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Considérations générales sur les trois classes qui peuplent les colonies françaises - Et sur tout ce qui concerne leur administration intérieure

De
438 pages

Considérations générales sur les Nègres, leurs mœurs et habitudes, leur organisation physique et morale ; exposition et comparaison de l’esclavage avec la liberté ; moyens à employer pour la soumisson des Nègres à Saint - Domingue, et le rétablissement des propriétés.

LES philanthropes, les négrophiles, tous les philosophes-de l’école moderne, une foule de personnes de tout état et de toute secte, se sont plus à croire, et ont voulu persuader aux autres, que les Nègres étaient un peuple doux et humain, susceptible de tous les degrés de la civilisation, égaux aux blancs par les facultés intellectuelles, et supérieurs par les qualités morales ; que la servitude à laquelle ils étaient assujétis, s’opposait seule à l’exercice de leur génie ; qu’ils connaissent le prix et le bienfait de.

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Ossiel

Considérations générales sur les trois classes qui peuplent les colonies françaises

Et sur tout ce qui concerne leur administration intérieure

AVANT-PROPOS

C’EST un spectacle tout à la fois majestueux et intéressant, de voir les princes de la chrétienté, par un concert général, réunir leurs efforts pour mettre un terme aux calamités de l’Europe ; de les voir dans ce conseil de rois et de ministres, formant un nouveau pacte social pour assurer la tranquillité et l’indépendance des nations, et, à cet effet, ramenant parmi les Français leurs princes légitimes, ces princes si long-temps désirés, et auxquels s’attachent les plus touchans souvenirs. Avec eux nous allons respirer une nouvelle vie, reprendre l’exercice de nos plus nobles fonctions, et établir ces rapports de confiance et d’amour, ces douces habitudes, ces sentimens de bienveillance et de concorde, les premiers fondemens du repos et du bonheur des peuples.

Mais, après une longue agitation où tous les intérêts ont été en discord, toutes les maximes de la sagesse en discrédit, toutes les passions en conflit, tous les sentimens de la nature et tous les principes de la politique, de la sociabilité, méconnus et outragés, il est impossible qu’il ne subsiste encore un certain levain dans les esprits ; il est impossible que des opinions dangereuses, des préventions funestes, des systèmes pervers qui ont dominé avec tant de fracas, et pendant un si long espace de temps, soient tout-à-coup radicalement détruits, et ne conservent pas une partie de leur maligne influence. Elle est surtout remarquable dans tout ce qui a rapport aux colonies, particulièrement à Saint-Domingue, soit parce que leur importance et les intérêts qui les lient aux métropoles ne sont pas généralement sentis, qu’ils sont méconnus des uns, dédaignés et méprisés par les autres ; soit par suite de cet esprit systématique, cet orgueil de la fausse science, cet œuvre de ténèbres, qui prétend juger les hommes et les différens modes de leur existence politique, sans avoir vu et étudié sur les lieux mêmes les mœurs et le caractère de ces premiers, examiné et approfondi les ressorts secrets qui meuvent les seconds, leurs combinaisons variées et multipliées, l’ensemble de leurs mouvemens et de leur résultat ; soit enfin par amour pour ces principes de philanthropie universelle dont on aime à se rendre les apologistes, les échos, Comme portant l’empreinte d’une ame embrasée des sentimens et des vertus les plus purs.

