimensionnelle et ne peut donc pas être comprise autrement qu'à travers des perspectives diverses et complémentaires. C'est surtout la linguistique structurelle, la cybernétique, l'économie, la psychologie et plus tard la sémiotique qui ont servi de sources d'inspiration pour la réflexion sociologique, si bien que la reprise non critique des méthodes propres à chacune de ces disciplines en a fait à un moment donné des paradigmes d'interprétation jugés valables pour la réalité sociale dans son ensemble. L'excès pratiqué dans cette hybridation des méthodes et des visions est allé si loin qu'on s'est retrouvé dans la situation ridicule où, comme l'affirme d'une manière nette Raymond Boudon, «dans le Paris des années soixante-dix on n'était considéré profond que si l'on déclarait doctement que la société est un langage»3. Sous les feux croisés des traditions théoriques si variées et des recherches empiriques couronnées de succès après la deuxième guerre mondiale, surtout dans l'espace américain, la sociologie a évolué vers un pluralisme de paradigmes explicatives et interprétatives, tout en consacrant ainsi non seulement la diversité légitime des méthodologies, mais aussi le principe général du relativisme épistémologique, appliqué aussi aux théories sur le social, qui sont de plus en
3 Raymond Houdon, Introducere (Introduction), in Tratat de sociologie (Traité de sociologie) (coordinateur Raymond Boudon), Bucuresti, Editura Humanitas, 1997, p. 17 18

plus analysées et interprétées non pas par rapport à un idéal absolu de savoir, mais plutôt par rapport aux données du contexte social dans lequel les respectives théories ont été produites, autrement dit, leur validité cognitive et leur influence pratique doivent être mises en relation avec l'environnement culturel et social de leur apparition. A partir de ce principe théorique, on est arrivé à imposer la thèse selon laquelle la démarche cognitive doit tenir compte de la diversité et de la relativité axiologique des contextes sociaux faisant l'objet de la recherche. Un objet spécifique, marqué historiquement et socialement, exige une stratégie cognitive adéquate, ce qui revient à dire que la sociologie ne pouvait non plus être considérée comme un domaine opérant avec un seul paradigme unificateur, mais avec une multitude de paradigmes, chacun d'eux à validité limitée. La sociologie n'a donc dorénavant plus un seul objet bien délimité de recherche, mais un champ très vaste et difficile à cartographier, où la démarche sociologique interfère naturellement et de manière fructueuse avec de nombreuses disciplines couvrant l'univers social (1'histoire, l'économie, la politique, le droit, l'anthropologie, les sciences politiques, la démographie, la géopolitique, la psychologie sociale, la sémiotique, la linguistique, la théorie des systèmes ou la théorie de la communication).

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La reconfiguration

de la sociologie dans la culture postmoderne

Devant cette diversité des domaines d'analyse, qui ont déclaré leur autonomie, ainsi que devant la multitude des méthodologies et des stratégies de recherche, les théoriciens ont voulu, à juste titre, savoir si la sociologie gardait toujours la vocation de la synthèse attribuée par les fondateurs, si elle pouvait toujours produire des théories unificatrices, avec l'ambition d'expliquer et d'interpréter la réalité macrosociale, tout en conjuguant des perspectives scientifiques, philosophiques, historiques et anthropologiques. Cependant, l'appel à des théories et concepts intégrateurs, dans l'espoir que l'unité de vision de la sociologie pourrait être reconstituée à partir de la mosaïque des disciplines particulières, n'a plus trouvé un terrain favorable durant les dernières décennies du XX e siècle. Les causes en sont multiples et nous allons essayer de les analyser plus en détail dans les pages qui suivent. Nous mentionnons pour le moment l'idée générale que la sociologie de la connaissance a prouvé l'existence d'une relation expressive entre les types de société et les stratégies de la connaissance, entre les caractéristiques dominantes de la vie sociale et les formes privilégiées d'analyse et d'investigation de la réalité naturelle et sociale. Les époques, les sociétés ou les cultures bien différenciées au point de vue ethnique se distinguent par des valeurs et croyances, par des aptitudes et des comportements standardisés, tous en ayant derrière des présuppositions ontologiques, axiologiques et épistémologiques qui opèrent souvent inconsciemment dans les démarches cognitives et dans les actes de création des personnalités exemplaires. La transformation des sociétés modernes a également entraîné dans son sillage la transformation de la connaissance sociale. La sociologie s'est fragmentée dans des disciplines distinctes et autonomes en même temps que la fragmentation et l'autonomisation des composantes qui formaient «la grande société» moderne. Les milieux intellectuels et même scientifiques ont évolué vers une relativisation extrême des concepts d'objectivité et d'universalité, sous la pression des approches symboliques et interactionnistes, qui voient dans la réalité sociale une «construction symbolique», dépendant de valeurs et d'options subjectives. L'idée selon laquelle il n'y a pas (surtout dans les disciplines sociales et humaines) de savoir libre de toute valeur et tout engagement d'ordre subjectif, pratique ou idéologique a été menée à l'extrême par les théoriciens postmodemistes, désireux de fonder une nouvelle épistémologie, radicalement opposée à celle positiviste et néopositiviste. Dans cette nouvelle perspective, «les grandes théories», celles qui avaient l'ambition de rendre intelligible la réalité sociale dans son ensemble, perdent leur crédibilité et sont vues par les théoriciens de la postmodernité comme des «métanarrations», des «histoires inventées de toutes pièces» ou des idéologies