Nous ne nous nattons pas sans doute, par cet écrit, de détruire ces prestiges et ces erreurs, de pénétrer les esprits de ces vérités si essentielles au salut des colonies et au rétablissement de leur administration ; nous nous flattons encore moins d’avoir traité les matières qui entrent dans notre composition avec tout l’intérêt, avec toute l’étendue de lumières qu’elles réclament et comportent : une telle présomption est loin de nous. Mais nous croyons au moins y avoir apporté toutes ces connaissances locales et indispensables qui sont hors de la sphère et de la portée d’un écrivain étranger aux Antilles ; toute cette bonne-foi et cette sollicitude d’un habitant intéressé au sort de la colonie, et qui cherche, en conséquence, à concilier le système d’esclavage qu’elle a été forcée d’adopter, et qu’elle ne peut se dispenser de maintenir, avec l’humanité et le devoir ; l’intérêt et la sûreté des individus de toute couleur, avec ce que nous devons au maintien de l’ordre et au bonheur de tous. Nous osons espérer encore, et c’est là, nous en convenons, le but de tous nos efforts, l’objet final de notre travail, que nos idées seront favorablement accueillies par le gouvernement, surtout par son chef suprême, non moins distingué par ses lumières que par ses vertus, dans l’esprit et le cœur duquel nous désirons faire passer les sentimens et les vérités qui nous animent. Car nous n’écrivons pas pour cette foule de lecteurs indifférens ou prévenus, dont les suffrages comme la critique ne sauraient nous atteindre, étant également insignifians pour tout ce qui a rapport à notre régénération future.

Nos adversaires prétendent que le colon, dans tout ce qui le concerne, est nécessairement partial et intéressé, que ses décisions deviennent dès-lors suspectes, et qu’on ne peut ni ne doit lui accorder une confiance pleine et entière. C’est là évidemment une assertion fausse. Quelques réflexions suffiront pour la combattre et la détruire.

Si la considération de notre intérêt propre nous abuse parfois, je veux le croire, et nous fait mal juger des rapports qui existent entre les différens objets comparés entre eux et avec nous, il faut convenir cependant que c’est ce même intérêt qui nous met sur la voie, et nous dispose à la recherche de ces mêmes et vrais rapports, qui nous forcent surtout à examiner et à apprécier leur résultat, leurs effets nuisibles ou avantageux. Si le défaut d’intérêt ne prive pas absolument les hommes de la connaissance de tous ces rapports, il les rend au moins indifférens et toujours étrangers aux fausses applications et aux funestes conséquences qui en dépendent. Ainsi la raison et la justice nous ordonnent de suivre les lumières des personnes intéressées, de préférence à celles de toute autre personne. Les connaissances de ces premières sont presque toujours éclairées par l’expérience, flambeau Indispensable, et sans lequel les hommes erreraient çà et là, marcheraient en aveugles au milieu de ce conflit d’opinions et d’idées qui les divisent ; celles des secondes ne portent, pour la plupart du temps, que sur une théorie, laquelle manque de point d’appui, et repose communément sur une base fragile, que le moindre souffle des passions peut renverser et détruire : les opinions et les préjugés, si l’on veut, de celles-là, sont toujours fondés ou liés à quelque objet d’utilité publique et commune ; ceux des autres sont la cause des plus grand maux, et produisent rarement quelque bien.

Certes, il ne doit pas paraître désormais plus étrange de voir un colon s’occuper de l’objet qui lui est personnel, et de le supposer imbu de toutes les connaissances nécessaires, que de voir des Français européens s’occuper de leurs intérêts directs et immédiats ; le cultivateur et le manufacturier des objets relatifs à leur profession ; le citadin, de ceux de sa ville ; l’administrateur, de ceux de son département. Le colon propriétaire qui est tout à la fois cultivateur et manufacturier, citoyen et administrateur, dont les cultures, les propriétés et l’administration sont si différentes de celles de la mère-patrie, peut plus, et mieux que qui ce soit, présenter, non des vues idéales, fondées sur quelques principes généraux de philosophie dont il est si facile à l’esprit d’abuser, mais bien des vues pratiques, d’une utilité réelle et générale, que la saine raison approuve, et que l’expérience confirme.

Ces vérités acquièrent encore plus de force quand elles viennent à s’appliquer à des pères de famille, à des créoles, dont les idées et les sentimens s’attachent à toutes les affections domestiques, à tous les rapports sociaux, à ces devoirs et à ces obligations qui lient tous les individus. par un sentiment de fraternité et d’intérêt communs. Il faut être membre d’une société, intéressé à sa prospérité et à sa conservation pour se permettre d’émettre une opinion qui peut compromettre sa tranquillité et son bonheur ; il faut présenter un gage, une sûreté ; il faut enfin être actionnaire dans cette grande banque nationale, dans cette corporation et association politique, pour y avoir voix délibérative, même consultative. Il est facile sans doute à des philanthropes, à des négrophiles de se jouer de pareils principes, de nous assaillir de nouveau de leurs idées creuses et systématiques, eux qui ne tiennent aux colonies par aucun intérêt direct et présent, par aucun sentiment de famille, cette source première de devoirs et d’affections les plus chères, les plus sacrées ; eux qui, dans cette cause, n’exposent ni leurs personnes ni leur fortune, et n’offrent aucune garantie de leurs intentions justes et bienfaisantes.

Cet ouvrage, extrait d’un plus grand, et entrepris depuis long-temps, est le fruit de l’expérience, d’observations acquises sur les lieux mêmes par une longue résidence, de beaucoup de recherches et de méditations. Simple habitant planteur à Saint-Domingue, principalement adonné aux travaux de l’habitation, occupé à soigner mes Nègres, à étudier leurs mœurs et leur caractère, à leur procurer le plus de douceurs et de jouissances possibles, je ne songeai jamais à être un écrivain. La nécessité seule nous a engagé à prendre la plume ; et il n’a fallu rien moins qu’une révolution qui a bouleversé toutes les têtes, déplacé les individus de tout rang et de toute profession, pour nous enlever à cette obscurité, à ces occupations privées qui donnent la paix de l’ame, le contentement de soi-même, toutes les jouissances douces et paisibles qui n’entraînent après elles ni agitations, ni remords, et forment un des principaux élémens du bonheur, comme l’ambition du sage. C’est encore là où nous et tous les colons aspirons d’arriver ; c’est là où tendent tous nos vœux, tous nos efforts ; c’est là enfin où nous viendrons nous reposer des orages de la révolution, si le chef auguste de la nation daigne, par son suffrage, accueillir nos vues, et les juger propres au rétablissement des colonies et au bonheur de leurs habitans ; rétablissement et bonheur qui s’allient, et sont inséparables de la prospérité et des intérêts généraux du royaume, comme de la félicité de toutes les classes qui le composent.

CHAPITRE PREMIER

Considérations générales sur les Nègres, leurs mœurs et habitudes, leur organisation physique et morale ; exposition et comparaison de l’esclavage avec la liberté ; moyens à employer pour la soumisson des Nègres à Saint - Domingue, et le rétablissement des propriétés.

LES philanthropes, les négrophiles, tous les philosophes-de l’école moderne, une foule de personnes de tout état et de toute secte, se sont plus à croire, et ont voulu persuader aux autres, que les Nègres étaient un peuple doux et humain, susceptible de tous les degrés de la civilisation, égaux aux blancs par les facultés intellectuelles, et supérieurs par les qualités morales ; que la servitude à laquelle ils étaient assujétis, s’opposait seule à l’exercice de leur génie ; qu’ils connaissent le prix et le bienfait de. la liberté, et sont toujours tourmentés du désir de s’affranchir de toute dépendance. Ils ont encore effrontément et méchamment avancé dans leurs diatribes, que les colons étaient des monstres et des anthropophages, abusant de leurs lumières et de leur force, exerçant envers leurs esclaves tous les actes de la plus cruelle tyrannie, et dont le sort pitoyable, pire que celui de leurs semblables en Afrique, ne pouvait manquer d’exciter la commisération et le ressentiment de tout homme juste, éclairé et sensible.