défuntes de la légitimation, à leurs yeux, passées de mode. Cette idée appartient à Jean-François Lyotard, l'un des théoriciens les plus connus du phénomène.4 Sur une position semblable se situe un autre théoricien de succès de la dernière décennie, Zygmund Bauman, qui considère que «l'esprit postmodeme n'espère plus trouver la formule globale, totale et finale d'une vie sans ambiguïtés, sans risques, sans dangers et sans fautes». Dans un univers social désarticulé et sans consistance, la conscience critique est arrivée à la conviction que «les problèmes ne peuvent être traités que localement et chacun séparément», qu'au fur et à mesure que l'on crée des ordres locaux on assiste à la croissance du désordre global, que «les moyens d'agir d'une manière collective et universelle, comme l'exigerait le bien-être global et collectif, ont été tous discrédités, démontés ou perdus»5. Ainsi le tableau fragmenté et contradictoire de la société postmodeme se trouve-t-il en accord avec le tableau fragmenté et pluraliste de la connaissance actuelle. La caractérisation faite par Bauman met l'accent sur le fait que les sociétés développées d' aujourd 'hui ont dissous les liens sociaux, ont «liquéfié» toutes les structures et les relations traditionnelles construites à l'époque moderne, ce qui a anéanti les conditions et les valeurs capables d'assurer à l'individu un ancrage ou des engagements durables. La sociologie pourrait donc avoir la tâche de décrire et de comprendre un type de société où la condition de l'individu ressemble de plus en plus à celle des <<nomades»ou du «vagabond», un monde qui a rendu fluides l'espace et le temps, a délocalisé le capital et le travail, «a fondu les formes solidifiées», un monde d'une «modernité liquide», où même les problèmes sociaux, politiques et d'ordre moral ne peuvent plus être résolus par seul l'appel à la raison. Dans une telle société, des individus «fragiles», pris dans un état de mobilité et d'insécurité permanents, dans un univers <<poreux»ont l'impression de patiner sur une glace très mince: là, se déplacer de plus en plus rapidement devient une condition de survie, car tout ralentissement conduirait à la noyade. Dans un monde instable, avec des changements accélérés et incohérents, ceux qui pratiquent la pensée critique et la recherche scientifique ont cependant besoin de repos, d'un répit pour l'étude et la méditation. La sociologie exige «une pause» dans la course, «une pause de réflexion et un recul qui permette ensuite une vue d'ensemble». Parce que, en l'absence de la réflexion critique, «le patinage sur une glace trop mince, qui est la destinée des individus fragiles dans

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Jean-François Lyotard, Conditia postomderna (La condition postmoderne), Bucuresti, Editura
(L'éthique moderne), Timisoara, Editura Amarcord, 2000,

Stiintifica, 1989, p. 68 5 Zygmunt Bauman, Etica postnloderna p.266

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