Si ces discoureurs fanatiques et inexpérimentés avaient voulu se transporter en Afrique, ou dans quelqu’une de nos colonies, et y résider seulement pendant quelques mois, ils auraient bientôt changé de langage et. de principe ; ils n’auraient plus présenté leurs rêve. ries pour des ; réalités, leurs, calomnies pour des vérités, et ils auraient reconnu facilement toute l’illusion, tout l’égarement de leur esprit et de leur cœur. Mais leur prévention et leur haine contre les colons, la jalousie que leur inspirait une fortune éclatante, leur prédilection et leur engouement en faveur des Nègres, ne leur auraient jamais permis de juger les hommes et les choses avec ce sang-froid, cette impartialité requise, et qui seuls peuvent nous conduire à la découverte de la vérité,

Des philosophes d’une autre trempe, des naturalistes célèbres, des auteurs d’un véritable génie ont affirmé, d’après quelques principes généraux, les uns que le climat était la seule cause de la différence observée entre les blancs et les Nègres ; les. autres, que les différens, degrés de civilisation en étaient une seconde. Mais, ces principes généraux, dans toutes les branches des connaissances humaines, ne sont vrais qu’autant qu’ils sont fondés sur des observations multipliées, répétées et fournies par l’expérience : privés de cet appui, ils ne sont plus que des hypothèses plus ou moins ingénieuses, faites pour amuser des contemplateurs oisifs, et ne peuvent, dans aucun cas, nous donner des connaissances positives.

Examinons donc toutes ces opinions diverses ; analysons le caractère, la contexture physique et morale des Nègres ; faisons connaître leur véritable situation dans les colonies, et celle qu’ils éprouvent dans leur pays natal, et ne craignons pas qu’aucun préjugé s’attache à notre qualité de colon et de propriétaire ; car le colon le moins instruit, par l’expérience journalière qu’il est forcé d’acquérir et qui se renouvelle à chaque instant du jour, et comme malgré lui, sur chacune des tribus africaines réunies sous son autorité, les connaît mieux, sous tous les rapports, que nos plus grands philosophes, qui ne les ont jamais vus ni observés dans aucune de leurs relations : les observations et les lumières du premier doivent donc être nos seuls guides ; les dédaigner ou les écarter, serait l’excès d’une ignorance présomptueuse, de la démence la plus complète ; ce serait enfin perpétuer les erreurs funestes qui nous ont précipité dans l’abîme où nous avons été tous engloutis.

Des auteurs célèbres soutiennent donc que le genre humain est originairement le même ; que les différences aperçues entre les races diverses, ne sont que des variétés provenantes, de deux causes ; la première, de l’intensité de la chaleur ; la seconde, de l’état progressif de la civilisation, de manière que les effets du climat sont augmentés par l’état sauvage, et corrigés par celui de la société.

Nous disons, au contraire, qu’il y a deux espèces distinctes et essentiellement différentes, l’une blanche et l’autre noire ; qu’elles ont des qualités communes et particulières, et chacune d’elles des variétés qui leur sont propres ; que leur caractère distinctif est fondé, 1°. sur la différence de la couleur ; 2°. sur celle de leurs cheveux, qui sont une véritable toison ; 3°. sur la disproportion immense, incommensurable et éternellement subsistante entre leurs facultés intellectuelles.

Nous avons peut-être tort de dire deux ; car les Albinos qu’on trouve dans les îles de la mer du Sud, à l’isthme de Dari et à Madagascar, forment évidemment une autre espèce par la faiblesse de ses organes, surtout par celui de la vue, qui ne lui permet de voir que dans l’obscurité ; par la courte durée de sa vie, qui se termine à trente ans ; par sa stupidité extrême, plus grande encore que celle du Nègre. Les naturalistes ne pouvant nier ces faits, ces imperfections physiques et morales, ont cherché à les expliquer chacun à leur manière ; les uns les ont attribués à l’effet de l’imagination, les autres à une maladie héréditaire, et ont prétendu que l’Albinos était un Nègre dégénéré,

Ces explications paraissent gratuites et contraires à l’expérience, parce qu’il n’y avait point primitivement de Nègres à l’isthme de Darien, et parce qu’un des cas accidentels qui on tsouvent lieu dans les espèces, tel, par exemple que le Nègre blanc connu aux îles sous le nom de Jean-Blanc1, ne semble pas devoir et n’a jamais pu procurer une espèce particulière dans la nature, toutes ayant dû être créées au commencement des temps par un acte unique et suprême de la Toute-Puissance.

A la suite et immédiatement après l’Albinos, on pourrait ranger l’ourang-outang, ou l’homme des bois. Il a la même conformation que l’homme, les mêmes mouvemens extérieurs, quelques-unes de nos habitudes du corps, les, femelles étant sujettes aux menstrues, et les mâles recherchant les femmes, et une intelligence plus qu’animale. M. de Buffon le range cependant dans la classe des singes ; mais le naturaliste suédois et Rousseau en font un homme. D’après cette opposition entre des autorités aussi respectables, on pourrait croire, en adoptant une opinion moyenne, que l’ou-rang-outang forme le dernier degré dans l’échelle humaine, et une de ces nuances, de ces gradations par lesquelles la nature passe d’un règne à l’autre par des. transitions légères et successives.

Quoi qu’il en soit de cette hypothèse, plus ou moins vraisemblable et conforme à la marche de la nature, revenons à la première division établie sur les trois grands caractères principaux que nous avons reconnus et fixés.

Nous convenons que le climat a une influence marquée sur toutes nos habitudes physiques et morales ; mais son effet ne peut s’étendre jusqu’à détruire l’essence et le caractère distinctif des êtres, d’autant plus que l’homme, par un privilége particulier attaché à son espèce, et dont les animaux sont privés, a le pouvoir de vivre dans tous les climats, sous toutes les latitudes, saris que ses facultés primordiales, qui le constituent un être unique et à part, puissent être radicalement détruites. Si la couleur noire et la toison que les Nègres portent sur la tête n’étaient pas des qualités primordiales et inhérentes à leur espèce, elles subiraient, comme toutes les autres variétés, des changement graduels et progressifs : mais loin de là, elles restent continuellement et invariablement affectées aux individus de leur espèce, dans tous les temps et sous toutes les latitudes. Aussi voyons-nous que les Nègres transplantés dans les colonies, particulièrement dans l’Amérique méridionale et septentrionale, depuis deux siècles, et dont beaucoup de familles ont pu et dû se perpétuer jusqu’à nos jours, ont conservé, sans aucune altération, tous les traits primitifs de leur origine première. Nous voyons encore tous les mulâtres-quarterons, griffes, et autres productions mélangées, conserver leurs nuances particulières et indélébiles, ne les perdre progressivement et entièrement que par la seule voie de la génération, s’éclaircissant ou se renforçant suivant que le type originel prévaut ou s’affaiblit. Cependant si de légères différences de chaleur ont suffi, suivant l’opinion des personnes que nous combattons, pour produire une diversité de couleur parmi ces, êtres de la même espèce, le brun, le basané et autres semblables, ces différences de chaleur, plus sensibles et plus grandes aux îles, dans les deux Amériques, surtout celui du nord, auraient du, depuis plusieurs siècles, sinon changer, au moins affaiblir, atténuer la couleur du Nègre et celle attachée à toutes ces filiations mélangées ; mais l’expérience dément en tout point cette conclusion.

D’un autre côté, nous voyons les Portugais, fixés sur les deux côtes d’Afrique vers la fin du quinzième siècle ; les Maures, descendant des anciens peuples qui habitaient la partie septentrionale réunis et formés en corps de nation jusque dans l’intérieur de l’Afrique, depuis le milieu du septième ; les Arabes établis de temps immémorial sur la côte orientale de Madagascar, et les races mélangées provenant du séjour des Malais dans cette même île ; de l’autre, les habitans du Diémen, ceux de l’île Mallicole, dans la mer du Sud, tous de véritables Nègres nés sous des parallèles semblables à ceux où se trouvent des blancs à courts cheveux et à couleur olivâtre ; les Européens répandus et fixés depuis plusieurs siècles dans le Nouveau-Monde ; nous voyons, dis-je, tous ces peuples, sans exception, conserver tous leurs traits principaux, caractéristiques et originels, et ne les perdre seulement que par le mélange et lé croisement des races2. Cependant ces blancs, ces noirs et tous leurs composés divers, vivant sur le même sol et exposés à la même température, auraient dû éprouver des altérations sensibles et frappantes, se rapprocher et se confondre dans quelques nuances particulières et communes, indépendamment de celles occasionnées par le mélange et le croisement des races, s’ils avaient été véritablement de la même espèce ; mais tenant au contraire à des classes originairement distinctes, ils sont restés tels que la nature les avait formés, avec leurs couleurs et leurs attributs primitifs.

Nous convenons qu’il existe des variétés dans l’espèce humaine ; mais elles sont particulières à chacune des deux races ; et les qualités qui leur appartiennent en commun ne les rendent pas pour cela identiques.

Les différentes nuances dans la couleur, le brun, le basané, le roux, et autres semblables, provenant en partie du climat et de nos habitudes sociales, forment l’attribut particulier de l’espèce blanche ; mais on ne pourra jamais considérer le noir, l’extinction de toute couleur, l’opposé absolu au blanc, comme une nuance et une variété tenant uniquement à la différence de la température, puisque l’expérience contredit cette assertion, et que ces deux effets sont diamétralement opposés.

La race nègre renferme également des variétés qui lui sont propres, et ces variétés consistent dans une teinte plus ou moins noire, plus ou moins sale, dans le nez épaté et les lèvres épaisses. Elles lui appartiennent exclusivement, mais sont réparties inégalement parmi leurs peuplades et leurs individus divers : la noirceur d’ébène du Sénégalais ne ressemble point à celle du Ibo, ni celle de ce dernier à celle du Cafre, quoiqu’on y reconnaisse, à la simple inspection, le même fond sur lequel la nature, en variant ses pinceaux, a imprimé son sceau ineffaçable. Les Sénégalais, les Mosambiques, les Nègres de la terre de Diémen, n’ont point en général le nez épaté et les lèvres épaisses, et on rencontre plusieurs Nègres dans les autres peuplades où ces défauts sont adoucis et moins apparens. Cette conformation désagréable est donc variable de sa nature, peut diminuer et s’effacer entièrement par le mélange et le croisement des tribus et des individus ; elle ne forme point par conséquent un trait caractéristique comme là couleur noire et la tête lanugineuse.

La nature, dans ses trois règnes, par une règle invariable dont elle ne s’est jamais écartée, descend des productions les plus nobles jusqu’aux dernières, par des transitions insensibles et progressives ; de manière que par cette loi de continuité elles forment un tout où lès espèces qui se précèdent et se suivent, quoique séparées et distinctes, se tiennent par quelques rapports communs et identiques. Ces trois règnes sont liés par des espèces voisines et intermédiaires, participant de l’une à à l’ autrre, qui se touchent ; se rapprochent, se confond dent, ont des qualités communes, sans que l’on puisse ou doive inférer de la qu’elles soient entièrement semblables. Si cette loi générale se maintient sans interruption parmi les êtres inanimés et tous ceux doués de mouvement et de sentiment, elle doit conserver et conserve en effet son expression lorsqu’elle vient à s’appliquer de la nature animale à la nature raisonnable, et sur tous les êtres jouissant de cette dernière faculté. Qu’y a-t-il en effet au monde de plus différent et de plus dissemblable entre cette faculté intelligente, qui nous permet de contempler et d’admirer les merveilles étonnantes de cet univers, dirigé par une puissance invisible, d’en découvrir quelques ressorts, d’approfondir les principes de toutes nos connaissances, d’en étendre sans cesse les bornes par de nouvelles combinaisons de notre esprit ; et celle des Nègres, enfouie éternellement dans la matière brute et incapable d’aucun essor ?

Par une suite de cette ordonnance générale, les animaux, dans le nombre desquels il se trouve une variété innombrable d’espèces différentes, ayant leurs qualités propres, tiennent tous entre eux et à l’homme par la vie, le sentiment, par une sorte d’intelligence appelée du mot d’instinct, faute d’avoir pu la définir et l’analyser ; et personne n’a cru devoir établir sur ce rapport de qualités communes l’identité des espèces. Ainsi, quoique les blancs et les Nègres possèdent plusieurs propriétés communes et inhérentes à la nature humaine, ce n’est pas une raison suffisante ni valable pour les supposer formés sur le même type, si surtout et d’ailleurs ils renferment en eux des qualités qui leur soient particulièrement propres.

Quant aux différens degrés de civilisation, on conçoit que l’homme, dans l’état sauvage, par sa nudité qui l’expose à toute l’inclémence des saisons, par sa vie dure et pénible, par les difficultés d’obtenir sa subsistance, alternativement abondante et rare, par l’insalubrité du pays qu’il habite, qui, n’étant ni découvert ni défriché, doit y entretenir des exhalaisons malfaisantes que le soleil peut à peine pomper, par une foule d’autres habitudes qui lui donne son état sauvage : on conçoit que sa constitution physique, sa complexion, son teint, sa figure, doivent être différens de ceux d’un, homme policé ; mais ces différences, dans leur état et leur condition respectifs, ne sont tout tout au plus que des variétés ; elles ne sont pas de nature à produire une diversité dans les espèces, et à altérer les principes constitutifs des êtres.

On conçoit également que la civilisation tend, à, corriger l’influence du climat, en nous fournissant des moyens innombrables pour nous garantir de son action. Un pays cultivé, desséché et purifié, une subsistance plus assurée, plus saine et plus abondante, un vêtement et un logement plus commodes, une vie plus sédentaire, des occupations plus fixes, et une foule d’autres habitudes relatives à l’état social, doivent donner à l’homme policé une teinte et une configuration différentes de celles du sauvage. Mais cette civilisation, fût-elle parvenue au dernier degré de perfection, ne saurait créer une espèce différente ; et ces différences ne sont, encore une fois, que des variétés qui ont leurs bornes fixes et connues : aussi voyons-nous que ces différences de couleurs et de figures se remarquent de nation à nation, et d’individus en individus dans la même nation, en raison de leurs habitudes physiques et morales, de la différence de leur état et profession ; et nous voyons que les Nègres répandus et fixés aux îles et sur tout le continent de l’Amérique, qui y vivent dans un état moins agreste que dans leur pays natal ; que tous ceux d’entre eux qui y jouissent de le liberté, soit qu’ils soient réunis en des peuplades séparées, ou qu’ils soient disséminés dans la société entière, ont retenu tous leurs traits principaux et originels sans aucun changement ni altération sensibles. Le climat, ni l’état social ne pourront donc jamais leur donner une teinte et d’autres habitudes que celles que leur nature particulière leur a imprimées : ils forment donc réellement une classe particulière et distincte de celle des blancs.

Mais ce qui met une différence prodigieuse entre les blancs et les Nègres, en forment deux êtres à part, séparés et distincts, c’est la différence immense entre leurs facultés intellectuelles provenant entièrement et uniquement de la perfectibilité d’esprit dont ces derniers paraissent et sont en effet privés. Sans nous arrêter donc plus long-temps sur toutes ces. considérations, fondées sur le climat et sur. quelques observations physiologiques que nous aurions pu faire valoir, telles que ce réseau réticulaire observé par Malphyghi et autres anatomistes, la différence du sang plus foncée, celle de la liqueur spermatique ; et sans adopter les idées de MM. Condorcet, Godwin, et autres illuminés, sur l’étendue illimitée et indéfinie qu’ils attribuent au perfectionnement de l’esprit, et qui doit un jour nous rendre immortels sur la terre, opinion absurde s’il en fut jamais, considérons cette question par les seuls faits, en examinant et en comparant les Nègres dans tous les âges et dans toutes les situations.

L’espèce humaine possède éminemment et au plus haut degré la propriété de perfectionner ses facultés intellectuelles et morales, de s’élever à la connaissance des vérités les plus abstraites, aux actes de vertu les plus sublimes, Si les Nègres ne sont pas susceptibles de tous ces efforts, ils forment dès-lors et évidemment une classe à part. Ils participent sans doute de la nature humaine par la configuration de leurs parties, par le don de la parole, par une intelligence plus qu’animale ; mais se trouvant privés de tout degré de perfectibilité, ils ne sauraient être rangés et confondus avec des blancs, et forment pour lors un de ces chaînons particuliers qui tiennent unies, et dans un ensemble général, toutes les parties de la nature.

Tous les peuples de la terre se sont éloignés successivement, et à différentes époques, de leur état primitif, ont parcouru, avec des nuances et des succès divers, dépendans du hasard et de leurs révolutions, les différens degrés de civilisation, ont donné des preuves plus ou moins variées de génie et de vertu ; les Nègres, les seuls Nègres sont restés, invariablement, depuis l’origine du monde, dans cet état d’ignorance, de superstition et de barbarie qui constitue le premier âge des nations. Ils n’ont point fait un seul pas dans la carrière de la vie civile, et semblent relégués à jamais sur les confins de la nature brute et sauvage ; ils n’ont inventé et cultivé aucun art, aucune science ; ils en ignorent encore les élémens, et n’ont jamais su profiter des lumières et de l’industrie des nations européennes, fixées depuis plusieurs siècles sur leur sol, pour améliorer leur sort et leur situation ; toute leur industrie dans l’agriculture, les arts mécaniques et ceux relatifs à nos premiers besoins, se bornant à de simples ébauches qu’ils n’ont pu et n’ont pas même eu le désir jusqu’ici de perfectionner. Ils n’ont aucune idée de justice et de moralité, ces premiers linéamens des sociétés humaines ; ils sont sans humanité, sans pitié, leurs passions et leurs sentimens tenant plus de la brute que de l’homme ; l’amour même est moins chez eux une passion qu’une sensation purement animale ; leur religion n’est qu’un amas de superstitions les plus grossières et les plus rebutantes ; leurs lois et coutumes, des institutions barbares et féroces ; leur esprit et leur raison dans une enfance perpétuelle ; ils sont aujourd’hui, comme ils l’ont été dans tous les temps, adonnés aux notions les plus absurdes, formant des attroupemens plutôt que des sociétés, gouvernés par leurs sorciers et leurs fétiches, soumis à l’esclavage le plus dur, le plus cruel, et dont ils n’ont jamais cherché à s’affranchir, se vendant entre eux et aux étrangers, hommes, femmes, pères, enfans ; faisant des sacrifices humains, et se livrant à tous les excès, à toute la pente de leur nature rebelle et indomptable.

Ceux d’entre eux qui ont été transplantés et se sont perpétués dans tout l’hémisphère occidental, ont montré la même insouciance, les mêmes vices, la même incapacité morale, malgré nos efforts à les instruire, à, les diriger, et quoique gouvernés d’une manière plus. douce, plus humaine, et participant en quelque sorte aux avantages de la vie sociale. Ils sont, comme dans leur pays natal, adonnés aux mêmes superstitions, croyant aux gris-gris, aux ouengas (sorte de sortilège, ainsi nommé aux îles), ne donnant aucun signe d’intelligence ni de moralité, livrés à toute leur imprévoyance, apathie et paresse naturelle ; et lorsqu’ils n’ont plus été retenus par le frein salutaire que nous leur avions imposé, ils se sont de nouveau abandonnés à toute la brutalité et à la férocité de leur caractère, plutôt comprimé que détruit ou affaibli, et ils ont renouvelé sur le théâtre ensanglanté de Saint-Domingue, avec les habitudes et les mœurs africaines, ces scènes et ces actes de cruauté sauvage dont chacune de leurs peuplades nous ont constamment offert le dégoûtant et l’horrible spectacle.